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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>R&#233;gler ses comptes &#224; OK Corot</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Legars</dc:creator>


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&lt;p&gt;A la cit&#233; du parc Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille, on trouve des locataires flipp&#233;s, des squatteurs albanais, des petits propri&#233;taires &#233;nerv&#233;s, des flics enfutaill&#233;s&#8230; Le d&#233;cor ? D&#233;glingu&#233;. L'ambiance ? D&#233;l&#233;t&#232;re. &#199;a pue le mauvais western &#224; tous les &#233;tages. Reportage. Malgr&#233; un inqui&#233;tant &#171; clac-clac-krrrrrr &#187; quelques secondes pr&#232;s son d&#233;part, l'ascenseur fonctionne. Une surprise, dans cet environnement. Au bas de la cit&#233; du parc Corot, dans le 13e arrondissement de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A la cit&#233; du parc Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille, on trouve des locataires flipp&#233;s, des squatteurs albanais, des petits propri&#233;taires &#233;nerv&#233;s, des flics enfutaill&#233;s&#8230; Le d&#233;cor ? D&#233;glingu&#233;. L'ambiance ? D&#233;l&#233;t&#232;re. &#199;a pue le mauvais western &#224; tous les &#233;tages. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Malgr&#233; un inqui&#233;tant &#171; clac-clac-krrrrrr &#187; quelques secondes pr&#232;s son d&#233;part, l'ascenseur fonctionne. Une surprise, dans cet environnement. Au bas de la cit&#233; du parc Corot, dans le 13e arrondissement de Marseille, on a l'impression de d&#233;barquer dans une ville fant&#244;me. Pourtant, des gens vivent ici. Devant la tour C5-C6 et la barre A1-A2, construites dans les ann&#233;es 1960, quelques voitures stationnent en vrac sur un terre-plein. Aux alentours, force poubelles &#233;parpill&#233;es, des encombrants abandonn&#233;s, et une gamine qui, en passant, d&#233;coche un coup de pied amus&#233; &#224; un rat &#233;cras&#233;. Si on l&#232;ve les yeux, seize &#233;tages de volets d&#233;fonc&#233;s. Au 9e, les noirs stigmates d'un incendie. En face, sur un mur, le nom d'un jeune abattu l&#224; en 2016, d'apr&#232;s un habitant. Il y avait du &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt;, en bas de la tour C5-C6, mais ce n'est plus d'actualit&#233;. &#199;a n'a pas emp&#234;ch&#233; un gar&#231;on d'une vingtaine d'ann&#233;es de se faire aligner &#224; la kalachnikov dans l'apr&#232;s-midi du 20 mars, sur l'avenue Corot toute proche. Ambiance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; vient faire l&#224; ? Le 11 mars, une quinzaine de propri&#233;taires exc&#233;d&#233;s ont vir&#233; en toute ill&#233;galit&#233; les occupants tout aussi ill&#233;gaux de huit appartements de la tour C5-C6. Mont&#233;s dans les &#233;tages, ils &#171; &lt;i&gt;ont cogn&#233; aux portes, ordonn&#233; qu'on leur ouvre... Et chass&#233; les occupants&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, le 12 mars. Une &#171; &lt;i&gt;&#233;vacuation forc&#233;e en l'absence de d&#233;cision de justice et sans le concours de l'&#201;tat constitue une infraction p&#233;nale passible de trois ans d'emprisonnement et de 30 00 &#8364; d'amende&lt;/i&gt; &#187;, rappelle le quotidien. La police Pr&#233;sente, mais seulement &#171; &lt;i&gt;pour intervenir en cas d'incident. Elle ne pouvait pas proc&#233;der &#224; une expulsion hors du cadre l&#233;gal&lt;/i&gt; &#187;, selon la pr&#233;fecture. Comme dans un western. Mais &#224; la verticale. Il fallait venir voir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2400 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-667-9352d.jpg?1779602848' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yohane Lamoul&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 13 mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bas de la tour, on rencontre par hasard un certain Johan Mah&#233;, en compagnie de deux autres proprios et d'une journaliste d'Europe1. Personnage d&#233;concertant que ce prof de gym d'un lyc&#233;e des Quartiers nord poss&#233;dant &#171; &lt;i&gt;quatre appartements au C5-C6&lt;/i&gt; &#187;. Il est &#224; l'origine de l'association Corot debout d&#233;termin&#233;, dont l'objectif est de virer les squatteurs afin de pouvoir relouer les appartements. Il est donc aussi le principal organisateur des expulsions ill&#233;gales du 11 mars. &#192; l'en croire, il passe la majeure partie de son temps libre dans la cit&#233; &#224; faire des travaux, d&#233;courager les ouvertures d'appart', mobiliser les autres proprios&#8230; C'est que certains, &#224; cause du trafic de drogue, des squats et des charges exorbitantes (l'eau et &#233;lectricit&#233; sont pirat&#233;es), ont abandonn&#233; leur(s) bien(s). R&#233;guli&#232;rement, Johan Mah&#233; affiche sur l'&#233;cran de son t&#233;l&#233;phone un plan de la tour o&#249; un code couleur permet de distinguer appartements vides, lou&#233;s ou squatt&#233;s (en rouge). &#171; &lt;i&gt;Un propri&#233;taire du 9e &#233;tage donne le sien&lt;/i&gt;, soutient le chef de file de la fronde. &lt;i&gt;Et les Albanais qui ouvrent les squats ont m&#234;me pass&#233; une annonce sur Le Bon Coin pour trouver des &#8220; locataires &#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune sort de l'immeuble et salue Johan. La conversation s'engage, cordiale. &#171; &lt;i&gt;Lui, c'est l'ami d'un Albanais qui squatte un appartement&lt;/i&gt;, explique-t-il par la suite. &lt;i&gt;Le propri&#233;taire le laisse faire il entretient le lieu, &#231;a &#233;vite que d'autres s'installent et d&#233;montent tout&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Un &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt; qui souligne la complexit&#233; de la situation. Ici, pas de m&#233;chants cow-boys contre de bons Indiens &#8211; ou inversement. Mais une r&#233;alit&#233; des plus crues o&#249; chacun, hors du cadre l&#233;gal, pallie l'abandon par les pouvoirs publics des migrants et des cit&#233;s populaires. Ne reste plus qu'&#224; d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts &#224; coups de pression, de force, et parfois d'arrangements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, une propri&#233;taire s'est d&#233;plac&#233;e sp&#233;cialement et, profitant de la pr&#233;sence d'Europe1, appelle la police pour faire &#233;vacuer son bien. Rapidement, deux v&#233;hicules s&#233;rigraphi&#233;s d&#233;barquent. Si le 11 mars, les forces de l'ordre &#233;taient rest&#233;es en bas, elles n'h&#233;sitent pas aujourd'hui &#224; emprunter l'ascenseur. Peu apr&#232;s, deux hommes et une femme se retrouvent dans le hall, avec sacs &#171; diplomatiques &#187; et matelas. Les policiers repartent. L'expulsion se serait faite au bluff, en jouant sur la peur de l'uniforme. Les trois Albanais &#8211; qui ne parlent ni fran&#231;ais, ni anglais &#8211; restent l&#224; pendant deux heures, le temps de notre pr&#233;sence. Avec eux, un homme que Johan Mah&#233; conna&#238;t bien. Ce serait le placeur &#8211; il ouvrirait des appartements, y logerait des gens, pr&#233;l&#232;verait des &#171; loyers &#187;. L&#224;, il a sans doute attendu que la voie soit libre pour faire remonter les trois expuls&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on fait remarquer l'ill&#233;galit&#233; d'une telle expulsion, le proprio r&#233;torque &#171; &lt;i&gt;Pour sortir quelqu'un, il faut deux ans de proc&#233;dure et d&#233;penser 7 00 &#8364; . On ne peut pas se le permettre. C'est s&#251;r, il y a une mont&#233;e en tension. Mais si personne n'agit, on fait quoi ? La police m'a dit un jour de promettre des cartes de s&#233;jour &#224; ceux qui partent, mais je m'y refuse. Du coup, on en vient &#224; faire des choses pas normales. Le 11 mars, certains sont venus avec couteau de chasse, marteau, Taser&#8230; Je leur ai dit &#8220; d&#233;connez pas, laissez &#231;a dans les voitures. &#8221; Mais ils les ont gard&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Sans les utiliser, heureusement. Quant aux actions l&#233;gales, elles restent limit&#233;es. Depuis janvier 2017, un syndic est cens&#233; assainir la situation financi&#232;re catastrophique de la copropri&#233;t&#233; &#8211; sans grands r&#233;sultats. Et beaucoup pensent que &#171; &lt;i&gt;la municipalit&#233; veut&lt;/i&gt; [leur] &lt;i&gt;mort, et laisse pourrir la situation pour pouvoir ensuite pr&#233;empter&lt;/i&gt; &#187;, avant de faire tomber ces b&#226;timents &#224; moindre co&#251;t. Ce qu'elle d&#233;ment&#8230; Dans le Far West profond, on n'aurait pas fait mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mardi 27 mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; Corot. Aujourd'hui, Johan Mah&#233; se rend dans la tour C5-C6 avec la propri&#233;taire de deux appartements, dont l'un est squatt&#233;. Elle n'a pas vraiment le style de la marchande de sommeil, Yasmine. Gardienne d'immeuble &#224; Paris, elle &#233;marge &#224; 950 &#8364; par mois. &#171; &lt;i&gt;En 2013, pensant investir pour ma retraite, j'ai pris un cr&#233;dit pour acheter ici. J'ai d&#233;bours&#233; deux fois 47 00 &#8364;, plus 11 00 &#8364; pour les travaux&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille-t-elle. En montant dans l'ascenseur, elle conc&#232;de &#171; &lt;i&gt;J'ai peur, mais il faut y aller&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Au 6e &#233;tage, un jeune homme ouvre la double porte de l'appartement &#8211; tous sont &#233;quip&#233;s ainsi, tels des sous-marins nucl&#233;aires. Il est albanais, ne parle pas fran&#231;ais. Yasmine entre en mode offensif : &#171; &lt;i&gt;Je suis chez moi Je regarde.&lt;/i&gt; &#187; Pos&#233;s au sol, trois radiateurs fonctionnent &#224; plein r&#233;gime. Un fil &#233;lectrique se balade au plafond jusqu'&#224; une ampoule. Au mur, le dessin d'un enfant. La propri&#233;taire passe de pi&#232;ce en pi&#232;ce telle une furie, s'engouffre dans la cuisine et tombe nez &#224; nez avec une dame. Malaise.
La discussion s'engage par le truchement d'un ami du jeune homme assurant la traduction par t&#233;l&#233;phone. Yasmine voudrait que la famille s'en aille. Puis se ravise, l'appartement &#233;tant bien tenu. Vider les lieux, c'est courir le risque d'un autre squat, de saccages. Yasmine tente alors de n&#233;gocier un petit loyer. Impossible, le placeur en percevrait d&#233;j&#224; un... L&#224;, Yasmine craque. &#171; &lt;i&gt;C'est d&#233;courageant&#8230; Je travaille encore &#224; 63 ans. J'ai bien essay&#233; de revendre, mais m&#234;me &#224; 20 00 &#8364; l'appart' n'est pas parti. Une telle situation pousse les gens &#224; devenir extr&#233;mistes&#8230; Moi, je me refr&#232;ne.&lt;/i&gt; &#187; Une pause. Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Et puis, je n'ai pas envie de les mettre dehors, ces gens. Moi aussi, j'ai eu un accident de vie. Quand mon fils &#233;tait pr&#233;-ado, je me suis retrouv&#233;e sans toit. Et nous avons v&#233;cu deux ans en foyer, gr&#226;ce au RMI.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pompon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En redescendant, Johan Mah&#233; s'arr&#234;te au niveau de l'appartement incendi&#233;. Il a d&#233;couvert r&#233;cemment qu'il est occup&#233; par un Nig&#233;rian de 19 ans pr&#233;nomm&#233; Paul. C'est ouvert, mais les volets sont ferm&#233;s, les murs noirs de suie. Derri&#232;re une couverture qui fait &#233;cran, une &#171; chambre &#187; &#8211; un mauvais tapis, un canap&#233;, un duvet, des baskets&#8230; Rencontr&#233; quelques jours plus tard, dans le centre de Marseille, Paul raconte en anglais : &#171; &lt;i&gt;Mon voyage a commenc&#233; en 2014, et je suis arriv&#233; en France il y a quelques mois. Je dormais &#224; la gare St-Charles, puis un ami m'a expliqu&#233; qu'il &#233;tait possible de loger &#224; Corot, sans rien payer. Je suis tout seul et j'ai peur on pourrait me tuer. Mais je dois bien dormir quelque part.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une soci&#233;t&#233; laisse des pauvres gens et des gens plus pauvres encore s'affronter au quotidien, entre violence et mis&#232;re, on appelle &#231;a comment, d&#233;j&#224; ? Un m&#233;chant western social. Qui pourrait bien tourner au carnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(Merci &#224; S&#233;bastien, de l'association Just.)&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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