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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Th&#233;&#226;tre : &#171; Nous n'avons pas tir&#233; les le&#231;ons d'Auschwitz et de La Kolyma. &#187;</title>
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		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;L'Esp&#232;ce humaine est un immense texte publi&#233; en 1947. Monologue int&#233;rieur relatant l'exp&#233;rience concentrationnaire de Robert Antelme (1917-1990), il est interpr&#233;t&#233; avec justesse et &#233;motion par la Compagnie Monsieur Madame. Sur sc&#232;ne, dans un d&#233;cor presque nu, ils sont deux, Maylis Bouffartigue et Diog&#232;ne Ntarindwa. Puis, quand la parole s'&#233;teint, elle laisse place aux mots du d&#233;bat, avec l'historien Olivier Lecour Grandmaison. Rencontre avec les trois protagonistes, au terme d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-on-assiste" rel="tag"&gt;l'on assiste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt; est un immense texte publi&#233; en 1947. Monologue int&#233;rieur relatant l'exp&#233;rience concentrationnaire de Robert Antelme (1917-1990), il est interpr&#233;t&#233; avec justesse et &#233;motion par la Compagnie Monsieur Madame. Sur sc&#232;ne, dans un d&#233;cor presque nu, ils sont deux, Maylis Bouffartigue et Diog&#232;ne Ntarindwa. Puis, quand la parole s'&#233;teint, elle laisse place aux mots du d&#233;bat, avec l'historien Olivier Lecour Grandmaison. Rencontre avec les trois protagonistes, au terme d'une repr&#233;sentation chez Armand Gatti, &#224; Montreuil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-550-801c8.jpg?1779602792' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Christiane Passevant.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maylis, pourquoi avoir d&#233;cid&#233; de t'attaquer &#224; pareil monument apr&#232;s &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s du Code noir&lt;/i&gt; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; les discriminations raciales, culturelles et cultuelles sont de plus en plus vivaces dans nos d&#233;mocraties europ&#233;ennes ; o&#249; l'antis&#233;mitisme et &#171; l'anti-Tzigane &#187; sont loin d'avoir disparu et o&#249; l'on assiste &#224; un d&#233;veloppement rapide et tr&#232;s inqui&#233;tant de l'islamophobie, et &#224; l'heure o&#249; l'on peut lire ou entendre des prises de positions x&#233;nophobes de plus en plus affirm&#233;es de la part de nombreux intellectuels et responsables politiques, il m'a sembl&#233; n&#233;cessaire de porter &#224; la sc&#232;ne ce texte admirable qui ouvre de nouvelles perspectives humanistes. &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;, l'unique livre de Robert Antelme, est un fondement, un legs pour l'humanit&#233; dans son ensemble, il doit &#234;tre lu dans sa totalit&#233; et mis &#224; l'&#233;preuve de la r&#233;flexion. Plus que jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Diog&#232;ne, ton interpr&#233;tation est admirable. En quoi ce texte te parle particuli&#232;rement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un texte pareil, malgr&#233; son aspect &#233;minemment subjectif, ne peut qu'avoir un &#233;cho particulier aupr&#232;s d'un acteur ressortissant, comme moi, d'un pays qui n'a pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233; par ce qu'il est convenu d'appeler tr&#232;s pudiquement &#171; les caprices de l'histoire &#187;. En effet, l'histoire r&#233;cente du Rwanda a &#233;t&#233; plus d'une fois et par pans entiers &#233;crite &#224; la seule encre rouge de la machette. Parmi la premi&#232;re vague de r&#233;fugi&#233;s, vers 1960, se trouvaient mes parents, qui allaient plus tard s'&#233;tablir au Burundi o&#249; je suis n&#233; en 1977. Assez t&#244;t, les th&#232;mes tels que le d&#233;racinement de communaut&#233;s enti&#232;res, les identit&#233;s et les questions d'appartenance aux peuples, aux nations, sont venus vers moi. Je n'ai eu d'autre choix que de m'y confronter avec des outils qui &#233;taient loin d'&#234;tre &#224; la hauteur, avec l'aide d'adultes dont le silence semblait &#234;tre le ma&#238;tre mot. De ces silences syst&#233;matiques sont n&#233;es une r&#233;flexion et une sur-sensibilit&#233; &#224; chaque fois que j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; travailler sur la purification ethnique, l'extermination, les guerres, les camps de concentration et les camps d'extermination. Je suis particuli&#232;rement reconnaissant &#224; Robert Antelme d'avoir &#233;crit &lt;i&gt;Vengeance ?&lt;/i&gt;, texte qui met en garde tous ceux qui ont &#233;t&#233; victimes d'abus hier, afin de ne pas &#234;tre les bourreaux de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Olivier, tu animes chaque d&#233;bat faisant suite &#224; une repr&#233;sentation. Ce soir, l'invit&#233; &#233;tait Edgar Morin, puis vous accueillerez des intervenants de l'UJFP, du Cran, du monde militant. Quel est ton r&#244;le et en quoi ce texte fait-il pr&#233;cis&#233;ment sens aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#244;le s'est limit&#233; &#224; proposer des extraits de &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;, puis &#224; travailler avec Maylis sur le texte. Ces extraits ont &#233;t&#233; choisis de telle mani&#232;re qu'ils permettent aux spectateurs de suivre pas &#224; pas l'&#233;preuve de la d&#233;portation telle qu'elle est rapport&#233;e par Robert Antelme. Par la gr&#226;ce de cette &#339;uvre exceptionnelle, il s'agit aussi de tenter d'abolir la distance chronologique et factuelle qui nous s&#233;pare de l'univers concentrationnaire national-socialiste o&#249;, comme l'a &#233;crit David Rousset, &#171; &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; &#187; fut &#171; &lt;i&gt;possible&lt;/i&gt; &#187;. Cela m&#234;me que nous avons beaucoup de mal &#224; admettre aujourd'hui, alors que d'autres g&#233;nocides, en particulier celui perp&#233;tr&#233; par le pouvoir hutu au Rwanda, ont &#233;t&#233; commis dans la seconde moiti&#233; du XXe si&#232;cle. Face &#224; la r&#233;it&#233;ration de tels crimes, notre r&#233;action la plus imm&#233;diate est encore trop souvent : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas possible&lt;/i&gt; &#187;. Et cette incr&#233;dulit&#233; prouve que nous n'avons pas tir&#233; les le&#231;ons d'Auschwitz, de Buchenwald et de La Kolyma.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dehors, la vall&#233;e est noire. Aucun bruit n'en arrive. Les chiens dorment d'un sommeil sain et repu. Les arbres respirent calmement. Les insectes nocturnes se nourrissent dans les pr&#233;s. Les feuilles transpirent, et l'air se gorge d'eau. [&#8230;] Nous sommes au point de ressembler &#224; tout ce qui ne se bat que pour manger et meurt de ne pas manger, au point de nous niveler sur une autre esp&#232;ce, qui ne sera jamais n&#244;tre et vers laquelle on tend [&#8230;]. Mais il n'y a pas d'ambigu&#239;t&#233;, nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes. La distance qui nous s&#233;pare d'une autre esp&#232;ce reste intacte, elle n'est pas historique. C'est un r&#234;ve SS de croire que nous avons pour mission historique de changer d'esp&#232;ce, et comme cette mutation se fait trop lentement, ils tuent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Robert Antelme, &lt;i&gt;L'Esp&#232;ce humaine&lt;/i&gt;, Gallimard, 1957.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le colonialisme mis en proc&#232;s</title>
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		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;La com&#233;dienne et dramaturge Maylis Bouffartigue, animatrice de la compagnie Monsieur Madame, pratique un th&#233;&#226;tre politique qui ne parle pas &#224; la place des citoyens, mais leur fournit des armes pour r&#233;sister. Rencontre autour de La Mise en proc&#232;s, son dernier spectacle. CQFD : Depuis quand tournes-tu avec La Mise en proc&#232;s ? Pour quelles raisons as-tu d&#233;cid&#233; de monter ce spectacle ? Maylis Bouffartigue : La Mise en Proc&#232;s est la suite de mon travail artistique. L'une de mes derni&#232;res (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grandmaison" rel="tag"&gt;Grandmaison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La com&#233;dienne et dramaturge Maylis Bouffartigue, animatrice de la compagnie Monsieur Madame, pratique un th&#233;&#226;tre politique qui ne parle pas &#224; la place des citoyens, mais leur fournit des armes pour r&#233;sister. Rencontre autour de &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s&lt;/i&gt;, son dernier spectacle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Depuis quand tournes-tu avec &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s&lt;/i&gt; ? Pour quelles raisons as-tu d&#233;cid&#233; de monter ce spectacle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maylis Bouffartigue :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;La Mise en Proc&#232;s&lt;/i&gt; est la suite de mon travail artistique. L'une de mes derni&#232;res cr&#233;ations th&#233;&#226;trales (&lt;i&gt;Tria Fata&lt;/i&gt;) traitait de l'exil, de l'errance et mettait en proc&#232;s la loi en g&#233;n&#233;ral. J'avais &#233;prouv&#233; la n&#233;cessit&#233; de me pencher sur les lois concernant les &#233;trangers. Rappelons que le Ceseda (Code de l'entr&#233;e et du s&#233;jour des &#233;trangers, et du droit d'asile) est entr&#233; en vigueur en 2005, la m&#234;me ann&#233;e que la parution de l'article du 23 f&#233;vrier pr&#244;nant les bienfaits de la colonisation. J'ai donc commenc&#233; par une &#171; mise en proc&#232;s fictive &#187; du code des &#233;trangers. J'avais fait cette proposition &#224; ma&#238;tre Giusti, avocat au barreau de Paris, qui jouait son propre r&#244;le. Mais en fait, cela faisait de longues ann&#233;es que j'avais l'id&#233;e de &#171; mettre en proc&#232;s &#187; le colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH291/p13-maylis-a2ab2.png?1779602643' width='400' height='291' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2008, alors que j'&#233;tais invit&#233;e au festival international du Th&#233;&#226;tre des r&#233;alit&#233;s au Mali, Adama Traor&#233;, le directeur du festival, qui connaissait depuis longtemps ce d&#233;sir, m'a offert le livre &lt;i&gt;Coloniser, exterminer&lt;/i&gt; (Fayard, 2005) d'Olivier Le Cour Grandmaison. Tout s'est ensuite encha&#238;n&#233; d'une fa&#231;on tr&#232;s logique. Mon parti-pris radical &#233;tait de mettre en proc&#232;s des codes juridiques. Olivier Le Cour Grandmaison avait &#233;crit &lt;i&gt;De l'indig&#233;nat&lt;/i&gt; (&#233;ditions La D&#233;couverte-Zones, 2010), qui traite justement des d&#233;crets concernant l'indig&#232;ne sous la IIIe R&#233;publique. Je me suis donc inspir&#233;e de ses deux derniers livres, mais je ne pouvais pas m'arr&#234;ter &#224; cette &#233;poque coloniale, il &#233;tait in&#233;vitable et logique d'aller plus en amont dans le temps et de mettre aussi en proc&#232;s le Code noir. Je me suis alors inspir&#233;e du formidable livre &lt;i&gt;Le Code noir ou le calvaire de Canaan &lt;/i&gt; (PUF, r&#233;&#233;d. 2012), de Louis Sala-Molins, qui avait tant d&#233;rang&#233; lors de sa publication, en 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois codes sont &#233;crits pour contr&#244;ler une m&#234;me cat&#233;gorie de gens : le Noir, l'indig&#232;ne et l'&#233;tranger. &lt;i&gt;La Mise en Proc&#232;s&lt;/i&gt; n'est certes pas l&#224; pour mettre les trois codes sur le m&#234;me plan, pour dire que l'histoire est la m&#234;me depuis des si&#232;cles, mais pour mettre en exergue le racisme d'&#201;tat, le racisme &#233;litiste multis&#233;culaire et traditionnel, couvert par la loi cens&#233;e incarner l'objectivit&#233;&#8230; Pour reprendre une phrase d'Olivier Le Cour Grandmaison, avec cette pi&#232;ce, je combats &#171; &lt;i&gt;l'arbitraire &#233;tabli par le droit et au nom m&#234;me du droit.&lt;/i&gt; &#187; Il faut avoir conscience que le &lt;i&gt;Code noir&lt;/i&gt; et le code de l'indig&#233;nat ont l&#233;gif&#233;r&#233; la mise &#224; mort par le biais de l'esclavage ou du travail forc&#233; de millions d'hommes, de femmes et d'enfants&#8230; L'esclavage a &#233;t&#233; reconnu en 2001 comme &#233;tant un crime contre l'humanit&#233;. Mais qu'en est-il du colonialisme et du travail forc&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Lavoir moderne, le spectacle &#224; peine achev&#233;, tu as lanc&#233; une discussion-d&#233;bat avec Louis-Georges Tin et Olivier Lecour Grandmaison. Pourquoi ne pas int&#233;grer les intervenants &#224; la pi&#232;ce, dans le cadre de l'accusation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai tr&#232;s heureuse d'int&#233;grer dans la pi&#232;ce Olivier Le Cour Grandmaison, ou Louis Sala-Molins, ou encore Louis Georges Tin, ces trois intellectuels pr&#233;cieux, singuliers et courageux. Ceci dit, je tiens &#224; ce qu'ils d&#233;battent et discutent avec le public &#224; la fin de la repr&#233;sentation, car ils &#233;clairent scientifiquement des pans de notre histoire, si m&#233;connue ou malconnue par la majorit&#233; des Fran&#231;ais eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Te revendiques-tu du &#171; th&#233;&#226;tre d'intervention &#187; brechtien ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me revendique pas ! Je fais du th&#233;&#226;tre aujourd'hui, ici et maintenant, et surtout devant un auditoire ! Par sa forme particuli&#232;re, cette pi&#232;ce rappelle la vocation civique initiale du th&#233;&#226;tre antique. Le th&#233;&#226;tre ne prend vie et n'existe qu'&#224; une unique condition : il doit &#234;tre incarn&#233; devant un auditoire. Une pi&#232;ce dramatique n'existe en tant qu'acte th&#233;&#226;tral qu'&#224; ce moment-l&#224;, d&#232;s que le public, l'acteur principal dirais-je, entre en jeu en &#233;tant auditoire : sans ce fondement, une pi&#232;ce reste un livre avec un int&#233;r&#234;t bien moindre, car c'est dans cette incarnation elle-m&#234;me que le th&#233;&#226;tre devient effectivement r&#233;el et acte public. Qui dit acte public et auditoire dit acte politique&#8230; Ainsi &lt;i&gt;La Mise en proc&#232;s&lt;/i&gt; r&#233;pond &#224; cette loi th&#233;&#226;trale, &#224; ce &#171; droit th&#233;&#226;tral fondamental &#187; du spectateur. Elle propose des textes qui ne sont pas r&#233;f&#233;renc&#233;s comme &#233;tant des textes dramatiques, mais qui concernent les affaires publiques et donc le citoyen lambda. Ce dernier peut ainsi jouir de son droit civique et accaparer ces textes d&#233;laiss&#233;s par l'&#201;ducation nationale et la culture en g&#233;n&#233;ral&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as jou&#233; dans le film &lt;i&gt;La Commune de Paris&lt;/i&gt; (1999) de Peter Watkins. Quel a &#233;t&#233; ton parcours depuis et quels sont tes projets futurs ? T'est-il ais&#233; de vivre de ton art aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/p13-codenoir-8a06f.png?1779607661' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;J'ai cr&#233;&#233; en 2001 un solo, &lt;i&gt;La diseuse quelqu'un&lt;/i&gt;, que j'ai eu l'occasion de jouer en Pologne, en Italie, au Togo, au Mali, au Burkina Faso, au S&#233;n&#233;gal&#8230; Ce solo a &#233;t&#233; d&#233;fini par les critiques comme un &#171; po&#232;me sc&#233;nique &#187;. Beaucoup de spectateurs venaient me voir &#224; la fin des repr&#233;sentations pour me demander de &#171; &lt;i&gt;vivre une exp&#233;rience artistique et th&#233;&#226;trale avec moi &lt;/i&gt; &#187; ! Parmi eux, il y avait des artistes, des &#233;tudiants, des scientifiques, des femmes au foyer, des ch&#244;meurs, des sans-papiers, des enseignants, des rappeurs, des slameurs, des &#233;crivains. J'ai &#233;tabli une longue liste de toutes ces personnes que j'ai convi&#233;e pour pr&#233;senter diverses propositions en avant-premi&#232;re de mon solo. Une association de fait &#233;tait n&#233;e. J'ai ensuite cr&#233;&#233; ma compagnie de th&#233;&#226;tre, en 2002, une association nomm&#233;e &lt;a href=&#034;http://ciemonsieurmadame.wordpress.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;compagnie Monsieur Madame&lt;/a&gt;, compos&#233;e en partie du public pr&#233;alablement rencontr&#233;. Depuis, j'ai &#233;crit et mis en sc&#232;ne plusieurs pi&#232;ces&#8230; Mon prochain projet concernera le g&#233;nocide du Rwanda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre de son art n'est pas ais&#233;. Mais ce qui est le plus difficile, le plus d&#233;nu&#233; de sens, c'est la s&#233;lection op&#233;r&#233;e par la majorit&#233; des experts-culture, des directeurs et programmateurs de th&#233;&#226;tre. Quels sont les crit&#232;res de leur choix ? Ces professionnels de la culture qui gravitent autour des artistes d&#233;cident de ce qui est bon pour &#171; leur &#187; public. C'est ainsi que l'on peut laisser porte ouverte &#224; une censure camoufl&#233;e, c'est ainsi que l'on emp&#234;che l'artiste de th&#233;&#226;tre non consensuel de communiquer ses r&#233;flexions et, pire, c'est ainsi que l'on prive le public de ces diverses propositions, que l'on transforme le spectateur, cet acteur principal du spectacle vivant, en client, en acheteur de produits convenus, faciles &#224; consommer et d&#233;cid&#233;s par des experts ! Je pense alors &#224; cette phrase fondamentale de Tad&#233;usz Kantor : &#171; &lt;i&gt;Le moment o&#249; un homme, un acteur, se l&#232;ve devant d'autres hommes, des spectateurs, me para&#238;t &#234;tre un moment r&#233;volutionnaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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