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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Rennes : La bataille du centre-ville</title>
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		<dc:creator>Yves Souben</dc:creator>


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&lt;p&gt;Drapeaux, slogans, banderoles et distribution de s&#233;rum phy. Les manifs rennaises ressemblent aux autres. &#192; une diff&#233;rence pr&#232;s : le centre-ville, interdit d'acc&#232;s par la mairie et la pr&#233;fecture, est devenu un enjeu du mouvement social. &#171; Manifester est une libert&#233; fondamentale qui doit &#234;tre garantie. &#187; Quand une &#233;lue socialiste dit cela, &#231;a sent le coup fourr&#233;. Et il aura suffi de deux semaines de manifestations pour que Nathalie App&#233;r&#233;, d&#233;put&#233;e-maire de Rennes, corrige sa copie : &#171; Je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Drapeaux, slogans, banderoles et distribution de s&#233;rum phy. Les manifs rennaises ressemblent aux autres. &#192; une diff&#233;rence pr&#232;s : le centre-ville, interdit d'acc&#232;s par la mairie et la pr&#233;fecture, est devenu un enjeu du mouvement social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Manifester est une libert&#233; fondamentale qui doit &#234;tre garantie.&lt;/i&gt; &#187; Quand une &#233;lue socialiste dit cela, &#231;a sent le coup fourr&#233;. Et il aura suffi de deux semaines de manifestations pour que Nathalie App&#233;r&#233;, d&#233;put&#233;e-maire de Rennes, corrige sa copie : &#171; &lt;i&gt;Je ne tol&#233;rerai pas que notre centre-ville soit le th&#233;&#226;tre r&#233;gulier d'affrontements et de d&#233;gradations.&lt;/i&gt; &#187; En accord avec le pr&#233;fet, le 25 mars, elle d&#233;cide d'interdire &#171; &lt;i&gt;l'hypercentre&lt;/i&gt; &#187; aux manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet hypercentre, c'est le lieu de d&#233;part traditionnel de toutes les manifestations, place du Parlement. Ses rues pi&#233;tonnes largement fr&#233;quent&#233;es, ses vieilles baraques, ses bars. Un espace que tous s'approprient largement, en semant sur les murs et goutti&#232;res autocollants, tags, affiches... Bref, c'est sous les balcons les plus cossus que les &#233;tudiants animent les nuits rennaises. Et c'est sous les fen&#234;tres de la mairie socialiste que l'on crie le rejet des politiques lib&#233;rales : &#171; &lt;i&gt; P comme pourris, et S comme salauds ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas vraiment de surprise, donc, &#224; ce que la d&#233;put&#233;e-maire s'attaque aussi violemment &#224; la col&#232;re de la rue. Le 24 mars avait d&#233;j&#224; vu une r&#233;pression polici&#232;re exceptionnelle. Et comme toujours, la violence des forces de l'ordre se justifie &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;. Si la manifestation est r&#233;prim&#233;e, c'est qu'il devait y avoir de bonnes raisons ; si la police a &#233;t&#233; aussi agressive, alors il faut interdire le centre-ville. D&#232;s le 31 mars, et pour toutes les manifestations qui suivront, chaque rue qui y m&#232;ne sera bloqu&#233;e par un imposant dispositif de CRS, de policiers de la brigade anticriminalit&#233; et de gendarmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, les manifestants s'organisent. Pour tous, il est &#233;vident qu'il faut reprendre le centre-ville. Le 31 mars, les &#233;tudiants prennent la t&#234;te du cort&#232;ge, devant les syndicats professionnels. Les plus audacieux marchent vers la police, abrit&#233;s derri&#232;re des banderoles matelass&#233;es, bien d&#233;cid&#233;s &#224; les faire reculer. &#224; mi-parcours, ils y arrivent, au moins sur une trentaine de m&#232;tres. Le long du cort&#232;ge, il pleut des lacrymog&#232;nes, par salves, jusqu'&#224; une douzaine simultan&#233;ment. &#192; peine le temps de jeter une grenade &#224; l'eau que d'autres retombent d&#233;j&#224;. En pleine manifestation, la police doit se r&#233;approvisionner, pendant que FlashBalls et LBD sont d&#233;gain&#233;s. Bilan : une centaine de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me, Nuit Debout se demande s'il faut s'installer en centre-ville. Mais accepte finalement de se faire rel&#233;guer sur l'esplanade Charles-de-Gaulle, immense place aux airs de &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt;, cern&#233;e par ses institutions consum&#233;ristes : centres commerciaux, complexe de cin&#233;mas et salle de concert industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les manifestants qui battent le pav&#233; &#8211; ou le jettent &#224; l'occasion &#8211;, hors de question de c&#233;der &#224; ce pis-aller. Les strat&#233;gies se d&#233;veloppent alors progressivement face au verrouillage policier. Si les forces de l'ordre s'installent sur une partie de la ville, cela transformera les autres quartiers en un immense terrain de jeu, propice &#224; l'improvisation. Le 5 avril, alors que les robocops bloquent leurs rues pr&#233;f&#233;r&#233;es, le cort&#232;ge s'amuse &#224; repeindre rapidement le local du PS, avant de s'aventurer plus loin sur les rails, bloquant la gare SNCF &#8211; pour la troisi&#232;me fois en trois semaines. La r&#233;action polici&#232;re est f&#233;roce, et le cort&#232;ge est pourchass&#233; dans les quartiers r&#233;sidentiels pendant plusieurs heures. Dix jours plus tard, rebelote pour visiter le si&#232;ge local du Medef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 avril, alors que syndicats professionnels et &#233;tudiants d&#233;filent ensemble, le cort&#232;ge n'a pas m&#234;me le temps de croiser le regard des bleus. Les lacrymos volent, les matraques aussi, la police charge indistinctement. La manifestation se lance alors dans une deuxi&#232;me boucle, d&#233;passe les policiers sur leur flanc et investit pendant quelques instants le centre, pour y allumer un feu de joie. Au-dessus du cort&#232;ge, des slogans triomphants : &#171; &lt;i&gt;Le centre-ville est &#224; nous !&lt;/i&gt; &#187; L'atmosph&#232;re reste tendue, et au son de l'alerte &#171; &lt;i&gt;Y a la Bac ! &lt;/i&gt; &#187;, c'est la panique &#8211; certains escaladent m&#234;me les capots des voitures pour s'enfuir. 47 personnes sont bless&#233;es par les CRS ce jour-l&#224;, dont 7 gri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 avril, c'est la strat&#233;gie du sous-sol qui est finalement adopt&#233;e : petit tour habituel sur les grands boulevards, pour la forme. Puis, la manifestation s'engouffre dans le m&#233;tro. Pour en ressortir deux stations plus loin, en plein centre. &#171; &lt;i&gt;On s'est fait avoir !&lt;/i&gt; &#187;, &#233;ructe un CRS dans son talkie. D&#233;bord&#233;es, les forces de l'ordre sont impuissantes, les banques doivent baisser leurs rideaux. Face &#224; la tentative de voler le c&#339;ur de la ville aux Rennais, la malice du mouvement l'a emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout bascule le 28 avril. Cette fois-ci, le centre ressemble &#224; une forteresse imprenable. Grilles anti-&#233;meutes &#224; tous les coins de rue. Canon &#224; eau. H&#233;licopt&#232;re. Stations ferm&#233;es. Deux villes semblent coup&#233;es par cette balafre. D'un c&#244;t&#233;, des commer&#231;ants &#171; satisfaits &#187;, prot&#233;g&#233;s par la flicaille. De l'autre, 13 000 manifestants. Apr&#232;s un premier tour, la t&#234;te de cort&#232;ge prend d'assaut les positions polici&#232;res. Une bombe artisanale explose. Certains lancent un grappin pour mettre &#224; bas les grilles, en vain. Et la police charge. Frappe indistinctement, sur la t&#234;te, les manifestants qui sont d&#233;j&#224; en train de fuir. L'un d'entre eux franchit en courant le pont qui enjambe la Vilaine. Tir de LBD40. Il s'effondre. Quelques &#233;tudiants s'approchent pour prendre soin de lui, pensent qu'il est touch&#233; &#224; la jambe. Non. C'est son &#339;il qui est en sang. L'&#233;quipe m&#233;dicale tente d'arr&#234;ter l'h&#233;morragie, il est finalement &#233;vacu&#233; par les pompiers. Op&#233;r&#233; en urgence, il perdra son &#339;il. Le lendemain, en Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, un m&#233;dic t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Les affrontements n'ont jamais &#233;t&#233; aussi intenses, avec 49 bless&#233;s, dont 10 graves. La police s'est d&#233;cha&#238;n&#233;e avec sauvagerie.&lt;/i&gt; &#187; Sa prise de parole termin&#233;e, il craque, s'effondre, recroquevill&#233; sur les marches de l'amphi occup&#233;. La r&#233;solution, elle, reste intacte. On le reprendra, ce centre-ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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