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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Entre gestion et subversion : Madrid la rouge ?</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pour Esperanza Aguirre, candidate malheureuse du Partido popular (PP) aux &#233;lections municipales de mai 2015, Madrid est tomb&#233; aux mains des &#171; rouges &#187;, qui vont implanter des soviets dans tous les districts. &#171; Elle n'est pas con, Esperanza, c'est exactement ce que nous voulons faire ! &#187;, goguenardise Pablo Carmona, activiste aujourd'hui en poste &#224; la mairie. Des &#171; rouges &#187; qui, comme en 1936, vont &#171; incendier les &#233;glises et violer les bonnes s&#339;urs &#187;, selon le tweet d'une d&#233;put&#233;e de Valencia (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patio-Maravillas" rel="tag"&gt;Patio Maravillas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/places-demarre" rel="tag"&gt;places d&#233;marr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/del-Sol" rel="tag"&gt;del Sol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour Esperanza Aguirre, candidate malheureuse du Partido popular (PP) aux &#233;lections municipales de mai 2015, Madrid est tomb&#233; aux mains des &#171; &lt;i&gt;rouges&lt;/i&gt; &#187;, qui vont implanter des soviets dans tous les districts. &#171; &lt;i&gt;Elle n'est pas con, Esperanza, c'est exactement ce que nous voulons faire !&lt;/i&gt; &#187;, goguenardise Pablo Carmona, activiste aujourd'hui en poste &#224; la mairie. Des &#171; rouges &#187; qui, comme en 1936, vont &#171; &lt;i&gt; incendier les &#233;glises et violer les bonnes s&#339;urs&lt;/i&gt; &#187;, selon le tweet d'une d&#233;put&#233;e de Valencia le soir des &#233;lections municipales de mai dernier. O&#249; en est-on cent jours plus tard ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Puerta del Sol, c&#339;ur du Madrid touristique, mais &#233;galement &#233;picentre du 15-M, mouvement d'occupation des places d&#233;marr&#233; le 15 mai 2011, porte les stigmates d'une guerre de signes. Ici, ce ne sont pas les chars, mais une mainmise mercantile qui &#233;crase l'espace public. La station de m&#233;tro a subi un &lt;i&gt;naming&lt;/i&gt; bien bourrin : &#171; Vodafone-Sol &#187; &#8211; comme si &#224; Paris la station Champs-&#201;lys&#233;es &#233;tait rebaptis&#233;e McDo-&#201;lys&#233;es. Sur une b&#226;che de 15 m&#232;tres de haut, Gareth Bale, attaquant gallois du Real Madrid, serre le poing et hurle un slogan par-dessus la t&#234;te des passants : &#171; &lt;i&gt;Destroy order&lt;/i&gt; &#187;&#8230; pour le compte d'Adidas. Dans son ombre, la plus typique enseigne T&#237;o Pepe est exil&#233;e sur le toit d'un immeuble nain : transfert op&#233;r&#233; &#224; la demande d'Apple, qui vient d'installer 6 000 m2 de son froid merchandising dans l'&#233;difice le plus imposant de la place, le tr&#232;s mussolinien ex-h&#244;tel de Paris, en fa&#231;ade duquel flotte d&#233;sormais le drapeau noir &#8211; floqu&#233; du logo post-&#233;d&#233;nique de la marque &#224; la pomme. Un peu plus loin, un autre panneau pharaonique fait lever les yeux au ciel, o&#249; un mannequin du centre commercial El Corte Ingl&#233;s minaude en anglais : &#171; &lt;i&gt;Ils ont chang&#233; le monde, pas ma chemise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH508/-634-3d65f.jpg?1782637901' width='400' height='508' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eneko.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; la normale voulu par la classe politique et les multinationales passe par cette r&#233;&#233;criture de la rue, l&#224; o&#249;, deux ans auparavant, des milliers de balcons se paraient de pancartes enflamm&#233;es contre les coupes budg&#233;taires impos&#233;es par l'Europe. Les &lt;i&gt;mareas&lt;/i&gt; &#8211; verte (&#233;ducation), blanche (sant&#233;), orange (services sociaux) ou jaune (biblioth&#232;ques) &#8211; inondaient les carrefours de leurs manifestants. La capitale semblait submerg&#233;e par un tsunami de r&#233;volte. Surtout quand ces mar&#233;es s'unissaient en un arc-en-ciel de r&#233;sistances. Les immenses squats radicaux tenaient bon, comme le Casablanca, et les centres sociaux comme l'embl&#233;matique Patio Maravillas n'avaient pas encore &#233;t&#233; expuls&#233;s. Entre temps, le gouvernement a recul&#233; sur certains aspects les plus scandaleux de son programme d'aust&#233;rit&#233;, mais a tenu bon sur le principal, et la rue s'est fatigu&#233;e. Ahora Madrid est n&#233; de cette vacance, une organisation mont&#233;e &#224; la va-vite. Pas un parti (pas de local, pas de programme), mais un espace de coordination. Des anciens squatteurs autonomes, des activistes du 15-M, la base de partis de gauche radicale, des d&#233;senchant&#233;s de partis moribonds (Izquierda Unida ou les &#233;cologistes d'Equo), rassembl&#233;s d'abord sous la banni&#232;re Ganemos Madrid, puis Ahora Madrid quand quelques partisans de Podemos se sont joints &#224; l'aventure. Avec l'embl&#233;matique juge rouge Manuela Carmena.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des premi&#232;res mesures de la nouvelle municipalit&#233; : lancer un audit de la dette municipale (pr&#232;s de 6 milliards d'euros !), &#224; la recherche de malversations et autres conflits d'int&#233;r&#234;ts commis durant les ann&#233;es PP. Mais la juge Carmena, qui a plus l'habitude des pr&#233;toires que de la rue et manie mieux la balance que le glaive, a tenu &#224; rassurer les cr&#233;anciers : ils seront pay&#233;s quelle qu'en soit la conclusion. R&#233;volution en demi-teinte. La cur&#233;e m&#233;diatique a pourtant &#233;t&#233; lanc&#233;e d&#232;s le premier jour. L'adjoint &#224; la Culture de l'&#233;quipe Carmena, membre de feu le centre social Patio Maravillas, a &#233;t&#233; forc&#233; &#224; d&#233;missionner deux jours apr&#232;s avoir pris ses fonctions, accus&#233; de tweets antis&#233;mites datant de 2012. Accusation qu'un tribunal, saisi &#224; une vitesse record, a rapidement abandonn&#233;e faute de fondement. Dans le m&#234;me registre, la jeune porte-parole de la nouvelle mairie a &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir montr&#233; ses seins dans une chapelle quand elle &#233;tait &#233;tudiante&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, l'&#233;quipe municipale est un dr&#244;le de magma instable, aux histoires diverses. La recherche de cr&#233;dibilit&#233; avant les actes, voil&#224; qui n'est pas du go&#251;t de celles et ceux qui viennent du 15-M. Et les bandes de Traficantes de Sue&#241;os ou du Patio Maravillas, tr&#232;s organis&#233;es malgr&#233; leurs racines plong&#233;es dans l'autonomie des ann&#233;es 1980, a d'autres plans : &#171; &lt;i&gt;La question quand on arrive &#224; la mairie, c'est de savoir si on va avoir une politique de gestion ou de conflit&lt;/i&gt;, explique Fern&#225;n, proche de Traficantes et membre du journal ind&#233;pendant &lt;i&gt;Diagonal&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Nous, on n'est pas l&#224; pour g&#233;rer les probl&#232;mes du pass&#233;, mais pour continuer &#224; nous battre. C'est justement parce que des copains sont &#224; la mairie qu'on va foutre le bordel dans la rue, plus que jamais.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, hors le conseil municipal, des doutes persistent. Mar&#237;a Fern&#225;ndez, qui avait particip&#233; activement &#224; tous les mouvements sociaux n&#233;s de la crise, a l&#226;ch&#233; prise quand l'essentiel des forces s'est jet&#233; &#224; corps perdu dans le pari municipaliste. Son amie Sol S&#225;nchez, d'Attac-Madrid, trouve l'adjoint au maire d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'&#201;conomie comp&#233;tent, mais Mar&#237;a vitup&#232;re la ti&#233;deur des premi&#232;res mesures : &#171; &lt;i&gt;La seule remunicipalisation de services a &#233;t&#233; celle des pompes fun&#232;bres, le contrat arrivant &#224; terme.&lt;/i&gt; &#187; D'ailleurs, la plateforme intersyndicale des &#233;boueurs est furax : Ahora Madrid avait promis de r&#233;embaucher les 1 200 agents licenci&#233;s en 2013 par l'entreprise sous-traitante suite &#224; un plan social. L'entreprise rechignant &#224; obtemp&#233;rer, la mairie envisage de les rembaucher, mais vu l'&#233;tat des finances, elle annonce un &#233;chelonnement sur plusieurs mois ou ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte du 15-M, des mar&#233;es sociales et des marches pour la dignit&#233;, qui a atteint son z&#233;nith lors de l'encerclement du Congr&#232;s des d&#233;put&#233;s par 40 000 manifestants en septembre 2012, est-elle retomb&#233;e ? Le mouvement social a-t-il fonc&#233; t&#234;te baiss&#233;e dans le chiffon rouge de l'institutionnalisation ? Difficile d'en juger avec si peu de recul. Une chose est s&#251;re, les nouvelles mairies r&#233;alisent ce qui paraissait inimaginable il y a cinq ans : bousculer le socle du bipartisme et de la monarchie sur lequel repose le &#171; syst&#232;me de 1978 &#187; &#8211; pactes de la Moncloa et Transition d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption devenue end&#233;mique&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carlos Solchaga, ex-ministre des Finances de Felipe Gonz&#225;lez, d&#233;clarait avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et le syst&#232;me des &#171; portes-tambour &#187; qui permet aux gouvernants ayant privatis&#233; des entreprises d'y &#234;tre embauch&#233;s apr&#232;s leur mandat, ont d&#233;go&#251;t&#233; les classes populaires et moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discr&#233;dit des Bourbons, dont l'abdication de Juan Carlos Ier est le r&#233;sultat, n'est pas anecdotique. La d&#233;testation g&#233;n&#233;ralis&#233;e de la classe politique, qui explique le coup de tonnerre des derni&#232;res municipales, non plus : &#171; &lt;i&gt;Le PP n'a aucune id&#233;ologie, m&#234;me n&#233;olib&#233;rale. C'est un cartel de caciques corrompus, des petits-fils de pontes franquistes qui consid&#232;rent ce pays comme leur chasse gard&#233;e. Ils m&#233;prisent copieusement le peuple&lt;/i&gt; &#187;, ass&#232;ne Mar&#237;a, assise &#224; la terrasse d'un bar de la place 2-de-Mayo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet pervers, le pari municipaliste aura &#233;t&#233; une v&#233;ritable saign&#233;e pour les mouvements sociaux. Les plus actifs, les plus dou&#233;s pour la communication ou l'organisation collective, celles et ceux au carnet d'adresses bien fourni, se sont impliqu&#233;s dans le processus &#233;lectoral, d&#233;shabillant le front de l'action collective dans les rues. Mais la plupart des personnes rencontr&#233;es, m&#234;me critiques sur la d&#233;rive &#233;lectoraliste et personnaliste (&#171; &lt;i&gt;p&#233;roniste&lt;/i&gt; &#187;, disent certains&#8230;) de Podemos, reconnaissent que le moment est, si ce n'est historique, du moins exceptionnel, riche en enseignements et en exp&#233;riences. Malgr&#233; les divergences, tout le monde souhaite la subversion de l'&#233;tat des choses actuel. Rares sont ceux qui se contentent d'invoquer les m&#226;nes des amis de Durruti. Les id&#233;es libertaires se confrontent au pragmatisme, elles servent d'aiguillon et de garde-fous plus que de surmoi radical. L'urgence sociale est telle que l'heure n'est pas &#224; la crispation sur des postures &#233;rudites. Plut&#244;t &#224; l'intelligence partag&#233;e et affin&#233;e dans l'action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Carlos Solchaga, ex-ministre des Finances de Felipe Gonz&#225;lez, d&#233;clarait avec fiert&#233; que &#171; &lt;i&gt;l'Espagne est le pays&lt;/i&gt; [europ&#233;en] &lt;i&gt;o&#249; l'on peut s'enrichir le plus rapidement&lt;/i&gt; &#187;. Sa coll&#232;gue &#224; la Culture, Carmen Calvo, pr&#233;f&#233;rait cultiver l'ambig&#252;it&#233; : &#171; &lt;i&gt;Nous g&#233;rons l'argent public et l'argent public n'est &#224; personne.&lt;/i&gt; &#187; &#192; droite, on se l&#226;che : &#171; &lt;i&gt;Je suis entr&#233; en politique pour m'en foutre plein les poches&lt;/i&gt; &#187;, avouait Vicente Sanz, alors pr&#233;sident du Partido popular de Valencia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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