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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Quand les machines se taisent </title>
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		<dc:creator>Pauline Laplace, Rafael Campagnolo</dc:creator>


		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
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		<dc:subject>Seconde Guerre</dc:subject>
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		<dc:subject>GKN</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menac&#233;e de fermeture suite &#224; son rachat par un fonds d'investissement. Bas&#233; sur l'auto-organisation, le mouvement s'est f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un collectif ayant &#224; c&#339;ur de jeter des ponts entre diff&#233;rentes luttes. Reportage. Sous un soleil &#233;crasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menac&#233;e de fermeture suite &#224; son rachat par un fonds d'investissement. Bas&#233; sur l'auto-organisation, le mouvement s'est f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un collectif ayant &#224; c&#339;ur de jeter des ponts entre diff&#233;rentes luttes. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200usineoccupee_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/1200usineoccupee_resultat-92274.jpg?1782957373' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Elzazimut
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;ous un soleil &#233;crasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des banderoles accroch&#233;es sur des grillages arborent le slogan &#171; &lt;i&gt;Insorgiamo&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Insurgeons-nous ! &#187;), emprunt&#233; &#224; la R&#233;sistance florentine de la Seconde Guerre mondiale. Bienvenue &#224; l'usine automobile GKN, occup&#233;e par ses ouvriers depuis le 9 juillet 2021 &#224; la suite du licenciement de l'ensemble des employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apr&#232;s-midi de juin, ils sont quelques-uns, accoud&#233;s &#224; la barri&#232;re du poste de surveillance. Le site, immense, est quasiment d&#233;sert : la plupart des occupants sont partis battre le pav&#233; dans le centre. Un homme nous embarque &#224; sa suite. Francesco, manutentionnaire syndiqu&#233; d'une quarantaine d'ann&#233;es, ne cache pas son enthousiasme : &#171; &lt;i&gt;Le 13 juillet, on aura tenu plus longtemps que l'occupation la plus longue de l'histoire italienne. Vous imaginez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Je suis militant, alors paradoxalement, c'est comme un r&#234;ve qui se r&#233;alise pour moi, jamais j'aurais pens&#233; vivre &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'ombre du porche des locaux de l'administration, il raconte : &#171; &lt;i&gt;La lutte a commenc&#233; avant l'occupation. En 2007-2008, un collectif s'est constitu&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'usine [contre la modification des horaires de travail], compos&#233; d'une trentaine de militants et animant des assembl&#233;es r&#233;guli&#232;res qui pouvaient r&#233;unir jusqu'&#224; une centaine d'employ&#233;s. On avait d&#233;j&#224; insuffl&#233; une dynamique de n&#233;gociation tr&#232;s forte au sein de GKN.&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit son r&#233;cit : &#171; &lt;i&gt;Quand [le fonds d'investissement britannique] Melrose&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont le slogan est sans &#233;quivoque : &#171; Acheter, revaloriser, vendre &#187;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;a rachet&#233; la bo&#238;te en 2018, il a ferm&#233; dans la foul&#233;e un site en Angleterre et un autre en Allemagne, sans grande r&#233;action de la part des travailleurs. On s'est dit : &#231;a nous pend au nez. Alors on s'est organis&#233;s en interne. Avec le syndicat, mais aussi en nous inspirant des luttes de Fiat dans les ann&#233;es 1970 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout au long des ann&#233;es 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Avec le collectif, on est aussi all&#233;s apporter notre soutien &#224; d'autres luttes, comme celle d'Alfasud &#224; Pomigliano (Campanie) ou d'Electrolux, &#224; Susegana (V&#233;n&#233;tie).&lt;/i&gt; &#187; Les militants de GKN sont majoritairement syndiqu&#233;s &#224; la Fiom-CGIL, l'&#233;quivalent de la CGT m&#233;tallurgie, mais au sein d'une branche dissidente, Riconquistiamo tutto (&#171; Reconqu&#233;rons tout &#187;), un peu plus rock'n'roll. Le collectif d'usine b&#233;n&#233;ficie ainsi de l'appui des syndicats, tout en conservant un fonctionnement o&#249; les prises de d&#233;cisions viennent de la base&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; La lutte des ouvriers de GKN &#224; Florence, entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vir&#233;s par mail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juillet 2021, le gouvernement d'union nationale de Mario Draghi supprime l'interdiction de licenciements pour raisons &#233;conomiques dans les secteurs de l'industrie et du b&#226;timent, mise en place par le gouvernement Giuseppe Conte&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment par le deuxi&#232;me gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; pendant la pand&#233;mie. Les investisseurs se l&#226;chent : le 9 juillet 2021, un mail envoy&#233; aux syndicats annonce la fermeture de l'usine GKN et le licenciement de ses 500 employ&#233;s. Plus d'une centaine d'entre eux se r&#233;unissent spontan&#233;ment sur les lieux et d&#233;bordent les dix gardes priv&#233;s embauch&#233;s par Melrose pour l'occasion. Ils occupent le site et forment une assembl&#233;e permanente, vite ralli&#233;e par des soutiens locaux : &#201;glise, centres sociaux autog&#233;r&#233;s, partis politiques de gauche radicale. Rapidement, des actions se mettent en place. Le 19 juillet, les syndicats appellent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 4 heures dans la province de Florence, suivie pendant tout l'&#233;t&#233; de manifestations et concerts de soutien. Le 18 septembre, une manifestation nationale r&#233;unit un cort&#232;ge spectaculaire de 40 000 personnes &#224; Florence. En parall&#232;le, la Fiom-CGIL d&#233;pose un recours aupr&#232;s du Tribunal du travail de Florence. Le 20 septembre, les licenciements sont annul&#233;s. Melrose doit reprendre &#224; z&#233;ro la proc&#233;dure de licenciement collectif, soumis par la loi &#224; un pr&#233;avis de 75 jours. Deux mois et demi durant lesquels les ouvriers touchent leurs salaires, en attendant les indemnit&#233;s et le ch&#244;mage : l'occupation peut s'inscrire dans la dur&#233;e. En d&#233;cembre, coup de th&#233;&#226;tre : l'entrepreneur Francesco Borgomeo, conseiller de Melrose dans les n&#233;gociations, rach&#232;te GKN &#224; son propre compte. Six mois plus tard, ses intentions demeurent floues, mais les ouvriers n'ont pas attendu pour embrayer sur leurs propres projets.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Convergence des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'usine, Francesco commente les lignes de bras robotis&#233;s bleu &#233;lectrique &#224; perte de vue. &#171; &lt;i&gt;L'usine est tr&#232;s rentable, la production a augment&#233; de 14 % en pleine pand&#233;mie&lt;/i&gt; &#187;, nous dit-il, dirigeant nos regards vers les logos Fiat, mais aussi Maserati, Ferrari, Lamborghini, qui tr&#244;nent &#224; c&#244;t&#233; d'un poste de contr&#244;le. Francesco poursuit : &#171; &lt;i&gt;On est ouvriers sp&#233;cialis&#233;s, on pourrait faire repartir la production d&#232;s aujourd'hui. Sans nous, rien ne tourne et il y a beaucoup d'argent immobilis&#233; ici. 8 millions d'euros, rien qu'en stock de production. Le co&#251;t des machines n'est m&#234;me pas quantifiable. Tout &#231;a, c'est notre monnaie d'&#233;change dans la n&#233;gociation.&lt;/i&gt; &#187; Alors ces machines, les occupants en prennent soin. Ils ont mis en place trois &#233;quipes tournantes qui surveillent le site en permanence. &#171; &lt;i&gt;Le nouveau propri&#233;taire de l'usine, Borgomeo, nous paye pour &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Francesco, sourire en coin, pas peu fier de l'entourloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;quipes se sont form&#233;es pour tenir l'occupation. La cantine sert des repas tous les jours et le nettoyage du site est effectu&#233; r&#233;guli&#232;rement. Un bar s'est aussi ouvert. Sans oublier le groupe de coordination des femmes, qui r&#233;unit les &#233;pouses et compagnes de la main-d'&#339;uvre &#8211; masculine &#8211; de l'usine. Hors les murs, des d&#233;l&#233;gations du collectif rencontrent des organisations &#233;tudiantes et universitaires, assistent aux assembl&#233;es de soignants et de profs, ou participent &#224; la marche anti-G20 du 30 octobre dernier &#224; Rome... Elles rallient m&#234;me les mobilisations lyc&#233;ennes pour le climat et rejoignent les luttes paysannes&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple la ferme de Mondeggi, pr&#232;s de Florence, occup&#233;e depuis 2015. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, brisant le clivage entre mouvement ouvrier et &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nous, &#231;a va ! Et vous ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les ouvriers ont une id&#233;e derri&#232;re la t&#234;te. Le 11 mars dernier, ils ont d&#233;pos&#233; un plan de reprise, r&#233;dig&#233; en collaboration avec un groupe d'&#233;conomistes, d'historiens, de sociologues et d'ing&#233;nieurs solidaires. Son horizon : une reconversion de la production vers des &#233;nergies propres et de mobilit&#233; durable, notamment dans l'hydrog&#232;ne et le photovolta&#239;que, &#224; l'int&#233;rieur d'un p&#244;le public qui associerait diverses industries en cours de transition &#233;cologique. Une proposition de loi contre les d&#233;localisations a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;crite par les ouvriers, avec l'aide de juristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Largement soutenus, les ouvriers de GKN sont en position de force et ont bien l'intention de s'en servir pour gonfler leurs rangs et jouer le r&#244;le de miroir r&#233;fl&#233;chissant des autres luttes. &#171; &lt;i&gt;Les soutiens, les journalistes, tout le monde nous demande : &#8220;Comment allez-vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, relate Francesco. &#171; &lt;i&gt;Et nous, on a appris &#224; retourner la question : &#8220;Et vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Comment vous allez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Nous &#231;a va, on est tous ensemble &#224; occuper l'usine, on a encore de quoi tenir un moment.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous laisser, Francesco lance : &#171; &lt;i&gt;Vous remarquez ce silence&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Pour quelqu'un comme moi, qui travaille ici depuis vingt-cinq ans, il n'est pas tr&#232;s plaisant.&lt;/i&gt; &#187; Sa phrase r&#233;sonne dans nos t&#234;tes alors qu'on boit un coup au bar, avec ceux qui sont revenus de la manif et qui se lancent dans un tournoi de baby foot. On se dit qu'au moins quand elles se taisent, les machines laissent &#224; d'autres la possibilit&#233; de s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Pauline Laplace &amp;Rafael Campagnolo&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont le slogan est sans &#233;quivoque : &#171; Acheter, revaloriser, vendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tout au long des ann&#233;es 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer de lance de l'autonomie italienne, qui voit les ouvriers exp&#233;rimenter de nouvelles formes d'organisation et de repr&#233;sentation au sein des usines, &#224; l'&#233;cart des partis et des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir l'article &#171; La lutte des ouvriers de GKN &#224; Florence, entre auto-organisation ouvri&#232;re et mobilisation sociale &#187;, &lt;i&gt;Chronique internationale de l'IRES&lt;/i&gt; n&#176; 177, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment par le deuxi&#232;me gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 &#233;toiles (citoyen et &#171; antisyst&#232;me &#187;) et de plusieurs partis de centre-gauche, en fonction de septembre 2019 &#224; f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple la ferme de Mondeggi, pr&#232;s de Florence, occup&#233;e depuis 2015. Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Squat-agricole-en-Italie-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Squat agricole en Italie : le terroir du chianti collectif&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170 (novembre 2018) ou encore &#171; En Italie, la Zad de Mondeggi cultive le bien commun &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (28/03/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Usine squatt&#233;e &#224; Montreuil : des p&#234;ches et du benz&#232;ne</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Usine-squattee-a-Montreuil-des</link>
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		<dc:date>2022-06-24T11:28:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antonin Padovani</dc:creator>


		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>site</dc:subject>
		<dc:subject>mairie</dc:subject>
		<dc:subject>vendredi</dc:subject>
		<dc:subject>Chik Vendredi</dc:subject>
		<dc:subject>sign&#233;e Chik</dc:subject>
		<dc:subject>Restes ensemble</dc:subject>
		<dc:subject>Affiche sign&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;pollution</dc:subject>
		<dc:subject>Chik</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, des habitant&#183;es de Montreuil ont investi une ancienne usine vou&#233;e &#224; la d&#233;molition. L'enjeu est double : tenir les promoteurs immobiliers &#224; distance et &#233;viter une potentielle catastrophe &#233;cologique et sanitaire. Riverain&#183;es et occupant&#183;es estiment en effet que le projet de d&#233;pollution du sol, qui renferme hydrocarbures et composants volatiles, est loin de prendre en compte tous les risques. Ne se contentant pas de squatter, les occupant&#183;es ont aussi d&#233;velopp&#233; dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/site" rel="tag"&gt;site&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mairie" rel="tag"&gt;mairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vendredi" rel="tag"&gt;vendredi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chik-Vendredi" rel="tag"&gt;Chik Vendredi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/signee-Chik" rel="tag"&gt;sign&#233;e Chik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Restes-ensemble" rel="tag"&gt;Restes ensemble&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Affiche-signee" rel="tag"&gt;Affiche sign&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/depollution" rel="tag"&gt;d&#233;pollution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chik" rel="tag"&gt;Chik&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, des habitant&#183;es de Montreuil ont investi une ancienne usine vou&#233;e &#224; la d&#233;molition. L'enjeu est double : tenir les promoteurs immobiliers &#224; distance et &#233;viter une potentielle catastrophe &#233;cologique et sanitaire. Riverain&#183;es et occupant&#183;es estiment en effet que le projet de d&#233;pollution du sol, qui renferme hydrocarbures et composants volatiles, est loin de prendre en compte tous les risques. Ne se contentant pas de squatter, les occupant&#183;es ont aussi d&#233;velopp&#233; dans les lieux tout un tas d'activit&#233;s vitales pour la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200murapa_ches_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH667/1200murapa_ches_resultat-59b2d.jpg?1782957620' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Affiche sign&#233;e Chik
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 18 mai. Sur le parvis de la mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis), tandis qu'une piste de tango s'improvise, fleurissent dans les arbres et sur le mobilier urbain banderoles et affiches color&#233;es d&#233;fendant l'occupation de l'ancienne usine textile EIF par un collectif aujourd'hui compos&#233; d'une quarantaine d'habitant&#183;es. L'heure est &#224; la mobilisation : apr&#232;s une plainte d&#233;pos&#233;e par la mairie de Montreuil&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;e par la r&#233;daction, la municipalit&#233; n'a pas souhait&#233; communiquer sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (dirig&#233;e par le communiste Patrick Bessac), le tribunal de Bobigny a ordonn&#233; l' &#187; &lt;i&gt;expulsion sans d&#233;lai ni solution de relogement&lt;/i&gt; &#187; des occupant&#183;es &#8211; d&#233;cision confirm&#233;e le 20 mai dernier par la cour d'appel de Paris. &#171; &lt;i&gt;La mairie nous traite comme des activistes, et nous attaque en tant que tels devant les tribunaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les collectifs dont il est ici question ont demand&#233; que les paroles de leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, s'insurge une membre du collectif qui squatte l'usine, venue remettre au maire un dossier d&#233;taillant sur 130 pages les bienfaits de leur pr&#233;sence. &#171; &lt;i&gt;Ils esp&#232;rent balayer d'un revers de main nos droits, c'est pour &#231;a que nous sommes l&#224; aujourd'hui, pour protester.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, l'usine est occup&#233;e afin d'entraver la d&#233;molition de cette b&#226;tisse de 5 000 m&lt;sup&gt;&#178;&lt;/sup&gt; situ&#233;e dans le quartier embl&#233;matique des Murs-&#224;-P&#234;ches. Enjeu num&#233;ro 1 : emp&#234;cher que ce fleuron du patrimoine ouvrier montreuillois ne tombe entre les mains d'un promoteur immobilier. Enjeu num&#233;ro 2 : &#233;viter la catastrophe &#233;cologique et sanitaire annonc&#233;e. Le sol de l'usine renferme en effet un cocktail particuli&#232;rement concentr&#233; d'hydrocarbures et de deux composants volatiles canc&#233;rig&#232;nes, le trichlor&#233;thyl&#232;ne et le benz&#232;ne. Or, le projet de d&#233;pollution pour lequel ont opt&#233; la mairie et l'&#201;tablissement public foncier d'&#206;le-de-France (Epfif), propri&#233;taire du b&#226;timent, ne convainc pas les habitant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D'un combat &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rembobinons. Depuis quatre ans, le site d'EIF est devenue l'enjeu central d' une mobilisation plus large pour la pr&#233;servation des murs &#224; p&#234;ches &#8211; d'anciennes parcelles mara&#238;ch&#232;res qui ont donn&#233; leur nom au quartier, et dont les fameux murs permettaient la culture de fruits &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;exotiques pour la r&#233;gion parisienne. Ce site, d&#233;sormais class&#233;, fait l'objet depuis une trentaine d'ann&#233;es d'une lutte active pour sa pr&#233;servation, l'endroit repr&#233;sentant aujourd'hui une oasis de nature au c&#339;ur d'un espace urbain satur&#233;. Or, en 2013, dans la dynamique du Grand Paris&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet contest&#233; de m&#233;tropolisation de l'agglom&#233;ration parisienne. Lire &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l'&#201;tablissement public foncier d'&#206;le-de-France rach&#232;te l'usine, et deux hectares de m&#251;rs &#224; p&#234;ches adjacents. Une premi&#232;re &#233;tude sur la pollution des sols fait &#233;tat d'une situation grave. Ce qui n'emp&#234;che pas l'Epfif et la mairie de louer une partie du site &#224; des entrepreneurs, et m&#234;me de l'inscrire en 2016 sur l'appel &#224; projet &#171; Inventons la m&#233;tropole du Grand Paris &#187;. En 2017, UrbanEra, une filiale de Bouygues immobilier, est retenue pour la reconversion. Son intention ? Construire en lieu et place de l'ancienne usine 80 logements et un h&#244;tel &#171; &#233;cologique &#187;. Face &#224; ce potentiel cheval de Troie pour l'urbanisation de la zone, une grande mobilisation populaire a lieu autour de la F&#233;d&#233;ration des Murs-&#224;-P&#234;ches, qui regroupe l'ensemble des acteurs du site. Le 20 mai 2018, environ 2 000 personnes marchent vers la mairie pour contester le projet de Bouygues... qui dispara&#238;t des radars peu de temps apr&#232;s. Visiblement mal &#224; l'aise, la mairie ne donne aucune pr&#233;cision sur ce qui s'est jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre le printemps 2020 pour qu'elle finisse par communiquer, non pas sur l'enterrement du projet de Bouygues, mais sur sa volont&#233; de rassembler les acteurs des Murs-&#224;-P&#234;ches et de reprendre la main, via l'Epfif, sur la d&#233;pollution. &#192; l'&#233;t&#233;, les entrepreneurs auxquels la mairie louait des bouts d'usine sont pri&#233;s de quitter le site. La municipalit&#233; planifie dans la foul&#233;e et &#224; la va-vite la d&#233;molition d'EIF sur la base du sch&#233;ma de d&#233;pollution pens&#233; dans le projet de Bouygues, sans aucune garantie sanitaire, tout en commandant &#224; l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) une campagne de pr&#233;l&#232;vements chez les riverains pour estimer et suivre l'impact de la pollution &#224; l'ext&#233;rieur du site.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Habitant&#183;es mobilis&#233;&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que na&#238;t, en juin 2020, l'association Restes ensemble, fond&#233;e par les riverain&#183;es voisin&#183;es de l'usine, inquiet&#183;es apr&#232;s que la mairie a annonc&#233; l'existence de forts taux de pollution. &#171; &lt;i&gt;Une de nos revendications, c'&#233;tait que les travaux ne d&#233;butent pas sans une enqu&#234;te pr&#233;liminaire pour conna&#238;tre les &#233;ventuels impacts de la pollution&lt;/i&gt; &#187;, nous explique un des membres de l'association. D'autant que &#171; &lt;i&gt;le plan de d&#233;pollution ne prenait absolument pas en compte la potentielle contamination du voisinage ni la dangerosit&#233; des op&#233;rations de d&#233;pollution en elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur angoisse ? Qu' &#187; &lt;i&gt;en cas d'accident lors de la d&#233;molition, il n'y ait aucun moyen de prouver que les variations de pollution sont li&#233;es aux travaux. On s'est donn&#233; comme but principal non pas de s'opposer &#224; la d&#233;pollution, mais d'obtenir des garanties pour qu'elle se fasse dans un objectif de sant&#233; publique&lt;/i&gt; &#187;, insistent les membres de Restes ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Squatter pour mieux prot&#233;ger&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 15 septembre 2020, un autre collectif, Garde la p&#234;che, prend possession des lieux, investissant les parties non pollu&#233;es de l'usine et contraignant la mairie &#224; ajourner les travaux de d&#233;molition qui devaient d&#233;buter fin octobre. Pour Restes ensemble, &#171; &lt;i&gt;sans l'occupation du site, les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;travaux auraient d&#233;but&#233; par la d&#233;molition des b&#226;timents, ce qui aurait &#233;t&#233; une erreur gravissime&lt;/i&gt; &#187;. Le collectif saisit Environnement 93, qui f&#233;d&#232;re les associations de protection de l'environnement de Seine-Saint-Denis, et attaque le permis de d&#233;molir. En juillet 2021, l'Epfif demande finalement &#224; la mairie de le retirer. &#171; &lt;i&gt;Strat&#233;giquement, l'occupation du site &#233;tait vitale&lt;/i&gt; &#187;, en conclut Restes ensemble. Pas du go&#251;t de la mairie qui depuis, n'a cess&#233; de mener une guerre aveugle aux squatteur&#183;ses, jusqu'&#224; d&#233;poser une plainte pour &#171; mise en danger pour la vie d'autrui &#187;, pointant du doigt l'accueil d'&#233;v&#233;nements et d'h&#233;bergement sur un site pollu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les occupant&#183;es continuent &#224; esp&#233;rer &#171; &lt;i&gt;que les institutions, la mairie, ouvrent le dialogue m&#234;me si l'on construit ici des choses qui ne sont pas dans leur logique&lt;/i&gt; &#187;. C'est que ces dix-huit derniers mois, les squatteur&#183;ses n'ont pas ch&#244;m&#233;. En effet, depuis le d&#233;but de l'occupation de septembre 2020, l'usine rena&#238;t de ses cendres, accueillant spectacles, chorale militante, ateliers de ferronnerie, d'arts plastiques, de menuiserie, etc. Tout un &#233;cosyst&#232;me culturel f&#233;d&#233;r&#233; autour de la friche qui entend bien profiter du b&#226;timent et de ses espaces ext&#233;rieurs propices &#224; une cr&#233;ation libre et d&#233;connect&#233;e des logiques de l'industrie culturelle. Le collectif organise &#233;galement des r&#233;cup&#233;rations d'invendus bio, redistribu&#233;s &#224; des associations du quartier qui les servent lors de repas solidaires. Sans oublier que le lieu sert aussi &#224; l'occasion d'h&#233;bergement d'urgence. &#171; &lt;i&gt;Nous voulons que la mairie reconnaisse la r&#233;alit&#233; du travail social, culturel, populaire et non institutionnel qui existe ici,&lt;/i&gt; d&#233;fendent les occupant&#183;es. &lt;i&gt;Qu'elle reconnaisse la richesse de ce qui s'y passe&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;Cette usine doit appartenir &#224; tout ce tissu d&#233;j&#224; en place&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Antonin Padovani&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;e par la r&#233;daction, la municipalit&#233; n'a pas souhait&#233; communiquer sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les collectifs dont il est ici question ont demand&#233; que les paroles de leurs membres soient restitu&#233;es collectivement et non individuellement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Projet contest&#233; de m&#233;tropolisation de l'agglom&#233;ration parisienne. Lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-deteste-le-Grand' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tout le monde d&#233;teste le Grand Paris &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 162 (f&#233;vrier 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fin du monde industriel ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-fin-du-monde-industriel</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-fin-du-monde-industriel</guid>
		<dc:date>2021-06-17T07:26:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>usines</dc:subject>
		<dc:subject>usine</dc:subject>
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		<dc:subject>Rouen</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de CQFD une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguis&#233; sur l'impact des restructurations et des fermetures. J'ai travaill&#233; pendant plus de quarante ann&#233;es en usine. Une usine de l'industrie chimique de la r&#233;gion de Rouen (Seine-Maritime). Gasp ! Quarante ans dans la m&#234;me usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/usines" rel="tag"&gt;usines&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/usine" rel="tag"&gt;usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/usines-chimiques" rel="tag"&gt;usines chimiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/region" rel="tag"&gt;r&#233;gion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rouen" rel="tag"&gt;Rouen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Total" rel="tag"&gt;Total&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-engrais" rel="tag"&gt;d'engrais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguis&#233; sur l'impact des restructurations et des fermetures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH515/-1797-6723e.jpg?1782673916' width='500' height='515' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de L.L. De Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; pendant plus de quarante ann&#233;es en usine. Une usine de l'industrie chimique de la r&#233;gion de Rouen (Seine-Maritime). &lt;i&gt;Gasp&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &lt;/i&gt;Quarante ans dans la m&#234;me usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je vous en ai d&#233;j&#224; parl&#233;, il y a quelques ann&#233;es, &#224; travers ma chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;pisodes de ces chroniques ont depuis &#233;t&#233; r&#233;unis dans un ouvrage &#233;ponyme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ce n'est pas pour jouer au vieux con mais, pendant tout ce temps, j'en ai vu des usines fermer, des r&#233;gions sinistr&#233;es, des ouvriers qui se battent pour leur survie, des suicides lors de licenciements, des ch&#244;meurs... Dans la r&#233;gion rouennaise, d&#232;s les ann&#233;es 1970, j'ai commenc&#233; &#224; voir plier boutique les usines de filature et de m&#233;tallurgie. Apr&#232;s, ce furent les usines chimiques &#8211; notamment d'engrais, nombreuses dans le coin &#8211;, suivies des sous-traitants de l'automobile. Cela a toujours entra&#238;n&#233; des conflits, souvent durs et longs, rarement victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fermeture son lot de ch&#244;meurs mais aussi un brassage. Dans l'usine o&#249; je pointais, ce sont des ouvriers licenci&#233;s de papeteries ou d'usines d'engrais, des chaudronniers, des &#233;lectriciens, qui arrivaient pour remplacer nos coll&#232;gues partant en retraite. C'&#233;tait une bonne chose pour nous : chacun amenait ses exp&#233;riences de travail mais &#233;galement de rapport &#224; la hi&#233;rarchie voire de bagarres sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon usine aussi, nous avons connu des restructurations ; des arr&#234;ts d'ateliers pour cause de v&#233;tust&#233; ou d'obsolescence ; des produits qui se vendent moins bien, aux yeux des actionnaires. Ce qui fait que, de rachats en changements de nom, l'effectif de l'usine, en quarante ann&#233;es, est pass&#233; de 2 000 &#224; 350.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tr&#232;s nombreuses fois, nous avons pens&#233; que la bo&#238;te allait fermer. &#192; chaque annonce de plan &#171; social &#187;, nous &#233;tions convaincus que ce serait le dernier. Quand nos usines sont pass&#233;es sous le giron de Total, nous savions que c'&#233;tait pour se d&#233;barrasser d'un secteur jug&#233; pas assez rentable. La catastrophe d'AZF, &#224; Toulouse en 2001, a oblig&#233; Total &#224; ralentir ses vell&#233;it&#233;s. Les fermetures ont tout de m&#234;me eu lieu et pr&#232;s de dix usines ont disparu, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. En 2013, &#233;chaud&#233; par un des proc&#232;s de la catastrophe, &#224; l'issue duquel la responsabilit&#233; d'une de ses filiales avait &#233;t&#233; point&#233;e, Total a vendu ce qui restait : ses trois derniers sites de fabrication d'engrais (se situant dans des zones fortement agricoles et surtout c&#233;r&#233;ali&#232;res) &#224; Borealis, bo&#238;te autrichienne aux capitaux venant d'Abu Dhabi. Une 4e situ&#233;e &#224; Mazingarbe (Pas-de-Calais) a &#233;t&#233; c&#233;d&#233;e &#224; Maxam. Aujourd'hui, Maxam ferme l'usine et Borealis cherche &#224; revendre ses sites fran&#231;ais depuis deux ans. &#199;a continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restructurations et les d&#233;localisations font partie de l'histoire industrielle. Les fabriques, ateliers, usines ont r&#233;guli&#232;rement connu des mutations, parfois brutales. Cela commen&#231;a sans doute lorsque la vapeur et les turbines remplac&#232;rent les moulins le long des fleuves et rivi&#232;res. Ensuite il y eut le gaz puis l'&#233;lectricit&#233;, le taylorisme, le toyotisme, l'automatisation, la robotisation, l'informatisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque bouleversement technique son lot de changement de fa&#231;on de travailler, mais aussi ses fermetures d'usines ou ses constructions de nouveaux sites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les modifications de produits et &#233;volutions des techniques, outre les modes, outre les ateliers trop vieux, c'est d&#233;sormais surtout une guerre &#233;conomique qui se joue &#224; coups de dividendes jug&#233;s toujours trop faibles par les actionnaires. Et si, devant les cam&#233;ras, les PDG se tapent dans le dos, c'est pour mieux s'&#233;charper sur les march&#233;s. Chacun d'entre eux ne visant qu'&#224; faire couler ou acheter le concurrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, ceux qui trinquent sont celles et ceux qui travaillent dans ces bo&#238;tes. Aussi bien les salari&#233;s qui sont vir&#233;s que ceux qui les remplacent dans un autre pays o&#249; l'usine a &#233;t&#233; r&#233;implant&#233;e et o&#249; l'on bosse pour des salaires de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, il semblerait qu'il y ait eu une certaine inertie dans les restructurations, notamment par rapport au continent am&#233;ricain o&#249;, pourtant, le tissu industriel s'amenuise aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins de quarante ans, le nombre d'ouvriers en France, r&#233;pertori&#233; par l'INSEE, est pass&#233; de 6,9 millions &#224; 5,3 millions... Ce n'est pas rien. Et c'est surtout dans l'industrie que &#231;a s'est vid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, au niveau mondial, le nombre d'ouvriers est en progression. Ils se trouvent maintenant en Asie, o&#249; l'agriculture intensive a vid&#233; les campagnes et offert une main-d'&#339;uvre pas cher aux entreprises qui prosp&#232;rent d&#233;sormais en Inde, au Pakistan, en Chine, en Cor&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la situation sanitaire et &#233;conomique contribue &#224; amplifier le mouvement vers une industrie connect&#233;e, d&#233;j&#224; entrepris depuis quelques ann&#233;es. L'industrie asiatique a pris les devants mais, dans les pays occidentaux, pour ceux et celles qui ne se retrouvent pas sur le carreau, cela entra&#238;ne la casse des collectifs : t&#233;l&#233;travail et ub&#233;risation des m&#233;tiers. Ainsi que la fin du salariat (c'est autre chose que l'abolition du salariat revendiqu&#233;e jadis) par la mise en concurrence de chacun, somm&#233; de devenir autoentrepreneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion de Rouen a &#233;t&#233; tr&#232;s touch&#233;e par ces restructurations. Le nombre d'usines a fondu comme neige au soleil. Le seul avantage, c'est qu'on y respire mieux (sauf quand Lubrizol s'est enflamm&#233;e en septembre 2019). Le dernier gros bastion historique &#224; avoir ferm&#233;, c'est la Chapelle Darblay, une papeterie historique de la r&#233;gion qui fabriquait du papier recycl&#233; de qualit&#233;. Pour l'instant, il n'y a pas de repreneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on suit les m&#233;andres de la Seine autour de Rouen, on ne voit plus que de gigantesques hangars en taule avec des plateformes de chargement pour semi-remorques. Bollor&#233; et consorts ont pris la rel&#232;ve et livrent &#224; pr&#233;sent par la route les contenus de containers arrivant par gros tankers, bourr&#233;s de &lt;i&gt;big bags &lt;/i&gt;d'engrais ou de produits chimiques qui &#233;taient fabriqu&#233;s aux m&#234;mes endroits avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre usine historique de la r&#233;gion, la raffinerie Shell-Petroplus de Petit-Couronne, a &#233;t&#233; ferm&#233;e il y a plus de six ans. Voil&#224; qu'on apprend, apr&#232;s la d&#233;pollution du site, que, dans les grands hangars en cours de montage, c'est Amazon qui s'installe. Carr&#233;ment. Un mouvement s'est cr&#233;&#233; pour emp&#234;cher cette implantation, avec p&#233;titions et manifestations &#224; la cl&#233;. Seul le maire de la ville milite pour que &#231;a se fasse, &#171; pour l'emploi &#187;. Et quel emploi ! Des exploit&#233;s en CDD qui doivent aller chercher les produits d'une all&#233;e &#224; l'autre en vitesse (faisant jusqu'&#224; 20 bornes par jour) et des livreurs, au statut impos&#233; de micro-entrepreneurs, qui doivent livrer au plus vite et dans n'importe quelles conditions. Sans compter tout ce qu'implique Amazon dans la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de cette fin d'un monde industriel, &#224; quelques kilom&#232;tres de ce site, en lisi&#232;re de Rouen, juste aux portes de l'usine Lubrizol, la M&#233;tropole a lanc&#233; en 2011 la cr&#233;ation d'un &#171; &#233;coquartier &#187;, ce qui est tendance. L'objectif &#233;tant en partie d'y faire venir vivre celles et ceux qui bossent &#224; La D&#233;fense (une heure de route ou de train quand il n'y a pas de bouchon ou de parpaing sur les voies). Le hic, c'est que sur ce terrain se trouvaient auparavant des usines chimiques et m&#233;tallurgiques. Il y a dans ces sols des hydrocarbures, des m&#233;taux lourds et j'en passe. Plut&#244;t que de d&#233;polluer, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire venir des tas de terre par trains et camions pour remonter le sol de plus de six m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie du dossier &#171; Apr&#232;s l'usine &#187; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &#233;pisodes de ces chroniques ont depuis &#233;t&#233; r&#233;unis dans un ouvrage &#233;ponyme publi&#233; chez Libertalia (2016).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1798.jpg' width=&#034;350&#034; height=&#034;577&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Il y a une fin dans le travail salari&#233;, mais le travail de subsistance ne s'arr&#234;te jamais &#187;</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand les usines s'en vont ? Que deviennent les villes, les gens, les liens ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, les six membres du collectif Rosa Bonheur ont arpent&#233; pendant quatre ans un ancien bastion de l'industrie textile : Roubaix. Dans leur livre La Ville vue d'en bas, ces chercheurs en sciences sociales racontent la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;brouille, la nostalgie et les solidarit&#233;s des anciens ouvriers ; mais aussi la lutte des classes pour l'espace urbain. Hakim est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que se passe-t-il quand les usines s'en vont ? Que deviennent les villes, les gens, les liens ? Pour r&#233;pondre &#224; ces questions, les six membres du collectif Rosa Bonheur ont arpent&#233; pendant quatre ans un ancien bastion de l'industrie textile : Roubaix. Dans leur livre &lt;i&gt;La Ville vue d'en bas&lt;/i&gt;, ces chercheurs en sciences sociales racontent la pr&#233;carit&#233;, la d&#233;brouille, la nostalgie et les solidarit&#233;s des anciens ouvriers ; mais aussi la lutte des classes pour l'espace urbain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH345/-1789-853dd.jpg?1783061409' width='500' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Pirrik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hakim est m&#233;canicien de rue. Il fait travailler les jeunes du quartier et d&#233;panne les voisins. Sofian, la vingtaine, r&#233;alise l'autoconstruction d'un immeuble. Kadouja, fra&#238;chement retrait&#233;e, mais depuis longtemps dans la pr&#233;carit&#233;, ne se m&#233;nage pas. Elle est de tous les collectifs, de toutes les associations. Didier vend les cages aux oiseaux qu'il fabrique, &#171; &lt;i&gt;&#224; deux, trois euros pi&#232;ce&lt;/i&gt; &#187;, aux puces du quartier. Tous vivent &#224; Roubaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tours et d&#233;tours de leurs vies sont racont&#233;s dans &lt;i&gt;La Ville vue d'en bas. Travail et production de l'espace populaire&lt;/i&gt;, passionnant ouvrage publi&#233; en 2019 aux &#201;ditions Amsterdam. Les auteurs, un collectif de chercheurs lillois baptis&#233; Rosa Bonheur, y relatent quatre ann&#233;es d'enqu&#234;te ethnographique : des observations et des entretiens men&#233;s au gr&#233; des rencontres dans cette ville du Nord, cas presque id&#233;al-type, tant elle a subi la d&#233;sindustrialisation de plein fouet, passant de fleuron de l'industrie textile &#224; commune parmi les plus pauvres de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de donner dans l'enqu&#234;te surplombante, le collectif s'est mis &#224; hauteur d'habitants et a choisi de raconter les espaces sociaux et g&#233;ographiques en mettant l'accent sur la production, les savoir faire, l'entraide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anne Bory et Jos&#233;-Angel Calder&#243;n sont sociologues. La premi&#232;re m&#232;ne de front deux chantiers : elle s'int&#233;resse autant &#224; la philanthropie des &#233;lites &#233;conomiques qu'aux cons&#233;quences de la d&#233;sindustrialisation sur les classes populaires. Le second &#233;tudie les transformations de l'emploi et du travail. Visite guid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi Roubaix est-elle une ville de choix pour analyser l'impact de la d&#233;sindustrialisation sur un territoire et ses habitants ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne Bory :&lt;/strong&gt; &#171; C'est une ville marqu&#233;e par la mono-industrie ; depuis le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, tout le d&#233;veloppement local a &#233;t&#233; orient&#233; par les besoins en main-d'&#339;uvre de l'industrie textile. La population ouvri&#232;re est vite devenue internationale : belge, europ&#233;enne puis nord-africaine. Quand les d&#233;tenteurs du capital ont d&#233;cid&#233; de d&#233;localiser, en ne gardant sur place que les activit&#233;s de conception qui n&#233;cessitent une main-d'&#339;uvre qualifi&#233;e, l'activit&#233; proprement industrielle a baiss&#233;, puis disparu. Tout n'a pas ferm&#233; d'un coup, il y a eu des restructurations permanentes des ann&#233;es 1960 jusqu'au milieu des ann&#233;es 2000. Mais les populations locales, form&#233;es et install&#233;es ici pour ce travail-l&#224;, se sont retrouv&#233;es sans emploi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jos&#233;-Angel Calder&#243;n :&lt;/strong&gt; &#171; Roubaix correspond au mod&#232;le de la ville-usine, une structuration urbaine que l'on retrouve &#224; Li&#232;ge ou Charleroi, en Belgique. Tout a &#233;t&#233; pens&#233; pour l'usine et donc pour loger les ouvriers &#224; proximit&#233;. La ville s'est construite pour et autour de la production industrielle, la mairie a souvent &#233;t&#233; aux mains du patronat ou cog&#233;r&#233;e avec lui. Mais la classe ouvri&#232;re a eu un vrai poids dans l'agenda municipal jusque dans les ann&#233;es 1980 ; Roubaix a &#233;t&#233; une des villes phares du socialisme municipal. Des infrastructures culturelles et sportives ont par exemple &#233;t&#233; pens&#233;es pour les ouvriers. &#192; la fermeture des usines, il y a eu une vraie rupture. En plus, dans un contexte de m&#233;tropolisation avec Lille et Tourcoing, ph&#233;nom&#232;ne qui a aspir&#233; les ressources. Roubaix en est sortie perdante. La ville est devenue entrepreneuriale, il n'y a plus de projet municipal &#8211; ou, en tout cas, le projet choisi ne s'adresse plus &#224; sa population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle m&#233;moire reste-t-il du &#171; temps des usines &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; On a rencontr&#233; une association d'anciens salari&#233;s du textile : &#233;videmment, chez eux, cette m&#233;moire est tr&#232;s pr&#233;sente et le travail &#224; l'usine est appr&#233;hend&#233; sous l'angle de la nostalgie, avec une mise en avant forte de l'int&#233;gration sociale et des solidarit&#233;s ouvri&#232;res. Leurs discours ont tendance &#224; gommer la dimension conflictuelle du travail &#224; l'usine, sa duret&#233;, parce qu'ils veulent peser dans l'agenda politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes que nous avons rencontr&#233;es &#233;taient souvent des filles d'ouvriers du textile ou des &#233;pouses d'ouvriers licenci&#233;s &#8211; ce qui ne veut &#233;videmment pas dire qu'il n'y a pas eu d'ouvri&#232;res : elles &#233;taient nombreuses dans le secteur de la filature. Mais celles avec qui nous avons pass&#233; du temps nous ont surtout parl&#233; du quotidien qui change quand le mari ne travaille plus &#224; l'usine. En termes de temps, de moyens financiers, d'interd&#233;pendances. Elles nous ont aussi racont&#233; dans quel &#233;tat de fatigue revenaient les p&#232;res ou les &#233;poux, ce qu'ils racontaient de l'usine. Pour ces enqu&#234;t&#233;es, il s'agit d'un lieu pr&#233;sent, mais assez lointain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Parmi les hommes, le sentiment d'injustice est tr&#232;s pr&#233;sent dans les discours. Ce n'est pas un regret de l'usine mais un sentiment d'&#234;tre laiss&#233;s pour compte, d'avoir &#233;t&#233; abandonn&#233;s. On dit que Roubaix a &#233;t&#233; en crise, est en crise. C'est vrai pour ses habitants les plus pauvres, mais les capitaux, eux, n'ont jamais &#233;t&#233; en crise. Ils sont toujours l&#224;. Les grandes familles sont toujours l&#224;, celles qui ont fait fortune sur le dos des Roubaisiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; des ouvriers, notamment dans les phases initiales du traitement de la laine, &#233;tait tr&#232;s dure, les t&#226;ches extr&#234;mement p&#233;nibles. On a recueilli assez peu de r&#233;cits sur ce qui se passait dans ces usines mais les traces sont encore visibles sur les corps, us&#233;s et fatigu&#233;s. Les Roubaisiens ont une esp&#233;rance de vie pr&#232;s de trois ans inf&#233;rieure &#224; la moyenne nationale. En r&#233;alit&#233;, les r&#233;cits positifs sur la vie d'avant, la vie d'usine, sont surtout le fait de celles et ceux qui veulent mettre en valeur le patrimoine industriel. Il faut vraiment nuancer ces discours : oui, contrairement &#224; aujourd'hui, les gens avaient un emploi mais les conditions de vie &#233;taient aussi tr&#232;s dures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; En revanche, il existe une m&#233;moire tr&#232;s pratique du travail industriel dans les activit&#233;s manuelles aujourd'hui exerc&#233;es par ces anciens salari&#233;s, comme la r&#233;paration automobile ou le jardinage. Cette valorisation tr&#232;s forte du travail &lt;i&gt;fait main&lt;/i&gt; n'est pas rattach&#233;e dans le discours aux anciennes usines, mais en pratique elle est un h&#233;ritage de ce travail industriel. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; C'est ce que la sociologue Florence Weber appelle le &#8220;travail-&#224;-c&#244;t&#233;&#8221; : le bricolage, la couture, etc. Tout cela constitue un autre rapport, y compris esth&#233;tique, au monde, et contribue &#224; la production d'une culture ouvri&#232;re o&#249; les savoir-faire sont centraux. &#199;a n'a pas disparu avec la fermeture des usines ; simplement, ces activit&#233;s qui &#233;taient &#224; l'&#233;poque consid&#233;r&#233;es comme du travail &#224; la marge, &lt;i&gt;&#224; c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;, sont aujourd'hui devenues centrales, comme la r&#233;paration, l'autor&#233;habilitation du b&#226;ti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Que font les gens qui ne font rien ?&lt;/i&gt; &#187; C'est une interrogation que vous posez dans votre livre, en y r&#233;pondant tr&#232;s vite : tous continuent &#224; faire, &#224; travailler. Comment l'activit&#233; se r&#233;organise-t-elle apr&#232;s les fermetures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; M&#234;me si l'emploi industriel a quasi int&#233;gralement disparu, il demeure de l'emploi salari&#233; populaire dans les services &#224; la personne, dans l'associatif, &#224; Roubaix et autour. Quelques industries, notamment &#224; la fronti&#232;re belge, continuent d'embaucher aussi, de mani&#232;re pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y a du travail non salari&#233;, le travail de subsistance, comme le nomme la sociologue allemande Maria Mies, qui recoupe l'ensemble des activit&#233;s permettant de garder la t&#234;te hors de l'eau. Certaines de ces activit&#233;s sont r&#233;mun&#233;r&#233;es, c'est le cas de la m&#233;canique &#224; ciel ouvert ou de tout ce qui se passe entre deux portes, des petites prestations qui sortent du march&#233; officiel, comme le soin &#224; la personne, la fabrication de meubles, d'objets. Pour d'autres activit&#233;s encore, il n'y a pas de r&#233;mun&#233;ration mon&#233;taire mais un syst&#232;me d'&#233;change et de r&#233;ciprocit&#233;, soit dans la famille ou la maisonn&#233;e, soit via des interconnaissances, dans la rue, le quartier, la ville. Il peut alors s'agir de gestion des papiers administratifs, de travail &#233;ducatif, de petits travaux ou tout simplement de r&#233;ussir &#224; consommer avec des moyens r&#233;duits. C'est un vrai travail : s'adapter &#224; un budget serr&#233;, calculer les prix en fonction de la qualit&#233; des produits. De la m&#234;me fa&#231;on, r&#233;parer, produire soi-m&#234;me, faire de la couture, la cuisine : ce sont des formes de travail tr&#232;s concr&#232;tes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les cons&#233;quences de ce &#171; travail de subsistance &#187; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; L'int&#233;gralit&#233; du temps est colonis&#233;e par ce travail. On sort du mod&#232;le &#8211; d'ailleurs tr&#232;s masculin &#8211; des trois-huit. Il y a une fin dans le travail salari&#233; mais le travail de subsistance, lui, ne s'arr&#234;te jamais et concerne l'int&#233;gralit&#233; du temps. Les femmes que nous avons rencontr&#233;es ont un agenda de ministre, elles ne font jamais une seule chose &#224; la fois et les 24 heures de la journ&#233;e ne suffisent pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Ce qui change, c'est le contexte dans lequel ces activit&#233;s sont faites : celui d'une &#8220;d&#233;salarisation&#8221;. Il ne s'agit pas uniquement de la forme du contrat de travail, mais aussi du fait d'avoir acc&#232;s ou non &#224; la protection sociale, &#224; des politiques sociales d'entreprise, &#224; un collectif ouvrier organis&#233;. D&#233;sormais, et c'est le cas pour tout le monde, il faut travailler plus, avec moins de moyens et moins d'argent. Pour le travail de soin &lt;i&gt;[le &#8220;care&#8221;]&lt;/i&gt;, les personnes doivent de plus en plus s'occuper seules de leurs proches malades car la qualit&#233; du service public baisse. La d&#233;gradation du b&#226;ti est &#233;galement assez ph&#233;nom&#233;nale, donc les gens doivent se d&#233;brouiller en r&#233;parant eux-m&#234;mes leur habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on a fait le pari de nommer &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; toutes ces activit&#233;s. De la m&#234;me fa&#231;on que le f&#233;minisme parle de travail domestique, qui est un vrai travail sauf qu'il n'est pas consid&#233;r&#233; comme tel. Il faut reconna&#238;tre le travail de subsistance comme &#233;tant du travail, pour repenser les liens sociaux dans une soci&#233;t&#233; qui a tendance &#224; marginaliser ces personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre sujet : comment le territoire, longtemps organis&#233; autour des usines, se transforme-t-il une fois celles-ci ferm&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; L'arr&#234;t de l'industrie change fondamentalement le d&#233;cor, parce qu'il a &#233;t&#233; fa&#231;onn&#233; pour elle. Mais les usines ne disparaissent pas, du moins pas tout de suite. Il y a des friches, des terrains inutilis&#233;s. Certains b&#226;timents sont r&#233;habilit&#233;s pour faire du logement destin&#233; aux classes moyennes sup&#233;rieures, des lofts ou des bureaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; Le pass&#233; est encore pr&#233;sent : il reste des chemin&#233;es d'usine de tr&#232;s grands b&#226;timents industriels. L'usage d'une grande partie du b&#226;ti change mais l'organisation urbaine reste assez stable. &#192; Roubaix, il y a des quartiers r&#233;sidentiels tr&#232;s luxueux, toujours occup&#233;s par les m&#234;mes familles ayant fait fortune dans l'industrie, et des logements ouvriers en brique, qui sont encore aujourd'hui le lieu de vie des classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, d'anciens quartiers ouvriers ont &#233;t&#233; d&#233;truits, mais cette disparition est assez r&#233;cente. Elle s'effectue d'ailleurs sous couvert de r&#233;novation et d'am&#233;lioration de l'habitat, surtout pens&#233;es pour virer les pauvres. Mais ce n'est pas tr&#232;s efficace. Roubaix reste une ville tr&#232;s populaire et les nouveaux habitants qui viennent s'y installer sont eux aussi plut&#244;t pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il qu'il existe une politique de &#8220;d&#233;densification&#8221; qui s'attaque essentiellement aux quartiers les plus pr&#233;caires. Le probl&#232;me, c'est que &#8220;d&#233;densifier&#8221; a pour cons&#233;quence de briser les liens sociaux ; c'est comme si on s'attaquait &#224; un collectif de travail en supprimant un poste de travail sur deux, tant l'habitat, la rue et les &#233;changes de proximit&#233; qu'ils induisent entre voisins sont importants. Les &#233;conomies de subsistance que l'on d&#233;crit n'auraient pas pu appara&#238;tre ailleurs que dans ces villes ouvri&#232;res, construites de mani&#232;re particuli&#232;re, ouvertes sur la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, celui de la fa&#231;on dont la m&#233;moire s'inscrit dans le paysage, le quartier de l'Union, qui abritait plusieurs tr&#232;s grandes usines et des logements ouvriers, a par exemple &#233;t&#233; compl&#232;tement ras&#233; au milieu des ann&#233;es 2000 et les pouvoirs publics y ont construit un centre pour le textile innovant, avec le projet d'un &#233;coquartier destin&#233; aux classes moyennes. Les anciens ouvriers se sont alors constitu&#233;s en collectif, l'Union des gens du textile, pour tenter de peser dans cet espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous d&#233;fendez le concept de &#171; centralit&#233; populaire &#187; pour d&#233;finir des quartiers souvent d&#233;sign&#233;s comme p&#233;riph&#233;riques qui seraient au contraire centraux &#171; &lt;i&gt;car ils cumulent des fonctions d'acc&#232;s au logement et d'ancrage r&#233;sidentiel, d'activit&#233;s &#233;conomiques et de travail&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J.-A. C. :&lt;/strong&gt; &#171; La centralit&#233; populaire est un outil. Les gens s'entraident pour acheter, louer ou r&#233;nover des logements par exemple. C'est n&#233;cessaire pour ces populations qui sont souvent discrimin&#233;es sur ces questions, et c'est encore plus vrai pour les personnes racis&#233;es. Les habitants disputent l'espace au capital et aux processus de gentrification, ils luttent contre des administrateurs qui veulent interdire tel march&#233; aux puces ou imposer les formes et l'organisation d'un nouveau potager collectif, tout en supprimant des jardins ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. B. :&lt;/strong&gt; &#171; Il y a une conflictualit&#233; dans la gestion de l'espace. C'est bien pour &#231;a qu'il y a des formes de contr&#244;le social sur la r&#233;novation des logements ou sur l'activit&#233; de m&#233;canique &#224; ciel ouvert. De nouvelles normes ou des interdictions sont prises car ce n'est pas conforme aux attentes esth&#233;tiques des classes moyennes sup&#233;rieures. Le fait m&#234;me que les populations les plus populaires utilisent l'espace rend celui-ci moins attractif &#224; leurs yeux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; dans le dossier &#171; Apr&#232;s l'usine &#187; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand l'usine a ferm&#233;, que reste-t-il ?</title>
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		<dc:date>2021-06-04T07:00:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction du dossier publi&#233; dans le num&#233;ro 199 de CQFD. Il y est question d'usines en carafe, de territoires sinistr&#233;s et d'anciens ouvriers qui luttent mais parfois sombrent. En octobre dernier, L'Usine nouvelle appelait &#231;a &#171; la deuxi&#232;me vague &#187; : apr&#232;s l'&#233;pid&#233;mie de Covid, celle des plans sociaux. Selon les calculs de l'hebdomadaire, trente-six fermetures de sites industriels venaient d'&#234;tre d&#233;cid&#233;es aux quatre coins de la France, impactant directement 5 350 personnes. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salaries" rel="tag"&gt;salari&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sites-749" rel="tag"&gt;sites&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est l'introduction du dossier publi&#233; dans le num&#233;ro 199 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Il y est question d'usines en carafe, de territoires sinistr&#233;s et d'anciens ouvriers qui luttent mais parfois sombrent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH526/-1784-9a4f8.jpg?1783203258' width='500' height='526' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Victor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En octobre dernier, &lt;i&gt;L'Usine nouvelle&lt;/i&gt; appelait &#231;a &#171; la deuxi&#232;me vague &#187; : apr&#232;s l'&#233;pid&#233;mie de Covid, celle des plans sociaux. Selon les calculs de l'hebdomadaire, trente-six fermetures de sites industriels venaient d'&#234;tre d&#233;cid&#233;es aux quatre coins de la France, impactant directement 5 350 personnes. Mais, virus ou pas, l'h&#233;morragie ne date pas d'hier : &#171; &lt;i&gt;Entre 1970 et 2020, la France est le pays europ&#233;en qui s'est le plus d&#233;sindustrialis&#233;, avec une perte de 2,5 millions d'emplois industriels depuis 1974&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Tata Wikip&#233;dia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res d&#233;cennies, quand les m&#233;dias daignent &#233;voquer le sort des ouvriers d'usine, c'est donc surtout pour annoncer la fermeture d'un ancien fleuron de l'&#233;conomie et, souvent, relater la mobilisation des salari&#233;s oppos&#233;s &#224; leur licenciement. Puis s'&#233;gr&#232;nent les chiffres : le nombre de salari&#233;s licenci&#233;s, le montant des primes qu'ils ont touch&#233;es, le taux de ch&#244;mage du bassin d'emploi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les chiffres disent peu ; de l'humain, ils ne racontent pratiquement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que deviennent les ouvriers, une fois le combat perdu et les grilles de l'usine cadenass&#233;es ? Vers quel horizon se tourner apr&#232;s l'arr&#234;t des pointeuses et le d&#233;montage de l'enseigne ? Et quel avenir pour les villes, les quartiers d&#233;sindustrialis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce type de questions qui agitent ce dossier o&#249; nous nous aventurons &#224; creuser &lt;i&gt;l'apr&#232;s&lt;/i&gt;. Il s'agit de dire la violence d'une fermeture d'usine &#8211; le salaire parfois confortable, les sociabilit&#233;s et le sentiment d'utilit&#233; perdus &#8211; sans pour autant nier la p&#233;nibilit&#233; du labeur pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais rappeler que, lorsqu'un site industriel dispara&#238;t, c'est tout un univers qui s'envole en fum&#233;e. Et que, pour certains, c'est une amputation. Dans son livre-reportage &lt;i&gt;Le Quai de Ouistreham&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de l'Olivier, 2010.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la journaliste Florence Aubenas &#233;voque un ancien employ&#233; de feu la Soci&#233;t&#233; m&#233;tallurgique de Normandie : &#171; &lt;i&gt;Le mari de Victoria travaillait l&#224;, il ne voyait pas d'autre vie possible. Quand l'usine s'est d&#233;finitivement arr&#234;t&#233;e, le 6&lt;/i&gt; &lt;i&gt;novembre 1993, il est tomb&#233; malade, le soir m&#234;me, gravement, comme beaucoup d'autres.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#192; Caen, les gens parlent peu de l'usine engloutie : ceux qui ont v&#233;cu l'histoire &#233;vitent de passer par l&#224;, ils prennent une autre route, ou alors tournent la t&#234;te du c&#244;t&#233; oppos&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les ouvriers dont l'entreprise a ferm&#233;, &#171; &lt;i&gt;un d&#233;dommagement financier ne r&#233;pare pas le pr&#233;judice de la remise en question de leur monde&lt;/i&gt; &#187;, rappelle dans ces colonnes la sociologue Dani&#232;le Linhart &lt;i&gt;[pp. IV &amp; V]&lt;/i&gt;. Exemple : &#171; &lt;i&gt;Avec mes coll&#232;gues, on&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;tait une famille,&lt;/i&gt; racontait r&#233;cemment &#224; France Culture un ancien de l'usine de pneus Bridgestone du Pas-de-Calais. &lt;i&gt;Quand on terminait notre service, on allait souvent chez l'un ou chez l'autre pour boire un verre, faire une partie de cartes. Tout cela va me manquer&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; B&#233;thune, rebondir apr&#232;s Bridgestone &#187;, reportage diffus&#233; le 3 mai dernier.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive aussi qu'une disparition d'usine ait des cons&#233;quences franchement tragiques. Ainsi de l'histoire de Slatko, ouvrier accul&#233; au suicide apr&#232;s la liquidation, en 2016, de son usine de fabrication de remorques de Meurthe-et-Moselle &lt;i&gt;[p. V]&lt;/i&gt;. Un homme broy&#233; par un syst&#232;me qui, profits obligent, n'h&#233;site pas &#224; ordonner qu'une usine plie boutique alors qu'elle aurait pu continuer sa route encore un temps. Les amateurs de plans sociaux, actionnaires et autres liquidateurs judiciaires qui capitalisent sur des vies humaines, feraient bien de s'extraire un instant de leurs consid&#233;rations sonnantes et tr&#233;buchantes pour envisager ce que fermer une usine signifie vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si elles laissent des traces ind&#233;l&#233;biles sur les gens, les fermetures de sites bouleversent aussi les territoires. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait l'entreprise du village, le poumon du bled, &lt;/i&gt;raconte Philippe Guilloux, r&#233;alisateur du documentaire &lt;i&gt;Les Illettr&#233;es&lt;/i&gt; (2018), au sujet de l'abattoir Gad, un important site agro-industriel breton disparu en 2013. &lt;i&gt;Lampaul-Guimiliau vivait raccord avec les horaires de l'abattoir. Les gens sortaient suivant les heures o&#249; ils embauchaient ou d&#233;bauchaient, &#231;a passait dans les rues, ils achetaient le pain, se rendaient &#224; la maison de la presse...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand une ville passe de terre d'industrie &#224; bassin de ch&#244;mage, c'est tout un &#233;quilibre social qui est &#224; r&#233;inventer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sociologues et g&#233;ographes du collectif Rosa Bonheur ont longuement &#233;tudi&#233; l'exemple de Roubaix (Nord), o&#249; les anciens salari&#233;s des usines textiles et leurs enfants se sont retrouv&#233;s &#171; &lt;i&gt;confin&#233;s aux marges du salariat&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;[pp. II &amp; III]&lt;/i&gt;. Montrant &#224; quel point les strat&#233;gies de subsistance aujourd'hui d&#233;ploy&#233;es par ces derniers constituent un vrai travail, leur enqu&#234;te d&#233;crit l'&#233;conomie informelle, la d&#233;brouille, l'entraide, les savoir-faire et la mani&#232;re dont ils fa&#231;onnent un rapport au territoire. Et d&#233;montre, par le positif, comment les gens, par leur implantation g&#233;ographique et l'investissement de la rue, peuvent faire de leur ville et de leur quartier des espaces de r&#233;sistance &#224; la &#171; &lt;i&gt;course &#224; la m&#233;tropolisation&lt;/i&gt; &#187; ainsi qu'&#224; la rel&#233;gation de l'histoire de l'industrie locale au rang de patrimoine culturel &lt;i&gt;bankable&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs une autre question qui se pose : que deviennent les sites industriels une fois d&#233;vitalis&#233;s ? R&#233;ponse rapide : quand ils ne sont pas d&#233;finitivement abandonn&#233;s parce qu'irr&#233;m&#233;diablement pollu&#233;s, ils peuvent devenir des friches culturelles, machines &#224; gentrification plus ou moins gripp&#233;es... ou encore &#234;tre remplac&#233;s par des entrep&#244;ts Amazon dans lesquels les ouvriers des &#171; temps modernes &#187; crapahutent des kilom&#232;tres par jour pour des salaires d&#233;risoires &lt;i&gt;[p. VI]&lt;/i&gt;. Quand les usines ferment, l'exploitation survit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions de l'Olivier, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.franceculture.fr/emissions/reportage-de-la-redaction/a-bethune-rebondir-apres-bridgestone&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; B&#233;thune, rebondir apr&#232;s Bridgestone&lt;/a&gt; &#187;, reportage diffus&#233; le 3 mai dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Joseph Ponthus : &#171; L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit &#187;</title>
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		<dc:date>2021-02-24T16:27:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec l'auteur d'&#192; la ligne, p&#233;pite noire d&#233;crivant trois ann&#233;es pass&#233;es dans l'enfer quotidien des abattoirs et conserveries de poisson. Il y est question de temps vol&#233; par le capitalisme, de travail &#224; la cha&#238;ne, des diff&#233;rentes facettes du monstre-usine et de litt&#233;rature qui rue dans les brancards. Ce 24 f&#233;vrier 2021, six mois apr&#232;s la publication de cet entretien sur papier dans le n&#176;190 de CQFD, nous apprenons le d&#233;c&#232;s de Joseph Ponthus. Nous publions donc cet entretien sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quotidien" rel="tag"&gt;quotidien&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec l'auteur d'&lt;i&gt;&#192; la ligne&lt;/i&gt;, p&#233;pite noire d&#233;crivant trois ann&#233;es pass&#233;es dans l'enfer quotidien des abattoirs et conserveries de poisson. Il y est question de temps vol&#233; par le capitalisme, de travail &#224; la cha&#238;ne, des diff&#233;rentes facettes du monstre-usine et de litt&#233;rature qui rue dans les brancards.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH704/-1717-f451b.jpg?1782643842' width='400' height='704' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Ce 24 f&#233;vrier 2021, six mois apr&#232;s la publication de cet entretien sur papier dans le n&#176;190 de &lt;/i&gt;CQFD&lt;i&gt;, nous apprenons le d&#233;c&#232;s de Joseph Ponthus. Nous publions donc cet entretien sur ce site en guise d'hommage.&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ami Joseph Ponthus, dit Ubi pour les intimes d'alors, je l'ai connu il y a quelques ann&#233;es &#224; l'&#233;poque de feu &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, canard cousin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans lequel il livrait des chroniques habit&#233;es sous l'intitul&#233; &#171; S&#233;vice social &#187;. D'une plume sensible et lyrique, il y racontait son quotidien d'&#233;ducateur dans un quartier de Nanterre &#8211; les gamins qui d&#233;connent gentiment, la justice implacable, les horizons balafr&#233;s. Il en a finalement tir&#233; un livre fort recommand&#233;, co&#233;crit avec quatre m&#244;mes qu'il suivait au quotidien : &lt;a href=&#034;https://www.editions-zones.fr/livres/nous-la-cite/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Nous, la Cit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (Zones, 2012). Depuis, de l'eau a coul&#233; sous les ponts et on s'est un peu perdus de vue &#8211; la vie. J'ai boug&#233; &#224; Marseille, lui &#224; Lorient, pas exactement la porte &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bretagne, il a vite compris que ses comp&#233;tences litt&#233;raires et sociales n'allaient pas aider &#224; faire bouillir la marmite. Sans un rond, classique, il s'est tourn&#233; vers l'int&#233;rim. C'est ainsi qu'ont commenc&#233; trois ann&#233;es de labeur particuli&#232;rement &#233;prouvantes &#8211; une dans des conserveries de poisson, deux dans des abattoirs. Un quotidien bouff&#233; par l'usine, qu'il d&#233;crit dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionslatableronde.fr/a-la-ligne/9782710389668&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; la ligne &#8211; feuillets d'usine&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;(La Table ronde, 2019), bouquin &#224; la forme si &#171; exp&#233;rimentale &#187; &#8211; vers libres, pas la moindre ponctuation &#8211; qu'il semblait condamn&#233; &#224; v&#233;g&#233;ter en solitaire dans les rayons de librairie. Sauf que non : le livre cartonne, est traduit un peu partout, et Ubi a pu dire au revoir &#224; cette foutue usine. Il faut dire qu'il est parvenu, en bon alchimiste litt&#233;raire, &#224; rendre particuli&#232;rement vivant et touchant ce monde que l'on cantonne g&#233;n&#233;ralement &#224; des visions sanglantes de carcasses et de corps d&#233;coup&#233;s. Sans mis&#233;rabilisme mais avec les tripes, il livre un t&#233;moignage qui se veut universel, ode au courage de ses coll&#232;gues et r&#233;quisitoire implacable contre ce mangeur de vie que peut &#234;tre le salariat, surtout version int&#233;rim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte ci-dessous est le quasi verbatim d'un entretien t&#233;l&#233;phonique avec Ubi, entrecoup&#233; de quelques citations de son livre.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Tout cela a commenc&#233; fort classiquement : ma compagne et moi n'ayant plus une thune, il fallait que je trouve du taf, sachant que dans ce coin les boulots pour un &#233;ducateur de quarante ans ne sont pas l&#233;gion. Je n'avais qu'une seule possibilit&#233; : l'int&#233;rim. Or, en Bretagne, ce qu'on t'y propose est g&#233;n&#233;ralement li&#233; &#224; l'agroalimentaire. C'est la plus grosse r&#233;gion d'Europe pour cette industrie, un h&#233;ritage de 1945, quand la r&#233;gion &#233;tait sinistr&#233;e et que les lobbies et le patronat local ont tout fait pour encourager cette fili&#232;re avec un discours simple en direction des politiques : &#8220;&lt;i&gt;Vous allez nous faire des belles routes et nous on va fournir tout ce que vous voulez en bouffe, poiscaille comme barbaque.&lt;/i&gt;&#8221; Leur argument : ils disposaient d'une r&#233;serve de mecs durs au mal, ceux qui tuent le cochon &#224; la ferme. Bref, c'est devenu une marque de fabrique. Aujourd'hui, un tiers de la population bretonne vit directement ou indirectement de l'agroalimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immersion a &#233;t&#233; quasiment imm&#233;diate : &#8220;&lt;i&gt;Tu commences demain &#224; six heures du mat.&lt;/i&gt;&#8221; Et l&#224; je me suis retrouv&#233; plong&#233; dans un autre monde. La seule comparaison qui me vient &#224; l'esprit, c'est le film &lt;i&gt;Les Temps modernes&lt;/i&gt; de Charlie Chaplin et sa repr&#233;sentation du travail &#224; la cha&#238;ne abrutissant. On te file un poste, on te montre, puis on te dit : &#8220;&lt;i&gt;On se retrouve dans 8 heures.&#8221;&lt;/i&gt; Voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, je ne pensais pas y rester longtemps. Je voyais l'int&#233;rim comme un mal temporaire, me disant que j'allais trouver autre chose. Mais &#231;a ne fonctionne pas comme &#231;a. L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit. Quand tu rentres chez toi, tu n'as qu'une seule envie : dormir. Tu as beau avoir lu tous les bouquins possibles, prol&#233;taires, prol&#233;tariens, tu ne comprends pas ce qui t'arrive. C'est ce que dit Robert Linhart dans &lt;i&gt;L'&#201;tabli&lt;/i&gt; &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrage publi&#233; en 1978 et symbole de ces mao&#239;stes qui avaient choisi d'aller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; quand il explique qu'il avait beau avoir boss&#233; sur Marx pendant vingt ans, il lui a fallu attendre sa premi&#232;re journ&#233;e d'usine pour comprendre ce qu'&#233;tait le concept de plus-value. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt; &#171; C'est le week-end / Je devrais reconstituer ma force de travail / C'est-&#224;-dire / Me reposer / Dormir / Vivre / Ailleurs qu'&#224; l'usine / Mais elle me bouffe &#187; &lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s lors que tu y as mis les pieds, l'usine est partout. Elle te bouffe le quotidien. Cela m'&#233;voque la mani&#232;re dont les mineurs &#233;voquaient la mine, disant d'elle que c'&#233;tait une &#8220;&lt;i&gt;mangeuse d'hommes&lt;/i&gt;&#8221;. L'usine c'est pareil. Les hommes et les femmes qui y bossent ne pensent qu'&#224; &#231;a : l'heure que tu vas mettre sur le r&#233;veil, celle de la pause, le prochain arrivage. C'est une perp&#233;tuelle lutte contre le temps. Il n'est d'ailleurs pas anodin que le documentaire en quatre &#233;pisodes de Stan Neumann r&#233;cemment diffus&#233; sur Arte soit intitul&#233; &lt;i&gt;Le Temps des ouvriers&lt;/i&gt; &lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Joseph Ponthus intervient &#224; plusieurs occasions dans ce documentaire.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Plongeant dans les racines du capitalisme, il d&#233;montre parfaitement que d&#232;s le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tout a &#233;t&#233; fait pour baisser les salaires et accro&#238;tre la productivit&#233;. Voler le temps des ouvriers, donc. Un syst&#232;me implacable, qui s'est totalement impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela il faut ajouter la condition d'int&#233;rimaire, qui au d&#233;but passe par une forme de bizutage. On te propose quelques jours ici et quelques autres ailleurs. On modifie tes horaires. On te fait changer d'usine. Et toi tu sais que si tu l'ouvres et protestes, alors tu es grill&#233; : tu n'auras plus de boulot dans tout le bassin d'emploi. Il faut encaisser et fermer ta gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un moment, on te file des missions plus longues. Ma premi&#232;re, &#231;a a &#233;t&#233; les bulots, dont je pelletais des tonnes tous les jours pour les faire cuire. Le troisi&#232;me jour, j'ai pos&#233; une question qui me semblait &#233;l&#233;mentaire : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a serait pas plus simple avec une machine&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221; La r&#233;ponse du chef : &#8220;&lt;i&gt;Embaucher des int&#233;rimaires co&#251;te moins cher.&lt;/i&gt;&#8221; Sachant que si demain tu n'es pas l&#224;, rien de plus simple que de trouver quelqu'un d'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; La r&#233;p&#233;tition des douleurs / La vanit&#233; de l'affaire / Tout &#231;a pour des bulots qui ne s'arr&#234;teront jamais &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le coup de g&#233;nie du patronat : ils ont r&#233;ussi &#224; faire en sorte que la conscience de classe ouvri&#232;re soit atomis&#233;e. Aujourd'hui, tu ne te d&#233;finis plus comme ouvrier, ou comme employ&#233; d'une usine sp&#233;cifique (Renault, Lip...), mais par rapport &#224; ton poste de travail, sur lequel il y a concurrence. Cela d&#233;bouche sur un constat : il n'y a plus de lutte collective possible. Avec en outre cette sp&#233;ci fi&#8202;cit&#233; bretonne : contraire&#8202;ment aux vieux bassins ouvriers, comme celui de la sid&#233;rurgie lorraine, l'habitat est extr&#234;mement dispers&#233;, les gens venant travailler de plusieurs dizaines de kilom&#232;tres &#224; la ronde. Cons&#233;quence : il n'y a pas de lieu de socialisation, de possibilit&#233; de se rencontrer ailleurs qu'&#224; l'usine. C'est le triomphe du capitalisme dans ce qu'il a de plus violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, en bossant dans une usine d'agroalimentaire, tu n'as pas la fiert&#233; de la production. Dans une usine &#8220;normale&#8221;, tu pars de rien et tu arrives &#224; un produit fini. L'&lt;i&gt;agro&lt;/i&gt;, c'est l'inverse, c'est la d&#233;construction : tu prends un produit entier, une vache par exemple, et tu arrives &#224; un steak. Impossible de tirer une fiert&#233; de donner la mort. Il s'agit juste de faire son taf le mieux possible, de la mani&#232;re la plus noble et la moins douloureuse possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Les veaux ne me regardent plus de leurs yeux morts et froids &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; On m'a invit&#233; &#224; t&#233;moigner dans un documentaire que je trouve tr&#232;s r&#233;ussi, &lt;i&gt;Les damn&#233;s des ouvriers en abattoir&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Documentaire d'Anne-Sophie Reinhardt, visible sur le site de France T&#233;l&#233;visions.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Son approche renverse la vision habituelle de ce boulot : ce sont des t&#233;moignages tr&#232;s puissants d'ouvriers racontant leur quotidien. Mais, pour ne pas les renvoyer &#224; cette imagerie de l'abattoir, du sang, des tripes, ils sont film&#233;s dans un d&#233;cor de for&#234;t. Il s'agit de ne pas les cantonner &#224; un d&#233;cor d&#233;valorisant. Et j'ai voulu faire pareil : un objet litt&#233;raire, ouvert et d&#233;glingu&#233;. Si tu racontes uniquement l'horreur quand tu rentres chez toi le soir, tu n'y retournes pas le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s ma premi&#232;re semaine d'embauche, j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;diger des passages en rentrant &#224; la maison, l'apr&#232;s-midi ou le soir selon mes horaires, quand je n'&#233;tais pas trop K.-O. Mon objectif &#233;tait d'&#233;crire de mani&#232;re similaire &#224; celle dont fonctionnaient mes pens&#233;es quand j'&#233;tais au boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'usine, tu es confront&#233; &#224; la question de la cadence, soit la production impos&#233;e par l'usine. Tu as une minute pour faire la t&#226;che qu'on te demande. Par exemple serrer vingt boulons. Au d&#233;part tu ne connais pas le geste et tu es maladroit, donc tu ne fais que quinze boulons &#224; la minute. C'est le copain qui est derri&#232;re qui doit rattraper les cinq manquants. Car la cha&#238;ne avance in&#233;luctablement. Mais une fois que tu arrives &#224; effectuer le bon geste, &#224; faire corps avec l'outil, ou la machine, tu peux le faire en, par exemple, quarante-cinq secondes. Il te reste plus ou moins quinze secondes de &#8220;libre&#8221;. C'est l&#224; que tu as le temps de penser. Et moi je songeais &#224; des bouquins, des po&#233;sies, aux phrases que j'allais &#233;crire le soir en rentrant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Ici le temps n'en finit pas &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est ici que la question du rythme litt&#233;raire s'est impos&#233;e. Parce que je voulais &#233;crire sur ces quinze secondes de libert&#233;. Si j'avais choisi de m'adapter au rythme r&#233;gulier de l'usine, une t&#226;che par minute, alors j'aurais &#233;crit en vers r&#233;guliers, de type alexandrins. Mais mon rythme &#224; moi &#233;tait diff&#233;rent, puisque je luttais contre la cadence, avec des irr&#233;gularit&#233;s, des fois cinq secondes, des fois dix ou quinze. Je ne pouvais donc &#233;crire qu'en vers libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usine est le personnage principal de mon livre. Un peu comme Ivo Andri&#262; racontait l'histoire de la Bosnie &#224; travers son &lt;i&gt;Pont sur la Drina&lt;/i&gt; (1945). Mais pour cela il faut ruser, prendre ton sujet de biais. Cette masse d'acier, de mort, de souffrance, tu dois l'aborder par des moyens d&#233;tourn&#233;s : les coll&#232;gues, les moments vol&#233;s, les pauses gratt&#233;es, les micro-solidarit&#233;s, les petites r&#233;cups. Parce qu'il est impossible de vraiment d&#233;crire un univers o&#249; tu te fais bouffer, ces fragrances de peur, de merde, de m&#233;tal. Si l'usine est vivante, c'est seulement par les ouvriers qui bossent &#224; l'int&#233;rieur chaque jour. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; L'usine m'a eu / Je n'en parle plus qu'en disant / Mon usine &#187; &lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je me suis fait virer de l'abattoir le jour o&#249; j'ai envoy&#233; des exemplaires du livre &#224; l'agence d'int&#233;rim et &#224; la direction de l'abattoir. Pourtant je n'ai pas &#233;crit un t&#233;moignage &#224; charge. J'aurais pu d&#233;crire les magouilles, certains scandales qui auraient fait couler de l'encre. Si je ne l'ai pas fait, c'est par crainte que les copains se retrouvent au ch&#244;mage, avec leur cr&#233;dit &#224; payer et leur monde qui s'&#233;croule. Au fond, ce que je voulais c'est que eux soient fiers du livre, s'y reconnaissent. Parce qu'il est extr&#234;mement difficile de raconter ce quotidien. Quand tu dis &#8220;&lt;i&gt;Je bosse en abattoir&lt;/i&gt;&#8221;, la discussion est toujours fauss&#233;e, les gens te regardent autrement. Alors qu'en fait &#231;a renvoie &#224; nombre d'exp&#233;riences professionnelles d&#233;passant ce cadre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que je pr&#233;sente le livre dans divers endroits de France, je suis confront&#233; &#224; une foule de t&#233;moignages de gens racontant ne plus en pouvoir de leur quotidien professionnel. Des employ&#233;s en Ehpad qui te disent : &#8220;&lt;i&gt;Moi c'est pareil, je fais des trucs horribles parce qu'on ne me laisse pas le temps de bien bosser.&lt;/i&gt;&#8221; Des infirmiers qui soufflent : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a fait quinze ans qu'on r&#233;clame des lits.&lt;/i&gt;&#8221; Des caissiers qui te l&#226;chent : &#8220;&lt;i&gt;Comme les pauses pipi sont interdites, on vient bosser en couches-culottes.&lt;/i&gt;&#8221; On en est l&#224;. Il faut imaginer la d&#233;tresse de ce mec qui va &#224; la pharmacie du village acheter ses couches, qu'il planque dans sa bagnole et enfile dans le vestiaire. L'humiliation absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce champ de ruines, si mon livre permet de rendre un peu de noblesse &#224; ce m&#233;tier d'ouvrier, alors c'est d&#233;j&#224; &#233;norme. Et c'est pour &#231;a que je me r&#233;jouis que quelque chose prenne autour du livre, avec des ventes inesp&#233;r&#233;es, des prix litt&#233;raires et des traductions dans plein de pays. Alors qu'au d&#233;part, c'&#233;tait tout sauf gagn&#233; : raconter l'agroalimentaire breton en vers libres ? Difficile de faire moins vendeur. Et pourtant il marche. Parce qu'il raconte simplement ce que c'est de devoir encaisser, bosser. Les int&#233;rimaires de cinquante ans qui ploient sous les carcasses. Le corps qui l&#226;che. La production qui impose tout. C'est universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai d&#233;bouch&#233; l&#224;-dedans, ce n'&#233;tait pas du tout mon monde. J'&#233;tais &#233;ducateur, avec des &#233;tudes de litt&#233;rature derri&#232;re moi. &#199;a a &#233;t&#233; une vraie exp&#233;rience de d&#233;classement, qui m'a appris &#233;norm&#233;ment de choses. Du jour au lendemain je me suis retrouv&#233; avec des mecs qui m'ont appris le m&#233;tier, &#224; m'occuper de mes mains, &#224; ne pas me blesser, me tuer. Toutes proportions gard&#233;es, je rapproche &#231;a de la litt&#233;rature de la guerre de 14, quand des gens comme Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire ou Maurice Genevoix se sont retrouv&#233;s confront&#233;s &#224; quelque chose auxquels ils n'&#233;taient pas du tout pr&#233;par&#233;s, avec le petit peuple, la boue, la mort. Apr&#232;s cela, ils ne pouvaient plus &#233;crire de la m&#234;me mani&#232;re, impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Quand tu rentres / &#192; la d&#233;bauche / Tu zones / Tu comates / Tu penses d&#233;j&#224; &#224; l'heure qu'il faudra mettre sur le r&#233;veil / Peu importe l'heure / Il sera toujours trop t&#244;t &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le documentaire sur les travailleurs en abattoir, je dis que chaque week-end il me fallait &#8220;&lt;i&gt;r&#233;apprendre &#224; parler le langage des vivants&lt;/i&gt;&#8221;. Parce qu'il faut bien comprendre qu'avec les coll&#232;gues tu ne parles pas pendant la semaine. D'abord parce que tu portes des bouchons d'oreille, des casques. Et ensuite pour dire quoi ? Les seuls &#233;changes sont des ordres, des invectives. Pendant une semaine tu es format&#233; en non-langage, en mode performatif &#8211; &lt;i&gt;combien d'heures il reste &#224; tirer, ta gueule, pousse plus fort&#8230; &lt;/i&gt;Tu ne parles pas. &#192; la pause, tu fumes ta clope, tu bois ton caf&#233;, et rien d'autre. Comme t'es dans l'industrie de la mort, &#231;a te bouffe le soir, la nuit, tu fais des cauchemars. Tu ne penses qu'&#224; une chose : au week-end prochain. Mais ce moment est lui aussi rattrap&#233; par l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est tr&#232;s dur &#224; expliquer. Qu'est-ce que tu veux raconter aux gens ? Le sang plein la gueule ? Les foies qui t'explosent dessus ? Tes huit heures &#224; balayer des bouses de vache ? Dans l'usine, t'es dans le purgatoire. Tu travailles avec la mort. &#199;a sent la mort. Tu participes &#224; &#231;a. T'es un bourreau &#224; ta fa&#231;on mais tu veux te faire croire que tu ne l'es pas. Imagine : 700 t&#234;tes de vaches par jour, 1 400 yeux de vaches qui agonisent. Et toi tu te dis : les coll&#232;gues tiennent depuis quarante ans, pourquoi je pourrais pas ? Une chose est s&#251;re : les groins coup&#233;s, les mamelles tranch&#233;es, &#231;a ne se raconte pas avec le langage des vivants, parce que personne ne peut comprendre. Le langage bute. Ce quotidien, il passe par les yeux, les expressions du visage de l'ouvrier, une main qui tape sur l'&#233;paule &#8211; mais pas par la voix. Il n'y a que l'&#233;criture qui permette de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience m'habite encore : je fais des cauchemars toutes les semaines. Ce sera toujours l&#224;. L'exp&#233;rience la plus belle et la plus dure de ma vie. J'y ai v&#233;cu des choses que je n'aurais jamais imagin&#233;es, rencontr&#233; des camarades qui le seront toujours. Au fond du sordide se niche aussi la plus grande noblesse. Ce sont des gens qui ne la ram&#232;nent pas, n'&#233;talent pas leur condition sur la place publique, mais qui pourtant font bouffer la France. C'est pour cela que je tenais tant &#224; ce qu'ils appr&#233;cient le livre. Apr&#232;s en avoir chi&#233; tout ce temps &#224; leurs c&#244;t&#233;s, &#231;a m'a particuli&#232;rement touch&#233; de voir qu'ils insistaient pour que je mette leurs vrais noms et disent se reconna&#238;tre dans les passages qu'ils d&#233;couvraient. Ce sont les premiers &#224; qui je l'ai fait lire, comme &#231;a avait &#233;t&#233; le cas avec les gamins de Nanterre, pour &lt;i&gt;Nous, la cit&#233;&lt;/i&gt;. Sauf qu'&#224; Nanterre, j'&#233;tais en position de savoir. L&#224; c'&#233;tait l'inverse quand je suis arriv&#233; &#224; l'usine : ce sont eux qui m'ont tout appris sur cet univers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ouvrage publi&#233; en 1978 et symbole de ces mao&#239;stes qui avaient choisi d'aller travailler en usine pour fomenter la r&#233;volution aupr&#232;s des &#171; masses travailleuses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Joseph Ponthus intervient &#224; plusieurs occasions dans ce documentaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Documentaire d'Anne-Sophie Reinhardt, visible sur le site de France T&#233;l&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Toscana Soude Syst&#232;me</title>
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		<dc:creator>Marie Causse</dc:creator>


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&lt;p&gt;Sur la c&#244;te toscane, d'&#233;tonnantes plages aux allures de Cara&#239;bes attirent chaque ann&#233;e des centaines d'estivants. Elles n'ont rien de naturel et sont le r&#233;sultat des rejets d'une usine chimique toute proche. Enqu&#234;te sur l'envers de la carte postale. *** C'est une longue plage blanche qui d&#233;tonne sur un littoral o&#249; le sable est gris. L'eau est d'un bleu azur, presque fluorescent : on dirait de l'encre de surligneur. Un petit paradis artificiel que l'on surnomme parfois &#171; la Miami des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no171-decembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;171 (d&#233;cembre 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur la c&#244;te toscane, d'&#233;tonnantes plages aux allures de Cara&#239;bes attirent chaque ann&#233;e des centaines d'estivants. Elles n'ont rien de naturel et sont le r&#233;sultat des rejets d'une usine chimique toute proche. Enqu&#234;te sur l'envers de la carte postale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-972-c7a3e.jpg?1782766236' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alberto Prunetti
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une longue plage blanche&lt;/strong&gt; qui d&#233;tonne sur un littoral o&#249; le sable est gris. L'eau est d'un bleu azur, presque fluorescent : on dirait de l'encre de surligneur. Un petit paradis artificiel que l'on surnomme parfois &#171; la Miami des pauvres &#187;. Quelques locaux dorent au soleil encore chaud de septembre, tandis que des touristes barbotent sans le savoir dans une eau souill&#233;e de cadmium, de plomb, de mercure et d'arsenic. &#192; l'arri&#232;re-plan, une usine de produits chimiques d&#233;verse ses rejets dans la mer via un canal d'&#233;vacuation, recouvrant la gr&#232;ve de carbonate de calcium d'un blanc &#233;clatant. Bienvenue &#224; Rosignano Solvay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis plus d'un si&#232;cle&lt;/strong&gt;, la Toscane vit de l'industrie. Et en meurt, lentement. La population paysanne est devenue ouvri&#232;re en quelques g&#233;n&#233;rations. Aujourd'hui, l'emploi s'y r&#233;partit &#224; parts &#233;gales entre agriculture, industrie et tourisme. Souvent, les trois sont profond&#233;ment imbriqu&#233;s. Mais peut-&#234;tre nulle part autant qu'&#224; Rosignano Solvay. &#192; 30 km de Livourne, la ville porte le nom de l'usine qui s'y est implant&#233;e au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, marquant durablement le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce d&#233;but septembre&lt;/strong&gt;, il fait encore assez chaud pour se baigner. Malgr&#233; les panneaux d'interdiction plant&#233;s pr&#232;s du &lt;i&gt;fosso bianco&lt;/i&gt;, le canal d'&#233;vacuation qui s&#233;pare la plage en deux, certains s'y risquent, d'ailleurs : des touristes que la pr&#233;sence de l'usine ne rebute pas. Un p&#232;re de famille hollandais, dont les enfants en bas &#226;ge pataugent dans le liquide blanch&#226;tre, affirme s'&#234;tre renseign&#233; avant de venir : l'usine produit du bicarbonate de soude, et le bicarbonate, ce n'est pas dangereux &#8211; il en met m&#234;me dans ses g&#226;teaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard&lt;/strong&gt; si les services de communication de l'industriel belge, leader mondial de la chimie dont le chiffre d'affaires global s'&#233;l&#232;ve &#224; 12 milliards d'euros, mettent en avant ce produit et l'image inoffensive qui y est g&#233;n&#233;ralement associ&#233;e. Et puis, tout ce blanc qui recouvre la plage, ce n'est que du carbonate de calcium &#8211; de la craie en somme. Mais la fabrication du bicarbonate, comme de tout d&#233;riv&#233; de la soude, n'est pas sans danger [&lt;i&gt;lire l'encadr&#233;&lt;/i&gt;]. Une usine comme celle de Rosignano a un impact &#224; deux niveaux : ce qu'elle prend au territoire et ce qu'elle y rejette, structurellement et accidentellement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Main basse sur les ressources&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solvay jette son d&#233;volu&lt;/strong&gt; sur la Toscane au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, parce que s'y trouve un r&#233;seau de chemins de fer et de routes, mais surtout des mati&#232;res premi&#232;res en abondance : carri&#232;res de calcaire et mines de sel. Pour extraire ce sel, il faut de l'eau, beaucoup d'eau. Ce qui d&#233;clenche une forte mobilisation &#224; Cecina, o&#249; l'industriel pr&#233;voyait initialement de s'implanter : les agriculteurs font bloc pour emp&#234;cher l'arriv&#233;e de l'usine par crainte de la voir ass&#233;cher leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La commune de Rosignano&lt;/strong&gt;, elle, se montre dispos&#233;e &#224; l'accueillir, offrant m&#234;me une exon&#233;ration de taxe contre la promesse d'embaucher au moins 30 personnes. En 1913, les travaux commencent, par la cr&#233;ation d'un haut fourneau pour fabriquer les briques n&#233;cessaires &#224; la construction de l'usine et de la petite ville qui accueillera ses employ&#233;s. Ici, tout est Solvay. La rue principale mais aussi le th&#233;&#226;tre, les deux &#233;coles, le stade, la gare et, ironie am&#232;re, l'ancien h&#244;pital. Autrefois appel&#233;e &#171; &lt;i&gt;Paese Nuovo&lt;/i&gt; &#187;, cette&lt;i&gt; frazione&lt;/i&gt; de Rosignano Marittimo prend en 1917 le nom de l'usine. Il y a des petits logements pour les ouvriers, des immeubles plus grands pour les employ&#233;s, plus spacieux encore pour les cadres et, surtout, le &#171; manoir &#187; du directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'usine passe avant tout&lt;/strong&gt; et la r&#233;gion p&#226;tit de sa gourmandise en eau. La demande est all&#233;e croissant : d'apr&#232;s les d&#233;clarations de Solvay, on passe d'une consommation annuelle de 28 000 m&#179; dans les ann&#233;es 1920 &#224; plus de 14 millions en 1996. L'eau douce est pr&#233;lev&#233;e aux fleuves Cecina et Fine pour l'extraction du sel gemme &#224; Volterra. Cette saumure satur&#233;e est achemin&#233;e vers l'usine de Rosignano via des canalisations longues de plusieurs kilom&#232;tres, puis rejet&#233;e dans la mer. Le proc&#233;d&#233; Solvay requiert &#171; &lt;i&gt;une concentration d'environ 350 grammes de sel par litre&lt;/i&gt; &#187;, explique Giacomo Luppichini, ex-conseiller municipal de la ville (Rifondazione communista) et militant &#233;cologiste &#8211; une concentration bien sup&#233;rieure &#224; celle de l'eau de mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des mouvements citoyens&lt;/strong&gt; ont sugg&#233;r&#233; &#224; Solvay la cr&#233;ation d'un dessalinisateur, qui permettrait d'utiliser l'eau de mer. Mais l'industriel a fait savoir que le projet ne verrait pas le jour : trop cher. Pour Maurizio Marchi, membre de Medicina Democratica&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de lutte pour la sant&#233; n&#233;e dans les ann&#233;es 1970.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le probl&#232;me n'est pas le prix du dessalinisateur, mais le co&#251;t d&#233;risoire de l'eau : environ 7 centimes du m&#232;tre cube. Un beau cadeau &#224; l'industrie de la part de la collectivit&#233;, qui brade aussi ses mines de sel. La concession de Solvay pour leur exploitation est encore valable trente ans, mais d'ici l&#224; que restera-t-il &#224; en tirer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-973-34869.jpg?1782766236' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alberto Prunetti
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carbonate de calcium et m&#233;taux lourds&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis il y a ce que l'usine rejette&lt;/strong&gt;, &#224; commencer par le plus voyant : le carbonate de calcium d&#233;class&#233;. D'apr&#232;s l'Arpat&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agenzia regionale per la protezione ambientale della Toscana : agence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, l'usine &#233;vacue 120 000 tonnes par an de mati&#232;res solides en suspension&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : rapport Arpat 2014.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, soit 13 millions de tonnes depuis sa cr&#233;ation. C'est ce qui a cr&#233;&#233; les fameuses &#171; plages blanches &#187;. Le sable n'a pas &#233;t&#233; blanchi par des produits chimiques, mais recouvert par ce s&#233;diment, &#233;touffant compl&#232;tement le littoral et causant la disparition d'un herbier de posidonies de M&#233;diterran&#233;e. Ces plantes marines constituent la base d'un &#233;cosyst&#232;me tr&#232;s riche o&#249; vit une importante faune aquatique. Elles sont aussi un formidable pi&#232;ge &#224; carbone et, enfin, leurs racines entrem&#234;l&#233;es luttent efficacement contre l'&#233;rosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2003, un accord&lt;/strong&gt; pass&#233; entre Solvay et l'administration italienne pr&#233;voyait de limiter les &#233;missions de mati&#232;res solides en suspension &#224; 60 000 tonnes par an &#224; partir de 2008. Dix ans plus tard, la limite est largement d&#233;pass&#233;e : chaque ann&#233;e, les &#233;missions sont deux &#224; trois fois sup&#233;rieures &#224; ce qui &#233;tait pr&#233;vu par l'accord. En 2009, la soci&#233;t&#233; Solvay a fait savoir qu'elle &#233;tait dans l'impossibilit&#233; technique et &#233;conomique de le respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le carbonate de calcium&lt;/strong&gt; sert aussi de mat&#233;riau d'absorption de produits dangereux, dont les m&#233;taux lourds, que l'usine rejette en grande quantit&#233; dans la mer. Outre des d&#233;riv&#233;s de la soude, le complexe industriel produit du chlorure de calcium, du chlore, de l'acide chlorhydrique, du chlorom&#233;thane, des mati&#232;res plastiques, de l'eau oxyg&#233;n&#233;e et de l'&#233;lectricit&#233;. Tout cela implique l'utilisation et le rejet de divers produits polluants. Les chiffres communiqu&#233;s par Solvay donnent le vertige. En 2014, l'usine a recrach&#233; 52 kilos de mercure, 248 kilos de cadmium, 900 kilos de zinc, 2,67 tonnes d'arsenic, 2,4 tonnes de cuivre, 1,82 tonne de nickel, 8,96 tonnes de plomb&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : The European Pollutant Release and Transfer Register.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2013, une enqu&#234;te&lt;/strong&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; que des canaux de rejet ill&#233;gaux avaient &#233;t&#233; ouverts par Solvay : afin de rester dans les normes autoris&#233;es, qui s'int&#233;ressent au taux de produits polluants dans l'eau, l'entreprise les avait simplement dilu&#233;s davantage. Solvay a choisi de passer un accord pour obtenir une condamnation plus l&#233;g&#232;re, ce qui en droit italien revient &#224; reconna&#238;tre sa faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans son dernier rapport&lt;/strong&gt;, l'Arpat rel&#232;ve surtout la trop grande pr&#233;sence de mercure dans les s&#233;diments, et pas seulement au niveau du canal d'&#233;vacuation. Les courants entra&#238;nent les mati&#232;res en suspension, si bien que la plage de Castiglioncello, &#224; 5 km de la plage blanche, est plus pollu&#233;e au mercure que celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et la sant&#233; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers &#224; s'inqui&#233;ter&lt;/strong&gt; de l'impact de ces rejets sur la sant&#233; ont &#233;t&#233; les ouvriers de l'usine. Avant 1947 existait une indemnit&#233; de nocivit&#233;. Gr&#226;ce au travail syndical, on passera d'une mon&#233;tisation des risques &#224; leur r&#233;duction. &#192; partir de 1955, l'entreprise prend en charge la sant&#233; des employ&#233;s et leur impose leur m&#233;decin de famille. La situation est inacceptable pour les syndicats, qui vont mener des enqu&#234;tes internes. En 1967, &#224; la suite des travaux du professeur Viola, m&#233;decin de l'usine, un groupe de surveillance de la sant&#233; des travailleurs est cr&#233;&#233;, mais toujours avec Solvay &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le docteur alerte&lt;/strong&gt; sur les dommages li&#233;s au mercure : les fortes concentrations causent des malformations osseuses et des tumeurs de la peau, des poumons et des os. Depuis que Solvay n'utilise plus l'&#233;lectrolyse dans la fabrication du chlore (2008), le mercure rejet&#233; est &#171; inactif &#187;, mais il reste sur la plage 500 tonnes de mercure des d&#233;versements pr&#233;c&#233;dents. La plage blanche d&#233;gage 164 nanogrammes de mercure par m&#232;tre carr&#233; aux heures les plus chaudes&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : CNR (Consiglio nazionale delle ricerche) de Pise.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travailleurs ont &#233;t&#233; expos&#233;s&lt;/strong&gt; &#224; d'autres produits dangereux, dont le chlorure de vinyle monom&#232;re (CVM), si meurtrier qu'il a provoqu&#233; la fermeture d'une partie du site en 1978. Le CVM d&#233;clenche l'angiosarcome du foie, cancer tr&#232;s rare qui a emport&#233; la plupart des trente employ&#233;s de ce secteur de l'usine. Triste anecdote : le CVM reste &#224; l'&#233;tat liquide &#224; basse temp&#233;rature et les ouvriers, ignorant son pouvoir canc&#233;rig&#232;ne, y conservaient leurs past&#232;ques pour les garder au frais. Quand, en 1988, Solvay a voulu rouvrir cette partie du site, l'industriel s'est heurt&#233; au refus de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Medicina Democratica&lt;/strong&gt; a lanc&#233; un r&#233;f&#233;rendum dont tout le monde pensait qu'il ne servirait &#224; rien. Maurizio Marchi se souvient : &#171; &lt;i&gt;L'institution communale ne pr&#233;voyait pas de r&#233;f&#233;rendum, m&#234;me pas consultatif, alors abrogatif, n'en parlons pas ! Le maire l'a permis parce qu'il &#233;tait convaincu de le remporter. Il y avait &#224; l'&#233;poque deux pouvoirs &#224; Rosignano : Solvay et le Parti communiste. Les opposants &#233;taient vus comme une petite minorit&#233;. Contre toute attente, leur victoire fut &#233;crasante : 55,5 % contre l'usine de CVM.&lt;/i&gt; &#187; Pour Marchi, le r&#233;f&#233;rendum a chang&#233; la donne : Solvay n'est plus vu comme la m&#232;re nourrici&#232;re de la ville, mais comme une mar&#226;tre. On ose s'y opposer, y r&#233;sister ; le chantage &#224; l'emploi ne marche plus vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-974-f58f8.jpg?1782766236' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alberto Prunetti
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cachez cette pollution que je ne saurais voir&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec seulement 800 employ&#233;s&lt;/strong&gt; dans la r&#233;gion &#8211; bien peu compar&#233; aux 4 000 des ann&#233;es 1970 &#8211;, Solvay n'est plus le premier pourvoyeur d'emplois. M&#234;me si tout est encore au nom de Solvay, Rosignano est devenue une ville p&#233;riurbaine, dont la population va travailler &#224; Livourne. Le tourisme remplace progressivement l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cela ne simplifie pas le probl&#232;me&lt;/strong&gt; : que faire de la pollution ? La cacher sous le tapis, pour ne pas effrayer les touristes ? C'est ce que d&#233;plore Claudio Marabotti, cardiologue lanceur d'alerte qui a men&#233; une premi&#232;re &#233;tude &#233;pid&#233;miologique. Il a &#233;tudi&#233; les maladies potentiellement li&#233;es &#224; la pollution : les tumeurs, les maladies cardiovasculaires de type infarctus ou AVC et les maladies neurod&#233;g&#233;n&#233;ratives, comme Parkinson ou Alzheimer. Les r&#233;sultats mettent en avant sur la commune de Rosignano une mortalit&#233; importante de 2001 &#224; 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tude a suscit&#233; un certain int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt; dans la population, mais on a eu tendance &#224; la minimiser. Apr&#232;s sa publication dans une revue scientifique internationale, la municipalit&#233; de Rosignano a organis&#233; des rencontres o&#249; le docteur Marabotti n'a &#233;t&#233; invit&#233; qu'en tant qu'auditeur, sans qu'on le laisse exposer ses donn&#233;es. Il a propos&#233; un approfondissement de ce travail, en vain. Faute de moyens, le lien entre mortalit&#233; et pollution reste &#224; d&#233;montrer formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les maladies &#233;voqu&#233;es&lt;/strong&gt; ne se rencontrent pas que chez les travailleurs, mais dans l'ensemble de la population. Pour Claudio Marabotti, les trois causes possibles sont : les m&#233;taux lourds pr&#233;sents dans la mer, l'a&#233;rosol marin (ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique) qui ram&#232;ne ces m&#234;mes m&#233;taux lourds &#224; terre, ainsi que l'ozone et les particules fines &#233;mises par l'usine. Il ajoute qu'on ne peut pas compter sur la bonne volont&#233; d'un industriel : &#171; &lt;i&gt;Une entreprise, m&#234;me si elle suit une ligne de conduite &#233;thique, fait tout pour maximiser le profit et tend &#224; ne pas prot&#233;ger l'environnement dans lequel elle travaille. Mais on peut avoir une influence l&#224;-dessus. Il faut la contraindre &#224; s'am&#233;liorer et &#224; nettoyer ce qu'elle a pollu&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; cela s'ajoutent les rejets accidentels&lt;/strong&gt;. Comme &#224; l'&#233;t&#233; 2017, quand une fuite d'ammoniaque a provoqu&#233; une h&#233;catombe de poissons. Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois&#8230; Officiellement, on ne sait pas ce qui s'est pass&#233; : les sp&#233;cimens pr&#233;lev&#233;s pour analyse n'ont pas &#233;t&#233; conserv&#233;s dans des conditions satisfaisantes, et l'autopsie n'a pas pu avoir lieu. Ce qui d&#233;montre, au mieux, un certain manque de professionnalisme de la part des agences de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impossible fermeture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De son c&#244;t&#233;, Solvay&lt;/strong&gt; affirme se tourner r&#233;solument vers le d&#233;veloppement durable, un secteur plein de nouveaux march&#233;s &#224; conqu&#233;rir. L'industriel ne manque jamais de r&#233;p&#233;ter que la qualit&#233; de l'eau mesur&#233;e sur la plage blanche est la m&#234;me que sur toute la c&#244;te toscane. Il oublie d'ajouter que ce littoral est largement souill&#233; par l'industrie depuis un si&#232;cle. Car Solvay n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, peut-&#234;tre seulement le plus visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la plage obtient chaque ann&#233;e le drapeau bleu&lt;/strong&gt;, c'est parce que les tests n'y recherchent que la pr&#233;sence de mati&#232;res f&#233;cales. Et le lien qui unit l'usine au territoire n'est pas pr&#232;s de se rompre : un d&#233;part signifierait une obligation d'assainissement au co&#251;t faramineux. Alors on continue &#224; exploiter la nature, tant qu'il y a du sel &#224; creuser, de l'eau &#224; puiser et des touristes heureux de profiter d'une belle plage immacul&#233;e. Et morte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marie Causse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La soude et ses d&#233;riv&#233;s : des produits &#233;colos ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cuisine, au potager&lt;/strong&gt;, en dentifrice, pour faire le m&#233;nage&#8230; Le bicarbonate de soude est souvent pr&#233;sent&#233; comme un produit &#224; tout faire &#171; 100 % &#233;colo &#187;. Mais comment le fabrique-t-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soude v&#233;g&#233;tale s'obtient &#224; partir de la combustion de la salicorne, m&#233;thode traditionnelle aujourd'hui encore utilis&#233;e pour la fabrication du savon d'Alep. Mais la cendre de salicorne ne contient que 15 % de soude, ce qui, &#224; partir du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, est devenu bien insuffisant face &#224; la demande industrielle grandissante. On a alors utilis&#233; principalement la tr&#232;s polluante m&#233;thode Leblanc, qui g&#233;n&#232;re de l'acide chlorhydrique, responsable de pluies acides. Pour contrer ces effets d&#233;vastateurs, l'Angleterre vote en 1863 une des premi&#232;res lois de protection de l'environnement, l'Alkali Act.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me p&#233;riode, le chimiste belge Ernest Solvay invente un autre proc&#233;d&#233;. Moins polluant et surtout plus &#233;conomique, il d&#233;tr&#244;ne rapidement la m&#233;thode Leblanc. Mais pour fabriquer de la soude selon la m&#233;thode Solvay, il faut du sel et du calcaire en grande quantit&#233;, de l'eau, et des m&#233;taux lourds, tel le mercure. Une usine produisant des d&#233;riv&#233;s de la soude a donc n&#233;cessairement un impact sur son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette enqu&#234;te a &#233;galement fait l'objet d'un documentaire radiophonique de 54 minutes. &#171; &lt;a href=&#034;https://radiocanut.org/la-radio/news-de-la-radio/article/on-dirait-la-soude&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On dirait la soude&lt;/a&gt; &#187; (de Marie Causse &amp; Matthieu Adam) est disponible &#224; l'&#233;coute sur le site de Radio Canut.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de lutte pour la sant&#233; n&#233;e dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Agenzia regionale per la protezione ambientale della Toscana&lt;/i&gt; : agence publique de surveillance de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : rapport Arpat 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : The European Pollutant Release and Transfer Register.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : CNR (&lt;i&gt;Consiglio nazionale delle ricerche&lt;/i&gt;) de Pise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je vous &#233;cris de l'usine : La derni&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine-La</link>
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		<dc:date>2018-05-11T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
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		<dc:subject>copains</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#199;a y est, &#231;a se termine. A l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, il me reste &#224; peine 20 jours &#224; tenir. Et apr&#232;s, basta ! Bye bye turbin ! L'usine, c'est fini ! Je dois avouer que depuis quelques jours, je n'en branle plus une. J'en ai vraiment marre. Je m'&#233;couterais, je me mettrais en arr&#234;t maladie, d'autant qu'une fois en retraite, je ne pourrai plus le faire. L'usine me sort par les yeux. Il est temps que je prenne la tangente. Et encore, j'ai de la chance, le placard o&#249; l'on m'a plac&#233; pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no134-juillet-aout-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;134 (juillet-ao&#251;t 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Efix" rel="tag"&gt;Efix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vraiment" rel="tag"&gt;vraiment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collegues" rel="tag"&gt;coll&#232;gues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boite" rel="tag"&gt;bo&#238;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nono" rel="tag"&gt;Nono&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH753/-424-69f03.jpg?1782638370' width='400' height='753' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#199;a y est, &#231;a se termine. A l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes, il me reste &#224; peine 20 jours &#224; tenir. Et apr&#232;s, basta ! &lt;i&gt;Bye bye&lt;/i&gt; turbin ! L'usine, c'est fini ! Je dois avouer que depuis quelques jours, je n'en branle plus une. J'en ai vraiment marre. Je m'&#233;couterais, je me mettrais en arr&#234;t maladie, d'autant qu'une fois en retraite, je ne pourrai plus le faire. L'usine me sort par les yeux. Il est temps que je prenne la tangente. Et encore, j'ai de la chance, le placard o&#249; l'on m'a plac&#233; pour ces derniers mois est nettement moins p&#233;nible que devoir continuer &#224; faire les postes, travailler de nuit ou devoir se lever &#224; 4 h du mat', jusqu'&#224; mon d&#233;part, comme cela arrive trop souvent &#224; mes coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe causer avec quelques copains et copines dans les ateliers ou les bureaux. Je bosse pour moi. J'&#233;cris cet article. La hi&#233;rarchie s'en fout, puisque je pars bient&#244;t. Je donne mes heures pour le syndicat en essayant de continuer de sortir le journal mensuel du syndicat, en me demandant qui prendra vraiment la rel&#232;ve. C'est un des probl&#232;mes : si mon syndicat compte pas mal d'adh&#233;rents (en gros, un tiers de l'usine), il n'y a pas beaucoup de militants qui &#233;mergent vraiment. Peut-&#234;tre que face aux probl&#232;mes futurs, des coll&#232;gues s'impliqueront davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, depuis plus de dix ans, on pense que la bo&#238;te va fermer, la vie continue &#224; l'usine. L'exploitation aussi. On continue de se poser des questions sur le nombre de mois ou d'ann&#233;es pendant lesquels elle va encore tourner. Les usines alentour ferment petit &#224; petit : Petroplus, Schneider, LCI, etc. La Chapelle Darblay voit ses effectifs divis&#233;s par deux&#8230; Quand on monte sur les hauteurs de Rouen, les seules fum&#233;es d'usine que l'on voit sont celles de ma bo&#238;te. C'est &#233;vident que &#231;a va fermer. Mais quand ? Suspendus &#224; cette question, nous sommes rest&#233;s &#224; bosser, croyant qu'elle fermerait et qu'on pourrait partir plus t&#244;t. Mais rien pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois avouer que j'ai h&#226;te de passer du statut de &#171; vieux salari&#233; &#187; &#224; celui de &#171; jeune retrait&#233; &#187;, m&#234;me si le terme de jeune fasse bizarre (faut dire qu'en vieillissant, les petits tracas de sant&#233; s'accumulent quand m&#234;me). Parce que, dans la bo&#238;te, je fais partie des monuments, notamment aupr&#232;s de certains cadres. Tu parles ! 42&#8200;ans que je suis &#224; l'usine, alors qu'eux n'y restent que 5-6 ans. Ils me traitent presque avec condescendance &#171; malgr&#233; tout ce que vous avez pu &#233;crire sur l'usine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois quelques copains qui ont un coup de blues au moment de partir. Ce n'est pas vraiment mon cas. C'est vrai qu'il y a des coll&#232;gues que je ne reverrai pas et que les moments pass&#233;s dans les luttes, ou autour d'un ap&#233;ro au r&#233;fectoire, seront d&#233;finitivement derri&#232;re moi. Mais quitter ces lieux, ces chefs, ces patrons, ces horaires&#8230; Et m&#234;me si c'est toujours jouissif de dire merde au boss, ne plus conna&#238;tre les contraintes du salariat, c'est comme retrouver la libert&#233;. Il est vraiment temps de partir. Il me reste tant de choses &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, du coup, mon d&#233;part signe aussi la fin de cette chronique que j'ai tenue une dizaine d'ann&#233;es. C'est plut&#244;t rare, par les temps qui courent, qu'un prolo puisse donner son point de vue. Et c'est vraiment chouette que &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ait accept&#233; de me laisser vous narrer ce qui se passait dans ma bo&#238;te. Renouant ainsi avec une vieille pratique de la presse r&#233;volutionnaire du d&#233;but du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas trop du genre &#224; revenir sur le pass&#233; mais, j'ai essay&#233;, pendant ces ann&#233;es, de vous faire partager des moments d'usine, de croiser des coll&#232;gues plus ou moins convenables. Il y a eu aussi les copains d&#233;c&#233;d&#233;s, l'amiante, les accidents du travail et le proc&#232;s AZF. Il y a eu des bagarres, des r&#233;ussites et des &#233;checs. J'ai aussi essay&#233; de parler d'autres entreprises en lutte ou pas. De plus, ces chroniques m'ont permis de croiser dans d'autres coins, de France, des prolos qui ne se laissent pas marcher sur les pieds, et de les raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;galement rencontr&#233; des lecteurs de ces chroniques, lors de mes d&#233;placements pour mes bouquins, et re&#231;u pas mal de retours par courrier, &#233;lectronique ou non. C'est toujours agr&#233;able. J'aurais aim&#233; vous causer encore de quelques copains, comme Patrice. Un mec costaud, motard, le c&#339;ur sur la main. Un peu raciste, m&#234;me si ses meilleurs copains s'appellent Djamel et Driss. Il y a quinze jours, au sortir d'une r&#233;union intersyndicale d'information, lui qui a toujours le sens de la formule, m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Avec la CFDT, on ne doit pas avoir le m&#234;me code du travail. Moi, dans mon code il n'y a pas le mot &#8220;travail&#8221;, dans celui de la CFDT, il ne doit pas y avoir le mot &#8220;gr&#232;ve&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je sais que vous &#234;tes assez friands d'histoires de prolos, je vous en raconte une petite derni&#232;re qui vient de se d&#233;rouler. Nono semble ne pas avoir invent&#233; l'eau ti&#232;de. Il a le cr&#226;ne d&#233;garni, mais les cheveux longs et filasses sur les c&#244;t&#233;s, une voix &#224; la Daffy Duck et des mains aussi grandes que des gants de base-ball. Son boulot dans l'usine ne demande pas de connaissances techniques tr&#232;s pouss&#233;es. Pourtant c'est primordial, Nono doit surveiller les r&#233;seaux d'eau, les pompages, les traitements et les canalisations. C'est le c&#339;ur m&#234;me de l'usine et &#231;a couvre une tr&#232;s grande superficie. Pour effectuer ces kilom&#232;tres, Nono a d'ailleurs une voiture de fonction quelque peu disloqu&#233;e. C'est un boulot qui lui va bien parce qu'il est assez libre pour organiser son boulot comme il l'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que Nono est moins b&#234;te qu'il ne le laisse croire, il cherche aussi &#224; faire des petites &#233;conomies sur le dos de la bo&#238;te. Aussi, lorsqu'il va faire le plein de sa voiture de fonction, il en profite pour remplir un jerrican de 10 litres sur le compte du patron. Je l'ai appris parce que certains n'ont pas su tenir leurs langues. Pire, il y en a un qui, cach&#233;, a pris Nono en flagrant d&#233;lit et en photo avec son t&#233;l&#233;phone. Il a ensuite envoy&#233; la photo au chef de service. Sans doute a-t-il pris le terme utilis&#233; par les DRH de &#171; collaborateur &#187; selon les crit&#232;res de 1942. Normalement, un vol est puni par un renvoi du jour au lendemain sans autre forme de proc&#232;s, pour faute grave. Pour Nono, ce serait une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me fait tout dr&#244;le de pr&#233;senter (surtout pour une derni&#232;re chronique) un chef de service pas trop con et plut&#244;t sympa, mais ce dernier n'a pas pris de sanction contre Nono. Il lui a simplement dit d'arr&#234;ter son man&#232;ge. Ce que Nono s'est empress&#233; d'accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre concernant l'auteur de la photo, je sais que d&#233;sormais, le chef a du mal &#224; lui serrer la main. Nono peut continuer son petit bonhomme de chemin, dans sa voiture aux amortisseurs fatigu&#233;s, sur les chemins de ronde de l'usine. Voil&#224;, elle &#233;tait courte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc ici que s'ach&#232;ve ma derni&#232;re chronique &#233;crite &#224; l'usine. C'est un peu tristouille mais c'est ainsi. Pour autant, je sais que je suis du genre &#224; &#233;crire tout le temps et &#224; vouloir continuer &#224; t&#233;moigner et raconter. Alors on risque fort de se retrouver bient&#244;t dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, et sans doute ailleurs, pour des histoires glan&#233;es au fil de rencontres, de combats et de voyages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#224; bient&#244;t pour de nouvelles aventures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une femme &#224; l'heure des LIP </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-femme-a-l-heure-des-LIP</link>
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		<dc:date>2018-02-03T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
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		<dc:subject>Monique Piton</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;mantel&#233;e</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Avril 1973, une entreprise horlog&#232;re de Besan&#231;on est rachet&#233;e pour &#234;tre d&#233;mantel&#233;e. Monique Piton a 39 ans et cherche le grand amour en jouant au bowling. &#171; Je voudrais me battre, prendre la parole, faire des choses difficiles, magnifiques et utiles. &#187; &#199;a tombe bien. L'histoire qui commence va &#234;tre une des plus belles exp&#233;riences d'autogestion qu'a connues la France. L'usine emploie 60% de femmes et fabrique des montres, on s'y ennuie comme dans toutes les usines du monde. On ne se conna&#238;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no135-septembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;135 (septembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/entreprise" rel="tag"&gt;entreprise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2002 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-290-c2673.jpg?1782643482' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;Avril 1973, une entreprise horlog&#232;re de Besan&#231;on est rachet&#233;e pour &#234;tre d&#233;mantel&#233;e. Monique Piton a 39 ans et cherche le grand amour en jouant au bowling. &#171; &lt;i&gt;Je voudrais me battre, prendre la parole, faire des choses difficiles, magnifiques et utiles.&lt;/i&gt; &#187; &#199;a tombe bien. L'histoire qui commence va &#234;tre une des plus belles exp&#233;riences d'autogestion qu'a connues la France. L'usine emploie 60% de femmes et fabrique des montres, on s'y ennuie comme dans toutes les usines du monde. On ne se conna&#238;t pas. On y meurt &#224; petit feu. Face &#224; la fermeture, un comit&#233; d'action se cr&#233;e et va r&#233;aliser de grandes choses. Ils commencent par ralentir et saboter le travail en ne communiquant plus les chiffres de la production. Tic tac tic tac. Des affiches apparaissent : &#171; &lt;i&gt; Interdiction d'aller &#224; plus de 60%&lt;/i&gt; &#187;. Au fil des jours, la cadence ralentit &#224; 30%... tandis que l'imagination ne cesse d'exploser &#224; LIP. Le bonheur rena&#238;t chaque jour, l'amour en plus, avec Michel, un prof venu du Haut-Doubs. &#171; &lt;i&gt;On se rencontre dans les couloirs ou les ateliers, on se sourit.&lt;/i&gt; &#187; Sourire. Comme une preuve du changement. Et les femmes ? Des lionnes qui jettent des chaises sur la police, qui insultent durant des heures les CRS venus occuper l'usine, des enrag&#233;es qui affrontent les gaz lacrymog&#232;nes avec les jeunes gauchistes venus de Bretagne ou du Larzac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les CRS pleurent d'humiliation. La rage du peuple ? Plut&#244;t sa revanche tranquille. Quand Monique part quelques jours en vacances avec son autocollant LIP &#224; l'arri&#232;re de sa R8 et qu'elle est accroch&#233;e par des ouvriers sur la route. Tous veulent l'entendre, tous veulent savoir ce qui se passe &#224; LIP. &#192; l'usine, on se pr&#233;pare comme en temps de guerre. On planque le butin, des milliers de montres, on pr&#233;pare des actions : de tous les coins de France, les ouvriers sont pr&#234;ts &#224; d&#233;brayer en cas d'affrontement ou d'occupation ; &#171; &lt;i&gt;Pendant ce temps les cadres errent mis&#233;rablement dans l'usine, discutent dans les coins.&lt;/i&gt; &#187; Mouloudji et Simone Bartel viennent chanter au Palais des Sports. &#171; &lt;i&gt; Ils chantent la Commune&#8230; et LIP, c'est un peu la Commune.&lt;/i&gt; &#187; Monique apprend des paroles comme&#8230; &#171; &lt;i&gt;Debout, debout, vieux r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187;, tir&#233;es du &#171; Triomphe de l'anarchie &#187; de Charles D'Avray. Elle y trouve les mots qui correspondent &#224; ce qu'elle vit &#224; LIP. Ce r&#233;cit contient plusieurs heures d'enthousiasme et de bonheur populaires. Sans mod&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A lire : &lt;i&gt;C'est possible ! Une femme au c&#339;ur de la lutte des LIP (1973-1974)&lt;/i&gt;, Monique Piton, L'&#233;chapp&#233;e, 2015, 22 euros. 381 pages. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pont-de-Buis : la poudri&#232;re polici&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pont-de-Buis-la-poudriere</link>
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		<dc:date>2015-10-16T19:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas de La Casini&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
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		<dc:subject>Fraisse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s le meurtre du militant &#233;cologiste R&#233;mi Fraisse sur le site du barrage de Sivens, l'envie reste de d&#233;passer la peur et de maintenir le droit &#224; manifester, en d&#233;pla&#231;ant les conflits l&#224; o&#249; se fabriquent les armes de la r&#233;pression. Le maintien de l'ordre a ses fournisseurs, un business opaque, avec ses profits, ses dividendes aux actionnaires. Reportage pr&#232;s d'une usine d'armement de police, dans le Finist&#232;re. Quatre pauvres lampadaires face &#224; une prairie en pente, une gu&#233;rite aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no136-octobre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;136 (octobre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi-Fraisse" rel="tag"&gt;R&#233;mi Fraisse&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classee-Seveso" rel="tag"&gt;class&#233;e Seveso&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi-9300" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fraisse" rel="tag"&gt;Fraisse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un an apr&#232;s le meurtre du militant &#233;cologiste R&#233;mi Fraisse sur le site du barrage de Sivens, l'envie reste de d&#233;passer la peur et de maintenir le droit &#224; manifester, en d&#233;pla&#231;ant les conflits l&#224; o&#249; se fabriquent les armes de la r&#233;pression. Le maintien de l'ordre a ses fournisseurs, un business opaque, avec ses profits, ses dividendes aux actionnaires. Reportage pr&#232;s d'une usine d'armement de police, dans le Finist&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1591 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p04-carte-fabrication-re_pression2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH486/p04-carte-fabrication-re_pression2-658e8.jpg?1782902387' width='500' height='486' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de La Casini&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quatre pauvres lampadaires face &#224; une prairie en pente, une gu&#233;rite aux allures d'Alg&#233;co, de vagues grillages. C'est l'entr&#233;e de l'usine Nobel Sport &#224; Pont-de-Buis, dans le fin fond du Finist&#232;re, qui se vante d'aligner &#171; &lt;i&gt;la cha&#238;ne de fabrication de grenades lacrymog&#232;nes la plus automatis&#233;e d'Europe &lt;/i&gt; &#187;, et d'avoir d&#233;pass&#233; en 2008 &#171; &lt;i&gt;le cap remarquable du million de grenades lacrymog&#232;nes produites et vendues dans le monde&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mensuel Pro S&#233;curit&#233;, novembre 2008.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. On y produit aussi des munitions pour lanceur de balle de d&#233;fense (LBD), l'arme qui remplace le Flash-Ball et d&#233;gomme les yeux des manifestants. &#171; &lt;i&gt; En p&#233;riode de forte demande, de r&#233;volution &#224; r&#233;primer quelque part dans le monde, l'usine passe en 3x8&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che un voisin. C'est un des discrets ateliers de la r&#233;pression &lt;i&gt;made in France&lt;/i&gt;, dont la production s'exporte en Europe, au Bahre&#239;n, en &#201;gypte, en Mauritanie, en C&#244;te d'Ivoire, en Tunisie... Un fournisseur officiel de la violence d'&#201;tat, pour parler pompeusement. Sur place, l'emprise de l'usine est omnipr&#233;sente dans le paysage du bourg. Deux petites manifestations se sont tenues sans encombre devant l'usine : en d&#233;cembre 2013, apr&#232;s l'op&#233;ration C&#233;sar&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op&#233;ration de tentative d'&#233;vacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; Notre-Dame-des-Landes, et en d&#233;cembre 2014, apr&#232;s le meurtre de R&#233;mi Fraisse. &#171; &lt;i&gt;Manif joyeuse, ambiance piquet de gr&#232;ve&lt;/i&gt; &#187;, se souvient un paysan du coin, les gendarmes laissant placidement d&#233;monter gentiment les grillages, sans intervenir. Petit plaisir au passage : la pr&#233;sence de manifestants aux abords de l'usine class&#233;e Seveso bloque la production pendant la journ&#233;e compl&#232;te. Un troisi&#232;me rassemblement avec d&#233;bats s'annonce pour le week-end du 25 octobre, un an apr&#232;s le drame de Sivens, au plus pr&#232;s de l'usine de fabrication de poudres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Poudre noire, bourg gris&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une salle polyvalente d&#233;nomm&#233;e Espace Fran&#231;ois-Mitterrand, pas &#233;tonnant que le bourg de Pont-de-Buis suinte la d&#233;prime et la grisaille. &#171; &lt;i&gt;Y a rien, ici. Et personne ne veut venir dans ce patelin&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore un autre riverain. D'autant que nombre de maisons abandonn&#233;es, commerces &#224; vendre et b&#226;timents d&#233;laiss&#233;s jouxtent les cent hectares du p&#233;rim&#232;tre barbel&#233; de la poudrerie repositionn&#233;e sur les march&#233;s de la chasse et de la r&#233;pression. Nobel Sport, usine class&#233;e Seveso niveau haut, est officiellement un &#171; &lt;i&gt;&#233;tablissement servant &#224; la conservation, &#224; la manipulation ou &#224; la fabrication des poudres, munitions et explosifs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ancienne poudrerie royale coinc&#233;e dans un repli de vall&#233;e, fond&#233;e par Colbert en 1687, a embauch&#233; jusqu'&#224; 7 500 salari&#233;s, hommes et femmes, pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale, effectif tomb&#233; &#224; 530 personnes en 1974 &#8211; moins de 120 aujourd'hui. L'histoire r&#233;cente rappelle que le site pue la camarde. Explosion en ao&#251;t 1975 : trois morts, 81 bless&#233;s (60 salari&#233;s de l'usine et 21 habitants du bourg) et 90 maisons ratibois&#233;es dans un rayon de 3 km, murs et toitures effondr&#233;s, sans compter pr&#232;s de 400 autres baraques endommag&#233;es s&#233;rieusement. Nouvelle explosion en juillet 2014 : trois bless&#233;s. Mauvaise cuv&#233;e pour les fournisseurs officiels de la r&#233;pression : un mois plus t&#244;t, le 24 juin, une ouvri&#232;re trouvait la mort dans l'usine Alsetex &#224; Pr&#233;cign&#233; (Mayenne) qui fabrique aussi des grenades pour la police et la gendarmerie. Mais on s'habitue : apr&#232;s tout, ce n'est que le cinqui&#232;me d&#233;c&#232;s d'ouvriers souffl&#233;s par explosion sur le site depuis 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Pont-de-Buis, les patrons mart&#232;lent bien s&#251;r que ce qu'ils fabriquent n'est pas dangereux. Comme les pr&#233;fets et ministres de l'Int&#233;rieur, glosant sur les armes pr&#233;tendues &#171; non l&#233;tales &#187;, ou &#171; &#224; l&#233;talit&#233; r&#233;duite &#187;. &#192; les entendre, on pourrait tuer &#171; partiellement &#187; : la &#171; l&#233;talit&#233; &#187; serait toute relative, il suffirait d'appliquer un coefficient d'intensit&#233; : un peu mort, beaucoup d&#233;c&#233;d&#233;, passionn&#233;ment occis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la source des armes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir des centres-villes, d&#233;placer la protestation sur les lieux de production de ce mat&#233;riel de guerre sociale est une id&#233;e n&#233;e entre Notre-Dame-des-Landes, Brest, Montreuil et Nantes. C'est &#224; dire entre la ZAD, le comit&#233; du Finist&#232;re contre le projet d'a&#233;roport nantais, l'assembl&#233;e des bless&#233;s par la police regroupant des mutil&#233;s par Flash-Ball et LBD des quartiers populaires, des milieux militants et des supporters de foot eux aussi tir&#233;s comme des lapins. Le &lt;a href=&#034;https://desarmonslapolice.noblogs.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;texte d'appel&lt;/a&gt; parle de &#171; &lt;i&gt;mettre en lumi&#232;re la source des armes qui mutilent et tuent nos compagnons de lutte, ici en France et sur toute la plan&#232;te&lt;/i&gt; &#187;. Car &#171; &lt;i&gt;r&#233;duire le conflit politique &#224; l'affrontement de rue, c'est au mieux avoir l'impression de faire peur au pouvoir, au pire perdre un &#339;il ou la vie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de R&#233;mi Fraisse et ses lendemains ont laiss&#233; autant de rage que d'amertume napp&#233;e de nuages lacrymog&#232;nes. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le meurtre d'un manifestant, l'impunit&#233; des responsables (hi&#233;rarchie gendarmesque autant que gouvernement commanditaire), la mise en cause directe du droit de manifester n'ont pas lev&#233; l'indignation large qu'on aurait pu normalement attendre. &#171; &lt;i&gt; La police s'est content&#233;e de boucler int&#233;gralement les centres-villes et d'alimenter le sentiment de crainte par assauts m&#233;diatiques successifs &lt;/i&gt; &#187;, constate l'appel &#224; la manif &#224; Pont-de-Buis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai dernier, la commission parlementaire instaur&#233;e par No&#235;l Mam&#232;re suite au drame de Sivens auditionne des dizaines de responsables du maintien de l'ordre et ent&#233;rine leur nouvel armement : le Flash-Ball est remplac&#233; par le LBD, plus pr&#233;cis, plus puissant, plus mutilant. Le 18 mai, les deux flics auteurs de la mort de Zyed et Bouna &#224; Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) en 2005 sont relax&#233;s apr&#232;s dix ans de proc&#233;dure. On pourrait multiplier les &#233;pisodes du triomphe de la force brute de l'&#201;tat. Mais &#171; &lt;i&gt;on doit sortir de l'&#233;touffement apr&#232;s la mort de R&#233;mi Fraisse&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume un zadiste. L'enjeu, c'est aussi de retrouver l'&#233;nergie et &#171; &lt;i&gt;la confiance qui nous a permis de repousser 2 000 flics en 2012 sur la ZAD, de bloquer un train de d&#233;chets nucl&#233;aires pendant plusieurs heures en 2011, d'amener 500 tracteurs dans les rues de Nantes, ou encore de mettre en &#233;chec des rafles de sans-papiers, comme &#224; Montreuil &lt;/i&gt; &#187;. Une d&#233;termination qui peut se r&#233;pandre comme une tra&#238;n&#233;e de poudre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mensuel &lt;i&gt;Pro S&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;, novembre 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Op&#233;ration de tentative d'&#233;vacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes en octobre et novembre 2012. Un &#233;chec pour le pouvoir malgr&#233; deux h&#233;licopt&#232;res et 1200 gendarmes d&#233;ploy&#233;s pendant des semaines.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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