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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La mairie des sans-terre</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Si les yeux sont le miroir de l'&#226;me, le paysage refl&#232;te l'histoire d'un pays. Celui qu'on traverse entre S&#233;ville et El Coronil en dit long sur la structure sociale de la r&#233;gion. Entre la plaine du Guadalquivir et la sierra de Cadix, les collines sont labour&#233;es &#224; perte de vue. Pas un arbre &#224; l'horizon. De-ci de-l&#224;, un cortijo de se&#241;oritos, avec sa longue all&#233;e bord&#233;e de palmiers et ses armoiries au-dessus du portail. Depuis la Reconquista, la monoculture latifundiaire r&#232;gne ici en ma&#238;tre, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2369 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/-641-196b7.jpg?1779603659' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les yeux sont le miroir de l'&#226;me, le paysage refl&#232;te l'histoire d'un pays. Celui qu'on traverse entre S&#233;ville et El Coronil en dit long sur la structure sociale de la r&#233;gion. Entre la plaine du Guadalquivir et la sierra de Cadix, les collines sont labour&#233;es &#224; perte de vue. Pas un arbre &#224; l'horizon. De-ci de-l&#224;, un &lt;i&gt;cortijo de se&#241;oritos&lt;/i&gt;, avec sa longue all&#233;e bord&#233;e de palmiers et ses armoiries au-dessus du portail. Depuis la Reconquista, la monoculture latifundiaire r&#232;gne ici en ma&#238;tre, pour les si&#232;cles des si&#232;cles. Et ce ne sont pas les quarante ans de pouvoir sans partage du PSOE en Andalousie qui y auront chang&#233; grand-chose. De loin en loin, un bourg appara&#238;t, comme un mirage surgi de nulle part. C'est l&#224; o&#249; se concentre le peuple sans terre, l&#224; o&#249; le &lt;i&gt;latifundio&lt;/i&gt; vient puiser la main-d'&#339;uvre dont il a &#8211; de moins en moins &#8211; besoin. L'histoire d'El Coronil, gros village de 5 000 habitants, ne peut se comprendre sans ce coup d'&#339;il panoramique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps de r&#233;colte. Devant le Centre ouvrier Diamantino Garc&#237;a, une &#233;quipe de volontaires revient de la coop&#233;rative El Indiano, fond&#233;e par le Syndicat andalou des travailleurs (SAT) dans une ferme occup&#233;e depuis vingt ans. &#171; &lt;i&gt;Artichaut pour tout le monde ! C'est bon pour le foie, mais mauvais pour mes reins&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, grince Vinagre, le bien nomm&#233;. En habit de travail, Diego Ca&#241;amero nous re&#231;oit chez lui, dans le modeste salon d'une des maisons autoconstruites sur le mode Castor, en coop&#233;rative. Apr&#232;s l'embrassade, un clin d'&#339;il vers Mari, notre h&#244;te ce soir : &#171; &lt;i&gt;Vous allez &#234;tre h&#233;berg&#233;s par la premi&#232;re ouvri&#232;re agricole &#233;lue d&#233;put&#233;e dans ce pays&lt;/i&gt; &#187;, sourit Diego, figure du SAT, syndicat de journaliers agricoles croulant sous les proc&#232;s et les amendes pour occupation illicite de terres ou entrave &#224; la circulation et &#224; la libert&#233; du travail&#8230; Il a &#233;t&#233; maire d'El Coronil pendant des ann&#233;es. Aujourd'hui, ayant c&#233;d&#233; le secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral du syndicat, il est redevenu militant de base. Occupations de grandes propri&#233;t&#233;s sous-exploit&#233;es, coop&#233;ratives, exp&#233;riences municipales&#8230; : les gens du SAT ne tombent pas de la derni&#232;re pluie. &#171; &lt;i&gt;Cette vague r&#233;cente pour la transformation sociale n'est le patrimoine de personne. Les primaires de Podemos ont &#233;t&#233; trop pyramidales, contr&#244;l&#233;es depuis Madrid. Nous nous y sommes pr&#233;sent&#233;s, mais loin de nos terres, qui peut juger de notre l&#233;gitimit&#233; ? Le discours s'est d&#233;caf&#233;in&#233;, pour s&#233;duire le &#8220;centre&#8221;. Pablo Iglesias parle de transversalit&#233;, mais nous, nous avons une histoire qui nous ancre &#224; gauche, avec nos revendications de r&#233;forme agraire, de revenu minimum garanti, de d&#233;fense de l'eau et des services publics. Il faut parler clair. Si tu te caches, tu finis par en payer le prix.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH410/-640-a66d2.jpg?1779638940' width='400' height='410' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En route vers la mairie, la d&#233;put&#233;e paysanne Mari Garc&#237;a nous montre un immeuble neuf : &#171; &lt;i&gt;Le promoteur a fait faillite et les banques qui l'avaient financ&#233; se disputent les appartements. En attendant, des jeunes du village les occupent&lt;/i&gt;. &#187; Vers le centre de la bourgade, les s&#233;quelles de la gestion municipale du PSOE, &#171; le parti des notables &#187;, sautent aux yeux : des abribus monumentaux, rendus inutiles par une remod&#233;lation de la rue principale pour le moins maladroite : les autocars ne peuvent plus man&#339;uvrer et s'arr&#234;tent &#224; l'entr&#233;e du village. La faute &#224; un terre-plein central recouvert d'une minable imitation de Gaud&#237; en mosa&#239;que et agr&#233;ment&#233; d'arbres m&#233;talliques d'un go&#251;t douteux&#8230; &#171; &lt;i&gt;Lorsque le PSOE a pris la mairie il y a huit ans gr&#226;ce au vote d'un transfuge, il a trouv&#233; un exc&#233;dent de 80 000 euros. Aujourd'hui, nous h&#233;ritons d'un d&#233;couvert de plus de 5 millions. Quand un b&#233;b&#233; na&#238;t ici, il a d&#233;j&#224; 1 000 euros de dette !&lt;/i&gt; &#187;, bout Maribel G&#243;mez, maire &#233;lue sur la liste Ganemos El Coronil, soutenue par le SAT. Le constat est terrible : que va-t-on pouvoir faire &#224; part g&#233;rer la mis&#232;re ? Miguel, adjoint d&#233;l&#233;gu&#233; aux Finances, est amer : &#171; &lt;i&gt;Nous avions des projets, comme l'acquisition de terres pour les cultiver en coop&#233;rative, ou promouvoir le tourisme rural, mais nous voil&#224; pris &#224; la gorge.&lt;/i&gt; &#187; Les employ&#233;s municipaux n'ont pas touch&#233; leur salaire depuis trois mois, une banderole pendue en fa&#231;ade de l'h&#244;tel de ville le rappelle aux passants. &#171; &lt;i&gt;Le pire, c'est que non content d'avoir hypoth&#233;qu&#233; l'avenir du village, l'ex-maire socialiste a cass&#233; la dynamique participative en subventionnant des associations fant&#244;mes, qui fonctionnent en vase clos, entre amis.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie : &#224; peine battu, cet ancien maire s'est vu offrir par ses copains de la r&#233;gion une sin&#233;cure dans l'administration des Finances&#8230; &#171; &lt;i&gt;Une de nos promesses &#233;tait la transparence : nous avons publi&#233; les comptes en plan fixe sur l'&#233;cran du canal municipal de t&#233;l&#233;vision&lt;/i&gt;, temp&#234;te Maribel. &lt;i&gt;Je suis la seule &#224; m'&#234;tre mise en cong&#233;s, mes adjoints sont toujours journaliers ou ch&#244;meurs. J'ai propos&#233; que les conseillers municipaux ne touchent leurs &#233;moluments qu'une fois que les employ&#233;s de la mairie auront encaiss&#233; les arri&#233;r&#233;s de salaire : l'opposition socialiste a menac&#233; de porter plainte !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gageons que les habitants de la petite ville sauront se d&#233;fendre. Comme le rappelle Diego, rebelle sans pause, &#171; &lt;i&gt;Ici, le 15-M, &#231;a fait trente ans qu'on le vit !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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