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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le Bastion social marque le retour du nationalisme-r&#233;volutionnaire &#187;</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Nicolas Lebourg est historien, sp&#233;cialiste de l'extr&#234;me droite. Le jour de l'entretien, il porte une vieille veste militaire noire orn&#233;e de chevrons rouges qui lui donne un c&#244;t&#233; Sergent Pepper. Autour d'un caf&#233;, il distribue des billes pour cerner la nouvelle dynamique n&#233;ofasciste port&#233;e par le projet Bastion social. CQFD : Qui sont les activistes &#224; la man&#339;uvre du Bastion social ? &#171; Ce sont des nationalistes r&#233;volutionnaires. Ce courant avait disparu apr&#232;s la dissolution d'Unit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no164-avril-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;164 (avril 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nicolas Lebourg est historien, sp&#233;cialiste de l'extr&#234;me droite&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment publi&#233;, entre autres ouvrages sp&#233;cialis&#233;s, Fran&#231;ois Duprat &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le jour de l'entretien, il porte une vieille veste militaire noire orn&#233;e de chevrons rouges qui lui donne un c&#244;t&#233; Sergent Pepper. Autour d'un caf&#233;, il distribue des billes pour cerner la nouvelle dynamique n&#233;ofasciste port&#233;e par le projet Bastion social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH420/-727-bfbb0.jpg?1768655094' width='400' height='420' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Qui sont les activistes &#224; la man&#339;uvre du Bastion social ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont des nationalistes r&#233;volutionnaires. Ce courant avait disparu apr&#232;s la dissolution d'Unit&#233; radicale en 2002 et de Troisi&#232;me Voie en 2013. Il &#233;tait de toute fa&#231;on tr&#232;s marginal et manquait de coh&#233;rence : Unit&#233; radicale avait pris un virage '' ethniciste '' sur ses derni&#232;res ann&#233;es et le groupe Troisi&#232;me Voie, dirig&#233; par le &lt;i&gt;bonehead&lt;/i&gt; Serge Ayoub, n'&#233;tait gu&#232;re structur&#233; id&#233;ologiquement. Le lancement du Bastion social marque donc un retour au nationalisme r&#233;volutionnaire pur et dur, centr&#233; sur l'id&#233;e que l'Europe est dans une situation coloniale comparable &#224; celle de la Palestine. Et qu'il faut donc la d&#233;coloniser. La r&#233;f&#233;rence &#224; la Palestine permet de pointer un vieil ennemi : '' le lobby sioniste ''.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme-r&#233;volutionnaire cherche &#224; r&#233;initialiser le fascisme, en faisant l'impasse sur le '' fascisme-&#201;tat '', qui ne l'int&#233;resse pas, pour revenir au fascisme de 1919. Un fascisme social et subversif, avec une dimension antibourgeoise. Ses militants se veulent volontiers bouffe-cur&#233; et la&#239;ques. Leur lutte se dit '' de lib&#233;ration nationale et sociale '', formule emprunt&#233;e au Parti communiste allemand de l'entre-deux-guerres. Pour synth&#233;tiser, les nationalistes r&#233;volutionnaires se vivent comme l'extr&#234;me gauche de l'extr&#234;me droite, avec tout un trip anti-imp&#233;rialiste. On retrouve &#231;a dans la pens&#233;e d'Alain Soral, m&#234;me s'il se r&#233;v&#232;le finalement assez peu fasciste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont leurs ennemis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant les ann&#233;es 1980, les nationalistes r&#233;volutionnaires sont branch&#233;s sur l'id&#233;e de trouver des convergences avec les musulmans contre le capitalisme et '' l'imp&#233;rialisme am&#233;ricano-sioniste ''. Il y a une obsession antis&#233;mite tr&#232;s claire. Certains ont de la sympathie pour la r&#233;volution iranienne, qui refuse la domination mat&#233;rialiste des &#201;tats-Unis et contient un retour &#224; une ''&lt;i&gt; tradition originelle primordiale &lt;/i&gt; '' au sens de Ren&#233; Gu&#233;non&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philosophe et essayiste fran&#231;ais du d&#233;but du XXe si&#232;cle, critique de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le fondamentalisme religieux est vu &#224; cette &#233;poque comme un fondamentalisme nationaliste. Maurice Bard&#232;che, grand th&#233;oricien du fascisme fran&#231;ais, aimait ainsi &#224; affirmer que le Coran porte quelque chose de viril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout &#231;a &#233;volue apr&#232;s la chute du mur de Berlin : il se produit une esp&#232;ce de confusion entre antisionisme et racisme arabo-musulman. La pens&#233;e d'extr&#234;me droite s'ethnicise. Dans les ann&#233;es 1980, les nationalistes r&#233;volutionnaires criaient dans les manifs c&#233;l&#233;brant Jeanne d'Arc le slogan antis&#233;mite &#171; &lt;i&gt;Deauville, Sentier, territoires occup&#233;s&lt;/i&gt; &#187; ; en 2002, lors du dernier 1er Mai d'Unit&#233; radicale, le slogan devient &#171; &lt;i&gt;Marseille : poubelle, territoire occup&#233; &lt;/i&gt; &#187;. Ce sont dor&#233;navant les arabes qui sont vis&#233;s. Et &#224; partir de la guerre du Kosovo de 1999, l'extr&#234;me droite fran&#231;aise int&#232;gre l'id&#233;e d'une islamisation de l'Europe &#8211; il reviendrait aux nationalistes de la d&#233;fendre. Au m&#234;me moment se produit la scission du FN. La question ethnique et de l'islam est mise en avant par les m&#233;gr&#233;tistes, qui affirment que Le Pen est un tra&#238;tre devenu cosmopolite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle strat&#233;gie est &#224; l'&#339;uvre derri&#232;re l'ouverture des lieux estampill&#233;s Bastion social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elle s'appuie sur un premier constat : l'ancrage de militants d'un parti dans un quartier produit des effets de normalisation et de l&#233;gitimation id&#233;ologiques. Mais au fond, l'ambition est plus large. Il s'agit de montrer que l'extr&#234;me droite est anti-syst&#232;me. C'est l'obsession. D'ailleurs, le mot '' syst&#232;me '' vient de l'extr&#234;me droite allemande des ann&#233;es 1920 : &lt;i&gt;Systemzeit&lt;/i&gt;. L'extr&#234;me droite fran&#231;aise l'incorpore &#224; partir de 1954. L'id&#233;e derri&#232;re cette revendication anti-syst&#232;me, c'est aussi de pr&#233;tendre &#224; une vocation sociale. Qui s'incarnerait dans la volont&#233; d'aider '' les n&#244;tres avant les autres ''. Les gens du Bastion social sont des euro r&#233;gionalistes. Ils promeuvent l'id&#233;e d'une Europe f&#233;d&#233;rant ses ethnies avec leur culture : Bretons, Catalans, etc. Quant aux '' autres '', il faut les mettre dehors. Un autocollant d'Unit&#233; radicale proclamait ainsi : '' Si Mouloud est fran&#231;ais, moi je suis breton ''.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire vivre un lieu anti-syst&#232;me passe aussi par la contre-culture, m&#234;me si la sc&#232;ne rock d'extr&#234;me droite est aujourd'hui moribonde. Les Brigandes ne sont pas tr&#232;s funky et une bonne partie de l'extr&#234;me droite les trouve aussi perturb&#233;es que les gens de gauche... Mais peu importe. En ouvrant un lieu dans une ville, on montre qu'on est l&#224;, qu'on tient un territoire, qu'on a une l&#233;gitimit&#233; &#224; exister. Et la question de la musique ou d'autres formes d'art joue un r&#244;le essentiel. Fabrice Robert, pr&#233;sident du Bloc identitaire, disait ainsi dans les ann&#233;es 1990 : '' &lt;i&gt;Si on a un groupe de rock, il faut qu'il soit ce qu'ont &#233;t&#233; Les B&#233;ruriers noirs ou Zebda &#224; la gauche.&lt;/i&gt; ''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela rejoint un dernier &#233;l&#233;ment : l'extr&#234;me droite radicale fran&#231;aise subit l'influence italienne. De l'autre c&#244;t&#233; des Alpes, CasaPound marche tr&#232;s fort. Les n&#233;ofascistes italiens ont toujours &#233;t&#233; avant-gardistes sur la question du combat culturel. Ils ont fait du rock d'extr&#234;me droite avant les Fran&#231;ais. Et leurs graphismes et slogans ont toujours fait fantasmer ces derniers. D&#233;j&#224;, dans les ann&#233;es 1960, les Fran&#231;ais trouvaient incroyable ce qui se produisait parfois quand les flics d&#233;barquaient sur un campus de Rome pour mettre fin &#224; une baston entre mao&#239;stes et fachos : les deux camps arr&#234;taient de se battre et s'alliaient contre les uniformes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique, CasaPound a d'abord &#233;t&#233; imit&#233;e &#224; Madrid, avec un lieu qui s'appelait la Maison Fran&#231;ois Duprat&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Th&#233;oricien du mouvement nationaliste r&#233;volutionnaire et ancien num&#233;ro deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; avant de devenir le Hogar social (Foyer social). Le mouvement arrive maintenant en France, parce que certains se sont dit qu'un espace existait pour la r&#233;surgence d'un mouvement national-r&#233;volutionnaire. Avec en filigrane ce fantasme : le fait qu'un lib&#233;ral s'assume pour une fois &#224; l'&#201;lys&#233;e lib&#233;rerait de la place pour les offres radicales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Marseille, ce sont des militants en rupture de ban avec l'Action fran&#231;aise qui s'allient &#224; des membres du Gud pour ouvrir un lieu &#233;tiquet&#233; Bastion social. C'est un mariage &#233;tonnant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, les royalistes de l'Action fran&#231;aise n'ont normalement rien &#224; voir avec les nationalistes r&#233;volutionnaires. Les premiers sont tourn&#233;s vers un catholicisme de raison et la tradition, alors que les seconds se veulent des r&#233;volutionnaires au sens fasciste : on change non seulement de civilisation, mais on change aussi l'homme. &#192; la base, ils n'ont donc rien pour s'entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que dans les Bouches-du-Rh&#244;ne, l'Action fran&#231;aise, du fait de son dynamisme, a absorb&#233; beaucoup de courants. J'ai dress&#233; des cartes en me servant de fichiers militants : depuis les ann&#233;es 1930, l'extr&#234;me droite radicale s'installe le long du couloir rhodanien. On part de Lyon, on descend &#224; Marseille et on file &#224; Nice. Pour exceptions &#224; ce tropisme rhodanien, la Flandre fran&#231;aise et le Finist&#232;re, qui constituent aussi depuis des d&#233;cennies des zones d'implantation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, s'il y a cette agitation actuelle du c&#244;t&#233; de Marseille, c'est du fait m&#234;me de la structuration g&#233;ographique de l'extr&#234;me droite radicale. Mais il y a aussi un autre &#233;l&#233;ment &#224; prendre en compte : l'opposition facho/gaucho. De fa&#231;on tr&#232;s pratique, la pr&#233;sence d'un camp encourage ceux d'en face &#224; se constituer comme un groupe d'activistes. L'un dit '' On ne va pas laisser la place aux gauchos '' et l'autre crie '' Le fascisme ne passera pas ''. On se motive ainsi l'un l'autre parce que l'ennemi est &#224; port&#233;e. Il n'y a rien de plus mobilisateur. C'est plus compliqu&#233; si tu habites une ville o&#249; les gars &#224; qui tu es cens&#233; t'opposer n'existent pas : il ne se produit pas toute cette agitation. Or, Marseille combine la pr&#233;sence structurelle de militants d'extr&#234;me droite et d'une gauche radicalis&#233;e. Les deux p&#244;les se magn&#233;tisent et se l&#233;gitiment. Sans oublier les contacts avec l'Italie, toujours importants sur le territoire marseillais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; situer la question de la violence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La derni&#232;re grande p&#233;riode de violence de l'extr&#234;me droite se situe de 1979 &#224; l'&#233;t&#233; 1980. Avec 325 actes de violences recens&#233;s, dont 50 attentats &#224; l'explosif imput&#233;s &#224; l'extr&#234;me droite par les services de police ! Nous n'en sommes pas du tout l&#224; aujourd'hui. D'o&#249; un paradoxal effet de loupe : comme le niveau de violence est faible, on craint le retour de pratiques sanglantes d&#232;s que &#231;a bouge. Mais si on regarde les choses de mani&#232;re froide, et avec tout le respect que je porte &#224; la m&#233;moire de Cl&#233;ment M&#233;ric&#8197;&#8211;&#8197;un mort, c'est toujours un mort de trop&#8197;&#8211; , la violence s'entend aujourd'hui davantage comme effet de mobilisation et de discours que comme une r&#233;alit&#233; physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut revenir ici sur l'influence exerc&#233;e par deux dirigeants historiques des Identitaires, Fabrice Robert et Philippe Vardon, qui ont beaucoup pes&#233; pour transformer le rapport &#224; la violence de l'extr&#234;me droite radicale. Dans les ann&#233;es 1980 et 1990, le pedigree d'un jeune faf r&#233;sidait dans son '' tableau de chasse '' &#8211; il devait impressionner ses camarades par sa capacit&#233; &#224; la bagarre. Mais cela change avec la dissolution d'Unit&#233; radicale, d&#233;cid&#233;e apr&#232;s l'attentat rat&#233; de Maxime Brunerie contre Jacques Chirac en juillet 2002. Pour Fabrice Robert, c'est un d&#233;clic : il comprend alors qu'il suffit de l'acte solitaire, et insens&#233;, d'un seul militant pour entra&#238;ner la dissolution de son mouvement. Il adopte alors une formule : '' &lt;i&gt;Faire peur &#224; nos adversaires, mais pas &#224; nos grands-m&#232;res.&lt;/i&gt; ''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auparavant, les membres de l'extr&#234;me droite radicale voulaient &#234;tre les m&#233;chants, appartenir au '' camp des r&#233;prouv&#233;s '', selon une expression largement utilis&#233;e. Ils souhaitaient foutre la trouille. Mais apr&#232;s 2002, les cadres identitaires ont (peu ou prou) expliqu&#233; &#224; leurs militants : '' Il faut changer. Vous n'&#234;tes pas les m&#233;chants. Vous &#234;tes les gentils, ceux qui veulent sauver leur pays et leurs femmes d'une bande de racailles. '' Vardon et Robert, d'anciens &lt;i&gt;boneheads&lt;/i&gt; pourtant, ont ainsi bien compris que la violence ne servait &#224; rien dans l'&#233;tat politique actuel. Et qu'il &#233;tait possible d'offrir le m&#234;me '' &lt;i&gt;trip&lt;/i&gt; '' anti-syst&#232;me, les m&#234;mes sensations, en mettant en place des actions beaucoup moins brutales. Je prendrais l'exemple de l'occupation par des militants identitaires du toit d'une mosqu&#233;e de Poitiers en octobre 2012. &#192; l'issue de celle-ci, les participants sont rapidement plac&#233;s en garde &#224; vue, &#231;a leur fait des souvenirs de '' guerre ''. Mais ils s'en sortent sans casier judiciaire &#8211; leur vie n'est pas foutue. Et les images de l'action diffus&#233;e &#224; la t&#233;l&#233; ont bien plus de chances de parler &#224; une partie de la population que s'il s'&#233;tait agi de types arm&#233;s de battes de base-ball en train de d&#233;foncer un Arabe. Bref, Vardon et Robert ont compris qu'on pouvait sublimer cette question de la violence et en r&#233;colter des effets politiques efficaces. Les gens derri&#232;re le Bastion social se situent dans cet h&#233;ritage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penses-tu que le projet Bastion social peut prendre beaucoup d'ampleur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'y crois pas vraiment : g&#233;n&#233;ralement, l'imitation de l'Italie en France ne fonctionne pas. Le rapport &#224; la culture et &#224; la violence ne sont pas les m&#234;mes. Le fascisme, tel que con&#231;u par les nationaliste r&#233;volutionnaires, est un romantisme de l'&#233;poque industrielle. Il s'agit de dire &#224; des classes moyennes qui ont la trouille et &#224; des classes populaires qui ont la rage qu'il existe une perspective pour elles &#224; travers le fascisme. Or sans soci&#233;t&#233; industrielle, il n'y a plus ni communisme ni fascisme, mais seulement des post-communismes et des post-fascismes cantonn&#233;s &#224; l'&#233;tat de sectes politiques. On sait depuis Marx que la politique fonctionne avec les formes &#233;conomiques : tu penses selon la fa&#231;on dont tu travailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans une &#233;conomie industrielle, l'existence de partis pr&#244;nant une id&#233;ologie de masse d'organisation de la soci&#233;t&#233; s'av&#232;re parfaitement rationnelle. Ce n'est pas un hasard si ces mod&#232;les ont fonctionn&#233; durant l'entre-deux-guerres. Les travailleurs sortent alors de la militarisation de la Premi&#232;re Guerre mondiale et retournent &#224; l'usine, o&#249; le boulot est tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;. Alors qu'aujourd'hui, beaucoup de gens encha&#238;nent les contrats pr&#233;caires et gal&#232;rent seuls dans leur coin. Dans la soci&#233;t&#233; actuelle, les mod&#232;les globalisants ne fonctionnent plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, le fascisme en France a toujours &#233;t&#233; constitu&#233; d'une noria de groupuscules sans chef ni id&#233;ologie propre. En 1936, l'effectif des extr&#234;mes droites repr&#233;sentait 5,5 % de la population active selon la pr&#233;fecture de police. Mais la part dans cet effectif du Parti franciste de Marcel Bucard&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le parti franciste est un parti inspir&#233; du fascisme italien fond&#233; en 1933 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui se voulait authentiquement fasciste, n'&#233;tait que de 0,5 %. &#192; la m&#234;me &#233;poque, le parti nazi comptait huit millions de membres en Allemagne&#8230; Je crois qu'une des explications &#224; cette faiblesse du fascisme en France est qu'il y a toujours r&#233;sult&#233; d'une hybridation entre des &#233;l&#233;ments &#233;trangers et le nationalisme tricolore. Ce qui n'en fait pas un produit efficient pour rencontrer les masses. La gauche et l'extr&#234;me gauche ont toujours port&#233; ce fantasme d'un retour aux ann&#233;es 1930. Mais elles se trompent : le fascisme ne reviendra pas. Et l'extr&#234;me droite actuelle n'est pas fasciste. Parce que les soci&#233;t&#233;s inventent sans cesse de nouvelles mani&#232;res d'&#234;tre opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue aujourd'hui r&#233;sulte ainsi de la rencontre entre deux ph&#233;nom&#232;nes. D'un c&#244;t&#233;, &#224; l'Ouest, une droitisation transatlantique avec un d&#233;mant&#232;lement de l'&#201;tat social au b&#233;n&#233;fice d'une mont&#233;e de l'&#201;tat p&#233;nal. D'o&#249; un &#233;croulement de l'humanisme &#233;galitaire au profit d'une ethnicisation des repr&#233;sentations sociales, un ph&#233;nom&#232;ne qui touche l'Occident depuis le premier choc p&#233;trolier des ann&#233;es 1970. Et de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; l'Est, on assiste &#224; la mont&#233;e, depuis la chute du mur de Berlin, des d&#233;mocraties dites '' illib&#233;rales '' &#8211; il s'agit de la conversion d'un certain nombre de pays &#224; des formes nouvelles d'autorit&#233; comme en Pologne, Hongrie, Turquie, Russie, etc. La question est maintenant de savoir si ces deux courants peuvent '' matcher ''. Marine Le Pen avait pari&#233; que oui lors de la derni&#232;re pr&#233;sidentielle : elle entendait clairement s'inspirer de ce qui se passe &#224; l'Est pour l'introduire &#224; l'Ouest. &#199;a n'a pas fonctionn&#233; cette fois. Mais si elle, ou quelqu'un d'autre, y parvenait finalement en France, &#201;tat membre du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU et pays fondateur de l'Europe, une contagion pourrait &#234;tre &#224; craindre. Auquel cas, on n'aurait plus qu'&#224; aller tous nous planquer... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On n'en est heureusement pas l&#224;... Derni&#232;re question, puisque tu &#233;voquais Marine Le Pen : comment interagissent le Front national et les nationalistes r&#233;volutionnaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#244;le structurel du FN est d'embourgeoiser les nationalistes r&#233;volutionnaires. Avec cet argument de fond : plut&#244;t que de faire la r&#233;volution, il faut mettre les mains dans le cambouis du pouvoir. C'est un classique, le PS a absorb&#233; les trotskystes et les mao&#239;stes de cette m&#234;me mani&#232;re. Pour les nationalistes r&#233;volutionnaires, le FN constitue donc une protection qui offre des d&#233;bouch&#233;s professionnels : c'est mieux d'&#234;tre conseiller r&#233;gional que ch&#244;meur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, le FN emp&#234;che le syst&#232;me d'exploser : il cong&#232;le la contestation r&#233;volutionnaire d'extr&#234;me droite. En s'attaquant aux valeurs de l'humanisme &#233;galitaire et en pr&#244;nant une pens&#233;e ethnicis&#233;e, il mine le syst&#232;me, mais en m&#234;me temps il prot&#232;ge les institutions en dig&#233;rant ce qui pourrait &#234;tre une vraie contestation r&#233;volutionnaire d'extr&#234;me droite. On gagne en maintien de l'ordre public ce qu'on perd en mati&#232;re d'adh&#233;sion aux valeurs humanistes. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment publi&#233;, entre autres ouvrages sp&#233;cialis&#233;s, &lt;i&gt;Fran&#231;ois Duprat &#8211; L'homme qui inventa le Front national&lt;/i&gt; (avec Joseph Beauregard, Deno&#235;l, 2012) et &lt;i&gt;Les Droites extr&#234;mes en Europe&lt;/i&gt; (avec Jean-Claude Camus, Le Seuil, 2015). Il a aussi particip&#233; au livre collectif &lt;i&gt;La violence des marges politiques des ann&#233;es 1980 &#224; nos jours&lt;/i&gt; (sous la direction d'Isabelle Sommier), qui vient de para&#238;tre chez Reveneuve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Philosophe et essayiste fran&#231;ais du d&#233;but du XXe si&#232;cle, critique de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Th&#233;oricien du mouvement nationaliste r&#233;volutionnaire et ancien num&#233;ro deux du FN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le parti franciste est un parti inspir&#233; du fascisme italien fond&#233; en 1933 par Marcel Bucard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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