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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>Corrala la bah&#237;a</title>
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		<dc:date>2018-05-02T14:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Nous &#233;tions quatre familles de Cadix qui venions d'&#234;tre expuls&#233;es. On a ouvert la Corrala La Bah&#237;a le 10 janvier 2015. J'ai &#233;t&#233; la premi&#232;re, l'instigatrice de tout &#231;a ! &#187;, lance Stefania avec fiert&#233;. Jeune fille au look tr&#232;s quartier, elle a le parler clair, comme qui monte au combat par la force des choses. Elle nous re&#231;oit dans sa mini-boutique de toilettage pour chiens. Comme beaucoup, m&#234;me avec un emploi, elle ne peut faire face aux factures et au loyer. En Andalousie, les immeubles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2372 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-644-547bb.jpg?1782638753' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous &#233;tions quatre familles de Cadix qui venions d'&#234;tre expuls&#233;es. On a ouvert la Corrala La Bah&#237;a le 10 janvier 2015. J'ai &#233;t&#233; la premi&#232;re, l'instigatrice de tout &#231;a !&lt;/i&gt; &#187;, lance Stefania avec fiert&#233;. Jeune fille au look tr&#232;s quartier, elle a le parler clair, comme qui monte au combat par la force des choses. Elle nous re&#231;oit dans sa mini-boutique de toilettage pour chiens. Comme beaucoup, m&#234;me avec un emploi, elle ne peut faire face aux factures et au loyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Andalousie, les immeubles vides occup&#233;s par des sans-toit sont rebaptis&#233;s &#171; &lt;i&gt;Corrala&lt;/i&gt; &#187;, en m&#233;moire des anciens &lt;i&gt;patios de vecinos&lt;/i&gt; o&#249; le petit peuple partageait les joies et les peines d'une vie souvent frugale. &#171; &lt;i&gt;Cet &#233;difice neuf, propri&#233;t&#233; d'une banque, &#233;tait &#224; l'abandon depuis sept ans. Nous avons forc&#233; la serrure avec l'intention d'y vivre tout en luttant pour obtenir un logement social. Aujourd'hui, nous sommes 28 familles, une centaine de personnes en comptant les enfants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; l'origine, les appartements &#233;taient pr&#234;ts &#224; la vente, tout &#233;quip&#233;s, mais apr&#232;s sept ans d'abandon tout avait &#233;t&#233; vol&#233; ou d&#233;truit, il manquait m&#234;me des portes. L'installation &#233;lectrique avait &#233;t&#233; arrach&#233;e et c'&#233;tait le royaume des pigeons : on avait de la fiente jusqu'aux chevilles. Nous avons tout nettoy&#233;, assaini, puis repeint.&lt;/i&gt; &#187; Un client entre dans la boutique pour acheter des croquettes au d&#233;tail et Stefania s'interrompt pour le servir. &#171; &lt;i&gt;La situation est difficile, on vit sans rien. Sans &#233;lectricit&#233;, les enfants doivent faire les devoirs avant le coucher du soleil, on lave &#224; la main, c'est compliqu&#233; de conserver les aliments.&lt;/i&gt; &#187; Le loyer moyen &#224; Cadix tourne autour de 500 euros, et ici, l'aide sociale est rachitique&#8230; &#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; d'entre nous &#233;taient locataires, trop dans la d&#232;che pour &#8220;profiter&#8221; du boum de l'accession &#224; la propri&#233;t&#233;&#8230; Parfois, on chambre ceux d'entre nous qui se prenaient pour des bourgeois avec leurs hypoth&#232;ques. Mais nous devons rester unis, malgr&#233; nos origines diff&#233;rentes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la crise, Stefania avait un CDI, mais &#224; partir de 2008, elle et les siens se sont tous retrouv&#233;s au ch&#244;mage les uns apr&#232;s les autres. &#171; &lt;i&gt;Je vis avec ma famille &#8211; mes parents, ma compagne et ses enfants. Pour nos a&#238;n&#233;s, c'est dur de d&#233;pendre des enfants pour survivre. Nous avions un an et demi de loyer impay&#233;. La propri&#233;taire n'avait plus d'autre option que nous expulser, mais avec l'aide d'un avocat d'office, la dette a &#233;t&#233; annul&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Arrive la compagne de Stefania. Elles louent ce local commercial, mais la client&#232;le est si fauch&#233;e que souvent elles gagnent &#224; peine de quoi payer le terme. &#171; &lt;i&gt;On vit au jour le jour. La mairie ant&#233;rieure avait refus&#233; de nous recenser, bloquant toute n&#233;gociation. La nouvelle mairie interc&#232;de aupr&#232;s de la banque, mais cette derni&#232;re nous ignore. Elle ne s'est m&#234;me pas pr&#233;sent&#233;e &#224; la convocation du juge. Alors on joue la montre.&lt;/i&gt; &#187; Une plainte a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e pour occupation ill&#233;gale, malgr&#233; les preuves d'abandon de propri&#233;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;C'est aussi un d&#233;lit de laisser des propri&#233;t&#233;s vides, car elles peuvent s'&#233;crouler, causer des d&#233;g&#226;ts, mais nous vivons une p&#233;riode o&#249; l'argent est roi !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Corrala, c'est aussi une &#233;cole de socialisation. &#171; &lt;i&gt;Nous vivons pratiquement en communaut&#233;. Nous fonctionnons en assembl&#233;es pour r&#233;soudre les probl&#232;mes du quotidien et nous participons aux actions contre d'autres expulsions.&lt;/i&gt; &#187; Stefania est heureuse du changement de mairie, car &#171; &lt;i&gt;c'est ma ville, et pendant vingt ans, j'ai vu beaucoup de corruption, et pas de travail. Les gens demandent des miracles, mais il faut du temps et un soutien fort de la population en faveur de notre mairie pour rendre possible des changements.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'urgence lui a forg&#233; le caract&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Mes parents me soutiennent. Je suis devenue tr&#232;s guerrillera, j'ai envie de me battre. Je tiens &#231;a de ma grand-m&#232;re, qui militait dans une association de lutte contre la toxicomanie &#8211; mon oncle &#233;tait junkie. Elle, elle s'est battue contre la drogue et tout ce monde-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans La Corrala de la Bah&#237;a post&#233; sur YouTube, les occupants, r&#233;unis autour d'un sofa sur le toit-terrasse, chantent leur cause entre scansion rap et chanson &lt;i&gt;flamenca&lt;/i&gt;. On y d&#233;couvre un collectif soud&#233;, tendre, d&#233;termin&#233;, qui rend hommage, en images entrecoup&#233;es, &#224; la grande gr&#232;ve des chantiers navals des ann&#233;es 1990, quand les gr&#233;vistes avaient affront&#233; la police et bloqu&#233; le pont Carranza pendant plusieurs jours, isolant Cadix du reste du monde. &#171; &lt;i&gt;Si tu ne te rebelles pas contre l'&#201;tat et les normes, tu seras soumise toute ta vie, comme une marionnette. Je pense que les gens devraient se r&#233;volter, nous vivons une dictature camoufl&#233;e o&#249; tous les acquis de nos a&#238;n&#233;s sont rogn&#233;s. Ce qu'on nous refuse, c'est la base : un loyer social en rapport avec nos ressources, car si on n'a pas un toit, tout manque. Nous voulons juste vivre dignement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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