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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Il y a une fin dans le travail salari&#233;, mais le travail de subsistance ne s'arr&#234;te jamais &#187;</title>
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		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand les usines s'en vont ? Que deviennent les villes, les gens, les liens ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, les six membres du collectif Rosa Bonheur ont arpent&#233; pendant quatre ans un ancien bastion de l'industrie textile : Roubaix. Dans leur livre La Ville vue d'en bas, ces chercheurs en sciences sociales racontent la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;brouille, la nostalgie et les solidarit&#233;s des anciens ouvriers ; mais aussi la lutte des classes pour l'espace urbain. Hakim est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail-industriel" rel="tag"&gt;travail industriel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand les usines s'en vont ? Que deviennent les villes, les gens, les liens ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, les six membres du collectif Rosa Bonheur ont arpent&#233; pendant quatre ans un ancien bastion de l'industrie textile : Roubaix. Dans leur livre &lt;i&gt;La Ville vue d'en bas&lt;/i&gt;, ces chercheurs en sciences sociales racontent la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;brouille, la nostalgie et les solidarit&#233;s des anciens ouvriers ; mais aussi la lutte des classes pour l'espace urbain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH345/-1789-853dd.jpg?1783061409' width='500' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Pirrik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hakim est m&#233;canicien de rue. Il fait travailler les jeunes du quartier et d&#233;panne les voisins. Sofian, la vingtaine, r&#233;alise l'autoconstruction d'un immeuble. Kadouja, fra&#238;chement retrait&#233;e, mais depuis longtemps dans la pr&#233;carit&#233;, ne se m&#233;nage pas. Elle est de tous les collectifs, de toutes les associations. Didier vend les cages aux oiseaux qu'il fabrique, &#171; &lt;i&gt;&#224; deux, trois euros pi&#232;ce&lt;/i&gt; &#187;, aux puces du quartier. Tous vivent &#224; Roubaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tours et d&#233;tours de leurs vies sont racont&#233;s dans &lt;i&gt;La Ville vue d'en bas. Travail et production de l'espace populaire&lt;/i&gt;, passionnant ouvrage publi&#233; en 2019 aux &#201;ditions Amsterdam. Les auteurs, un collectif de chercheurs lillois baptis&#233; Rosa Bonheur, y relatent quatre ann&#233;es d'enqu&#234;te ethnographique : des observations et des entretiens men&#233;s au gr&#233; des rencontres dans cette ville du Nord, cas presque id&#233;al-type, tant elle a subi la d&#233;sindustrialisation de plein fouet, passant de fleuron de l'industrie textile &#224; commune parmi les plus pauvres de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de donner dans l'enqu&#234;te surplombante, le collectif s'est mis &#224; hauteur d'habitants et a choisi de raconter les espaces sociaux et g&#233;ographiques en mettant l'accent sur la production, les savoir faire, l'entraide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Bory et Jos&#233;-Angel Calder&#243;n sont sociologues. La premi&#232;re m&#232;ne de front deux chantiers : elle s'int&#233;resse autant &#224; la philanthropie des &#233;lites &#233;conomiques qu'aux cons&#233;quences de la d&#233;sindustrialisation sur les classes populaires. Le second &#233;tudie les transformations de l'emploi et du travail. Visite guid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi Roubaix est-elle une ville de choix pour analyser l'impact de la d&#233;sindustrialisation sur un territoire et ses habitants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne Bory :&lt;/strong&gt; &#171; C'est une ville marqu&#233;e par la mono-industrie ; depuis le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tout le d&#233;veloppement local a &#233;t&#233; orient&#233; par les besoins en main-d'&#339;uvre de l'industrie textile. La population ouvri&#232;re est vite devenue internationale : belge, europ&#233;enne puis nord-africaine. Quand les d&#233;tenteurs du capital ont d&#233;cid&#233; de d&#233;localiser, en ne gardant sur place que les activit&#233;s de conception qui n&#233;cessitent une main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e, l'activit&#233; proprement industrielle a baiss&#233;, puis disparu. Tout n'a pas ferm&#233; d'un coup, il y a eu des restructurations permanentes des ann&#233;es 1960 jusqu'au milieu des ann&#233;es 2000. Mais les populations locales, form&#233;es et install&#233;es ici pour ce travail-l&#224;, se sont retrouv&#233;es sans emploi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233;-Angel Calder&#243;n :&lt;/strong&gt; &#171; Roubaix correspond au mod&#232;le de la ville-usine, une structuration urbaine que l'on retrouve &#224; Li&#232;ge ou Charleroi, en Belgique. Tout a &#233;t&#233; pens&#233; pour l'usine et donc pour loger les ouvriers &#224; proximit&#233;. La ville s'est construite pour et autour de la production industrielle, la mairie a souvent &#233;t&#233; aux mains du patronat ou cog&#233;r&#233;e avec lui. Mais la classe ouvri&#232;re a eu un vrai poids dans l'agenda municipal jusque dans les ann&#233;es 1980 ; Roubaix a &#233;t&#233; une des villes phares du socialisme municipal. Des infrastructures culturelles et sportives ont par exemple &#233;t&#233; pens&#233;es pour les ouvriers. &#192; la fermeture des usines, il y a eu une vraie rupture. En plus, dans un contexte de m&#233;tropolisation avec Lille et Tourcoing, ph&#233;nom&#232;ne qui a aspir&#233; les ressources. Roubaix en est sortie perdante. La ville est devenue entrepreneuriale, il n'y a plus de projet municipal &#8211; ou, en tout cas, le projet choisi ne s'adresse plus &#224; sa population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle m&#233;moire reste-t-il du &#171; temps des usines &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; On a rencontr&#233; une association d'anciens salari&#233;s du textile : &#233;videmment, chez eux, cette m&#233;moire est tr&#232;s pr&#233;sente et le travail &#224; l'usine est appr&#233;hend&#233; sous l'angle de la nostalgie, avec une mise en avant forte de l'int&#233;gration sociale et des solidarit&#233;s ouvri&#232;res. Leurs discours ont tendance &#224; gommer la dimension conflictuelle du travail &#224; l'usine, sa duret&#233;, parce qu'ils veulent peser dans l'agenda politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes que nous avons rencontr&#233;es &#233;taient souvent des filles d'ouvriers du textile ou des &#233;pouses d'ouvriers licenci&#233;s &#8211; ce qui ne veut &#233;videmment pas dire qu'il n'y a pas eu d'ouvri&#232;res : elles &#233;taient nombreuses dans le secteur de la filature. Mais celles avec qui nous avons pass&#233; du temps nous ont surtout parl&#233; du quotidien qui change quand le mari ne travaille plus &#224; l'usine. En termes de temps, de moyens financiers, d'interd&#233;pendances. Elles nous ont aussi racont&#233; dans quel &#233;tat de fatigue revenaient les p&#232;res ou les &#233;poux, ce qu'ils racontaient de l'usine. Pour ces enqu&#234;t&#233;es, il s'agit d'un lieu pr&#233;sent, mais assez lointain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Parmi les hommes, le sentiment d'injustice est tr&#232;s pr&#233;sent dans les discours. Ce n'est pas un regret de l'usine mais un sentiment d'&#234;tre laiss&#233;s pour compte, d'avoir &#233;t&#233; abandonn&#233;s. On dit que Roubaix a &#233;t&#233; en crise, est en crise. C'est vrai pour ses habitants les plus pauvres, mais les capitaux, eux, n'ont jamais &#233;t&#233; en crise. Ils sont toujours l&#224;. Les grandes familles sont toujours l&#224;, celles qui ont fait fortune sur le dos des Roubaisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; des ouvriers, notamment dans les phases initiales du traitement de la laine, &#233;tait tr&#232;s dure, les t&#226;ches extr&#234;mement p&#233;nibles. On a recueilli assez peu de r&#233;cits sur ce qui se passait dans ces usines mais les traces sont encore visibles sur les corps, us&#233;s et fatigu&#233;s. Les Roubaisiens ont une esp&#233;rance de vie pr&#232;s de trois ans inf&#233;rieure &#224; la moyenne nationale. En r&#233;alit&#233;, les r&#233;cits positifs sur la vie d'avant, la vie d'usine, sont surtout le fait de celles et ceux qui veulent mettre en valeur le patrimoine industriel. Il faut vraiment nuancer ces discours : oui, contrairement &#224; aujourd'hui, les gens avaient un emploi mais les conditions de vie &#233;taient aussi tr&#232;s dures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; En revanche, il existe une m&#233;moire tr&#232;s pratique du travail industriel dans les activit&#233;s manuelles aujourd'hui exerc&#233;es par ces anciens salari&#233;s, comme la r&#233;paration automobile ou le jardinage. Cette valorisation tr&#232;s forte du travail &lt;i&gt;fait main&lt;/i&gt; n'est pas rattach&#233;e dans le discours aux anciennes usines, mais en pratique elle est un h&#233;ritage de ce travail industriel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; C'est ce que la sociologue Florence Weber appelle le &#8220;travail-&#224;-c&#244;t&#233;&#8221; : le bricolage, la couture, etc. Tout cela constitue un autre rapport, y compris esth&#233;tique, au monde, et contribue &#224; la production d'une culture ouvri&#232;re o&#249; les savoir-faire sont centraux. &#199;a n'a pas disparu avec la fermeture des usines ; simplement, ces activit&#233;s qui &#233;taient &#224; l'&#233;poque consid&#233;r&#233;es comme du travail &#224; la marge, &lt;i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, sont aujourd'hui devenues centrales, comme la r&#233;paration, l'autor&#233;habilitation du b&#226;ti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Que font les gens qui ne font rien ?&lt;/i&gt; &#187; C'est une interrogation que vous posez dans votre livre, en y r&#233;pondant tr&#232;s vite : tous continuent &#224; faire, &#224; travailler. Comment l'activit&#233; se r&#233;organise-t-elle apr&#232;s les fermetures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; M&#234;me si l'emploi industriel a quasi int&#233;gralement disparu, il demeure de l'emploi salari&#233; populaire dans les services &#224; la personne, dans l'associatif, &#224; Roubaix et autour. Quelques industries, notamment &#224; la fronti&#232;re belge, continuent d'embaucher aussi, de mani&#232;re pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a du travail non salari&#233;, le travail de subsistance, comme le nomme la sociologue allemande Maria Mies, qui recoupe l'ensemble des activit&#233;s permettant de garder la t&#234;te hors de l'eau. Certaines de ces activit&#233;s sont r&#233;mun&#233;r&#233;es, c'est le cas de la m&#233;canique &#224; ciel ouvert ou de tout ce qui se passe entre deux portes, des petites prestations qui sortent du march&#233; officiel, comme le soin &#224; la personne, la fabrication de meubles, d'objets. Pour d'autres activit&#233;s encore, il n'y a pas de r&#233;mun&#233;ration mon&#233;taire mais un syst&#232;me d'&#233;change et de r&#233;ciprocit&#233;, soit dans la famille ou la maisonn&#233;e, soit via des interconnaissances, dans la rue, le quartier, la ville. Il peut alors s'agir de gestion des papiers administratifs, de travail &#233;ducatif, de petits travaux ou tout simplement de r&#233;ussir &#224; consommer avec des moyens r&#233;duits. C'est un vrai travail : s'adapter &#224; un budget serr&#233;, calculer les prix en fonction de la qualit&#233; des produits. De la m&#234;me fa&#231;on, r&#233;parer, produire soi-m&#234;me, faire de la couture, la cuisine : ce sont des formes de travail tr&#232;s concr&#232;tes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les cons&#233;quences de ce &#171; travail de subsistance &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; L'int&#233;gralit&#233; du temps est colonis&#233;e par ce travail. On sort du mod&#232;le &#8211; d'ailleurs tr&#232;s masculin &#8211; des trois-huit. Il y a une fin dans le travail salari&#233; mais le travail de subsistance, lui, ne s'arr&#234;te jamais et concerne l'int&#233;gralit&#233; du temps. Les femmes que nous avons rencontr&#233;es ont un agenda de ministre, elles ne font jamais une seule chose &#224; la fois et les 24 heures de la journ&#233;e ne suffisent pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Ce qui change, c'est le contexte dans lequel ces activit&#233;s sont faites : celui d'une &#8220;d&#233;salarisation&#8221;. Il ne s'agit pas uniquement de la forme du contrat de travail, mais aussi du fait d'avoir acc&#232;s ou non &#224; la protection sociale, &#224; des politiques sociales d'entreprise, &#224; un collectif ouvrier organis&#233;. D&#233;sormais, et c'est le cas pour tout le monde, il faut travailler plus, avec moins de moyens et moins d'argent. Pour le travail de soin &lt;i&gt;[le &#8220;care&#8221;]&lt;/i&gt;, les personnes doivent de plus en plus s'occuper seules de leurs proches malades car la qualit&#233; du service public baisse. La d&#233;gradation du b&#226;ti est &#233;galement assez ph&#233;nom&#233;nale, donc les gens doivent se d&#233;brouiller en r&#233;parant eux-m&#234;mes leur habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on a fait le pari de nommer &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; toutes ces activit&#233;s. De la m&#234;me fa&#231;on que le f&#233;minisme parle de travail domestique, qui est un vrai travail sauf qu'il n'est pas consid&#233;r&#233; comme tel. Il faut reconna&#238;tre le travail de subsistance comme &#233;tant du travail, pour repenser les liens sociaux dans une soci&#233;t&#233; qui a tendance &#224; marginaliser ces personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre sujet : comment le territoire, longtemps organis&#233; autour des usines, se transforme-t-il une fois celles-ci ferm&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; L'arr&#234;t de l'industrie change fondamentalement le d&#233;cor, parce qu'il a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; pour elle. Mais les usines ne disparaissent pas, du moins pas tout de suite. Il y a des friches, des terrains inutilis&#233;s. Certains b&#226;timents sont r&#233;habilit&#233;s pour faire du logement destin&#233; aux classes moyennes sup&#233;rieures, des lofts ou des bureaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Le pass&#233; est encore pr&#233;sent : il reste des chemin&#233;es d'usine de tr&#232;s grands b&#226;timents industriels. L'usage d'une grande partie du b&#226;ti change mais l'organisation urbaine reste assez stable. &#192; Roubaix, il y a des quartiers r&#233;sidentiels tr&#232;s luxueux, toujours occup&#233;s par les m&#234;mes familles ayant fait fortune dans l'industrie, et des logements ouvriers en brique, qui sont encore aujourd'hui le lieu de vie des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, d'anciens quartiers ouvriers ont &#233;t&#233; d&#233;truits, mais cette disparition est assez r&#233;cente. Elle s'effectue d'ailleurs sous couvert de r&#233;novation et d'am&#233;lioration de l'habitat, surtout pens&#233;es pour virer les pauvres. Mais ce n'est pas tr&#232;s efficace. Roubaix reste une ville tr&#232;s populaire et les nouveaux habitants qui viennent s'y installer sont eux aussi plut&#244;t pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'il existe une politique de &#8220;d&#233;densification&#8221; qui s'attaque essentiellement aux quartiers les plus pr&#233;caires. Le probl&#232;me, c'est que &#8220;d&#233;densifier&#8221; a pour cons&#233;quence de briser les liens sociaux ; c'est comme si on s'attaquait &#224; un collectif de travail en supprimant un poste de travail sur deux, tant l'habitat, la rue et les &#233;changes de proximit&#233; qu'ils induisent entre voisins sont importants. Les &#233;conomies de subsistance que l'on d&#233;crit n'auraient pas pu appara&#238;tre ailleurs que dans ces villes ouvri&#232;res, construites de mani&#232;re particuli&#232;re, ouvertes sur la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, celui de la fa&#231;on dont la m&#233;moire s'inscrit dans le paysage, le quartier de l'Union, qui abritait plusieurs tr&#232;s grandes usines et des logements ouvriers, a par exemple &#233;t&#233; compl&#232;tement ras&#233; au milieu des ann&#233;es 2000 et les pouvoirs publics y ont construit un centre pour le textile innovant, avec le projet d'un &#233;coquartier destin&#233; aux classes moyennes. Les anciens ouvriers se sont alors constitu&#233;s en collectif, l'Union des gens du textile, pour tenter de peser dans cet espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;fendez le concept de &#171; centralit&#233; populaire &#187; pour d&#233;finir des quartiers souvent d&#233;sign&#233;s comme p&#233;riph&#233;riques qui seraient au contraire centraux &#171; &lt;i&gt;car ils cumulent des fonctions d'acc&#232;s au logement et d'ancrage r&#233;sidentiel, d'activit&#233;s &#233;conomiques et de travail&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; La centralit&#233; populaire est un outil. Les gens s'entraident pour acheter, louer ou r&#233;nover des logements par exemple. C'est n&#233;cessaire pour ces populations qui sont souvent discrimin&#233;es sur ces questions, et c'est encore plus vrai pour les personnes racis&#233;es. Les habitants disputent l'espace au capital et aux processus de gentrification, ils luttent contre des administrateurs qui veulent interdire tel march&#233; aux puces ou imposer les formes et l'organisation d'un nouveau potager collectif, tout en supprimant des jardins ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; Il y a une conflictualit&#233; dans la gestion de l'espace. C'est bien pour &#231;a qu'il y a des formes de contr&#244;le social sur la r&#233;novation des logements ou sur l'activit&#233; de m&#233;canique &#224; ciel ouvert. De nouvelles normes ou des interdictions sont prises car ce n'est pas conforme aux attentes esth&#233;tiques des classes moyennes sup&#233;rieures. Le fait m&#234;me que les populations les plus populaires utilisent l'espace rend celui-ci moins attractif &#224; leurs yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le dossier &#171; Apr&#232;s l'usine &#187; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand l'usine a ferm&#233;, que reste-t-il ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Quand-l-usine-a-ferme-que-reste-t</link>
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		<dc:date>2021-06-04T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction du dossier publi&#233; dans le num&#233;ro 199 de CQFD. Il y est question d'usines en carafe, de territoires sinistr&#233;s et d'anciens ouvriers qui luttent mais parfois sombrent. En octobre dernier, L'Usine nouvelle appelait &#231;a &#171; la deuxi&#232;me vague &#187; : apr&#232;s l'&#233;pid&#233;mie de Covid, celle des plans sociaux. Selon les calculs de l'hebdomadaire, trente-six fermetures de sites industriels venaient d'&#234;tre d&#233;cid&#233;es aux quatre coins de la France, impactant directement 5 350 personnes. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tata-Wikipedia" rel="tag"&gt;Tata Wikip&#233;dia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/industriels" rel="tag"&gt;industriels&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salaries" rel="tag"&gt;salari&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sites-749" rel="tag"&gt;sites&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction du dossier publi&#233; dans le num&#233;ro 199 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Il y est question d'usines en carafe, de territoires sinistr&#233;s et d'anciens ouvriers qui luttent mais parfois sombrent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH526/-1784-9a4f8.jpg?1783203258' width='500' height='526' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Victor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En octobre dernier, &lt;i&gt;L'Usine nouvelle&lt;/i&gt; appelait &#231;a &#171; la deuxi&#232;me vague &#187; : apr&#232;s l'&#233;pid&#233;mie de Covid, celle des plans sociaux. Selon les calculs de l'hebdomadaire, trente-six fermetures de sites industriels venaient d'&#234;tre d&#233;cid&#233;es aux quatre coins de la France, impactant directement 5 350 personnes. Mais, virus ou pas, l'h&#233;morragie ne date pas d'hier : &#171; &lt;i&gt;Entre 1970 et 2020, la France est le pays europ&#233;en qui s'est le plus d&#233;sindustrialis&#233;, avec une perte de 2,5 millions d'emplois industriels depuis 1974&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Tata Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res d&#233;cennies, quand les m&#233;dias daignent &#233;voquer le sort des ouvriers d'usine, c'est donc surtout pour annoncer la fermeture d'un ancien fleuron de l'&#233;conomie et, souvent, relater la mobilisation des salari&#233;s oppos&#233;s &#224; leur licenciement. Puis s'&#233;gr&#232;nent les chiffres : le nombre de salari&#233;s licenci&#233;s, le montant des primes qu'ils ont touch&#233;es, le taux de ch&#244;mage du bassin d'emploi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les chiffres disent peu ; de l'humain, ils ne racontent pratiquement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deviennent les ouvriers, une fois le combat perdu et les grilles de l'usine cadenass&#233;es ? Vers quel horizon se tourner apr&#232;s l'arr&#234;t des pointeuses et le d&#233;montage de l'enseigne ? Et quel avenir pour les villes, les quartiers d&#233;sindustrialis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce type de questions qui agitent ce dossier o&#249; nous nous aventurons &#224; creuser &lt;i&gt;l'apr&#232;s&lt;/i&gt;. Il s'agit de dire la violence d'une fermeture d'usine &#8211; le salaire parfois confortable, les sociabilit&#233;s et le sentiment d'utilit&#233; perdus &#8211; sans pour autant nier la p&#233;nibilit&#233; du labeur pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rappeler que, lorsqu'un site industriel dispara&#238;t, c'est tout un univers qui s'envole en fum&#233;e. Et que, pour certains, c'est une amputation. Dans son livre-reportage &lt;i&gt;Le Quai de Ouistreham&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de l'Olivier, 2010.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la journaliste Florence Aubenas &#233;voque un ancien employ&#233; de feu la Soci&#233;t&#233; m&#233;tallurgique de Normandie : &#171; &lt;i&gt;Le mari de Victoria travaillait l&#224;, il ne voyait pas d'autre vie possible. Quand l'usine s'est d&#233;finitivement arr&#234;t&#233;e, le 6&lt;/i&gt; &lt;i&gt;novembre 1993, il est tomb&#233; malade, le soir m&#234;me, gravement, comme beaucoup d'autres.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#192; Caen, les gens parlent peu de l'usine engloutie : ceux qui ont v&#233;cu l'histoire &#233;vitent de passer par l&#224;, ils prennent une autre route, ou alors tournent la t&#234;te du c&#244;t&#233; oppos&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les ouvriers dont l'entreprise a ferm&#233;, &#171; &lt;i&gt;un d&#233;dommagement financier ne r&#233;pare pas le pr&#233;judice de la remise en question de leur monde&lt;/i&gt; &#187;, rappelle dans ces colonnes la sociologue Dani&#232;le Linhart &lt;i&gt;[pp. IV &amp; V]&lt;/i&gt;. Exemple : &#171; &lt;i&gt;Avec mes coll&#232;gues, on&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;tait une famille,&lt;/i&gt; racontait r&#233;cemment &#224; France Culture un ancien de l'usine de pneus Bridgestone du Pas-de-Calais. &lt;i&gt;Quand on terminait notre service, on allait souvent chez l'un ou chez l'autre pour boire un verre, faire une partie de cartes. Tout cela va me manquer&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; B&#233;thune, rebondir apr&#232;s Bridgestone &#187;, reportage diffus&#233; le 3 mai dernier.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive aussi qu'une disparition d'usine ait des cons&#233;quences franchement tragiques. Ainsi de l'histoire de Slatko, ouvrier accul&#233; au suicide apr&#232;s la liquidation, en 2016, de son usine de fabrication de remorques de Meurthe-et-Moselle &lt;i&gt;[p. V]&lt;/i&gt;. Un homme broy&#233; par un syst&#232;me qui, profits obligent, n'h&#233;site pas &#224; ordonner qu'une usine plie boutique alors qu'elle aurait pu continuer sa route encore un temps. Les amateurs de plans sociaux, actionnaires et autres liquidateurs judiciaires qui capitalisent sur des vies humaines, feraient bien de s'extraire un instant de leurs consid&#233;rations sonnantes et tr&#233;buchantes pour envisager ce que fermer une usine signifie vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elles laissent des traces ind&#233;l&#233;biles sur les gens, les fermetures de sites bouleversent aussi les territoires. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait l'entreprise du village, le poumon du bled, &lt;/i&gt;raconte Philippe Guilloux, r&#233;alisateur du documentaire &lt;i&gt;Les Illettr&#233;es&lt;/i&gt; (2018), au sujet de l'abattoir Gad, un important site agro-industriel breton disparu en 2013. &lt;i&gt;Lampaul-Guimiliau vivait raccord avec les horaires de l'abattoir. Les gens sortaient suivant les heures o&#249; ils embauchaient ou d&#233;bauchaient, &#231;a passait dans les rues, ils achetaient le pain, se rendaient &#224; la maison de la presse...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une ville passe de terre d'industrie &#224; bassin de ch&#244;mage, c'est tout un &#233;quilibre social qui est &#224; r&#233;inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sociologues et g&#233;ographes du collectif Rosa Bonheur ont longuement &#233;tudi&#233; l'exemple de Roubaix (Nord), o&#249; les anciens salari&#233;s des usines textiles et leurs enfants se sont retrouv&#233;s &#171; &lt;i&gt;confin&#233;s aux marges du salariat&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;[pp. II &amp; III]&lt;/i&gt;. Montrant &#224; quel point les strat&#233;gies de subsistance aujourd'hui d&#233;ploy&#233;es par ces derniers constituent un vrai travail, leur enqu&#234;te d&#233;crit l'&#233;conomie informelle, la d&#233;brouille, l'entraide, les savoir-faire et la mani&#232;re dont ils fa&#231;onnent un rapport au territoire. Et d&#233;montre, par le positif, comment les gens, par leur implantation g&#233;ographique et l'investissement de la rue, peuvent faire de leur ville et de leur quartier des espaces de r&#233;sistance &#224; la &#171; &lt;i&gt;course &#224; la m&#233;tropolisation&lt;/i&gt; &#187; ainsi qu'&#224; la rel&#233;gation de l'histoire de l'industrie locale au rang de patrimoine culturel &lt;i&gt;bankable&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs une autre question qui se pose : que deviennent les sites industriels une fois d&#233;vitalis&#233;s ? R&#233;ponse rapide : quand ils ne sont pas d&#233;finitivement abandonn&#233;s parce qu'irr&#233;m&#233;diablement pollu&#233;s, ils peuvent devenir des friches culturelles, machines &#224; gentrification plus ou moins gripp&#233;es... ou encore &#234;tre remplac&#233;s par des entrep&#244;ts Amazon dans lesquels les ouvriers des &#171; temps modernes &#187; crapahutent des kilom&#232;tres par jour pour des salaires d&#233;risoires &lt;i&gt;[p. VI]&lt;/i&gt;. Quand les usines ferment, l'exploitation survit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions de l'Olivier, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/reportage-de-la-redaction/a-bethune-rebondir-apres-bridgestone&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; B&#233;thune, rebondir apr&#232;s Bridgestone&lt;/a&gt; &#187;, reportage diffus&#233; le 3 mai dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les technologies dans le feu de l'action</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-technologies-dans-le-feu-de-l</link>
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		<dc:date>2019-09-22T06:36:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Francis Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
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		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
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		<dc:subject>production</dc:subject>
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		<dc:subject>choix technologiques</dc:subject>
		<dc:subject>Noble</dc:subject>
		<dc:subject>technique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Loin du paternalisme de Marx qui, dans Le Capital, conseillait aux ouvriers de &#171; distinguer entre la machine et son emploi capitaliste &#187;, l'historien des sciences et des techniques David Noble en appelle aux luddites et &#224; leur histoire pour lutter contre les ravages de l'informatisation du travail . S'il vient (seulement) de para&#238;tre en France, l'essentiel des textes qui composent Le progr&#232;s sans le peuple &#8211; l'ouvrage le plus court et le plus militant de Noble &#8211; datent du d&#233;but des ann&#233;es (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/progres" rel="tag"&gt;progr&#232;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/choix-technologiques" rel="tag"&gt;choix technologiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Noble" rel="tag"&gt;Noble&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/technique" rel="tag"&gt;technique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Loin du paternalisme de Marx qui, dans&lt;i&gt; Le Capital&lt;/i&gt;, conseillait aux ouvriers de &#171; &lt;i&gt;distinguer entre la machine et son emploi capitaliste&lt;/i&gt; &#187;, l'historien des sciences et des techniques David Noble en appelle aux luddites et &#224; leur histoire pour lutter contre les ravages de l'informatisation du travail&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;David Noble, Le progr&#232;s sans le peuple. Ce que les nouvelles technologies (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH531/-1312-41d8f.jpg?1782640459' width='400' height='531' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S'&lt;/span&gt;il vient (seulement) de para&#238;tre en France, l'essentiel des textes qui composent &lt;i&gt;Le progr&#232;s sans le peuple&lt;/i&gt; &#8211; l'ouvrage le plus court et le plus militant de Noble &#8211; datent du d&#233;but des ann&#233;es 1980. L'historien est alors &#224; la crois&#233;e des chemins. Il a fait des recherches sur l'histoire des rapports serr&#233;s entre science, industrie et grandes entreprises dans les &#201;tats-Unis d'avant-guerre et mis en &#233;vidence le r&#244;le moteur des ing&#233;nieurs dans le fa&#231;onnage de la modernit&#233; am&#233;ricaine. Il a aussi &#233;tudi&#233; pendant des ann&#233;es l'automatisation dans l'industrie &#233;tatsunienne de pointe et d&#233;montr&#233; que ce qui y pr&#233;side tient moins de la rationalit&#233; &#233;conomique et technique que du r&#234;ve d'un contr&#244;le total sur les ouvriers. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), o&#249; il enseigne, est l'&#233;cole d'ing&#233;nieur la plus r&#233;put&#233;e au monde, et ses prises de position font grincer les dents. Il sent pourtant qu'il lui faut &#234;tre capable de rompre avec une certaine retenue universitaire et s'adresser &#224; un public plus large en tenant des propos tranchants afin de profiter de ce qu'il estime &#234;tre une &#171; &lt;i&gt;fen&#234;tre de tir&lt;/i&gt; &#187; pour interrompre l'automatisation en cours. D'o&#249; un texte incisif, marqu&#233; par une prise de parti nette pour l'usage du sabotage et la politisation des choix technologiques au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour Noble, l'&#233;volution des techniques de production&lt;/strong&gt; dans la soci&#233;t&#233; capitaliste n'est ni le reflet du g&#233;nie du genre humain dans son combat pluris&#233;culaire contre la nature, ni le produit d'une logique automatique de diminution de la part du travail humain dans le cadre d'une course g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; la productivit&#233;. Non : lorsque l'on s'attache &#224; voir ce qui se passe r&#233;ellement dans la t&#234;te des ing&#233;nieurs des bureaux des m&#233;thodes, dans la caboche des gestionnaires et des dirigeants, on se rend compte que les techniques de production modernes sont prises au c&#339;ur d'un conflit social et politique, ayant pour enjeu la domestication des travailleurs &#8211; et que c'est depuis cet endroit qu'il faut les soumettre &#224; la critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'instar de ses coll&#232;gues anglo-saxons de l'histoire sociale&lt;/strong&gt; (Thompson, Hobsbawm, Berg), Noble pense que les bris de machine des ann&#233;es 1810-1830 ne sont pas &#224; prendre de haut. On cassait pour emp&#234;cher une restructuration des rapports de production &#224; son d&#233;triment, on cassait pour obtenir des l&#233;gislations protectrices. Il s'agissait de retarder le monde qui s'annon&#231;ait. Ce sont les vainqueurs qui y ont vu des pr&#233;jug&#233;s irrationnels : au moment o&#249; les luddites agissaient, ne r&#233;gnait pas encore l'id&#233;e que le progr&#232;s technique &#233;tait un processus impersonnel et que la machine &#233;tait la manifestation de l'Esprit saint scientifique au sein des fabriques. La casse a eu cet avantage de &#171; &lt;i&gt;susciter l'adh&#233;sion&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;donner coh&#233;rence&lt;/i&gt; &#187;, de relier symboliquement diverses r&#233;sistances et de mettre pour quelques ann&#233;es en difficult&#233; le capitalisme industriel naissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; la moiti&#233; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/strong&gt;, en Angleterre, les ouvriers n'avaient pas encore d'id&#233;es &#171; &lt;i&gt;embrum&#233;es&lt;/i&gt; &#187; sur l'existence d'un &#171; &lt;i&gt;progr&#232;s technique en soi&lt;/i&gt; &#187;, ce n'&#233;tait pas encore une sorte de tabou. Il n'y avait pas encore eu cet &#171; &lt;i&gt;&#233;change de l&#233;gitimit&#233;&lt;/i&gt; &#187; entre scientifiques et industriels qui permit de faire accroire que la machine incarnait la Raison dans les ateliers. Il n'y avait pas encore cette institutionnalisation syndicale, cette professionnalisation de la repr&#233;sentation ouvri&#232;re qui fit que le haut du panier syndical &#8211; &#224; l'&#233;cart des usines et partageant de plus en plus le monde et les valeurs technico-&#233;conomiques du patronat &#8211; finit par se ranger du c&#244;t&#233; de l'adaptation enthousiaste aux nouvelles techniques de production. La r&#233;pression du mouvement luddite s'est doubl&#233;e d'une guerre culturelle contre les attaques de machines, et cette guerre, nous n'en sommes pas encore sortis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&#171; &lt;i&gt;D&#233;poss&#233;d&#233;s de nos capacit&#233;s d'analyse ou de critique&lt;/strong&gt; par les tirs de barrage culturels, on se r&#233;fugie dans des strat&#233;gies alternatives d'apaisement ou d'accommodation, de d&#233;ni ou de dupe, &#233;tourdis de d&#233;sarroi face &#224; cet assaut en apparence irr&#233;ductible &#8211; que les gens de bien nomment &#8220;nouvelles technologies&#8221; &#187;{{}}&lt;/i&gt;. Depuis l'apr&#232;s-guerre &#8211; et le d&#233;but de cette nouvelle r&#233;volution industrielle, sous le signe de l'informatique &#8211; se pr&#233;pare l'automatisation des usines. Et voil&#224; que cela commence r&#233;ellement &#224; fonctionner, alors que le fordisme, depuis les ann&#233;es 1960 est dans une grave crise, que l'indiscipline r&#232;gne dans des usines o&#249; s'affirme un fort pouvoir des ouvriers. L'occasion est trop bonne de faire basculer les choses en faveur du capital. &#171; &lt;i&gt;D'abord l'entreprise modernise, puis elle se d&#233;localise&lt;/i&gt; &#187;. Dans certains cas, l'automatisation permet de se passer d'ouvriers qualifi&#233;s, dans d'autres elle r&#233;duit le besoin de bras. L'informatisation des cha&#238;nes, tout en requ&#233;rant la collaboration de ceux d'en bas, renforce le pouvoir de contr&#244;le de la direction et facilite la mise en cause des individus. Et que fait-on face &#224; ces technologies qui engendrent le chantage &#224; l'emploi et permettent le &#171; &lt;i&gt;maraudage multinational&lt;/i&gt; &#187; des entreprises en qu&#234;te d'une main-d'&#339;uvre toujours moins ch&#232;re ? Trop peu. Noble dresse un panorama de la politisation des choix technologiques dans les entreprises apr&#232;s 68 : il parle des d&#233;l&#233;gu&#233;s (ouvriers) aux &#171; data &#187; qui font leur apparition en 69 en Norv&#232;ge suite &#224; des r&#233;voltes, des sabotages men&#233;s par les ouvriers typographes du &lt;i&gt;Washington Post&lt;/i&gt; et en Australie contre de nouveaux syst&#232;mes, des Lucas, ces ouvriers de l'a&#233;ronautique qui mirent en branle une tentative c&#233;l&#232;bre de r&#233;orientation de la production de leur bo&#238;te en Angleterre. &lt;i&gt;Le progr&#232;s sans le peuple&lt;/i&gt;, livre d'intervention, voudrait donner de l'espoir, mais refuse de nous bercer d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un premier temps&lt;/strong&gt;, &#171; la base &#187; semble a priori hostile aux nouvelles technologies et une r&#233;sistance semble possible quand la question se pose dans les ateliers. Mais arrive vite le deuxi&#232;me moment de la reprise en main de la question par les syndicalistes professionnels et la mise en place d'expertises alternatives sur les technologies. &#192; nouveau sont &#171; &lt;i&gt;exclus du champ de bataille ceux qui sont vraiment en premi&#232;re ligne de l'innovation technologique, les mieux plac&#233;s pour analyser la situation et lutter efficacement&lt;/i&gt; &#187;. Et inutile de dire que, quand, dans un troisi&#232;me temps, le d&#233;ferlement technologique rend caduc le rapport de forces initial, le tour est jou&#233;. Il fallait aller plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est &#233;tonnant, ce bouquin&lt;/strong&gt;. D'un c&#244;t&#233;, il s'agit d'une vraie d&#233;construction du mythe du progr&#232;s technique au travail, qui passe par l'analyse concr&#232;te des id&#233;ologies et des logiques qui pr&#233;sident aux choix technologiques. Par l&#224;, et par son retour sur l'histoire du luddisme, Noble veut fissurer une &#171; h&#233;g&#233;monie culturelle &#187;, user &#224; bon escient de son pouvoir d'intellectuel et faire que ce soit ceux d'en face qui aient en charge de prouver qu'il s'agit bien d'un progr&#232;s. De l'autre, il s'agit d'un vibrant plaidoyer pour l'action ouvri&#232;re &#224; partir de l'imm&#233;diat, du quotidien, &#224; partir de ce que l'on sent. &#171; &lt;i&gt;Il y a une perte du pr&#233;sent en tant qu'espace de jugement, de d&#233;cision et d'action&lt;/i&gt; &#187;, regrette-t-il. Noble cherche un ajustement entre le c&#339;ur et la t&#234;te : il sent bien qu'en certaines circonstances, le sabotage, m&#234;me s'il vient de l'int&#233;rieur de la pratique, a besoin d'&#234;tre l&#233;gitim&#233; pour avoir lieu, car on ne supporte gu&#232;re d'&#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des imb&#233;ciles. Son bouquin, du coup, participe d'un effort n&#233;cessaire aujourd'hui : politiser les choix technologiques sur les lieux de travail, en se lib&#233;rant de l'id&#233;e que le progr&#232;s technologique serait une fatalit&#233; &#171; naturelle &#187;, et en donnant la parole aux premiers concern&#233;s, les ouvriers, plut&#244;t qu'&#224; leurs repr&#233;sentants syndicaux ou aux experts. Car lib&#233;rer la parole &#8212; c'est lib&#233;rer l'action.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Francis Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;David Noble, &lt;i&gt;Le progr&#232;s sans le peuple. Ce que les nouvelles technologies font au travail&lt;/i&gt;, Agone, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des poulets pour les gr&#233;vistes</title>
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&lt;p&gt;T&#233;moignage d'un natif de Saint-Nazaire, Donato, qui a fait son initiation politique, entre autres, au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970, dans un climat enthousiasmant de convergence des luttes. &#192; m&#233;diter... Par quelle porte d&#233;rob&#233;e es-tu entr&#233; dans les &#233;v&#233;nements de Mai 68 ? &#171; En 1967, j'ai 16 ans et demi et je me fais virer du lyc&#233;e &#224; Saint-Nazaire [Loire-Atlantique]. Des forces obscures d&#233;cident de m'exp&#233;dier &#224; la campagne dans un internat &#224; poigne, &#224; Savenay. Mal leur en prend. Quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cecile-Kiefer-227" rel="tag"&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;T&#233;moignage d'un natif de Saint-Nazaire, Donato, qui a fait son initiation politique, entre autres, au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970, dans un climat enthousiasmant de convergence des luttes. &#192; m&#233;diter...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L180xH255/-1129-1ad8c.jpg?1782641352' width='180' height='255' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;165 de CQFD, illustr&#233;e par C&#233;cile Kiefer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;P&lt;/petitelettrine&gt;&lt;strong&gt;ar quelle porte d&#233;rob&#233;e es-tu entr&#233; dans les &#233;v&#233;nements de Mai 68 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1967, j'ai 16 ans et demi et je me fais virer du lyc&#233;e &#224; Saint-Nazaire &lt;i&gt;[Loire-Atlantique]&lt;/i&gt;. Des forces obscures d&#233;cident de m'exp&#233;dier &#224; la campagne dans un internat &#224; poigne, &#224; Savenay. Mal leur en prend. Quand &#231;a d&#233;marre, je me retrouve en position id&#233;ale : &#224; mi-chemin entre Saint-Nazaire et Nantes, entre les mouvements ouvrier, paysan et &#233;tudiant. C&#244;t&#233; nazairien, on est d&#233;j&#224; accoutum&#233;s aux gr&#232;ves et manifestations violentes depuis au moins 1955. La ville vit au rythme des chantiers navals et des revendications des prolos qui y travaillent, soit la majorit&#233; de la population active de la ville. Dans ce contexte d'agitation r&#233;guli&#232;re, Mai 68 n'a pas &#233;t&#233; un moment si particulier que cela. En 1964 d&#233;j&#224;, une copine en quatri&#232;me, avant de rentrer en classe, nous glissait : &#8220;&lt;i&gt;Mon p&#232;re s'est fait arracher une main en relan&#231;ant une grenade contre les flics.&lt;/i&gt;&#8221; D&#233;but 1968, &#224; la fin d'une nouvelle manif bloqu&#233;e par des rang&#233;es de CRS, j'ai vu les ouvriers d'une fabrique de parpaings &#233;difier une v&#233;ritable forteresse depuis laquelle ils canardaient les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai bouleversement, &#224; mes yeux, c'est le refus g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'autorit&#233; qui s'exprime en 1968. L'autorit&#233; des politiciens, bien s&#251;r, De Gaulle en t&#234;te, mais aussi celle des cur&#233;s et de tous les bien-pensants en g&#233;n&#233;ral. Dans une r&#233;gion tr&#232;s catholique, la d&#233;couverte de la sexualit&#233;, les discussions autour de la contraception et les mobilisations en faveur de la l&#233;galisation de l'IVG ont &#233;t&#233; d'autant plus lib&#233;ratrices. L'autorit&#233; des patrons comme des leaders syndicaux, enfin. En plein c&#339;ur du mouvement qui paralyse l'&#233;conomie fran&#231;aise, les ouvriers nazairiens font &#233;galement gr&#232;ve, mais ils occupent peu les usines malgr&#233; les consignes de la CGT ou de FO. Ils vont se promener en famille, &#224; la plage ou &#224; la p&#234;che avec les copains, et surtout ce sont des d&#233;bats sans fin. Je vois na&#238;tre l'id&#233;e encore assez floue et d&#233;nu&#233;e de r&#233;f&#233;rences politiques d'une vie sans l'obligation de travailler. Apr&#232;s la chape de plomb du gaullisme se cr&#233;ent chaque jour des possibilit&#233;s nouvelles. Notre soif de curiosit&#233; para&#238;t insatiable : nouvelles lectures, nouvelles musiques, nouveaux types de rencontres. une nouvelle r&#233;alit&#233; semble &#233;merger. Dans les ann&#233;es suivantes, on a eu l'impression que ce climat d'insubordination durerait tout le temps&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; Nantes, c'&#233;tait tr&#232;s chaud !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vrai ! Lola Miesseroff le raconte fort bien dans son bouquin &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyage en outre-gauche, Libertalia, 2018.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le 13 mai, 20 000 personnes, &#233;tudiants, prolos, paysans, tous confondus, attaquent la pr&#233;fecture. Et le pr&#233;fet, Jean-&#201;mile Vi&#233;, ancien directeur des RG, demande &#224; Paris l'autorisation de faire tirer sur la foule. Le 14 mai, les ouvriers de Sud-Aviation, grande usine a&#233;ronautique situ&#233;e en p&#233;riph&#233;rie de Nantes, lancent, parmi d'autres, le mouvement de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et s&#233;questrent leur patron pendant deux semaines. Autour des ateliers, 150 &#233;tudiants se mettent en position pour emp&#234;cher l'intervention des flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je retiendrai de ces moments-l&#224;. Il y a eu peu de s&#233;paration entre ceux qui s'impliquaient dans la lutte. Les ouvriers avaient conserv&#233; des liens &#233;troits avec les paysans de la Bri&#232;re, parce que beaucoup venaient eux-m&#234;mes de l&#224; et poss&#233;daient encore de petites terres familiales. Rien d'&#233;tonnant, donc, &#224; voir d&#233;bouler lors des manifs les tracteurs et Bernard Lambert, fondateur du mouvement des Paysans-travailleurs (&#224; l'origine de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne). Les distributions de poulets et de l&#233;gumes aux gr&#233;vistes s'inscrivaient dans cette m&#234;me logique, et ce depuis des ann&#233;es. Quant &#224; ceux qui bastonnaient s&#233;v&#232;re autour de l'universit&#233; de Nantes, ils &#233;taient pour beaucoup les fils et les filles des ouvriers de Saint-Nazaire ou de Nantes. Du moins, celles et ceux qui avaient d&#233;croch&#233; leur bac. En r&#233;alit&#233;, tout le monde se c&#244;toyait d&#233;j&#224;. C'est ce qui a donn&#233; au m&#233;lange son caract&#232;re explosif. Au-del&#224; de l'activisme des organisations politiques, mao&#239;stes ou trotskystes, comme syndicales, Unef ou Comit&#233; d'action lyc&#233;en. Il n'a pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire de faire converger des luttes, puisque celles-ci ont &#233;t&#233; men&#233;es par des gens partageant une culture ouvri&#232;re d&#233;j&#224; tr&#232;s combative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voyage en outre-gauche&lt;/i&gt;, Libertalia, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Des oubli&#233;s de la r&#233;sistance ouvri&#232;re au nazisme</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-oublies-de-la-resistance</link>
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		<dc:creator>Oncle Charlie</dc:creator>


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		<dc:subject>Hitler chancelier</dc:subject>

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&lt;p&gt;Loin de l'aveuglement de l'Internationale communiste &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler, le Jewish Labor Committee, syndicat juif am&#233;ricain, l'avait tr&#232;s vite compris : &#171; Lorsqu'un gouvernement commence &#224; pers&#233;cuter les juifs, il s'ensuit in&#233;vitablement qu'il pers&#233;cutera le mouvement ouvrier. &#187; Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nomm&#233; chancelier du Reich par le pr&#233;sident de la R&#233;publique, le mar&#233;chal Hindenburg &#8211; non parce qu'il a gagn&#233; des &#233;lections (aux pr&#233;sidentielles de 1932 le premier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Loin de l'aveuglement de l'Internationale communiste &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler, le Jewish Labor Committee, syndicat juif am&#233;ricain, l'avait tr&#232;s vite compris : &lt;i&gt;&#171; Lorsqu'un gouvernement commence &#224; pers&#233;cuter les juifs, il s'ensuit in&#233;vitablement qu'il pers&#233;cutera le mouvement ouvrier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2907 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1151-e74c3.jpg?1782645828' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nomm&#233; chancelier du Reich par le pr&#233;sident de la R&#233;publique, le mar&#233;chal Hindenburg &#8211; non parce qu'il a gagn&#233; des &#233;lections (aux pr&#233;sidentielles de 1932 le premier avait &#224; peine atteint 30 % des suffrages exprim&#233;s), mais &#224; l'issue d'une longue crise &#233;conomique, politique et sociale qui voit la grande bourgeoisie se r&#233;soudre &#224; cette derni&#232;re solution pour conserver son h&#233;g&#233;monie face &#224; des partis ouvriers divis&#233;s mais redout&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;, &lt;/i&gt;&#233;blouissante de lucidit&#233;, titre : &#171; &lt;i&gt;Le r&#233;sultat d'un moindre mal : Hitler chancelier&lt;/i&gt; &#187; tandis que l'Internationale communiste, inspir&#233;e par le g&#233;nial Joseph Staline, d&#233;clare en avril 1933 : &lt;i&gt;&#171; L'institution de la dictature fasciste manifeste, qui r&#233;duit &#224; n&#233;ant les illusions d&#233;mocratiques des masses et soustrait les masses &#224; l'influence de la social-d&#233;mocratie, acc&#233;l&#232;re la marche de l'Allemagne &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout le monde &#233;tait-il aussi aveugl&#233; ?&lt;/strong&gt; Eh bien non, car, aux &#201;tats-Unis, un personnage m&#233;connu, Abraham Plotkin, joua un r&#244;le d&#233;terminant pour alerter le mouvement syndical am&#233;ricain des dangers du nazisme. Ce dernier, d'origine juive russe, est un militant de l'International Ladies Garment Workers Union (ILGWU) &#8211; syndicat international des ouvriers de la confection f&#233;minine &#8211; affili&#233; &#224; l'American Federation of Labor (AFL). Il r&#233;side en Allemagne de novembre 1932 &#224; mai 1933 et assiste &#224; la d&#233;faite sans combat du mouvement ouvrier le plus puissant d'Europe et aux premi&#232;res mesures antis&#233;mites des nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son retour, il consacre un article &#224; la pers&#233;cution des dirigeants ouvriers qui contribue &#224; convaincre William Green, le pr&#233;sident de l'AFL, de lancer un boycott contre les biens et services allemands. Plotkin participe aussi &#224; la campagne pour sauver le secr&#233;taire des syndicats de la confection allemands, Martin Plettl, qui sera le premier militant ouvrier allemand accueilli aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En f&#233;vrier de l'ann&#233;e suivante&lt;/strong&gt;, le Jewish Labor Committee (JLC) est fond&#233; au cours d'un meeting &#224; New York qui r&#233;unit un millier de d&#233;l&#233;gu&#233;s du monde ouvrier juif &#8211; le secteur essentiellement new-yorkais des travailleurs de la confection. Ses animateurs sont d'anciens militants du Bund &#8211; abr&#233;g&#233; de l'&#171; Union G&#233;n&#233;rale des ouvriers juifs de Russie, de Pologne et de Lituanie &#187; cr&#233;&#233;e &#224; Vilnius en 1897&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire Henri Minczeles, Histoire g&#233;n&#233;rale du Bund &#8211; un mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Contraints &#224; l'exil apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1905, ils sont parvenus en deux d&#233;cennies &#224; la t&#234;te du mouvement syndical juif am&#233;ricain. La personnalit&#233; de son fondateur, Baruch Charney Vladeck (1886-1938), est embl&#233;matique de cette g&#233;n&#233;ration de bundistes &#233;migr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour ces syndicalistes, &lt;/strong&gt;socialistes et non communistes, juifs et non sionistes, &lt;i&gt;&#171; lorsqu'un gouvernement commence &#224; pers&#233;cuter les juifs, il s'ensuit in&#233;vitablement qu'il pers&#233;cutera le mouvement ouvrier &#187;&lt;/i&gt;. Le JLC s'emploie d&#232;s sa naissance &#224; construire des liens internationaux et &#224; constituer des r&#233;seaux d'information et de solidarit&#233; avec des fili&#232;res allemande, italienne et espagnole. Il d&#233;veloppe en m&#234;me temps une active politique antinazie, participant en particulier &#224; la campagne de boycott des produits allemands aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Jeux olympiques de Berlin se profilent, le JLC figure parmi les partisans d'un refus am&#233;ricain d'y participer, puis il est la cheville ouvri&#232;re des contre-olympiades tenues les 15 et 16 ao&#251;t 1936, les derniers jours des Jeux de Berlin, au Randall's Island Stadium de New York. Il &#233;tablit &#233;galement des liens avec le groupe socialiste de gauche allemand Neu Beginnen (&#171; Nouveau D&#233;part &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec le d&#233;but de la guerre&lt;/strong&gt;, ce sont les op&#233;rations de sauvetage qui dominent l'activit&#233; du JLC avec Frank Bohn et Varian Fry &#224; Marseille, dont l'action est d&#233;sormais reconnue, mais dont la dimension politique est largement sous-estim&#233;e. Depuis la Lituanie occup&#233;e par les Sovi&#233;tiques, le JLC organise miraculeusement durant quelques mois une fili&#232;re de sauvetage de militants bundistes polonais gr&#226;ce &#224; un consul japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ce sont la France et la Pologne occup&#233;es qui sont au centre de ses pr&#233;occupations. Pour la premi&#232;re, le JLC soutient l'unit&#233; syndicale et la r&#233;sistance socialiste fran&#231;aises. Pour la seconde, face au g&#233;nocide, le JLC fournit argent et armes aux r&#233;sistants du ghetto de Varsovie, tente d'engager une aide humanitaire aux juifs de Russie et essaie d'alerter l'opinion publique sur l'ampleur du massacre en cours. Il participe aussi &#224; la campagne en faveur de Wiktor Alter et Henryk Erlich, les deux dirigeants polonais du Bund ex&#233;cut&#233;s en URSS. Tout au long de son histoire, le JLC se heurtera au &#171; mur de papier &#187; mis en place par le D&#233;partement d'&#201;tat pour limiter drastiquement l'&#233;migration des juifs pers&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, &lt;/strong&gt;l'action du JLC r&#233;sonne comme le chant du cygne de l'ancien mouvement ouvrier avec le triomphe du sionisme dans le monde juif et l'int&#233;gration du syndicalisme &#224; l'&#201;tat et son corollaire, l'abandon de l'internationalisme. C'est, en tout cas, une page m&#233;connue de la solidarit&#233; internationale ouvri&#232;re &#224; d&#233;couvrir &#224; l'heure o&#249; les nuages s'amoncellent sur la sc&#232;ne internationale, entre barbarie de Daech et cynisme des politiques imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oncle Charlie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire&lt;/strong&gt; : Catherine Collomp, &lt;i&gt;R&#233;sister au nazisme &#8211; Le Jewish Labor Committee, New York, 1934-1945&lt;/i&gt;, CNRS &#201;ditions, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire Henri Minczeles, &lt;i&gt;Histoire g&#233;n&#233;rale du Bund &#8211; un mouvement r&#233;volutionnaire juif, &lt;/i&gt;Deno&#235;l, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Turquie : Des pulls sans patron</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/En-Turquie-Des-pulls-sans-patron</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/En-Turquie-Des-pulls-sans-patron</guid>
		<dc:date>2015-04-20T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aristide Bostan</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Colloghan</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
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		<dc:subject>Gezi</dc:subject>
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		<dc:subject>Kazova</dc:subject>
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		<dc:subject>parc Gezi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mai et juin 2013, un mouvement de contestation parti du parc Gezi&#224; Istanbul secouait l'ensemble de la soci&#233;t&#233; turque. Au m&#234;me moment, dans le quartier de Bomonti, une filature &#233;tait occup&#233;e par les ouvriers. Pr&#232;s de deux ans plus tard, &#214;zg&#252;r Kazova (&#171; Kazova la libre &#187;) peut commencer &#224; envisager sereinement son avenir de coop&#233;rative autog&#233;r&#233;e. Ezgi Bak&#231;ay, militante stambouliote, a bien voulu raconter &#224; CQFD la belle histoire d'un des plus forts h&#233;ritages de Gezi. CQFD : En f&#233;vrier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vente" rel="tag"&gt;vente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gezi" rel="tag"&gt;Gezi&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parc-Gezi" rel="tag"&gt;parc Gezi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mai et juin 2013, un mouvement de contestation parti du &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-Turquie-une-revolte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parc Gezi&lt;/a&gt;&#224; Istanbul secouait l'ensemble de la soci&#233;t&#233; turque. Au m&#234;me moment, dans le quartier de Bomonti, une filature &#233;tait occup&#233;e par les ouvriers. Pr&#232;s de deux ans plus tard, &lt;a href=&#034;http://ozgurkazova.org/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#214;zg&#252;r Kazova&lt;/a&gt; (&#171; Kazova la libre &#187;) peut commencer &#224; envisager sereinement son avenir de coop&#233;rative autog&#233;r&#233;e. Ezgi Bak&#231;ay, militante stambouliote, a bien voulu raconter &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; la belle histoire d'un des plus forts h&#233;ritages de Gezi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH575/p14-pullsanspatron-colloghan-dd95f.png?1782646795' width='400' height='575' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Colloghan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : En f&#233;vrier 2013, le patron de la filature se faisait la malle en laissant derri&#232;re lui quatre mois de salaires impay&#233;s. Peux-tu nous raconter ce qu'il s'est pass&#233; depuis ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ezgi Bak&#231;ay : &lt;/strong&gt; En apprenant que le patron &#233;tait parti, les ouvriers se sont pr&#233;cipit&#233;s &#224; l'usine &#224; l'improviste pour r&#233;cup&#233;rer leur argent, mais c'&#233;tait trop tard. Ce qu'ils y ont trouv&#233;, en revanche&#8200;&#8211;&#8200;une cha&#238;ne de production &#224; l'arr&#234;t, des pulls pas termin&#233;s&#8200;&#8211;&#8200;leur a donn&#233; l'id&#233;e de reprendre la production et de vendre les v&#234;tements eux-m&#234;mes, avec pour objectif imm&#233;diat la compensation des salaires perdus. Kazova &#233;tait donc d'abord une usine occup&#233;e ; apr&#232;s plus d'un an et demi de lutte et de r&#233;organisation, l'usine est devenue une coop&#233;rative en novembre 2014. La derni&#232;re bonne nouvelle, c'est l'acquisition des machines par les ouvriers, d&#233;but f&#233;vrier. L'objectif, maintenant, c'est de r&#233;ussir &#224; survivre sans patron tout en &#233;tant cr&#233;atif et libre dans la production, de travailler pour &#171; gagner du temps libre &#187; et de tisser des liens avec d'autres structures en lutte, que ce soit ici ou ailleurs dans le monde&#8200;&#8211;&#8200;nous nous consid&#233;rons comme un petit &#233;l&#233;ment d'un mouvement d'&#233;mancipation global des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les liens avec le mouvement de Gezi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le combat de l'usine a commenc&#233; avant, &#214;zg&#252;r Kazova est un des plus importants h&#233;ritages de la r&#233;sistance du parc Gezi de Taksim. La lutte s'est trouv&#233;e renforc&#233;e par le soutien des mobilisations de Gezi, notamment &#224; travers les &#171; forums de quartier &#187; qui ont continu&#233; un certain temps, m&#234;me apr&#232;s l'arr&#234;t du mouvement &#224; Taksim. La tente de r&#233;sistance des ouvriers de Kazova a servi de clinique pour les manifestants attaqu&#233;s par la police. Et puis il reste l'exp&#233;rience collective d'un espace-temps r&#233;volutionnaire pendant les semaines d'occupation du parc Gezi : le Kazova d'aujourd'hui refl&#232;te naturellement les valeurs et les int&#233;r&#234;ts de Gezi, autour par exemple de la cr&#233;ation de nouveaux biens communs ou de nouveaux types de relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et toi, comment tu te situes par rapport au projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, mon travail est plut&#244;t du c&#244;t&#233; du d&#233;veloppement du r&#233;seau, que ce soit pour la vente ou plus largement : on est en relation avec d'autres coop&#233;ratives et d'autres mouvements sociaux&#8200;&#8211;&#8200;la fabrique autog&#233;r&#233;e de produits d'entretiens VioMe en Gr&#232;ce, par exemple. Je travaille beaucoup sur la &#171; communication &#187;&#8200;&#8211;&#8200;r&#233;pondre aux messages, animer les r&#233;seaux sociaux, etc. Au total, nous sommes onze &#224; Kazova : quatre ouvriers sont l&#224; depuis le premier jour, une autre a rejoint le groupe depuis trois mois, et il y a six &#171; militants &#187; impliqu&#233;s quasiment &#224; temps plein. Pour le moment, seuls les ouvriers sont pay&#233;s mais si tout va bien, d&#232;s l'an prochain, nous arriverons &#224; tous nous r&#233;mun&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, que va-t-il se passer dans un avenir proche ? Les perspectives sont-elles positives ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile &#224; dire, on est un peu au jour le jour. &#214;zg&#252;r Kazova est une &#233;cole de la soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et non hi&#233;rarchique : chaque jour est important, chaque d&#233;cision est critique. Nous essayons d'&#234;tre un exemple de victoire dans l'histoire du mouvement ouvrier international. Concr&#232;tement, pour cet &#233;t&#233;, nous allons produire des T-shirts et des sweat-shirts : les illustrations s&#233;rigraphi&#233;es sur les T-shirts seront dessin&#233;es par cinq artistes turcs &#224; l'occasion d'un workshop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;conomiquement, comment &#231;a se passe ? Faut-il recr&#233;er des r&#233;seaux de vente depuis z&#233;ro ? Sur quoi vous appuyez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la coop&#233;rative s'inscrit dans un mod&#232;le de coop&#233;ration &#233;conomique &#233;galitaire, &#224; l'image des principes de &lt;a href=&#034;http://ica.coop/en/whats-co-op/co-operative-identity-values-principles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'alliance internationale des coop&#233;ratives&lt;/a&gt;. C&#244;t&#233; r&#233;sultats, pour le moment, le bilan est plut&#244;t positif ! Les ventes d&#233;collent bien, sur Internet surtout. On a cinq points de vente &#224; Istanbul et un &#224; Ankara. L'objectif est de les multiplier, autant en Turquie qu'&#224; l'&#233;tranger : nous avons des contacts en Gr&#232;ce et en Catalogne, par exemple. Une campagne de vente est en cours aux &#201;tats-Unis, une tourn&#233;e des grandes villes vient de se terminer en Italie&#8230; On ne ch&#244;me pas ! Et plus globalement, l'objectif est quand m&#234;me de sortir d'une &#233;conomie uniquement de solidarit&#233; : l'enjeu est maintenant de d&#233;velopper des strat&#233;gies de p&#233;rennisation de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au moment m&#234;me de cet entretien, le 21 f&#233;vrier, Selaatin Demirtas, pr&#233;sident kurde du parti pour la paix et la d&#233;mocratie (HDP) &#233;tait &#224; Kazova. Quant &#224; Ezgi, elle s'est empress&#233;e de retourner discuter avec les futurs relais romains de Kazova. Elle &#233;tait d'ailleurs pr&#233;sente &#224; Marseille, &#224; l'&#201;quitable Caf&#233; les 24 et 25 mars, pour raconter Kazova. Chapeau bas, les tricoteurs !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour une poign&#233;e de cacahu&#232;tes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pour-une-poignee-de-cacahuetes</link>
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		<dc:date>2014-01-18T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>Made in Bangladesh</dc:subject>
		<dc:subject>center</dc:subject>
		<dc:subject>ouvriers</dc:subject>
		<dc:subject>novembre</dc:subject>
		<dc:subject>dollars</dc:subject>
		<dc:subject>textile bangladais</dc:subject>
		<dc:subject>textile</dc:subject>
		<dc:subject>Standard Group</dc:subject>
		<dc:subject>Dhaka</dc:subject>
		<dc:subject>barre haute</dc:subject>
		<dc:subject>b&#233;ton noir&#226;tre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est une barre haute de dix &#233;tages et longue comme un stade de foot, une forteresse de b&#233;ton noir&#226;tre constell&#233;e de meurtri&#232;res. Par ces ouvertures &#233;quip&#233;es de ventilateurs asthmatiques, dix-neuf mille ouvri&#232;res et ouvriers happaient l'oxyg&#232;ne qui les emp&#234;chait de suffoquer tout &#224; fait dans l'air satur&#233; et surchauff&#233; de leur cage industrielle. Aujourd'hui ils respirent mieux, mais leur gagne-pain est en cendres : dans la nuit du 29 novembre, un incendie a ravag&#233; l'usine de Standard Group, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_894 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH614/p03-bangladesh-remi-a2eb2.jpg?1782652000' width='400' height='614' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une barre haute de dix &#233;tages et longue comme un stade de foot, une forteresse de b&#233;ton noir&#226;tre constell&#233;e de meurtri&#232;res. Par ces ouvertures &#233;quip&#233;es de ventilateurs asthmatiques, dix-neuf mille ouvri&#232;res et ouvriers happaient l'oxyg&#232;ne qui les emp&#234;chait de suffoquer tout &#224; fait dans l'air satur&#233; et surchauff&#233; de leur cage industrielle. Aujourd'hui ils respirent mieux, mais leur gagne-pain est en cendres : dans la nuit du 29 novembre, un incendie a ravag&#233; l'usine de Standard Group, l'un des plus gros sites de production textile de Gazipur, dans la lointaine banlieue de Dhaka. Des &#233;tiquettes de Zara, Gap, Wal-Mart et Marks &amp; Spencer ont &#233;t&#233; retrouv&#233;es dans les restes calcin&#233;s des v&#234;tements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une fois, ce n'est pas l'ignorance patronale des r&#232;gles de s&#233;curit&#233; qui a mis le feu. L'incendie s'est d&#233;clench&#233; durant les heures de fermeture, son origine criminelle ne fait gu&#232;re de doute. Le clapier fumait encore que le BGMEA, le tout puissant lobby des ma&#238;tres du textile bangladais, incriminait d&#233;j&#224; un acte de malveillance des ouvriers. C'est toujours le m&#234;me refrain lorsqu'une usine textile flambe au Bangladesh : pour s'exon&#233;rer des conditions mortif&#232;res impos&#233;es &#224; leur main-d'&#339;uvre et justifier leur refus de d&#233;dommager les victimes, les employeurs ont coutume de se d&#233;fausser sur les travailleurs. Mais, ce coup-ci, il se pourrait que la version officielle tombe juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis d&#233;but novembre, la machine &#224; coudre de la plan&#232;te se heurte &#224; une contestation sociale explosive. Des dizaines de milliers d'ouvriers pourtant interdits de vie syndicale ont cess&#233; le travail &#224; plusieurs reprises et battu les pav&#233;s de Dhaka. Du jamais-vu dans l'histoire du pays. Bravant les menaces de r&#233;torsion et les &lt;i&gt;flash-balls&lt;/i&gt; de la police anti-&#233;meute, les manifestants ont r&#233;ussi &#224; bloquer des centaines d'usines, &#224; chahuter l'ordre politique et &#224; &#233;branler le bizness des marques de sape occidentales, choqu&#233;es par l'extravagance de leur revendication : un salaire minimum de 100 dollars par mois. &#171; &lt;i&gt;Pour ne pas crever de faim apr&#232;s qu'on s'est tu&#233; &#224; la t&#226;che&lt;/i&gt; &#187;, expliquait un gr&#233;viste. Suite au massacre du Rana Plaza en juin dernier (1 200 ouvriers morts &#233;cras&#233;s dans l'effondrement de leur usine), gouvernement et patronat avaient promis d'am&#233;liorer g&#233;n&#233;reusement les queues de cerises vers&#233;es aux quatre millions de travailleurs du textile bangladais. S'ensuivirent de longs conciliabules, au terme desquels on d&#233;cida, le 13 novembre dernier, de porter le salaire minimum de 40 dollars aujourd'hui &#224; 68 dollars &#224; partir de janvier prochain. Une hausse appr&#233;ciable en apparence mais d&#233;risoire dans les faits, qui rattrape &#224; peine la courbe grimpante de l'inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Gazipur, la col&#232;re continue de bouillir. Il se raconte que le patronat, soucieux de pr&#233;server les marges de ses acheteurs &#233;trangers, se serait engag&#233; &#224; compenser l'ajustement salarial par une productivit&#233; accrue. Tu cr&#232;veras toujours de faim, mais tu te tueras un peu plus &#224; la t&#226;che. Pas &#233;tonnant que la forteresse soit partie en fum&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La grande gr&#232;ve dublinoise de 1913</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-grande-greve-dublinoise-de-1913</link>
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		<dc:date>2013-08-02T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Tewfiq</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>ouvriers</dc:subject>
		<dc:subject>question</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#233;vistes</dc:subject>
		<dc:subject>question sociale</dc:subject>
		<dc:subject>Dublin</dc:subject>
		<dc:subject>William Murphy</dc:subject>
		<dc:subject>Larkin</dc:subject>
		<dc:subject>Murphy</dc:subject>
		<dc:subject>Irlandais</dc:subject>
		<dc:subject>Big Jim</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1913, Dublin. Toutes les discussions politiques tournent autour de la question de l'ind&#233;pendance, de la d&#233;fense de la culture et de la religion catholique. Mais, soudain, et seulement pour quelques mois, la question sociale supplante avec violence la question nationale, redistribuant les cartes politiques sur des bases jamais vues dans le pays et qu'on ne reverra plus. Tout commence avec l'arriv&#233;e &#224; Dublin de James &#171; Big Jim &#187; Larkin. &#171; God sent Larkin in 1913, a labor man with a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/William-Murphy" rel="tag"&gt;William Murphy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Larkin" rel="tag"&gt;Larkin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Murphy" rel="tag"&gt;Murphy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Irlandais" rel="tag"&gt;Irlandais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Big-Jim" rel="tag"&gt;Big Jim&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ao&#251;t 1913, Dublin. Toutes les discussions politiques tournent autour de la question de l'ind&#233;pendance, de la d&#233;fense de la culture et de la religion catholique. Mais, soudain, et seulement pour quelques mois, la question sociale supplante avec violence la question nationale, redistribuant les cartes politiques sur des bases jamais vues dans le pays et qu'on ne reverra plus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/jimlarkinarrested.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH778/jimlarkinarrested-9e164.jpg?1783454212' width='500' height='778' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Tout commence avec l'arriv&#233;e &#224; Dublin de James &#171; Big Jim &#187; Larkin. &#171; &lt;i&gt;God sent Larkin in 1913, a labor man with a union tongue / He raised the workers and gave them courage ; he was their hero, the worker's son&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ballad of Jim Larkin, chanson de Donagh MacDonagh, chant&#233;e par Christy Moore (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, chanteront les Irlandais en sa m&#233;moire. Il cr&#233;e un syndicat de masse pour les ouvriers, l'Irish transport and general workers union (ITGWU). Face &#224; lui, William Murphy, le tr&#232;s catholique et ind&#233;pendantiste dirigeant du patronat dublinois, r&#233;agit radicalement : renvoi des ouvriers arborant le badge de l'ITGWU et obligation pour tous les travailleurs de signer un document par lequel ils s'engagent &#224; ne jamais adh&#233;rer au syndicat. La gr&#232;ve &#233;clate, d'abord dans les tramways dirig&#233;s par Murphy, puis sur les docks et gagne, par solidarit&#233;, rapidement les filatures&#8230; toute la ville. Jusqu'&#224; la fin de l'ann&#233;e, Dublin est compl&#232;tement paralys&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les gr&#233;vistes ne partagent pas les id&#233;aux r&#233;volutionnaires de Larkin ! C'est la d&#233;fense des ouvriers licenci&#233;s et le refus de se soumettre au &lt;i&gt;diktat&lt;/i&gt; de Murphy qui animent les premi&#232;res revendications. Un meeting &#233;tait interdit ? Les gr&#233;vistes occupaient la rue et l'organisaient quand m&#234;me, d&#233;fiant le pouvoir, le patronat et les charges polici&#232;res qui laissent derri&#232;res elles de nombreuses victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toute la soci&#233;t&#233; irlandaise qui se retrouve coup&#233;e en deux selon une ligne de fracture toute nouvelle : d'un c&#244;t&#233; pour les ouvriers en gr&#232;ve, de l'autre pour l'ordre et William Murphy. Ind&#233;pendantistes ou unionistes, catholiques ou anglicans, irlandais ou anglo-irlandais, se retrouvent dans les deux camps, entre ceux pr&#234;ts &#224; mourir pour leur cause et ceux pr&#234;ts &#224; les affamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, le pain devient tr&#232;s vite le nerf de la guerre. Des comit&#233;s d'aide aux gr&#233;vistes, souvent anim&#233;s par les femmes issues des mouvements nationalistes et f&#233;ministes, comme l'actrice Maud Gonne ou Constance &#8211; &#171; la Comtesse Rouge &#187; &#8211; Markievicz, organisent des soupes populaires &#171; rouges &#187; ou de &#171; charit&#233; &#187;. Des chargements de nourriture sont envoy&#233;s par les syndicats anglais. Et c'est l&#224; que l'&#201;glise catholique r&#233;veille son vieux d&#233;mon : cette charit&#233; internationaliste ressemble trop &#224; un complot pour convertir ses ouailles aux diaboliques ath&#233;isme et pire, protestantisme. Avec le projet des syndicalistes d'envoyer en Angleterre les enfants affam&#233;s de Dublin pour les sauver, la coupe est pleine ! Walsh, l'&#233;v&#234;que de Dublin, dira : &#171; &lt;i&gt;Elles ne m&#233;ritent plus le nom de m&#232;res catholiques si elles oublient leur devoir au point d'envoyer leurs enfants dans un pays &#233;tranger&#8230;&lt;/i&gt; &#187; L'&#201;glise re&#231;oit le soutien de quelques grands noms de la cause nationaliste comme Arthur Griffith, fondateur du Sinn F&#233;in.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, les artistes de l'avant-garde irlando-anglaise s'engagent g&#233;n&#233;ralement derri&#232;re les ouvriers, par convictions (Bernard Shaw), par int&#233;r&#234;t et solidarit&#233; (W. B. Yeats dont le th&#233;&#226;tre dublinois souffre de la gr&#232;ve), par mysticisme irlandais (George Russell qui pensait na&#239;vement que dans un pays libre, le patronat aurait soutenu les ouvriers). Le dramaturge A. E. pr&#233;sentera avec ironie ses excuses pour les pr&#234;tres irlandais pr&#233;f&#233;rant des enfants affam&#233;s &#224; Dublin plut&#244;t que des enfants bien nourris en Angleterre. Il est vrai que ces artistes partageaient avec les gr&#233;vistes le m&#234;me ennemi : l'&#201;glise et son conservatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, c'est l'hiver 1913-1914 et ses rigueurs qui auront raison du mouvement. Vaincus par la faim, le d&#233;couragement et la violence de la campagne anti-gr&#233;viste men&#233;e par les catholiques, les travailleurs retournent &#224; leurs postes tandis que Larkin part pour les U.S.A. La rel&#232;ve sera assur&#233;e par son camarade James Connolly qui allie dans un m&#234;me mouvement socialisme r&#233;volutionnaire et nationalisme irlandais, autour de l'Irish Citizen Army (ICA), cr&#233;&#233;e et arm&#233;e &#224; l'origine pour d&#233;fendre les gr&#233;vistes de 1913. Aux c&#244;t&#233;s des nationalistes conservateurs, Connolly dirigera l'insurrection de P&#226;ques 1916 &#224; l'issue sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question sociale continuellement remise &#224; plus tard, l'&#233;glise catholique, sa censure, son sexisme et son conservatisme vont r&#233;gner d'une main de fer bien au-del&#224; de l'ind&#233;pendance du pays conquise en 1921. Mais peut &#234;tre qu'&#224; l'occasion du centenaire du &lt;i&gt;Lock-out&lt;/i&gt; de 1913... ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L442xH640/lockout_1913-f2cbd.jpg?1782694074' width='442' height='640' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ballad of Jim Larkin&lt;/i&gt;, chanson de Donagh MacDonagh, chant&#233;e par &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=JNpXE8q_p4s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Christy Moore&lt;/a&gt; en 1969 puis par les &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=nHQ-vxI8QJg&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dubliners&lt;/a&gt;. Dans cet extrait, c'est Dieu qui envoie Jim Larkin aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>PSA : Chronique d'une fermeture d'usine</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/PSA-Chronique-d-une-fermeture-d</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/PSA-Chronique-d-une-fermeture-d</guid>
		<dc:date>2013-04-17T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de AFPDR</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>lutte</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>ouvriers</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#232;ve</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#233;vistes</dc:subject>
		<dc:subject>Direction</dc:subject>
		<dc:subject>PSA</dc:subject>
		<dc:subject>Peugeot Citro&#235;n</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il y a un an, alors que circulaient les premi&#232;res rumeurs de plans de licenciement dans le groupe PSA, l'&#233;quipe de l'&#233;mission radio Au fond pr&#232;s du radiateur sur Fr&#233;quence Paris-Plurielle commen&#231;ait &#224; laisser tra&#238;ner ses micros devant l'usine d'Aulnay. Le 12 juillet 2012, la fermeture du site est annonc&#233;e officiellement. &#171; Plan pas acceptable &#187;, &#171; Aucun licenciement sec chez Peugeot &#187;, feint de sermonner Hollande avant de valider, le 11 septembre, le diagnostic du constructeur automobile sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Peugeot-Citroen" rel="tag"&gt;Peugeot Citro&#235;n&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a un an, alors que circulaient les premi&#232;res rumeurs de plans de licenciement dans le groupe PSA, l'&#233;quipe de l'&#233;mission radio Au fond pr&#232;s du radiateur sur Fr&#233;quence Paris-Plurielle commen&#231;ait &#224; laisser tra&#238;ner ses micros devant l'usine d'Aulnay. Le 12 juillet 2012, la fermeture du site est annonc&#233;e officiellement. &#171; &lt;i&gt;Plan pas acceptable&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Aucun licenciement sec chez Peugeot&lt;/i&gt; &#187;, feint de sermonner Hollande avant de valider, le 11 septembre, le diagnostic du constructeur automobile sur la &#171; &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; d'une restructuration&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2011, PSA annonce un record historique de 60 milliards de chiffre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;. Comme en 1982 et en 1984, les socialistes, au nom de l'aust&#233;rit&#233;, se rangent encore du c&#244;t&#233; des patrons. Progressivement, la lutte monte en intensit&#233;. Depuis le 16 janvier, date de l'entr&#233;e en gr&#232;ve, les salari&#233;s ne rel&#226;chent pas la pression et entament leur troisi&#232;me mois &#224; l'heure o&#249; nous imprimons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les prises de parole des ouvriers, tr&#232;s vite, les rouages du &#171; syst&#232;me PSA &#187; sont mis en lumi&#232;re : un paternalisme d'entreprise, autoritaire et empreint d'une logique coloniale, ancr&#233; de longue date dans l'histoire du groupe. Une logique face &#224; laquelle s'est d&#233;velopp&#233;e une culture de luttes, qui fait la sp&#233;cificit&#233; du site d'Aulnay.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; C'est &#231;a, l'ambiance &#224; PSA ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'usine PSA Peugeot Citro&#235;n d'Aulnay-sous-Bois a ouvert en 1973. Le site industriel s'installe &#224; l'&#233;cart de tout, entre deux autoroutes et une voie ferr&#233;e. Aujourd'hui, l'emplacement est au c&#339;ur des convoitises : &#224; proximit&#233; de l'a&#233;roport de Roissy, des centres commerciaux, du Parc d'exposition de Villepinte et de la future gare de m&#233;tro du Grand Paris Express, les 168 hectares de terrain &#8211; estim&#233;s &#224; 300 millions d'euros &#8211; prennent de la valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site d'Aulnay &#233;tait jusque-l&#224; l'un des plus grands employeurs de Seine-Saint-Denis &#8211; 3 300 salari&#233;s dont 300 int&#233;rimaires &#8211;, d&#233;partement ravag&#233; par les licenciements et le ch&#244;mage. En face du site, cach&#233;e par une rang&#233;e d'arbres, de l'autre c&#244;t&#233; de la nationale, la &#171; Cit&#233; des 3 000 &#187;, avait &#233;t&#233; construite pour accueillir les ouvriers qui bossent &#224; la cha&#238;ne. Une fois les portiques de s&#233;curit&#233; franchis, tout est organis&#233; spatialement pour les besoins de la production. Des kilom&#232;tres de voies ferr&#233;es et de routes relient les diff&#233;rents ateliers et lieux de travail, le but &#233;tant de sortir 350 voitures par jour, pour chacune des deux &#233;quipes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;70&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/p09-ligne_jaune.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH110/p09-ligne_jaune-c87c3.png?1783907233' width='500' height='110' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les gr&#232;vistes de PSA dans un face-&#224;-face avec la ligne des &#034;jaunes&#034;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps du travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La cha&#238;ne c'est du travail r&#233;p&#233;titif&lt;/i&gt;, explique Mohamed, &lt;i&gt;qui engendre beaucoup de maladies, de troubles musculaires. C'est un travail de merde tu vois&#8230; Et malgr&#233; &#231;a on tient &#224; ce travail l&#224;, on tient &#224; ce que les gens gardent leur travail, parce qu'ils ont que &#231;a pour vivre.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Aulnay, la production s'organise en trois ateliers : le ferrage, la peinture et le montage. Deux &#233;quipes se relaient pour y travailler, une du matin et une de l'apr&#232;s midi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe PSA, c'est aussi une organisation hi&#233;rarchique et rationnelle du travail qui vise toujours une plus grande rentabilit&#233; et une meilleure productivit&#233; des ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; &#199;a, c'est le &#8220;pas de travail&#8221;&lt;/i&gt;, poursuit Mohamed. &lt;i&gt;Le salari&#233; qui travaille ici, il commence &#224; la ligne verte. Tu vois la ligne blanche, l&#224;, c'est la fin. Donc, il a deux m&#232;tres. S'il d&#233;passe la ligne,&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;il peut &#234;tre sanctionn&#233; pour &#231;a. C'est grave quand m&#234;me ! Le mec qui travaille, faut qu'il aille vite, si, par exemple, il fait tomber une pi&#232;ce, il perd deux ou trois secondes, il y a un truc qui se met &#224; sonner et il se prend un rapport. Il peut prendre trois jours de mise &#224; pied pour &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est minut&#233;, jusqu'au temps pass&#233; aux toilettes. S'ajoutent la p&#233;nibilit&#233;, les d&#233;pressions nerveuses et les accidents du travail masqu&#233;s par la direction. &#171; &lt;i&gt;Ici, les DRH, ils t'appellent chez toi carr&#233;ment&lt;/i&gt;, raconte Ga&#235;l, &lt;i&gt;et ils essayent de te dissuader de d&#233;clarer ton accident du travail. Ils te disent : &#8220;Reste chez toi, t'es pay&#233; mais ne d&#233;clare pas ton accident&#8221;. Le truc, c'est que si, apr&#232;s, tu veux faire reconna&#238;tre ta maladie professionnelle, la S&#233;curit&#233; sociale ne la reconna&#238;t pas. Normalement PSA doit payer une amende de 46 000 euros &#224; chaque accident du travail&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction s'emploie &#224; ce que tout le monde pense avant tout &#224; son int&#233;r&#234;t personnel. Refuser de parler aux chefs, de rapporter les discussions entre coll&#232;gues, c'est s'exposer &#224; des pressions, et s'assurer d'une &#233;volution de carri&#232;re nulle, voire de sanctions disciplinaires. L'encadrement des ouvriers se fait aussi par le biais du syndicat maison, la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats libres (CSL) qui devient en 1999 le Syndicat Ind&#233;pendant de l'Automobile-Groupement des Syndicats Europ&#233;ens de l'Automobile (SIA-GSEA) encore majoritaire aujourd'hui. Avant la gr&#232;ve de 1982, l'adh&#233;sion au syndicat &#233;tait quasi obligatoire, tout le monde devait poss&#233;der la &#171; &lt;i&gt;petite carte de tranquillit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; l'origine, &#231;a s'appelait la CFT (Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise du travail)&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marcel Caill&#233;, Les truands du patronat, &#233;ditions sociales, 1977.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, explique Fran&#231;ois. &lt;i&gt;Quand l'usine d'Aulnay a ouvert en 1973, toute une partie de l'encadrement &#233;tait d'extr&#234;me droite ! La CFT c'&#233;tait l'extr&#234;me droite et le RPR. &#192; chaque &#233;lection professionnelle &#224; l'usine, le RPR d'Aulnay-sous-Bois venait distribuer un tract &#224; l'usine pour appeler les ouvriers &#224; voter CSL.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te faite par la CGT en 1977&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Conf&#233;d&#233;ration des syndicats libres (CSL) est en effet issue de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; que la direction, avec la collaboration de la CSL et de la police, avait fait ficher des milliers d'ouvriers. Fin janvier 2013, Ghislaine nous raconte que la pratique a toujours cours : &#171; &lt;i&gt;Si t'es dans un mouvement de gr&#232;ve ou si on te voit en manifestation, tu sais que &#231;a pourra &#234;tre dans ton dossier. Ils ont des dossiers sur tout le monde ! C'est pas officiel, mais officieusement, oui !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; cela, depuis 1982, une culture de la lutte s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; Aulnay. C'est le seul site du groupe o&#249; l'on peut distribuer des tracts &#224; l'int&#233;rieur. Ici tout le monde a en t&#234;te que pour arracher quelque chose aux patrons, il faut se battre et construire un r&#233;el rapport de force. En 2005, les ouvriers font gr&#232;ve pendant deux semaines et obtiennent le paiement &#224; 100 % des jours de ch&#244;mage technique. En 2007, c'est pour une augmentation des salaires et la retraite &#224; 55 ans. Un h&#233;ritage de luttes qui fait peur &#224; la direction et constitue sans doute une des raisons de sa fermeture.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fermeture annonc&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le travail de &#171; compactage &#187; en 2007 pour lib&#233;rer de l'espace et le louer &#224; des sous-traitants, la fermeture de l'atelier de montage 1 en 2008 et l'arr&#234;t de l'&#233;quipe de nuit en 2010 ont &#233;t&#233; les signes avant-coureurs du plan de restructuration. Il n'y a plus d&#233;sormais qu'un seul mod&#232;le produit &#224; Aulnay : la C3. Les &#233;quipes ont &#233;t&#233; r&#233;duites petit &#224; petit au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Depuis 2003, ce sont plus de 2 000 salari&#233;s qui ont quitt&#233; le site. La meilleure technique dans cette guerre d'usure : les &#171; plans de d&#233;parts volontaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Moi, je suis rentr&#233; en 98&lt;/i&gt;, confirme Mustapha. &lt;i&gt;Y avait d&#233;j&#224; la rumeur de fermeture. Mais, aujourd'hui, elle est plus flagrante que jamais, y a plus rien ! Y a plus que un montage, y a plus d'&#233;quipe de nuit&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Les gens s'en vont d'eux-m&#234;mes. Ils prennent une somme d'argent d&#233;risoire, et ils quittent le groupe PSA ! Ils ont trouv&#233; un syst&#232;me, avant on avait deux ateliers de montage, on faisait un nombre de bagnoles. Maintenant sur un seul montage, en augmentant les cadences, en chargeant les postes, on arrive pratiquement &#224; faire le nombre de v&#233;hicules qu'on faisait avec deux montages.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps de la lutte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 16 janvier 2013, 500 ouvriers d'Aulnay d&#233;clenchent une gr&#232;ve reconductible et illimit&#233;e, avec occupation de l'usine. &#171; &lt;i&gt;Si vous &#234;tes des gr&#233;vistes c'est ici que &#231;a se passe&lt;/i&gt;, s'exclame une gr&#233;viste lors de l'AG du 17 janvier. &lt;i&gt;Maintenant c'est fini d'avoir peur de votre chef, de votre RG&lt;/i&gt; [Responsable g&#233;n&#233;ral]&lt;i&gt;, c'est fini de moucharder !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p09_afpdr_psa_tof_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH264/p09_afpdr_psa_tof_copie-f6cf9.jpg?1783907233' width='500' height='264' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;appropriation de l'espace s'op&#232;re : le PC 10 de l'atelier de montage est rebaptis&#233; &#171; place de la gr&#232;ve &#187; ; les ateliers de montage et de ferrage sont occup&#233;s ; et des dizaines de gr&#233;vistes se relaient pour tenir les piquets. Le lundi 28 janvier, apr&#232;s une semaine de &lt;i&gt;lock-out&lt;/i&gt; (d&#233;cid&#233; par la direction), l'usine est r&#233;investie par les gr&#233;vistes, et toute la production est bloqu&#233;e. La direction de PSA d&#233;plore un manque &#224; gagner de 600 voitures par jour depuis le d&#233;but du conflit. Un gros coup pour le portefeuille des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le site, deux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales se tiennent chaque jour, une le matin et une l'apr&#232;s-midi. Des tours sur les cha&#238;nes de montages sont organis&#233;s afin de v&#233;rifier qu'aucune voiture ne sort de l'usine. La bouffe se fait la plupart du temps collectivement, pr&#233;par&#233;e par les gr&#233;vistes. Une ambiance combative et festive qui fait face &#224; des lignes de &#171; jaunes &#187; envoy&#233;s par la direction pour marquer la ligne de front. La strat&#233;gie est claire : recours &#224; des vigiles priv&#233;s pour encadrer le site, fermeture administrative de l'usine pour briser l'organisation de la lutte, pr&#233;sence d'huissiers et de cadres ext&#233;rieurs au site venus surveiller les gr&#233;vistes. Tout est bon pour casser la gr&#232;ve. &#171; &lt;i&gt;Les gens avec les gilets jaunes, c'est des cadres&lt;/i&gt;, indique Khalid. &lt;i&gt;Tu vois des RU&lt;/i&gt; [Responsables d'unit&#233;]&lt;i&gt;, des chefs&#8230; Ils sont l&#224; depuis lundi, ils font agents de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. La direction ne peut pas ramener d'agents de s&#233;curit&#233;, alors pour pallier &#231;a, elle met des cadres. Ils les ont ramen&#233;s de Rennes, de Poissy, des autres sites.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salvatore ajoute : &#171; &lt;i&gt;Ces cadres-l&#224; touchent le double de leur salaire, plus 10 % de prime. En gros, c'est des mecs qui tournent &#224; 5 000, 6 000 euros&#8230; pour venir casser la gr&#232;ve&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Il y a un grand d&#233;go&#251;t des salari&#233;s. Parce que la plupart des salari&#233;s, ils se sont tu&#233;s sur les cha&#238;nes de production, ils se sont esquint&#233;s la sant&#233; et maintenant v'l&#224; le r&#233;sultat !&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;C'est inadmissible, on se laissera jamais faire et on se battra jusqu'au bout !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans la plupart des conflits sociaux, la direction r&#233;pond par la r&#233;pression et fait du cas par cas pour diviser et criminaliser l'action collective. Des gr&#233;vistes sont mis &#224; pied et pour certains d&#233;j&#224; licenci&#233;s. Le lundi 28 janvier, la direction porte plainte contre six ouvriers soup&#231;onn&#233;s d'avoir agress&#233; un huissier. La pression ne s'arr&#234;te pas aux portes de l'usine, des courriers sont r&#233;guli&#232;rement adress&#233;s aux familles des gr&#233;vistes leur signifiant la perte de leur salaire et les enjoignant &#224; reprendre le travail. &#171; &lt;i&gt; En fait, c'est le seul moyen de la direction pour mettre la pression sur tout le monde&lt;/i&gt;, explique Najib, &lt;i&gt;ils accusent des personnes d'avoir attaqu&#233; un huissier de justice, de l'avoir tap&#233; derri&#232;re la t&#234;te alors que s'il avait vraiment &#233;t&#233; attaqu&#233;, il serait &#224; l'h&#244;pital.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les tentatives d'intimidation ont pour l'heure peu d'impact n&#233;gatif sur la d&#233;termination des gr&#233;vistes : &#171; &lt;i&gt;Le fait de s'attaquer &#224; des personnes X ou Y c'est pour diminuer les effectifs de militants mais au contraire &#231;a agrandit notre force&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;, nous, on est unis jusqu'au bout, la gr&#232;ve ne s'arr&#234;tera pas tant que les ouvriers ne l'auront pas d&#233;cid&#233;&lt;/i&gt; &#187;, assure Mimoune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les m&#233;dias daignent parler de la lutte &#224; Aulnay, c'est pour reprendre la version patronale. Le 5 f&#233;vrier, Yves Calvi pr&#233;sente un sujet intitul&#233; &#171; la gr&#232;ve de la honte &#187; dans l'&#233;mission C dans l'air sur France 5. On y parle de &#171; &lt;i&gt;violences&lt;/i&gt; &#187;, de &#171; &lt;i&gt;d&#233;gradations&lt;/i&gt; &#187;, d'un &#171; &lt;i&gt;climat &#233;pouvantable qui r&#232;gne dans l'usine&lt;/i&gt; &#187;. Dans la presse les mots &#171; &lt;i&gt;terroristes&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;casseurs&lt;/i&gt; &#187; sont l&#226;ch&#233;s, une terminologie qui vise &#224; distinguer les bons des mauvais, les formes d'action l&#233;gitimes de celles qui ne le seraient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ils disent qu'il y a de la violence dans nos usines&lt;/i&gt;, dit Kamal, &lt;i&gt;mais moi, je reviens &#224; ce que le patron a mis en place toutes ces ann&#233;es : la violence patronale. Moi, j'ai eu un accident du travail, on m'a retir&#233; ma restriction m&#233;dicale du jour ou lendemain, on m'a dit &#8220;Va travailler !&#8221;&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;O&#249; tu vois de la violence ? C'est eux qui font la violence !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation des gr&#233;vistes permet une solidarit&#233; pratique. Des centaines de gr&#233;vistes accompagnent leurs camarades aux convocations individuelles des salari&#233;s mis &#224; pied. Des d&#233;brayages quotidiens ont lieu pour &#233;tendre le mouvement. Une des forces de la lutte des ouvriers de PSA, c'est la convergence avec les autres travailleurs en gr&#232;ve. Un meeting &#224; la cit&#233; des 3 000, des rassemblements et actions conjointes avec les travailleurs de Renaud, de Lear, les Goodyear, les Ford, les Sanofi&#8230; Le 15 f&#233;vrier, Xavier Mathieu, ex-Conti, s'exclame devant l'usine : &#171; &lt;i&gt;Ce qui vous a nourri, c'est pas votre patron : c'est votre bras, c'est votre sueur. Par contre c'est vous qui les avez enrichis depuis toutes ces ann&#233;es.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Vous avez fabriqu&#233; cette usine, elle vous appartient : reprenez la ! Battez-vous ! Vous &#234;tes en guerre ! Vive la lutte des travailleurs unis, jusqu'au bout !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une caisse de gr&#232;ve est mise en place pour compenser financi&#232;rement les jours non travaill&#233;s, aliment&#233;e par des collectes aupr&#232;s de mairies et de syndicats, ainsi que par des actions men&#233;es en dehors de l'usine (concerts et bouffes de soutien, p&#233;ages gratuits, etc.). Apr&#232;s un mois de gr&#232;ve, le montant des dons r&#233;colt&#233;s est &#233;valu&#233; &#224; 261 000 euros. L'argent c'est le nerf de la guerre, et c'est aussi un moyen de pression en moins dans les mains du patron. Le premier versement a lieu le 28 f&#233;vrier. Un ouvrier titulaire d'une &#171; carte de gr&#232;ve &#187; touche 80 euros pour une semaine de lutte, 200 euros pour deux, 500 pour trois, et 800 euros pour un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, un combat juridique est men&#233; par le syndicat SUD, qui vise &#224; montrer les irr&#233;gularit&#233;s du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) afin d'obtenir sa suspension. Le 6 mars, le juge des r&#233;f&#233;r&#233;s de Bobigny s'est d&#233;clar&#233; incomp&#233;tent &#224; trancher le litige, et a renvoy&#233; les parties devant la cour d'appel de Paris. &#171; &lt;i&gt;On se bagarre avec un mur&lt;/i&gt;, d&#233;clare Samir. &lt;i&gt;On est en gr&#232;ve depuis 6 semaines, on va rien l&#226;cher jusqu'&#224; ce qu'on obtienne gain de cause. C'est pas juste en claquant des doigts que le plan social va freiner. Certes la justice &#231;a compte, mais notre gr&#232;ve, notre menace, &#231;a aussi &#231;a compte&#8230; et c'est &#231;a le plus important. C'est compl&#233;mentaire, il faut faire les deux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi &#224; travers la solidarit&#233;, autant que la satisfaction des revendications, que se joue l'enjeu de la gr&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Le fait de faire gr&#232;ve, c'est pas juste pour obtenir &lt;/i&gt; [quelque chose], t&#233;moigne Nabil. &lt;i&gt;C'est aussi un changement en nous. Il y a un changement qui se produit, parce que, mine de rien, ici, il y a pas que des combattants, on est pas tous n&#233;s r&#233;volutionnaires.&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt; Le fait que j'ai dit non et que je me batte, &#231;a permet aussi d'essayer d'effacer toutes les ann&#233;es o&#249; j'ai accept&#233;&#8230; o&#249; j'ai particip&#233; par mon silence &#224; ce que le patron fait.&lt;/i&gt; &#187; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes ont face &#224; eux une direction intransigeante, &#224; la t&#234;te de l'UIMM, l'une des f&#233;d&#233;rations les plus puissantes du MEDEF. Le combat des ouvriers d'Aulnay ouvre une br&#232;che dans l'offensive patronale qui menace de s'appliquer a tout le pays avec les accords de comp&#233;titivit&#233; : gel des salaires contre promesse de maintien de l'emploi, mobilit&#233; forc&#233;e, augmentation du temps de travail, proc&#233;dures de licenciements facilit&#233;es&#8230; Rien n'est fini, la lutte continue : Gardez l'&#233;coute !
&#171; &lt;i&gt;Je le redis : on fait la gr&#232;ve, on mange, on rigole, on pleure pas, franchement &#231;a fait plaisir de voir ce qu'il se passe ici&lt;/i&gt; &#187;, conclut Kamal.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Contact&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.soutien-salaries-automobile-93.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.soutien-salaries-automobile-93.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutien aux salari&#233;s de l'automobile du 93 &#8211; 19-21, rue Jacques-Duclos &#8211; 93600 Aulnay-sous-Bois.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_599 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH283/p09-dlemission-5d13f.png?1782641988' width='400' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.aufondpresduradiateur.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au Fond Pr&#232;s Du Radiateur&lt;/a&gt; est une &#233;mission, n&#233;e en 2005, sur &lt;a href=&#034;http://www.rfpp.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;radio FPP&lt;/a&gt; (106.3 FM) qui a pour objectif de diffuser la parole issue des luttes sociales face &#224; la propagande des m&#233;dias dominants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi les encadr&#233;s du &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Encadres-C-est-ca-l-ambiance-PSA' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Dossier &#034;PSA&#034;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;dits photos : L'&#233;quipe de AFPDR&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2011, PSA annonce un record historique de 60 milliards de chiffre d'affaires (+ 7 %), dont 588 millions d'euros de b&#233;n&#233;fices nets. 257 millions de dividendes sont vers&#233;s aux actionnaires. Loin d'&#234;tre en faillite, le groupe s'est enrichi pendant la crise et dispose d'une tr&#233;sorerie de 11 milliards d'euros. La famille Peugeot est la plus riche de France, elle poss&#232;de 4,4 milliards domicili&#233;s en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Marcel Caill&#233;, &lt;i&gt;Les truands du patronat&lt;/i&gt;, &#233;ditions sociales, 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Conf&#233;d&#233;ration des syndicats libres (CSL) est en effet issue de la Conf&#233;d&#233;ration fran&#231;aise du travail (CFT) dont des nervis avaient &#233;t&#233; impliqu&#233;s dans l'assassinat du militant c&#233;g&#233;tiste Pierre Ma&#238;tre &#224; Reims en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Morts aux Ritals !</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Entre 1890 et 1910, on comptabilise une soixantaine d'incidents x&#233;nophobes dans le monde ouvrier fran&#231;ais. Rixes entre ouvriers fran&#231;ais et belges dans le Nord, affrontements sanglants entre Italiens et locaux dans les carri&#232;res de Senlis, contre des Espagnols dans l'Aude, ces divers incidents expriment une m&#234;me protestation contre l'embauche d'une main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re. La revendication d'un protectionnisme du travail national n'est pas sans rapport avec la mont&#233;e en puissance des ligues (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no97-fevrier-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;97 (f&#233;vrier 2012)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre 1890 et 1910&lt;/strong&gt;, on comptabilise une soixantaine d'incidents x&#233;nophobes dans le monde ouvrier fran&#231;ais. Rixes entre ouvriers fran&#231;ais et belges dans le Nord, affrontements sanglants entre Italiens et locaux dans les carri&#232;res de Senlis, contre des Espagnols dans l'Aude, ces divers incidents expriment une m&#234;me protestation contre l'embauche d'une main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re. La revendication d'un protectionnisme du travail national n'est pas sans rapport avec la mont&#233;e en puissance des ligues nationalistes et antis&#233;mites, &#224; une &#233;poque o&#249; le mouvement ouvrier organis&#233; est encore en gestation &#8211; la CGT se constitue en 1895 &#8211; et l'id&#233;e internationaliste est quasimment oubli&#233;e depuis la scission de l'Association internationale des travailleurs en 1872. Le nationalisme sert d'ultime refuge aux ouvriers expos&#233;s au ch&#244;mage et priv&#233;s de formes de solidarit&#233;s sociales effectives. D&#232;s lors l'ouvrier nationaliste joue contre son camp en renfor&#231;ant la domination du patronat national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#233;trangers nous prennent nos places, nos emplois, nos fianc&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, peut-on lire dans la lettre d'un ouvrier adress&#233;e &#224; un d&#233;put&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1880. Les griefs principaux sont que les immigr&#233;s p&#232;sent &#224; la baisse sur le salaire et d&#233;gradent les conditions de travail, ce qui est loin d'&#234;tre av&#233;r&#233; &#224; qualification &#233;gale. Par contre, il est &#233;vident &#8211; et c'est une constante toujours &#224; l'&#339;uvre &#8211; que les besognes les plus p&#233;nibles, les moins bien pay&#233;es, donc d&#233;laiss&#233;es par les ouvriers locaux, sont majoritairement d&#233;volues aux travailleurs immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Italiens constituent alors la main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re la plus importante et&#8230; la population la plus expos&#233;e. En 1881, Marseille avait d'ailleurs connu une chasse &#224; l'homme contre les Italiens (15 % de la population urbaine) rest&#233;e dans l'histoire sous le nom de &#171; V&#234;pres marseillaises &#187;. Bilan : 3 morts et une vingtaine de bless&#233;s.
En ao&#251;t 1893, la compagnie des Salins du midi recrute 920 ouvriers pay&#233;s au rendement pour le battage et le levage du sel. La crise &#233;conomique rend plus &#226;pre encore la concurrence entre les travailleurs saisonniers qui se distinguent en trois cat&#233;gories : les &#171; Ard&#233;chois &#187;, les &#171; trimards &#187;, compos&#233;s de vagabonds, et les &#171; Pi&#233;montais &#187; au nombre de 410. Les &#233;quipes sont m&#233;lang&#233;es. Dans ce d&#233;sert sal&#233; et sans ombre, &#224; huit kilom&#232;tres d'Aigues-Mortes dans l'H&#233;raut, tout commence par une bagarre le 16 ao&#251;t. Les trimards, moins rod&#233;s &#224; la t&#226;che que les Italiens, reprochent &#224; ces derniers d'imposer des cadences trop intensives. Un Italien est accus&#233; d'avoir rinc&#233; sa chemise pleine de sel au-dessus du baquet d'eau potable des trimards. On en vient aux mains et au couteau. Par vengeance, les trimards colportent la rumeur jusqu'au bourg que des Italiens ont tu&#233; des Aigue-Mortais et appellent &#224; la&lt;i&gt; &#171; chasse &#224; l'ours &#187;&lt;/i&gt;. Lourdement avin&#233;s, les trimards s'arment de b&#226;tons, les Aigue-Mortais de fourches et de fusils. La population aux fen&#234;tres, se croyant aux courses camarguaises, encourage les f&#233;roces patriotes. Le drapeau fran&#231;ais est brandi pendant qu'on assomme et tue les ouvriers italiens jusqu'au lendemain, sous les yeux des gendarmes et des &#233;diles locaux. Durant la cur&#233;e, un drapeau rouge est aussi d&#233;ploy&#233;, ce qui n'est pas fait pour dissiper la confusion, et lorsque la troupe cherche &#224; intervenir, la meute s'y oppose aux cris de &#171; Fourmies &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; la fusillade par l'arm&#233;e des mineurs deux ans auparavant dans le Nord. Le bilan est de 8 morts, enterr&#233;s en toute h&#226;te, et d'une vingtaine de bless&#233;s. Lors du proc&#232;s, l'accusation charge les Italiens et trouve un bouc &#233;missaire ; le jury acquitte les assassins en d&#233;pit de preuves &#233;videntes. La presse nationaliste applaudit. Le mythe des cadavres d'Italiens reposant au fond des marais demeurera longtemps. Cette tuerie entachera durablement les m&#233;moires locales et nationales du sceau de la honte. La production d'un discours x&#233;nophobe &#224; pr&#233;tention sociale, gommant la v&#233;ritable lutte des classes, ne peut vraisemblablement avoir que de funestes cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire : G&#233;rard Noirel, &lt;a href=&#034;http://www.editions-fayard.fr/livre/fayard-308070-Le-Massacre-des-Italiens-Gerard-Noiriel-hachette.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Massacre des Italiens &#8211; Aigues-Mortes, 17 ao&#251;t 1893&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Fayard, 2010.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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