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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fronti&#232;re franco-anglaise : enqu&#234;te sur la mort d'une enfant kurde</title>
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		<dc:creator>Ma&#235;l Galisson</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 septembre 2020, le b&#233;b&#233; de Rupak Sharif et Hazhar Ibrahim, exil&#233;&#183;es kurdes d'Irak, mourait &#224; l'h&#244;pital quelques jours apr&#232;s une intervention de gendarmerie sur une plage proche de Calais. Traumatis&#233; par cet &#233;v&#233;nement, le couple a d&#233;pos&#233; plainte en f&#233;vrier 2021 et se bat pour &#233;tablir la responsabilit&#233; des forces de l'ordre dans le d&#233;c&#232;s de sa nouvelle-n&#233;e. Une enqu&#234;te de l'IGGN est en cours. Rencontr&#233; par CQFD, un exil&#233; t&#233;moin des faits confirme la version de la famille et contredit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 septembre 2020, le b&#233;b&#233; de Rupak Sharif et Hazhar Ibrahim, exil&#233;&#183;es kurdes d'Irak, mourait &#224; l'h&#244;pital quelques jours apr&#232;s une intervention de gendarmerie sur une plage proche de Calais. Traumatis&#233; par cet &#233;v&#233;nement, le couple a d&#233;pos&#233; plainte en f&#233;vrier 2021 et se bat pour &#233;tablir la responsabilit&#233; des forces de l'ordre dans le d&#233;c&#232;s de sa nouvelle-n&#233;e. Une enqu&#234;te de l'IGGN est en cours. Rencontr&#233; par CQFD, un exil&#233; t&#233;moin des faits confirme la version de la famille et contredit celle de la pr&#233;fecture.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Plusieurs fois, nous avons dit aux gendarmes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : retenez-nous sur la plage si vous voulez, mais emmenez cette femme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; La m&#233;moire de Falah&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ne flanche pas. Attabl&#233; dans un McDonald's de l'Est londonien, le jeune Kurde se rappelle tr&#232;s bien cette nuit de septembre 2020, durant laquelle le groupe d'exil&#233;&#183;es dont il faisait partie a &#233;t&#233; retenu par une patrouille de gendarmerie sur une plage du Calaisis pendant plusieurs heures. Parmi les autres candidat&#183;es au passage du Channel cette nuit-l&#224;, Rupak Sharif, enceinte de 35 semaines et qui, faute d'une prise en charge m&#233;dicale rapide, a vu sa nouvelle-n&#233;e, Aleksandra, mourir trois jours plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il pass&#233; exactement dans la nuit du 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; au 2 septembre 2020, sur le littoral de la commune d'Oye-Plage, &#224; quelques kilom&#232;tres de Calais ? Rupak, qui avait perdu les eaux peu de temps apr&#232;s le d&#233;but de l'intervention des forces de l'ordre, assure avoir pr&#233;venu les gendarmes de son &#233;tat de d&#233;tresse. Ces derniers auraient refus&#233; de pr&#233;venir les secours. une plainte pour &#171; violences volontaires &#187; et &#171; non-assistance &#224; personne en danger &#187; a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e il y a un peu plus d'un an, en f&#233;vrier 2021. La pr&#233;fecture du Pas-de-Calais, dans un communiqu&#233; diffus&#233; dans la foul&#233;e, d&#233;but mars 2021, avance quant &#224; elle qu' &#187; &lt;i&gt;aucun des migrants n'a fait part de difficult&#233;s particuli&#232;res&lt;/i&gt; &#187; au cours de l'op&#233;ration&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;l&#233;ments de contexte sur une tentative de travers&#233;e clandestine de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Falah, pr&#233;sent cette nuit-l&#224; sur la plage, a accept&#233; de t&#233;moigner de mani&#232;re anonyme dans le cadre de la pr&#233;sente enqu&#234;te journalistique. Son r&#233;cit contredit la version des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un Zodiac sous le sable et les branchages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Assise sur le bord du canap&#233; dans son logement de Greenwich, o&#249; elle vit d&#233;sormais apr&#232;s avoir r&#233;ussi &#224; rejoindre l'Angleterre, Rupak parle d'une voix basse et retisse le fil de cette nuit-l&#224;. Le groupe d'exil&#233;&#183;es d'abord, &#171; &lt;i&gt;entre 18 et 22 personnes&lt;/i&gt; &#187;, dont elle et son mari, Hazhar, et leurs deux enfants, Anas et Elaria, 10 et 2 ans au moment des faits. Puis la longue marche pour atteindre la plage, les murs et barri&#232;res &#224; contourner, la nuit, le froid. Quand le groupe arrive au point de rendez-vous, il est aux environs de 1 ou 2 heures du matin. L'embarcation pneumatique de type Zodiac, dissimul&#233;e sous le sable et les branchages dans les dunes, est r&#233;cup&#233;r&#233;e puis gonfl&#233;e. On se partage les gilets de sauvetage. Soudain, des lumi&#232;res de lampes torches apparaissent &#224; quelques centaines de m&#232;tres et se rapprochent rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Deux hommes ont alors quitt&#233; imm&#233;diatement le groupe et ont fui dans les dunes&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Falah. La patrouille de gendarmerie, &#171; &lt;i&gt;au moins six personnes, peut-&#234;tre huit&lt;/i&gt; &#187;, selon Rupak, interpelle le reste des exil&#233;&#183;es. Les gendarmes saisissent les gilets de sauvetage, parfois brusquement d'apr&#232;s Falah, puis donnent des coups de couteau dans le Zodiac pour le rendre inutilisable. Rupak : &#171; &lt;i&gt;Ils &#233;taient tr&#232;s virulents dans leurs paroles, ils cherchaient &#224; nous intimider. J'avais si peur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Le groupe est alors maintenu sur la plage pendant 40 minutes, peut-&#234;tre plus, nous dit Falah. &#171; &lt;i&gt;Il faisait extr&#234;mement froid et tr&#232;s humide&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; L'ambulance n'est jamais venue &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les exil&#233;&#183;es sont ensuite conduit&#183;es vers l'une des entr&#233;es de la plage, &#224; proximit&#233; de la route, o&#249; &#171; &lt;i&gt;se trouvaient une seconde patrouille et deux camionnettes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Rupak. C'est &#224; ce moment-l&#224; que la jeune femme kurde, 30 ans au moment des faits, sent ses v&#234;tements tremp&#233;s : elle vient de perdre les eaux. &#171; &lt;i&gt;J'ai compris que ce n'&#233;tait pas un bon signal pour le b&#233;b&#233;&lt;/i&gt; &#187;, se rappelle-t-elle. &#171; &lt;i&gt;C'est une autre femme qui a averti le reste du groupe de l'&#233;tat de Rupak&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more pour sa part Falah. &#171; &lt;i&gt;Je me suis alors signal&#233;e aux gendarmes, &lt;/i&gt;reprend Rupak, &lt;i&gt;et je le leur ai dit en anglais : &#8220;&#199;a ne va pas, &#231;a ne va pas, appelez une ambulance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Hazhar (le mari), Anas (le fils a&#238;n&#233;) et d'autres personnes interpellent &#233;galement les gendarmes et leur demandent d'appeler les secours. En anglais, mais aussi en fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Il y avait un homme parmi nous qui parlait fran&#231;ais et il s'est exprim&#233; dans cette langue avec les gendarmes&lt;/i&gt; &#187;, assure Falah. Rupak se souvient que l'un des militaires communique par talkie-walkie. Mais rien ne se passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous pouvez nous maintenir sur la plage si vous voulez, mais prenez en charge cette femme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'emporte alors Falah. Le temps passe et, malgr&#233; l'insistance de Rupak, Hazhar, Falah et d'autres, les secours ne sont pas contact&#233;s. Pour Falah, ce moment semble durer une &#233;ternit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je ne sais plus combien de temps on est rest&#233;s l&#224;. Ce que je sais, c'est qu'il faisait nuit sombre quand les gendarmes nous ont emmen&#233;s pr&#232;s de la route et que le soleil se levait quand ils sont partis en nous laissant l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'aube, un peu avant 7 h, les patrouilles embarquent deux jeunes hommes du groupe, probablement consid&#233;r&#233;s comme des passeurs, puis quittent subitement les lieux, abandonnant Rupak et le reste du groupe d'exil&#233;&#183;es &#224; leur sort. Dans l'appartement de Greenwich, les yeux cern&#233;s de fatigue de Rupak s'humidifient : &#171; &lt;i&gt;Ils nous ont dit : &#8220;L'ambulance va venir, l'ambulance va venir.&#8221; Mais elle n'est jamais venue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Vous pouvez nous maintenir sur la plage si vous voulez, mais prenez en charge cette femme ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le groupe se scinde : Rupak, Hazhar et plusieurs personnes tentent de s'&#233;loigner du littoral pour trouver de l'aide ; d'autres, dont Falah, essaient de rebrousser chemin et de revenir au campement. La d&#233;tresse de la jeune femme grandit : &#171; &lt;i&gt;Mes v&#234;tements &#233;taient tremp&#233;s et il faisait froid. J'&#233;tais gel&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ils marchent et rencontrent alors une nouvelle patrouille de gendarmes, se d&#233;pla&#231;ant pour sa part en voiture, dont l'&#233;quipage est compos&#233; d'un homme et d'une femme. Le petit groupe d'exil&#233;&#183;es alerte imm&#233;diatement les deux militaires, qui &#8211; cette fois &#8211; contactent aussit&#244;t les secours, tandis que Rupak est install&#233;e &#224; l'arri&#232;re du v&#233;hicule &#224; l'arr&#234;t. Peu de temps apr&#232;s, les pompiers arrivent et prennent en charge la jeune femme. Hazhar, Anas et Elaria sont quant &#224; eux r&#233;cup&#233;r&#233;s quelques dizaines de minutes plus tard par une &#233;quipe de b&#233;n&#233;voles de l'association Utopia 56, au niveau de la rue Merlier, &#224; Oye-Plage. &#171; &lt;i&gt;L'un de nous est parti chercher des v&#234;tements de rechange pendant que les autres ramenaient Hazhar, Anas et Elaria, ainsi qu'une femme avec un enfant, au local avec notre minibus&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Marguerite Combes, d'Utopia 56. Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Hazhar nous a directement racont&#233; ce qu'il s'&#233;tait pass&#233; : la marche, les gendarmes sur la plage, Rupak. Puis il a ajout&#233; : &#8220;Je ne sais pas si mon enfant et ma femme vont survivre.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rupak est prise en charge &#224; l'h&#244;pital de Calais. Les soignant&#183;es d&#233;clenchent l'accouchement via une c&#233;sarienne en urgence, apr&#232;s avoir constat&#233; par &#233;chographie que le b&#233;b&#233; souffre d' &#187; &lt;i&gt;anomalies du rythme cardiaque, avec bradycardie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rythme anormalement lent du c&#339;ur.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt;permanente&lt;/i&gt; &#187;, comme l'indique le rapport m&#233;dical. Aleksandra na&#238;t le 2 septembre dans l'apr&#232;s-midi. La nouvelle-n&#233;e pr&#233;sente alors &#171; &lt;i&gt;des difficult&#233;s d'adaptation &#224; la vie extra-ut&#233;rine&lt;/i&gt; &#187; et les m&#233;decins identifient &#171; &lt;i&gt;une anoxie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diminution de la quantit&#233; d'oxyg&#232;ne que le sang distribue aux tissus.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;p&#233;rinatale s&#233;v&#232;re&lt;/i&gt; &#187; : elle est intub&#233;e puis plac&#233;e sous respiration artificielle quelques minutes apr&#232;s sa naissance. &#171; &lt;i&gt;Son &#233;tat &#233;tait critique&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Frances Timberlake, qui a accompagn&#233; de pr&#232;s la famille en tant que coordinatrice du Refugee Women's Center, association qui soutient les femmes exil&#233;es et leurs familles pr&#233;sentes dans les campements de Grande-Synthe, &#224; une quarantaine de kilom&#232;tres de Calais. &#171; &lt;i&gt;Les deux jours suivants, les m&#233;decins ont multipli&#233; les tests, mais ils ne d&#233;tectaient toujours pas d'activit&#233; c&#233;r&#233;brale&lt;/i&gt; &#187;, poursuit la militante associative. Le 5 septembre &#224; 14 h, avec l'accord de Rupak et Hazhar, les m&#233;decins d&#233;cident d'arr&#234;ter la respiration artificielle. Quelques heures plus tard, &#171; &lt;i&gt;Aleksandra d&#233;c&#232;de dans les bras de son p&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, commente le rapport m&#233;dical. &#171; &lt;i&gt;Hazhar, les soignants, tout le monde pleurait dans la salle de r&#233;animation&lt;/i&gt; &#187;, se rem&#233;more Frances Timberlake.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une enqu&#234;te bloqu&#233;e &#224; la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 8 septembre, Aleksandra est inhum&#233;e au cimeti&#232;re Nord de Calais. Quelques jours plus tard, la famille tente de nouveau le passage et parvient &#224; rallier l'Angleterre. Mais Rupak et Hazhar n'oublient pas cette nuit tragique et veulent demander justice. &#171; &lt;i&gt;Les m&#233;decins m'ont dit que si nous &#233;tions arriv&#233;s plus t&#244;t, ils auraient certainement pu sauver le b&#233;b&#233;&lt;/i&gt; &#187;, rappelle r&#233;guli&#232;rement Rupak. une plainte est constitu&#233;e courant octobre puis d&#233;pos&#233;e le 25 f&#233;vrier 2021. Le procureur de la R&#233;publique de Boulogne-sur-Mer saisit alors l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la gendarmerie nationale (IGGN) pour que ses services lancent une enqu&#234;te. Quatre responsables associatifs, parmi lesquel&#183;les Frances Timberlake, sont auditionn&#233;&#183;es le 20 mai 2021. Marguerite Combes, d'Utopia 56, a &#233;t&#233; entendue fin novembre dernier. Falah, quant &#224; lui, accepte de r&#233;pondre aux sollicitations des journalistes mais ne souhaite pas &#234;tre auditionn&#233; par la police, de crainte que cela interf&#232;re dans sa proc&#233;dure de demande de titre de s&#233;jour au Royaume-Uni. un an apr&#232;s le d&#233;p&#244;t de la plainte, et un an et demi apr&#232;s les faits, Rupak et Hazhar n'ont toujours pas &#233;t&#233; rencontr&#233;&#183;es par l'IGGN.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200calais_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH667/1200calais_resultat-9de21.jpg?1783234882' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Contact&#233;e, l'IGGN n'a pas souhait&#233; s'exprimer et &#171; &lt;i&gt;invite &#224; prendre attache directement avec Monsieur le Procureur de la R&#233;publique qui est seul responsable de la communication&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me chose du c&#244;t&#233; de la pr&#233;fecture du Pas-de-Calais qui, consid&#233;rant qu'une enqu&#234;te est en cours, redirige vers le procureur. Ce dernier n'a quant &#224; lui pas souhait&#233; s'exprimer, estimant &#171; &lt;i&gt;ne pas ma&#238;triser suffisamment le dossier&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, l'avocate de la famille, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Pauline Pell&#233;-Grandfils, annonce &#171; &lt;i&gt;vouloir saisir tr&#232;s prochainement la D&#233;fenseure des droits dans cette affaire&lt;/i&gt; &#187;. Elle pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Cette institution aurait la possibilit&#233; de mener une enqu&#234;te de mani&#232;re ind&#233;pendante, en parall&#232;le de l'IGGN.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un exil dans une Europe hostile&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; leur arriv&#233;e en Angleterre d&#233;but octobre 2020, Rupak et Hazhar ont entam&#233; une d&#233;marche de demande d'asile, dont ils n'ont jusqu'&#224; pr&#233;sent pas de nouvelles. Tous les deux, avec leur fils a&#238;n&#233; Anas, ont fui le Kurdistan irakien via la Turquie &#224; l'&#233;t&#233; 2017. La famille est ensuite rest&#233;e bloqu&#233;e pendant pr&#232;s de deux ans dans un camp sur le continent en Gr&#232;ce. &#171; &lt;i&gt;C'est l&#224; qu'Elaria, notre deuxi&#232;me enfant, est n&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Rupak. Mais les parents ne consid&#232;rent pas la Gr&#232;ce comme un lieu assez s&#251;r. En juillet 2019, la famille tente de rejoindre l'ouest de l'Europe et traverse l'Albanie, le Kosovo, puis la Bosnie-Herz&#233;govine. Refoul&#233;e par la police croate &#224; la fronti&#232;re avec la Bosnie, elle se retrouve confin&#233;e en Roumanie du fait de la pand&#233;mie de Covid-19, apr&#232;s plusieurs semaines d'errance dans les Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de l'&#233;t&#233; 2020, Rupak, Hazhar, Anas et Elaria reprennent la route et arrivent &#224; Grande-Synthe au d&#233;but du mois d'ao&#251;t. Les c&#244;tes anglaises ne sont &#224; ce moment plus tr&#232;s loin. Mais une membre de la famille restera sur la rive sud du d&#233;troit : Aleksandra ne foulera jamais le sol britannique. Son pr&#233;nom, comme l'identit&#233; des 27 personnes mortes noy&#233;es au cours du terrible naufrage du 24 novembre dernier, est venu allonger la longue liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es &#224; cette fronti&#232;re&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es dans la zone frontali&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis 1999, elles sont des centaines.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photo Ma&#235;l Galisson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &#201;l&#233;ments de contexte sur une tentative de travers&#233;e clandestine de la Manche survenue en septembre dernier &#187;, communiqu&#233; de presse de la pr&#233;fecture du Pas-de-Calais (03/03/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rythme anormalement lent du c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Diminution de la quantit&#233; d'oxyg&#232;ne que le sang distribue aux tissus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La liste des personnes exil&#233;es d&#233;c&#233;d&#233;es dans la zone frontali&#232;re France/Belgique/Royaume-Uni est consultable &lt;a href=&#034;https://www.tiki-toki.com/timeline/entry/1519092/Deaths-at-border-FranceBelgiumUK/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proc&#232;s de maraudeurs solidaires &#224; Gap : &#171; Vous n'avez aucune esp&#232;ce de preuve &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Proces-de-maraudeurs-solidaires-a</link>
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		<dc:date>2021-05-27T14:31:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Juliette Iturralde</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>famille</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>famille afghane</dc:subject>
		<dc:subject>maraudeurs</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re franco-italienne</dc:subject>
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		<dc:subject>maraudeurs b&#233;n&#233;voles</dc:subject>
		<dc:subject>c&#244;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce 27 mai, le tribunal de Gap a condamn&#233; deux maraudeurs solidaires &#224; deux mois de prison avec sursis, selon une information du Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. Mise &#224; jour du 27 mai : d'apr&#232;s le Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;, les deux maraudeurs viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 2 mois de prison avec sursis. Nous republions ici notre compte-rendu de l'audience du 22 avril. *** Jeudi 22 avril au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde" rel="tag"&gt;Juliette Iturralde&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille-afghane" rel="tag"&gt;famille afghane&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere-franco-italienne" rel="tag"&gt;fronti&#232;re franco-italienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gendarmes" rel="tag"&gt;gendarmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maraudeurs-benevoles" rel="tag"&gt;maraudeurs b&#233;n&#233;voles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cote" rel="tag"&gt;c&#244;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce 27 mai, le tribunal de Gap a condamn&#233; deux maraudeurs solidaires &#224; deux mois de prison avec sursis, selon une information du &lt;i&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/-747-2cc7f.jpg?1782641327' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Mise &#224; jour du 27 mai&lt;/strong&gt; : d'apr&#232;s le &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledauphine.com/faits-divers-justice/2021/05/27/deux-maraudeurs-condamnes-a-deux-mois-de-sursis-par-le-tribunal-de-gap&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, les deux maraudeurs viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 2 mois de prison avec sursis. Nous republions ici notre compte-rendu de l'audience du 22 avril.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 22 avril au tribunal de Gap, le procureur a requis deux mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de s&#233;jour dans les Hautes-Alpes &#224; l'encontre de deux maraudeurs b&#233;n&#233;voles. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. L'accusation ne dispose d'aucune preuve, hormis les d&#233;clarations de gendarmes bas&#233;s en Bretagne qui pr&#233;tendent avoir vu les maraudeurs franchir la fronti&#232;re, pourtant difficilement rep&#233;rable par des yeux non initi&#233;s parce que mat&#233;rialis&#233;e par rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 novembre 2020, Antoine et Timoth&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;noms modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#233;taient en maraude &#224; la fronti&#232;re franco-italienne, non loin du col de Montgen&#232;vre (Hautes-Alpes). Investis de longue date dans le soutien aux exil&#233;s qui rejoignent la France par les p&#233;rilleuses cimes alpines, les deux b&#233;n&#233;voles portaient assistance ce jour-l&#224; &#224; une famille afghane : un p&#232;re, une m&#232;re enceinte de plus de huit mois et leurs deux enfants. Ce geste d'humanit&#233; leur a valu une garde &#224; vue, puis une comparution devant le tribunal de Gap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 22 avril donc, une question agite particuli&#232;rement les magistrats : de quel c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re les maraudeurs b&#233;n&#233;voles ont-ils pris en charge la famille afghane ? Si c'est c&#244;t&#233; italien, les deux pr&#233;venus risquent cinq ans de prison pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e &#187; irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers sur le territoire fran&#231;ais. Si c'est c&#244;t&#233; fran&#231;ais, ils ne risquent rien, puisque leur soutien ayant &#233;t&#233; apport&#233; &#224; titre gratuit, ils peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une sorte &#171; d'immunit&#233; humanitaire &#187; applicable &#224; &#171; l'aide au s&#233;jour &#187; et &#224; &#171; l'aide &#224; la circulation &#187; d'&#233;trangers sans-papiers&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci &#187;, CQFD n&#176;168 (septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; carte IGPN &#187; pour localiser la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : dans cette zone-l&#224;, il est tr&#232;s difficile de localiser la fronti&#232;re avec pr&#233;cision. Elle n'est mat&#233;rialis&#233;e ni par une quelconque cl&#244;ture, ni par un sentier, ni par une rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, les versions divergent. Trois gendarmes mobiles pr&#233;tendent avoir vu la famille franchir la fronti&#232;re avec les maraudeurs. Ces derniers r&#233;torquent que &#171; &lt;i&gt;c'est impossible&lt;/i&gt; &#187;. Antoine : &#171; &lt;i&gt;On est &#233;quip&#233;s de cartes IGN pr&#233;cises sur toute la zone de Montgen&#232;vre.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;On sait qu'il y a une r&#233;pression tr&#232;s particuli&#232;re sur les personnes solidaires, on fait attention &#224; ne pas donner de pr&#233;texte&lt;/i&gt; [&#224; une arrestation] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par visioconf&#233;rence, un des gendarmes r&#233;it&#232;re ses accusations : &#171; &lt;i&gt; Je les ai vus franchir la fronti&#232;re dans le vallon au-dessus de la PAF&lt;/i&gt; [Police aux fronti&#232;res] &#187;. Mais en dehors de cette assertion lapidaire, le militaire ne livre aucun d&#233;tail topographique permettant de localiser le point pr&#233;cis o&#249; la fronti&#232;re aurait &#233;t&#233; franchie par les maraudeurs. D'ailleurs, remarque M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Vincent Brengarth, l'avocat de la d&#233;fense, aucune carte, aucun plan, aucun sch&#233;ma ne figure au dossier. Interrog&#233; sur ce point, le gendarme r&#233;pond &#224; c&#244;t&#233;, et par un joli lapsus : &#171; &lt;i&gt;On a une carte IGPN &lt;/i&gt; [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;dans le v&#233;hicule. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dossier, on ne retrouve aucune photo non plus. Pourquoi n'avoir pas pris un clich&#233; de la sc&#232;ne, ne serait-ce qu'avec un t&#233;l&#233;phone ? &#171; &lt;i&gt;Parce que&lt;/i&gt; [c'&#233;tait] &lt;i&gt;mon t&#233;l&#233;phone personnel&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond le gendarme mobile, appartenant &#224; un escadron bas&#233; &#224; Pontivy (Morbihan). Ce n'&#233;tait que sa deuxi&#232;me mission &#224; la fronti&#232;re haute-alpine. En guise de formation, il n'avait eu droit qu'&#224; &#171; &lt;i&gt;deux jours de tuilage&lt;/i&gt; &#187; avec les effectifs locaux. Un peu court, estime la d&#233;fense, pour &#234;tre si s&#251;r de soi quant &#224; la localisation de la fronti&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; 520 personnes &#187; secourues depuis septembre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux autres t&#233;moins sont appel&#233;s &#224; la barre. D'abord, un docteur de M&#233;decins du Monde, qui rappelle les dangers qui guettent les exil&#233;s traversant la fronti&#232;re : &#171; &lt;i&gt; Il y a parfois des gelures malheureusement, il y a un Monsieur en ce moment &#224; l'h&#244;pital de Brian&#231;on qui va &#234;tre amput&#233;. &lt;/i&gt; &#187; &#201;voquant la derni&#232;re personne migrante morte en date (d&#233;but 2019 par hypothermie), il explique que depuis un peu plus d'un an, les b&#233;n&#233;voles voient arriver de plus en plus de familles : depuis septembre, &#171; &lt;i&gt;520 personnes&lt;/i&gt; &#187; ont &#233;t&#233; secourues par l'unit&#233; mobile mont&#233;e par M&#233;decins du Monde et l'association locale Tous Migrants, dont une centaine d'enfants et un nombre non n&#233;gligeable de femmes enceintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moigne ensuite une b&#233;n&#233;vole de Tous Migrants, qui &#233;tait pr&#233;sente &#224; la fronti&#232;re le 19 novembre et raconte qu'il y avait ce jour-l&#224; plus d'effectifs policiers qu'&#224; l'accoutum&#233;e. Elle d&#233;crit les pr&#233;venus comme des maraudeurs exp&#233;riment&#233;s et explique en substance qu'ils auraient &#233;t&#233; vraiment d&#233;biles de franchir la fronti&#232;re avec des exil&#233;s en plein jour alors que la surveillance &#233;tait si forte. De plus, elle rappelle que chez Tous Migrants, il y a une r&#232;gle de base : ce franchissement de la fronti&#232;re est &#171; &lt;i&gt;une ligne rouge&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question topographie, la b&#233;n&#233;vole solidaire est incomparablement plus pr&#233;cise que le gendarme : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re, dans ce vallon, elle est dix m&#232;tres au-dessus des derni&#232;res maisons&lt;/i&gt; &#187; du village de Clavi&#232;res, en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Est-ce que c'est grave ? &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le procureur commence son r&#233;quisitoire en parlant de &#171; &lt;i&gt; la crise migratoire qui a impact&#233; le territoire des Hautes-Alpes &lt;/i&gt; &#187; et encombre son agenda judiciaire : &#171; &lt;i&gt;Les passeurs repr&#233;sentent la moiti&#233; des d&#233;tenus de la maison d'arr&#234;t de Gap : 13 sur 26. &lt;/i&gt; &#187; Ces passeurs, poursuit-il, exploitent la mis&#232;re des migrants en se faisant r&#233;tribuer. Mais &#171; &lt;i&gt;on doit reconna&#238;tre que les pr&#233;venus de ce jour ne sont pas des passeurs classiques &lt;/i&gt; &#187; et qu'ils ont agi par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le parquetier rappelle au tribunal qu'il doit juste juger s'il y a eu ou non aide au franchissement de la fronti&#232;re, quels qu'en soient les motifs. L'assistance aux &#233;trangers (sans-papiers) &#171; &lt;i&gt; est l&#233;gale d&#232;s lors qu'elle est r&#233;alis&#233;e en France et pour des motifs humanitaires&lt;/i&gt; &#187; (et, ajoute-t-il, il est autoris&#233; de s'affranchir du couvre-feu pour &#231;a &#8211; les nombreux membres de Tous Migrants verbalis&#233;s cet hiver en maraude appr&#233;cieront la nouvelle). Mais &#171; &lt;i&gt;il est interdit de faire rentrer un &#233;tranger en France quels qu'en soient les motifs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; ses yeux, &#171; &lt;i&gt;la proc&#233;dure ne&lt;/i&gt; [laisse pas la place au] &lt;i&gt;moindre doute&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt; Les proc&#232;s-verbaux des gendarmes font foi jusqu'&#224; preuve du contraire.&lt;/i&gt; &#187; Pour lui, l'infraction est donc clairement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est grave ?&lt;/i&gt; &#187; Il se r&#233;pond tout seul : &#171; &lt;i&gt;Je consid&#232;re qu'on aurait pu &#233;viter cette audience&lt;/i&gt; &#187;, mais il aurait fallu que les pr&#233;venus reconnaissent les faits et fassent &#171; &lt;i&gt;amende honorable&lt;/i&gt; &#187; pour qu'on leur propose &#171; &lt;i&gt;une mesure alternative aux poursuites &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grave ou non, le procureur requiert tout de m&#234;me deux mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de s&#233;jour dans le d&#233;partement des Hautes-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rendez-vous le 27 mai&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Brengarth d&#233;veloppe une strat&#233;gie &#224; plusieurs &#233;tages. D'abord, il remet en cause le bien-fond&#233; de la loi p&#233;nalisant l'aide &#224; l'entr&#233;e sur le territoire quand elle est d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Selon lui, ce texte est &#171; &lt;i&gt;archa&#239;que&lt;/i&gt; &#187; et contrevient &#224; une directive europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le procureur n'est pas d'accord avec l'avocat sur ce point.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Puis au d&#233;tour d'un raisonnement juridique complexe remettant en cause la l&#233;galit&#233; de la garde &#224; vue qu'ont subi ses clients, il rappelle que la famille afghane avait le droit de d&#233;poser l'asile &#224; la fronti&#232;re &#8211; ce dont il n'est aucunement fait mention dans la proc&#233;dure, o&#249; l'on apprend au contraire que les exil&#233;s ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s en Italie, d'o&#249; ils ont fini par r&#233;ussir &#224; passer en France quelques jours plus tard...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'avocat conteste tout bonnement la r&#233;alit&#233; des faits reproch&#233;s, &#224; savoir le franchissement de cette foutue fronti&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez aucune esp&#232;ce de preuve mat&#233;rielle&lt;/i&gt; &#187;, ass&#232;ne-t-il aux magistrats, rappelant qu'au cours de la proc&#233;dure, &#171; &lt;i&gt;aucune pr&#233;cision g&#233;ographique n'a &#233;t&#233; demand&#233;e &lt;/i&gt; &#187; aux gendarmes qui ont proc&#233;d&#233; &#224; l'interpellation. Il demande donc la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement sera rendu le jeudi 27 mai &#224; 13 h 30, une demi-heure avant le d&#233;but, &#224; Grenoble, de l'audience d'appel d'une affaire ressemblante et embl&#233;matique : celle des &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-tribunal-a-choisi-la-mort-pour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 de Brian&#231;on&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;noms modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-delit-de-solidarite-se-porte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le procureur n'est pas d'accord avec l'avocat sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un paysan est mort</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-paysan-est-mort</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Un-paysan-est-mort</guid>
		<dc:date>2019-03-15T02:37:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>gendarmes</dc:subject>
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		<dc:subject>J&#233;r&#244;me Laronze</dc:subject>
		<dc:subject>DDPP</dc:subject>
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		<dc:subject>J&#233;r&#244;me assiste</dc:subject>
		<dc:subject>Conf&#233;d&#233;ration</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mai 2017, J&#233;r&#244;me Laronze, &#233;leveur en Sa&#244;ne-et-Loire, succombait &#224; trois balles tir&#233;es par un gendarme. Son tort ? S'&#234;tre oppos&#233; aux contr&#244;les agricoles. Bref retour sur ce drame en milieu paysan. Converti &#224; l'agriculture bio, J&#233;r&#244;me Laronze faisait, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, p&#226;turer librement sa centaine de vaches dans les prairies de son village de Trivy, dans le Charolais. Cet &#233;leveur de 36 ans voulait vendre sa production localement, histoire de court-circuiter les puissants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no163-mars-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;163 (mars 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gendarmes" rel="tag"&gt;gendarmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vaches" rel="tag"&gt;vaches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/paysan" rel="tag"&gt;paysan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome-Laronze" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me Laronze&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/DDPP" rel="tag"&gt;DDPP&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Confederation-paysanne" rel="tag"&gt;Conf&#233;d&#233;ration paysanne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/controles-agricoles" rel="tag"&gt;contr&#244;les agricoles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome-assiste" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me assiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Confederation" rel="tag"&gt;Conf&#233;d&#233;ration&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mai 2017, J&#233;r&#244;me Laronze, &#233;leveur en Sa&#244;ne-et-Loire, succombait &#224; trois balles tir&#233;es par un gendarme. Son tort ? S'&#234;tre oppos&#233; aux contr&#244;les agricoles. Bref retour sur ce drame en milieu paysan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH527/-1063-b32f6.jpg?1782647035' width='400' height='527' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;onverti &#224; l'agriculture bio, J&#233;r&#244;me Laronze faisait, depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, p&#226;turer librement sa centaine de vaches dans les prairies de son village de Trivy, dans le Charolais. Cet &#233;leveur de 36 ans voulait vendre sa production localement, histoire de court-circuiter les puissants groupes agro-alimentaires. Il &#233;tait connu dans ce coin de Sa&#244;ne-et-Loire pour son militantisme (il a &#233;t&#233; porte-parole local de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne) et pour ses coups de gueule contre les contr&#244;les agricoles aussi abusifs qu'intrusifs. Mais &#224; force de ne pas respecter les normes administratives en vigueur (identification des vaches en retard, obligations de suivi sanitaire non remplies), il a fini par attirer l'attention de la Direction d&#233;partementale de la protection des populations (DDPP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un contr&#244;le effectu&#233; en 2015, celle-ci lui interdit de vendre son cheptel, certaines des b&#234;tes ayant &#233;chapp&#233; &#224; la tra&#231;abilit&#233; des services &#233;tatiques. Pis, le 6 juin 2016, la DDPP et une armada de gendarmes d&#233;barquent par surprise chez J&#233;r&#244;me. Plusieurs vaches, affol&#233;es par les forces de l'ordre qui tentent de r&#233;unir le troupeau, se jettent alors dans une rivi&#232;re. J&#233;r&#244;me assiste, impuissant, &#224; la noyade de cinq de ses b&#234;tes et le contr&#244;le, qui vire au cauchemar, est interrompu imm&#233;diatement. Mais deux semaines plus tard, les agents de la DDPP reviennent. Quelques syndicalistes de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne et une des s&#339;urs de J&#233;r&#244;me, pr&#233;venus en amont, parviennent cette fois &#224; emp&#234;cher les pandores d'intervenir sur la ferme.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mortelle cavale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 11 mai 2017, rebelote. Malgr&#233; la violence de ces contr&#244;les agricoles et la d&#233;tresse de J&#233;r&#244;me, la DDPP d&#233;boule &#224; nouveau avec pl&#233;thore de gendarmes. L'&#233;leveur, apeur&#233;, prend alors la fuite, apr&#232;s avoir tent&#233; de les effrayer avec son tracteur. Traqu&#233; par les forces de l'ordre, le paysan en cavale &#233;crit au &lt;i&gt;Journal de Sa&#244;ne-et-Loire&lt;/i&gt; et d&#233;nonce &#171; &lt;i&gt;l'hyper administration qui n'apporte rien aux agriculteurs, sinon de l'humiliation et des brimades. Cela ne rapporte qu'aux marchands et aux interm&#233;diaires. Mon cas est anecdotique, mais il illustre l'ultra-r&#233;glementation qui conduit &#224; une destruction des paysans&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mon tracteur &#233;tait le seul moyen d'avoir droit &#224; la parole &#187;, article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le 20 mai, J&#233;r&#244;me est finalement localis&#233; dans un chemin, &#224; quelques kilom&#232;tres de sa ferme. Il est assoupi dans sa voiture quand deux gendarmes s'approchent pour l'interpeller. R&#233;veill&#233;, J&#233;r&#244;me tente de leur &#233;chapper. Un pandore d&#233;gaine et tire six balles. Trois seront fatales au jeune paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s tentent alors, piteusement, d'arguer de &#171; la l&#233;gitime d&#233;fense &#187; des gendarmes. Sauf que l'enqu&#234;te d&#233;montre rapidement que les trois balles ont &#233;t&#233; tir&#233;es dans le dos de l'&#233;leveur... Depuis, le tireur a &#233;t&#233; mis en examen, et une instruction est en cours. Les proches de J&#233;r&#244;me se battent d&#233;sormais pour que la justice n'enterre pas l'affaire, qualifi&#233;e de &#171; violence avec arme ayant entra&#238;n&#233; la mort sans intention de la donner &#187; &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proc&#232;s s'annonce d'autant plus difficile que les conditions de l&#233;gitime (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le m&#233;pris &#233;tatique du monde paysan se prolonge d&#233;cid&#233;ment jusque dans la mort.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Pour contacter et aider le Comit&#233; de soutien&lt;/strong&gt; : Association Justice et v&#233;rit&#233; pour J&#233;r&#244;me Laronze BP 10229 &#8211; 71106 Chalon-sur-Sa&#244;ne CEDEX&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lejsl.com/edition-macon/2017/05/19/mon-tracteur-etait-le-seul-moyen-d-avoir-droit-a-la-parole&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mon tracteur &#233;tait le seul moyen d'avoir droit &#224; la parole&lt;/a&gt; &#187;, article publi&#233; dans l'&#233;dition du 19 mai 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le proc&#232;s s'annonce d'autant plus difficile que les conditions de l&#233;gitime d&#233;fense des forces de l'ordre ont &#233;t&#233; &#233;largies par la &#171; loi sur la s&#233;curit&#233; publique &#187;, vot&#233;e en f&#233;vrier 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bure, le nucl&#233;aire &#224; la matraque</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Bure-le-nucleaire-a-la-matraque</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Bure-le-nucleaire-a-la-matraque</guid>
		<dc:date>2018-06-30T15:53:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Bonetti</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Meuse</dc:subject>
		<dc:subject>Bure</dc:subject>
		<dc:subject>nucl&#233;aire</dc:subject>
		<dc:subject>prison</dc:subject>
		<dc:subject>gendarmes</dc:subject>
		<dc:subject>Maison</dc:subject>
		<dc:subject>opposants</dc:subject>
		<dc:subject>village voisin</dc:subject>
		<dc:subject>voiture d&#233;marre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Presque un cas d'ecole. A force de proc&#232;s iniques, d'op&#233;rations brutales et de surveillance constante, les promoteurs du centre d'enfouissement de bure ont encourag&#233; ce qu'ils voulaient abattre. Sur place, les opposants sont de plus en plus nombreux a s'installer. Ailleurs, les comites de soutien se multiplient. Retour sur un fiasco r&#233;pressif. La voiture d&#233;marre, direction le village voisin. Nous sommes cinq &#224; bord. Des copains suivent dans une camionnette. Les occupants du fourgon de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bertoyas" rel="tag"&gt;Bertoyas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Meuse" rel="tag"&gt;Meuse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bure" rel="tag"&gt;Bure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nucleaire-597" rel="tag"&gt;nucl&#233;aire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gendarmes" rel="tag"&gt;gendarmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maison" rel="tag"&gt;Maison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/opposants" rel="tag"&gt;opposants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/village-voisin" rel="tag"&gt;village voisin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voiture-demarre" rel="tag"&gt;voiture d&#233;marre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Presque un cas d'ecole. A force de proc&#232;s iniques, d'op&#233;rations brutales et de surveillance constante, les promoteurs du centre d'enfouissement de bure ont encourag&#233; ce qu'ils voulaient abattre. Sur place, les opposants sont de plus en plus nombreux a s'installer. Ailleurs, les comites de soutien se multiplient. Retour sur un fiasco r&#233;pressif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La voiture d&#233;marre, direction le village voisin. Nous sommes cinq &#224; bord. Des copains suivent dans une camionnette. Les occupants du fourgon de gendarmes mobiles, stationnant devant la maison depuis des mois, laissent passer quelques secondes avant de nous prendre en filature. Tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu de route. Puis un carrefour tout proche, o&#249; surgit un gros 4X4 de la gendarmerie. En un spectaculaire d&#233;rapage, manquant de peu de percuter la voiture d'une dame terroris&#233;e, il s'arr&#234;te sur le bas-c&#244;t&#233;. Trois uniformes en sortent, pistolet-mitrailleur &#224; la main. Ils courent dans la direction de notre v&#233;hicule, fa&#231;on film d'action am&#233;ricain. Je m'attends presque &#224; une rafale... Mais ils nous laissent finalement passer, se focalisant sur la fourgonnette des copains. Le contr&#244;le est pour leur pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se gare un peu plus loin, histoire de v&#233;rifier que tout se passe bien. Juste le temps de marcher quelques m&#232;tres que d&#233;boulent une dizaine de gendarmes, arm&#233;s jusqu'aux dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt; Il y a un probl&#232;me ? &lt;/i&gt; &#187;, on demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; &#171; &lt;i&gt;Alors, on ne se pla&#238;t pas en Meuse ? On vous trouve un peu tendus, ces temps-ci...&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pondent-ils, sourire aux l&#232;vres. Avant de multiplier les provocations, s'attirant quelques insultes en retour. Je sors alors ma cam&#233;ra, la met en route. Mais l'officier s'en rend compte, fait taire ses troupes et sonne le d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serait-il arriv&#233; s'il n'y avait eu personne pour enregistrer la sc&#232;ne ? Interpellation pour outrage et r&#233;bellion &#8211; incrimination d&#233;sormais tr&#232;s fr&#233;quente dans les environs ? Garde &#224; vue ? Voire d&#233;tention provisoire avant proc&#232;s ? Autant de possibilit&#233;s, qui n'ont m&#234;me pas &#224; &#234;tre p&#233;nalement justifi&#233;es. Il suffit d'incriminer. En un an, 22 proc&#232;s visant des opposants se sont ainsi tenus sur ce territoire hautement militaris&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-728-bcda9.jpg?1782646961' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Bertoyas.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bure sur r&#233;pression&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue &#224; Bure, dans la Meuse. L&#224; o&#249; l'Agence nationale pour la gestion des d&#233;chets radioactifs (Andra) entend enfouir &#224; l'avenir les d&#233;chets nucl&#233;aires les plus nuisibles des centrales fran&#231;aises. Ceux qui resteront dangereux pendant des centaines de milliers d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas Plogoff l'a d&#233;montr&#233; il y a quarante ans : quand l'industrie nucl&#233;aire (donc l'&#201;tat) a peur de la contestation, elle montre les dents. Et frappe fort. &#171; &lt;i&gt;Si on additionne les condamnations, ces 22 proc&#232;s correspondent &#224; des ann&#233;es de prison avec sursis et d'interdiction du territoire, des mois de prison ferme et des dizaines de milliers d'euros d'amende&lt;/i&gt; &#187;, tonne l'avocat &#201;tienne Ambroselli. Ce 13 f&#233;vrier, &#224; la barre du tribunal de Bar-le-Duc, il d&#233;fend deux opposants au centre d'enfouissement. Et pourfend une justice &#224; deux vitesses : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;vidence, toutes les plaintes ne se valent pas. Celles d&#233;non&#231;ant la violence des vigiles de l'Andra &#224; l'&#233;t&#233; 2016 n'ont rien donn&#233;. De m&#234;me que celles visant l'usage disproportionn&#233; de la force exerc&#233; par les gendarmes contre la manifestation du 15 ao&#251;t 2017 &#8211; un opposant en a pourtant gard&#233; le pied mutil&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Cerise sur l'arbitraire, les deux pr&#233;venus, un enseignant &#224; la retraite et un paysan, sont poursuivis pour la destruction d'un mur que ce m&#234;me tribunal a pourtant jug&#233; ill&#233;gal quelques jours plus t&#244;t. C'est que l'Andra s'est pass&#233;e de toute autorisation pour l'&#233;difier, histoire de prot&#233;ger au plus vite le Bois Lejuc&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;For&#234;t situ&#233;e &#224; l'aplomb des futures galeries souterraines.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; des m&#233;chants &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur tombe finalement le 16 ao&#251;t 2016, abattu par plusieurs centaines d'opposants. Mais pr&#232;s de deux ans plus tard, ils ne sont que deux &#224; en r&#233;pondre &#224; la barre, malgr&#233; leurs d&#233;n&#233;gations et sur la foi de photos floues et pixelis&#233;es. Peu importe. Le tribunal de Bar-le-Duc n'entend pas rendre justice, mais faire peur et faire taire. Les pr&#233;venus sont ainsi condamn&#233;s &#224; quatre mois de prison avec sursis et &#224; 3 000 &#8364; de dommages et int&#233;r&#234;ts au b&#233;n&#233;fice de l'Andra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne sont pas les seuls &#224; prendre cher : les condamnations pleuvent. D&#233;tention provisoire de plusieurs mois, puis prison ferme, pour un opposant interpell&#233; &#224; Bure. Prison avec sursis pour transport d'armes (deux opinels, un c&#226;ble &#233;lectrique et&#8230; une pelle &#224; tarte). Etc. Une s&#233;v&#233;rit&#233; si absurde qu'elle r&#233;veille la col&#232;re. En mars, des opposants rendent ainsi une &#171; visite &#187; muscl&#233;e au tribunal &#8211; la presse locale parle de &#171; &lt;i&gt;saccage&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour de b&#226;ton ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce petit coin de Meuse, r&#233;pression judiciaire et surveillance gendarmesque vont d&#233;sormais de pair. Un fourgon de pandores stationne au quotidien devant chaque maison d'opposant identifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sylvestre habitait Bure, il a connu &#231;a &#8211; il a finalement d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; 30 kilom&#232;tres pour s'extraire du dispositif de surveillance : &#171; &lt;i&gt;C'est une strat&#233;gie classique. Ce contr&#244;le permanent est cens&#233; mobiliser notre &#233;nergie, jusqu'&#224; nous d&#233;tourner de la lutte.&lt;/i&gt; &#187; Et pour emp&#234;cher d'&#233;ventuels renforts ext&#233;rieurs, la pr&#233;fecture multiplie les arr&#234;t&#233;s ubuesques interdisant la circulation et le stationnement des non-r&#233;sidents dans un rayon de 20 kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre dernier, cran suppl&#233;mentaire : les gendarmes investissent la Maison de r&#233;sistance &#224; la poubelle nucl&#233;aire de Bure, centre de gravit&#233; de la lutte, ainsi que plusieurs logements et lieux collectifs. Les perquisitions sont brutales. Et suscitent en r&#233;action des dizaines de rassemblements dans toute la France, souvent suivis de la cr&#233;ation de comit&#233;s de soutien. Cette vague de mobilisation souligne les limites de la tactique des forces de l'ordre : au lieu de briser, elle nourrit la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebelote le 22 f&#233;vrier avec l'expulsion du Bois Lejuc, occup&#233; depuis un an et demi, et avec une deuxi&#232;me perquisition violente de la Maison de r&#233;sistance. L'op&#233;ration se veut d&#233;monstration de force, mais s'av&#232;re surtout contre-productive. Au plan national, elle renforce la d&#233;termination des comit&#233;s de soutien &#8211; il y en a d&#233;sormais une cinquantaine. Et au plan local, elle ne d&#233;courage pas les opposants. Ceux-ci viennent d'ailleurs d'investir une nouvelle ferme, d&#233;sormais habit&#233;e par une quinzaine de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de s'&#233;teindre, la lutte se construit et se renforce, explique Sylvestre : &#171; &lt;i&gt;En arri&#232;re-fond, les comit&#233;s permettent le d&#233;veloppement d'une culture militante et des mobilisations massives. Et sur place, les opposants sont de plus en plus nombreux &#224; s'installer. D'o&#249; une augmentation du niveau de conflictualit&#233;, qui met &#224; mal la fiction de la toute puissance de l'&#201;tat et de l'industrie nucl&#233;aire. C'est ce qui s'est pass&#233; le 18 f&#233;vrier 2017, quand une manifestation offensive s'en est prise &#224; l'&#201;coth&#232;que, un b&#226;timent de l'Andra.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colosse &#233;tatique a beau montrer les muscles, en r&#233;alit&#233; il se fragilise. Et en ne proposant aucune solution s&#233;rieuse pour la gestion des d&#233;chets nucl&#233;aires&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les centres d'enfouissement en profondeur, comme celui du WIPP aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, il s'ali&#232;ne un nombre croissant de soutiens. &#192; l'image du maire de Montiers-sur-Saulx, fervent promoteur du centre d'enfouissement devenu opposant r&#233;solu : &#171; &lt;i&gt;On nous a promis que l'implantation du centre serait synonyme de d&#233;veloppement &#233;conomique. Mais c'est l'inverse qui se produit : le bourg perd des habitants, des commerces, et peut-&#234;tre bient&#244;t son coll&#232;ge. Seules croissent les gendarmeries et les installations annexes du nucl&#233;aire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants sont de plus en plus nombreux &#224; dresser le m&#234;me constat. Ils ne supportent plus la pr&#233;sence gendarmesque, les contr&#244;les incessants et le ballet des h&#233;licopt&#232;res. &#171; &lt;i&gt;L'&#233;nergie nucl&#233;aire montre d&#233;sormais son vrai visage&lt;/i&gt;, constate Sylvestre. &lt;i&gt;Et pour nous, l'enjeu a &#233;volu&#233; : il ne s'agit plus seulement de lutter contre l'enfouissement, mais aussi de construire d'autres fa&#231;ons de vivre. D'o&#249; la multiplication de projets s'inscrivant hors du syst&#232;me marchand, qu'il s'agisse de faire du mara&#238;chage, de cuire du pain ou d'animer une biblioth&#232;que autog&#233;r&#233;e. Ils pensaient nous briser, ils n'ont fait que nous renforcer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;For&#234;t situ&#233;e &#224; l'aplomb des futures galeries souterraines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les centres d'enfouissement en profondeur, comme celui du WIPP aux &#201;tats-Unis (pr&#233;sent&#233; comme jumeau de Bure), sont cens&#233;s durer des mill&#233;naires. Ils ont pourtant d&#233;j&#224; tous connu de graves incidents : explosions de f&#251;ts, infiltration d'eau, effondrement des galeries, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zad : l'usage de la farce</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ce devait &#234;tre la fin de la Zad, son chant du cygne. 2 500 robocops contre quelques centaines de pel&#233;s divis&#233;s &#8212; le combat semblait perdu d'avance. Sauf que non. Au fil des jours, la r&#233;sistance s'est organis&#233;e et les forces vives ont afflu&#233; sur la zone. R&#233;cit subjectif de quelques jours pass&#233;s sur place, entre barricades et popote. Dimanche 15 avril. La nuit tombe sur la Zad apr&#232;s une journ&#233;e de mobilisation tr&#232;s charg&#233;e, parfois violente, souvent joyeuse. Passant devant l'imposante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lise-Lacombe" rel="tag"&gt;Lise Lacombe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gendarmes" rel="tag"&gt;gendarmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lama-Fache" rel="tag"&gt;Lama F&#226;ch&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce devait &#234;tre la fin de la Zad, son chant du cygne. 2 500 robocops contre quelques centaines de pel&#233;s divis&#233;s &#8212; le combat semblait perdu d'avance. Sauf que non. Au fil des jours, la r&#233;sistance s'est organis&#233;e et les forces vives ont afflu&#233; sur la zone. R&#233;cit subjectif de quelques jours pass&#233;s sur place, entre barricades et popote.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-676-8c256.jpg?1782641352' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 15 avril. La nuit tombe sur la Zad apr&#232;s une journ&#233;e de mobilisation tr&#232;s charg&#233;e, parfois violente, souvent joyeuse. Passant devant l'imposante barricade dite des Lascars, d&#233;truite au matin et reconstruite dans la foul&#233;e, trois camarades de lutte constatent qu'elle n'est pas dot&#233;e de tranch&#233;e anti-blind&#233;s. La seule d&#233;fense v&#233;ritablement efficace quand les forces de l'ordre mettent le paquet. Une pioche fatigu&#233;e tra&#238;ne aux environs ? C'est un signe. Ils se mettent donc au turbin, se refilant l'outil &#224; tour de r&#244;le, ahanant dans la nuit. Projet &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; absurde, tant la t&#226;che semble colossale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures plus tard, alert&#233;s par le bouche-&#224;-oreille nocturne, une bonne quinzaine d'opposants les ont rejoints &#224; travers champs, munis de pelles, pioches et b&#226;tons.Tous s'&#233;chinent &#224; la lueur des frontales, s'encourageant de chants ou de blagues, fouaillant joyeusement dans la boue. Malgr&#233; les ampoules et la fatigue, pas une plainte. Union sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au petit matin, quand des affrontements &#233;clatent &#224; proximit&#233;, au carrefour de la Saulce, la tranch&#233;e est pr&#234;te : plusieurs m&#232;tres de largeur, un bon m&#232;tre de profondeur. Deux acharn&#233;s s'&#233;chinent toujours pioche &#224; la main, macul&#233;s de boue. &#192; c&#244;t&#233;, quelques quidams tout de noir v&#234;tus se brossent les dents avant d'enfiler leur masque &#224; gaz. &lt;i&gt;Another day in the&lt;/i&gt; &lt;i&gt;bocage.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour de grenades&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression qui s'est abattue sur la Zad depuis le 9 avril a parfois pris des allures d'impitoyable rouleau compresseur. Voire de guerre en bonne et due forme. Recours immod&#233;r&#233; aux grenades assourdissantes Gli F4, utilisation de blind&#233;s, d'h&#233;licopt&#232;res et de drones de surveillance, gazage tous azimuts, tirs tendus de Flash-Ball, ciblage des journalistes, etc. Un &#233;talage de force impressionnant, sinon flippant. Pr&#232;s des zones de tension, un cri retentit &#224; intervalles r&#233;guliers : &#171; &lt;i&gt;M&#233;diiiic !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres sont connus : plus de 2 500 gendarmes d&#233;ploy&#233;s, des milliers de grenades balanc&#233;es&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment &#171; ZAD, 4 000 grenades tir&#233;es &#187;, tr&#232;s bon article publi&#233; sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, pr&#232;s de trois cents bless&#233;s plus ou moins graves dans les rangs zadistes, quatre gendarmes auto-mutil&#233;s par leur propre connerie armement, etc. Sinistre &#233;num&#233;ration, tant bien que mal camoufl&#233;e par les responsables. Au milieu des crat&#232;res d'explosion, environn&#233;s de bless&#233;s livides, face aux blind&#233;s et aux sommations balanc&#233;es d'une voix m&#233;tallique au m&#233;gaphone &#8211; &#171; &lt;i&gt;Dernier avertissement, nous allons faire usage de la force&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, les d&#233;clarations faites la veille par Nicolas Hulot, ministre de la Transition &#233;nerg&#233;tique, prennent une dimension irr&#233;elle. &#171; &lt;i&gt;Rien ne justifie la moindre blessure.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Les gendarmes ont proc&#233;d&#233; &#224; l'expulsion avec, j'ose le croire, le plus de pr&#233;cautions possibles.&lt;/i&gt; &#187; t'as qu'&#224; croire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les gendarmes sont bien l&#224; pour faire mal, sans pr&#233;cautions. Pour briser les cr&#226;nes, lac&#233;rer les jambes, perforer les tympans, cribler les corps. Bref : traumatiser. &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu &#231;a, les keufs sont en roue libre...&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne un membre de l'&#233;quipe m&#233;dicale, occup&#233; &#224; panser les blessures aux bras d'un quadrag&#233;naire bedonnant. Ne sont pas vis&#233;s uniquement les &#171; &lt;i&gt;combattants de premi&#232;re ligne&lt;/i&gt; &#187;, mais &#233;galement toutes les personnes pr&#233;sentes aux alentours, qu'elles semblent pacifiques ou non. Jusqu'&#224; choquer deux journalistes de TF1, repartant blancs comme des linges apr&#232;s avoir assist&#233; &#224; de tr&#232;s violents affrontements : &#171; &lt;i&gt;Putain, mais c'est la guerre, en fait !&lt;/i&gt; &#187; Que m&#234;me les envoy&#233;s du groupe Bouygues s'indignent de la r&#233;pression souligne combien celle-ci ne prend pas de pincettes. &#171; &lt;i&gt;Es la guerra, de verdad&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est la guerre, en v&#233;rit&#233;. &#187;&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, confirme un groupe d'Espagnols choqu&#233;s, l'un exhibant sa jambe cribl&#233;e d'&#233;clats de grenade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;voyants, les opposants se sont organis&#233;s en cons&#233;quence. Masques &#224; gaz, raquettes de tennis pour renvoyer les projectiles, clubs de golf, cagettes de pierres, fus&#233;es diverses, cocktails Molotov, boucliers improvis&#233;s (voire piqu&#233;s aux gendarmes), etc. Certains rigolent en &#233;voquant le recours aux diaboliques &#171; Popo Molotov &#187;, bombes &#224; la merde &#224; l'effet psychologique redoutable. Mais pas autant que la plus puissante des armes zadistes, capable de retourner des bocages : la d&#233;termination enthousiaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux abords des barricades, l'humour r&#232;gne ainsi en force, comme pour conjurer les coups. &#171; &lt;i&gt;Derni&#232;re sommation, nous allons faire usage de la farce&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;poumonent les mutins en r&#233;ponse aux avertissements gendarmesques. Et quand un projectile se r&#233;v&#232;le d&#233;fectueux, les lazzis pleuvent illico : &#171; &lt;i&gt;Elle a pas fait boum !&lt;/i&gt; &#187; Pour peu qu'une grenade explose &#224; proximit&#233; d'un coin thermos, les protestations prennent un ton bravache : &#171; &lt;i&gt;&#199;a nique le petit-d&#233;j' des gens et &#231;a s'&#233;tonne qu'ils soient v&#233;n&#232;res !&lt;/i&gt; &#187; Rayon boissons chaudes encore, il y a ce petit homme &#233;trange coiff&#233; d'un &#233;l&#233;gant chapeau, qui passe de groupe en groupe avec sa th&#233;i&#232;re improvis&#233;e et son Butagaz. Entre deux explosions, il demande poliment : &#171; &lt;i&gt;Tu veux combien de sucres ?&lt;/i&gt; &#187; Du th&#233; pour arme ? L'id&#233;e se tient. &#171; &lt;i&gt;Je ne sais pas me battre, alors je me suis rabattu sur &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, confie-t- il, comme une &#233;vidence. Lors de la manif nantaise du 14 avril, un petit groupe op&#232;re dans le m&#234;me esprit, distribuant des cr&#234;pes &#224; la confiture (maison) au milieu des nuages de lacrymo. Son mantra : &#171; &lt;i&gt;Des cr&#234;pes pour le front !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cri de ralliement bocagier, le hurlement du loup : &#171; &lt;i&gt;Ahoooouuuu !&lt;/i&gt; &#187; Il jaillit en ch&#339;ur quand une phase offensive est enclench&#233;e, repris par les joyeux drilles &#233;parpill&#233;s dans les bois environnants. La meute hurle &#224; la lutte &#8211; de quoi redonner courage dans la tourmente. Et m&#234;me &#224; ceux qui n'en manquent pas. &#192; l'image de cette dizaine de pr&#233;pos&#233;s aux boucliers du premier rang de la barricade de Lama F&#226;ch&#233;, qui endurent une pluie continue de lacrymos et de grenades assourdissantes sans reculer d'un pouce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on s'&#233;loigne des &#233;chauffour&#233;es, ce sont les inscriptions appos&#233;es &#224; chaque d&#233;tour de chemin qui sautent aux yeux rougis. Ici, un mignon &#171; Ci-g&#238;t Valls &#187;, appos&#233; sur une sorte de tombe orn&#233;e d'une croix fun&#233;raire. L&#224;, un conseil m&#233;dical en forme d'ordonnance politique : &#171; Colomb irritable ? Changez de r&#233;gime &#187;. Un peu plus loin, la lutte affiche sa sant&#233; : &#171; Tirez-moi dessus, j'ai la CMU &#187;. Et aux abords d'une barricade, enfin, cette inscription &#224; l'intention des responsables du d&#233;sastre : &#171; Vous vous attendiez &#224; quoi ? &#187; Bonne question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les Cabanes repoussent d&#233;ter' &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la force des choses, l'insurrection du bocage d&#233;gage parfois une tonalit&#233; tr&#232;s martiale, n&#233;cessaire mais usante (d'autant qu'elle est l'unique aspect trait&#233; par les m&#233;dias, versant pr&#233;fecture). Reste que le combat men&#233; flancherait vite sans une organisation mitonn&#233;e aux petits oignons. Et nul besoin d'&#234;tre va-t-en-guerre pour y trouver sa place. &#192; la Wardine, l'un des lieux de vie embl&#233;matiques de la Zad, les volontaires turbinent sans rel&#226;che. Dans un hangar orn&#233; du slogan &#171; Vivre libre et nourrir &#187;, ils pr&#233;parent les repas collectifs, entre pyramides d'oignon &#224; d&#233;pecer et montagnes de semoule. Un b&#226;timent voisin accueille l'&#233;quipe m&#233;dicale le jour et des dizaines de ronfleurs le soir. Et juste &#224; c&#244;t&#233;, un &lt;i&gt;free shop&lt;/i&gt; permet &#224; l'apprenti barricadiste de s'&#233;quiper pour une journ&#233;e sportive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me topo aux Fosses Noires ou &#224; la ferme de Bellevue, dont les habitants ne se laissent pas d&#233;border par l'afflux d'opposants. Repas, v&#234;tements, m&#233;dicaments, sacs de couchage, tout s'&#233;change simplement. En lieu et place des rapports marchands, un esprit collectif fait de fraternit&#233; et de d&#233;termination. Qui se trouve joliment r&#233;sum&#233; par une inscription appos&#233;e sur un mur nantais : &#171; Les cabanes repoussent d&#233;ter' &#187;. Les mots ont un sens. L'impressionnante charpente transport&#233;e &#224; travers pr&#233;s dimanche 15 avril, puis saccag&#233;e par les bleus, en valait parfait symbole. Vous d&#233;truisez ? On reconstruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'arri&#232;re aussi, l'organisation est millim&#233;tr&#233;e. Dans le grand local nantais B17, lieu militant fond&#233; dans les ann&#233;es 1980 autour d'un garage participatif, on donne &#224; l'arrivant toutes les informations indispensables &#224; son d&#233;part pour la zone. Des piles de m&#233;dicaments, de chaussettes ou de tablettes de chocolat sont entass&#233;es dans un coin, en attente d'un convoi. La petite salle qui sert de QG est occup&#233;e par quelques personnes viss&#233;es &#224; leur t&#233;l&#233;phone, collectant les emplacements des contr&#244;les de gendarmes et les mouvements de gardes mobiles. Au mur, une carte actualis&#233;e en temps r&#233;el, stri&#233;e de punaises color&#233;es indiquant les barricades, les barrages, les lieux o&#249; &#231;a castagne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-675-00746.jpg?1782651843' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec Radio Klaxon, qui assure en direct le relais des derni&#232;res nouvelles, l'information circule rapidement, permettant de d&#233;jouer les contr&#244;les et les tentatives de blocage. &#171; &lt;i&gt;The revolution will not be televised&lt;/i&gt; &#187;, chantait Gil Scott-Heron. Il n'avait pas tort : tout se joue sur les ondes et les r&#233;seaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vigie &amp; Pirates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube, le caf&#233; r&#232;gne en ma&#238;tre. Des &#233;quipes se pr&#233;parent pour aller relever ceux qui ont pass&#233; la nuit de garde sur les barricades. &#199;a ronchonne un chou&#239;a en s'&#233;tirant : cernes partout, courbatures aussi. Peu importe, l'humeur reste globalement joyeuse. Quelques pr&#233;cieuses clopes partag&#233;es, puis la petite troupe empaquette des provisions, pr&#233;pare des Thermos et communique par talkie-walkie. Avant de se mettre en route pour une barricade situ&#233;e &#224; quelques encablures de Lama F&#226;ch&#233;. Au long du chemin s'affichent les restes de combat de la veille, grenades et capsules lacrymo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e sur place avant le lever du soleil, la rel&#232;ve est salu&#233;e. &#201;change d'infos, puis les nouveaux s'installent pour leur mission vigie. La manifestation nantaise de l'apr&#232;s-midi est le sujet de discussion principal. Beaucoup ne se sentent pas d'abandonner leur poste pour un cort&#232;ge urbain en ville et sur-fliqu&#233;. &#171; &lt;i&gt;Franchement, je n'ai plus du tout envie d'aller faire le k&#233;k&#233; avec les flics dans les manifs urbaines&lt;/i&gt;, r&#233;sume Camille. &lt;i&gt;&#199;a se passe &#224; chaque fois de la m&#234;me fa&#231;on : ils nous nassent et nous manipulent. Ici, ils ne peuvent pas faire de m&#234;me. C'est notre terrain &#8211; pas moyen de nous balader. Et puis, on d&#233;fend quelque chose de concret, un territoire magique. &#199;a donne du c&#339;ur &#224; l'ouvrage.&lt;/i&gt; &#187; La suite lui donnera raison : quelques heures plus tard, la gent polici&#232;re transforme le joyeux cort&#232;ge offensif en course &#233;perdue sous les nuages de lacrymos (heureusement suivie de quelques manif' sauvages).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu sous cet angle, il y a loin des rues de Nantes &#224; Notre-Dame-des-Landes. En ce mois d'avril, la Zad se trouve comme travers&#233;e par un souffle. Une impression de renouveau, qui se donne &#224; lire dans les combats acharn&#233;s comme dans les petits d&#233;tails du quotidien. Alors que l'ambiance &#233;tait plut&#244;t morose au d&#233;but de l'intervention gendarmesque, l'encha&#238;nement d'&#233;pisodes r&#233;pressifs, dont l'expulsion de la ferme des 100-Noms&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont les occupants appartenaient &#224; la frange la plus &#171; citoyenniste &#187; de la ZAD.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; le 9 avril et l'attaque du pique-nique de soutien deux jours plus tard, a renvers&#233; la donne. Soud&#233; les pr&#233;sents. Et suscit&#233; l'arriv&#233;e massive de bellig&#233;rants en renfort. Une strat&#233;gie si contre-productive qu'elle interroge. Ceux qui nous gouvernent sont-ils idiots &#224; ce point ? &#192; moins que l'efficacit&#233; du maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise ne soit surestim&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historique de la lutte, pas vraiment &#233;meuti&#232;re, Marylis explique que sa pr&#233;sence sur place tient grandement &#224; la violence des interventions : &#171; &lt;i&gt;Je ne serais pas venue s'ils n'avaient pas attaqu&#233; les 100-Noms. Ils auraient pu jouer la carte de la division, une tactique qui aurait pu &#234;tre efficace. Alors que l&#224;, ils ont r&#233;ussi &#224; ressouder tout le monde.&lt;/i&gt; &#187; Elle n'a pas tort : les hommes de pouvoir ont agi en busards d'&#233;lite. Et m&#234;me &lt;i&gt;Ouest France&lt;/i&gt;, quotidien le plus lu de France, partage son point de vue. Le journal, qui n'a pourtant rien d'un nid de gauchos, parle carr&#233;ment de &#171; &lt;i&gt;fiasco&lt;/i&gt; &#187;. Et constate : &#171; &lt;i&gt;La situation ne s'est non seulement pas arrang&#233;e d'un iota. Mais, au contraire, s'est aggrav&#233;e...&lt;/i&gt; &#187; On dit merci qui ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment &#171; ZAD, 4 000 grenades tir&#233;es &#187;, tr&#232;s bon article publi&#233; sur le site Lundi Matin le 16 avril.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; C'est la guerre, en v&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont les occupants appartenaient &#224; la frange la plus &#171; citoyenniste &#187; de la ZAD.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mais qu'est-ce qu'on va faire du... Permis de tuer de la police ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Trouver une t&#234;te-&#224;-claques &#224; claquer, un concept fumeux &#224; fumer, une quiche &#224; entarter... C'est la raison d'&#234;tre de notre chronique &#171; Mais qu'est-ce qu'on va faire de... ? &#187;. Aujourd'hui, on s'int&#233;resse &#224; la maison poulaga... Open bar pour les syndicats policiers ? Enfin pour certains d'entre eux. Ceux qui sont au paysage syndical de la maison poulaga ce que le FN est &#224; l'&#233;chiquier politique. Les revendications &#171; sociales &#187; des hommes en bleu marine ? Oubli&#233;es ! Car, mon bon monsieur, ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mort-Joseph" rel="tag"&gt;mort Joseph&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trouver une t&#234;te-&#224;-claques &#224; claquer, un concept fumeux &#224; fumer, une quiche &#224; entarter... C'est la raison d'&#234;tre de notre chronique &#171; Mais qu'est-ce qu'on va faire de... ? &#187;. Aujourd'hui, on s'int&#233;resse &#224; la maison poulaga...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Open bar pour les syndicats policiers ? Enfin pour certains d'entre eux. Ceux qui sont au paysage syndical de la maison poulaga ce que le FN est &#224; l'&#233;chiquier politique. Les revendications &#171; sociales &#187; des hommes en bleu marine ? Oubli&#233;es ! Car, mon bon monsieur, ce ne serait pas d&#233;cent alors que le pays est &#224; feu et &#224; sang de venir r&#233;clamer, qui le paiement des heures suppl&#233;mentaires, qui une augmentation des journ&#233;es de r&#233;cup&#233;ration. Non, pour Alliance police nationale, d&#233;sormais suivie par toutes les autres organisations professionnelles au nom de la guerre contre la barbarie, ce qu'il faut &#224; nos nouveaux h&#233;ros, outre le fait de disposer de la puissance de feu d'un croiseur le jour comme la nuit, en service comme au supermarch&#233;, c'est un permis de tuer en bonne et due forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La supplique est ancienne et la famille Le Pen l'a fait figurer, pas tr&#232;s loin du r&#233;tablissement de la peine de mort, dans son &#171; top ten &#187; des mesures &#224; appliquer d'urgence sous le doux nom de &#171; &lt;i&gt;pr&#233;somption de l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/i&gt; &#187; pour les forces de l'ordre. Au printemps dernier, embrayant sur le sacrifice admirable des flics lors des funestes &#233;v&#233;nements de janvier, le brave parmi les braves &#201;ric Ciotti, ci-devant d&#233;put&#233; Les R&#233;publicains des Alpes-Maritimes, d&#233;posait un projet de loi allant dans ce sens. A l'&#233;poque, Bernard Cazeneuve, ministre de la Police sans doute encore &#233;prouv&#233; par la mort de R&#233;mi Fraisse &#224; Sivens en octobre 2014, s'empressait d'&#233;carter la proposition au motif du respect de la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme. Il conc&#233;dait aux faucons un vrai groupe de travail sur cette question, rassemblant parlementaires de tous bords et haute hi&#233;rarchie de la S&#233;curit&#233; nationale. Sur l'air du &#171; on s'en reparle pendant un prochain d&#238;ner en ville &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'apprend-on dans l'&#233;dition du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; dat&#233; du 12 novembre dernier, soit 24&#8200;heures avant le massacre du 13 ? Alors qu'il s'&#233;tait fait un peu chahuter lors du congr&#232;s d'Alliance au d&#233;but du mois, le ministre se d&#233;clarait &#224; pr&#233;sent favorable &#224; une &#171; &lt;i&gt;modification des conditions d'engagement des policiers&lt;/i&gt; &#187;. Dans le sens d'un assouplissement qui les rapprocherait de celles en vigueur pour les gendarmes. Et si tout cela n'&#233;tait que l'ultime prurit d'une bonne vieille jalousie inter-services ? Voyons plut&#244;t : en gros, les pandores, prot&#233;g&#233;s par leur statut militaire, peuvent faire usage de leurs armes apr&#232;s sommation. Ce qui les autorise sans risquer une condamnation par la justice &#224; tirer dans le dos d'un imprudent qui s'enfuit. C'est ainsi qu'est mort Joseph Guerdner, un gitan de 26 ans, abattu de trois balles par l'adjudant Christophe Monchal alors qu'il tentait de s'&#233;vader, les mains menott&#233;es dans le dos, de la gendarmerie de Draguignan (Var) en mai 2008. &#224; l'issue du proc&#232;s aux assises intent&#233; par la famille de Joseph en 2010, Philippe Gu&#233;mas, l'avocat g&#233;n&#233;ral, avait eu ces propos &#233;clairants : &#171; &lt;i&gt;Ce qui me para&#238;t malsain c'est qu'on autorise les gendarmes &#224; faire usage de leurs armes, et qu'ensuite on leur reproche. On met les gendarmes dans des situations impossibles. Si on ne veut plus que les gendarmes fassent usage de leur arme, il faut avoir le courage politique de modifier le cadre l&#233;gal et d'aligner leur statut sur celui des policiers.&lt;/i&gt; &#187; Cinq ans plus tard, c'est donc l'inverse qui serait ent&#233;rin&#233; par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s maigre lot de consolation : en avril 2014, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme a condamn&#233; la France &#224; d&#233;dommager les proches de Joseph Guerdner. &#171; &lt;i&gt;Il ne peut y avoir pareille n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; [d'ouvrir le feu] &lt;i&gt;lorsque l'on sait que la personne qui doit &#234;tre arr&#234;t&#233;e ne repr&#233;sente aucune menace pour la vie ou l'int&#233;grit&#233; physique de quiconque&lt;/i&gt; [&#8230;], &lt;i&gt;m&#234;me s'il peut en r&#233;sulter une impossibilit&#233; d'arr&#234;ter le fugitif&lt;/i&gt; &#187;, avait pr&#233;cis&#233; la Cour. Finalement, apr&#232;s les avoir tant redout&#233;es, le ministre Cazeneuve, droit dans ses bottes, s'appr&#234;te &#224; subir les condamnations sans sourciller.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>ZAD du Testet : &#171; Les arbres volaient au-dessus de nos t&#234;tes &#187;</title>
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&lt;p&gt;Au Testet, le Conseil g&#233;n&#233;ral du Tarn a d&#233;cid&#233; de raser toute une for&#234;t pour offrir une r&#233;serve de flotte aux agriculteurs locaux. CQFD a envoy&#233; sur place une de ses jeunes recrues afin de rendre compte de la lutte des opposants au projet. Faisant fi de toute neutralit&#233; journalistique, cette derni&#232;re est mont&#233;e dans un arbre pour tenter de lui sauver l'&#233;corce. T&#233;moignage depuis les cimes. A environ 15 m&#232;tres de haut, le ch&#234;ne qui m'accueille, ce jeudi 4 septembre, offre une vue imprenable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no125-octobre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;125 (octobre 2014)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au Testet, le Conseil g&#233;n&#233;ral du Tarn a d&#233;cid&#233; de raser toute une for&#234;t pour offrir une r&#233;serve de flotte aux agriculteurs locaux. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a envoy&#233; sur place une de ses jeunes recrues afin de rendre compte de la lutte des opposants au projet. Faisant fi de toute neutralit&#233; journalistique, cette derni&#232;re est mont&#233;e dans un arbre pour tenter de lui sauver l'&#233;corce. T&#233;moignage depuis les cimes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A environ 15 m&#232;tres de haut, le ch&#234;ne qui m'accueille, ce jeudi 4 septembre, offre une vue imprenable sur le carnage. En bas, forces de l'ordre et b&#251;cherons s'activent pour transformer la for&#234;t en d&#233;sert. Leur objectif : ratiboiser tout &#231;a pour permettre la construction d'un barrage&#8200;&#8211;&#8200;un plan d'eau en d&#233;coulera, permettant d'irriguer les cultures intensives de quelques agriculteurs locaux. Le but des militants de cette nouvelle Zone &#224; d&#233;fendre (Zad) : sauvegarder cette for&#234;t et la zone humide qu'elle prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH403/p04--testet-00381.jpg?1782658582' width='500' height='403' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Samson.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La veille, le 5 septembre, nous sommes arriv&#233;s au Testet, &#224; quelques kilom&#232;tres de Gaillac (Tarn), remplis d'&#233;nergie et le sourire aux l&#232;vres. &#224; pied, nous devons d'abord franchir huit grosses barricades construites par les Zadistes pour fermer cet acc&#232;s aux v&#233;hicules et aux gendarmes. Ce travail colossal sera d&#233;truit en un rien de temps par une flop&#233;e de gendarmes mobiles&#8200;&#8211;&#8200;huit camions, s'il vous pla&#238;t&#8200;&#8211;&#8200;le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades que nous croisons ont l'air fatigu&#233;, triste, et, contrairement &#224; la derni&#232;re fois o&#249; nous sommes pass&#233;s, disent &#224; peine bonjour. La pr&#233;sence polici&#232;re quotidienne oblige ces militants&#8200;&#8211;&#8200;qui, pour certains, habitent la zone depuis fin 2013 &#8211; &#224; s'activer aussi la nuit ! Et tous sont un peu las d'assister &#224; la destruction du lieu malgr&#233; tous leurs efforts. Rapidement, nous entendons les machines, alors que nous sommes encore bien loin du chantier de d&#233;boisement. Ambiance. Le soir m&#234;me, chacun se pr&#233;pare un sac de survie : de l'eau et de la nourriture, mais aussi de quoi r&#233;sister aux &#233;ventuelles attaques des forces de l'ordre&#8200;&#8211;&#8200;de l'argile pour prot&#233;ger la peau des lacrymos, une bouteille de Maalox, des bandages, des citrons&#8230; D&#232;s 6&#8200;heures du matin, apr&#232;s avoir pass&#233; la nuit sur place, tous les &#171; grimpeurs &#187; se regroupent pour se distribuer baudriers, cordes et s'attribuer les essences &#224; d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 7&#8200;heures, nous nous dispersons dans la for&#234;t par petits groupes, pour ne pas rester trop isol&#233;s. Il va falloir tenir jusqu'&#224; la &#171; d&#233;bauche &#187;, le d&#233;part des machines et de la flicaille. Chacun choisit son arbre. Avec Luc et Camille, nous d&#233;cidons de tendre des cordes entre les arbres pour en sauver plusieurs ! Il faut se d&#233;p&#234;cher car, vers 8&#8200;heures, les cond&#233;s arrivent pour s&#233;curiser la zone d'abattage. Ils pr&#233;c&#232;dent les machines qui arrivent plus ou moins rapidement selon l'efficacit&#233; des camarades qui, au sol, tentent de les freiner &#224; grands coups d'op&#233;rations escargots &#8211;&#8200;des v&#233;lorutions ou des clowns formant un cercle circassien. G&#233;n&#233;ralement, elles se finissent dans des nuages de gaz lacrymog&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Luc commence son ascension vers le sommet de l'arbre qui l'accueillera pour la journ&#233;e, les flics arrivent en catimini. J'ai &#224; peine le temps de lui crier de se d&#233;p&#234;cher que nous nous faisons gazer aussi sec. &#171; &lt;i&gt;Attrapez et gazez la fille, gazez, gazez, gazez !&lt;/i&gt; &#187;, couinent les bleus. Mais nous sommes d&#233;j&#224; trop haut pour qu'ils puissent nous atteindre, et ils ne montent pas nous chercher. D&#233;&#231;us de n'avoir pu nous d&#233;crocher, ils partent voir o&#249; sont perch&#233;s les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 9 heures, nous entendons les premiers b&#251;cherons. Dans notre zone, ils ratiboisent &#224; l'aide de machines, les arbres ne valent s&#251;rement pas le coup d'&#234;tre abattus un par un&#8230; J'ai peur de cet &#233;norme engin, cette broyeuse qui r&#233;duit tout en copeaux, et qui fonce sur Camille. Impossible de savoir si le machiniste va voir le petit marquage rose que les gendarmes ont mis sur les arbres que nous occupons. Nous crions pour lui signaler notre pr&#233;sence, mais comment pourrait-il nous entendre ? La broyeuse semble avancer &#224; l'aveuglette. Elle passe entre Luc et moi, fr&#244;le nos deux arbres et les fait bouger. Plus inqui&#233;tant encore : les arbres auxquels nous nous sommes arrim&#233;s avec des cordes n'ont pas &#233;t&#233; rep&#233;r&#233;s, ils ne sont pas marqu&#233;s. Il est donc tout &#224; fait possible que l'un de ceux auxquels Luc est reli&#233; soit abattu. Ce ne sera pas le cas. Mais une des machines touchera le c&#226;ble &#233;lectrique passant &#224; quelques m&#232;tres de moi, et celui-ci prendra feu. Les flics partent en courant et sont remplac&#233;s par les pompiers ! Mais ce n'est pas suffisant pour nous faire descendre. Ni pour arr&#234;ter les machinistes. Mettre nos vies en danger ne semble pas les d&#233;ranger&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la for&#234;t, on entend des cris, des militants qui hurlent &#171; &lt;i&gt;Assassins !&lt;/i&gt; &#187;, qui intiment l'ordre aux b&#251;cherons d'arr&#234;ter leur travail, quand d'autres essayent de discuter pour expliquer ce qu'on fait l&#224;, perch&#233;s. Beaucoup ne savent pas qu'ils travaillent pour le barrage, et encore moins pourquoi nous nous y opposons. Un des b&#251;cherons se plante en bas de l'arbre de Luc. Il est emb&#234;t&#233;, parce que dans son plan, il doit tomber cet arbre&#8230; Alors il demande &#224; Luc de descendre. Face &#224; son refus, il lui explique qu'il va devoir couper l'arbre quand m&#234;me, mais tout doucement, pas d'inqui&#233;tude. Et il est s&#233;rieux&#8230; Ce sont les gendarmes qui viendront lui dire que, peut-&#234;tre, c'est un peu trop dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les zadistes ont aussi r&#233;ussi &#224; rep&#233;rer le nom d'un des grad&#233;s&#8200;&#8211;&#8200;les non-grad&#233;s se font appeler par leur matricule. Cela suffit pour qu'une trentaine de grimpeurs, de tous les coins du bois l'appellent, lui donnent ordres et contrordres, provoquant un beau foutoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi arrive un nouveau type de machine, plus puissant que les autres. Elle fait des bouquets de fr&#234;nes de 30&#8200;m&#232;tres de haut comme on cueille des marguerites. La vision des arbres qui volent au-dessus de nos t&#234;tes est surr&#233;aliste. Du haut de mon perchoir, le spectacle est difficile &#224; supporter : toute la v&#233;g&#233;tation, aussi riche et dense soit-elle, se retrouve broy&#233;e dans les gueules de m&#233;tal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans la journ&#233;e, une &#233;quipe du GIGN vient discuter avec nous et tente de nous convaincre de descendre. S'ils posent trop de questions, ils ont l'avantage d'avertir correctement les machinistes de la pr&#233;sence des cordes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cherche un moment de relative intimit&#233; pour pouvoir faire pipi, accroch&#233;e dans mon baudrier ; il n'y a plus d'arbres autour de moi pour me cacher&#8230; Et, si un camarade a le courage de descendre pour courir &#224; toute vitesse vers un autre arbre, moi je m'en garde bien, nous sommes un peu trop surveill&#233;s et la nuit au poste ne me dit pas trop. Je vois des copains partir, menott&#233;s&#8230; Pour s'&#234;tre accroch&#233;s dans un aulne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence aussi &#224; avoir des fourmis dans les jambes, et trouver une position pour dormir cinq minutes est mission impossible. Et les machines semblent ne jamais vouloir s'arr&#234;ter. Du coup, la jalousie monte : Camille a pu s'installer &#224; 15&#8200;m&#232;tres de hauteur&#8230; dans son hamac !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luc n'a plus d'eau mais nous arrivons, par un syst&#232;me de cordes, &#224; lui faire passer ma gourde au-dessus des gendarmes mobiles, un peu &#233;bahis. On restera 14&#8200;heures dans nos feuillus : les machinistes ne finiront leur travail qu'&#224; 19 h 30. Ils veulent finir les travaux le plus vite possible. On doit les fatiguer un peu, quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, notre mission de sauvetage d'arbres aura bien fonctionn&#233;. Mais seuls ceux o&#249; nous &#233;tions sont encore debout, isol&#233;s au milieu d'un d&#233;sert qui s'agrandit jour apr&#232;s jour. Si nous ne remontons pas demain, il n'y aura bient&#244;t plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mise &#224; jour&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous venons &lt;a href=&#034;http://www.reporterre.net/spip.php?article6494&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;d'apprendre&lt;/a&gt; qu'un opposant au barrage &#224; trouv&#233; la mort dans la nuit du 25 au 26 octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reviendrons dans le prochain num&#233;ro, en kiosque le 7 novembre, sur la lutte du Testet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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