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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>Serbie : les exil&#233;s au pied des murs</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est l'assurance de violences accrues et de destins enlis&#233;s. Reportage au nord de la Serbie, aux confins de l'UE.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/1200serbie1_resultat-0efbc.jpg?1779635205' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;remi&#232;re vision du centre-ville de Sombor : quatre jeunes migrants prennent tranquillement le soleil sur un banc d'une art&#232;re commer&#231;ante. C'est le d&#233;but de l'apr&#232;s-midi, le dernier dimanche avant la P&#226;que orthodoxe, et les rues sont presque vides dans cette ville moyenne et proprette de la r&#233;gion de la Ba&#269;ka, au nord-ouest de la Serbie. Deux flics approchent : &#233;change de signes, contr&#244;le des papiers, fouille des sacs, c'est bon pour cette fois. Illico, les quatre jeunes d&#233;campent, message re&#231;u : ils ne sont pas bienvenus en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, sur la route qui m&#232;ne aux fronti&#232;res hongroise et croate (toutes deux &#224; environ 25 km de Sombor), on roule le long d'un faubourg r&#233;sidentiel. Sur le bas-c&#244;t&#233;, des silhouettes discr&#232;tes charg&#233;es de sacs de course. &#192; l'or&#233;e d'un petit bois, on d&#233;bouche sur une sorte de kermesse pas dr&#244;le. Une vingtaine de taxis attendent les clients potentiels, qui prennent le frais sous les ombrages en attendant la rupture du je&#251;ne du Ramadan. Derri&#232;re l'enseigne &#171; Night-Club Grizzly &#187;, des exil&#233;s se pressent dans une petite boutique ou papotent sur un vieux terrain de basket, assis en cercle sur des chaises en plastique. Dans une arri&#232;re-cour, de jeunes types du cru d'allure pas commode &#8211; surv&#234;t', bombers, cr&#226;ne ras&#233; &#8211; rigolent autour d'un barbecue. Une impression latente et d&#233;sagr&#233;able, confirm&#233;e plus tard par des connaisseurs du site : on est tomb&#233;s au c&#339;ur d'un business, o&#249; chauffeurs de taxis et jeunes du coin profitent de la d&#233;tresse des exil&#233;s pour arrondir les fins de mois. Pas vraiment le temps d'approfondir : le ma&#238;tre des lieux, un colosse patibulaire, nous prie virilement d'aller voir ailleurs&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailleurs &#187;, c'est le camp officiel, &#224; quelques centaines de m&#232;tres. Une all&#233;e d'arbres conduit &#224; une ancienne colonie de vacances, r&#233;affect&#233;e &#224; un Centre d'accueil du Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s et les migrations de la R&#233;publique de Serbie (KIRS). Le grillage est d&#233;fonc&#233; et le portail ouvert. Assis sur un banc, quatre jeunes Syriens d&#233;crivent &#224; gros traits le quotidien du camp de Sombor plein &#224; craquer, o&#249; tout est pourri. Ils sont l&#224; depuis huit mois dans le vide absolu &#8211; &#171; &lt;i&gt;No money, no work&lt;/i&gt; &#187;. Le dialogue est interrompu par l'irruption d'un employ&#233; tremblotant qui nous fait raccompagner par un vigile. Devant l'entr&#233;e, le mot a tourn&#233; : personne ne veut causer. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruxelles sous-traite&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Sombor est l'un des quatorze ouverts par la Serbie &#224; destination des migrants pr&#233;sents sur son sol. Frontali&#232;re de quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne (Croatie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie) dont un (la Hongrie) fait partie de l'espace Schengen, elle-m&#234;me candidate &#224; l'adh&#233;sion et d&#233;pendante des subsides europ&#233;ens, la Serbie ob&#233;it aux &lt;i&gt;desiderata&lt;/i&gt; de Bruxelles. Les proc&#233;dures d'adh&#233;sion pr&#233;voient un alignement progressif des candidats sur les politiques communautaires &#8211; y compris en mati&#232;re d'immigration. C'est la quadrature du cercle qui enserre la Serbie, la Bosnie-Herz&#233;govine ou encore l'Albanie dans ses rets : pays de transit, ils se voient n&#233;anmoins contraints de d&#233;fendre les murs d'une forteresse Europe dont ils ne font pas partie, et contribuent donc, bon gr&#233; mal gr&#233;, &#224; l'externalisation de la politique migratoire europ&#233;enne, en deuxi&#232;me ligne derri&#232;re la Turquie, la Libye ou le Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jeu ? L'exemption de visas pour leurs ressortissants dans l'espace Schengen (obtenue par la Serbie en 2009 seulement), et surtout le fonds, sonnant et tr&#233;buchant, de pr&#233;adh&#233;sion &#224; l'UE. Quand il s'agit de repousser les migrants aussi, l'Union crame la CB : 90 % du budget du KIRS en provient. Les camps ne s'en portent pas mieux pour autant. &#171; &lt;i&gt;On peut mettre tout l'argent qu'on veut, &#231;a ne change rien car personne ne prend soin des lieux&lt;/i&gt; &#187;, explique le juriste Rado&#353; &#272;urovi&#263;, directeur de l'association de soutien juridique Azylum Protection Center (APC), &#224; Belgrade. Son organisation, pourtant reconnue par l'&#201;tat serbe, jouit d'un acc&#232;s limit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des camps. C'est par des vid&#233;os fuit&#233;es qu'elle documente la v&#233;tust&#233; des lieux, l'absence d'hygi&#232;ne, les toilettes infectes, le surpeuplement et le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au camp de Subotica, la grande ville du nord de la Serbie, &#224; un jet de pierres de la fronti&#232;re hongroise, &#171; &lt;i&gt;la gale est end&#233;mique&lt;/i&gt; &#187;, affirme un membre de l'association de soutien aux exil&#233;s Collective Aid, qui remet une couche : &#171; &lt;i&gt;Nous avons vu des migrants porteurs de plaies ouvertes surinfect&#233;es par la gale.&lt;/i&gt; &#187; Quand on y passe au petit matin, des exil&#233;s dorment dans des duvets &#224; l'ext&#233;rieur, par un froid peu printanier. Selon l'APC, ils seraient 350 pour une capacit&#233; d'accueil de 200. Deux jours plus tard, un Marocain y sera retrouv&#233; mort : d'une overdose d'alcool et d'opio&#239;des, affirme le KIRS. Comment savoir ? Les m&#233;decins sont sp&#233;cialement appoint&#233;s par l'administration des camps, &#224; qui ils doivent leur gagne-pain, explique encore Rado&#353; &#272;urovi&#263; &#8211; difficile, d&#232;s lors, de d&#233;noncer la corruption, les trafics, les mauvais traitements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie de la Serbie dans la gestion des camps refl&#232;te son r&#244;le de petit rouage de la machine &#224; refouler europ&#233;enne. Les violences de la police serbe sont document&#233;es, mais sans commune mesure avec celles de ses homologues croate et hongroise. La Serbie prend tout de m&#234;me sa part du jeu sinistre des &#171; &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en cascade &#187;, d'un pays &#224; l'autre, d'Italie ou d'Autriche vers la Slov&#233;nie, puis la Croatie, puis la Serbie, le long de ce que le r&#233;seau Migreurop d&#233;nonce comme &#171; &lt;i&gt;une cha&#238;ne de violation de droits&lt;/i&gt; &#187;. Dans le sens retour aussi, la Serbie est un cul-de-sac : la Mac&#233;doine du Nord, pays de transit pr&#233;c&#233;dent sur la route de l'Europe, refuse syst&#233;matiquement les r&#233;admissions. Triste routine, les autorit&#233;s conduisent donc les &lt;i&gt;pushback&#233;s&lt;/i&gt; au camp serbe de Pre&#353;evo, aux confins de la Mac&#233;doine et du Kosovo. &#192; Pre&#353;evo, les exil&#233;s sont retenus quelques jours ill&#233;galement avant de reprendre, &#224; prix d'or, un taxi pour la capitale et le nord du pays. Man&#232;ge absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;gion qui a r&#233;cemment connu d'importants d&#233;placements de population, les habitants semblent globalement ne pas sombrer en masse dans la haine contre les migrants. Des milices d'extr&#234;me droite ont bien entrepris de les terroriser, mais le ph&#233;nom&#232;ne reste relativement marginal&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Politiquement, cependant, le sujet peut se montrer aussi porteur en Serbie qu'ailleurs : les tablo&#239;ds proches du r&#233;gime d'Aleksandar Vu&#269;i&#263; &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt; font &#224; l'occasion leur beurre d'un fait divers, et le ministre de l'Int&#233;rieur, l'aboyeur ultranationaliste Aleksandar Vulin, multiplie les d&#233;clarations tonitruantes. Mais en dehors de ces effets de manche x&#233;nophobes, la tendance est surtout &#224; l'occultation : la Serbie n'est pas concern&#233;e par la crise migratoire, d'ailleurs elle la g&#232;re &#224; merveille. Et les keufs d'assurer l'invisibilit&#233; des ind&#233;sirables en mettant des b&#226;tons dans les roues des collectifs d'aide&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, en d&#233;mantelant squats et campements informels et en faisant la chasse aux migrants dans les centres-villes, toujours direction Pre&#353;evo. &#171; &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;police communique toujours sur les m&#234;mes nombres de migrants, multiples du nombre de bus mobilis&#233;s dans l'op&#233;ration, lesquels peuvent accueillir 84 personnes. &#199;a n'a aucun sens&lt;/i&gt; &#187;, grincent &#224; Belgrade les militants d'une autre association de soutien aux exil&#233;s, Klikaktiv. Rien qu'en avril, deux grandes rafles ont &#233;t&#233; men&#233;es contre les exil&#233;s dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais squats et campements sont fatalement l'exutoire de l'insalubrit&#233; et de la saturation des camps. Employ&#233; &#224; la gare de Subotica, Marko nous raconte que certains jours, il a compt&#233; 100 &#224; 130 personnes migrantes sur les voies de fret, entre les squats et wagons mis&#233;rables qu'ils occupent de part et d'autre des rails. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me fait de la peine. Je suis orthodoxe, pour moi tous les hommes sont &#233;gaux.&lt;/i&gt; &#187; Il les a film&#233;s &#224; destination d'un copain journaliste, qui a prudemment refus&#233; de diffuser les images. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement raconte que les migrants envahissent les villes. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; qu'ils tra&#238;nent, sur les voies.&lt;/i&gt; &#187; Le milieu du rail bruisserait de rumeurs de migrants morts sous les roues de trains de marchandises. La ran&#231;on, peu surprenante, de l'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Murs et ch&#226;timents&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les personnes migrantes sont aussi nombreuses &#224; Sombor et Subotica, c'est &#233;videmment &#224; cause de la proximit&#233; de l'Union europ&#233;enne. D'un c&#244;t&#233;, la Croatie, dont la fronti&#232;re est principalement marqu&#233;e par le Danube, large &#224; cet endroit de plusieurs centaines de m&#232;tres. &#199;a se tente. Le journaliste Philippe Bertinchamps, correspondant du &lt;i&gt;Courrier des Balkans&lt;/i&gt; &#224; Belgrade, nous montre les images film&#233;es par ses soins d'un Zodiac se dirigeant vers la berge. Mais, depuis deux ans, la police croate s'est rendue tristement c&#233;l&#232;bre par les violences exerc&#233;es contre les exil&#233;s et le caract&#232;re syst&#233;matique de ses refoulements. Sur tout le territoire, f&#251;t-ce &#224; l'autre bout du pays, les personnes migrantes arr&#234;t&#233;es sont brutalis&#233;es et renvoy&#233;es en Serbie ou en Bosnie-Herz&#233;govine. C&#244;t&#233; hongrois, c'est pire : non seulement les violences et les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;, mais aussi le &#171; mur &#187; construit en 2015 sous les ordres du Premier ministre d'extr&#234;me droite Viktor Orb&#225;n, sur toute la fronti&#232;re sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur, le voil&#224;. Balafrant la plaine plate comme la main, immense et monotone, qui s'&#233;tend de Budapest &#224; Belgrade, coupant en deux une opulente r&#233;gion agricole dont les populations m&#234;l&#233;es ont toujours jou&#233; &#224; saute-fronti&#232;res. &#192; l'arri&#232;re des jardins du village de Rastina, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres au nord de Sombor, parmi les vergers et les cultures de colza, deux barri&#232;res m&#233;talliques, hautes de quatre et trois m&#232;tres, h&#233;riss&#233;es de barbel&#233;s concertina, encadrent une voie r&#233;serv&#233;e aux patrouilles des flics et des douaniers. Le dispositif s&#233;curitaire est agr&#233;ment&#233; d'un arsenal de gadgets dernier cri, comme le rappelle un r&#233;cent rapport du pr&#233;cieux r&#233;seau Migreurop : &#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; Le nec plus ultra.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour financer ces petits bijoux et encadrer le sale boulot des gardes-fronti&#232;res, on retrouve Frontex, l'agence de surveillance des fronti&#232;res ext&#233;rieures de l'Union europ&#233;enne, dot&#233;e de moyens colossaux&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce sujet, lire &#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;, article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. T&#233;moin voire complice quotidien des abus de la police hongroise, des chiens d'attaque lanc&#233;s sur les passe-fronti&#232;res ou des migrants enferm&#233;s dans des conteneurs avant d'&#234;tre refoul&#233;s&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, Frontex a attendu f&#233;vrier 2021 pour quitter le pays d'Orb&#225;n, sous la pression m&#233;diatique et apr&#232;s que la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne a interdit (en vain) &#224; la Hongrie de proc&#233;der aux &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;. La duplicit&#233; europ&#233;enne &#8211; se dire &#233;tranger aux exactions tout en les supervisant &#8211; avait fini par se voir. Sur le terrain, il y a longtemps qu'elle ne faisait de doute pour personne. Apr&#232;s des ann&#233;es pass&#233;es en lien avec les institutions internationales, Rado&#353; &#272;urovi&#263; s'est fait une religion sur la question : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de politique migratoire europ&#233;enne commune. Dans la pratique, elle consiste tout simplement &#224; freiner voire arr&#234;ter les migrations.&lt;/i&gt; &#187; &#192; n'importe quel prix. &#171; &lt;i&gt;L'Europe sait parfaitement ce qui se passe ici. Toutes les associations ont des contacts avec les institutions europ&#233;ennes, &#224; qui elles font remonter les infos.&lt;/i&gt; &#187; Violences comprises ? Oui. &#171; &lt;i&gt;&#192; cette &#233;chelle, des violences aussi syst&#233;matiques ne peuvent &#234;tre orchestr&#233;es que d'en haut&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Frontex, des accords bilat&#233;raux entre &#201;tats permettent aussi d'organiser des op&#233;rations de police communes. Quand cette coop&#233;ration s'effectue au sein du tr&#232;s r&#233;ac' groupe de Visegr&#225;d&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; au nom de la &#171; &lt;i&gt;d&#233;fense collective des fronti&#232;res de l'Europe&lt;/i&gt; &#187; ch&#232;re &#224; Orb&#225;n, le pire est attendu : la police tch&#232;que pr&#234;terait la main aux brutalit&#233;s de la police hongroise. En revanche, la pr&#233;sence de la police allemande exercerait des vertus apaisantes, l'opinion du pays &#233;tant plus scrupuleuse en mati&#232;re de droits humains. Mis&#232;re des petits jeux diplomatiques...
Passer, &#224; tout prix&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteserbieok_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/1200carteserbieok_resultat-21e96.jpg?1779635205' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si m&#233;diatis&#233; soit-il, le mur hongrois fait p&#226;le figure &#224; c&#244;t&#233; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ou de la fronti&#232;re gr&#233;co-turque. Un jeune Marocain, rencontr&#233; &#224; Subotica, ne s'est m&#234;me pas pos&#233; la question : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re espagnole, c'est juste impossible. C'est grave ce qui se passe l&#224;-bas. La Hongrie, &#231;a va beaucoup plus vite.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mur n'a rien d'efficace,&lt;/i&gt; confirme Rado&#353; &#272;urovi&#263;. &lt;i&gt;Il alimente juste le trafic des passeurs.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de l'association Klikaktiv : &#171; &lt;i&gt;Les gens continuent &#224; tenter de passer par le mur parce que c'est la voie la plus rapide. Les barbel&#233;s et les chiens n'y changent rien.&lt;/i&gt; &#187; De temps &#224; autre, la police d&#233;couvre un tunnel creus&#233; sous le mur, au risque pour ceux qui l'empruntent de se faire cueillir &#224; la sortie, ou de mourir &#233;touff&#233;s sous les &#233;boulis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer, donc, &#231;a se fait. Le d&#233;sespoir donne des ailes et l'adr&#233;naline occulte momentan&#233;ment la douleur &lt;i&gt;(voir le t&#233;moignage de Zyed ci-contre)&lt;/i&gt;. Surtout, il n'est aucun probl&#232;me auquel le march&#233; ne propose sa solution frelat&#233;e, et le &#171; &lt;i&gt;game&lt;/i&gt; &#187; du passage nourrit une &#233;conomie florissante&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le rapport&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. De la course en taxi surtax&#233;e au &#171; &lt;i&gt;package&lt;/i&gt; &#187; migratoire complet, tout un catalogue de services est mis &#224; disposition &#8211; auxquels certains migrants pr&#234;tent parfois la main pour financer leur prochaine tentative. Aux plus offrants, les passeurs proposent un &#171; &lt;i&gt;guarantee game&lt;/i&gt; &#187;, un passage &#171; garanti &#187;, comme nous l'expliquent les membres de Klikaktiv : pendant qu'une premi&#232;re troupe est envoy&#233;e en diversion, les candidats plus fortun&#233;s tentent la travers&#233;e &#224; un autre endroit. C&#244;t&#233; hongrois, si tout va bien, un v&#233;hicule attend et les douaniers &#8211; dont la corruption est proverbiale en Hongrie &#8211; regardent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les personnes migrantes s'&#233;vanouissent dans la campagne hongroise. Lanc&#233; d&#233;but 2015, le groupe de solidarit&#233; MigSzolt, &#224; Szeged (&#224; 15 km au nord de la fronti&#232;re serbe), a ainsi ferm&#233; boutique d&#232;s novembre 2017. Parmi ses fondateurs, le chercheur Mark K&#233;kesi raconte : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avions plus d'activit&#233;. Les migrants avaient disparu de Hongrie. Il faut dire que les arrestations sont permanentes et que beaucoup d'exil&#233;s se retrouvent en prison ou expuls&#233;s, souvent apr&#232;s d&#233;nonciation des habitants. Ceux qui passent r&#233;&#233;mergent ensuite en Autriche ou en Allemagne, mais leur circulation sur le territoire est invisible, et sans doute li&#233;e au crime organis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux, nombreux, qui n'ont pas les moyens financiers n&#233;cessaires, les chances sont beaucoup plus minces. Dans un square proche de la gare routi&#232;re de Belgrade, Djelaluddin r&#233;sume la situation en quelques phrases d&#233;sabus&#233;es : &#171; &lt;i&gt;&#199;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fait quatre mois que je suis dans ce pays et j'ai d&#233;j&#224; tent&#233; plusieurs fois de passer. Et partout j'ai &#233;t&#233; brutalis&#233;. En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois. Ils m'ont aussi pris mon argent et mon t&#233;l&#233;phone. Je ne sais plus quoi faire.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, son histoire ne laisse aucun doute sur son droit &#224; l'asile politique : &#171; &lt;i&gt;Je suis parti d'Afghanistan quand les talibans sont revenus&lt;/i&gt; [en ao&#251;t 2021]&lt;i&gt;. &#192; cette &#233;poque, j'&#233;tais dans l'arm&#233;e. Nous n'&#233;tions m&#234;me pas au combat, seulement en exercice. &#199;a a suffi pour que les talibans me consid&#232;rent comme un ennemi&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il en montrant les stigmates des exactions subies : un doigt tordu dans le mauvais sens et une vilaine cicatrice au cou. Il retrace &#224; grands traits son p&#233;riple, l'Iran, la Turquie, la Gr&#232;ce, la Bulgarie, un trajet assez rapide, mais sem&#233; d'emb&#251;ches. &#171; &lt;i&gt;Je connais trois personnes qui ont &#233;t&#233; tu&#233;es par des chiens &#224; la fronti&#232;re bulgare. Partout, on nous traite comme des animaux.&lt;/i&gt; &#187; Ses yeux s'illuminent encore quand il raconte son r&#234;ve : le Canada. En attendant la rupture du je&#251;ne, Djelaluddin propose de nous payer un sandwich. Il peut se le permettre, dit-il : il lui reste 14 ou 15 euros. Quand on le quitte, il l&#232;ve le pouce, souriant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'autres n'ont plus cette &#233;nergie. Chez Klikaktiv, Vuk Vu&#269;kovi&#263; ne compte plus les personnes bless&#233;es en franchissant le mur, ou apr&#232;s avoir rencontr&#233; les matraques hongroises, qui reprennent la route sans attendre d'&#234;tre gu&#233;ries &#8211; et finissent invalides. Quand tous les horizons sont bouch&#233;s, &#171; &lt;i&gt;certains sombrent dans la drogue ou la folie&lt;/i&gt; &#187;, nous explique Rado&#353; &#272;urovi&#263;. Ils perdent alors de vue ce territoire r&#234;v&#233; qui se d&#233;m&#232;ne pour les refouler : l'Europe, juste de l'autre c&#244;t&#233; du mur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le triangle mord &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a une fin &#8211; les murs aussi. Depuis 2020, une nouvelle route s'est ouverte afin de contourner le mur hongrois par le Banat, r&#233;gion &#224; cheval sur la Serbie et la Roumanie&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Au niveau du poste-fronti&#232;re qui relie Rabe (Serbie) &#224; K&#252;bekh&#225;za (Hongrie), la cl&#244;ture aboutit &#224; un simple portail m&#233;tallique. De l'autre c&#244;t&#233; de la chauss&#233;e, une campagne ouverte, ponctu&#233;e de quelques bosquets : la fronti&#232;re serbo-roumaine, que rien n'indique sur le terrain, pas m&#234;me un bout de grillage. Un pick-up de la police roumaine se dirige vers nous avant de se garer pr&#232;s de la gu&#233;rite des douaniers. Quelques minutes plus t&#244;t, on l'avait rep&#233;r&#233;, arr&#234;t&#233; &#224; notre hauteur, tandis que nous approchions d'un squat de personnes migrantes, dans une usine abandonn&#233;e entre les hameaux de Majdan et Rabe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/1200serbie2_resultat-df34b.jpg?1779635206' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car, en d&#233;pit des apparences, la Roumanie n'est gu&#232;re plus accessible que la patrie d'Orb&#225;n. Cam&#233;ras &#224; vision thermique, chiens &#233;quip&#233;s de GPS, dispositifs de d&#233;tection des battements du c&#339;ur&#8230; Toute la quincaillerie de Frontex est mobilis&#233;e pour interdire le passage. Certains exil&#233;s s'y seraient repris des dizaines de fois. Pendant des semaines ou des mois d'attente, ils rasent alors les murs des villages sinistres, aux trois quarts vides et en ruines, que relient des routes en b&#233;ton d&#233;fonc&#233; le long de la fronti&#232;re. Les derniers mois, on a compt&#233; jusqu'&#224; 300 migrants squattant les maisons abandonn&#233;es de Majdan &#8211; soit davantage que la population officielle du village. Ils se font discrets, car les relations avec les habitants sont tendues ; quelques-unes des belles pintades qui errent au milieu des rues auraient assouvi la faim d'exil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une dizaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, par-del&#224; les champs, le village de &#272;ala s'&#233;tend mollement jusqu'&#224; la rivi&#232;re Tisza qui, sur quelques kilom&#232;tres, marque la fronti&#232;re entre Serbie et Hongrie. D&#233;but 2020, la Hongrie a d&#233;ploy&#233; des unit&#233;s maritimes arm&#233;es pour dissuader les migrants de tenter la travers&#233;e &#224; la nage. C&#244;t&#233; serbe, une grosse bagnole de police patrouille sur la berge, parmi les herbes hautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu en retrait, le bourg de Srpski Krstur semble presque vivant. C'est la sortie des classes, des enfants roms, nombreux dans la commune, gambadent sur les trottoirs. Un peu &#224; l'&#233;cart de la route principale, un faubourg d&#233;labr&#233; s'&#233;tire en direction de la rivi&#232;re. Devant une &#233;picerie, une dizaine d'exil&#233;s papotent ou boivent des coups. Un Marocain nous raconte qu'il prend la route pour la deuxi&#232;me fois. Apr&#232;s treize ans &#224; Bologne, malgr&#233; femme et enfant, il a &#233;t&#233; expuls&#233; au Maroc, d'o&#249; il est reparti pour rentrer chez lui. Son r&#233;cit est interrompu quand, branle-bas de combat, deux taxis d&#233;barquent coup sur coup, d&#233;chargeant des personnes migrantes en provenance de villes voisines. Deux autres voitures arrivent dans la foul&#233;e et font chacune monter un groupe. Le conducteur de la deuxi&#232;me, un jeune Serbe &#233;l&#233;gamment mis, nous jette un regard peu am&#232;ne. Derri&#232;re nous, la porte de l'&#233;picerie se ferme brusquement &#224; double tour, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;. En quelques minutes, les exil&#233;s s'&#233;vaporent dans la nature. L'un d'eux, avec qui nous venions d'&#233;changer quelques mots, se cache derri&#232;re l'angle du mur, son foulard remont&#233; sur son visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; Sombor, nous d&#233;rangeons. C'est toute une &#233;conomie locale dont les voyageurs de l'exil, pris au pi&#232;ge, sont la client&#232;le captive. Du petit taxi ind&#233;pendant au r&#233;seau transfrontalier arm&#233; de sa propre flotte de voitures, le trafic des passeurs aux fronti&#232;res nord de la Serbie aurait repr&#233;sent&#233; entre 8,5 et 10,5 millions d'euros en 2020, selon les chiffres de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime. Avec la complicit&#233; in&#233;vitable de la police, tr&#232;s pr&#233;sente au quotidien dans tous les pays de la r&#233;gion, et largement corrompue. Prises en &#233;tau entre l'Europe qui les rejette et les mafias qui leur font les poches, les flics qui les frappent et ceux qui les rackettent, les personnes exil&#233;es subissent un enfer humain. Attendant le moment o&#249; elles seront lib&#233;r&#233;es de ce bourbier de fronti&#232;res. Et o&#249;, &#224; l'instar de Zyed, jeune Tunisien arriv&#233; en Autriche apr&#232;s des ann&#233;es d'errance, elles pourront enfin dire : &#171; &lt;i&gt;C'est la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photos &#201;milien Bernard &amp; Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vu&#269;i&#263; : r&#233;&#233;lection d'un acrobate autoritaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 3 avril dernier, le pr&#233;sident serbe Aleksandar Vu&#269;i&#263; est r&#233;&#233;lu haut la main, avec 60 % des voix. Mais ce triomphe est en trompe-l'&#339;il : son parti n'a pas obtenu la majorit&#233; absolue aux l&#233;gislatives, et risque de perdre la mairie de Belgrade. Remotiv&#233;e l'hiver dernier par un soul&#232;vement populaire massif et (pour l'instant) victorieux contre un projet de mine de lithium du groupe Rio Tinto&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;, Le Courrier des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;, la gauche a massivement document&#233; les fraudes &#233;lectorales du r&#233;gime. Pendant ce temps, et malgr&#233; le corsetage des m&#233;dias, les liens du r&#233;gime avec le grand banditisme et les gros bras des supporters ultras, au c&#339;ur de tous les trafics, sont de plus en plus apparents. Le d&#233;but de la fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e du Parti progressiste serbe au pouvoir en 2012, la Serbie maintient un &#233;quilibre inconfortable entre l'Union europ&#233;enne &#8211; horizon d&#233;clar&#233; et financier indispensable &#8211;, le traditionnel alli&#233; russe, et une Chine toujours contente de pousser ses pions en Europe. Position d'autant plus acrobatique que le r&#233;gime et ses m&#233;dias encouragent presque ouvertement une nouvelle &#171; opposition pro-Poutine &#187;, pl&#233;biscit&#233;e par la jeunesse. Sur les murs de Belgrade, ces derniers mois, ont fleuri les portraits du g&#233;n&#233;ral g&#233;nocidaire Ratko Mladi&#263; ; jusque dans les campagnes les plus paum&#233;es, les tags &#171; &lt;i&gt;Ratko Mladi&#263;, h&#233;ros serbe&lt;/i&gt; &#187; sont omnipr&#233;sents. Vu&#269;i&#263; n'en reste pas moins l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; de l'Occident, au nom d'une &#171; stabilit&#233; &#187; synonyme pour la population de pauvret&#233;, de corruption et d'&#233;migration massive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zyed : &#171; Bienvenue chez Frontex ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand il raconte son p&#233;riple de la Tunisie &#224; l'Autriche o&#249; il vit actuellement, Zyed est intarissable. Lui qui pr&#233;pare un livre sur son exp&#233;rience a v&#233;cu de multiples enlisements, en Gr&#232;ce, en Bosnie, etc. Au final : trois ans et huit mois sur la route apr&#232;s son d&#233;part en octobre 2017. Plusieurs fois tabass&#233;, notamment par la police croate &#8211; &#171; &lt;i&gt;Je vois toujours leurs visages.&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, il revient ici sur la fin de son p&#233;riple, en Serbie et Roumanie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis rest&#233; quatre mois en Serbie. Et j'ai encore en t&#234;te ma premi&#232;re tentative de passer le mur. C'est un passeur de la mafia qui nous a amen&#233;s. On &#233;tait une trentaine.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Arriv&#233; au mur, il a sorti un grand couteau, l'a agit&#233; et nous a dit de foncer. Une fois en haut de l'&#233;chelle, il fallait se jeter de quatre m&#232;tres. J'ai tent&#233; d'atterrir en roul&#233;-boul&#233;, mais je me suis quand m&#234;me foul&#233; la cheville. Malgr&#233; tout, j'ai continu&#233; et grimp&#233; la deuxi&#232;me barri&#232;re. Il faut imaginer la sc&#232;ne : les barbel&#233;s, le courant &#233;lectrique, la douleur&#8230; C'est l'adr&#233;naline qui m'a fait passer. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#244;t&#233; hongrois, je me suis retrouv&#233; dans un mar&#233;cage. J'ai march&#233; dans la nuit, en essayant de m'&#233;loigner des cris que j'entendais. Puis un h&#233;licopt&#232;re est arriv&#233;, une mani&#232;re de nous dire : &#8220;Bienvenue dans l'Union europ&#233;enne, bienvenue chez Frontex.&#8221; Ils ont illumin&#233; les environs et utilis&#233; des cam&#233;ras thermiques. Forc&#233;ment, il m'ont attrap&#233; et refoul&#233; en Serbie. Il m'a fallu un moment pour soigner mon pied, dans le camp de Subotica, aux conditions d'hygi&#232;ne terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, j'ai voulu passer par la Roumanie, via le triangle. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; deux fois. Au final, j'ai r&#233;ussi &#224; traverser gr&#226;ce &#224; deux militantes. Elles m'ont indiqu&#233; o&#249; passer la fronti&#232;re Roumanie/Hongrie, un coin d&#233;sert, au milieu de nulle part. Apr&#232;s trois ans et huit mois je foulais le sol europ&#233;en sans policiers pour me refouler. Plus loin, mes amies m'attendaient. Elles m'ont amen&#233; &#224; Budapest, puis m'ont fait passer la fronti&#232;re autrichienne. Moi qui avait &#233;t&#233; foul&#233; et refoul&#233; tant de fois, j'&#233;tais de l'autre c&#244;t&#233; gr&#226;ce &#224; elles. C'&#233;tait la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par les autorit&#233;s pour &#171; fixer &#187; les exil&#233;s en p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base d'accords bilat&#233;raux plus ou moins officieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Serbie-entre-refugies-et-extreme-droite-le-desarroi-de-Sombor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (27/11/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; &#352;id (fronti&#232;re serbo-croate), ont &#233;t&#233; expuls&#233;s apr&#232;s une altercation avec de jeunes fascistes locaux. Tout r&#233;cemment, des membres d'un autre collectif auraient eu vent de directives d'expulsion non officielles vis-&#224;-vis des Occidentaux pr&#233;sents &#224; proximit&#233; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3069.html?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des Balkans &#187;&lt;/a&gt;(novembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A ce sujet, lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Frontex-une-machine-de-mort' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;&lt;/a&gt;, article d'Olivier Cyran publi&#233; dans ce m&#234;me dossier sur la forteresse Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Bless&#233;, la police hongroise m'a battu et m'a laiss&#233; plusieurs heures dans un conteneur avant de me refouler en Serbie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la Hongrie, qui s'opposent souvent collectivement aux politiques bruxelloises, notamment en termes d'accueil des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le rapport&lt;a href=&#034;https://globalinitiative.net/analysis/western-balkans-crime-hotspots-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in the Western Balkans &#187;&lt;/a&gt; de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Refugies-contourner-la-Croatie-par-le-triangle-Serbie-Roumanie-Hongrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (15/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/serbie-contre-rio-tinto-la-mobilisation-continue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans &lt;/i&gt;(29/12/2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En finir avec l'Europe forteresse</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/En-finir-avec-l-Europe-forteresse</link>
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		<dc:date>2022-05-06T08:50:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;o Bedard</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Patricia Kaas</dc:subject>
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		<dc:subject>fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Olivier Clochard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction d'un dossier oscillant entre Bruxelles, la Serbie, les Canaries, la France, Ceuta... &#171; De quel c&#244;t&#233; du mur / La fronti&#232;re vous rassure ? &#187; (Patricia Kaas, &#171; D'Allemagne &#187;, 1988) Souvenir dat&#233; mais lancinant. Nord du Maroc, f&#233;vrier 2013. Sur les contreforts du mont Gourougou, qui surplombe l'immense barri&#232;re &#233;rig&#233;e aux fronti&#232;res de l'enclave espagnole de Melilla, des centaines d'hommes survivent dans la mis&#232;re. Parmi eux, certains ont la cheville ou le poignet bris&#233;. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Theo-Bedard" rel="tag"&gt;Th&#233;o Bedard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patricia-Kaas" rel="tag"&gt;Patricia Kaas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Theo-Bedard-17924" rel="tag"&gt;Th&#233;o B&#233;dard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-Europe" rel="tag"&gt;L'Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bedard" rel="tag"&gt;B&#233;dard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patricia" rel="tag"&gt;Patricia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kaas" rel="tag"&gt;Kaas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Theo" rel="tag"&gt;Th&#233;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontieres" rel="tag"&gt;fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Olivier-Clochard" rel="tag"&gt;Olivier Clochard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction d'un dossier oscillant entre Bruxelles, la Serbie, les Canaries, la France, Ceuta...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4524 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200introdossier_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH577/1200introdossier_resultat-2-21035.jpg?1779635206' width='500' height='577' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&lt;i&gt;e quel c&#244;t&#233; du mur / La fronti&#232;re vous rassure ?&lt;/i&gt; &#187; (Patricia Kaas, &#171; D'Allemagne &#187;, 1988)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvenir dat&#233; mais lancinant. Nord du Maroc, f&#233;vrier 2013. Sur les contreforts du mont Gourougou, qui surplombe l'immense barri&#232;re &#233;rig&#233;e aux fronti&#232;res de l'enclave espagnole de Melilla, des centaines d'hommes survivent dans la mis&#232;re. Parmi eux, certains ont la cheville ou le poignet bris&#233;. Les responsables ? Les flics marocains, qui usent de leurs matraques pour les mettre hors d'&#233;tat de franchir le mur &#8211; soit &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; le job que l'Europe leur assigne dans le cadre de sa politique d'externalisation de la r&#233;pression &#224; ses fronti&#232;res. Parmi les exil&#233;s, cette pratique est bien connue. Mais Mauricio, Guin&#233;en bient&#244;t majeur, ne veut pas y croire. Ce serait trop pour son entendement : &#171; &lt;i&gt;Certains ici disent que l'Europe paie le Maroc pour que ses policiers nous tabassent. Mais je n'y crois pas. Pourquoi ferait-elle &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Melilla, les ombres du mur &#187;, site de feu Article11 (14/03/2013).&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourquoi ferait-elle &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; Neuf ans plus tard, la question r&#233;sonne toujours douloureusement. Elle se repose &#224; chaque nouveau naufrage dans les eaux de la M&#233;diterran&#233;e centrale et orientale ou sur la route des Canaries. &#192; chaque &#233;vocation des prisons-mouroirs de Libye o&#249; femmes et hommes sont trait&#233;s comme du b&#233;tail sous l'&#339;il de l'Europe&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet le terrible reportage de Ian Urbina, &#171; La Libye, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#192; chaque nouveau rapport d&#233;nombrant les morts &#224; nos fronti&#232;res (plus de 3 000 d&#233;c&#232;s en mer pour 2021 selon l'ONU, soit le double de 2020 &#8211; sans compter ceux qui disparaissent sans laisser de traces, que certains chercheurs estiment &#224; deux ou trois fois plus nombreux). &#192; chaque nouveau r&#233;cit sur les exactions des policiers fran&#231;ais &#224; Calais ou grecs &#224; la fronti&#232;re turque. &#192; chaque nouveau tour de vis s&#233;curitaire et/ou nationaliste des pays membres ou alli&#233;s de l'Union europ&#233;enne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une liste interminable. Rares en effet sont les jours qui n'apportent pas de nouvelles histoires abominables, dont la somme forme un tout coh&#233;rent martelant ce message : l'Europe se cadenasse comme une forcen&#233;e et pour cela, elle tue. Au moment o&#249; nous bouclons, un consortium de journalistes r&#233;v&#232;le ainsi l'implication de l'agence europ&#233;enne des gardes-c&#244;tes et gardes-fronti&#232;res Frontex dans les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt; (refoulements) meurtriers en mer &#201;g&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Frontex, l'agence europ&#233;enne de gardes-fronti&#232;res, a maquill&#233; des renvois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : leurs victimes &#233;taient renvoy&#233;es c&#244;t&#233; turc dans des petits bateaux de survie avec l'aval de l'agence. Le pire : l'annonce n'a &#233;tonn&#233; personne, depuis le temps que les ONG d&#233;noncent la complicit&#233; de Frontex. La m&#233;diatisation de l'affaire et un rapport de l'Office europ&#233;en de lutte anti-fraude ont fini par co&#251;ter son poste &#224; son boss Fabrice Legerri, qui a d&#233;missionn&#233; le 28 avril. Qu'importe. Un&#183;e autre prendra bient&#244;t le relais et poursuivra sa sale besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise de folie obsidionale, malade de son racisme, l'Europe se bunkerise &#224; grande vitesse. Plus de 1 800 kilom&#232;tres de murs et de barri&#232;res sont d&#233;sormais &#233;rig&#233;s ou en construction &#224; ses fronti&#232;res&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'&#233;clairante infographie &#171; Fortress Europe &#187; sur le site du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Comme une &#233;pid&#233;mie de barbel&#233;s et de cam&#233;ras high-tech. Mais ces murs, comme les chiffres officiels des d&#233;c&#232;s, ne sont que la face &#233;merg&#233;e de l'iceberg. Pour les personnes sur la route de l'exil, l'horreur est quotidienne. D'un pays &#224; l'autre les attendent les matraques des flics, les chiens qu'ils l&#226;chent sur elles ou les camps indignes o&#249; on les parque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce dont nous avons voulu rendre compte en partant au nord de la Serbie, le long de cette fronti&#232;re hongroise o&#249; le satrape Viktor Orb&#225;n a fait construire une double barri&#232;re high-tech sur environ 150 kilom&#232;tres. Dans cette zone, des milliers de personnes exil&#233;es, venues notamment de Syrie et d'Afghanistan, sont bloqu&#233;es dans des conditions de d&#233;nuement terribles, livr&#233;es aux mafias locales et aux polices violentes, oscillant entre la Croatie, la Roumanie, la Hongrie, toujours refoul&#233;es, matraqu&#233;es, foul&#233;es aux pieds, cherchant le trou de souris par o&#249; passer &lt;i&gt;[lire pp. II, III &amp; IV]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En coulisses, Frontex : dans un article uppercut, Olivier Cyran d&#233;nonce l'institutionnalisation opaque de m&#233;canismes de refoulement, sous l'&#233;gide de cette agence indiff&#233;rente aux pratiques des pays charg&#233;s du sale boulot &lt;i&gt;[p. VII]&lt;/i&gt;. Quant au g&#233;ographe Olivier Clochard, il nous expose dans un entretien les &#233;volutions des politiques europ&#233;ennes depuis les ann&#233;es 1990, la construction progressive de l'Europe forteresse, et la mani&#232;re dont nous nous sommes peu &#224; peu &#171; habitu&#233;s &#187; aux violences contre les personnes migrantes&lt;i&gt; [pp.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;V &amp; VI]&lt;/i&gt;. Enfin, pas contre &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les personnes migrantes, &#224; vrai dire. Seulement celles qui ont la mauvaise couleur de peau ou une culture &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; diff&#233;rente, comme le rappellent Oum Ziad et &#201;dith Marek dans un papier consacr&#233; au traitement diff&#233;renci&#233; des exil&#233;s &#224; la lumi&#232;re de la guerre en Ukraine &lt;i&gt;[p. VIII]&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;L'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut&lt;/i&gt; &#187;, insiste &#224; juste titre Olivier Clochard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais raconter l'Europe forteresse, ce n'est pas seulement d&#233;crire les murs et les institutions r&#233;pressives. Nous avons aussi voulu donner la parole &#224; ceux qui les traversent : le long r&#233;cit de Walkalawa, parti du Tchad &#224; l'&#226;ge de 16 ans, dresse un tableau effarant des obstacles inhumains qui se dressent sur la route de celles et ceux qui s'embarquent vers un autre destin &lt;i&gt;[pp. IX &amp; X]&lt;/i&gt;. Le travail de la g&#233;ographe Camille Schmoll sur &lt;i&gt;Les Damn&#233;es de la mer&lt;/i&gt; permet lui aussi de donner corps au sort des personnes exil&#233;es, en l'occurrence les femmes, qui repr&#233;sentent 51 % des &#234;tres humains en situation de migration &lt;i&gt;[p. XII]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est sombre, tr&#232;s sombre. Et il appelle &#224; une lutte sans merci, pour l'ouverture des fronti&#232;res et le renversement des murs, alors m&#234;me que le r&#233;chauffement climatique va sans aucun doute multiplier les mouvements migratoires. Non pas pour l'honneur de l'Europe : elle l'a perdu depuis longtemps. Mais par humanit&#233;, tout simplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite lumi&#232;re dans le mar&#233;cage, l'engagement anonyme de nombreuses personnes refusant le d&#233;ni d'accueil, ou le travail de r&#233;seaux comme Migreurop, qui documente inlassablement la d&#233;t&#233;rioration des conditions de vie des personnes exil&#233;es. Ou encore celui des camarades d'Alarm Phone, en Europe et en Afrique, dont la ligne t&#233;l&#233;phonique d'urgence apporte un soutien concret aux personnes en d&#233;tresse en mer, et qui recueillent au passage de pr&#233;cieuses informations sur la g&#233;ographie des refoulements &#8211; par exemple sur la route des Canaries &#224; laquelle est consacr&#233;, en partie, leur dernier rapport &lt;i&gt;[p. XI]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de la fin ? Il est inscrit au mur du local d'une petite association install&#233;e dans la bourgade de &#352;id, &#224; la fronti&#232;re entre Serbie et Croatie. Les deux b&#233;n&#233;voles que nous y avons rencontr&#233;s, fra&#238;chement d&#233;barqu&#233;es, effectuaient des maraudes aupr&#232;s des personnes exil&#233;es en attente de passage, diss&#233;min&#233;es dans les environs. Derri&#232;re le canap&#233; de jardin vermoulu o&#249; nous avons pris place, une inscription trac&#233;e en grand : &#171; &lt;i&gt;Burn the borders&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dossier coordonn&#233; par &#201;milien Bernard &amp; Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Melilla-Les-ombres-du-mur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Melilla, les ombres du mur &#187;&lt;/a&gt;, site de feu &lt;i&gt;Article11 &lt;/i&gt;(14/03/2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet le terrible reportage de Ian Urbina, &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2022/01/URBINA/64243&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La Libye, garde-chiourme de l'Europe face aux migrants &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;diplomatique&lt;/i&gt; (janvier 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2022/04/27/refoulements-en-mer-egee-les-recensements-errones-ou-mensongers-de-frontex_6123944_3210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Frontex, l'agence europ&#233;enne de gardes-fronti&#232;res, a maquill&#233; des renvois ill&#233;gaux de migrants en mer &#201;g&#233;e &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (27/04/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'&#233;clairante infographie &lt;a href=&#034;https://www.telegraph.co.uk/global-health/fortress-europe-borders-wall-fence-controls-eu-countries-migrants-crisis/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Fortress Europe &#187;&lt;/a&gt; sur le site du &lt;i&gt;Telegraph&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Michel Agier : &#171; La condition migrante nous concerne tous &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec l'anthropologue Michel Agier autour de la question des fronti&#232;res, et de celles et ceux qui en font les frais. Lequel oppose au r&#232;gne des barbel&#233;s l'urgente n&#233;cessit&#233; d'une hospitalit&#233; europ&#233;enne. &#171; On a le nez dans la crise, mais aussi l'envie de livrer un regard renouvel&#233; sur la condition migrante aujourd'hui. &#187; C'est ainsi que l'anthropologue Michel Agier d&#233;finit l'ambition de la &#171; Biblioth&#232;que des fronti&#232;res &#187;, collection publi&#233;e sous sa direction aux &#233;ditions Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Louis-Witter" rel="tag"&gt;Louis Witter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Louis-Witter-17950" rel="tag"&gt;Louis Witter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Europe" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec l'anthropologue Michel Agier autour de la question des fronti&#232;res, et de celles et ceux qui en font les frais. Lequel oppose au r&#232;gne des barbel&#233;s l'urgente n&#233;cessit&#233; d'une hospitalit&#233; europ&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200agier_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200agier_resultat-886fd.jpg?1779628093' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo de Louis Witter
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;On a le nez dans la crise, mais aussi l'envie de livrer un regard renouvel&#233; sur la condition migrante aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; C'est ainsi que l'anthropologue Michel Agier d&#233;finit l'ambition de la &#171; Biblioth&#232;que des fronti&#232;res &#187;, collection publi&#233;e sous sa direction&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et celle de Stefan Le Courant.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; aux &#233;ditions Le Passager clandestin et versant livresque du programme de recherche Babels&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui regroupait une quarantaine de chercheurs et a &#339;uvr&#233; de 2015 &#224; 2018.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Soit sept titres en forme de tour d'horizon des parcours migratoires dans une Europe forteresse toujours plus hostile aux personnes exil&#233;es. Les constats tir&#233;s sont &#233;videmment accablants, tant murs, barbel&#233;s, camps indignes, naufrages et harc&#232;lement quotidien s'imposent comme horizons d'accueil europ&#233;ens (lire notamment &lt;i&gt;La Police des migrants &#8211; Filtrer, disperser, harceler&lt;/i&gt; ainsi que &lt;i&gt;De Lesbos &#224; Calais &#8211; Comment l'Europe fabrique des camps&lt;/i&gt;). En gros : des d&#233;cennies de nivellement par le bas condens&#233;es en de petits ouvrages aussi document&#233;s qu'&#233;difiants&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces sept volumes seront regroup&#233;s dans un seul ouvrage qui para&#238;tra en poche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, la &#171; Biblioth&#232;que des fronti&#232;res &#187; met &#233;galement l'accent sur les diverses formes de solidarit&#233; qui se d&#233;veloppent dans les vents contraires, de Vintimille &#224; Calais en passant par Lampedusa ou Brian&#231;on&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons notamment dans cette m&#234;me collection Hospitalit&#233; en France &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et c'est &#233;galement la position de Michel Agier, auteur de nombreux ouvrages sur la question migratoire et l' &#187; encampement du monde &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre autres : G&#233;rer les ind&#233;sirables &#8211; Des camps de r&#233;fugi&#233;s aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Selon lui, la vague de repli identitaire ne serait pas un horizon ind&#233;passable. Et cette Europe qui, de la M&#233;diterran&#233;e centrale aux rivages de la Manche, ne cesse de s'enfoncer dans un criminel d&#233;ni d'humanit&#233;, pourrait encore s'amender. On a fait le point avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le harc&#232;lement policier des migrants et la destruction de leurs lieux de vie &#224; Calais sont une triste r&#233;alit&#233; qui ne date pas d'hier. C'est ce que rappelle &lt;i&gt;La Police des migrants&lt;/i&gt; (2019). Mais il semble que depuis 2016 et la destruction de la &#171; grande jungle &#187;, la situation n'a cess&#233; d'empirer&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Calais comme dans tous les lieux o&#249; sont bloqu&#233;es des personnes d&#233;sirant passer une fronti&#232;re, il y a une question fondamentale : celle de la visibilit&#233; ou non des personnes migrantes. Alors que chercheurs et militants veulent faire en sorte que la situation soit connue, les autorit&#233;s &#8211; l'&#201;tat, la police, les pouvoirs locaux &#8211; font tout pour qu'elle reste loin des regards. Les &#8220;ind&#233;sirables&#8221; doivent rester &#224; l'&#233;cart. Mais cette approche est abandonn&#233;e d&#232;s lors que les personnes exil&#233;es se retrouvent trop visibles au quotidien, dans la rue ou dans les camps, avec mise en lumi&#232;re m&#233;diatique et r&#233;pression visant &#224; montrer qu'ils sont &#8220;surnum&#233;raires&#8221; et qu'il faut les &#233;vacuer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est toute la probl&#233;matique des ind&#233;sirables : celle qui am&#232;ne &#224; dire &#8220; Votre histoire ne nous int&#233;resse pas, restez loin&#8221;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, j'ai particip&#233; &#224; un ouvrage collectif intitul&#233; &lt;i&gt;La Jungle de Calais&lt;/i&gt; (PUF, 2018), dans lequel on a cherch&#233; &#224; mettre la situation en perspective historique. L'histoire ne commence pas lors de l'expulsion de 2016 mais plut&#244;t en 1999, suite aux accords de Schengen, avec de premi&#232;res r&#233;glementations sur la gestion des fronti&#232;res entre la France et l'Angleterre. C'est cette ann&#233;e-l&#224; qu'a ouvert le camp de Sangatte (Pas-de-Calais), plac&#233; sous la responsabilit&#233; de la Croix Rouge. Parfait exemple de politique &#224; courte vue, le camp est ferm&#233; d&#232;s 2002, parce qu'il donnait de la visibilit&#233; &#224; une situation bloqu&#233;e. Suite &#224; cette fermeture, dans les ann&#233;es 2000 et 2010, un grand nombre de petits campements se sont organis&#233;s. Je m'y &#233;tais rendu en 2009, notamment pour enqu&#234;ter sur la &#8220;jungle pachtoune&#8221;, habit&#233;e principalement par des Afghans de cette ethnie. Et il y avait cette &#233;vidence d'un lieu situ&#233; dans l'entre-deux, entre stabilisation et mobilit&#233;, visibilit&#233; et invisibilit&#233;. Il a finalement &#233;t&#233; &#233;vacu&#233; tr&#232;s violemment en septembre 2009. C'est d'ailleurs &#224; la m&#234;me p&#233;riode qu'a &#233;t&#233; brutalement d&#233;truit le camp grec de Patras, qui &#233;tait aussi un lieu de blocage &#224; une fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire s'est r&#233;p&#233;t&#233;e avec la &#8220;grande jungle&#8221;, expuls&#233;e en 2016. Il faut rappeler que ce lieu de rel&#233;gation &#233;tait au d&#233;part n&#233; d'une d&#233;cision municipale et pr&#233;fectorale. Une situation r&#233;currente en mati&#232;re de camps : on vous tol&#232;re si vous vous mettez &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt;, mais seulement jusqu'&#224; ce que vous deveniez trop visibles. C'est toute la probl&#233;matique des ind&#233;sirables : celle qui am&#232;ne &#224; dire &#8220;&lt;i&gt;Votre histoire ne nous int&#233;resse pas, restez loin&lt;/i&gt;&#8221;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Il s'agit toujours de mise &#224; l'&#233;cart. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; grande jungle &#187; &#233;tait un espace moins r&#233;prim&#233; que ceux o&#249; survivent les personnes exil&#233;es aujourd'hui. D'autant que cette forme de mise &#224; l'&#233;cart collective permettait des entraides communautaires. C'est cela que l'&#201;tat veut d&#233;truire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les camps de ce type, la r&#233;sistance passe d'abord par la r&#233;organisation d'une forme de vie sociale et culturelle. Et c'est ce qui s'est pass&#233; &#224; Calais. Si on analyse les choses avec cynisme, on peut dire qu'il y a une contradiction dans le fait de mettre les gens &#224; l'&#233;cart en disant &#8220;&lt;i&gt;Not in my backyard&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus ou moins : &#171; N'importe o&#249;, mais pas chez moi. &#187;&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&#8221; et celui de ne pas assumer la v&#233;ritable invisibilisation, &#224; savoir la disparition pure et simple des concern&#233;s. C'est ce qui se passe par exemple en Alg&#233;rie quand on met les migrants dans des camions, qu'on leur fait passer la fronti&#232;re du Mali et qu'on les abandonne dans le d&#233;sert. Or en Europe, on ne peut pas faire &#231;a car on a encore la pr&#233;tention d'&#234;tre des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques dot&#233;es de garde-fous. Cette mise &#224; l'&#233;cart est donc paradoxale car on sait tr&#232;s bien, dans le monde politique comme dans celui de la recherche, que chaque nouvelle expulsion va au final recr&#233;er un espace o&#249; une forme de vie sociale et culturelle r&#233;&#233;mergera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la &#8220;grande jungle&#8221;, il y avait avant l'expulsion une &#233;mergence de formes de vie urbaines, une sorte de &lt;i&gt;brouillon de ville&lt;/i&gt;, avec des rues, des restaurants, des &#233;coles, des &#233;glises, un th&#233;&#226;tre, une mosqu&#233;e... C'&#233;tait tr&#232;s pr&#233;caire mais investi, avec des abris de fortune et des tentes laissant progressivement la place &#224; des constructions en dur. Ici, les solidarit&#233;s avaient jou&#233; un grand r&#244;le, venant d'associations ou de simples b&#233;n&#233;voles issus de toute l'Europe, qui tissaient des liens avec les personnes en exil. C'est cela qu'il fallait d&#233;truire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hormis le travail essentiel des associations et militants &#224; Calais, il n'y a aujourd'hui plus rien de comparable, ni construction ni possibilit&#233; de bricoler une vie collective autrement. Et la moindre tentative m&#232;ne &#224;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; &#224; un harc&#232;lement syst&#233;matique, oui. On me pose souvent cette question : &#8220;Qu'est-ce qui a chang&#233; avec Macron ?&#8221; La r&#233;ponse est simple : rien n'a chang&#233; sur le fond de la politique migratoire, ou plut&#244;t de la non-politique migratoire. Par contre, la r&#233;pression polici&#232;re est devenue beaucoup plus syst&#233;matique et violente. &#199;a a commenc&#233; avec le minist&#232;re de G&#233;rard Collomb &lt;i&gt;[ministre de l'Int&#233;rieur de 2017 &#224; 2018]&lt;/i&gt;. Et &#231;a s'est &#233;videmment intensifi&#233; avec celui de G&#233;rald Darmanin. S'il y a eu quelques mises en lumi&#232;re m&#233;diatiques, notamment sur la question des tentes d&#233;truites, on se demande aujourd'hui quelle est la prochaine &#233;tape. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France comme en Europe, il y a une instrumentalisation toujours plus pouss&#233;e de la figure du migrant. Au point d'en arriver &#224; des situations terribles, comme &#224; la fronti&#232;re Pologne-Bi&#233;lorussie, o&#249; les personnes concern&#233;es meurent en tant que pions d'un jeu g&#233;opolitique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, et ce n'est pas un cas isol&#233;. Il suffit de voir les accords pass&#233;s par l'Europe avec la Libye ou le Maroc pour externaliser la gestion des fronti&#232;res. Mais c'est un drame r&#233;cent &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque qui a pouss&#233; en Europe m&#234;me le curseur encore plus loin, ouvrant la voie &#224; un marchandage cynique, qu'on pourrait traduire par : &#8220;&lt;i&gt;Attention ou je vous l&#226;che mes r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; Rappelons que dans un accord de 2016, les pays europ&#233;ens se sont entendus avec la Turquie pour qu'elle retienne les exil&#233;s moyennant un gros financement. Sauf qu'il y a eu une brouille en 2020, parce que la Turquie voulait intervenir en Syrie et demandait le soutien d'une Europe r&#233;ticente. Pour faire pression, Erdogan a menac&#233; d'ouvrir les fronti&#232;res, agitant le chiffre fantaisiste d'un million de migrants sur le point de d&#233;barquer. Au bout du compte, les autorit&#233;s turques sont parvenues &#224; d&#233;nicher 10 000 personnes en une semaine et &#224; les amener &#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait alors un climat particulier, qu'on retrouvera dans le cas de la crise &#224; la fronti&#232;re Pologne-Bi&#233;lorussie. Soit une panique g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; propos de la pand&#233;mie et une confusion entre angoisse immunitaire et s&#233;curitaire, avec des fronti&#232;res partout ferm&#233;es. Les gouvernements europ&#233;ens ont donc affirm&#233; soutenir le gouvernement grec contre le passage des migrants, faisant de la Gr&#232;ce le bouclier de l'Europe. Avec ce message, assum&#233; par les autorit&#233;s europ&#233;ennes : &#8220;&lt;i&gt;Si vous faites un pas de plus&#8230;&lt;/i&gt;&#8221; Cons&#233;quence : le 4 mars &lt;i&gt;[2020]&lt;/i&gt;, les forces grecques ont ouvert le feu, tuant un migrant et en blessant plusieurs autres, un &#233;pisode tr&#232;s bien analys&#233; par le pr&#233;cieux groupe de recherche &lt;i&gt;[sur les violences d'&#201;tat]&lt;/i&gt; Forensic Architecture&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; The Killing of Muhammad Gulzar &#187;, &#224; lire sur le site de Forensic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Ce moment &#233;tait pour l'Europe un basculement : on n'&#233;tait plus dans le &lt;i&gt;laisser mourir&lt;/i&gt;, comme disait Foucault, mais dans le &lt;i&gt;faire mourir&lt;/i&gt;, de mani&#232;re assum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces &#233;pisodes se pose une question gravissime : jusqu'&#224; quel point les &#201;tats et f&#233;d&#233;rations d'&#201;tats sont-ils pr&#234;ts &#224; ne pas respecter les conventions internationales ? En France, il y a par exemple le cas de la fronti&#232;re franco-italienne, notamment &#224; Menton, o&#249; les r&#232;gles en mati&#232;re de traitement du droit d'asile ne sont clairement pas appliqu&#233;es, dans l'indiff&#233;rence absolue, avec des personnes refoul&#233;es avant toute prise en charge. Reste qu'un palier a &#233;t&#233; franchi. Et que les conventions internationales semblent de plus en plus lettre morte d&#232;s lors qu'il est question de migrations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'on prend le cas de la M&#233;diterran&#233;e centrale et des naufrages caus&#233;s par la d&#233;mission de l'Italie ou de Malte, le droit maritime semble lui aussi bafou&#233; depuis un certain temps, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est effectivement une &#233;volution inqui&#233;tante. Si l'on prend le cas de l'Italie, c'est d'abord pass&#233; par l'abandon de l'op&#233;ration &lt;i&gt;[militaire et humanitaire] Mare Nostrum&lt;/i&gt;, lanc&#233;e en 2013 suite &#224; un naufrage meurtrier pr&#232;s de Lampedusa. La remise en cause de l'assistance aux migrants s'est aggrav&#233;e avec l'arriv&#233;e au pouvoir &lt;i&gt;[en 2018]&lt;/i&gt; de Matteo Salvini, qui a instaur&#233; la p&#233;nalisation du secours maritime. Il y a ainsi eu des marins p&#234;cheurs condamn&#233;s pour leur aide, tandis que les bateaux de sauvetage d'associations, de type SOS M&#233;diterran&#233;e, &#233;taient emp&#234;ch&#233;s de faire leur travail et immobilis&#233;s. Autre exemple : l'inculpation de la capitaine du &lt;i&gt;Sea-Watch 3 &lt;/i&gt;Carola Rackete, accus&#233;e d'avoir d&#233;barqu&#233; des migrants &#224; Lampedusa. Dans le cas italien, il est s&#251;r que l'&#233;vidence du droit maritime international s'est largement perdue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela s'inscrit dans un climat politique europ&#233;en de plus en plus r&#233;actionnaire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est clair qu'un discours d'extr&#234;me droite a envahi le champ politique, centr&#233; sur la figure de l'ind&#233;sirable. Prononcer l'expression &#8220;droits de l'homme&#8221; fait d&#233;sormais de vous la cible de critiques railleuses. Une forme de d&#233;l&#233;gitimation confinant &#224; la d&#233;mission, au nom d'un principe qui ne s'inscrit plus dans une &#8220;politique monde&#8221;. Or les conventions internationales d&#233;velopp&#233;es depuis l'apr&#232;s-guerre &#233;taient des &#233;difices b&#226;tis pour que le monde trouve des moyens de fonctionner sans s'entre-tuer. C'&#233;tait aussi bien humanitaire que diplomatique. Et voil&#224; que toutes ces conventions, allant des droits de l'enfant &#224; ceux des travailleurs migrants, sont syst&#233;matiquement remises en cause. Derri&#232;re cette critique et cette ironie envers les droits de l'homme, on en revient &#224; la position &#8220;&lt;i&gt;Not in my backyard&lt;/i&gt;&#8221;. C'est une question qui au fond d&#233;passe largement celle des migrants et concerne la politique au sens large. Car ce que proclame ce rejet de l'alt&#233;rit&#233;, c'est un message de repli absolu : &#8220;&lt;i&gt;Votre trajectoire ne m'int&#233;resse pas, je ne veux vivre qu'avec des gens qui me ressemblent.&lt;/i&gt;&#8221; Et c'est dans cette logique que l'espace interdit aux ind&#233;sirables ne cesse de s'&#233;tendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi une dimension symbolique de la fronti&#232;re, une th&#233;&#226;tralit&#233; s'exer&#231;ant aux d&#233;pens des personnes en exil...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a clairement une mise en sc&#232;ne des fronti&#232;res et de leurs environs. On peut d'ailleurs s'interroger sur les naufrages en M&#233;diterran&#233;e, se dire que chacun d'eux se d&#233;roule sur une forme de fronti&#232;re invisible, avec des &#201;tats qui mettent litt&#233;ralement en sc&#232;ne ce spectacle de la M&#233;diterran&#233;e o&#249; &lt;i&gt;on ne passe pas&lt;/i&gt;. Et on retrouve partout cette th&#233;&#226;tralit&#233; de la fronti&#232;re. Dans les canons &#224; son install&#233;s &#224; la fronti&#232;re hongroise. Dans les effets d'annonce concernant Calais et la relation avec la Grande-Bretagne, dont la France est le garde-fronti&#232;re depuis les accords du Touquet &lt;i&gt;[2003]&lt;/i&gt;. Ou dans la traque nocturne en motoneige des migrants et de leurs soutiens vers Montgen&#232;vre (Hautes-Alpes). C'est pour les autorit&#233;s une mani&#232;re de dire qu'elles font quelque chose. Mais c'est tout sauf une politique migratoire. Sachant qu'il y a une certitude, rab&#226;ch&#233;e par tous les sp&#233;cialistes : on n'emp&#234;chera pas les personnes de passer. Simplement : elles le feront plus dangereusement, au risque de leur vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; cette instrumentalisation et &#224; ses cons&#233;quences, il est difficile de rester optimiste. Quels sont les motifs d'espoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question pos&#233;e est celle-ci : est-ce qu'on va vers le pire ? Et je n'arrive pas &#224; trancher, car on peut l'appr&#233;hender &#224; diff&#233;rents niveaux. D'abord, le sujet est tr&#232;s largement politique et m&#233;diatique. &#192; l'heure actuelle, on parle en fait de tr&#232;s peu de gens, d&#233;mographiquement parlant. Si bien que cette omnipr&#233;sence du sujet s'inscrit dans une r&#233;flexion plus large. Dans quel monde veut-on vivre ? Un monde hospitalier ou referm&#233; sur lui-m&#234;me ? Ceux qu'on appelle les migrants font lourdement les frais d'une crise de la mondialisation et de l'individualisme, o&#249; les solidarit&#233;s au sens large sont pos&#233;es comme non essentielles, voire n&#233;fastes. Je pense m&#234;me que les &#201;tats-nations profitent de ce rejet de l'alt&#233;rit&#233; pour capitaliser sur les fronti&#232;res. Avec cette petite musique en arri&#232;re-fond : &#8220;&lt;i&gt;Si des gens meurent comme &#231;a, ou sont expuls&#233;s comme &#231;a, c'est bien qu'on est prot&#233;g&#233;s.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on se d&#233;centre de ce niveau politico-m&#233;diatique pour s'int&#233;resser au terrain, il se passe beaucoup de choses positives. Il y a des engagements citoyens, des associations qui font un travail monstre, des relations qui se nouent entre personnes exil&#233;es et habitants, des gens en lutte. D'autant qu'il y a tout un pan des migrations, moins m&#233;diatique, qui se fait dans l'ombre, via le rapprochement familial ou les sph&#232;res professionnelles. La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise n'a jamais arr&#234;t&#233; de se transformer et continue &#224; le faire. Et les agitations de l'extr&#234;me droite sur le &#8220;grand remplacement&#8221; sont au fond des causes perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc ces deux forces existent en m&#234;me temps, la soci&#233;t&#233; se transformant, mais oscillant entre inclusion et exclusion. C'est vrai qu'il y a clairement omnipr&#233;sence de cette force pr&#244;nant la privatisation d'un chez-soi. C'est l'une des options. Mais d'autres forces agissent dans l'autre sens. Le monde social ne correspond pas aux plateaux t&#233;l&#233; et aux sondages, qui repr&#233;sentent peu de la r&#233;alit&#233; sociale. Alors oui, les voix de droite et d'extr&#234;me droite ont l'air d'&#234;tre plus entendues, surtout avec le d&#233;labrement g&#233;n&#233;ral de la gauche, mais je ne le vois pas comme vraiment repr&#233;sentatif.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le monde social ne correspond pas aux plateaux t&#233;l&#233; et aux sondages, qui repr&#233;sentent peu de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; la d&#233;marche initiale du programme Babels et de la &#8220;Biblioth&#232;que des fronti&#232;res&#8221;, un constat s'est impos&#233; au fil de nos recherches : la condition migrante est quelque chose qui nous traverse, qu'on pourrait tous vivre &#8211; et donc qui nous concerne tous. Ce n'est pas une identit&#233; ou une cat&#233;gorie, mais une condition que chacun de nous peut &#234;tre amen&#233; &#224; partager. Sous sa forme la plus radicale et dramatique, c'est celle de ces migrants bloqu&#233;s aux fronti&#232;res, qui meurent en M&#233;diterran&#233;e ou dans la Manche. Mais c'est aussi la condition plus g&#233;n&#233;rale des gens &lt;i&gt;en mobilit&#233;&lt;/i&gt;. &#201;videmment, il y a des forces de fermeture, d'enfermement, qui combattent cette r&#233;alit&#233;. Mais elles ne vont pas forc&#233;ment l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Babels, on donne une place importante &#224; l'engagement citoyen, local, individuel comme collectif &#8211; en qu&#234;te de ce qui cherche l'hospitalier contre l'enfermement. Une mani&#232;re de ne pas sombrer dans le pessimisme. &#192; un niveau symbolique, je pense par exemple &#224; ces nombreuses personnes qui en Pologne, &#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re, affichent une lumi&#232;re verte pour dire que leur maison est pr&#234;te &#224; accueillir les personnes en exil de passage. Une fa&#231;on de dire : &#8220;&lt;i&gt;Vous ne serez pas trait&#233; en ennemi.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et celle de Stefan Le Courant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui regroupait une quarantaine de chercheurs et a &#339;uvr&#233; de 2015 &#224; 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces sept volumes seront regroup&#233;s dans un seul ouvrage qui para&#238;tra en poche chez Points en avril : &lt;i&gt;Babels, enqu&#234;te sur la condition migrante&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Citons notamment dans cette m&#234;me collection &lt;i&gt;Hospitalit&#233; en France &#8211; Mobilisations intimes et politiques &lt;/i&gt;(2019) et &lt;i&gt;Le Man&#232;ge des fronti&#232;res &#8211; Criminalisation des migrants et solidarit&#233; dans les Alpes-Maritimes&lt;/i&gt; (2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entre autres :&lt;i&gt; G&#233;rer les ind&#233;sirables &#8211; Des camps de r&#233;fugi&#233;s aux gouvernements humanitaires&lt;/i&gt; (Flammarion, 2008), &lt;i&gt;Un Monde de camps&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2014) et &lt;i&gt;L'&#201;tranger qui vient &#8211; Repenser l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt; (Le Seuil, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus ou moins : &#171; &lt;i&gt;N'importe o&#249;, mais pas chez moi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://forensic-architecture.org/investigation/the-killing-of-muhammad-gulzar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; The Killing of Muhammad Gulzar &#187;&lt;/a&gt;, &#224; lire sur le site de Forensic Architecture (08/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Et &#224; la fin, c'est la solidarit&#233; qui gagne (ou presque)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Et-a-la-fin-c-est-la-solidarite</link>
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		<dc:date>2021-11-12T21:52:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Pierre Isnard-Dupuy</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Montgen&#232;vre</dc:subject>
		<dc:subject>exil&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Solidaires</dc:subject>
		<dc:subject>Brian&#231;on</dc:subject>
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		<dc:subject>G&#233;n&#233;ration Identitaire</dc:subject>
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		<dc:subject>Terrasses solidaires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Condamn&#233;s en 2018 apr&#232;s une manifestation antifasciste et antifronti&#232;res, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; ont &#233;t&#233; relax&#233;s en appel. L'un d'eux &#233;cope tout de m&#234;me de quatre mois de prison avec sursis pour &#171; r&#233;bellion &#187;. Dans les Hautes-Alpes, l'accueil des exil&#233;s s'organise plus que jamais sans l'&#201;tat, voire malgr&#233; lui. Reportage. La pr&#233;sidente de la cour d'appel a prononc&#233; la relaxe et, &#224; la sortie du palais de justice de Grenoble, le 9 septembre dernier, Beno&#238;t Ducos en a eu les larmes aux yeux. &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Condamn&#233;s en 2018 apr&#232;s une manifestation antifasciste et antifronti&#232;res, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; ont &#233;t&#233; relax&#233;s en appel. L'un d'eux &#233;cope tout de m&#234;me de quatre mois de prison avec sursis pour &#171; r&#233;bellion &#187;. Dans les Hautes-Alpes, l'accueil des exil&#233;s s'organise plus que jamais sans l'&#201;tat, voire malgr&#233; lui. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4278 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1500clair_riviare_-_un_exilc_devant_les_terrasses_solidaires_-_brianaon_-_7_septembre_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1500clair_riviare_-_un_exilc_devant_les_terrasses_solidaires_-_brianaon_-_7_septembre_resultat-ad1a0.jpg?1779623810' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Devant les Terrasses solidaires, &#224; Brian&#231;on, septembre 2021.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;C. R.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;a pr&#233;sidente de la cour d'appel a prononc&#233; la relaxe et, &#224; la sortie du palais de justice de Grenoble, le 9 septembre dernier, Beno&#238;t Ducos en a eu les larmes aux yeux. &#171; &lt;i&gt;Quand m&#234;me, c'est inesp&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &#187;, soufflait ce menuisier haut-alpin de 52 ans, devenu habitu&#233; des maraudes de secours dans la neige depuis que des migrants risquent leur vie &#224; quelques kilom&#232;tres de chez lui pour traverser la fronti&#232;re entre l'Italie et la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 2018, Beno&#238;t et six autres militants solidaires, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;, avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; des peines de prison pour aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers en France &lt;i&gt;[voir la chronologie]&lt;/i&gt;. La justice leur reprochait d'avoir particip&#233;, le 22 avril 2018, &#224; une manifestation transfrontali&#232;re. Une marche revendicative pour d&#233;noncer la militarisation de la fronti&#232;re alpine, la traque continuelle des exil&#233;s (qui les pousse &#224; se mettre en danger en empruntant de plus discrets mais plus p&#233;rilleux sentiers) et, surtout, le d&#233;clenchement, la veille, d'une op&#233;ration antimigrants par le groupe d'extr&#234;me droite G&#233;n&#233;ration identitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fra&#238;chement condamn&#233;, Beno&#238;t avait eu ces jolis mots sur le perron du tribunal de Gap (Hautes-Alpes) le 13 d&#233;cembre 2018 : &#171; &lt;i&gt;L'enjeu, c'&#233;tait de savoir si la justice allait confirmer l'engagement de l'&#201;tat aupr&#232;s des identitaires et contre les personnes solidaires. L'&#201;tat et la justice ont fait le choix de la mort. Nous, on continuera d'&#234;tre l&#224; pour accueillir la vie qui vient.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des patrouilles &#224; VTT &#233;lectrique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vie est venue. Ces trois derni&#232;res ann&#233;es, des milliers d'exil&#233;s ont encore transit&#233; par le Brian&#231;onnais. Apr&#232;s une chute importante au plus fort de la crise Covid, le nombre de passages a atteint des sommets cet &#233;t&#233;. Lieu de premier accueil, le Refuge solidaire de Brian&#231;on n'avait compt&#233; que 13 arriv&#233;es en avril 2020, en plein c&#339;ur du premier confinement. En avril 2021, il en d&#233;nombrait 408. En juillet dernier : 803, record battu depuis l'ouverture en 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire si les maraudeurs solidaires s'inqui&#232;tent de l'hiver qui arrive. Car &#224; la fronti&#232;re, la traque polici&#232;re continue. Mardi 7 septembre, deux jours avant le prononc&#233; du jugement de la cour d'appel de Grenoble, la station de ski de Montgen&#232;vre paraissait comme alanguie. Les touristes estivaux partis, il n'y avait plus grand monde pour travailler son swing sur les pelouses du golf international, &#224; cheval entre la France et l'Italie. Des marmottes dodues en profitaient pour l&#233;zarder au soleil&#8230; tandis que les agents de la police aux fronti&#232;res continuaient de patrouiller &#224; VTT &#233;lectrique, &#224; la recherche de migrants rejoignant l'Hexagone par les bois et les pentes environnant le col de Montgen&#232;vre (1 850 m&#232;tres d'altitude). Besogne absurde : m&#234;me s'ils se font refouler en Italie, les exil&#233;s retentent leur chance. &#171; &lt;i&gt;Une fois, deux fois ou trois fois&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; ils finissent tous par r&#233;ussir &#224; passer&lt;/i&gt; &#187;, glisse une militante solidaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, Souleymane et ses compagnons de route ont ainsi &#233;chapp&#233; &#224; la vigilance des gardes-fronti&#232;re. Partis d'Italie en fin d'apr&#232;s-midi, ils ont march&#233; toute la nuit &#224; travers la montagne, n'atteignant Brian&#231;on que vers 4 heures du matin. Pour ces jeunes Guin&#233;ens, le passage en France s'est d&#233;roul&#233; sans encombre. &#171; &lt;i&gt;Dieu merci&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, sourit Souleymane avant de montrer une vilaine cicatrice sur sa jambe, vestige d'une br&#251;lure inflig&#233;e par &#171; &lt;i&gt;le chef d'une prison&lt;/i&gt; &#187; o&#249; il a &#233;t&#233; d&#233;tenu en Libye. Aujourd'hui, Souleymane peut souffler un peu. Assis sur un muret, il admire la vue panoramique qu'offre l'immense nouveau lieu d'h&#233;bergement d'urgence fond&#233; par les associations brian&#231;onnaises : les Terrasses solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un ancien sanatorium rachet&#233; pour h&#233;berger des exil&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ouvert le 25 ao&#251;t dernier, cet ancien sanatorium de 1 600 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; a remplac&#233; le Refuge solidaire, un b&#226;timent pr&#234;t&#233; par la communaut&#233; de communes du temps de l'ancien maire (divers gauche, ex-socialiste) et qui avait accueilli 17 000 personnes depuis son ouverture &#224; l'&#233;t&#233; 2017. Mais, d&#232;s que la mairie de Brian&#231;on est pass&#233;e &#224; droite en juin dernier, le nouvel &#233;dile (LR) a exig&#233; la fermeture de ce lieu, arguant de sa v&#233;tust&#233; et des d&#233;passements structurels de sa maigre jauge d'accueil. Les associations &#233;taient d'accord pour d&#233;m&#233;nager dans un espace plus grand et plus neuf, qui aurait permis un accueil plus digne, mais le maire, Arnaud Murgia, ne leur a propos&#233; aucune solution alternative, se contentant de renvoyer la patate chaude &#224; la pr&#233;fecture&#8230; laquelle refuse toujours de mettre en place une structure d'accueil d'urgence d&#233;di&#233;e aux exil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute de soutien des pouvoirs publics, les solidaires se sont d&#233;brouill&#233;s sans. Au mois de juin, gr&#226;ce &#224; l'appui de deux fondations (notamment Caritas) et &#224; des dons de particuliers, ils ont achet&#233; le b&#226;timent des Terrasses solidaires&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le lieu reste en recherche de financements, autant pour mener &#224; bien la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'id&#233;e ? Disposer d'un lieu d'accueil p&#233;renne ne d&#233;pendant pas de l'humeur changeante des autorit&#233;s. L'ambition ? &#171; &lt;i&gt;Ne pas en faire un endroit o&#249; on parque les exil&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, mais plut&#244;t rechercher &#171; &lt;i&gt;la mixit&#233;&lt;/i&gt; &#187; des publics, comme l'indique Jean Gaboriau, b&#233;n&#233;vole tr&#232;s investi dans l'accueil. En clair : &#224; terme, les Terrasses solidaires doivent devenir un &#171; tiers-lieu &#187; m&#233;langeant h&#233;bergement des migrants et autres activit&#233;s sociales, culturelles, &#233;conomiques et &#233;cologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour l'heure, il est difficile de d&#233;passer l'urgence humanitaire. Apr&#232;s r&#233;novation, trois des six &#233;tages ont donc &#233;t&#233; ouverts le 25 ao&#251;t, offrant une capacit&#233; d'accueil de 81 places, soit 46 de plus que l'ancien Refuge solidaire. Mais cette nouvelle jauge est d&#233;j&#224; largement d&#233;pass&#233;e, notamment parce que les exil&#233;s ont actuellement des difficult&#233;s &#224; poursuivre leur p&#233;riple au-del&#224; de Brian&#231;on, &#224; cause de la fermeture temporaire de la ligne de train de nuit pour Paris et de l'exigence du passe sanitaire dans la plupart des transports en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les b&#233;n&#233;voles et les trois salari&#233;s en charge de l'accueil, cette situation de surpopulation, propice aux tensions humaines, n'est pas &#233;vidente &#224; g&#233;rer. Elle n'a rien d'optimal non plus pour les personnes h&#233;berg&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; R&#233;bellion &#187; et violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le soulagement qu'a repr&#233;sent&#233; la relaxe des &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;, il y a une ombre au tableau. C'est la confirmation de la condamnation de l'un des sept, Mathieu, pour &#171; r&#233;bellion &#187;. &#192; l'audience d'appel, il avait encore contest&#233; cette accusation, expliquant au contraire avoir &#233;t&#233; victime de violences polici&#232;res, entorse cervicale &#224; la cl&#233;. Il a d&#233;pos&#233; plainte, une instruction est en cours. Son avocat, Vincent Brengarth, avait plaid&#233; &#171; &lt;i&gt;une r&#233;sistance totalement pacifique&lt;/i&gt; &#187; &#224; la tentative d'arrestation de Mathieu au soir de la manifestation. Il constate : &#171; &lt;i&gt;Quand vous &#234;tes citoyen victime de violences polici&#232;res, il y a comme une esp&#232;ce de cr&#233;dit de bonne foi qui p&#232;se du c&#244;t&#233; de la police et qu'il est presque impossible de retourner.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forc&#233;ment atteint par cette condamnation, Mathieu se r&#233;jouit cependant de la relaxe concernant le d&#233;lit d'aide &#224; l'entr&#233;e, y voyant un &#171; &lt;i&gt;bon signe pour le collectif, pour le Brian&#231;onnais&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je pense que &#231;a va rassurer pas mal de maraudeurs, de solidaires qui sont actifs &#224; la fronti&#232;re&lt;/i&gt; &#187; pour porter assistance aux exil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Qu'une cour d'appel reconnaisse qu'&#234;tre solidaire avec les &#233;trangers ne fait pas de vous un d&#233;linquant, &#231;a fait du bien&lt;/i&gt;, confirme Agn&#232;s Antoine, de l'association brian&#231;onnaise Tous Migrants. &lt;i&gt;Apr&#232;s, toute cette histoire nous laisse un go&#251;t amer. &#199;a a &#233;t&#233; trois ann&#233;es assez difficiles, o&#249; on a d&#251; d&#233;penser beau&lt;/i&gt; &lt;i&gt;coup d'argent pour payer les avocats, mais aussi beaucoup d'&#233;nergie dans ces proc&#233;dures. On aurait pr&#233;f&#233;r&#233; utiliser cette &#233;nergie et cet argent pour accompagner les exil&#233;s&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar des autres solidaires pr&#233;sents &#224; Grenoble, la militante des droits humains consid&#232;re surtout que ces poursuites n'auraient jamais d&#251; avoir lieu : &#171; &lt;i&gt;Les seules &#8220;preuves&#8221; qu'avait le procureur, c'&#233;tait que dans la manifestation il y avait des personnes de couleur noire&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; puisqu'elles &#233;taient de couleur noire, c'&#233;tait donc forc&#233;ment des clandestins&#8230; Alors m&#234;me que certains avaient des papiers et que la plupart &#233;taient des demandeurs d'asile&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Or un demandeur d'asile, juridiquement, n'est jamais en situation irr&#233;guli&#232;re. Et pourtant tous les jours, aux fronti&#232;res, des personnes se font refouler par la police, dont beaucoup d'Afghans qui sont, malheureusement avec ce qui se passe en Afghanistan, compl&#232;tement l&#233;gitimes &#224; demander l'asile en France.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Clair Rivi&#232;re &amp; Pierre Isnard-Dupuy&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une relaxe faute de preuves&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier la relaxe des &#171; 7 &#187;, la cour d'appel de Grenoble a notamment expliqu&#233; qu'elle n'avait pas trouv&#233; dans le dossier les preuves n&#233;cessaires pour condamner. &#171; &lt;i&gt;Au vu des vid&#233;os et photographies prises lors de &lt;/i&gt;[la manifestation du 22 avril]&lt;i&gt;, il appara&#238;t que tr&#232;s probablement des personnes en situation de migration ont &#233;galement particip&#233; &#224; cette marche&lt;/i&gt;, &#233;crivent les magistrats dans leur jugement. &lt;i&gt;Toutefois, aucun contr&#244;le n'a &#233;t&#233; effectu&#233; sur place et, &lt;/i&gt;a posteriori&lt;i&gt;, il n'a &#233;t&#233; &#233;tabli l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re sur le territoire national que d'une seule personne : M. C., guin&#233;en, d&#233;pourvu de papiers. &lt;/i&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, s'il est certain que les sept pr&#233;venus ont bien particip&#233; &#224; cette marche, &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; il n'est pas d&#233;montr&#233; que cette marche ait &#233;t&#233; organis&#233;e avec l'intention d'aider des &#233;trangers &#224; entrer irr&#233;guli&#232;rement en France, cette&lt;/i&gt; [manifestation]&lt;i&gt; constituant &#224; l'&#233;vidence une r&#233;action &#224; la pr&#233;sence de &#8220;G&#233;n&#233;ration identitaire&#8221; sur les lieux. De surcro&#238;t, seule une entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence ce jour-l&#224;, sans qu'il soit &#233;tabli que les pr&#233;venus aient eu le moindre contact avec l'&#233;tranger concern&#233; et donc aient eu connaissance de sa situation sur le plan administratif.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;absence de la r&#233;union des &#233;l&#233;ments constitutifs de l'infraction, les pr&#233;venus sont renvoy&#233;s &#224; des fins de poursuites.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Chronologie parcellaire d'une fronti&#232;re meurtri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;2018&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 21 avril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ration identitaire d&#233;bute une spectaculaire action antimigrants au col de l'&#201;chelle (Hautes-Alpes), avec 4x4 rutilants et h&#233;licopt&#232;res. Les activistes d'extr&#234;me droite disent vouloir bloquer le passage des exil&#233;s en provenance d'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 22 avril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants solidaires r&#233;pliquent par une marche transfrontali&#232;re. Parties de Claviere (Italie), quelque 120 personnes, accompagn&#233;es d'une trentaine d'exil&#233;s, rejoignent Brian&#231;on par le col de Montgen&#232;vre. Le soir m&#234;me, le ministre de l'Int&#233;rieur G&#233;rard Collomb annonce l'envoi de renforts pour contr&#244;ler davantage la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 24 avril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233;s apr&#232;s la marche, trois solidaires sont plac&#233;s en d&#233;tention provisoire. Parmi eux, deux Suisses (Theo et Bastien) et une Italienne (Eleonora). Neuf jours plus tard, ils seront lib&#233;r&#233;s, mais plac&#233;s sous contr&#244;le judiciaire : interdiction de s'exprimer sur les r&#233;seaux sociaux et obligation de demeurer dans un d&#233;partement fran&#231;ais, avec pointage r&#233;gulier &#224; la gendarmerie. Pendant ce temps-l&#224;, les identitaires poursuivent leurs actions antimigrants (traque, intimidation, mise en danger&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 9 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps de Blessing Matthew, une jeune exil&#233;e nig&#233;riane, est rep&#234;ch&#233; dans la Durance. La derni&#232;re fois qu'elle avait &#233;t&#233; vue, deux jours plus t&#244;t, elle fuyait des gendarmes non loin de la rivi&#232;re, juste apr&#232;s avoir travers&#233; la fronti&#232;re au niveau du col de Montgen&#232;vre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 18 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre corps sans vie est retrouv&#233; par des promeneurs, dans un bois au pied du col de Montgen&#232;vre, c&#244;t&#233; fran&#231;ais. Il sera enterr&#233; au cimeti&#232;re du hameau des Alberts sous le nom d'Alpha Diallo. Un an plus tard, le procureur de Gap expliquera qu'il s'agissait en fait d'un Guin&#233;en nomm&#233; Mamadi Conde. Ressortissant s&#233;n&#233;galais, Alpha Diallo aurait quant &#224; lui disparu sans que son corps soit retrouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 25 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse transalpine annonce qu'&#224; la faveur de la fonte des neiges, une troisi&#232;me d&#233;pouille a &#233;t&#233; d&#233;couverte par un randonneur, cette fois-ci c&#244;t&#233; italien. Elle &#233;tait l&#224; depuis des semaines, voire des mois. Les enqu&#234;teurs finiront par l'identifier : Mohamed Fofana, un Guin&#233;en de 28 ans, avait &#233;t&#233; refoul&#233; en Italie par les forces de l'ordre fran&#231;aises le 26 janvier. Aux yeux des l&#233;gistes, il est possible qu'il soit mort d'hypothermie ce jour-l&#224;, en retentant la travers&#233;e de la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 31 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accus&#233;s d'avoir aid&#233; des &#233;trangers &#224; entrer irr&#233;guli&#232;rement sur le territoire fran&#231;ais, les &#171; 3 de Brian&#231;on &#187; comparaissent &#224; Gap. Leur proc&#232;s est finalement renvoy&#233; &#224; l'automne, dans l'attente d'une d&#233;cision du Conseil constitutionnel relative au &#171; d&#233;lit de solidarit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 6 juillet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de la &#171; fraternit&#233; &#187; proclam&#233;e par la devise r&#233;publicaine, le Conseil constitutionnel d&#233;cide que l'aide au s&#233;jour et &#224; la circulation d'&#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re ne sont plus punissables (si elles sont effectu&#233;es pour des motifs humanitaires). Mais cette fraternit&#233; s'arr&#234;te &#224; la fronti&#232;re : l'aide &#224; l'entr&#233;e sur le territoire fran&#231;ais reste fermement prohib&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; Mi-juillet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre Brian&#231;onnais ayant particip&#233; &#224; la marche du 22 avril sont plac&#233;s en garde &#224; vue : Lisa, Jean-Luc, Mathieu et Beno&#238;t. Ils sont renvoy&#233;s devant le tribunal pour y &#234;tre jug&#233;s en compagnie de Theo, Bastien et Eleonora. Les &#171; 3 &#187; deviennent les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 8 &amp; 9 novembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; 7 &#187; sont jug&#233;s &#224; Gap. L'audience dure dix-sept heures, ne s'achevant qu'&#224; 1 h 30 du matin. Le docteur Max Duez t&#233;moigne, rappelant les dangers affront&#233;s par les exil&#233;s traversant la montagne : &#171; &lt;i&gt;En tant que chirurgien, j'ai sauv&#233; des tas de doigts gel&#233;s. Mais si aucun migrant n'a &#233;t&#233; amput&#233; l'hiver dernier, c'est gr&#226;ce aux maraudeurs. Sans eux, il y aurait eu bien plus de trois morts. Ceux qui sont accus&#233;s aujourd'hui sont les m&#234;mes qui ont sauv&#233; des vies.&lt;/i&gt; &#187; Le procureur requiert des peines de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 13 d&#233;cembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; 7 &#187; sont condamn&#233;s pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re &#187; d'&#233;trangers sur le territoire fran&#231;ais. Le tribunal prononce les peines que le procureur avait requises. Pour Theo, Bastien, Eleonora, Lisa et Beno&#238;t : six mois de prison avec sursis. Pour Mathieu et Jean-Luc, dont le casier judiciaire n'&#233;tait pas vierge, et qui &#233;taient &#233;galement poursuivis respectivement pour &#171; r&#233;bellion &#187; et &#171; attroupement &#187; : douze mois dont quatre ferme. Tous feront appel.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;2019&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 7 f&#233;vrier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tamimou Derman, un Togolais de 28 ans en &#233;tat d'hypothermie, est secouru par un camionneur italien au bord de la route qui relie le col de Montgen&#232;vre &#224; Brian&#231;on. Les pompiers l'&#233;vacuent &#224; l'h&#244;pital, o&#249; sa mort est constat&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 11 juillet&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois militants de G&#233;n&#233;ration identitaire (Romain Espino, Cl&#233;ment Gandelin alias Cl&#233;ment Galant et Damien Lef&#232;vre alias Damien Rieu, ex-attach&#233; parlementaire de Gilbert Collard) sont jug&#233;s du chef d' &#187; activit&#233;s exerc&#233;es dans des conditions de nature &#224; cr&#233;er dans l'esprit du public une confusion avec l'exercice d'une fonction publique &#187;. La justice leur reproche de s'&#234;tre fait passer pour des flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 29 ao&#251;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois activistes (dont le casier judiciaire n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus vierge), sont condamn&#233;s &#224; six mois de prison ferme. L'association G&#233;n&#233;ration identitaire &#233;cope de 75 000 &#8364; d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 7 septembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau corps sans vie est retrouv&#233; dans un torrent &#224; Bardonecchia, c&#244;t&#233; italien. La d&#233;pouille &#233;tant rest&#233;e longtemps dans l'eau, l'identification sera difficile. Six mois apr&#232;s la d&#233;couverte, les enqu&#234;teurs expliqueront qu'il s'agissait de Mohamed Ali Bouhamdi, un Tunisien de 37 ans qui avait tent&#233; de rejoindre la France par le col du Fr&#233;jus (qui communique avec la Savoie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 19 d&#233;cembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En appel, &#224; Grenoble, les identitaires sont relax&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;2021&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 27 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Gap, deux maraudeurs sont condamn&#233;s &#224; deux mois de prison avec sursis pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re &#187; (ils avaient port&#233; assistance &#224; une famille afghane &#224; la fronti&#232;re, la prenant en charge c&#244;t&#233; fran&#231;ais selon eux, c&#244;t&#233; italien selon des gendarmes mobiles). &#192; Grenoble, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; sont jug&#233;s en appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 22 juin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exil&#233; soudanais est port&#233; disparu c&#244;t&#233; fran&#231;ais dans le secteur du col de Montgen&#232;vre. Nul ne sait s'il a subi un accident ou s'il a continu&#233; sa route au-del&#224; de Brian&#231;on, sain et sauf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 9 septembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; 7 &#187; sont relax&#233;s du chef d' &#187; aide &#224; l'entr&#233;e &#187; sur le territoire. Jean-Luc est &#233;galement innocent&#233; du d&#233;lit d' &#187; attroupement &#187;. Mais Mathieu est condamn&#233; &#224; quatre mois de prison avec sursis pour &#171; r&#233;bellion &#187;. Lui parle plut&#244;t de violences polici&#232;res lui ayant caus&#233; une entorse cervicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#9679; 15 septembre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emilio Scalzo, 66 ans, figure de la lutte No TAV (contre le projet de ligne TGV Lyon-Turin), est arr&#234;t&#233; par la police italienne, en vertu d'un mandat europ&#233;en &#233;mis par la France. Il est accus&#233; d'avoir bless&#233; un gendarme fran&#231;ais le 15 mai dernier lors d'une manifestation transfrontali&#232;re &#224; Montgen&#232;vre. &#192; l'heure o&#249; nous mettons sous presse, la justice transalpine n'a pas encore statu&#233; sur l'&#233;ventuelle extradition du militant vers l'Hexagone.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le lieu reste en recherche de financements, autant pour mener &#224; bien la r&#233;novation du b&#226;timent que pour assumer les charges du quotidien. On peut faire un don sur sa page HelloAsso. &#192; noter que le squat brian&#231;onnais Chez Marcel, qui accueille &#233;galement des personnes exil&#233;es, a lui aussi lanc&#233; une campagne de financement participatif, dans l'id&#233;e de faire des travaux en pr&#233;vision de l'hiver. &#199;a se passe sur la plateforme Cotizup.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proc&#232;s de maraudeurs solidaires &#224; Gap : &#171; Vous n'avez aucune esp&#232;ce de preuve &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Proces-de-maraudeurs-solidaires-a</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Proces-de-maraudeurs-solidaires-a</guid>
		<dc:date>2021-05-27T12:31:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Juliette Iturralde</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>famille</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>famille afghane</dc:subject>
		<dc:subject>maraudeurs</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re franco-italienne</dc:subject>
		<dc:subject>gendarmes</dc:subject>
		<dc:subject>maraudeurs b&#233;n&#233;voles</dc:subject>
		<dc:subject>c&#244;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce 27 mai, le tribunal de Gap a condamn&#233; deux maraudeurs solidaires &#224; deux mois de prison avec sursis, selon une information du Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. Mise &#224; jour du 27 mai : d'apr&#232;s le Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;, les deux maraudeurs viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 2 mois de prison avec sursis. Nous republions ici notre compte-rendu de l'audience du 22 avril. *** Jeudi 22 avril au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde" rel="tag"&gt;Juliette Iturralde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille-afghane" rel="tag"&gt;famille afghane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maraudeurs" rel="tag"&gt;maraudeurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere-franco-italienne" rel="tag"&gt;fronti&#232;re franco-italienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gendarmes" rel="tag"&gt;gendarmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maraudeurs-benevoles" rel="tag"&gt;maraudeurs b&#233;n&#233;voles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cote" rel="tag"&gt;c&#244;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce 27 mai, le tribunal de Gap a condamn&#233; deux maraudeurs solidaires &#224; deux mois de prison avec sursis, selon une information du &lt;i&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/-747-2cc7f.jpg?1779602752' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Mise &#224; jour du 27 mai&lt;/strong&gt; : d'apr&#232;s le &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledauphine.com/faits-divers-justice/2021/05/27/deux-maraudeurs-condamnes-a-deux-mois-de-sursis-par-le-tribunal-de-gap&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, les deux maraudeurs viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 2 mois de prison avec sursis. Nous republions ici notre compte-rendu de l'audience du 22 avril.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 22 avril au tribunal de Gap, le procureur a requis deux mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de s&#233;jour dans les Hautes-Alpes &#224; l'encontre de deux maraudeurs b&#233;n&#233;voles. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. L'accusation ne dispose d'aucune preuve, hormis les d&#233;clarations de gendarmes bas&#233;s en Bretagne qui pr&#233;tendent avoir vu les maraudeurs franchir la fronti&#232;re, pourtant difficilement rep&#233;rable par des yeux non initi&#233;s parce que mat&#233;rialis&#233;e par rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 novembre 2020, Antoine et Timoth&#233;e&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;noms modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#233;taient en maraude &#224; la fronti&#232;re franco-italienne, non loin du col de Montgen&#232;vre (Hautes-Alpes). Investis de longue date dans le soutien aux exil&#233;s qui rejoignent la France par les p&#233;rilleuses cimes alpines, les deux b&#233;n&#233;voles portaient assistance ce jour-l&#224; &#224; une famille afghane : un p&#232;re, une m&#232;re enceinte de plus de huit mois et leurs deux enfants. Ce geste d'humanit&#233; leur a valu une garde &#224; vue, puis une comparution devant le tribunal de Gap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 22 avril donc, une question agite particuli&#232;rement les magistrats : de quel c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re les maraudeurs b&#233;n&#233;voles ont-ils pris en charge la famille afghane ? Si c'est c&#244;t&#233; italien, les deux pr&#233;venus risquent cinq ans de prison pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e &#187; irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers sur le territoire fran&#231;ais. Si c'est c&#244;t&#233; fran&#231;ais, ils ne risquent rien, puisque leur soutien ayant &#233;t&#233; apport&#233; &#224; titre gratuit, ils peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une sorte &#171; d'immunit&#233; humanitaire &#187; applicable &#224; &#171; l'aide au s&#233;jour &#187; et &#224; &#171; l'aide &#224; la circulation &#187; d'&#233;trangers sans-papiers&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci &#187;, CQFD n&#176;168 (septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; carte IGPN &#187; pour localiser la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : dans cette zone-l&#224;, il est tr&#232;s difficile de localiser la fronti&#232;re avec pr&#233;cision. Elle n'est mat&#233;rialis&#233;e ni par une quelconque cl&#244;ture, ni par un sentier, ni par une rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, les versions divergent. Trois gendarmes mobiles pr&#233;tendent avoir vu la famille franchir la fronti&#232;re avec les maraudeurs. Ces derniers r&#233;torquent que &#171; &lt;i&gt;c'est impossible&lt;/i&gt; &#187;. Antoine : &#171; &lt;i&gt;On est &#233;quip&#233;s de cartes IGN pr&#233;cises sur toute la zone de Montgen&#232;vre.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;On sait qu'il y a une r&#233;pression tr&#232;s particuli&#232;re sur les personnes solidaires, on fait attention &#224; ne pas donner de pr&#233;texte&lt;/i&gt; [&#224; une arrestation] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par visioconf&#233;rence, un des gendarmes r&#233;it&#232;re ses accusations : &#171; &lt;i&gt; Je les ai vus franchir la fronti&#232;re dans le vallon au-dessus de la PAF&lt;/i&gt; [Police aux fronti&#232;res] &#187;. Mais en dehors de cette assertion lapidaire, le militaire ne livre aucun d&#233;tail topographique permettant de localiser le point pr&#233;cis o&#249; la fronti&#232;re aurait &#233;t&#233; franchie par les maraudeurs. D'ailleurs, remarque M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Vincent Brengarth, l'avocat de la d&#233;fense, aucune carte, aucun plan, aucun sch&#233;ma ne figure au dossier. Interrog&#233; sur ce point, le gendarme r&#233;pond &#224; c&#244;t&#233;, et par un joli lapsus : &#171; &lt;i&gt;On a une carte IGPN &lt;/i&gt; [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;dans le v&#233;hicule. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dossier, on ne retrouve aucune photo non plus. Pourquoi n'avoir pas pris un clich&#233; de la sc&#232;ne, ne serait-ce qu'avec un t&#233;l&#233;phone ? &#171; &lt;i&gt;Parce que&lt;/i&gt; [c'&#233;tait] &lt;i&gt;mon t&#233;l&#233;phone personnel&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond le gendarme mobile, appartenant &#224; un escadron bas&#233; &#224; Pontivy (Morbihan). Ce n'&#233;tait que sa deuxi&#232;me mission &#224; la fronti&#232;re haute-alpine. En guise de formation, il n'avait eu droit qu'&#224; &#171; &lt;i&gt;deux jours de tuilage&lt;/i&gt; &#187; avec les effectifs locaux. Un peu court, estime la d&#233;fense, pour &#234;tre si s&#251;r de soi quant &#224; la localisation de la fronti&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; 520 personnes &#187; secourues depuis septembre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux autres t&#233;moins sont appel&#233;s &#224; la barre. D'abord, un docteur de M&#233;decins du Monde, qui rappelle les dangers qui guettent les exil&#233;s traversant la fronti&#232;re : &#171; &lt;i&gt; Il y a parfois des gelures malheureusement, il y a un Monsieur en ce moment &#224; l'h&#244;pital de Brian&#231;on qui va &#234;tre amput&#233;. &lt;/i&gt; &#187; &#201;voquant la derni&#232;re personne migrante morte en date (d&#233;but 2019 par hypothermie), il explique que depuis un peu plus d'un an, les b&#233;n&#233;voles voient arriver de plus en plus de familles : depuis septembre, &#171; &lt;i&gt;520 personnes&lt;/i&gt; &#187; ont &#233;t&#233; secourues par l'unit&#233; mobile mont&#233;e par M&#233;decins du Monde et l'association locale Tous Migrants, dont une centaine d'enfants et un nombre non n&#233;gligeable de femmes enceintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moigne ensuite une b&#233;n&#233;vole de Tous Migrants, qui &#233;tait pr&#233;sente &#224; la fronti&#232;re le 19 novembre et raconte qu'il y avait ce jour-l&#224; plus d'effectifs policiers qu'&#224; l'accoutum&#233;e. Elle d&#233;crit les pr&#233;venus comme des maraudeurs exp&#233;riment&#233;s et explique en substance qu'ils auraient &#233;t&#233; vraiment d&#233;biles de franchir la fronti&#232;re avec des exil&#233;s en plein jour alors que la surveillance &#233;tait si forte. De plus, elle rappelle que chez Tous Migrants, il y a une r&#232;gle de base : ce franchissement de la fronti&#232;re est &#171; &lt;i&gt;une ligne rouge&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question topographie, la b&#233;n&#233;vole solidaire est incomparablement plus pr&#233;cise que le gendarme : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re, dans ce vallon, elle est dix m&#232;tres au-dessus des derni&#232;res maisons&lt;/i&gt; &#187; du village de Clavi&#232;res, en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Est-ce que c'est grave ? &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le procureur commence son r&#233;quisitoire en parlant de &#171; &lt;i&gt; la crise migratoire qui a impact&#233; le territoire des Hautes-Alpes &lt;/i&gt; &#187; et encombre son agenda judiciaire : &#171; &lt;i&gt;Les passeurs repr&#233;sentent la moiti&#233; des d&#233;tenus de la maison d'arr&#234;t de Gap : 13 sur 26. &lt;/i&gt; &#187; Ces passeurs, poursuit-il, exploitent la mis&#232;re des migrants en se faisant r&#233;tribuer. Mais &#171; &lt;i&gt;on doit reconna&#238;tre que les pr&#233;venus de ce jour ne sont pas des passeurs classiques &lt;/i&gt; &#187; et qu'ils ont agi par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le parquetier rappelle au tribunal qu'il doit juste juger s'il y a eu ou non aide au franchissement de la fronti&#232;re, quels qu'en soient les motifs. L'assistance aux &#233;trangers (sans-papiers) &#171; &lt;i&gt; est l&#233;gale d&#232;s lors qu'elle est r&#233;alis&#233;e en France et pour des motifs humanitaires&lt;/i&gt; &#187; (et, ajoute-t-il, il est autoris&#233; de s'affranchir du couvre-feu pour &#231;a &#8211; les nombreux membres de Tous Migrants verbalis&#233;s cet hiver en maraude appr&#233;cieront la nouvelle). Mais &#171; &lt;i&gt;il est interdit de faire rentrer un &#233;tranger en France quels qu'en soient les motifs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; ses yeux, &#171; &lt;i&gt;la proc&#233;dure ne&lt;/i&gt; [laisse pas la place au] &lt;i&gt;moindre doute&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt; Les proc&#232;s-verbaux des gendarmes font foi jusqu'&#224; preuve du contraire.&lt;/i&gt; &#187; Pour lui, l'infraction est donc clairement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est grave ?&lt;/i&gt; &#187; Il se r&#233;pond tout seul : &#171; &lt;i&gt;Je consid&#232;re qu'on aurait pu &#233;viter cette audience&lt;/i&gt; &#187;, mais il aurait fallu que les pr&#233;venus reconnaissent les faits et fassent &#171; &lt;i&gt;amende honorable&lt;/i&gt; &#187; pour qu'on leur propose &#171; &lt;i&gt;une mesure alternative aux poursuites &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grave ou non, le procureur requiert tout de m&#234;me deux mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de s&#233;jour dans le d&#233;partement des Hautes-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rendez-vous le 27 mai&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Brengarth d&#233;veloppe une strat&#233;gie &#224; plusieurs &#233;tages. D'abord, il remet en cause le bien-fond&#233; de la loi p&#233;nalisant l'aide &#224; l'entr&#233;e sur le territoire quand elle est d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Selon lui, ce texte est &#171; &lt;i&gt;archa&#239;que&lt;/i&gt; &#187; et contrevient &#224; une directive europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le procureur n'est pas d'accord avec l'avocat sur ce point.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Puis au d&#233;tour d'un raisonnement juridique complexe remettant en cause la l&#233;galit&#233; de la garde &#224; vue qu'ont subi ses clients, il rappelle que la famille afghane avait le droit de d&#233;poser l'asile &#224; la fronti&#232;re &#8211; ce dont il n'est aucunement fait mention dans la proc&#233;dure, o&#249; l'on apprend au contraire que les exil&#233;s ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s en Italie, d'o&#249; ils ont fini par r&#233;ussir &#224; passer en France quelques jours plus tard...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'avocat conteste tout bonnement la r&#233;alit&#233; des faits reproch&#233;s, &#224; savoir le franchissement de cette foutue fronti&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez aucune esp&#232;ce de preuve mat&#233;rielle&lt;/i&gt; &#187;, ass&#232;ne-t-il aux magistrats, rappelant qu'au cours de la proc&#233;dure, &#171; &lt;i&gt;aucune pr&#233;cision g&#233;ographique n'a &#233;t&#233; demand&#233;e &lt;/i&gt; &#187; aux gendarmes qui ont proc&#233;d&#233; &#224; l'interpellation. Il demande donc la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement sera rendu le jeudi 27 mai &#224; 13 h 30, une demi-heure avant le d&#233;but, &#224; Grenoble, de l'audience d'appel d'une affaire ressemblante et embl&#233;matique : celle des &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-tribunal-a-choisi-la-mort-pour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 de Brian&#231;on&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;noms modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-delit-de-solidarite-se-porte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le procureur n'est pas d'accord avec l'avocat sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les fronti&#232;res contre-attaquent</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-frontieres-contre-attaquent</link>
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		<dc:date>2021-03-19T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>fronti&#232;res</dc:subject>
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		<dc:subject>d'Aran</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au pr&#233;texte de la &#171; menace terroriste &#187; et de &#171; l'immigration clandestine &#187;, le gouvernement a ferm&#233; plusieurs points de passage entre la France et l'Espagne. Alors que l'extr&#234;me droite joue la surench&#232;re, des habitants protestent. La vision est improbable : &#224; quelques kilom&#232;tres de la M&#233;diterran&#233;e, des blocs de b&#233;ton arm&#233; barrent totalement la route qui m&#232;ne au col de Banyuls et ses 357 m&#232;tres d'altitude. Une fermeture embl&#233;matique, car c'est par l&#224; qu'avaient fui des milliers de r&#233;fugi&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vallee" rel="tag"&gt;vall&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Val-d-Aran" rel="tag"&gt;Val d'Aran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontieres" rel="tag"&gt;fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Val" rel="tag"&gt;Val&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/col" rel="tag"&gt;col&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Aran" rel="tag"&gt;d'Aran&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au pr&#233;texte de la &#171; menace terroriste &#187; et de &#171; l'immigration clandestine &#187;, le gouvernement a ferm&#233; plusieurs points de passage entre la France et l'Espagne. Alors que l'extr&#234;me droite joue la surench&#232;re, des habitants protestent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3595 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/-1738-91c36.jpg?1779635210' width='500' height='709' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vision est improbable : &#224; quelques kilom&#232;tres de la M&#233;diterran&#233;e, des blocs de b&#233;ton arm&#233; barrent totalement la route qui m&#232;ne au col de Banyuls et ses 357 m&#232;tres d'altitude. Une fermeture embl&#233;matique, car c'est par l&#224; qu'avaient fui des milliers de r&#233;fugi&#233;s espagnols et catalans lors de la Retirada, en 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toute la cha&#238;ne pyr&#233;n&#233;enne, plusieurs axes secondaires et chemins de montagne sont boucl&#233;s depuis le 11 janvier &#8211; et ce, &#171; &lt;i&gt;jusqu'&#224; nouvel ordre&lt;/i&gt; &#187;. La mesure, cens&#233;e lutter contre la &#171; &lt;i&gt;menace terroriste&lt;/i&gt; &#187;, les &#171; &lt;i&gt;trafics&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;l'immigration clandestine&lt;/i&gt; &#187;, avait &#233;t&#233; annonc&#233;e en novembre par Emmanuel Macron, &#224; l'occasion d'une visite surprise au Perthus (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe que les flux migratoires en direction de l'Union europ&#233;enne soient &#224; leur plus bas niveau depuis le d&#233;but de la &#171; &lt;i&gt;crise des r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; &#187; d&#233;clench&#233;e par la guerre en Syrie en 2011 : conforme &#224; la maxime jupit&#233;rienne &#171; &lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt; &#187;, l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pas l&#233;sin&#233; sur les moyens, cultivant l'illusion d'une ma&#238;trise absolue de son territoire. &#192; Cerb&#232;re et au Perthus, o&#249; la fronti&#232;re reste ouverte mais sous conditions et haute surveillance, on ne compte plus les renforts : une compagnie de CRS, un escadron de gendarmes mobiles, des unit&#233;s de la police aux fronti&#232;res (PAF) et m&#234;me des militaires de l'op&#233;ration Sentinelle... La PAF, omnipr&#233;sente &#224; la gare ferroviaire de Cerb&#232;re pour scruter les trains en provenance de Barcelone, dispose m&#234;me d'un avion qui survole le massif pyr&#233;n&#233;en trois &#224; quatre fois par semaine&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; la fronti&#232;re entre la France et l'Espagne, points de passage ferm&#233;s et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. J&#249;lia, militante catalaniste rencontr&#233;e dans cette m&#234;me gare, analyse ce tour de vis s&#233;curitaire &#224; la lumi&#232;re d'un plus large contexte : &#171; &lt;i&gt;La fermeture des fronti&#232;res est &#224; relier avec l'&#233;tat d'urgence permanent, avec l'absence totale de contre-pouvoir face &#224; un ex&#233;cutif extr&#234;mement centralis&#233; et qui a toute-puissance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La fronti&#232;re fantasm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En verrouillant les fronti&#232;res &#8211; et les fermetures justifi&#233;es par la crise sanitaire participent du m&#234;me processus&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fin janvier, le Premier ministre Jean Castex a annonc&#233; l'interdiction, sauf (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; le gouvernement normalise les th&#232;ses de l'extr&#234;me droite, notamment celles de G&#233;n&#233;ration identitaire qui a fait de la d&#233;marcation un enjeu de propagande r&#233;current, que ce soit dans les Hautes-Alpes en avril 2018 ou, plus r&#233;cemment, dans les Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 janvier, le groupe a ainsi lanc&#233; une op&#233;ration &#171; anti-migrants &#187; au col du Portillon (Haute-Garonne), porte d'entr&#233;e du Val d'Aran, en Espagne. Un choix absurde : du fait de son isolement g&#233;ographique, cette vall&#233;e des Pyr&#233;n&#233;es centrales n'a jamais &#233;t&#233; un lieu de passage de migrants ou de r&#233;fugi&#233;s. Pour les identitaires, ce bout de fronti&#232;re avait peut-&#234;tre l'avantage d'&#234;tre parmi les plus proches de Toulouse en voiture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, la r&#233;alit&#233; est que la limite &#233;tatique importe peu aux habitants. Bien que situ&#233; en Espagne, le val d'Aran est une vall&#233;e qui regarde la France. C'est d'ailleurs ici, hors de l'Hexagone, que la Garonne prend sa source. Les Aranais, quasiment tous trilingues (fran&#231;ais, espagnol et aranais), descendent r&#233;guli&#232;rement la vall&#233;e form&#233;e par le fleuve pour se faire soigner c&#244;t&#233; fran&#231;ais, parfois m&#234;me jusqu'au CHU de Toulouse, ou pour remplir leur caddie &#224; l'immense et affreux centre commercial d'Estancarbon. Dans le val d'Aran, la fronti&#232;re n'a rien de naturel : si la population aranaise (environ 10 000 personnes) est administr&#233;e depuis Madrid, c'est simplement parce qu'au terme de dizaines de guerres et de hasardeux mariages princiers, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; soumise tant&#244;t &#224; l'autorit&#233; des seigneurs catalans, tant&#244;t &#224; celle des monarques fran&#231;ais et aragonais, elle a fini par tomber dans l'escarcelle de la couronne d'Espagne. Le val d'Aran ? Un cas d'&#233;cole pour les nombreux universitaires qui ont mis en &#233;vidence que la fronti&#232;re, en tant que trait plein sur une carte, n'est qu'une repr&#233;sentation visuelle partiale d'une r&#233;alit&#233; complexe et vari&#233;e.&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'ailleurs, les obsessions de l'extr&#234;me droite &#171; fronti&#232;rol&#226;tre &#187; incarnent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;
Mais revenons aux identitaires du col du Portillon, pour signaler que les gendarmes eux-m&#234;mes les ont d&#233;crits comme peu pr&#233;par&#233;s et sous-&#233;quip&#233;s, avec &#171; &lt;i&gt;des petites baskets&lt;/i&gt; &#187; dans la neige, frigorifi&#233;s et oblig&#233;s de r&#233;duire leur &#171; &lt;i&gt;contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187; de la fronti&#232;re &#224; une pauvre op&#233;ration de communication furtive, termin&#233;e quelques heures seulement apr&#232;s avoir d&#233;marr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des Basques &#224; nouveau s&#233;par&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques centaines de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, au Pays basque, une quinzaine de points de passage sont aussi ferm&#233;s &#224; la circulation depuis la mi-janvier, &#224; l'exception des poids lourds et des travailleurs transfrontaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin des feux m&#233;diatiques hexagonaux, des centaines de manifestants d&#233;termin&#233;s se sont &#224; plusieurs reprises rassembl&#233;s&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Manifestation &#224; Baigorri pour la r&#233;ouverture totale de la fronti&#232;re et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; de part et d'autre de la fronti&#232;re pour d&#233;noncer ces mesures jug&#233;es centralistes et autoritaires. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s le G7 de Biarritz, ils nous imposent encore une ambiance s&#233;curitaire pesante. En tout, ce seraient 4 800 policiers, gendarmes et militaires qui sont mobilis&#233;s. Combien d'argent jet&#233; par les fen&#234;tres alors que des m&#233;decins et des infirmi&#232;res auraient &#233;t&#233; beaucoup plus utiles en cette p&#233;riode&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, commente Maitena, une trentenaire crois&#233;e dans un cort&#232;ge &#224; Baigorri, le 6 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cause ici, la fermeture du col d'Izpegi, culminant &#224; 672 m&#232;tres, qui ne permet plus de rejoindre la vall&#233;e espagnole du Baztan, situ&#233;e &#224; quelques kilom&#232;tres seulement. Une mesure difficile &#224; supporter : depuis longtemps, et tout particuli&#232;rement pendant la p&#233;riode franquiste, la population basque a &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e dans deux &#201;tats distincts mais, depuis les ann&#233;es 1990 et la libre circulation dans l'espace Schengen, les locaux &#233;taient parvenus &#224; contourner l'arbitraire &#233;tatique de la fronti&#232;re, qui morcelle p&#233;niblement des bassins de vie comme la vall&#233;e de la Bidassoa.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quand les frontistes pro-fermeture fuient par l'Espagne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste que les plus fervents nationalistes fran&#231;ais demeurent obs&#233;d&#233;s par le trac&#233; hexagonal. Le 16 f&#233;vrier, sous le slogan &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re, symbole d'une immigration massive&lt;/i&gt; &#187;, le Rassemblement national (RN) lan&#231;ait sa campagne des r&#233;gionales pour la Nouvelle-Aquitaine &#224; B&#233;hobie, point de passage entre les &#201;tats fran&#231;ais et espagnol, pr&#232;s d'Hendaye. Dans les Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques, un d&#233;partement o&#249; le vote lep&#233;niste reste contenu&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;13,74 % des voix au premier tour de la pr&#233;sidentielle de 2017, contre 21,30 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, la visite de l'extr&#234;me droite &#233;tait attendue de pied ferme : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;tranger ici c'est le RN&lt;/i&gt; &#187;, pouvait-on lire sur une des banderoles des opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un contre-rassemblement improvis&#233;, r&#233;unissant des antifascistes, des militants basques et le collectif d'accueil &#171; Etorkinekin Solidarit&#233; Migrants &#187;, a m&#234;me contraint par la force la poign&#233;e de frontistes &#224; s'enfuir sous la protection de la police fran&#231;aise. Et ce, non sans ironie, par le territoire espagnol via le m&#234;me pont de B&#233;hobie que le RN voudrait voir d&#233;finitivement barr&#233;. Une transgression opportuniste ou la fin d'une fascination pour la fronti&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/20/a-la-frontiere-franco-espagnole-points-de-passage-fermes-et-controles-accrus_6066864_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; la fronti&#232;re entre la France et l'Espagne, points de passage ferm&#233;s et contr&#244;les accrus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (20/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fin janvier, le Premier ministre Jean Castex a annonc&#233; l'interdiction, sauf motif imp&#233;rieux, de toute entr&#233;e ou sortie du territoire &#224; destination ou en provenance d'un pays ext&#233;rieur &#224; l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'ailleurs, les obsessions de l'extr&#234;me droite &#171; fronti&#232;rol&#226;tre &#187; incarnent &#224; merveille toutes les croyances erron&#233;es et anachroniques sur l'histoire de la construction des &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/infos/societe/manifestation-a-baigorry-pour-la-reouverture-totale-de-la-frontiere-et-contre-la-presence-des-1612640834&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manifestation &#224; Baigorri pour la r&#233;ouverture totale de la fronti&#232;re et contre la pr&#233;sence des militaires&lt;/a&gt; &#187;, site de France Bleu (6/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;13,74 % des voix au premier tour de la pr&#233;sidentielle de 2017, contre 21,30 % au niveau hexagonal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#171; ripoux &#187; de la Paf de Montgen&#232;vre</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-ripoux-de-la-Paf-de</link>
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		<dc:date>2020-09-25T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rabha Attaf</dc:creator>


		<dc:subject>fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>tribunal</dc:subject>
		<dc:subject>Moussa</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Maison</dc:subject>
		<dc:subject>Maison</dc:subject>
		<dc:subject>Joffrey Carron</dc:subject>
		<dc:subject>Montgen&#232;vre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les Hautes-Alpes, deux agents de la police aux fronti&#232;res (Paf) ont &#233;t&#233; condamn&#233;s cet &#233;t&#233; par le tribunal de Gap. L'un avait frapp&#233; un adolescent malien, l'autre s'&#233;tait mis dans la poche les 90 &#8364; d'une amende r&#233;gl&#233;e en liquide par un automobiliste italien. Mais le probl&#232;me est plus vaste : ces derni&#232;res ann&#233;es, de nombreux migrants pass&#233;s par la fronti&#232;re alpine de Montgen&#232;vre ont racont&#233; y avoir &#233;t&#233; rackett&#233;s par des policiers. Deux policiers condamn&#233;s ? Voil&#224; qui n'arrive pas si (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tribunal" rel="tag"&gt;tribunal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Moussa" rel="tag"&gt;Moussa&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Francois-Maison" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Maison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maison" rel="tag"&gt;Maison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Joffrey-Carron" rel="tag"&gt;Joffrey Carron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Montgenevre" rel="tag"&gt;Montgen&#232;vre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les Hautes-Alpes, deux agents de la police aux fronti&#232;res (Paf) ont &#233;t&#233; condamn&#233;s cet &#233;t&#233; par le tribunal de Gap. L'un avait frapp&#233; un adolescent malien, l'autre s'&#233;tait mis dans la poche les 90 &#8364; d'une amende r&#233;gl&#233;e en liquide par un automobiliste italien. Mais le probl&#232;me est plus vaste : ces derni&#232;res ann&#233;es, de nombreux migrants pass&#233;s par la fronti&#232;re alpine de Montgen&#232;vre ont racont&#233; y avoir &#233;t&#233; rackett&#233;s par des policiers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH573/-1618-89e73.jpg?1779605156' width='400' height='573' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux policiers condamn&#233;s ? Voil&#224; qui n'arrive pas si souvent. C'est pourquoi la d&#233;cision rendue le 30 juillet dernier par le tribunal de Gap (Hautes-Alpes) m&#233;rite d'&#234;tre soulign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Maison, un gardien de la paix de 51 ans, a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; coupable de &#171; violences volontaires par personne d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique &#187;. En ao&#251;t 2018, il avait frapp&#233; Moussa*, un adolescent malien qui tentait de p&#233;n&#233;trer en France. Le fonctionnaire a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; deux ans de prison avec sursis et &#224; verser 900 &#8364; &#224; la victime. Son avocat a exprim&#233; l'intention de faire appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second condamn&#233; &#233;tait le bin&#244;me du premier. Joffrey Carron, 30 ans, travaillait comme adjoint de s&#233;curit&#233; jusqu'&#224; la fin de son contrat &#224; la Paf de Montgen&#232;vre, en f&#233;vrier dernier. Jug&#233; coupable de &#171; soustraction de fonds d'un d&#233;p&#244;t public &#187; et d'&#171; usage de faux &#187;, il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; dix-huit mois de prison avec sursis. Il avait gard&#233; l'argent d'une amende de 90 &#8364; pay&#233;e en liquide par un automobiliste italien pour un d&#233;faut de ceinture de s&#233;curit&#233; &#8211; et falsifi&#233; un registre pour couvrir sa faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, les deux hommes ont &#233;cop&#233; chacun d'une amende de 1 000 &#8364; et d'une interdiction d'exercer une fonction publique pendant cinq ans. &#171; &lt;i&gt;Cette d&#233;cision intervient dans un contexte de d&#233;ni des violences polici&#232;res par le pouvoir politique et rappelle que nul ne doit &#233;chapper &#224; la loi&lt;/i&gt; &#187;, s'est f&#233;licit&#233; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Vincent Brengarth, l'avocat de Moussa.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des exactions connues mais jusque-l&#224; impunies&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fronti&#232;re franco-italienne des Hautes-Alpes, la probl&#233;matique des abus policiers d&#233;passe largement les deux m&#233;faits condamn&#233;s par le tribunal. Depuis plusieurs ann&#233;es, les d&#233;fenseurs des droits des &#233;trangers &#8211; en particulier Tous Migrants, une association brian&#231;onnaise &#8211; multiplient les signalements au procureur de la R&#233;publique. Au total, plus de cent t&#233;moignages ont &#233;t&#233; recueillis. Ils font &#233;tat de violences polici&#232;res et de vols subis par les personnes exil&#233;es arr&#234;t&#233;es &#224; Montgen&#232;vre, une station de ski situ&#233;e &#224; la fronti&#232;re &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien d'autres entorses aux droits des &#233;trangers ont &#233;t&#233; document&#233;es, par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;serviste de la Paf a lui aussi tir&#233; la sonnette d'alarme. Mais pour qu'une enqu&#234;te de l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la police nationale (IGPN) soit diligent&#233;e, il a fallu un rapport interne du nouveau patron de la Paf de Montgen&#232;vre, remis en janvier 2019 au procureur de Gap. Ce texte met l'accent sur une s&#233;rie de dysfonctionnements r&#233;currents survenus &#224; l'occasion d'interpellations de migrants, dont les &#233;conomies disparaissaient. Il pointe aussi des d&#233;tournements de sommes vers&#233;es en liquide par des automobilistes &#233;trangers verbalis&#233;s &#224; leur passage &#224; la fronti&#232;re. Or, note en substance le rapport, &#224; chaque fois qu'un incident est rapport&#233;, le m&#234;me bin&#244;me &#8211; Fran&#231;ois Maison et Joffrey Carron &#8211; est pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les actes de racket d&#233;nonc&#233;s par les migrants, l'enqu&#234;te n'aboutira pas. Les deux policiers finiront tout de m&#234;me par &#234;tre renvoy&#233;s devant le tribunal, mais pour d'autres d&#233;lits. Au c&#339;ur du dossier : l'histoire de Moussa.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils ont pris mon argent ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce 4 ao&#251;t 2018, Moussa, 16 ans, s'appr&#234;te &#224; passer en France apr&#232;s un long et p&#233;rilleux p&#233;riple &#224; travers l'Alg&#233;rie, la Libye, la M&#233;diterran&#233;e et l'Italie. Vers 22 heures, il se joint &#224; quatre autres exil&#233;s pour franchir clandestinement la fronti&#232;re entre Clavi&#232;res (Italie) et Montgen&#232;vre (France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le petit groupe est tr&#232;s vite rep&#233;r&#233; dans les bois. Trois des compagnons parviennent &#224; s'&#233;chapper, mais Marco* (un jeune Ivoirien) et Moussa sont arr&#234;t&#233;s. Au poste de la Paf de Montgen&#232;vre, ce dernier montre son acte de naissance, preuve de sa minorit&#233;. En principe, l'adolescent devrait &#234;tre imm&#233;diatement orient&#233; vers les services de l'aide sociale &#224; l'enfance (ASE), qui doivent protection &#224; tout mineur isol&#233;. Mais le policier refuse : cet acte de naissance, &#171; &lt;i&gt;ce n'est pas une carte d'identit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Moussa et son compagnon d'infortune sont arbitrairement ramen&#233;s en Italie par une voiture de police, et laiss&#233;s &#224; proximit&#233; de l'&#233;glise de Clavi&#232;res &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant d'&#234;tre &#233;vacu&#233;e par la police italienne en octobre 2018, une salle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai alors fouill&#233; mon sac et j'ai vu qu'il manquait mon argent, 600&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#8364;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, raconte Moussa. Idem pour Marco, qui constate que ses 200 &#8364; ont disparu. Les deux jeunes hommes rebroussent chemin en direction de la Paf. Vers minuit, ils arrivent &#224; vingt m&#232;tres, c&#244;t&#233; italien, du panneau d&#233;limitant la fronti&#232;re. &#192; bord d'une voiture de police (fran&#8202;&#231;aise) stationn&#233;e, se trouvent les agents qui viennent de les refouler, un &#171; &lt;i&gt;vieux aux cheveux gris&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;un grand baraqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Moussa les interpelle, tout en enregistrant discr&#232;tement la conversation avec son t&#233;l&#233;phone &lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet enregistrement est &#233;coutable en ligne : https://tinyurl.com/enregistrement-.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La police, ils ont pris mon argent&lt;/i&gt; &#187;, accuse Moussa. Un agent r&#233;pond par des menaces : &#171; &lt;i&gt;T'accuses la police de vol, ce soir t'es en garde &#224; vue ici, demain t'es dans un avion, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Paris-Tripoli, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Moussa insiste. Le policier se fait encore plus mena&#231;ant : &#171; &lt;i&gt;T'arr&#234;tes de nous traiter de voleurs parce que je t'en colle une, hein. Moi j'te d&#233;rouille&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Puis : &#171; &lt;i&gt;Tu me traites encore une fois de voleur, je te jette l&#224;-dedans&lt;/i&gt; [un foss&#233; en contrebas, NDLR]&lt;i&gt;. T'as compris&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187; Sur l'enregistrement, on entend le son d'une chute, des bruits de m&#233;tal. Selon son t&#233;moignage, Moussa a re&#231;u un coup dans le ventre, port&#233; par &#171; &lt;i&gt;le policier aux cheveux gris&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain midi, Moussa reprendra son chemin vers la France, cette fois par les hauteurs. Il arrivera &#224; Brian&#231;on apr&#232;s treize heures d'une marche harassante. Accueilli un temps par des militants du coin, le jeune Malien a finalement &#233;t&#233; pris en charge par l'ASE. Il vit d&#233;sormais dans la Dr&#244;me, o&#249; il pr&#233;pare en apprentissage un CAP de cuisinier.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une pi&#232;ce d&#233;cisive&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en partie l'enregistrement audio effectu&#233; par Moussa qui a permis &#224; l'IGPN de retrouver les deux policiers poursuivis. Si le jeune homme n'avait pas eu la pr&#233;sence d'esprit d'appuyer sur la touche &#171; Enregistrer &#187; de son t&#233;l&#233;phone, sa parole aurait sans doute eu peu de poids face &#224; celle de Fran&#231;ois Maison, le gardien de la paix aux cheveux gris que Moussa n'a pas formellement reconnu lors de la confrontation organis&#233;e &#224; Marseille le 25 novembre 2019... mais que ses coll&#232;gues de la Paf ont balanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juillet dernier, lors de l'audience au tribunal de Gap, le gardien de la paix a &#233;t&#233; somm&#233; de justifier les bruits de chute qu'on entend dans l'enregistrement. Il a expliqu&#233; avoir repouss&#233; le jeune exil&#233; vers un panneau m&#233;tallique, tout en reconnaissant ne pas s'&#234;tre senti menac&#233;... &#171; &lt;i&gt;On entend clairement plusieurs coups&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, l'a contredit la pr&#233;sidente du tribunal, Isabelle Defarge &lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#234;me qui a condamn&#233; les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;, militants solidaires des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, cherchant &#224; savoir &#171; &lt;i&gt;dans quel cadre proc&#233;dural&lt;/i&gt; &#187; se situait alors l'agent. &#171; &lt;i&gt;Logiquement, vous auriez d&#251; les ramener &#224; nouveau au poste pour suivre la proc&#233;dure,&lt;/i&gt; a continu&#233; la juge. &lt;i&gt;De quel droit estimez-vous que c'est inutile&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? D'aucun&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Vous &#234;tes un ex&#233;cutant, c'est ill&#233;gal de prendre ce genre d'initiatives.&lt;/i&gt; &#187; Et que dire de la mention &#171; &lt;i&gt;Incoh&#233;rente avec l'apparence&lt;/i&gt; &#187; concernant la minorit&#233; de Moussa, et de la signature du policier appos&#233;e sur la notification de refus d'entr&#233;e sur le territoire fran&#231;ais &#224; la place de celle du jeune Malien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis la juge Defarge est revenue sur la plainte pour vol que les deux agents auraient en principe d&#251; enregistrer &#224; l'&#233;coute des accusations de Moussa : &#171; &lt;i&gt;&#201;tiez-vous habilit&#233; &#224; prendre les plaintes, toutes les plaintes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; R&#233;ponse affirmative de Maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pourquoi ne l'avez-vous pas prise&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Parce qu'on ne peut pas prendre toutes les plaintes de ce genre d'accusation, qui sont trop fr&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pourquoi, sur quel fait pr&#233;cis et dans quel cadre juridique refusiez-vous de prendre la plainte et d&#233;cidiez-vous d'un aller pour Tripoli ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Aucune, c'est comme &#231;a que l'on pratique, m&#234;me si je regrette d'&#234;tre all&#233; trop loin pour la menace d'expulsion vers la Libye.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Maison s'est ensuite efforc&#233; de nier les accusations de vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son co&#233;quipier Joffrey Carron a fait profil bas durant toute l'audience, pouss&#233; dans ses retranchements par la juge au sujet des amendes en liquide qu'il aurait encaiss&#233;es &#8211; plusieurs centaines d'euros suspectes d&#233;pos&#233;es chaque mois sur son compte bancaire, dont les 90 &#8364; qui figurent au dossier. Pour expliquer leur disparition, l'adjoint de s&#233;curit&#233; pr&#233;tendra que les billets &#233;taient pass&#233;s dans le lave-linge alors qu'il les avait oubli&#233;s dans la poche de son pantalon. L'ancien policier reconna&#238;tra toutefois avoir falsifi&#233; le registre pour couvrir &#171; &lt;i&gt;une faute d'inattention&lt;/i&gt; &#187;. Il aurait pourtant d&#251; confier ces billets le jour m&#234;me de leur r&#233;ception &#224; la r&#233;gisseuse de la Paf de Montgen&#232;vre &#8211; par ailleurs compagne de Fran&#231;ois Maison &#8211; pour qu'elle les consigne sur le livre de compte...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les qualifications auraient pu &#234;tre beaucoup plus graves &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Vincent Brengarth, l'avocat de Moussa, &#171; &lt;i&gt;les qualifications auraient pu &#234;tre beaucoup plus graves : vol en r&#233;union, corruption&lt;/i&gt; &#187;. Ces infractions avaient d'ailleurs &#233;t&#233; retenues au moment de l'ouverture de l'enqu&#234;te pr&#233;liminaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur de la R&#233;publique de Gap, Florent Crouhy, a ensuite rappel&#233; que &#171; &lt;i&gt;la police doit &#234;tre exemplaire avec tous les citoyens, d'o&#249; qu'ils viennent et quelle que soit leur situation administrative&lt;/i&gt; &#187;. Ses r&#233;quisitions n'ont pourtant pas &#233;t&#233; des plus s&#233;v&#232;res : alors que le code p&#233;nal pr&#233;voit jusqu'&#224; trois ans de prison ferme pour les violences, il n'a demand&#233; que deux ans de sursis &#224; l'encontre de Fran&#231;ois Maison. Et tandis que la soustraction de fonds d'un d&#233;p&#244;t public est passible de sept ann&#233;es ferme, il n'a r&#233;clam&#233; que dix-huit mois de sursis pour Joffrey Carron. Le magistrat n'a requis ni &#171; dommages et int&#233;r&#234;ts &#187; pour Moussa (l'avocat de Moussa demandait 3 000 &#8364;), ni amendes pour compenser les vols subis par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Christophe Guy, conseil de l'adjoint de s&#233;curit&#233;, a tent&#233; d'&#233;largir les d&#233;bats : &#171; &lt;i&gt;Ce dossier a un m&#233;rite extraordinaire, &lt;/i&gt;[celui] &lt;i&gt;de mettre en exergue de fa&#231;on &#233;vidente le d&#233;ficit de fonctionnement de la Paf de Montgen&#232;vre.&lt;/i&gt; &#187; Consid&#233;rant que la hi&#233;rarchie porte sa part de responsabilit&#233;s, il a demand&#233; au tribunal de ne condamner son client &#171; &lt;i&gt;que pour ce qu'il a fait&lt;/i&gt; &#187;. Quant &#224; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Jean-Fran&#231;ois Philip, avocat de Fran&#231;ois Maison et ex-b&#226;tonnier des Hautes-Alpes, il a plaid&#233; la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis sur le banc des plaignants, Moussa a savour&#233; dignement le proc&#232;s de ses agresseurs. Il n'a exprim&#233; qu'un souhait : &#171; &lt;i&gt;Je veux seulement qu'on me rende mon argent et que plus aucun migrant ne subisse le m&#234;me sort que moi.&lt;/i&gt; &#187; Pas gagn&#233; : selon Agn&#232;s Antoine, cofondatrice de l'association Tous Migrants, diverses atteintes aux droits des exil&#233;s perdurent &#224; la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rabha Attaf&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bien d'autres entorses aux droits des &#233;trangers ont &#233;t&#233; document&#233;es, par des ONG comme par la Commission nationale consultative des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avant d'&#234;tre &#233;vacu&#233;e par la police italienne en octobre 2018, une salle paroissiale attenante &#224; l'&#233;glise abritait un squat appel&#233; &lt;i&gt;Chez J&#233;sus&lt;/i&gt;, o&#249; les exil&#233;s pouvaient se poser quelque temps avant de franchir la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cet enregistrement est &#233;coutable en ligne : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://tinyurl.com/enregistrement-moussa&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://tinyurl.com/enregistrement-...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La m&#234;me qui a condamn&#233; les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;, militants solidaires des exil&#233;s poursuivis pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re sur le territoire fran&#231;ais &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le tribunal a choisi la mort pour les exil&#233;s &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-tribunal-a-choisi-la-mort-pour</link>
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		<dc:date>2019-01-09T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;En avril, ils avaient particip&#233; &#224; une manifestation contre la militarisation de la fronti&#232;re alpine et l'op&#233;ration anti-migrants d'un groupe d'extr&#234;me droite. &#192; Gap, sept militants solidaires viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; des peines de prison. Ce matin-l&#224;, au col de Montgen&#232;vre, il fait &#8211; 10&#176; C. Quelques kilom&#232;tres plus loin, du c&#244;t&#233; italien de la fronti&#232;re, comme chaque jour, des exil&#233;s s'appr&#234;tent &#224; tenter la travers&#233;e dans la neige. D&#233;but 2018, trois d'entre eux ont perdu la vie dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no172-janvier-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;172 (janvier 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole-Ka" rel="tag"&gt;Pole Ka&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mathieu" rel="tag"&gt;Mathieu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/exiles" rel="tag"&gt;exil&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Briancon" rel="tag"&gt;Brian&#231;on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Isabelle-Defarge" rel="tag"&gt;Isabelle Defarge&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Briancon-alors" rel="tag"&gt;Brian&#231;on alors&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En avril, ils avaient particip&#233; &#224; une manifestation contre la militarisation de la fronti&#232;re alpine et l'op&#233;ration anti-migrants d'un groupe d'extr&#234;me droite. &#192; Gap, sept militants solidaires viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; des peines de prison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH574/-987-e233f.jpg?1779603057' width='400' height='574' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin-l&#224;, au col de Montgen&#232;vre, il fait &#8211; 10&#176; C&lt;/strong&gt;. Quelques kilom&#232;tres plus loin, du c&#244;t&#233; italien de la fronti&#232;re, comme chaque jour, des exil&#233;s s'appr&#234;tent &#224; tenter la travers&#233;e dans la neige. D&#233;but 2018, trois d'entre eux ont perdu la vie dans l'aventure. En 2016, Mamadou, jeune Malien, avait eu les deux pieds tellement gel&#233;s qu'il fallut les amputer. Sans les montagnards solidaires qui multiplient les maraudes de secours, le bilan serait beaucoup plus lourd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin-l&#224;, Isabelle Defarge y pense-t-elle seulement ?&lt;/strong&gt; Dans quelques heures, la pr&#233;sidente du tribunal de Gap (Hautes-Alpes) prononcera le d&#233;lib&#233;r&#233; du proc&#232;s des &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;. Le 22 avril, ces militants solidaires avaient particip&#233; &#224; une manifestation transfrontali&#232;re. Il s'agissait alors de d&#233;noncer la militarisation de la fronti&#232;re (qui pousse les exil&#233;s &#224; emprunter de p&#233;rilleux sentiers) et une op&#233;ration anti-migrants entam&#233;e la veille par le groupe d'extr&#234;me droite G&#233;n&#233;ration identitaire. Parties de Claviere, en Italie, quelque 120 personnes, accompagn&#233;es d'une trentaine d'exil&#233;s, se mettent en marche. Les gendarmes fran&#231;ais tentent de leur bloquer le passage mais, trop peu nombreux, ils renoncent. Le cort&#232;ge parvient donc &#224; rejoindre Brian&#231;on, o&#249; les migrants sont mis &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le lot des manifestants&lt;/strong&gt;, le procureur n'en poursuivra que sept : Bastien, Theo, Eleonora, Jean-Luc, Beno&#238;t, Mathieu et Lisa. Les trois premiers, des activistes &#233;trangers de passage, passent neuf jours en d&#233;tention provisoire. Les quatre autres vivent dans la r&#233;gion : ce sont des habitu&#233;s des maraudes nocturnes dans la neige.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Douze mois dont quatre ferme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce matin-l&#224;, Mathieu s'est lev&#233; plut&#244;t confiant&lt;/strong&gt;. Lors de l'audience du 8 novembre, le procureur a d&#233;montr&#233; que les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; avaient particip&#233; &#224; la marche (ce qu'ils revendiquent). Mais pour les avocats de la d&#233;fense, il n'a prouv&#233; aucune responsabilit&#233; individuelle constituant le d&#233;lit d'&#171; &lt;i&gt;aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers&lt;/i&gt; &#187; en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Las, cet apr&#232;s-midi-l&#224;, quand Isabelle Defarge rev&#234;t sa robe de magistrat&lt;/strong&gt;, c'est pour d&#233;clarer les pr&#233;venus coupables. Nous sommes le 13 d&#233;cembre 2018 et les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; viennent d'&#234;tre condamn&#233;s. Les r&#233;quisitions du procureur ont &#233;t&#233; suivies &#224; la lettre : les cinq militants au casier judiciaire vierge &#233;copent de six mois d'emprisonnement avec sursis. Jean-Luc et Mathieu, eux, avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233;s par le pass&#233;. Et dans ce proc&#232;s, ils comparaissaient aussi, respectivement, pour &#171; &lt;i&gt;d&#233;lit d'attroupement &lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;r&#233;bellion&lt;/i&gt; &#187;. Pour ces deux l&#224;, l'addition est plus sal&#233;e : douze mois de prison &#8211; huit avec sursis et quatre ferme. Petit cadeau suppl&#233;mentaire pour Mathieu : le voici condamn&#233; &#224; verser plusieurs milliers d'euros aux policiers qui l'accusent, alors que lui-m&#234;me affirme avoir subi des violences de leur part (avec une &#171; &lt;i&gt;entorse cervicale &lt;/i&gt; &#187; &#224; la cl&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Qu'est-ce qu'il faut faire ? Br&#251;ler des voitures ? &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la sortie du tribunal, les avocats de la d&#233;fense sont groggy&lt;/strong&gt;. &#171; &lt;i&gt; Hallucinant&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;p&#232;te M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Yassine Djermoune, l'&#339;il hagard. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; C&#233;cile Faure-Brac est tout aussi estomaqu&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Les grands principes du droit &#8211; l'individualisation de la responsabilit&#233; p&#233;nale et de la peine &#8211; ont &#233;t&#233; balay&#233;s d'un revers de manche au nom d'une politique que l'on conforte avec cette d&#233;cision.&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt; J'ai eu l'impression qu'on reprochait &#224; ces sept personnes-l&#224; d'avoir manifest&#233;, alors que c'est un droit fondamental. Les &#233;l&#233;ments intentionnels et mat&#233;riels constitutifs de l'infraction, je ne les ai pas entendus dans la d&#233;cision de la pr&#233;sidente.&lt;/i&gt; &#187; Sa cons&#339;ur M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maeva Binimelis, elle, se dit &#171; &lt;i&gt; sid&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, nous ne savons pas ce qu'il en est des poursuites contre les infractions commises par les identitaires&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On les accuse notamment d'avoir traqu&#233;, intimid&#233; et mis en danger des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Mais en attendant, ceux qui aident sont condamn&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les condamn&#233;s, justement, prennent la parole&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, le tribunal de Gap a choisi la mort pour les exil&#233;s qui traversent les fronti&#232;res &lt;/i&gt; &#187;, ass&#232;ne Mathieu. &#171; &lt;i&gt;Par cette condamnation, il prend la responsabilit&#233; politique de dire&lt;/i&gt; &#8220; Ne les aidez pas, laissez-les crever. &#8221; &#187; Beno&#238;t encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat et la justice ont fait le choix de la mort. Nous, on continuera d'&#234;tre l&#224; pour accueillir la vie qui vient.&lt;/i&gt; &#187; Theo est plus abattu : &#171; &lt;i&gt;Je pensais que c'&#233;tait la fin, qu'on allait pouvoir sortir les bras lev&#233;s, et je me rends compte que ce n'est qu'un d&#233;but. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Qu'est-ce qu'il faut faire pour changer les choses ? Br&#251;ler des voitures ?&lt;/i&gt; &#187; Mathieu reprend : &#171; &lt;i&gt; Si l'&#201;tat a d&#233;cid&#233; de taper encore plus fort sur les gens qui sont solidaires aux fronti&#232;res avec les exil&#233;s, c'est une raison de plus pour y aller encore plus nombreux. On appelle tout le monde &#224; venir en montagne nous filer la main, pour que le col de l'&#201;chelle et le col de Montgen&#232;vre ne deviennent pas des cimeti&#232;res. Et peu importe si on a les flics au cul. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le probl&#232;me, c'est la fronti&#232;re &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; ont d&#233;cid&#233; de faire appel&lt;/strong&gt; : ils devraient donc &#234;tre rejug&#233;s dans de longs mois &#224; Grenoble &#8211; mais restent en libert&#233; d'ici l&#224;. Dans la soir&#233;e, quelques heures apr&#232;s le prononc&#233; du d&#233;lib&#233;r&#233;, trois autres personnes &#233;taient arr&#234;t&#233;es du c&#244;t&#233; de Brian&#231;on alors qu'elles portaient assistance &#224; des migrants par &#8211; 15&#176; C. Dans les mois qui viennent, plusieurs autres montagnards solidaires vont &#234;tre jug&#233;s pour des faits similaires par le tribunal de Gap ; prochain proc&#232;s le 10 janvier&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un rassemblement de soutien est pr&#233;vu &#224; 8h30 devant le tribunal.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pour Agn&#232;s Antoine&lt;/strong&gt;, de l'association Tous Migrants, le souci n'est pas que l&#224;. Il est aussi et surtout dans les agissements des forces de l'ordre &#8211; des violations des droits des exil&#233;s d&#233;nonc&#233;es &#224; longueur de rapports par de multiples ONG comme par la Commission nationale consultative des droits de l'homme : &#171; &lt;i&gt;Notre probl&#232;me, c'est la fronti&#232;re, qui est devenue une zone de non-droit, o&#249; plus aucune r&#232;gle ne s'applique. Une zone o&#249; on se permet de tabasser, de voler&lt;/i&gt; &#187; de l'argent aux migrants. En somme, &#171; &lt;i&gt;d'infliger des traitements inhumains et d&#233;gradants &#224; des personnes, parce qu'elles sont de couleur noire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;* Notre compte-rendu du proc&#232;s : &#171; &lt;strong&gt;D&#233;lit de solidarit&#233; &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-7-de-Briancon-ont-ete' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Les &#034;7 de Brian&#231;on&#034; ont &#233;t&#233; condamn&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On les accuse notamment d'avoir traqu&#233;, intimid&#233; et mis en danger des migrants, occasionnant des blessures. Le procureur, lui, se contente d'expliquer que son enqu&#234;te &#171; &lt;i&gt;se poursuit&lt;/i&gt; &#187;. En novembre, un activiste de G&#233;n&#233;ration identitaire a publi&#233; sur les r&#233;seaux sociaux une photo d'une convocation en audition libre &#224; la gendarmerie. Il se vante d'avoir refus&#233; de s'y rendre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un rassemblement de soutien est pr&#233;vu &#224; 8h30 devant le tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; ont &#233;t&#233; condamn&#233;s</title>
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		<dc:date>2018-12-20T13:43:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;En avril, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; avaient manifest&#233; contre des militants d'extr&#234;me droite venus chasser les migrants &#224; la fronti&#232;re franco-italienne. Accus&#233;s d'avoir aid&#233; des exil&#233;s &#224; p&#233;n&#233;trer en France, ils viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; des peines de prison. &#171; O&#249; &#233;tiez-vous le 21 avril ? &#187;, demande la pr&#233;sidente. &#171; J'&#233;tais au refuge de Clavi&#232;re, r&#233;pond Theo, 24 ans. Je faisais &#224; manger et je barricadais les entr&#233;es, parce qu'on s'attendait &#224; une attaque des Identitaires. &#187; Ce jour-l&#224;, dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no171-decembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;171 (d&#233;cembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prevenus" rel="tag"&gt;pr&#233;venus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/procureur" rel="tag"&gt;procureur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Benoit" rel="tag"&gt;Beno&#238;t&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En avril, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; avaient manifest&#233; contre des militants d'extr&#234;me droite venus chasser les migrants &#224; la fronti&#232;re franco-italienne. Accus&#233;s d'avoir aid&#233; des exil&#233;s &#224; p&#233;n&#233;trer en France, ils viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; des peines de prison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH653/-960-3cf83.jpg?1779602750' width='500' height='653' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;O&#249; &#233;tiez-vous le 21 avril ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;, demande la pr&#233;sidente. &#171; &lt;i&gt; J'&#233;tais au refuge de Clavi&#232;re, &lt;/i&gt;r&#233;pond Theo, 24 ans.&lt;i&gt; Je faisais &#224; manger et je barricadais les entr&#233;es, parce qu'on s'attendait &#224; une attaque des Identitaires.&lt;/i&gt; &#187; Ce jour-l&#224;, dans le Brian&#231;onnais, le petit monde du soutien aux migrants est sens dessus dessous : G&#233;n&#233;ration identitaire, groupe d'extr&#234;me droite, vient de d&#233;barquer &#224; la fronti&#232;re franco-italienne. Son objectif ? Repousser les migrants tentant de franchir les cols enneig&#233;s, pour d&#233;noncer &#171; &lt;i&gt;le laxisme des autorit&#233;s &lt;/i&gt; &#187;. Cela fait pourtant des mois que les b&#233;n&#233;voles solidaires secourent des exil&#233;s en perdition dans la montagne, essayant d'&#233;chapper &#224; la traque des forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que faire ? Dimanche 22 avril, une conf&#233;rence &#233;tait pr&#233;vue de longue date &#224; Clavi&#232;re, dernier village italien avant la fronti&#232;re. &#171; Chez J&#233;sus &#187;, dans le squat o&#249; sont r&#233;unis migrants et militants solidaires, l'id&#233;e d'une manifestation &#233;merge. Sit&#244;t dit, sit&#244;t fait : quelque 120 personnes, accompagn&#233;es d'une trentaine d'exil&#233;s, se mettent en route. Peu apr&#232;s la fronti&#232;re, un cordon de gendarmes fran&#231;ais attend le cort&#232;ge. Mathieu, 35 ans, tout en filmant, invective les pandores : &#171; &lt;i&gt;Vous n'&#234;tes pas form&#233;s pour &#231;a, vous &#234;tes l&#224; pour prot&#233;ger la veuve et l'orphelin. D&#233;missionnez de la gendarmerie, faites autre chose. P&#244;le emploi c'est mieux ! &lt;/i&gt; &#187; Petite bousculade, puis les gendarmes, trop peu nombreux, renoncent. La foule passe et rejoint Brian&#231;on, o&#249; les exil&#233;s sont mis &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils ont sauv&#233; des vies &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, au tribunal de Gap (Hautes-Alpes), sept manifestants passent en proc&#232;s. Quatre autochtones (Beno&#238;t, Lisa, Mathieu et Jean-Luc) et deux Genevois de passage (Bastien et Th&#233;o) sont sur le banc des pr&#233;venus. La septi&#232;me, Eleonora, anarchiste italienne, a d&#233;clin&#233; l'invitation. Bien lui a pris : les d&#233;bats vont durer dix-sept heures, ne s'achevant qu'&#224; 1 h 30 du matin. Audience interminable, et pourtant si exp&#233;ditive... Car ce 8 novembre, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; risquent tout de m&#234;me dix ans de prison. Pour quel d&#233;lit ? &#171; Aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re &#187; d'&#233;trangers sur le territoire fran&#231;ais, &#171; en bande organis&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que faire ? D'abord, contextualiser. La fronti&#232;re, la montagne et ses dangers. Le docteur Max Duez t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;En tant que chirurgien, j'ai sauv&#233; des tas de doigts gel&#233;s. Mais si aucun migrant n'a &#233;t&#233; amput&#233; l'hiver dernier, c'est gr&#226;ce aux maraudeurs. Sans eux, il y aurait eu bien plus de trois morts. Ceux qui sont accus&#233;s aujourd'hui sont les m&#234;mes qui ont sauv&#233; des vies. &lt;/i&gt; &#187; Pour la pr&#233;sidente, ce n'est pas le sujet : &#171; &lt;i&gt; Le tribunal est saisi de faits pr&#233;cis, on n'est pas &#224; l'Assembl&#233;e nationale ou au S&#233;nat pour faire un d&#233;bat de soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Les pr&#233;venus insistent : &#171; &lt;i&gt;Il y a trois &#233;l&#233;ments de contexte importants, &lt;/i&gt;r&#233;sume Beno&#238;t, 49 ans.&lt;i&gt; D'abord, la militarisation de la fronti&#232;re, qui fait prendre de nombreux risques aux exil&#233;s ; on a des t&#233;moignages qui attestent de courses-poursuites, de d&#233;laissements de personnes n&#233;cessitant des soins sur la voie publique. Ensuite, il y a G&#233;n&#233;ration identitaire ; on sait tous que ce sont des gens dangereux. On ne pouvait pas leur laisser notre montagne comme &#231;a. Et puis, il y a le rapport de la Commission consultative des droits de l'homme sur la zone de non-droit qu'est devenue cette fronti&#232;re.&lt;/i&gt; &#187; Un texte qui &#233;tablit notamment que &#171; &lt;i&gt;les personnes migrantes&lt;/i&gt; [y]&lt;i&gt; subissent des traitements inhumains et d&#233;gradants &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Fallait-il qu'ils les chassent ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, que faire ? Revendiquer haut et fort la victoire qu'a repr&#233;sent&#233;e la manifestation contre le syst&#232;me des fronti&#232;res ? Les avocats de la d&#233;fense s'y refusent. &#171; &lt;i&gt; Il y a un al&#233;a judiciaire assez consid&#233;rable et de toute fa&#231;on, le proc&#232;s a servi de tribune politique, &lt;/i&gt;justifiera M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Vincent Brengarth apr&#232;s l'audience. &lt;i&gt;En termes d&#233;ontologiques, c'est quand m&#234;me difficile de prendre le risque pour son client d'une d&#233;fense de rupture qui l'expose &#224; une peine d'emprisonnement aussi lourde &#8211; surtout quand vous avez un dossier qui permet juridiquement de plaider la relaxe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dossier d'accusation, il est vrai, n'est pas franchement accablant. Certes, les vid&#233;os sont formelles : les pr&#233;venus ont particip&#233; &#224; la manifestation. Mais rien ne vient &#233;tayer leur responsabilit&#233; individuelle. &#171; &lt;i&gt;Je ne parviens toujours pas &#224; comprendre pourquoi ces sept-l&#224; ont &#233;t&#233; extraits de la masse&lt;/i&gt; [des manifestants] &#187;, raille d'ailleurs l'avocat. Y a-t-il une preuve qu'un pr&#233;venu en particulier a &#171; forc&#233; &#187; le barrage des gendarmes ? Emp&#234;ch&#233; le contr&#244;le d'un exil&#233; par un gendarme ? Non. D'ailleurs, &#224; part des &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; bas&#233;s sur leur couleur de peau (noire), qu'est-ce qui d&#233;montre que ces &#171; migrants &#187; &#233;taient en situation irr&#233;guli&#232;re ? Pas grand-chose. En tout et pour tout, le procureur n'a pu retrouver qu'un seul sans-papiers ayant pris part &#224; la marche. Pour M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Henri Leclerc, les pr&#233;venus &#171; &lt;i&gt; ont fait une manifestation sans demander les papiers de ceux qui venaient avec eux. Bien s&#251;r qu'il y en avait &lt;/i&gt;[des migrants]&lt;i&gt;. Fallait-il qu'ils les chassent ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La manifestation &#233;tait spontan&#233;e, &lt;/i&gt;d&#233;crit Beno&#238;t. &lt;i&gt;Elle n'avait que deux objectifs : d&#233;noncer la militarisation de la fronti&#232;re et les actions de G&#233;n&#233;ration identitaire.&lt;/i&gt; &#187; Un brin bancale, cette strat&#233;gie de d&#233;fense vacille par moments. &#171; &lt;i&gt;Si je comprends bien, &lt;/i&gt;questionne le procureur,&lt;i&gt; aucun d'entre vous ne revendique le fait d'avoir voulu ce jour-l&#224; faire entrer des personnes &#233;trang&#232;res sur le territoire national ?&lt;/i&gt; &#187; Silence. Le parquetier encha&#238;ne, ressort des communiqu&#233;s victorieux&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour une fois, personne n'a &#233;t&#233; oblig&#233; de se cacher dans la nuit et dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; publi&#233;s apr&#232;s la manifestation sur les r&#233;seaux sociaux. &#171; &lt;i&gt; Vous dites &#224; tout le monde que vous n'&#234;tes pas solidaires de &#231;a ? Aucun ? &lt;/i&gt; &#187; Silence g&#234;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le procureur demande du sursis et du ferme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est l'heure des r&#233;quisitions. Faute d'&#233;l&#233;ments suffisants, le procureur renonce &#224; la circonstance aggravante de &#171; bande organis&#233;e &#187;. Les pr&#233;venus ne risquent &#171; plus que &#187; cinq ans de prison. Cinq d'entre eux n'ont pas de casier judiciaire : le procureur requiert six mois de prison avec sursis&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bastien, Theo et Eleonora avaient d&#233;j&#224; subi neuf jours de d&#233;tention (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les deux autres manifestants ont des ant&#233;c&#233;dents judiciaires et ne sont pas jug&#233;s uniquement pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re &#187;. Mathieu est accus&#233; d'avoir r&#233;sist&#233; physiquement &#224; une tentative d'arrestation (&#171; r&#233;bellion &#187;) &#8211; lui, parle de violences polici&#232;res et d'une entorse cervicale. Le procureur demande quatre mois de prison ferme, et huit de sursis. M&#234;me r&#233;quisition contre Jean-Luc, 52 ans, accus&#233; de &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;d&#233;lit d'attroupement &#187;. Lors du rassemblement &#171; Passamontagna &#187; &#224; la fronti&#232;re en septembre, il ne se serait pas dispers&#233; de la masse des manifestants apr&#232;s sommations &#8211; lui dit que ce jour-l&#224;, il est toujours rest&#233; en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Henri Leclerc revient sur les principes. Pour lui, les pr&#233;venus &#171; &lt;i&gt;sont des gens qui se souviennent de l'article 1 de la D&#233;claration universelle des droits de l'homme&lt;/i&gt; &#187;, qui stipule que &#171; &lt;i&gt;les &#234;tres humains&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternit&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Aux yeux de l'avocat, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; &#171; &lt;i&gt;n'ont fait que &#231;a&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le tribunal suit le procureur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi 13 d&#233;cembre, le tribunal a finalement rendu son jugement. Les sept pr&#233;venus ont &#233;t&#233; jug&#233;s coupables et condamn&#233;s aux peines demand&#233;es par le procureur. Cinq d'entre eux &#233;copent donc de six mois de prison avec sursis, les deux autres de douze mois d'emprisonnement (huit avec sursis et quatre ferme, mais am&#233;nageables : en toute logique, aucun d'entre eux n'ira r&#233;ellement en prison). Ils ont l'intention de faire appel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'enjeu, c'&#233;tait de savoir si la justice allait confirmer l'engagement de l'&#201;tat aupr&#232;s des identitaires et contre les personnes solidaires&lt;/i&gt;, a r&#233;sum&#233; Beno&#238;t, l'un des pr&#233;venus, habitu&#233; des maraudes de secours dans la neige. &lt;i&gt;L'&#201;tat et la justice ont fait le choix de la mort. Nous, on continuera d'&#234;tre l&#224; pour accueillir la vie qui vient. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Mathieu d'adresser ce message &#224; toutes les personnes de bonne volont&#233; : &#171; &lt;i&gt;On appelle tout le monde &#224; venir en montagne nous filer la main, pour que le col de l'Echelle et le col de Montgen&#232;vre ne deviennent pas des cimeti&#232;res. Et peu importe si on a les flics au cul.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#199;a, c'est dit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du banditisme &#224; l'humanitaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Luc : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait des braquages, du trafic de stup&#233;fiants et on attend que je me lance dans l'humanitaire pour me coller une &#8220; bande organis&#233;e &#8221; ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les courgettes du RSA&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidente : &#171; &lt;i&gt;Monsieur, vous &#234;tes au RSA ?&lt;/i&gt; &#187; Mathieu : &#171; &lt;i&gt;Oui, je suis au Revenu de solidarit&#233; active, ce qui m'oblige &#224; &#234;tre actif solidairement.&lt;/i&gt; &#187; La pr&#233;sidente : &#171; &lt;i&gt; Et vous, vous &#234;tes au RSA ?&lt;/i&gt; &#187; Jean-Luc : &#171; &lt;i&gt;Euh&#8230; non, euh&#8230; oui, enfin, je devrais l'avoir bient&#244;t. Mais vous savez, je n'ai pas besoin de grand-chose. Je vis en squat, je mange du riz et des courgettes. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Cet article a &#233;t&#233; mis &#224; jour ce jeudi 13 d&#233;cembre, jour du prononc&#233; du jugement. La premi&#232;re version avait &#233;t&#233; publi&#233;e d&#233;but d&#233;cembre sur papier dans le num&#233;ro 171 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour une fois, personne n'a &#233;t&#233; oblig&#233; de se cacher dans la nuit et dans la neige&lt;/i&gt; &#187; pour franchir la fronti&#232;re, se f&#233;licitait par exemple sur Facebook le refuge-squat &#171; Chez J&#233;sus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bastien, Theo et Eleonora avaient d&#233;j&#224; subi neuf jours de d&#233;tention provisoire au printemps.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Ceuta, la criminalisation des migrant.e.s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Ceuta-la-criminalisation-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/A-Ceuta-la-criminalisation-des</guid>
		<dc:date>2018-11-21T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Maroc</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>Carmen Calvo</dc:subject>
		<dc:subject>vice-pr&#233;sidente Carmen</dc:subject>
		<dc:subject>Calvo d&#233;clarait</dc:subject>
		<dc:subject>Guardia civil</dc:subject>
		<dc:subject>appel d'air</dc:subject>
		<dc:subject>Guardia</dc:subject>
		<dc:subject>menace d'un</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que la d&#233;rive de l'Aquarius venait de trouver un havre d'humanit&#233; dans le port de Valence, l'&#201;tat espagnol a tenu &#224; lancer un signal de fermet&#233; &#224; son opinion publique. *** En contre-feu aux invectives de l'opposition qui brandissait la menace d'un effet &#171; appel d'air &#187;, la vice-pr&#233;sidente Carmen Calvo d&#233;clarait apr&#232;s un passage collectif de la fronti&#232;re de Ceuta, au nord du Maroc, le 26 juillet : &#171; Ils ont pris d'assaut la fronti&#232;re. Ils sont entr&#233;s avec des instruments et des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maroc" rel="tag"&gt;Maroc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carmen-Calvo" rel="tag"&gt;Carmen Calvo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vice-presidente-Carmen" rel="tag"&gt;vice-pr&#233;sidente Carmen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Calvo-declarait" rel="tag"&gt;Calvo d&#233;clarait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guardia-civil" rel="tag"&gt;Guardia civil&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/appel-d-air" rel="tag"&gt;appel d'air&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guardia" rel="tag"&gt;Guardia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/menace-d-un" rel="tag"&gt;menace d'un&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que la d&#233;rive de l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; venait de trouver un havre d'humanit&#233; dans le port de Valence, l'&#201;tat espagnol a tenu &#224; lancer un signal de fermet&#233; &#224; son opinion publique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1779602857' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En contre-feu&lt;/strong&gt; aux invectives de l'opposition qui brandissait la menace d'un effet &#171; appel d'air &#187;, la vice-pr&#233;sidente Carmen Calvo d&#233;clarait apr&#232;s un passage collectif de la fronti&#232;re de Ceuta, au nord du Maroc, le 26 juillet : &#171; &lt;i&gt; Ils ont pris d'assaut la fronti&#232;re. Ils sont entr&#233;s avec des instruments et des substances avec lesquels ils ont bless&#233; plusieurs membres de la Guardia civil. Et nous n'allons pas tol&#233;rer&lt;/i&gt; &lt;i&gt;cela. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces &#171; &lt;i&gt; instruments&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; seraient des armes blanches. Ces &#171; &lt;i&gt;substances&lt;/i&gt; &#187;, des excr&#233;ments, de la chaux vive ou de l'acide. C'est aussi la violence suppos&#233;e des &#171; &lt;i&gt;assaillants&lt;/i&gt; &#187; de la triple grille de barbel&#233;s qui a permis l'expulsion imm&#233;diate de 116 autres migrants, le 23 ao&#251;t. Sans autre forme de proc&#232;s. Sans v&#233;rifier si parmi eux se trouvaient des mineurs ou des personnes relevant du droit d'asile. Pour cela, les autorit&#233;s locales ont d&#233;poussi&#233;r&#233; un accord bilat&#233;ral, datant de 1992, qui autorise le renvoi de citoyens de pays tiers vers le Maroc &#8211; accord inique ayant inspir&#233; des arrangements plus r&#233;cents de l'Union europ&#233;enne avec la Turquie ou la Libye. Pour justifier une telle violation du droit, la police a arr&#234;t&#233; dix Subsahariens, accus&#233;s par des t&#233;moignages sous X d'avoir port&#233; des coups aux gardes-fronti&#232;res et d'&#234;tre les chefs d'une &#171; organisation &#187;. Les inculp&#233;s clament leur innocence et pointent un racisme institutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette criminalisation&lt;/strong&gt; des candidats &#224; l'exil vient l&#233;gitimer &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; la guerre men&#233;e contre eux. Rendra-t-elle pr&#233;sentables les quinze morts par noyade du 6 f&#233;vrier 2014 sur la plage du Tarajal, quand la &lt;i&gt;Guardia civil&lt;/i&gt; avait tir&#233; balles en caoutchouc et gaz lacrymog&#232;ne sur un groupe de nageurs tentant d'atteindre le sol espagnol ? En attendant, le Maroc vient&#8200;d'obtenir&#8200;130&#8200;millions d'euros de Bruxelles pour g&#233;rer d'une main de fer la fronti&#232;re ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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