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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fan de fanzine : &#171; Il faut que ce soit un peu d&#233;gueulasse &#187;</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Du brut. R&#226;peux comme un cul sec de rhum. Rude comme une descente de trip. Mais quand m&#234;me putain de lumineux. L'essence du punk, quoi, joliment symbolis&#233;e par les fanzines sortis par Alexandre Simon en vingt ans de pr&#233;sence dans le mouvement : Black Lung, Ratcharge, Freak Out et Psycho Disco. &#192; chaque fois, du bricolage, &#224; grand renfort de ciseaux, de colle UHU et d'allers-retours au photocopieur. Mais du bricolage de pro, classe et qui envoie. Retour sur vingt ans de fanzinat. Tu as (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du brut. R&#226;peux comme un cul sec de rhum. Rude comme une descente de trip. Mais quand m&#234;me putain de lumineux. L'essence du punk, quoi, joliment symbolis&#233;e par les fanzines sortis par Alexandre Simon en vingt ans de pr&#233;sence dans le mouvement : &lt;i&gt;Black Lung, Ratcharge, Freak Out&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Psycho Disco&lt;/i&gt;. &#192; chaque fois, du bricolage, &#224; grand renfort de ciseaux, de colle UHU et d'allers-retours au photocopieur. Mais du bricolage de pro, classe et qui envoie. Retour sur vingt ans de fanzinat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2210 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH359/-483-589e2.jpg?1781054840' width='500' height='359' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Bertoyas.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as lanc&#233; ton premier fanzine &#224; 16 ans &#8211; comment &#231;a a commenc&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai chop&#233; le virus avant m&#234;me de savoir que les fanzines existaient. &#192; 12 ans, je m'isolais dans ma chambre pour bricoler de faux magazines, dont des programmes TV &#8211; je n'y mettais que les &#233;missions que j'aimais bien. Plus tard, au lyc&#233;e, je faisais un peu de BD, je dessinais mes potes. Et un jour, j'ai compris que je pouvais photocopier les dessins et multiplier &#224; l'envi le nombre d'exemplaires. Une r&#233;volution &#8211; &#224; partir de l&#224;, le photocopieur est devenu mon alli&#233;. J'ai imprim&#233; quinze exemplaires du truc, je les ai apport&#233;s au lyc&#233;e, et j'ai forc&#233; mes potes &#224; les acheter pour cinq francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, j'ai d&#233;couvert l'existence des fanzines punk via des br&#232;ves dans la presse rock. &#192; l'&#233;poque, j'habitais Savigny-sur-Orge, trou paum&#233; ultra-conservateur en Essonne. C'&#233;tait un d&#233;sert culturel, alors je sautais sur la moindre occasion d'&#233;largir mon horizon. Donc j'ai command&#233; un de ces fanzines. Qui m'a plu. Et inspir&#233;. &#192; tel point que j'ai lanc&#233; le mien, &lt;i&gt;Black Lung&lt;/i&gt;, un mix entre fanzine punk et faux magazine. Dans le premier num&#233;ro, il n'y avait m&#234;me pas d'interview de groupe &#8211; je n'en connaissais aucun. Je reprenais surtout des articles pioch&#233;s ailleurs, un peu modifi&#233;s. Et je les agr&#233;mentais de dessins, de textes sur des disques que je n'avais pas forc&#233;ment &#233;cout&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le premier num&#233;ro, je me suis essay&#233; &#224; l'interview. J'avais r&#233;cup&#233;r&#233; une paire de cassettes de groupes locaux, je leur ai &#233;crit. Ces lettres, c'&#233;tait comme des bouteilles &#224; la mer, je ne voyais aucune raison qu'on me r&#233;ponde. &#199;a a pourtant &#233;t&#233; le cas. Une r&#233;v&#233;lation &#8211; j'ai commenc&#233; &#224; envoyer plein de courriers aux groupes. Je chopais un contact, je lui &#233;crivais et je croisais les doigts. Quand je recevais une r&#233;ponse, j'&#233;tais comme un dingue... &#192; l'&#233;poque, je ne me d&#233;finissais pas comme un punk, j'&#233;tais juste un ado fan de punk qui essayait de faire quelque chose sans trop savoir quoi. Il y avait ce monde qui me semblait inaccessible, celui de la bande-son punk accompagnant les vid&#233;os de skate ou des groupes de punk californiens passant &#224; la radio. Mais j'essayais quand m&#234;me de l'atteindre &#8211; peu importait que mes tentatives soient laborieuses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fur et &#224; mesure, ta pratique a d&#251; &#233;voluer...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le premier num&#233;ro de &lt;i&gt;Black Lung&lt;/i&gt; &#233;tait imprim&#233; en recto &#8211; je n'ai compris qu'ensuite que je pouvais faire du recto-verso. J'ai sorti les num&#233;ros suivants &#224; une trentaine d'exemplaires, et j'en ai envoy&#233; &#224; des groupes. En retour, j'ai re&#231;u des timbres, des demandes d'envoi, des flyers. Grisant &#8211; d'un coup, je faisais partie de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il y a eu la d&#233;couverte du traitement de texte et d'Internet, en 2002. &#199;a m'a permis de contacter des groupes &#224; l'&#233;tranger, de faire des interviews par mail. J'ai aussi appris sur le tas &#224; traduire des textes. Mais ce sont les seules vraies &#233;volutions techniques. J'ai continu&#233; &#224; user principalement des ciseaux et de la colle pour r&#233;aliser mes fanzines &#8211; c'est toujours le cas. Je n'appr&#233;cie pas les logiciels de mise en page, leur utilisation est trop impersonnelle, et l'esth&#233;tique que j'aime s'accommode mal de l'informatique : il faut que ce soit un peu d&#233;gueulasse, brut, avec du grain. Et je veux pouvoir trafiquer mes images au photocopieur, les distordre pour obtenir un aspect crade, grossir des trucs, utiliser la fonction Invers&#233; pour faire du blanc sur noir, etc.
Niveau contenu, j'ai rapidement inclus des textes qui ne documentaient pas la musique, mais la vie qui allait avec &#8211; des opinions et histoires qui, avec le temps, sont devenues aussi importantes que le reste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et ton fanzine s'est fait une place dans la sc&#232;ne punk...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a &#233;t&#233; progressif. Apr&#232;s le lyc&#233;e, j'ai quitt&#233; la banlieue pour Rennes. &#192; l'&#233;poque, je faisais la manche dans la rue et je vendais &lt;i&gt;Black Lung&lt;/i&gt; aux passants. Ils pensaient acheter le magazine des SDF, mais tombaient sur des dessins trash et des articles sur des groupes inconnus... Surprise ! Je ne suis pas rest&#233; longtemps &#224; Rennes, mais j'y ai d&#233;couvert les squats et &lt;i&gt;Maximum Rock'n'Roll&lt;/i&gt;, le plus vieux magazine punk, un mensuel de plus de cent pages lu dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais alors 19 ans et je me prenais tarte sur tarte en termes de d&#233;couverte. Je tra&#238;nais beaucoup dans les squats parisiens, en qu&#234;te de ces groupes dont j'avais lu les chroniques dans &lt;i&gt;Maximum Rock'n'Roll.&lt;/i&gt; J'arrivais avec mon sac plein d'exemplaires de &lt;i&gt;Black Lung&lt;/i&gt;, j'osais &#224; peine les sortir, je n'en menais pas large. Mais les gens se montraient enthousiastes &#8216;&#8216; Wouah, trop bien, t'as fait un fanzine ! '' Ils me filaient des thunes, en parlaient autour d'eux. Certains se sont mis &#224; participer. C'&#233;tait motivant, je me sentais comme un gamin &#224; Euro Disney.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, &#224; 24 ans, j'ai lanc&#233; un nouveau fanzine, &lt;i&gt;Ratcharge&lt;/i&gt; &#8211; de 2004 &#224; 2014, il est devenu ma principale activit&#233;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une tr&#232;s belle anthologie de Ratcharge a &#233;t&#233; publi&#233;e en 2017 aux &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il m'a accompagn&#233; dans mes p&#233;r&#233;grinations, mes voyages ; m&#234;me &#224; l'&#233;tranger, j'ai continu&#233; &#224; le sortir. Au final, en dix ans, j'ai d&#251; en photocopier dix mille exemplaires, en une trentaine de num&#233;ros. C'&#233;tait un projet plus ambitieux que &lt;i&gt;Black Lung&lt;/i&gt;, mais quand m&#234;me assez confidentiel. &#199;a ne m'a jamais rapport&#233; d'argent, je suis juste rentr&#233; dans mes (maigres) frais. Mais je trouve &#231;a sain, de bosser dur sans rien attendre en &#233;change. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ratcharge&lt;/i&gt; , c'&#233;tait &#224; la fois un fanzine et plus que &#231;a &#8211; l'urgence du punk doubl&#233;e d'une grande exigence...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma motivation premi&#232;re &#233;tait de produire vite. Surtout au d&#233;but : &#231;a me permettait de d&#233;couvrir une tonne de groupes, je construisais en m&#234;me temps ma culture punk. Mais j'ai en effet toujours port&#233; une certaine exigence : je voulais r&#233;aliser le fanzine de mes r&#234;ves, celui qui n'existe nulle part. De fa&#231;on assez obsessionnelle, j'ai essay&#233; de m'en approcher &#224; chaque num&#233;ro. La plupart du temps, sans succ&#232;s &#8211; &#224; mes yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voulais le contenu le plus riche possible, j'ai donc fait appel &#224; des contributeurs. Et comme la version du punk qui m'int&#233;ressait &#233;tait peu visible en France, j'ai aussi invit&#233; des inconnus vivant &#224; l'&#233;tranger. En v&#233;rit&#233;, je proposais &#224; tout le monde de participer... Je crois que toutes mes ex-copines ont &#233;crit dans le zine, et beaucoup de potes. En g&#233;n&#233;ral, les gens se montraient enthousiastes &#224; l'id&#233;e de r&#233;diger un texte, m&#234;me s'ils craignaient de ne pas &#234;tre &#224; la hauteur. Je leur disais : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;On s'en fout, &#233;cris comme tu parles.&lt;/i&gt; '' Je ne corrigeais rien, je passais les textes tels quels. De la parole brute, ce qui est un aspect tr&#232;s propre au fanzine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portes-tu
sur la sc&#232;ne punk, parfois
un peu ferm&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'un c&#244;t&#233;, oui, c'est un milieu ferm&#233; et assez dur dans lequel tu te dis &#8216;&#8216; Il y a eux et il y a nous ''. Et ce nous passe notamment par des signes distinctifs, un t-shirt ou la liste de groupes que tu es capable de sortir dans une discussion. &#199;a a bien s&#251;r un c&#244;t&#233; excluant, parfois revendiqu&#233; comme tel. &#199;a m'a longtemps plu, j'avais l'impression d'appartenir &#224; une soci&#233;t&#233; secr&#232;te. Mais maintenant que j'ai la trentaine, j'ai parfois tendance &#224; le ressentir comme une prison. C'est pour &#231;a que j'essaye r&#233;guli&#232;rement de faire des pas de c&#244;t&#233; &#8211; m&#234;me si je sors un nouveau fanzine, &lt;i&gt;Psycho Disco&lt;/i&gt;, et participe au label punk Cool Marriage Records.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet aspect ferm&#233; a aussi des aspects positifs : &#231;a limite la r&#233;cup&#233;ration, toujours probl&#233;matique avec le punk, et &#231;a participe &#224; construire une communaut&#233;, notamment &#224; l'international. Quand je voyageais &#224; l'arrache, je savais que je trouverais toujours un endroit o&#249; dormir. Il me suffisait d'envoyer deux mails pour &#234;tre accueilli par des inconnus. Au final la construction de ce r&#233;seau est le truc le plus concret et radical qu'a donn&#233; le mouvement punk. Loin du &#8216;&#8216; glamour '' de la musique, hein. Plut&#244;t toutes les choses qu'il faut g&#233;rer en coulisses : organiser les concerts, accueillir les groupes, nettoyer les chiottes, tenir le bar, ouvrir l'infoshop, faire des fanzines, monter un label&#8230; C'est gr&#226;ce &#224; toutes ces t&#226;ches que cette sc&#232;ne tient. C'est &#224; nous, &#231;a nous appartient, et &#231;a, c'est une fin en soi. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une tr&#232;s belle anthologie de &lt;i&gt;Ratcharge&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; publi&#233;e en 2017 aux &#201;ditions des mondes &#224; faire. &#199;a s'appelle &lt;i&gt;Entre un n&#233;ant et un autre&lt;/i&gt;, et c'est aussi passionnant que tr&#232;s bien &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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