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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Il y a une fin dans le travail salari&#233;, mais le travail de subsistance ne s'arr&#234;te jamais &#187;</title>
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		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand les usines s'en vont ? Que deviennent les villes, les gens, les liens ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, les six membres du collectif Rosa Bonheur ont arpent&#233; pendant quatre ans un ancien bastion de l'industrie textile : Roubaix. Dans leur livre La Ville vue d'en bas, ces chercheurs en sciences sociales racontent la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;brouille, la nostalgie et les solidarit&#233;s des anciens ouvriers ; mais aussi la lutte des classes pour l'espace urbain. Hakim est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail-industriel" rel="tag"&gt;travail industriel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand les usines s'en vont ? Que deviennent les villes, les gens, les liens ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, les six membres du collectif Rosa Bonheur ont arpent&#233; pendant quatre ans un ancien bastion de l'industrie textile : Roubaix. Dans leur livre &lt;i&gt;La Ville vue d'en bas&lt;/i&gt;, ces chercheurs en sciences sociales racontent la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;brouille, la nostalgie et les solidarit&#233;s des anciens ouvriers ; mais aussi la lutte des classes pour l'espace urbain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH345/-1789-853dd.jpg?1768731623' width='500' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Pirrik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hakim est m&#233;canicien de rue. Il fait travailler les jeunes du quartier et d&#233;panne les voisins. Sofian, la vingtaine, r&#233;alise l'autoconstruction d'un immeuble. Kadouja, fra&#238;chement retrait&#233;e, mais depuis longtemps dans la pr&#233;carit&#233;, ne se m&#233;nage pas. Elle est de tous les collectifs, de toutes les associations. Didier vend les cages aux oiseaux qu'il fabrique, &#171; &lt;i&gt;&#224; deux, trois euros pi&#232;ce&lt;/i&gt; &#187;, aux puces du quartier. Tous vivent &#224; Roubaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tours et d&#233;tours de leurs vies sont racont&#233;s dans &lt;i&gt;La Ville vue d'en bas. Travail et production de l'espace populaire&lt;/i&gt;, passionnant ouvrage publi&#233; en 2019 aux &#201;ditions Amsterdam. Les auteurs, un collectif de chercheurs lillois baptis&#233; Rosa Bonheur, y relatent quatre ann&#233;es d'enqu&#234;te ethnographique : des observations et des entretiens men&#233;s au gr&#233; des rencontres dans cette ville du Nord, cas presque id&#233;al-type, tant elle a subi la d&#233;sindustrialisation de plein fouet, passant de fleuron de l'industrie textile &#224; commune parmi les plus pauvres de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de donner dans l'enqu&#234;te surplombante, le collectif s'est mis &#224; hauteur d'habitants et a choisi de raconter les espaces sociaux et g&#233;ographiques en mettant l'accent sur la production, les savoir faire, l'entraide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Bory et Jos&#233;-Angel Calder&#243;n sont sociologues. La premi&#232;re m&#232;ne de front deux chantiers : elle s'int&#233;resse autant &#224; la philanthropie des &#233;lites &#233;conomiques qu'aux cons&#233;quences de la d&#233;sindustrialisation sur les classes populaires. Le second &#233;tudie les transformations de l'emploi et du travail. Visite guid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi Roubaix est-elle une ville de choix pour analyser l'impact de la d&#233;sindustrialisation sur un territoire et ses habitants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne Bory :&lt;/strong&gt; &#171; C'est une ville marqu&#233;e par la mono-industrie ; depuis le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tout le d&#233;veloppement local a &#233;t&#233; orient&#233; par les besoins en main-d'&#339;uvre de l'industrie textile. La population ouvri&#232;re est vite devenue internationale : belge, europ&#233;enne puis nord-africaine. Quand les d&#233;tenteurs du capital ont d&#233;cid&#233; de d&#233;localiser, en ne gardant sur place que les activit&#233;s de conception qui n&#233;cessitent une main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e, l'activit&#233; proprement industrielle a baiss&#233;, puis disparu. Tout n'a pas ferm&#233; d'un coup, il y a eu des restructurations permanentes des ann&#233;es 1960 jusqu'au milieu des ann&#233;es 2000. Mais les populations locales, form&#233;es et install&#233;es ici pour ce travail-l&#224;, se sont retrouv&#233;es sans emploi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233;-Angel Calder&#243;n :&lt;/strong&gt; &#171; Roubaix correspond au mod&#232;le de la ville-usine, une structuration urbaine que l'on retrouve &#224; Li&#232;ge ou Charleroi, en Belgique. Tout a &#233;t&#233; pens&#233; pour l'usine et donc pour loger les ouvriers &#224; proximit&#233;. La ville s'est construite pour et autour de la production industrielle, la mairie a souvent &#233;t&#233; aux mains du patronat ou cog&#233;r&#233;e avec lui. Mais la classe ouvri&#232;re a eu un vrai poids dans l'agenda municipal jusque dans les ann&#233;es 1980 ; Roubaix a &#233;t&#233; une des villes phares du socialisme municipal. Des infrastructures culturelles et sportives ont par exemple &#233;t&#233; pens&#233;es pour les ouvriers. &#192; la fermeture des usines, il y a eu une vraie rupture. En plus, dans un contexte de m&#233;tropolisation avec Lille et Tourcoing, ph&#233;nom&#232;ne qui a aspir&#233; les ressources. Roubaix en est sortie perdante. La ville est devenue entrepreneuriale, il n'y a plus de projet municipal &#8211; ou, en tout cas, le projet choisi ne s'adresse plus &#224; sa population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle m&#233;moire reste-t-il du &#171; temps des usines &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; On a rencontr&#233; une association d'anciens salari&#233;s du textile : &#233;videmment, chez eux, cette m&#233;moire est tr&#232;s pr&#233;sente et le travail &#224; l'usine est appr&#233;hend&#233; sous l'angle de la nostalgie, avec une mise en avant forte de l'int&#233;gration sociale et des solidarit&#233;s ouvri&#232;res. Leurs discours ont tendance &#224; gommer la dimension conflictuelle du travail &#224; l'usine, sa duret&#233;, parce qu'ils veulent peser dans l'agenda politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes que nous avons rencontr&#233;es &#233;taient souvent des filles d'ouvriers du textile ou des &#233;pouses d'ouvriers licenci&#233;s &#8211; ce qui ne veut &#233;videmment pas dire qu'il n'y a pas eu d'ouvri&#232;res : elles &#233;taient nombreuses dans le secteur de la filature. Mais celles avec qui nous avons pass&#233; du temps nous ont surtout parl&#233; du quotidien qui change quand le mari ne travaille plus &#224; l'usine. En termes de temps, de moyens financiers, d'interd&#233;pendances. Elles nous ont aussi racont&#233; dans quel &#233;tat de fatigue revenaient les p&#232;res ou les &#233;poux, ce qu'ils racontaient de l'usine. Pour ces enqu&#234;t&#233;es, il s'agit d'un lieu pr&#233;sent, mais assez lointain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Parmi les hommes, le sentiment d'injustice est tr&#232;s pr&#233;sent dans les discours. Ce n'est pas un regret de l'usine mais un sentiment d'&#234;tre laiss&#233;s pour compte, d'avoir &#233;t&#233; abandonn&#233;s. On dit que Roubaix a &#233;t&#233; en crise, est en crise. C'est vrai pour ses habitants les plus pauvres, mais les capitaux, eux, n'ont jamais &#233;t&#233; en crise. Ils sont toujours l&#224;. Les grandes familles sont toujours l&#224;, celles qui ont fait fortune sur le dos des Roubaisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; des ouvriers, notamment dans les phases initiales du traitement de la laine, &#233;tait tr&#232;s dure, les t&#226;ches extr&#234;mement p&#233;nibles. On a recueilli assez peu de r&#233;cits sur ce qui se passait dans ces usines mais les traces sont encore visibles sur les corps, us&#233;s et fatigu&#233;s. Les Roubaisiens ont une esp&#233;rance de vie pr&#232;s de trois ans inf&#233;rieure &#224; la moyenne nationale. En r&#233;alit&#233;, les r&#233;cits positifs sur la vie d'avant, la vie d'usine, sont surtout le fait de celles et ceux qui veulent mettre en valeur le patrimoine industriel. Il faut vraiment nuancer ces discours : oui, contrairement &#224; aujourd'hui, les gens avaient un emploi mais les conditions de vie &#233;taient aussi tr&#232;s dures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; En revanche, il existe une m&#233;moire tr&#232;s pratique du travail industriel dans les activit&#233;s manuelles aujourd'hui exerc&#233;es par ces anciens salari&#233;s, comme la r&#233;paration automobile ou le jardinage. Cette valorisation tr&#232;s forte du travail &lt;i&gt;fait main&lt;/i&gt; n'est pas rattach&#233;e dans le discours aux anciennes usines, mais en pratique elle est un h&#233;ritage de ce travail industriel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; C'est ce que la sociologue Florence Weber appelle le &#8220;travail-&#224;-c&#244;t&#233;&#8221; : le bricolage, la couture, etc. Tout cela constitue un autre rapport, y compris esth&#233;tique, au monde, et contribue &#224; la production d'une culture ouvri&#232;re o&#249; les savoir-faire sont centraux. &#199;a n'a pas disparu avec la fermeture des usines ; simplement, ces activit&#233;s qui &#233;taient &#224; l'&#233;poque consid&#233;r&#233;es comme du travail &#224; la marge, &lt;i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, sont aujourd'hui devenues centrales, comme la r&#233;paration, l'autor&#233;habilitation du b&#226;ti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Que font les gens qui ne font rien ?&lt;/i&gt; &#187; C'est une interrogation que vous posez dans votre livre, en y r&#233;pondant tr&#232;s vite : tous continuent &#224; faire, &#224; travailler. Comment l'activit&#233; se r&#233;organise-t-elle apr&#232;s les fermetures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; M&#234;me si l'emploi industriel a quasi int&#233;gralement disparu, il demeure de l'emploi salari&#233; populaire dans les services &#224; la personne, dans l'associatif, &#224; Roubaix et autour. Quelques industries, notamment &#224; la fronti&#232;re belge, continuent d'embaucher aussi, de mani&#232;re pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a du travail non salari&#233;, le travail de subsistance, comme le nomme la sociologue allemande Maria Mies, qui recoupe l'ensemble des activit&#233;s permettant de garder la t&#234;te hors de l'eau. Certaines de ces activit&#233;s sont r&#233;mun&#233;r&#233;es, c'est le cas de la m&#233;canique &#224; ciel ouvert ou de tout ce qui se passe entre deux portes, des petites prestations qui sortent du march&#233; officiel, comme le soin &#224; la personne, la fabrication de meubles, d'objets. Pour d'autres activit&#233;s encore, il n'y a pas de r&#233;mun&#233;ration mon&#233;taire mais un syst&#232;me d'&#233;change et de r&#233;ciprocit&#233;, soit dans la famille ou la maisonn&#233;e, soit via des interconnaissances, dans la rue, le quartier, la ville. Il peut alors s'agir de gestion des papiers administratifs, de travail &#233;ducatif, de petits travaux ou tout simplement de r&#233;ussir &#224; consommer avec des moyens r&#233;duits. C'est un vrai travail : s'adapter &#224; un budget serr&#233;, calculer les prix en fonction de la qualit&#233; des produits. De la m&#234;me fa&#231;on, r&#233;parer, produire soi-m&#234;me, faire de la couture, la cuisine : ce sont des formes de travail tr&#232;s concr&#232;tes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les cons&#233;quences de ce &#171; travail de subsistance &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; L'int&#233;gralit&#233; du temps est colonis&#233;e par ce travail. On sort du mod&#232;le &#8211; d'ailleurs tr&#232;s masculin &#8211; des trois-huit. Il y a une fin dans le travail salari&#233; mais le travail de subsistance, lui, ne s'arr&#234;te jamais et concerne l'int&#233;gralit&#233; du temps. Les femmes que nous avons rencontr&#233;es ont un agenda de ministre, elles ne font jamais une seule chose &#224; la fois et les 24 heures de la journ&#233;e ne suffisent pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Ce qui change, c'est le contexte dans lequel ces activit&#233;s sont faites : celui d'une &#8220;d&#233;salarisation&#8221;. Il ne s'agit pas uniquement de la forme du contrat de travail, mais aussi du fait d'avoir acc&#232;s ou non &#224; la protection sociale, &#224; des politiques sociales d'entreprise, &#224; un collectif ouvrier organis&#233;. D&#233;sormais, et c'est le cas pour tout le monde, il faut travailler plus, avec moins de moyens et moins d'argent. Pour le travail de soin &lt;i&gt;[le &#8220;care&#8221;]&lt;/i&gt;, les personnes doivent de plus en plus s'occuper seules de leurs proches malades car la qualit&#233; du service public baisse. La d&#233;gradation du b&#226;ti est &#233;galement assez ph&#233;nom&#233;nale, donc les gens doivent se d&#233;brouiller en r&#233;parant eux-m&#234;mes leur habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on a fait le pari de nommer &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; toutes ces activit&#233;s. De la m&#234;me fa&#231;on que le f&#233;minisme parle de travail domestique, qui est un vrai travail sauf qu'il n'est pas consid&#233;r&#233; comme tel. Il faut reconna&#238;tre le travail de subsistance comme &#233;tant du travail, pour repenser les liens sociaux dans une soci&#233;t&#233; qui a tendance &#224; marginaliser ces personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre sujet : comment le territoire, longtemps organis&#233; autour des usines, se transforme-t-il une fois celles-ci ferm&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; L'arr&#234;t de l'industrie change fondamentalement le d&#233;cor, parce qu'il a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; pour elle. Mais les usines ne disparaissent pas, du moins pas tout de suite. Il y a des friches, des terrains inutilis&#233;s. Certains b&#226;timents sont r&#233;habilit&#233;s pour faire du logement destin&#233; aux classes moyennes sup&#233;rieures, des lofts ou des bureaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Le pass&#233; est encore pr&#233;sent : il reste des chemin&#233;es d'usine de tr&#232;s grands b&#226;timents industriels. L'usage d'une grande partie du b&#226;ti change mais l'organisation urbaine reste assez stable. &#192; Roubaix, il y a des quartiers r&#233;sidentiels tr&#232;s luxueux, toujours occup&#233;s par les m&#234;mes familles ayant fait fortune dans l'industrie, et des logements ouvriers en brique, qui sont encore aujourd'hui le lieu de vie des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, d'anciens quartiers ouvriers ont &#233;t&#233; d&#233;truits, mais cette disparition est assez r&#233;cente. Elle s'effectue d'ailleurs sous couvert de r&#233;novation et d'am&#233;lioration de l'habitat, surtout pens&#233;es pour virer les pauvres. Mais ce n'est pas tr&#232;s efficace. Roubaix reste une ville tr&#232;s populaire et les nouveaux habitants qui viennent s'y installer sont eux aussi plut&#244;t pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'il existe une politique de &#8220;d&#233;densification&#8221; qui s'attaque essentiellement aux quartiers les plus pr&#233;caires. Le probl&#232;me, c'est que &#8220;d&#233;densifier&#8221; a pour cons&#233;quence de briser les liens sociaux ; c'est comme si on s'attaquait &#224; un collectif de travail en supprimant un poste de travail sur deux, tant l'habitat, la rue et les &#233;changes de proximit&#233; qu'ils induisent entre voisins sont importants. Les &#233;conomies de subsistance que l'on d&#233;crit n'auraient pas pu appara&#238;tre ailleurs que dans ces villes ouvri&#232;res, construites de mani&#232;re particuli&#232;re, ouvertes sur la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, celui de la fa&#231;on dont la m&#233;moire s'inscrit dans le paysage, le quartier de l'Union, qui abritait plusieurs tr&#232;s grandes usines et des logements ouvriers, a par exemple &#233;t&#233; compl&#232;tement ras&#233; au milieu des ann&#233;es 2000 et les pouvoirs publics y ont construit un centre pour le textile innovant, avec le projet d'un &#233;coquartier destin&#233; aux classes moyennes. Les anciens ouvriers se sont alors constitu&#233;s en collectif, l'Union des gens du textile, pour tenter de peser dans cet espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;fendez le concept de &#171; centralit&#233; populaire &#187; pour d&#233;finir des quartiers souvent d&#233;sign&#233;s comme p&#233;riph&#233;riques qui seraient au contraire centraux &#171; &lt;i&gt;car ils cumulent des fonctions d'acc&#232;s au logement et d'ancrage r&#233;sidentiel, d'activit&#233;s &#233;conomiques et de travail&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; La centralit&#233; populaire est un outil. Les gens s'entraident pour acheter, louer ou r&#233;nover des logements par exemple. C'est n&#233;cessaire pour ces populations qui sont souvent discrimin&#233;es sur ces questions, et c'est encore plus vrai pour les personnes racis&#233;es. Les habitants disputent l'espace au capital et aux processus de gentrification, ils luttent contre des administrateurs qui veulent interdire tel march&#233; aux puces ou imposer les formes et l'organisation d'un nouveau potager collectif, tout en supprimant des jardins ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; Il y a une conflictualit&#233; dans la gestion de l'espace. C'est bien pour &#231;a qu'il y a des formes de contr&#244;le social sur la r&#233;novation des logements ou sur l'activit&#233; de m&#233;canique &#224; ciel ouvert. De nouvelles normes ou des interdictions sont prises car ce n'est pas conforme aux attentes esth&#233;tiques des classes moyennes sup&#233;rieures. Le fait m&#234;me que les populations les plus populaires utilisent l'espace rend celui-ci moins attractif &#224; leurs yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le dossier &#171; Apr&#232;s l'usine &#187; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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