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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Inceste : silence, on &#233;crabouille</title>
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		<dc:creator>Mathilde Offroy</dc:creator>


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&lt;p&gt;Souvent rel&#233;gu&#233; au rang de fait divers sordide, longtemps prot&#233;g&#233; par un silence de plomb, l'inceste est pour l'anthropologue Doroth&#233;e Dussy le Berceau des dominations, titre de l'enqu&#234;te percutante qu'elle a consacr&#233;e au sujet. Anthropologue au CNRS, Doroth&#233;e Dussy a subi des abus sexuels pendant son enfance. C'est ce qui l'a pouss&#233;e &#224; mener une longue enqu&#234;te ethnographique sur l'inceste. Durant plusieurs ann&#233;es, elle a rencontr&#233;, par le biais d'associations d'accueil de victimes, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Souvent rel&#233;gu&#233; au rang de fait divers sordide, longtemps prot&#233;g&#233; par un silence de plomb, l'inceste est pour l'anthropologue Doroth&#233;e Dussy &lt;i&gt;le Berceau des dominations&lt;/i&gt;, titre de l'enqu&#234;te percutante qu'elle a consacr&#233;e au sujet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1793-ba353.jpg?1782828817' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;nthropologue au CNRS, Doroth&#233;e Dussy a subi des abus sexuels pendant son enfance. C'est ce qui l'a pouss&#233;e &#224; mener une longue enqu&#234;te ethnographique sur l'inceste. Durant plusieurs ann&#233;es, elle a rencontr&#233;, par le biais d'associations d'accueil de victimes, en France et au Qu&#233;bec, des personnes ayant subi l'inceste enfants. Elle s'est &#233;galement rendue en prison, o&#249; elle a men&#233; des entretiens avec des incesteurs condamn&#233;s. Fruit de ce travail, &lt;i&gt;Le Berceau des dominations. Anthropologie de l'inceste&lt;/i&gt;, publi&#233; une premi&#232;re fois en 2013, vient d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233; aux &#233;ditions Pocket. Charlotte Pudlowski &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Co fondatrice de Louie Media et r&#233;alisatrice d'un podcast remarquable sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui signe la pr&#233;face, explique que c'est &#171; &lt;i&gt; le genre de livre qui changerait le monde si les gens voulaient bien le lire&lt;/i&gt; &#187;. On ne peut qu'acquiescer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &lt;i&gt;Le Berceau des dominations &lt;/i&gt;est un ouvrage crucial. L'autrice, qui revendique d'introduire une rupture dans l'&#233;criture et les rapports de domination qu'elle charrie, ne s'embarrasse pas de faux-semblants. Dans un style tranchant, parfois cru et imag&#233;, elle d&#233;cortique ce qu'elle nomme le &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me inceste&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;montrant que ce dernier structure et organise notre ordre social, bien au-del&#224; du cercle familial. Pour preuve, les enqu&#234;tes disponibles sur la pr&#233;valence de l'inceste, c'est-&#224;-dire la proportion d'enfants touch&#233;s par le ph&#233;nom&#232;ne. Elles s'accordent sur une fourchette basse de 5 &#224; 10 % d'enfants victimes d'abus sexuels dans leur famille. Des chiffres qui placent l'inceste bien loin du fait divers et permettent de dire que ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne marginal, mais un fait social r&#233;pandu. Or, les soci&#233;t&#233;s humaines sont r&#233;put&#233;es &#234;tre fond&#233;es sur trois interdits universels : le cannibalisme, le meurtre et l'inceste. Ce dernier serait donc &#224; la fois l'un des tabous structurant nos soci&#233;t&#233;s et une pratique courante. Doroth&#233;e Dussy s'empare de cette contradiction qu'elle explique n'&#234;tre qu'apparente. Le &#171; &lt;i&gt; syst&#232;me inceste&lt;/i&gt; &#187; tient en effet par le silence, et c'est son interdit qui le lui garantit. Autrement dit : &#171; &lt;i&gt;L'interdit de l'inceste prot&#232;ge l'inceste. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les victimes sont des deux sexes, les incesteurs sont tr&#232;s majoritairement des hommes. Une statistique qu&#233;b&#233;coise &#233;value ainsi &#224; 4 % la proportion de femmes chez les auteurs d'abus sexuels. 96 % sont donc des hommes &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;tude porte sur les auteurs et autrices d'&#171; infractions sexuelles &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, et c'est loin d'&#234;tre anodin : Doroth&#233;e Dussy y voit un continuum entre les violences faites aux femmes et celles exerc&#233;es sur les enfants. Continuum qui d&#233;coule d'une m&#234;me conception masculiniste de la sexualit&#233;, les hommes s'autorisant &#224; s'approprier les corps &#224; leur port&#233;e, quels qu'ils soient. Continuum dont l'inceste serait une sorte de paroxysme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Berceau des dominations&lt;/i&gt; n'est pas une lecture facile, parce qu'il contraint &#224; admettre que l'inceste est en fait un ph&#233;nom&#232;ne aussi banal qu'immonde. Mais, au-del&#224; du sentiment d'&#233;touffement que cette plong&#233;e peut inspirer, il permet de penser l'abominable. Par la charge analytique et politique qu'il porte, il redonne du souffle. Il interdit de refermer les yeux et nous impose de porter nos combats au-del&#224; de l'indignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel a &#233;t&#233; le point de d&#233;part de vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ayant v&#233;cu l'inceste dans mon enfance, je me suis effondr&#233;e apr&#232;s ma th&#232;se et mon entr&#233;e au CNRS. En cherchant &#224; aller mieux, j'ai voulu lire pour comprendre, mais il y avait peu de ressources documentaires sur le sujet. La plupart concernaient la pr&#233;valence et leurs r&#233;sultats &#233;taient ahurissants. Depuis que ces enqu&#234;tes existent, c'est-&#224;-dire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elles r&#233;v&#232;lent une proportion stable de 5 &#224; 10 % des enfants qui vivent des abus sexuels dans leur famille. De quoi faire r&#233;fl&#233;chir une anthropologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc cherch&#233; ce qu'on avait en magasin et j'ai r&#233;alis&#233; que la multitude des travaux sur la question portait en r&#233;alit&#233; sur l'interdit de l'inceste, c'est-&#224;-dire sur les r&#232;gles de prescription matrimoniale et d'alliance. Par contre, il n'y avait rien sur ce qui se passe lorsque &#231;a arrive &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt;. C'est de l&#224; que mon enqu&#234;te est partie. Avec cette question : qu'est-ce qui se passe quand &#231;a se produit r&#233;ellement ? Et que penser de cette proportion stable &#224; travers les &#226;ges, en Occident, dans des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s diverses ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce taux de pr&#233;valence permettrait de dire qu'on est tous touch&#233;s de pr&#232;s ou de loin par l'inceste...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On consid&#232;re qu'en sixi&#232;me, dans une classe de trente &#233;l&#232;ves, il y a trois gosses incest&#233;s. Et, parce qu'un tiers des incesteurs sont des adolescents ou de grands enfants, dans une classe de seconde au lyc&#233;e, il y a un violeur. Rien que cette approche quantitative permet de dire qu'on est tous socialis&#233;s depuis tout petits avec des personnes qui ont v&#233;cu l'inceste &#8211; ou avec des incesteurs. Simplement, on ne les conna&#238;t pas. D&#232;s la maternelle, on a parfois un petit ou une petite camarade de classe qui vit des abus sexuels &#224; la maison. L'inceste, &#234;tre incest&#233;&#183;e, c'est &#234;tre viol&#233; chez soi &#224; r&#233;p&#233;tition, &#234;tre un objet sexuel. Et l'effet de cet &#233;crabouillement, de cette sexualit&#233; qu'on vous impose, fait qu'on ne vit pas une enfance normale et qu'on n'est pas tout &#224; fait pareil. Les autres enfants ne savent pas que cette petite fille ou ce petit gar&#231;on sont incest&#233;&#183;es, mais ils ne veulent pas trop avoir affaire &#224; eux. Et ils apprennent &#224; se taire, d&#233;j&#224;, &#224; ce moment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles d&#233;couvertes avez-vous faites durant vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'un des grands enseignements de cette enqu&#234;te, c'est que l'inceste survient dans une famille o&#249; il est toujours d&#233;j&#224; l&#224;. Et il se transmet, dans la m&#234;me proportion, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Cette stabilit&#233;, c'est le syst&#232;me inceste. Des m&#233;canismes le reconduisent &#224; peu pr&#232;s &#224; l'identique d'une d&#233;cennie &#224; l'autre. Comment ? Un peu comme tout dans la famille : par mim&#233;tisme. On voit bien ce qu'on h&#233;rite de nos ascendants, comment on reproduit des tics de langages ou des mimiques. Il y a aussi des go&#251;ts qui se transmettent, comme par exemple le foot. Dans les familles o&#249; il y a de l'inceste, les enfants passent leurs premi&#232;res ann&#233;es avec des parents, des oncles, des tantes, des grands-parents, qui ont eu par le pass&#233; des rapports incestueux. Et leurs relations en gardent la trace. Elles sont m&#226;tin&#233;es d'un rapport de fascination-r&#233;pulsion, d'&#233;rotisation, de d&#233;go&#251;t, de peur. Les enfants s'impr&#232;gnent de tous ces &#233;l&#233;ments et &#231;a passe &#224; la g&#233;n&#233;ration d'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est important &#224; prendre en compte, c'est que ce qui se joue dans la famille incestueuse est assez banal. Tous nos rapports sociaux sont p&#233;tris et p&#233;n&#233;tr&#233;s de rapports de domination. La famille, avec sa forte asym&#233;trie des positions, est une cascade de dominations, et l'inceste en est une sorte de paroxysme. Parce qu'&#233;videmment il y a de la sexualit&#233; dans l'inceste, mais c'est un m&#233;lange, une articulation entre sexualit&#233; et inclination pour l'&#233;crabouillement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez d'ailleurs &#224; plusieurs reprises d' &#171; &#233;crabouillement &#187;, d'enfants &#171; &#233;crabouill&#233;s &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve que c'est un mot qui convient. Parler de rapports de domination donne l'impression qu'on reste indemne. Alors que, quand on subit l'inceste, on est un peu comme une punaise &#233;crabouill&#233;e. On est en bouillie int&#233;rieurement et &#231;a ne se voit pas. &#202;tre pris comme un objet sexuel emp&#234;che de se construire comme sujet. C'est &#231;a, &#234;tre &#233;crabouill&#233; : l'impossibilit&#233; de grandir autrement qu'en &#233;tant juste une carcasse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous montrez qu'il n'y a pas un profil type d'incesteur. Toutefois, une figure revient &#224; plusieurs reprises dans votre travail, c'est celle du patriarche...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il y a 5 &#224; 10 % d'incest&#233;&#183;es, il faut la m&#234;me proportion d'incesteurs, ce qui fait en France trois &#224; six millions de violeurs. C'est beaucoup, trois &#224; six millions, c'est beaucoup d'hommes. Tous les hommes forts ou puissants d'une famille ne sont pas des incesteurs mais certains le sont. Presque tous ceux que j'ai rencontr&#233;s sont bien ins&#233;r&#233;s socialement. Ils ont une femme ou en ont eu, &#233;ventuellement des ma&#238;tresses. Ils ont une vie sexuelle bien remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes, ces patriarches, prennent pour objet sexuel un enfant de leur famille, mais tr&#232;s peu sont p&#233;dophiles. Ils n'ont pas une inclination sexuelle sp&#233;cifique pour les enfants. Ce qu'ils recherchent, c'est la satisfaction imm&#233;diate de leurs d&#233;sirs et de leur bon plaisir. La satisfaction sans frustration de leur &#233;go&#239;sme &#8211; une socialisation typiquement masculine. Et donc ce sont des viols d'aubaine. L'occasion fait le larron. Pour autant, ces incesteurs ne se voient pas du tout comme des violeurs. Puisque ce qu'ils font ne ressemble pas au st&#233;r&#233;otype d'un viols, par un inconnu au coin d'un bois. Eux ne sont pas haineux. Ils &#8220;aiment beaucoup leur petite fille&#8221;. Ils sont de &#8220;bons p&#232;res de famille&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils savent pourtant que ce qu'ils font n'est pas autoris&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;videmment. Tout le monde sait qu'on n'a pas de rapport sexuel avec un enfant. Mais ils le font quand m&#234;me. De la m&#234;me mani&#232;re qu'on s'est tous d&#233;j&#224; arrang&#233; avec nous-m&#234;me pour faire quelque chose d'interdit. C'est du m&#234;me ordre. Ce n'est pas vraiment plus important pour ces types d'aller dans la chambre de leur gosse ou dans la salle de bain pour satisfaire une mont&#233;e de libido que de se garer sur une place de stationnement pour les personnes handicap&#233;es. &#199;a ne compte pas plus. Parce qu'au fond, une fellation, qu'est-ce que c'est dans une vie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les incesteurs font-ils taire leurs victimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les strat&#233;gies de silenciation mises en place sont tr&#232;s efficaces. Pour faire taire, on peut rendre la parole de l'enfant ill&#233;gitime. En lui r&#233;p&#233;tant tout le temps qu'il est stupide, en le disqualifiant et le d&#233;valorisant d&#232;s qu'il fait quelque chose. On peut aussi instaurer un climat de crainte g&#233;n&#233;ralis&#233;, par exemple en massacrant les animaux domestiques. Tabasser un chien, tuer des chats de fa&#231;on atrocement cruelle, c'est une fa&#231;on de montrer qui est le patron. Le message est clair : si tu ne files pas droit, voil&#224; ce qui peut t'arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La silenciation passe finalement tr&#232;s rarement par l'intimidation et la menace directe. La plupart du temps, &#231;a n'est m&#234;me pas formul&#233;, avec l'id&#233;e que ce qui n'est pas dit n'existe pas. Ce qui compte, c'est que le m&#244;me ne le dise pas au tout d&#233;but de la p&#233;riode des abus sexuels, ou qu'il ne soit pas entendu. Parmi les dizaines de personnes rencontr&#233;es au cours de mon enqu&#234;te, et qui avaient v&#233;cu l'inceste enfant, aucune ne s'est compl&#232;tement tue. Simplement, la plupart du temps, ce que les enfants disent n'est pas compr&#233;hensible. Ils n'ont pas encore de mots pour dire les gestes de la sexualit&#233; ou nommer les parties du corps. Ils essaient de le dire mais le font de fa&#231;on tellement elliptique que le message n'est pas re&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il faut bien avoir en t&#234;te que, au moment o&#249; un enfant est incest&#233;, l'inceste est d&#233;j&#224; l&#224; dans sa famille. Cela veut dire que ses parents ont &#233;t&#233; habitu&#233;s &#224; se taire et &#224; &#234;tre sourds et aveugles &#224; toutes les r&#233;v&#233;lations d'incestes. Donc, m&#234;me si l'enfant disait avec des mots clairs et intelligibles que son p&#232;re, son oncle ou le compagnon de sa m&#232;re lui impose des gestes sexuels, il ne serait pas entendu. Et, une fois que c'est install&#233;, ce ne sera plus dit. Parce que c'est tellement co&#251;teux de le dire qu'apr&#232;s ce premier essai, l'enfant se tait. Il peut ensuite se passer beaucoup de temps avant la prochaine tentative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette nouvelle tentative se fait parfois apr&#232;s une longue p&#233;riode d'amn&#233;sie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Muriel Salmona &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psychiatre, Muriel Salmona travaille notamment sur la m&#233;moire traumatique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;value qu'une amn&#233;sie traumatique s'ensuit pour la moiti&#233; des enfants vivant des abus sexuels pr&#233;coces. L'amn&#233;sie, on sait ce que c'est mais on ne voit pas tr&#232;s bien comment &#231;a fonctionne pour l'inceste. On peut vivre une dissociation au moment sexuel, qui fait qu'on n'est pas l&#224;, qu'on n'est plus dans son corps. D'autres fois, on est l&#224; mais on oublie d&#232;s que l'incesteur sort de la chambre ou de la salle de bain. Tout le monde conna&#238;t &#231;a : c'est comme quand ce qu'on allait dire nous &#233;chappe la seconde d'apr&#232;s. Ici c'est la m&#234;me chose. On ne pourrait m&#234;me pas raconter ce qui s'est pass&#233; parce qu'on ne sait plus que &#231;a a exist&#233;. C'est horrible, on est priv&#233; de soi et on met du temps &#224; r&#233;unir tous les morceaux. Sortir de l'amn&#233;sie, c'est alors &#233;merger de ce brouillard. Une personne ou un &#233;v&#233;nement peut permettre un d&#233;clic en mettant une image et des mots sur ce qu'on a v&#233;cu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que se passe-t-il dans la famille au moment du d&#233;voilement, lorsque l'incest&#233;&#183;e r&#233;v&#232;le les faits dont il ou elle a &#233;t&#233; victime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment du proc&#232;s, les incesteurs ont s&#251;rement pass&#233; un sale quart d'heure mais, quand je les rencontre, l'effervescence est retomb&#233;e et la famille s'est recompos&#233;e autour d'eux. Ce qui montre bien que l'inceste est structurant et que la soci&#233;t&#233; fonctionne avec. La famille va bien jusqu'au moment du d&#233;voilement. C'est quand la r&#233;v&#233;lation est entendue que &#231;a pose probl&#232;me. Elle provoque une sorte de r&#233;volution dans cet ordre social o&#249; l'inceste devait &#234;tre tu. Le silence rompu, tout le monde est alors contraint de se repositionner, au moins jusqu'au moment d'arriver &#8211; ce qui n'est jamais compl&#232;tement possible &#8211; &#224; remettre le couvercle sur la marmite. Les fr&#232;res et s&#339;urs, les oncles et tantes, les grands-parents sont forc&#233;s de se demander ce qu'ils ont fait pendant tout ce temps, ce qu'ils n'ont pas vu ou refus&#233; de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que se dire &#8220;&lt;i&gt;mon p&#232;re est un violeur&lt;/i&gt;&#8221;, c'est moche. Personne n'en a envie. Si bien que les gens pr&#233;f&#232;rent la situation d'avant, dans laquelle il &#233;tait juste leur p&#232;re. C'est comme &#231;a que, dans la grande majorit&#233; des cas, la famille se recompose autour de l'incesteur et non de l'incest&#233;&#183;e. C'est celui qui d&#233;nonce l'inceste qui contrevient &#224; l'ordre familial et c'est cette personne qui en est &#233;ject&#233;e, parfois avec ceux qui la suivent dans son d&#233;sir de d&#233;voilement. Quant &#224; l'incesteur, sa place de dominant ou de patriarche dans la cellule familiale n'est pas mise &#224; mal. Ce que &#231;a dit, c'est que son statut admet la possibilit&#233; qu'il ait viol&#233;. Il a faut&#233;, mais on l'absout. Un patriarche n'est jamais d&#233;tr&#244;n&#233;. Une fois qu'il est en place, c'est comme le pape, c'est jusqu'&#224; la mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que l'inceste est un &#233;l&#233;ment structurant dans notre soci&#233;t&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On en vient au titre du livre. En sciences sociales, les d&#233;terminants sociaux sont majoritairement pens&#233;s dans un mouvement du haut vers le bas. Depuis les structures sociales et les institutions vers nos vies quotidiennes &#224; nous, pauvres petits scarab&#233;es. Il me semble qu'on gagnerait &#224; raisonner &#224; l'envers. Les premiers moments de socialisation sont dans la famille. On s'impr&#232;gne de tout ce qui s'y passe, de tout ce qu'on apprend &#224; la maison. &#199;a nous structure et nous organise. C'est le cas du patriarcat, avec cette figure du patriarche, des rapports tr&#232;s asym&#233;triques dans la famille, et parfois de l'inceste. Par &#233;claboussure, &#231;a mod&#232;le ensuite tout notre &lt;i&gt;&#234;tre au monde&lt;/i&gt; et impr&#232;gne tous les autres rapports sociaux. L'inceste fonde beaucoup de choses. Et le terreau, le premier germe, c'est la famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, notre syst&#232;me judiciaire ne peut pas &#234;tre un appui pour venir &#224; bout du &#171; syst&#232;me inceste &#187;. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France, moins de 2 % des plaintes pour viol aboutissent &#224; une condamnation. Notre syst&#232;me judiciaire est hyper masculiniste. Et si ce sont des hommes comme Duhamel &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Duhamel est politologue et constitutionnaliste. Dans La Familia (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; qui font ou valident les textes de loi, on comprend pourquoi. Les d&#233;lais de prescription sont souvent attaqu&#233;s mais les proc&#233;dures judiciaires, le syst&#232;me d'administration de la preuve notamment, posent tout autant probl&#232;me. Tout est index&#233; sur le bon plaisir de l'incesteur, sur ce qu'il s'autorise ou s'interdit. M&#234;me la qualification des infractions &#8211; la diff&#233;rence entre agression sexuelle, viol ou atteinte sexuelle &#8211; est cal&#233;e sur la question de savoir si l'agresseur a r&#233;ussi ou non &#224; s'inhiber. Mais qui a dit qu'il &#233;tait moins pire que votre p&#232;re se masturbe devant vous &#8211; ce qui n'est m&#234;me pas une atteinte sexuelle &#8211; et vous oblige &#224; regarder en vous disant des insanit&#233;s, qu'un geste sexuel avec p&#233;n&#233;tration ? Aucune petite fille viol&#233;e, aucun petit gar&#231;on viol&#233;. Ce sont les patriarches, les dominants, qui font les institutions et d&#233;terminent nos structures sociales. Si les lois &#233;taient faites par des femmes viol&#233;es, notre soci&#233;t&#233; ne serait pas la m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parle beaucoup en ce moment de lib&#233;ration de la parole, notamment avec les #MeToo et #MeTooInceste. Avez-vous l'impression qu'on avance malgr&#233; tout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour les personnes qui s'expriment &#224; travers #MeToo, il n'y a pas de retour en arri&#232;re possible, c'est un moment qui change leur vie. &#199;a permet le d&#233;voilement et &#231;a autorise &#224; d'autres la possibilit&#233; de le dire. Et donc de se r&#233;parer. Si ces gens sont r&#233;par&#233;s, on peut imaginer que leurs enfants n'auront pas la m&#234;me vie qu'eux. Pour autant, je ne suis pas s&#251;re que ce mouvement puisse bousculer les fondements de notre soci&#233;t&#233;. On voit bien comment des d&#233;cennies de travaux sur les violences conjugales n'ont pas permis qu'il y ait un f&#233;minicide de moins l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, de plus en plus d'hommes voient qu'ils sont perdants dans l'inceste et le patriarcat dur. Tous n'ont pas envie d'&#234;tre un patriarche. Ce qui est une chose positive, &#233;tant donn&#233; que ce sont eux qui dirigent le monde. Il y a aujourd'hui plus de place pour des masculinit&#233;s diff&#233;rentes, &#233;panouies et l&#233;gitimes, qui ne sont pas dans l'&#233;crabouillement. Et s'il y a moins de jouissance dans l'exercice du pouvoir pour les hommes, il y aura moins d'&#233;crabouilleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Mathilde Offroy&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Co fondatrice de &lt;i&gt;Louie Media&lt;/i&gt; et r&#233;alisatrice d'un podcast remarquable sur l'inceste : &#171; Ou peut-&#234;tre une nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette &#233;tude porte sur les auteurs et autrices d'&#171; infractions sexuelles &#187; toutes cat&#233;gories confondues. Source : Minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; publique du Qu&#233;bec (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Psychiatre, Muriel Salmona travaille notamment sur la m&#233;moire traumatique et les cons&#233;quences psychiques des traumatismes pour les personnes ayant subi des violences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Olivier Duhamel est politologue et constitutionnaliste. Dans &lt;i&gt;La Familia grande&lt;/i&gt; (Seuil, 2021), sa belle-fille, Camille Kouchner, a r&#233;v&#233;l&#233; les abus qu'il a commis sur son fr&#232;re, lorsqu'ils &#233;taient adolescents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proc&#232;s de maraudeurs solidaires &#224; Gap : &#171; Vous n'avez aucune esp&#232;ce de preuve &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Proces-de-maraudeurs-solidaires-a</link>
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		<dc:date>2021-05-27T14:31:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Juliette Iturralde</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>maraudeurs b&#233;n&#233;voles</dc:subject>
		<dc:subject>c&#244;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce 27 mai, le tribunal de Gap a condamn&#233; deux maraudeurs solidaires &#224; deux mois de prison avec sursis, selon une information du Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. Mise &#224; jour du 27 mai : d'apr&#232;s le Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;, les deux maraudeurs viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 2 mois de prison avec sursis. Nous republions ici notre compte-rendu de l'audience du 22 avril. *** Jeudi 22 avril au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille-afghane" rel="tag"&gt;famille afghane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maraudeurs" rel="tag"&gt;maraudeurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere-franco-italienne" rel="tag"&gt;fronti&#232;re franco-italienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gendarmes" rel="tag"&gt;gendarmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maraudeurs-benevoles" rel="tag"&gt;maraudeurs b&#233;n&#233;voles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cote" rel="tag"&gt;c&#244;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce 27 mai, le tribunal de Gap a condamn&#233; deux maraudeurs solidaires &#224; deux mois de prison avec sursis, selon une information du &lt;i&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/-747-2cc7f.jpg?1782641327' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Mise &#224; jour du 27 mai&lt;/strong&gt; : d'apr&#232;s le &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ledauphine.com/faits-divers-justice/2021/05/27/deux-maraudeurs-condamnes-a-deux-mois-de-sursis-par-le-tribunal-de-gap&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, les deux maraudeurs viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 2 mois de prison avec sursis. Nous republions ici notre compte-rendu de l'audience du 22 avril.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 22 avril au tribunal de Gap, le procureur a requis deux mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de s&#233;jour dans les Hautes-Alpes &#224; l'encontre de deux maraudeurs b&#233;n&#233;voles. Accus&#233;s d'avoir fait passer la fronti&#232;re franco-italienne &#224; une famille afghane, ils assurent &#234;tre rest&#233;s du c&#244;t&#233; fran&#231;ais. L'accusation ne dispose d'aucune preuve, hormis les d&#233;clarations de gendarmes bas&#233;s en Bretagne qui pr&#233;tendent avoir vu les maraudeurs franchir la fronti&#232;re, pourtant difficilement rep&#233;rable par des yeux non initi&#233;s parce que mat&#233;rialis&#233;e par rien.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 novembre 2020, Antoine et Timoth&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;noms modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#233;taient en maraude &#224; la fronti&#232;re franco-italienne, non loin du col de Montgen&#232;vre (Hautes-Alpes). Investis de longue date dans le soutien aux exil&#233;s qui rejoignent la France par les p&#233;rilleuses cimes alpines, les deux b&#233;n&#233;voles portaient assistance ce jour-l&#224; &#224; une famille afghane : un p&#232;re, une m&#232;re enceinte de plus de huit mois et leurs deux enfants. Ce geste d'humanit&#233; leur a valu une garde &#224; vue, puis une comparution devant le tribunal de Gap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 22 avril donc, une question agite particuli&#232;rement les magistrats : de quel c&#244;t&#233; de la fronti&#232;re les maraudeurs b&#233;n&#233;voles ont-ils pris en charge la famille afghane ? Si c'est c&#244;t&#233; italien, les deux pr&#233;venus risquent cinq ans de prison pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e &#187; irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers sur le territoire fran&#231;ais. Si c'est c&#244;t&#233; fran&#231;ais, ils ne risquent rien, puisque leur soutien ayant &#233;t&#233; apport&#233; &#224; titre gratuit, ils peuvent b&#233;n&#233;ficier d'une sorte &#171; d'immunit&#233; humanitaire &#187; applicable &#224; &#171; l'aide au s&#233;jour &#187; et &#224; &#171; l'aide &#224; la circulation &#187; d'&#233;trangers sans-papiers&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci &#187;, CQFD n&#176;168 (septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; carte IGPN &#187; pour localiser la fronti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une chose est s&#251;re : dans cette zone-l&#224;, il est tr&#232;s difficile de localiser la fronti&#232;re avec pr&#233;cision. Elle n'est mat&#233;rialis&#233;e ni par une quelconque cl&#244;ture, ni par un sentier, ni par une rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, les versions divergent. Trois gendarmes mobiles pr&#233;tendent avoir vu la famille franchir la fronti&#232;re avec les maraudeurs. Ces derniers r&#233;torquent que &#171; &lt;i&gt;c'est impossible&lt;/i&gt; &#187;. Antoine : &#171; &lt;i&gt;On est &#233;quip&#233;s de cartes IGN pr&#233;cises sur toute la zone de Montgen&#232;vre.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;On sait qu'il y a une r&#233;pression tr&#232;s particuli&#232;re sur les personnes solidaires, on fait attention &#224; ne pas donner de pr&#233;texte&lt;/i&gt; [&#224; une arrestation] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par visioconf&#233;rence, un des gendarmes r&#233;it&#232;re ses accusations : &#171; &lt;i&gt; Je les ai vus franchir la fronti&#232;re dans le vallon au-dessus de la PAF&lt;/i&gt; [Police aux fronti&#232;res] &#187;. Mais en dehors de cette assertion lapidaire, le militaire ne livre aucun d&#233;tail topographique permettant de localiser le point pr&#233;cis o&#249; la fronti&#232;re aurait &#233;t&#233; franchie par les maraudeurs. D'ailleurs, remarque M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Vincent Brengarth, l'avocat de la d&#233;fense, aucune carte, aucun plan, aucun sch&#233;ma ne figure au dossier. Interrog&#233; sur ce point, le gendarme r&#233;pond &#224; c&#244;t&#233;, et par un joli lapsus : &#171; &lt;i&gt;On a une carte IGPN &lt;/i&gt; [&lt;i&gt;sic&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;dans le v&#233;hicule. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dossier, on ne retrouve aucune photo non plus. Pourquoi n'avoir pas pris un clich&#233; de la sc&#232;ne, ne serait-ce qu'avec un t&#233;l&#233;phone ? &#171; &lt;i&gt;Parce que&lt;/i&gt; [c'&#233;tait] &lt;i&gt;mon t&#233;l&#233;phone personnel&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond le gendarme mobile, appartenant &#224; un escadron bas&#233; &#224; Pontivy (Morbihan). Ce n'&#233;tait que sa deuxi&#232;me mission &#224; la fronti&#232;re haute-alpine. En guise de formation, il n'avait eu droit qu'&#224; &#171; &lt;i&gt;deux jours de tuilage&lt;/i&gt; &#187; avec les effectifs locaux. Un peu court, estime la d&#233;fense, pour &#234;tre si s&#251;r de soi quant &#224; la localisation de la fronti&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; 520 personnes &#187; secourues depuis septembre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux autres t&#233;moins sont appel&#233;s &#224; la barre. D'abord, un docteur de M&#233;decins du Monde, qui rappelle les dangers qui guettent les exil&#233;s traversant la fronti&#232;re : &#171; &lt;i&gt; Il y a parfois des gelures malheureusement, il y a un Monsieur en ce moment &#224; l'h&#244;pital de Brian&#231;on qui va &#234;tre amput&#233;. &lt;/i&gt; &#187; &#201;voquant la derni&#232;re personne migrante morte en date (d&#233;but 2019 par hypothermie), il explique que depuis un peu plus d'un an, les b&#233;n&#233;voles voient arriver de plus en plus de familles : depuis septembre, &#171; &lt;i&gt;520 personnes&lt;/i&gt; &#187; ont &#233;t&#233; secourues par l'unit&#233; mobile mont&#233;e par M&#233;decins du Monde et l'association locale Tous Migrants, dont une centaine d'enfants et un nombre non n&#233;gligeable de femmes enceintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moigne ensuite une b&#233;n&#233;vole de Tous Migrants, qui &#233;tait pr&#233;sente &#224; la fronti&#232;re le 19 novembre et raconte qu'il y avait ce jour-l&#224; plus d'effectifs policiers qu'&#224; l'accoutum&#233;e. Elle d&#233;crit les pr&#233;venus comme des maraudeurs exp&#233;riment&#233;s et explique en substance qu'ils auraient &#233;t&#233; vraiment d&#233;biles de franchir la fronti&#232;re avec des exil&#233;s en plein jour alors que la surveillance &#233;tait si forte. De plus, elle rappelle que chez Tous Migrants, il y a une r&#232;gle de base : ce franchissement de la fronti&#232;re est &#171; &lt;i&gt;une ligne rouge&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question topographie, la b&#233;n&#233;vole solidaire est incomparablement plus pr&#233;cise que le gendarme : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re, dans ce vallon, elle est dix m&#232;tres au-dessus des derni&#232;res maisons&lt;/i&gt; &#187; du village de Clavi&#232;res, en Italie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Est-ce que c'est grave ? &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le procureur commence son r&#233;quisitoire en parlant de &#171; &lt;i&gt; la crise migratoire qui a impact&#233; le territoire des Hautes-Alpes &lt;/i&gt; &#187; et encombre son agenda judiciaire : &#171; &lt;i&gt;Les passeurs repr&#233;sentent la moiti&#233; des d&#233;tenus de la maison d'arr&#234;t de Gap : 13 sur 26. &lt;/i&gt; &#187; Ces passeurs, poursuit-il, exploitent la mis&#232;re des migrants en se faisant r&#233;tribuer. Mais &#171; &lt;i&gt;on doit reconna&#238;tre que les pr&#233;venus de ce jour ne sont pas des passeurs classiques &lt;/i&gt; &#187; et qu'ils ont agi par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le parquetier rappelle au tribunal qu'il doit juste juger s'il y a eu ou non aide au franchissement de la fronti&#232;re, quels qu'en soient les motifs. L'assistance aux &#233;trangers (sans-papiers) &#171; &lt;i&gt; est l&#233;gale d&#232;s lors qu'elle est r&#233;alis&#233;e en France et pour des motifs humanitaires&lt;/i&gt; &#187; (et, ajoute-t-il, il est autoris&#233; de s'affranchir du couvre-feu pour &#231;a &#8211; les nombreux membres de Tous Migrants verbalis&#233;s cet hiver en maraude appr&#233;cieront la nouvelle). Mais &#171; &lt;i&gt;il est interdit de faire rentrer un &#233;tranger en France quels qu'en soient les motifs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, &#224; ses yeux, &#171; &lt;i&gt;la proc&#233;dure ne&lt;/i&gt; [laisse pas la place au] &lt;i&gt;moindre doute&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt; Les proc&#232;s-verbaux des gendarmes font foi jusqu'&#224; preuve du contraire.&lt;/i&gt; &#187; Pour lui, l'infraction est donc clairement constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste une question : &#171; &lt;i&gt;Est-ce que c'est grave ?&lt;/i&gt; &#187; Il se r&#233;pond tout seul : &#171; &lt;i&gt;Je consid&#232;re qu'on aurait pu &#233;viter cette audience&lt;/i&gt; &#187;, mais il aurait fallu que les pr&#233;venus reconnaissent les faits et fassent &#171; &lt;i&gt;amende honorable&lt;/i&gt; &#187; pour qu'on leur propose &#171; &lt;i&gt;une mesure alternative aux poursuites &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grave ou non, le procureur requiert tout de m&#234;me deux mois de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de s&#233;jour dans le d&#233;partement des Hautes-Alpes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rendez-vous le 27 mai&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;fense, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Brengarth d&#233;veloppe une strat&#233;gie &#224; plusieurs &#233;tages. D'abord, il remet en cause le bien-fond&#233; de la loi p&#233;nalisant l'aide &#224; l'entr&#233;e sur le territoire quand elle est d&#233;sint&#233;ress&#233;e. Selon lui, ce texte est &#171; &lt;i&gt;archa&#239;que&lt;/i&gt; &#187; et contrevient &#224; une directive europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le procureur n'est pas d'accord avec l'avocat sur ce point.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Puis au d&#233;tour d'un raisonnement juridique complexe remettant en cause la l&#233;galit&#233; de la garde &#224; vue qu'ont subi ses clients, il rappelle que la famille afghane avait le droit de d&#233;poser l'asile &#224; la fronti&#232;re &#8211; ce dont il n'est aucunement fait mention dans la proc&#233;dure, o&#249; l'on apprend au contraire que les exil&#233;s ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s en Italie, d'o&#249; ils ont fini par r&#233;ussir &#224; passer en France quelques jours plus tard...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'avocat conteste tout bonnement la r&#233;alit&#233; des faits reproch&#233;s, &#224; savoir le franchissement de cette foutue fronti&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez aucune esp&#232;ce de preuve mat&#233;rielle&lt;/i&gt; &#187;, ass&#232;ne-t-il aux magistrats, rappelant qu'au cours de la proc&#233;dure, &#171; &lt;i&gt;aucune pr&#233;cision g&#233;ographique n'a &#233;t&#233; demand&#233;e &lt;/i&gt; &#187; aux gendarmes qui ont proc&#233;d&#233; &#224; l'interpellation. Il demande donc la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jugement sera rendu le jeudi 27 mai &#224; 13 h 30, une demi-heure avant le d&#233;but, &#224; Grenoble, de l'audience d'appel d'une affaire ressemblante et embl&#233;matique : celle des &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-tribunal-a-choisi-la-mort-pour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;7 de Brian&#231;on&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;noms modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-delit-de-solidarite-se-porte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168 (septembre 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le procureur n'est pas d'accord avec l'avocat sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Morts en prison : le long combat des familles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Morts-en-prison-le-long-combat-des</link>
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		<dc:date>2021-05-17T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Taoufik Belrhitri, 40 ans, est mort le 18 octobre 2020 alors qu'il &#233;tait incarc&#233;r&#233; &#224; Perpignan. Sa disparition s'inscrit dans la longue liste des morts dites &#171; suspectes &#187; en d&#233;tention : des d&#233;c&#232;s dont les causes officielles &#8211; suicides, accidents, arr&#234;ts cardiaques &#8211; sont contest&#233;es par les proches. Pour eux, commence alors un interminable et &#233;prouvant combat dans l'espoir d'obtenir, selon la formule consacr&#233;e, v&#233;rit&#233; et justice. Et de faire appara&#238;tre au grand jour la violence insupportable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Taoufik" rel="tag"&gt;Taoufik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Taoufik-Belrhitri" rel="tag"&gt;Taoufik Belrhitri&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/familles" rel="tag"&gt;familles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Taoufik Belrhitri, 40 ans, est mort le 18 octobre 2020 alors qu'il &#233;tait incarc&#233;r&#233; &#224; Perpignan. Sa disparition s'inscrit dans la longue liste des morts dites &#171; suspectes &#187; en d&#233;tention : des d&#233;c&#232;s dont les causes officielles &#8211; suicides, accidents, arr&#234;ts cardiaques &#8211; sont contest&#233;es par les proches. Pour eux, commence alors un interminable et &#233;prouvant combat dans l'espoir d'obtenir, selon la formule consacr&#233;e, v&#233;rit&#233; et justice. Et de faire appara&#238;tre au grand jour la violence insupportable de l'institution p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1773.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1773-458f3.jpg?1782953548' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans un petit appartement aux murs blancs du quartier Mailloles de Perpignan (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), Oukacha Belrhitri sert le th&#233; &#224; la menthe. Houria, son &#233;pouse, fait d&#233;filer sur sa tablette quelques photos et vid&#233;os de famille. Sur l'une d'elles, on voit deux de leurs petits-enfants courant dans cette m&#234;me pi&#232;ce non loin de leur fils a&#238;n&#233; Taoufik, assis sur le balcon. Une sc&#232;ne de vie banale et joyeuse, capt&#233;e il y a quelques mois &#224; peine. &#171; &lt;i&gt;Depuis la mort de mon fils, je ne suis pas bien, &lt;/i&gt;confie-t-elle.&lt;i&gt; Je ne sors presque plus de ma chambre, je ne dors pas malgr&#233; les m&#233;dicaments... Nous sommes tous perturb&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre 2020, Mohammed, le plus jeune fils d'Houria et Oukacha, croise une connaissance tout juste lib&#233;r&#233;e de la maison d'arr&#234;t de Perpignan. Celle-ci lui apprend que Taoufik, son fr&#232;re a&#238;n&#233; incarc&#233;r&#233; dans le m&#234;me &#233;tablissement, serait probablement d&#233;c&#233;d&#233; durant sa d&#233;tention. Inqui&#232;te, mais incr&#233;dule, la famille appelle imm&#233;diatement l'Administration p&#233;nitentiaire (AP) : celle-ci d&#233;ment, assure que tout va bien. Rappel&#233;e deux jours plus tard, elle maintient et &#233;voque des rumeurs mensong&#232;res &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;e, l'Administration p&#233;nitentiaire n'a pas donn&#233; suite &#224; nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Taoufik Belrhitri est en r&#233;alit&#233; mort deux semaines plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra finalement attendre 23 jours pour que son entourage soit officiellement averti de sa disparition. Non par l'AP, mais par les services locaux de l'&#233;tat civil : ne sachant que faire du corps, ceux-ci ont contact&#233;, un peu au hasard, l'ex-femme du d&#233;funt. Pour se justifier, l'AP aurait pr&#233;tendu ne pas savoir comment joindre la famille. Comment y croire ? Oukacha montre les bordereaux des mandats qu'il envoyait chaque mois &#224; son fils : son nom et ses coordonn&#233;es y figurent.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mon fr&#232;re, ce n'est pas un chien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On annonce aux Belrhitri que Taoufik se serait &#233;touff&#233; avec un morceau de viande et aurait &#233;t&#233; mis sous respirateur plusieurs jours &#224; l'h&#244;pital. &#171; &lt;i&gt;On aurait pu aller le voir, lui dire au revoir, &lt;/i&gt;regrette Houria&lt;i&gt;. Il a cinq fr&#232;res et s&#339;urs, six enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Ils sont cens&#233;s devoir nous appeler avant de le d&#233;brancher.&lt;/i&gt; &#187; La famille demande &#224; voir le corps de Taoufik, on le lui refuse sous pr&#233;texte que celui-ci serait trop ab&#238;m&#233;. L'autorisation lui est finalement accord&#233;e au bout de trois nouvelles semaines : les proches d&#233;couvrent alors un corps maquill&#233;, mais pr&#233;sentant malgr&#233; cela des marques de violences. &#171; &lt;i&gt;Il avait le nez tordu, comme cass&#233;, un coup dans la tempe et l'&#339;il enfonc&#233;, &lt;/i&gt;raconte Mohammed.&lt;i&gt; Ce serait un bout de viande qui lui a fait &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? On n'y croit pas une seconde. Tout est louche dans cette histoire&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur avocat n'envoie pas moins de trois courriers recommand&#233;s, le premier d&#232;s novembre, pour r&#233;clamer le dossier d'enqu&#234;te et une audience au parquet de Perpignan. Sans succ&#232;s. Entre temps, lui comme la famille re&#231;oivent des appels de gendarmes ou de l'institut m&#233;dico-l&#233;gal leur enjoignant de r&#233;cup&#233;rer le corps. &#171; &lt;i&gt;Ils ont voulu faire vite, nous pousser &#224; l'enterrer rapidement pour classer l'affaire,&lt;/i&gt; l&#226;che Mohammed, &lt;i&gt;mais mon fr&#232;re, ce n'est pas un chien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Bien s&#251;r, on voudrait l'enterrer au plus vite et pouvoir faire notre deuil... mais pas avant une autopsie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but avril, au moment de cet entretien avec Houria, Oukacha et Mohammed, rien n'avait boug&#233; du c&#244;t&#233; de la justice. Revirement de situation quelques jours plus tard : le procureur finit par recevoir le p&#232;re et l'oncle de Taoufik, accompagn&#233;s de leur avocat. Ce dernier, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Nguyen Phung, acc&#232;de enfin au dossier d'enqu&#234;te. Il est effar&#233; par ce qu'il lit : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien dedans ! Juste un rapport du surveillant principal, et un examen m&#233;dico-l&#233;gal hallucinant : un m&#233;decin l&#233;giste a simplement vu le corps &#224; la morgue et a dit qu'il ne pr&#233;sentait aucun coup ext&#233;rieur, qu'il n'y avait aucune raison de ne pas retenir l'hypoth&#232;se de la fausse route.&lt;/i&gt; &#187; L'avocat demande dans la foul&#233;e une autopsie qui est accord&#233;e le 12 avril. Soit tout juste le d&#233;marrage d'une enqu&#234;te digne de ce nom, six mois apr&#232;s les faits ! &#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le corps de Taoufik attend toujours &#224; la morgue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tenir bon face &#224; la justice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Taoufik Belrhitri n'est pas une exception : elle fait &#233;cho &#224; de nombreuses autres &#171; morts suspectes &#187; en d&#233;tention. Comme celle de Sambaly Diabat&#233;, 32 ans, mort &#233;touff&#233; le 9 ao&#251;t 2016 pendant un transfert vers la prison de Saint-Martin-de-R&#233; (Charente-Maritime). Ou celle d'Idir Mederres, 22 ans, d&#233;c&#233;d&#233; le 9 septembre 2020 au quartier disciplinaire de la prison de Lyon-Corbas (Rh&#244;ne), qui se serait pendu deux semaines avant sa lib&#233;ration. Ou encore celle de Jimony Rousseau, incarc&#233;r&#233; &#224; Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne), mort le 2 f&#233;vrier 2021, apr&#232;s un refus de rentrer en cellule&#8230; et une semaine de coma. Il ne s'agit l&#224; que de trois cas parmi les plus r&#233;cents. Trois cas dont nous avons connaissance gr&#226;ce aux mobilisations soutenues des familles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tout cela ne date pas d'hier et nous n'avons pas affaire &#224; des cas isol&#233;s : la prison est structurellement violente. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le revirement, pour l'heure limit&#233;, de la justice dans la gestion du &#171; dossier Belrhitri &#187; ne doit en effet rien au hasard : il a &#233;t&#233; gagn&#233; de haute lutte par les proches de Taoufik. Ceux-ci ont tenu bon face &#224; un appareil judiciaire et p&#233;nitentiaire m&#233;prisant et tout-puissant. Ils ont pris un avocat, puis un second. Alert&#233; les m&#233;dias tant qu'ils ont pu. &#201;crit au ministre de la Justice &#8211; qui n'a pas daign&#233; r&#233;pondre. Recueilli des t&#233;moignages de cod&#233;tenus pour tenter d'&#233;tablir les faits. Mis en place, avec l'aide de militant&#183;es du coin, un comit&#233; de soutien&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 66.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et organis&#233; un rassemblement devant le tribunal le 13 mars dernier. &#171; &lt;i&gt;On essaie toutes les possibilit&#233;s,&lt;/i&gt; dit Houria. &lt;i&gt;Cela fait du bien de parler, beaucoup de gens nous disent de ne pas laisser tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour qu'une mobilisation existe,&lt;/i&gt; explique Pierre, du collectif et journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif anticarc&#233;ral auquel CQFD avait ouvert ses colonnes dans son n&#176;186 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;il faut que soient r&#233;unis au moins trois &#233;l&#233;ments : une parole des seuls qui peuvent t&#233;moigner de ce qui se passe vraiment, soit les gens &#224; l'int&#233;rieur de la prison ; une famille d&#233;termin&#233;e &#224; se battre ; et des soutiens pour qu'elle ne soit pas laiss&#233;e &#224; la merci de l'AP. On retrouve ces trois ingr&#233;dients dans les bagarres pour Taoufik, Idir, Sambaly&#8230; mais c'est h&#233;las tr&#232;s rare.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans la lign&#233;e des luttes contre les violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il semble pourtant qu'on assiste &#224; une intensification des mobilisations autour de ces morts en d&#233;tention, dans la lign&#233;e des nombreuses luttes contre les violences polici&#232;res &#8211; et plus particuli&#232;rement de ces luttes n&#233;es autour d'affaires concernant des personnes tu&#233;es par les forces de l'ordre. &#171; &lt;i&gt;C'est &#233;videmment li&#233;, &lt;/i&gt;estime Pierre. &lt;i&gt;Beaucoup ont vu des familles qui parviennent &#224; se faire entendre, &#224; faire de leur combat un sujet politique de premier plan, et se disent donc qu'il est possible de faire conna&#238;tre ce qu'ils subissent.&lt;/i&gt; &#187; Et de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Cela ne concerne pas que des histoires r&#233;centes : certaines familles, plut&#244;t isol&#233;es, coinc&#233;es dans des proc&#233;dures judiciaires parfois depuis des ann&#233;es, r&#233;apparaissent actuellement, acceptent de rendre leur cas public, de rencontrer d'autres mobilisations, ce qui est hyper fort. Cela montre bien que tout cela ne date pas d'hier et que nous n'avons pas affaire &#224; des cas isol&#233;s : la prison est structurellement violente&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les violences carc&#233;rales et l'impunit&#233; qui les entoure, (re)lire &#171; Quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre nuance toutefois le renouveau apparent de ces mobilisations : &#171; L'Envol&#233;e &lt;i&gt;existe depuis 20 ans et nous avons toujours &#233;t&#233; contact&#233;s par des familles qui se battent pour des proches morts en d&#233;tention, mais elles restaient jusque l&#224; assez isol&#233;es. Parce qu'il y avait peu de collectifs existants, tr&#232;s peu d'&#233;cho m&#233;diatique, pas de r&#233;seaux sociaux encore&#8230; Aujourd'hui, m&#234;me si cela part toujours d'histoires particuli&#232;res, des groupes essaient d'avancer ensemble, des r&#233;seaux se constituent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre les violences polici&#232;res ne cr&#233;e pas simplement un effet d'entra&#238;nement salutaire : il incorpore de plus en plus les luttes contre les violences carc&#233;rales. Le 7 f&#233;vrier par exemple, plusieurs collectifs engag&#233;s contre les pratiques brutales des forces de l'ordre (Justice pour Adama, Justice pour Gaye Camara) se sont joints &#224; la marche blanche organis&#233;e pour Jimony Rousseau devant la maison d'arr&#234;t o&#249; il est d&#233;c&#233;d&#233;. Plus marquante encore, la date du 20 mars 2021 : ce jour-l&#224;, des milliers de personnes manifestaient &#224; travers toute la France contre le racisme et les violences polici&#232;res, mais aussi carc&#233;rales et judiciaires. Selon Pierre, &#171; &lt;i&gt;c'est la premi&#232;re fois qu'une marche de ce type inclut &#233;galement dans ses revendications les violences en prison. C'est vraiment d&#251; au travail militant et &#224; l'action de toutes ces familles en lutte. Maintenant, ce n'est qu'un d&#233;but, esp&#233;rons que ce rapprochement va s'intensifier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Porter la voix des prisonnier.es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La consolidation d'un front commun contre les violences d'&#201;tat en g&#233;n&#233;ral ne serait pas de trop pour appuyer des familles confront&#233;es &#224; une institution impitoyable : chacune de ces luttes montre en effet les difficult&#233;s infinies rencontr&#233;es d&#232;s lors qu'il s'agit d'obtenir une r&#233;ponse sur le terrain judiciaire. Pierre rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'ensemble de la cha&#238;ne p&#233;nale se couvre toujours, &#224; une ou deux exceptions pr&#232;s&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hasard de l'actualit&#233; et fait exceptionnel, le 20 avril, cinq surveillants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, car la prison c'est la justice, et inversement. C'est du m&#234;me ordre que dans les affaires polici&#232;res, mais avec encore davantage une culture du secret. Car le travail de la police est malgr&#233; tout expos&#233; &#224; un certain regard social qui n'existe pas en prison&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Ce que peuvent gagner les familles en lutte, ce n'est donc pas tant la reconnaissance judiciaire, mais la possibilit&#233; de ne pas rester seules face &#224; la mort et de faire exister la v&#233;rit&#233; qu'on veut leur voler, ce qui est essentiel.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif Idir Espoir et Solidarit&#233;, cr&#233;&#233; autour du combat pour Idir Mederres, appelle &#171; &lt;i&gt;toutes celles et ceux qui sont indign&#233;&#183;es par les violences p&#233;nitentiaires&lt;/i&gt; &#187; &#224; un rassemblement place Bellecour, &#224; Lyon, le dimanche 30 mai prochain. Avec la volont&#233; affich&#233;e d'instituer un rendez-vous national annuel pour porter la voix des prisonnier&#183;es. Pierre salue la proposition : &#171; &lt;i&gt;Ce collectif travaille &#224; lier les diff&#233;rentes luttes et porte de plus une revendication tr&#232;s importante, &#224; savoir la fermeture des quartiers disciplinaires. Une exigence d&#233;j&#224; d&#233;fendue par beaucoup de mouvements de prisonniers, car les choses les plus graves se passent bien souvent dans ces mitards.&lt;/i&gt; Il souligne : &lt;i&gt;Ce combat n'est pas l&#224; que pour obtenir la v&#233;rit&#233; pour telle ou telle personne, m&#234;me si c'est &#233;videmment capital : c'est aussi un combat men&#233; pour l'ensemble des d&#233;tenu&#183;es, pour qu'il n'y ait pas d'autres Idir, Sambaly ou Jimony demain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oukacha ne dit pas autre chose lorsqu'il confie : &#171; &lt;i&gt;Je ne pleure pas que mon fils, je pleure tous ceux qui sont morts en prison.&lt;/i&gt; &#187; Il ressert du th&#233; &#224; la menthe. Houria conclut : &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas que cela se reproduise avec un autre, un autre, un autre&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'omerta ou &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Administration p&#233;nitentiaire (AP) n'aime pas que l'on fasse de la publicit&#233; autour des morts en d&#233;tention (elle ne publie d'ailleurs aucun chiffre officiel). Encore moins lorsque ces morts peuvent &#234;tre imputables aux violences de ses propres agents. Elle a annonc&#233; en ce d&#233;but d'ann&#233;e avoir port&#233; plainte pour diffamation et injure publique contre &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;. En cause, le num&#233;ro 52 du journal du collectif &lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Envol&#233;e (octobre 2020).&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; et son dossier intitul&#233; &#171; Peine de mort en prison &#187;. Celui-ci revient en d&#233;tail sur plusieurs affaires, notamment les d&#233;c&#232;s d'Idir Mederres et Sambaly Diabat&#233;. On peut y lire par exemple le t&#233;moignage d'un d&#233;tenu de la maison d'arr&#234;t de Lyon-Corbas accusant explicitement les surveillants d'avoir tu&#233; le jeune Idir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que l'AP s'en prend ainsi &#224; ce collectif anticarc&#233;ral particuli&#232;rement actif (et tr&#232;s pr&#233;sent aupr&#232;s des familles), mais leur derni&#232;re offensive judiciaire remontait &#224; 2005. &#192; cette heure, rien d'officiel n'est encore parvenu aux membres de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; ou &#224; leur avocat : difficile donc de savoir s'il s'agissait de simples menaces, ou si le minist&#232;re de la Justice ira jusqu'&#224; un proc&#232;s qui mettrait forc&#233;ment en lumi&#232;re un certain nombre de r&#233;alit&#233;s de la vie en prison qu'il cherche &#224; occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de cette plainte s'est, en revanche, accompagn&#233;e de la censure bien r&#233;elle du num&#233;ro incrimin&#233;, interdit de distribution dans l'ensemble des taules de France. L&#224; encore, ce n'est pas la premi&#232;re fois que &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; voit sa distribution aux d&#233;tenu.es emp&#234;ch&#233;e, mais cette censure &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent circonscrite &#224; tel ou tel &#233;tablissement. Cette fois, c'est une mesure g&#233;n&#233;rale in&#233;dite, ce qui a fait r&#233;agir plusieurs organisations de d&#233;fense des droits humains : cinq d'entre elles (comme l'Observatoire international des prisons ou la Ligue des droits de l'Homme), se sont jointes &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; pour signer une tribune commune : elles y d&#233;noncent &#171; &lt;i&gt;une nouvelle illustration de la chape de plomb que l'Administration p&#233;nitentiaire met sur un ph&#233;nom&#232;ne qui devrait au contraire alerter et inqui&#233;ter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 53 de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; para&#238;tra ce mois-ci et devrait, en th&#233;orie, pouvoir &#234;tre &#224; nouveau distribu&#233; aux d&#233;tenu.es. Pour passer information et message de solidarit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des prisons, reste aussi l'&#233;mission de radio du collectif, diffus&#233;e chaque vendredi &#224; 19 h sur Fr&#233;quence Paris plurielle et reprise par de nombreuses autres stations locales. L'AP n'a pas encore trouv&#233; le moyen de bloquer les ondes FM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;e, l'Administration p&#233;nitentiaire n'a pas donn&#233; suite &#224; nos sollicitations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif anticarc&#233;ral auquel &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; avait &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Face-au-Covid-19-en-prison&#034;&gt;ouvert ses colonnes&lt;/a&gt; dans son n&#176;186 (avril 2020). Plus d'informations sur leurs activit&#233;s sur lenvolee.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les violences carc&#233;rales et l'impunit&#233; qui les entoure, (re)lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Quand-les-matons-bastonnent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quand les matons bastonnent &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 177 (juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Hasard de l'actualit&#233; et fait exceptionnel, le 20 avril, cinq surveillants du centre de d&#233;tention de Val-de-Reuil (Eure) ont &#233;t&#233; condamn&#233;s en appel &#224; des peines de prison ferme suite au tabassage d'un d&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; (octobre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Killing Queer Hero</title>
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		<dc:date>2019-08-11T12:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Julien Tewfiq</dc:creator>


		<dc:subject>Previously dans Ciquiou&#232;fdy</dc:subject>
		<dc:subject>Junie Briffaz</dc:subject>
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		<dc:subject>tueuse</dc:subject>

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&lt;p&gt;Previously dans Ciquiou&#233;fdi : Au risque de d&#233;plaire aux lecteurs r&#233;tifs &#224; ces &#339;uvres fictionnelles, nous continuons la visite des s&#233;ries anglaises. Apr&#232;s l'espionnage &#224; Londres &#8230;, cap au Nord, Manchester et sa campagne, pour Hit and miss, un polar qui donnerait des boutons &#224; la Manif pour tous (MPT). Pr&#233;-g&#233;n&#233;rique Nuit. Parking glauque, d&#233;sert, silencieux. Un type se dirige vers sa caisse. Quelqu'un l'attend. Capuche et veste noires. Flingue et silencieux. Poum et poum. Le tueur &#224; gages (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Previously dans Ciquiou&#233;fdi &lt;/i&gt; : Au risque de d&#233;plaire aux lecteurs r&#233;tifs &#224; ces &#339;uvres fictionnelles, nous continuons la visite des s&#233;ries anglaises. Apr&#232;s l'espionnage &#224; Londres&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;The Honourable Woman, in CQFD n&#176;151.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&#8230;, cap au Nord, Manchester et sa campagne, pour &lt;i&gt;Hit and miss&lt;/i&gt;, un polar qui donnerait des boutons &#224; la Manif pour tous (MPT).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3021 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L419xH400/-1257-e5387.jpg?1782639932' width='419' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Junie Briffaz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;-g&#233;n&#233;rique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit. Parking glauque, d&#233;sert, silencieux. Un type se dirige vers sa caisse. Quelqu'un l'attend. Capuche et veste noires. Flingue et silencieux. Poum et poum. Le tueur &#224; gages retourne dans sa voiture&#8230; et se passe du rouge sur les l&#232;vres. Chez elle, apr&#232;s une s&#233;ance de sport, elle va prendre une douche. L'assassin est une femme trans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;n&#233;rique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hit and miss&lt;/i&gt;, mini-s&#233;rie (une saison, 6 &#233;pisodes de 40 minutes) cr&#233;&#233;e par Paul Abbott pour Sky Atlantic. Premi&#232;re diffusion : mai 2012. Avec Chlo&#235; Sevigny, Jonas Armstrong, Karla Crome, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;pisode&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mia travaille comme tueuse &#224; gages pour un mafieux de Manchester afin de payer son op&#233;ration qui pourra la rendre pleinement femme. En attendant, elle &#233;conomise, ne voit personne, ne s'occupe que d'elle. C'est alors que sa vie d'avant, du temps o&#249; elle essayait d'&#234;tre un homme h&#233;t&#233;rosexuel, la rattrape : une ex-girlfriend, mourante, apprend &#224; Mia qu'elle a &#233;t&#233; le g&#233;niteur d'un gamin de 11 ans. Et les choses vont se compliquer davantage lorsqu'elle se voit confier la garde des quatre enfants de cet amour lointain et passager. Entre Manchester, grise, urbaine, solitaire et la campagne du Yorkshire, ses landes, la ferme avec les quatre gosses (de 6, 11, 15 et 17 ans), c'est une nouvelle famille qui rena&#238;t loin du mod&#232;le &#171; un papa, une maman &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, &#224; l'heure o&#249; les suppos&#233;s champions de la prochaine pr&#233;sidentielle fran&#231;aise redoublent d'&#339;uillades appuy&#233;es aux cathos int&#233;gristes et aux dingos de la MPT qui auraient &#233;t&#233; &#171; humili&#233;s par Hollande &#187; (dixit Macron), &lt;i&gt;Hit and miss&lt;/i&gt; est un bon coup de botte &#224; talon dans les parties de ces r&#233;acs. Car c'est bien une &#171; famille &#187; qui est au centre de l'intrigue. Une famille qui se compose et se recompose, non pas en fonction des carcans traditionnels et g&#233;n&#233;tiques, mais en fonction des aspirations, des amours et des f&#234;lures de ses membres&#8230; qui sont tous, peu ou prou, celles et ceux qui sont quotidiennement maltrait&#233;s et r&#233;ellement humili&#233;s par la soci&#233;t&#233; patriarcale et normative : femme, trans, gamins en marge, jeunes isol&#233;s, marginaux, handicap&#233;(e)s, &#233;pouses battues ou fille m&#232;re&#8230; En face, les parents de Mia - la famille patriarcale &#171; normale &#187; - n'est g&#233;n&#233;ratrice que de violence et d'exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines critiques ont point&#233; du doigt le paradoxe que ce soit une actrice &#171; cis &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Est &#171; cis &#187; une personne dont le corps est en ad&#233;quation avec son genre. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Chlo&#235; Sevigny, qui interpr&#232;te un r&#244;le de trans alors que les actrices trans manquent cruellement de (beaux) r&#244;les&#8230; Il n'emp&#234;che que la prestation de l'actrice am&#233;ricaine est pour le coup tout &#224; fait remarquable. Tour &#224; tour femme fatale, tueuse de sang froid ou en panique, elle cr&#232;ve l'&#233;cran. Le c&#339;ur de l'histoire ne tourne pas autour du changement de sexe de Mia mais du changement de perspective de son existence : d'un c&#244;t&#233;, l'implacable tueuse trans, passablement &#233;go&#239;ste et r&#233;serv&#233;, de l'autre, la femme charg&#233;e de famille, en lutte contre l'omnipr&#233;sente violence des dominants : les hommes riches et puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnages, r&#233;jouissants, ne m&#226;chent pas leurs mots, avec des accents du nord de l'Angleterre ouvri&#232;re. Par exemple, Riley, la fille a&#238;n&#233;e, interpr&#233;t&#233;e par la jeune Karla Crome, v&#233;ritable alter-ego de Mia : l'opposition initiale, &#171; vraie &#187; femme et m&#232;re potentielle versus &#171; fausse &#187; femme et p&#232;re &#171; v&#233;ritable &#187;, se mue peu &#224; peu en une relation de solidarit&#233;, de sororit&#233; m&#234;me, de femmes en but &#224; la violence des hommes. Car, si c'est Mia la tueuse, la violence, le sexisme et la transphobie viennent le plus souvent des mecs&#8230; Dans la s&#233;rie comme dans la vie. Et les femmes ne peuvent et ne doivent compter que sur elles-m&#234;mes. Cette &#171; petite s&#233;rie &#187; (4 heures en tout et pour tout) tr&#232;s attachante, accompagn&#233;e d'une excellente bande son, est aussi une &#339;uvre politique. Sans se faire donneuse de le&#231;on, d'ailleurs ! Il n'y a aucune morale finale autre que &#171; la lutte continue &#187;. Et elle continuera encore le mois prochain, avec une autre s&#233;rie, d'autres femmes et d'autres paysages loin, tr&#232;s loin de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Tewfiq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;The Honourable Woman, in &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;151.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Est &#171; cis &#187; une personne dont le corps est en ad&#233;quation avec son genre. C'est-&#224;-dire, grosso-modo, &#171; non-trans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>F&#233;minisme alg&#233;rien : &#171; Il faut s'organiser tout de suite &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Feminisme-algerien-Il-faut-s</link>
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		<dc:date>2019-07-23T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>Wissem Zizi</dc:subject>
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&lt;p&gt;La r&#233;volution d'abord, l'&#233;mancipation f&#233;minine ensuite ? Dans les cort&#232;ges qui continuent de secouer l'Alg&#233;rie, bien des femmes refusent cet ordre de priorit&#233;. Entretien avec Wissem Zizi, jeune militante en Kabylie. Le 8 mars dernier, au troisi&#232;me acte du soul&#232;vement alg&#233;rien, Wissem et ses camarades avaient d&#233;ploy&#233; une grande banderole : &#171; Abrogation du code de la famille &#187;. Un message applaudi par certain&#183;es, mais pas forc&#233;ment compris par tout le monde. &#171; On a encore du travail &#187;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Wissem-Zizi" rel="tag"&gt;Wissem Zizi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Wissem" rel="tag"&gt;Wissem&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;volution d'abord, l'&#233;mancipation f&#233;minine ensuite ? Dans les cort&#232;ges qui continuent de secouer l'Alg&#233;rie, bien des femmes refusent cet ordre de priorit&#233;. Entretien avec Wissem Zizi, jeune militante en Kabylie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3013 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1249-dee34.jpg?1782752464' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Margaux Wartelle
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 8 mars dernier, au troisi&#232;me acte du soul&#232;vement alg&#233;rien, Wissem et ses camarades avaient d&#233;ploy&#233; une grande banderole : &#171; &lt;i&gt;Abrogation du code de la famille&lt;/i&gt; &#187;. Un message applaudi par certain&#183;es, mais pas forc&#233;ment compris par tout le monde. &#171; &lt;i&gt;On a encore du travail&lt;/i&gt; &#187;, soupirait la fondatrice du Collectif libre et ind&#233;pendant des femmes de B&#233;ja&#239;a, en petite Kabylie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 25 ans, Wissem Zizi milite au PST (Parti socialiste des travailleurs, organisation trotskyste) tout en participant au collectif des Femmes d'Aokas, le village de ses parents situ&#233; &#224; 30 km. Trois mois apr&#232;s notre premi&#232;re rencontre&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notre dossier &#171; Printemps alg&#233;rien &#187;, CQFD n&#176; 175 (avril 2019).&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, elle nous a donn&#233;, par t&#233;l&#233;phone, des nouvelles du mouvement f&#233;ministe alg&#233;rien. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu viens de prendre part &#224; deux journ&#233;es de rencontres nationales organis&#233;es par des collectifs de femmes. Qu'en ressort-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le rassemblement s'est tenu &#224; la fronti&#232;re de la wilaya de B&#233;ja&#239;a. Il y avait dix-sept collectifs venus de tout le pays, dont une majorit&#233; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e apr&#232;s le 8 mars 2019. Il y avait bien s&#251;r des femmes d'Alger, d'Oran et de Constantine. De nouveaux collectifs du Sud (Ouargla, Gharda&#239;a, Tamanrasset) devaient venir, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; possible pour des questions logistiques. C'est dommage car les femmes du Sud sont longtemps rest&#233;es invisibles et ces collectifs incarnent un vrai changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e &#233;tait surtout de se rencontrer, tisser des liens. On a essay&#233; d'identifier nos points d'accords. C'&#233;tait compliqu&#233; car c'est un peu une grande ratatouille : il y a des femmes de droite, de gauche, diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations, des femmes qui militent en France, des collectifs LGBT qui travaillent dans la clandestinit&#233;... Quand on dit qu'on veut une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, il faut se mettre d'accord. Certaines ne dissocient pas la religion de l'&#201;tat par exemple, et toutes n'&#233;voquent pas la pr&#233;carit&#233; des femmes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi avez-vous abouti ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette fois-ci, les militantes de gauche ont un peu gagn&#233; ! &lt;i&gt;(Rires)&lt;/i&gt; Nous sommes parvenues &#224; &#233;crire une d&#233;claration commune qui servira de base &#224; un futur manifeste. Les dix-sept collectifs ont sign&#233;, et trois vont nous rejoindre. La lutte contre le travail pr&#233;caire et l'abrogation du code de la famille sont inscrits dans cette d&#233;claration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment per&#231;ois-tu l'&#233;volution du mouvement de contestation alg&#233;rien sur la question du droit des femmes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s le 22 f&#233;vrier, des femmes sont sorties dans la rue. Depuis le 8 mars, il y a des revendications plus sp&#233;cifiquement f&#233;ministes. Chaque vendredi &#224; Alger, des femmes organisent leur propre carr&#233; au sein de la manifestation, avec leurs propres mots d'ordre. Elles ont d'ailleurs &#233;t&#233; agress&#233;es&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Vague d'indignation apr&#232;s l'agression du &#8220;carr&#233; f&#233;ministe&#8221; ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#192; la t&#233;l&#233;vision, certains disent que le f&#233;minisme n'a jamais exist&#233; en Alg&#233;rie, que ces femmes sont manipul&#233;es de l'ext&#233;rieur, qu'elles veulent rompre avec les traditions. Comme si les f&#233;ministes n'&#233;taient pas vraiment des Alg&#233;riennes ! Il y a m&#234;me eu des appels au viol. Heureusement, &#231;a s'est calm&#233;. Notamment parce que tous les collectifs se sont unis contre ces violences. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les partis politiques s'emparent-ils de ces questions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains se les approprient, mais pas forc&#233;ment de la bonne mani&#232;re. Par exemple, un nouveau collectif s'est cr&#233;&#233; : &#8220;La soci&#233;t&#233; civile&#8221;. S'y retrouvent notamment quelques personnes du FFS (Front des forces socialistes), l'association RAJ (Rassemblement actions jeunesse), mais aussi des islamistes. Des gens tr&#232;s diff&#233;rents, qui peuvent commencer une r&#233;union par une pri&#232;re, puis refuser de faire une minute de silence pour Kamel Eddine Fekhar, militant mort d'une gr&#232;ve de la faim&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Militant des droits humains et d&#233;fenseur de la cause mozabite (minorit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, alors m&#234;me que le RAJ avait fait un rassemblement pour lui rendre hommage. Sur la question des femmes, ils disent oui &#224; l'&#233;galit&#233; mais avec toutes leurs contradictions internes, je ne vois pas bien de quoi il est question. Il n'y a rien de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, parmi les partis qui se disent d&#233;mocrates, tous appellent &#224; une r&#233;volution dans un premier temps, en consid&#233;rant que c'est seulement apr&#232;s que se posera la question de l'&#233;galit&#233; hommes-femmes. Nous on dit : &#8220;&lt;i&gt;Il faut s'organiser tout de suite !&lt;/i&gt;&#8221; Maintenant que les &#233;lections sont annul&#233;es, s'il y a une Conf&#233;rence nationale ou une Assembl&#233;e constituante&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but juin, faute de candidats, le Conseil constitutionnel a annul&#233; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, on veut que les femmes affirment leurs probl&#233;matiques, et surtout qu'elles soient repr&#233;sent&#233;es. Et pas par des hommes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel sens donnes-tu &#224; ton combat f&#233;ministe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on parle de soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, il faut savoir de quoi on parle. Dans la loi, on a l'&#233;galit&#233; des salaires, mais les postes principaux sont occup&#233;s par des hommes. Ici, le droit &#224; l'avortement n'existe pas, et le simple fait d'en parler nous expose &#224; la prison. Apr&#232;s, bien s&#251;r, il y a la question de la position de la femme dans un syst&#232;me capitaliste : elle subit la pr&#233;carit&#233;, la discrimination dans le travail domestique, qui est non r&#233;mun&#233;r&#233;. J'ai un point de vue marxiste, bien loin de positions plus bourgeoises qui existent ici aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le d&#233;bat sur l'h&#233;ritage : je suis &#233;videmment pour une plus grande &#233;galit&#233; entre hommes et femmes, mais ce n'est pas une fin en soi &#8211; l'h&#233;ritage concerne assez peu de personnes en Alg&#233;rie. Pour la question du code de la famille ou des violences, il faut changer les lois, mais aussi les mentalit&#233;s. Certains collectifs ne font aucun travail avec les femmes des milieux populaires. Ici, on fait des ateliers dans des villages, on parle du travail domestique, on &#233;voque la question des cr&#232;ches dans les usines ou dans les entreprises &#233;tatiques &#8211; pour l'instant, la seule qui a une cr&#232;che, c'est Sonatrach, les hydrocarbures. Et les cr&#232;ches priv&#233;es sont tr&#232;s ch&#232;res : 70 % du salaire de la femme peut y passer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au sein des collectifs dont tu fais partie, les diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations trouvent-elles un terrain d'entente ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas un conflit entre g&#233;n&#233;rations mais il est vrai que la nouvelle accuse l'ancienne de ne pas vouloir passer le flambeau. Ce qui n'est pas compl&#232;tement faux. Cela dit, il est important de regarder le chemin parcouru : le mouvement des ann&#233;es 1970, o&#249; des femmes ont cr&#233;&#233; un cin&#233;-club clandestin &#224; Alger, puis celui des ann&#233;es 1980, qui a remis en question le code de la famille, ont &#233;t&#233; tr&#232;s importants. Dans les ann&#233;es 1990, pendant la d&#233;cennie noire, beaucoup de militantes ont &#233;t&#233; assassin&#233;es ou ont d&#251; fuir. Puis, en 2001, il y a eu aussi le mouvement berb&#232;re. Sans oublier, bien s&#251;r, l'engagement pendant la r&#233;volution pour l'ind&#233;pendance. Il y a eu des acquis. Une militante plus &#226;g&#233;e m'a un jour dit que le fait qu'on ose parler aujourd'hui des violences, du harc&#232;lement, c'&#233;tait d&#233;j&#224; quelque chose d'&#233;norme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le code de la famille&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;I&lt;/petitelettrine&gt;nstaur&#233; en 1984, le code de la famille est intens&#233;ment critiqu&#233; par de nombreuses associations f&#233;ministes alg&#233;riennes. Surnomm&#233; &#171; code de l'infamie &#187;, il maintient la femme dans une position de mineure &#224; vie, passant de la tutelle du p&#232;re &#224; celle du mari. En 2005, une r&#233;forme a permis quelques am&#233;nagements : la polygamie est soumise au &#171; consentement pr&#233;alable &#187; de la premi&#232;re &#233;pouse, le mariage par procuration (qui permettait des mariages forc&#233;s) a &#233;t&#233; aboli et la femme peut d&#233;sormais rester dans le logement familial avec les enfants en cas de s&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notre dossier &#171; Printemps alg&#233;rien &#187;, &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no175' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 175&lt;/a&gt; (avril 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.elwatan.com/edition/actualite/vague-dindignation-apres-lagression-du-carre-feministe-ce-vendredi-la-democratie-se-fera-avec-les-femmes-ou-ne-se-fera-pas-31-03-2019&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vague d'indignation apr&#232;s l'agression du &#8220;carr&#233; f&#233;ministe&#8221; ce vendredi : &#8220;La d&#233;mocratie se fera avec les femmes ou ne se fera pas !&lt;/a&gt;&#8221; &#187;, &lt;i&gt;El Watan &lt;/i&gt;(31/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Militant des droits humains et d&#233;fenseur de la cause mozabite (minorit&#233; berb&#233;rophone), il avait d&#233;j&#224; purg&#233;, de 2015 &#224; 2017, une peine de deux ans de prison, notamment pour &#187; &lt;i&gt;atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt; et &#187; &lt;i&gt;trouble &#224; l'ordre public&lt;/i&gt; &#187;. Le 31 mars dernier, il &#233;tait incarc&#233;r&#233; pour &#171; &lt;i&gt;atteinte aux institutions&lt;/i&gt; &#187;. Amnesty International avait jug&#233; son emprisonnement &#171; &lt;i&gt;arbitraire et ill&#233;gal &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but juin, faute de candidats, le Conseil constitutionnel a annul&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles, pr&#233;vues le 4 juillet suite &#224; la d&#233;mission de Bouteflika. Le mandat du pr&#233;sident par int&#233;rim a &#233;t&#233; prolong&#233; pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Une conf&#233;rence nationale pour une sortie de crise &#187;&lt;/i&gt; a eu lieu en juin, organis&#233;e par associations et syndicats. Ils pr&#233;conisent, entre autres, une p&#233;riode de transition, une commission ind&#233;pendante pour diriger les &#233;lections et un &#171; dialogue national &#187; avec les acteurs politiques, qui devrait se finir par une &#171; conf&#233;rence nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Revenir &#224; Noailles</title>
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		<dc:date>2019-06-05T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Dominique Carpentier</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Biscarrat</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite. Mars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Biscarrat" rel="tag"&gt;Caroline Biscarrat&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-immeuble" rel="tag"&gt;l'immeuble&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/-1183-cdc3d.jpg?1782962110' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dans l'immeuble en question. Noailles, Marseille, 2019. Photo Caroline Biscarrat
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin de janvier, pompiers, policiers, experts, membres du syndic, agents municipaux ainsi qu'une poign&#233;e de propri&#233;taires nous ont donn&#233; une heure pour ramasser nos effets personnels et quitter l'immeuble &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une panique savamment orchestr&#233;e, nous nous croisions dans les escaliers mena&#231;ants. Les minibus du Samu social nous attendaient pour nous conduire dans diff&#233;rents h&#244;tels. Nous enfournions sacs mal ficel&#233;s, cabas et valises dans les coffres. Le fils de ma voisine du dessus, autiste, avait perdu de vue sa m&#232;re. Il se pr&#233;cipita dans le v&#233;hicule o&#249; j'avais pris place. Il s'accrochait &#224; moi en hurlant. J'&#233;tais son seul rep&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vie suspendue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux mois se sont &#233;coul&#233;s et je retrouve l'immeuble dans lequel j'ai v&#233;cu durant quinze ans, qu'une poign&#233;e d'ouvriers sont charg&#233;s de remettre en &#233;tat. Les gravats des plafonds d&#233;fonc&#233;s se sont r&#233;pandus sur les meubles. Le plus choquant, c'est cette impression que tout s'est arr&#234;t&#233;, fig&#233; par cet exil forc&#233;. Certains ont fui sans m&#234;me avoir eu le temps de faire la vaisselle. Il y a plein d'objets du quotidien, des traces d'une vie soudain suspendue. Et pourtant avant cette glaciation d&#233;cid&#233;e par arr&#234;t&#233; municipal, les lumi&#232;res faisaient de ce lieu une sorte de foisonnement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier &#233;tage, une femme originaire du Cap-Vert vivait seule avec son fils handicap&#233;. Mais il y avait toujours du monde chez elle. Maria me h&#233;lait pour l'aider &#224; remplir des papiers auxquels elle ne comprenait rien. En &#233;change, elle m'offrait un verre de ce rhum arrang&#233; qui me fracassait la t&#234;te d&#232;s dix heures du matin. Elle m'invitait souvent &#224; des f&#234;tes o&#249; je me retrouvais le seul Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de chez elle, une succession de locataires a d&#233;fil&#233;. Il y eut d'abord cette famille mouride, une confr&#233;rie musulmane du S&#233;n&#233;gal, tr&#232;s ax&#233;e sur le commerce et qui ach&#232;te &#224; vil prix des gadgets en Italie, qu'elle revend &#224; la sauvette. Et puis, venues du Portugal, des ni&#232;ces de Maria prirent leur place, jusqu'&#224; cette famille qui donna au lieu des allures de bonbonni&#232;re. Elle n'&#233;chappa pas &#224; l'expulsion ni au marteau piqueur, qui martyrisera la d&#233;coration joyeuse qui faisait &#233;clater les couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchands de pain et de sommeil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au deuxi&#232;me &#233;tage, les familles qui se sont succ&#233;d&#233; &#233;taient toutes originaires du Maghreb. Le moment du ramadan &#233;tait une f&#234;te. En &#233;change de quelques services, d'&#233;changes et d'informations, la porte &#233;tait toujours ouverte et la table garnie. Dora, une petite fille aux yeux p&#233;tillants, ses deux fr&#232;res et sa maman furent les derniers occupants de cet appartement dont le propri&#233;taire poss&#233;dait des dizaines de taudis dans le quartier. Le boulanger ! Outre le fait que son pain est infect, il m&#232;ne son personnel &#224; la baguette (d&#233;formation professionnelle ?). Surtout, il devient facilement mena&#231;ant quand ses locataires rechignent &#224; payer leur loyer &#8211; &lt;i&gt;sous pr&#233;texte&lt;/i&gt; d'une fuite d'eau, d'un plancher qui s'effondre, d'un plafond dont les plaques de pl&#226;tre viennent s'&#233;craser sur le mobilier, de moisissures sur les murs ou encore du saturnisme dont souffre le petit dernier, en raison des peintures au plomb jamais remplac&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le palier d'en face, une famille de trois g&#233;n&#233;rations, compos&#233;e de six personnes, occupait un espace minuscule. Le p&#232;re quittait le domicile t&#244;t le matin. Je ne le rencontrais qu'occasionnellement, mais depuis l'effondrement du 5 novembre, il &#233;tait inquiet. &#171; &lt;i&gt;S'ils ne font rien, nous subirons bient&#244;t le m&#234;me sort. Je travaille dans le b&#226;timent et je ne suis pas tranquille dans cet immeuble. &lt;/i&gt; &#187; D&#233;sormais un immense poste de t&#233;l&#233;vision tr&#244;ne esseul&#233; dans ce qui fut &#224; la fois le salon, la salle &#224; manger et une chambre am&#233;nag&#233;e. Quelques sacs &#233;normes reposent &#224; m&#234;me le plancher : ce qu'on n'a pas pu r&#233;cup&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me &#233;tage, Setti &#233;tait l'historique de l'immeuble. Elle habitait ici depuis plus d'un quart de si&#232;cle. Elle a vu les locataires se succ&#233;der, les fuites d'eau lui pourrir la vie, l'habitat se d&#233;grader... Volontaire, elle n'a jamais cess&#233; de r&#233;clamer ses droits aupr&#232;s des autorit&#233;s, rest&#233;es sourdes malgr&#233; ses nombreuses relances. Lorsqu'elle s'absentait pour l'Alg&#233;rie, je lui rendais de menus services. &#192; son retour, elle me faisait toujours des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'appartement de l'autre c&#244;t&#233; de mon palier, il y eut toujours une sorte de myst&#232;re. Il appartenait au pizzaiolo officiant au rez-de-chauss&#233;e. Si le pain du boulanger &#233;tait particuli&#232;rement mauvais, les pizzas de son voisin lui faisaient concurrence. La p&#226;te &#233;tait molle et la garniture sortait d'&#233;normes bo&#238;tes de conserve peu rago&#251;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a jamais vraiment eu de locataire fixe. Plut&#244;t un d&#233;fil&#233; d'hommes c&#233;libataires, souvent jeunes, qui n'occupaient les lieux que quelques nuits. Il en fut ainsi d'un colosse blond que je pris pour un travailleur d&#233;tach&#233; venu des pays de l'Est. On se saluait sans autre forme de politesse. Un soir un &#233;norme vacarme se produisit. L'homme martelait la porte de grands coups de pieds. Le mur de la cage d'escalier tremblait. La porte ne c&#233;da pas, mais son chambranle vola en &#233;clat. Les briques et le pl&#226;tre form&#232;rent un trou b&#233;ant. Le g&#233;ant p&#233;n&#233;tra dans ce qui fut un moment son refuge. &#171; &lt;i&gt;Ce salaud m'a confisqu&#233; la cl&#233; et j'ai toutes mes affaires &#224; l'int&#233;rieur ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne revis jamais cet homme, pas plus qu'aucun autre locataire. Mais &#224; partir de cet incident, le pizzaiolo entreprit des travaux qui fragilis&#232;rent un peu plus &#224; la fois mon appartement &#8211; mitoyen &#8211; et celui de Setti, situ&#233; juste en dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;g&#226;ts &#224; tous les &#233;tages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me et dernier &#233;tage est sans doute celui qui fourmille le plus d'anecdotes. Au moment de mon installation, il &#233;tait occup&#233; par une famille comorienne. Le p&#232;re travaillait dans la cuisine d'un restaurant touristique du Vieux-Port. Ses conditions de travail &#233;taient indignes, ses heures &#233;lastiques et son salaire d&#233;risoire. La m&#232;re restait souvent seule &#224; la maison pour s'occuper des quatre enfants en bas &#226;ge. Seul l'a&#238;n&#233;, Issac, &#233;tait scolaris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un midi, je croisai Issac qui pleurait dans les escaliers. Sa maman avait oubli&#233; d'aller le chercher &#224; l'&#233;cole. Petit bout d'&#224; peine plus de six ans, il ne savait pas quoi faire ni o&#249; aller alors que l'&#233;cole ne reprenait qu'&#224; 13 h 30. Issac, mon fils L&#233;o et moi avons partag&#233; le repas. Les larmes avaient s&#233;ch&#233; et une grande complicit&#233; &#233;tait n&#233;e entre nous. C'est donc avec une sorte de d&#233;chirement que j'assistai &#224; leur d&#233;m&#233;nagement dans un appartement plus grand &#224; un saut de puce de l&#224;, rue du Mus&#233;e. On se revoit de loin en loin. Issac est devenu un grand jeune homme au sourire toujours charmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille s&#233;n&#233;galaise s'installa &#224; leur place. Il n'y avait pas de p&#232;re. Juste une femme et ses deux filles. Je croisais souvent cette voisine pour remplir des constats &#8211; les inondations du plafond de ma cuisine se faisant r&#233;currentes au point que mon assurance se lassa de devoir payer les d&#233;g&#226;ts des eaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles partirent &#224; la fin de 2016, rapidement remplac&#233;es par une autre famille venue d'Alg&#233;rie. En janvier 2017, j'entendis les cris de la m&#232;re au-dessus de ma t&#234;te. Son fils, autiste, venait de traverser le plancher de la cuisine. On appela les pompiers qui assur&#232;rent le relogement de la famille, le temps que le propri&#233;taire fasse les r&#233;parations. Ce fut le d&#233;but de notre longue descente aux enfers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai 2018, un premier arr&#234;t&#233; constatant l'insalubrit&#233; de l'immeuble fut pris par la mairie, mettant en demeure le syndic de proc&#233;der &#224; des travaux dans les parties communes dans un d&#233;lai de deux mois. Il resta sans r&#233;ponse jusqu'au drame de la rue d'Aubagne, le 5 novembre. On assista alors au d&#233;fil&#233; des sp&#233;cialistes, et m&#234;me du syndic sur lequel on put enfin mettre un visage. Le 27 d&#233;cembre, un message des pompiers m'intimait l'ordre d'ouvrir mon logement. En voyage, loin de Marseille, je ne r&#233;pondis pas &#224; cette injonction... Ce fut le dernier message avant notre &#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dominique Carpentier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La police tue, la justice tra&#238;ne : Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, jour de manifestation contre le logement indigne &#224; Marseille, Zineb Redouane s'est &#233;teinte le lendemain &#224; l'h&#244;pital. Sa fille Milfet se bat pour que justice soit faite et que cesse l'ind&#233;cent d&#233;ni politique autour des causes de sa mort.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Urbanisme et catastrophe : &#224; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la va-vite depuis le 5 novembre 2018. Leur prise en charge s'est ensuite souvent r&#233;v&#233;l&#233;e d&#233;faillante [&lt;i&gt;NDLR&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violences polici&#232;res : Ali Ziri, mort d'un chibani</title>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<dc:subject>Cour europ&#233;enne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri a eu le malheur de revenir de Kabylie en France pour faire quelques achats avant le mariage de son fils... Mais le 9 juin 2009, &#224; Argenteuil (Val-d'Oise), il joue aux dominos et boit plus que de raison avec un ami. La suite : un contr&#244;le routier, le commissariat, puis la mort. Le d&#233;c&#232;s survient 48 heures apr&#232;s. La police voudrait vite renvoyer le corps au bled apr&#232;s une expertise m&#233;dicale bidonn&#233;e qui diagnostique une hypertrophie cardiaque. &#171; Une sorte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no153-avril-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;153 (avril 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri a eu le malheur de revenir de Kabylie en France pour faire quelques achats avant le mariage de son fils...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais le 9 juin 2009, &#224; Argenteuil (Val-d'Oise), il joue aux dominos et boit plus que de raison avec un ami. La suite : un contr&#244;le routier, le commissariat, puis la mort. Le d&#233;c&#232;s survient 48 heures apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police voudrait vite renvoyer le corps au bled apr&#232;s une expertise m&#233;dicale bidonn&#233;e qui diagnostique une hypertrophie cardiaque. &#171; &lt;i&gt;Une sorte de mort subite&lt;/i&gt;, explique Omar Slaouti. &lt;i&gt;Sauf que les expertises qui vont suivre &#8211; car le corps ne part pas, la famille refuse, comme dans le cas d'Adama Traor&#233; &#8211; vont prouver que la technique d'immobilisation par &#8220;pliage&#8221; pratiqu&#233;e par les flics est en cause, sans oublier la pr&#233;sence de 27 h&#233;matomes, dont un de 17 cm de long.&lt;/i&gt; &#187; La famille porte plainte, mais le juge d'instruction refuse la reconstitution, ne visionne pas les images vid&#233;o, n'auditionne ni les flics, ni les t&#233;moins&#8230; &#171; &lt;i&gt;Quand on coupe le son et l'image&lt;/i&gt;, regrette Slaouti, &lt;i&gt;c'est clair, les flics ont raison et la famille a tort.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce drame casse en tout cas une certaine id&#233;e de la police confront&#233;e &#224; &#171; des jeunes &#224; casquette et dent qui brille &#187;. Car ici, c'est un monsieur de 69 ans, menott&#233; dans le dos, qui re&#231;oit des coups jusqu'&#224; en mourir. Son compagnon, Arezki Kerfali, 63 ans, invalide, a &#233;t&#233; lui aussi menott&#233; et tabass&#233;. Les policiers ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; porter plainte pour outrage et r&#233;bellion &#8211; aujourd'hui en France, on d&#233;nombre 15 000 d&#233;lits d'outrages par an. Arezki, traumatis&#233; par la mort de son ami, a &#233;t&#233; pour sa part poursuivi et condamn&#233;. Quant &#224; Ali, il &#233;tait, selon les agents, excit&#233; et insultant&#8230; &#171; On salit post-mortem les victimes pour l&#233;gitimer sa propre violence &#187;, s'insurge Slaouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier non-lieu est confirm&#233; en octobre 2012 par la cour d'appel de Versailles. &#171; &lt;i&gt;En f&#233;vrier 2014, la Cour de cassation a cass&#233; le non-lieu. L'affaire a &#233;t&#233; rejug&#233;e &#224; Rennes, mais le non-lieu est prononc&#233; &#224; nouveau en f&#233;vrier 2016. Depuis, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme a accept&#233; le dossier. Si le recours prosp&#232;re, ce ne sont pas les flics qui seront condamn&#233;s, mais l'&#201;tat fran&#231;ais.&lt;/i&gt; &#187; Ce ne serait pas la premi&#232;re condamnation de la France, notamment pour la technique d'immobilisation responsable de la mort de Hakim Ajimi, Lamine Dieng ou encore Adama Traor&#233;, mais sans que rien ne change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; quoi bon se battre ? &#171; &lt;i&gt;Mener la bataille juridique jusqu'au bout, c'est &#224; la fois une sorte de chemin de dignit&#233; pour les familles et c'est faire la d&#233;monstration publique que la justice ne va pas au bout pour les n&#244;tres&lt;/i&gt;, conclut Omar Slaouti. &lt;i&gt;Quand je dis cela, j'inclus R&#233;mi Fraisse, les sans-papiers, les Rroms&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;B. L. D.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La France finalement condamn&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En juin 2018, quatorze mois apr&#232;s la parution de cet article sur papier, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH) a condamn&#233; l'&#201;tat fran&#231;ais pour &#171; n&#233;gligence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juges n'ont pas remis en cause l'utilisation de la technique du &#171; pliage &#187; lors de l'arrestation d'Ali Ziri, mais ils ont consid&#233;r&#233; que les forces de l'ordre avaient ensuite tard&#233; &#224; lui porter secours : &#171; &lt;i&gt;La situation de M. Ziri au commissariat d'Argenteuil a &#233;t&#233; trait&#233;e avec n&#233;gligence par les autorit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, a estim&#233; la CEDH, retenant que &#171; &lt;i&gt;les autorit&#233;s n'ont pas fait ce que l'on pouvait raisonnablement attendre d'elles pour pr&#233;venir le risque de d&#233;c&#232;s auquel il &#233;tait expos&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;C. R.&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;(Mise &#224; jour de d&#233;cembre 2018)&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La fabrique de la casse</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-fabrique-de-la-casse</link>
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		<dc:date>2019-01-13T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;L'Aide sociale &#224; l'enfance (ASE) n'est pas une habitu&#233;e des projecteurs. Pourtant, certaines affaires en lien avec ce service de l'&#201;tat ont r&#233;cemment fait couler beaucoup d'encre. Du r&#233;cit de l'enfance chaotique des fr&#232;res Kouachi &#224; celui du musellement des &#233;ducateurs, les maux de l'ASE commencent &#224; faire du bruit. &#192; la rencontre de parents et de professionnels, petit tour d'horizon d'un syst&#232;me qui &#171; d&#233;conne &#224; plein tube &#187;. *** &#171; Julie* a &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; notre foyer par sept policiers et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Matthieu" rel="tag"&gt;Matthieu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'Aide sociale &#224; l'enfance (ASE) n'est pas une habitu&#233;e des projecteurs. Pourtant, certaines affaires en lien avec ce service de l'&#201;tat ont r&#233;cemment fait couler beaucoup
d'encre. Du r&#233;cit de l'enfance chaotique des fr&#232;res Kouachi &#224; celui du musellement
des &#233;ducateurs, les maux de l'ASE commencent &#224; faire du bruit. &#192; la rencontre de parents et de professionnels, petit tour d'horizon d'un syst&#232;me qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;conne &#224; plein tube&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;7&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/0.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH426/0-bde34.jpg?1783149255' width='500' height='426' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Kalem
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Julie* a &#233;t&#233; arrach&#233;e &#224; notre foyer par sept policiers&lt;/strong&gt; et deux professionnelles de l'Aide sociale &#224; l'enfance&lt;/i&gt; &#187;, confie H&#233;l&#232;ne, maman de trois enfants. Elle est aussi &#233;ducatrice sp&#233;cialis&#233;e. En juin 2015, elle vient de souffler ses 40 bougies quand elle apprend que sa fille de 14 ans fait l'objet d'une Ordonnance de placement provisoire. Ce jour-l&#224;, c'est par la force &#8211; et en pr&#233;sence de ses deux autres enfants &#8211; qu'on a retir&#233; &#224; H&#233;l&#232;ne la garde de sa fille. &#171; &lt;i&gt;Dans chaque situation, le premier postulat est la mise en accusation du parent. Quoi que tu fasses ce sera per&#231;u comme &#231;a, &#224; tort ou &#224; raison. De toute fa&#231;on, c'est extr&#234;mement violent &lt;/i&gt; &#187;, explique Matthieu, ancien &#233;ducateur de jeunes enfants qui a boss&#233; plusieurs ann&#233;es dans ce qu'il appelle les foyers &#171; 4-9 &#187; &#8211; des foyers qui accueillent des enfants plac&#233;s &#226;g&#233;s de 4 &#224; 9 ans. Il a aussi tra&#238;n&#233; ses savates dans les couloirs d'un centre maternel de Bretagne. Matthieu ne remet pas en cause la n&#233;cessit&#233; de la plupart des placements. Mais son constat est sans appel en ce qui concerne la prise en charge de ces situations d&#233;licates : l'ASE ? &#8211; &#171; &lt;i&gt;c'est un syst&#232;me qui d&#233;conne &#224; plein tube.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Suppl&#233;ance supplice&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusque dans les ann&#233;es 1980&lt;/strong&gt;, la mission des services de l'Aide sociale &#224; l'enfance &#233;tait sans &#233;quivoque : la protection d'un enfant en danger passait par l'&#233;loignement pur et simple de son milieu familial. En 1984, un tournant s'op&#232;re. Au terme de &#171; substitution &#187; parentale, on pr&#233;f&#233;rera dor&#233;navant celui de &#171; suppl&#233;ance &#187;. Un revirement juridique et s&#233;mantique cens&#233; rendre aux parents le r&#244;le qui leur revient. Deux d&#233;cennies plus tard, le l&#233;gislateur entend bien r&#233;affirmer ce principe. Les lois du 2 janvier 2002 et du 5 mars 2007 d&#233;finissent plus pr&#233;cis&#233;ment les droits des parents. &#192; savoir, le droit d'&#234;tre inform&#233;, d'&#234;tre consult&#233; et d'&#234;tre accompagn&#233;. C'est donc bien l'enfant et sa famille qui sont au c&#339;ur du dispositif. Bizarrement, la r&#233;alit&#233; ne l'entend pas de cette oreille et semble prendre quelques libert&#233;s vis-&#224;-vis de ce que la loi stipule. &#171; &lt;i&gt;En d&#233;pit de l'h&#233;bergement de Julie dans une famille d'accueil puis en foyer, j'aurais voulu continuer &#224; exercer un maximum de responsabilit&#233;s et de gestes du quotidien&lt;/i&gt;, t&#233;moigne H&#233;l&#232;ne. &lt;i&gt;J'aurais par exemple appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre sollicit&#233;e pour subvenir &#224; ses besoins. J'aurais aim&#233; entretenir le linge de ma fille, avoir l'autorisation de porter des affaires au foyer. J'aurais aussi appr&#233;ci&#233; d'&#234;tre avertie de son &#233;tat de sant&#233; ou de ses r&#233;sultats scolaires. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le cas d'H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt;, obtenir la moindre information a vite pris la tournure d'un v&#233;ritable parcours du combattant. Elle a finalement pu avoir acc&#232;s au bulletin scolaire de son enfant en sollicitant le juge. Mais elle n'a pas gagn&#233; toutes les batailles. Julie s'est vu prescrire des anxiolytiques sans que sa m&#232;re ne soit tenue au courant. Ce genre de situation, Matthieu les conna&#238;t par c&#339;ur. Pour l'ancien &#233;ducateur, les derni&#232;res lois sur la protection de l'enfance sont inop&#233;rantes. &#171; &lt;i&gt;On laisse le parent de c&#244;t&#233;. Il n'y a pas de dispositif concret de prise en charge. &#192; part le d&#233;responsabiliser et le culpabiliser, qu'est-ce qu'on fait ? Pas grand-chose. &lt;/i&gt; &#187; Une aide sociale &#224; l'enfance qui, au quotidien, est bien loin du triptyque consacr&#233; : information, consultation, accompagnement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carcan normatif&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plus de trente ans apr&#232;s la loi de 1984&lt;/strong&gt;, le foss&#233; se creuse encore entre l'institution et les usagers de l'ASE. Professionnels et parents se demandent aujourd'hui qui fournit la pelle. Christian a peut-&#234;tre une partie des r&#233;ponses. La soixantaine grisonnante, l'&#233;ducateur de rue a de la bouteille. Depuis 1974, il roule sa bosse au d&#233;tour des blocs qui forment les quartiers d'une petite ville des C&#244;tes-d'Armor. Christian tient &#224; le dire : &#171; &lt;i&gt;Je n'incrimine pas, j'interroge ! &lt;/i&gt; &#187; Ce qui n'emp&#234;che pas ses critiques de sentir aussi fort que l'essence d'un cocktail Molotov : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me, c'est qu'on nous apprend a &#234;tre d&#233;tenteur de v&#233;rit&#233;, &lt;/i&gt;affirme-t-il. &lt;i&gt;Malgr&#233; la loi, l'usager est toujours jug&#233;. On n'a toujours pas compris que tout le monde a droit &#224; l'erreur. Le principal probl&#232;me est donc qu'on est dans le jugement de valeur. On veut tellement que tout soit parfait qu'on se plante. &lt;/i&gt; &#187; Si la machine s'enraye, ce serait donc une question de positionnement moral. Le d&#233;litement du syst&#232;me serait d&#251; au poids que p&#232;se la sacro- sainte norme. D'apr&#232;s Christian, &#171; &lt;i&gt;on se trouve dans une soci&#233;t&#233; dans laquelle on doit avoir une posture. On n'a pas le droit d'&#234;tre &#224; la marge &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Matthieu aussi&lt;/strong&gt; en est certain. Il se rem&#233;more l'histoire d'un p&#232;re qui &#233;l&#232;ve seul ses trois enfants, dans une vieille maison perdue en rase campagne. Lui gal&#232;re un peu. Les enfants dorment dans la m&#234;me chambre. La propret&#233; des lieux laisse franchement &#224; d&#233;sirer. Une situation pr&#233;occupante, mais loin d'&#234;tre alarmante d'apr&#232;s l'assistante sociale qui suit la famille. Pour &#233;viter que les conditions de vie ne se d&#233;gradent, elle a dans l'id&#233;e de proposer un relogement. Un appartement plus grand, moins cher, plus facile &#224; entretenir aussi. Le p&#232;re accepte. Une fois la famille install&#233;e dans son nouveau logement, tout ne se passe pas exactement comme pr&#233;vu. La situation se d&#233;t&#233;riore &#224; vitesse grand V. Au bout de trois mois, les services sociaux n'ont plus d'autre alternative que d'ordonner un placement. Pour Matthieu, l'explication est simple : &#171; &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; a priori &lt;i&gt;bienveillants de l'institution ignorent compl&#232;tement les fonctionnements et les sch&#233;mas familiaux. On calque des m&#233;canismes sans chercher &#224; comprendre quelle est la dynamique et la coh&#233;sion de la famille. Tout explose parce qu'on n'a pas compris que le roman familial et ce qui s'est construit autour fait que chacun a une place dans ce syst&#232;me-l&#224;. Bref, on applique un sch&#233;ma normatif. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est aussi&lt;/strong&gt; ce qu'Emmanuelle pointe du doigt. Ses trois enfants ont &#233;t&#233; plac&#233;s en 2016 &#224; la suite de sept ann&#233;es de suivi social. &#171; &lt;i&gt;D'embl&#233;e je me suis sentie jug&#233;e et condamn&#233;e par les services sociaux&lt;/i&gt;, raconte-t-elle. &lt;i&gt;Pourtant, je m&#232;ne une vie tout &#224; fait conventionnelle ; je n'ose imaginer ce qu'ils doivent dire de ceux qui se d&#233;marquent d'une fa&#231;on ou d'une autre d'un &#233;pisode de &lt;/i&gt;Petit Ours brun&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Selon elle, l'ASE s'&#233;carte de sa mission en fabriquant et en imposant &#171; &lt;i&gt;une r&#233;alit&#233; convenue &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Victimes collat&#233;rales&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2745 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH554/-1002-41089.jpg?1782648028' width='400' height='554' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;154 de CQFD, illustr&#233;e par C&#233;cile K.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour les professionnels comme pour la plupart des parents&lt;/strong&gt;, le constat est le m&#234;me : les familles ne sont pas les seules &#224; se prendre des baffes. D'apr&#232;s Matthieu, les travailleurs sociaux sont eux aussi les cibles de cette violence qu'il qualifie d'&#171; intra-institutionnelle &#187;. Une violence qui va &#224; l'encontre, non plus des usagers, mais des professionnels. Pour l'ancien &#233;ducateur, &#171; &lt;i&gt;elle existe &#224; tout point de vue. Elle s'exprime par exemple par l'injonction &#224; &#233;tablir des projets, de marquer dans le temps un accompagnement et de le justifier alors m&#234;me qu'on ne t'en donne pas les moyens. &#199;a, c'est violent. &lt;/i&gt; &#187; Cette pression qui p&#232;se sur les &#233;paules des pros, les parents la sentent aussi. Emmanuelle en est certaine : &#171; &lt;i&gt;Les travailleurs sociaux doivent avoir &#231;a continuellement en t&#234;te : montrer qu'ils sont de bons &#233;ducateurs. Pas aux parents, car notre appr&#233;ciation compte pour du beurre, mais &#224; leurs chefs, au juge, aux autorit&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parents&lt;/strong&gt;, enfants et travailleurs sociaux, sont donc les victimes collat&#233;rales d'une ASE qui marche sur la t&#234;te. Un syst&#232;me qui, &#224; chaque r&#233;forme, en demande davantage aux professionnels, sans pour autant que les moyens ne suivent. Un enchev&#234;trement de dysfonctionnements internes &#224; l'institution qui finissent par rejaillir avec perte et fracas sur les parents et leurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Appel &#224; la d&#233;familialisation</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Appel-a-la-defamilialisation</link>
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		<dc:date>2018-09-06T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>famille</dc:subject>
		<dc:subject>sacrifice enjou&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>syst&#232;me autoritaire-marchand</dc:subject>
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		<dc:subject>St&#233;phane Legrand</dc:subject>

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&lt;p&gt;Assez curieusement, trois des principales cl&#233;s de vo&#251;te du syst&#232;me autoritaire-marchand b&#233;n&#233;ficient d'une fantastique indulgence de la part de ses critiques actuels les plus d&#233;monstratifs : le go&#251;t du sacrifice enjou&#233;, le fanatisme sportif et l'ab&#234;tissement familial. On sait que la mise au pilori de la famille bourge, conservatoire des plus gluants r&#233;flexes conditionn&#233;s au m&#234;me titre que la religion, fut pourtant l'un des axes insurrectionnels de mai 68. Peu de br&#251;lots du jour en tiennent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Assez curieusement, trois des principales cl&#233;s de vo&#251;te du syst&#232;me autoritaire-marchand b&#233;n&#233;ficient d'une fantastique indulgence de la part de ses critiques actuels les plus d&#233;monstratifs : le go&#251;t du sacrifice enjou&#233;, le fanatisme sportif et l'ab&#234;tissement familial. On sait que la mise au pilori de la famille bourge, conservatoire des plus gluants r&#233;flexes conditionn&#233;s au m&#234;me titre que la religion, fut pourtant l'un des axes insurrectionnels de mai 68. Peu de br&#251;lots du jour en tiennent compte. Ou alors d'une mani&#232;re plut&#244;t m&#233;t&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t du &lt;i&gt;Plaidoyer pour l'&#233;radication des familles&lt;/i&gt; (&#233;d. Inculte fiction) de St&#233;phane Legrand, auteur chez le m&#234;me &#233;diteur de l'&#233;gayant &lt;i&gt;Dictionnaire du pire&lt;/i&gt;, assez roboratif malgr&#233; de multiples &#233;chapp&#233;es indigestes. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La famille telle que nous la connaissons et l'avons connue est le r&#233;sultat d'un processus de r&#233;tr&#233;cissement dont la base objective est la multitude dispers&#233;e et la forme la plus primitive la horde. Elle est un traquenard qui s'est progressivement referm&#233; sur nous comme les m&#226;choires d'un pi&#232;ge &#224; ours.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;De la horde o&#249; chacun appartenait &#224; chacun (c'est-&#224;-dire ne s'appartenait d&#233;j&#224; plus tout &#224; fait) est n&#233;e &#8211;&#8239;par rar&#233;faction du possible, du jeu et de la joie &#8211;&#8239;la famille consanguine qui engendra &#224; son tour la famille punaluenne puis la famille appari&#233;e qui de proche en proche produit la conjugalit&#233; moderne &#8211;&#8239;c'est-&#224;-dire la monogamie &#8211;&#8239;dont Marx nous apprend qu'elle &#8220;contient en germe non seulement l'esclavage (servitus) mais aussi le servage. Elle contient en miniature tous les antagonismes qui, par la suite, se d&#233;velopperont largement dans la soci&#233;t&#233; et dans son &#201;tat&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas mal comme survol historique. Se r&#233;f&#233;rant &#224; la coqueluche des formalistes russes, Chklovski, Legrand, avec un sens assez cocasse des glissements de sens b&#233;n&#233;fiques, propose alors &#224; ses lecteurs non la d&#233;familiarisation mais la d&#233;familialisation m&#233;thodique consistant &#224; &#171; &lt;i&gt;d&#233;velopper progressivement en soi l'aptitude &#224; trouver &#233;tranges les choses qui nous sont si banales, si &#8220;normales&#8221;, si profond&#233;ment incrust&#233;es dans la machinerie de nos jours et les appareils collectifs d'abrutissement&lt;/i&gt; &#187;, les choses &#171; &lt;i&gt;qui ne se donnent &#224; nous ordinairement que sous la forme de l'&#233;vidence inquestionnable, du &#8220;c'est-ainsi-en-raison-du-fait-que-c'est-ainsi&#8221;, de l'ind&#233;passable roc de r&#233;alit&#233; tautologique du d&#233;pourvu de sens&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels quelque peu pataphysiques de St&#233;phane Legrand &#224; une d&#233;familialisation du monde m&#233;ritent en tout cas d'&#234;tre pris &#224; la lettre. Et ne nous emp&#234;chent aucunement de pr&#244;ner des formes de gu&#233;rilla autrement carabin&#233;es contre la cr&#233;tinisation familiale, celles exalt&#233;es par les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse, les Benjamin P&#233;ret, Wilhelm Reich, Raoul Vaneigem, WC Fields, Ren&#233; Crevel, Jean Genet, Claude Faraldo, Val&#233;rie Solanas, Raymond Borde, Albert Libertad ou l'anti-&#233;ducastreur Jules Celma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en savoir plus sur les plans harmoniens enivrants de r&#233;invention jouissive du concept m&#234;me de la famille, mettre la main sur Charles Fourier ou la pens&#233;e en contre-marche de Chantal Guillaume (&#233;d. Le Passager clandestin) dont il faudrait lire &#224; sons de trompe certains passages dans les colloques de l'&#201;ducation nationale. Et ne point oublier que la plus g&#233;niale utopie r&#233;volutionnaire qui existe, &lt;i&gt;Le Nouveau Monde amoureux&lt;/i&gt; de Fourier, a &#233;t&#233; sagacement r&#233;&#233;dit&#233;e par Les Presses du r&#233;el.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Enfants &#224; la rue, profs sur le pont</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Enfants-a-la-rue-profs-sur-le-pont</link>
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		<dc:date>2018-04-17T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>famille</dc:subject>
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		<dc:subject>l'&#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>parents</dc:subject>
		<dc:subject>Panier</dc:subject>
		<dc:subject>instits</dc:subject>
		<dc:subject>Accoules</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce mercredi 10 mai 2017, rendez-vous est donn&#233; &#224; l'&#233;cole primaire des Accoules, situ&#233;e dans le quartier du Panier, &#224; Marseille. Laurent fait le portier. C'est l'un des huit instits de l'&#233;tablissement. On entre dans le b&#226;timent class&#233; monument historique. Escalier en large colima&#231;on, hauteur incroyable et odeur de grillades. On arrive sous le pr&#233;au. Au service ce midi, instits et parents d'&#233;l&#232;ves : saucisses, quiches familiales et sodas. Les enfants en furie piaillent de partout. Ambiance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no155-juin-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;155 (juin 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/familles" rel="tag"&gt;familles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parents" rel="tag"&gt;parents&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Accoules" rel="tag"&gt;Accoules&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce mercredi 10 mai 2017, rendez-vous est donn&#233; &#224; l'&#233;cole primaire des Accoules, situ&#233;e dans le quartier du Panier, &#224; Marseille. Laurent fait le portier. C'est l'un des huit instits de l'&#233;tablissement. On entre dans le b&#226;timent class&#233; monument historique. Escalier en large colima&#231;on, hauteur incroyable et odeur de grillades. On arrive sous le pr&#233;au. Au service ce midi, instits et parents d'&#233;l&#232;ves : saucisses, quiches familiales et sodas. Les enfants en furie piaillent de partout. Ambiance champ&#234;tre de fin d'ann&#233;e scolaire. Une conf&#233;rence de presse est annonc&#233;e, les m&#233;dias locaux sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux semaines, trois enfants roms scolaris&#233;s ici, membres d'une m&#234;me famille, &#233;taient expuls&#233;s de leur squat rue Fl&#233;gier. En l'apprenant, la directrice de l'&#233;cole, Corine Lefort, d&#233;cidait de pousser une gueulante et de m&#233;diatiser l'histoire. Et d'annoncer gaillardement qu'en l'absence de d&#233;cision pr&#233;fectorale pour reloger la famille, elle ouvrirait une salle de classe pour lui offrir un toit. &#171; &lt;i&gt;On a vu les enfants arriver &#224; l'&#233;cole, le visage tr&#232;s fatigu&#233; ; c'est comme &#231;a qu'on a appris qu'ils avaient &#233;t&#233; expuls&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait juste apr&#232;s le 31 mars et la fin de la tr&#234;ve hivernale. &#199;a ne loupe jamais : chaque ann&#233;e, la p&#233;riode voit les expulsions s'encha&#238;ner. Vider les squats sans offrir d'autre perspective que la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Accoules, enseignants, parents, anciens parents d'&#233;l&#232;ves et commer&#231;ants se sont organis&#233;s &#8211; caisse de solidarit&#233;, repas et concert de soutien. Leur urgence : que la famille soit log&#233;e ! L'argent r&#233;colt&#233; a permis de payer quelques nuits d'h&#244;tel, avant que les soutiens ne d&#233;gottent un petit appartement. Deuxi&#232;me urgence : en appeler aux diff&#233;rents services institutionnels (Ville, pr&#233;fecture et inspection acad&#233;mique). En vain. Seule r&#233;ponse, celle du Samu social, qui a propos&#233; un quota de dix jours d'h&#233;bergement &#8211; rien de plus. En contactant &#224; r&#233;p&#233;tition le 115, le collectif a appris que la famille avait &#233;puis&#233; &#171; &lt;i&gt;ses droits&lt;/i&gt; &#187; au logement. &#171; &lt;i&gt;Et puis, &#224; Marseille, il n'y a pas de centre d'h&#233;bergement pour familles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce midi, des instits des &#233;coles primaires avoisinantes sont pr&#233;sentes. R&#233;guli&#232;rement confront&#233;es au m&#234;me probl&#232;me, elles &#233;changent entre elles au quotidien. &#171; &lt;i&gt;Quand on scolarise les enfants d'une m&#234;me famille, on se tient au courant.&lt;/i&gt; &#187; Parmi elles, Marie, directrice &#224; mi-temps de l'&#233;cole Parmentier de Belsunce &#8211; 30 ans qu'elle y enseigne. Elle fait partie du R&#233;seau &#233;ducation sans fronti&#232;res depuis sa cr&#233;ation en 2004. Pour Marie, impossible de rester insensible quand disparaissent des &#233;l&#232;ves qu'elle accompagne depuis des mois. &#171; &lt;i&gt;C'est toujours angoissant quand on voit qu'un enfant ne vient plus. Parfois, il dispara&#238;t totalement ; parfois aussi, il finit par revenir, les traits tir&#233;s, et on apprend qu'il dort dans une voiture&#8230; On ne peut pas laisser faire &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces &#233;coles, il y a un mouvement permanent. &#171; &lt;i&gt;Cette ann&#233;e, 40 enfants sont partis, tandis que trente autres ont &#233;t&#233; inscrits en cours d'ann&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; C'est qu'au fil du temps, certaines familles quittent le centre-ville pour habiter ailleurs &#8211; soit parce qu'elles le peuvent, soit par obligation. Quant &#224; la plupart des r&#233;inscriptions, elles sont fragiles et concernent des demandeurs d'asile. Les instits font tout pour nouer un lien pr&#233;cieux avec ces familles, afin de r&#233;agir vite en cas de r&#233;ponse n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, la situation a empir&#233; : les demandeurs d'asile sont de plus en plus nombreux. Avant, quand les familles recevaient une Obligation de quitter le territoire fran&#231;ais, les &#233;coles parvenaient &#224; se mobiliser pour contraindre la pr&#233;fecture &#224; r&#233;viser les dossiers. Aujourd'hui, c'est devenu presque impossible &#8211; le temps du soutien est consacr&#233; aux n&#233;cessit&#233;s vitales : se loger et manger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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