<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=6551&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Avoir une langue c'est un pouvoir &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Avoir-une-langue-c-est-un-pouvoir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Avoir-une-langue-c-est-un-pouvoir</guid>
		<dc:date>2018-07-26T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julia Zortea, Mathilde Bl&#233;zat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>fran&#231;ais</dc:subject>
		<dc:subject>qu'on</dc:subject>
		<dc:subject>exemple</dc:subject>
		<dc:subject>langue</dc:subject>
		<dc:subject>mot</dc:subject>
		<dc:subject>apprendre</dc:subject>
		<dc:subject>Carline Sury</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ais langue</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot. &#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/exemple" rel="tag"&gt;exemple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/langue" rel="tag"&gt;langue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mot" rel="tag"&gt;mot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/apprendre" rel="tag"&gt;apprendre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carline-Sury" rel="tag"&gt;Carline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Francais-langue" rel="tag"&gt;Fran&#231;ais langue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien collectif avec les membres de l'association Mot &#224; Mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, dans le quartier de la Belle de Mai, l'association Mot &#224; Mot transmet depuis cinq ans la langue fran&#231;aise &#224; des adultes &#233;trang&#232;r.e.s, tout en r&#233;fl&#233;chissant aux rapports de pouvoir tapis dans les mod&#232;les d'enseignement. Depuis peu, les formatrices &#233;changent les r&#244;les avec des apprenant.e.s lors de stages immersifs en kabyle et en arabe, et nombre de participant.e.s s'investissent dans le fonctionnement de la structure. Lors d'une table ronde avec les trois salari&#233;es de l'association et une vingtaine d'apprenant.e.s originaires des Comores, d'Alg&#233;rie, du Maroc, de Roumanie et de Syrie, ces derni&#232;r.e.s nous pr&#233;sentent le fonctionnement et les positionnements de l'association. Les propos ci-dessous sont extraits, sous la forme de citations, de cette conversation polyphonique alternant les registres de langue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH474/-774-a4959.jpg?1779602799' width='400' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot dans le champ de l'apprentissage du fran&#231;ais &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette association est un lieu o&#249; on peut apprendre le fran&#231;ais et d'autres langues (l'arabe, le kabyle, et bient&#244;t le comorien). Il est fr&#233;quent&#233; par 150 apprenant.e.s environ. Ce qu'on propose, c'est toujours en fonction de la demande des personnes. On leur pose la question de ce qu'ils veulent apprendre, puis on essaie de r&#233;pondre au plus pr&#232;s. Le pas de c&#244;t&#233;, il est notamment &#224; cet endroit-ci. En essayant de rester au plus pr&#232;s de ce que les personnes souhaitent, on prend le sens contraire de ce que l'&#201;tat pr&#233;conise actuellement, c'est-&#224;-dire transmettre la langue et la culture de son choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir que le champ de l'apprentissage gratuit du fran&#231;ais pour les adultes primo-arrivants est, depuis 2003, tr&#232;s largement structur&#233; par des appels d'offre &#233;mis par l'Office fran&#231;ais de l'immigration et l'int&#233;gration (OFII). L'objectif est de trouver des prestataires de services qui r&#233;pondent &#224; un cahier des charges. La cr&#233;ation de ce march&#233; public a eu pour cons&#233;quence de mettre les organismes publics et priv&#233;s en concurrence, d'affaiblir les petites associations qui ne participent pas &#224; cet appel d'offres (moins de subventions leur sont octroy&#233;es), et de viser des publics particuliers (les sans-papiers n'y ont pas acc&#232;s, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille, il existe un collectif, le collectif FLE Marseille Sud-Est, o&#249; des formatrices et formateurs de Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re (FLE), venant de structures tr&#232;s diverses, &#233;changent sur leurs pratiques et r&#233;fl&#233;chissent aux transformation du champ de la formation. Les coll&#232;gues qui travaillent dans des organismes de formation financ&#233;s par l'OFII racontent qu'ils ont de moins en moins de marge de man&#339;uvre pour &#233;tablir leurs programmes et penser l'organisation des ateliers. En janvier 2016, l'OFII a pr&#233;sent&#233; le cahier des charges de son nouvel appel d'offres. Les conditions d'acc&#232;s aux formations ont &#233;t&#233; resserr&#233;es. Seuls les nouveaux signataires du &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; y ont acc&#232;s (et non plus les personnes &#233;trang&#232;res d&#233;j&#224; pr&#233;sentes en France depuis plusieurs ann&#233;es). Les dur&#233;es de formation ont &#233;t&#233; drastiquement r&#233;duites. Et surtout, le contenu des formations a encore &#233;t&#233; r&#233;orient&#233;. En 2011, l'OFII avait enjoint aux organismes de formation d'enseigner ce qu'il appelle le &#171; fran&#231;ais langue d'int&#233;gration &#187; (apprendre &#224; parler de sa famille, de son logement, de la sant&#233;, de la citoyennet&#233;&#8230;). Aujourd'hui, le cahier des charges indique que les formations linguistes doivent se focaliser exclusivement sur deux aspects : la citoyennet&#233; et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-775-14bd4.jpg?1779672427' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mot &#224; Mot propose un accueil inconditionnel et gratuit. C'est-&#224;-dire que les personnes &#233;trang&#232;res qui fr&#233;quentent l'association viennent parce qu'elles veulent apprendre le fran&#231;ais. C'est uniquement ce qui nous int&#233;resse, nous ne nous ne leur demandons pas de nous communiquer leur situation administrative. Si l'on rentre dans le march&#233; de la formation linguistique, r&#233;glement&#233; et financ&#233; par l'&#201;tat, on se trouve coinc&#233;es. Apprendre sous l'injonction de l'&#201;tat, en contrepartie du RSA ou de la signature d'un &#171; Contrat d'accueil et d'int&#233;gration &#187;, change forc&#233;ment le rapport &#224; comment je m'approprie une langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, on n'a pas perdu de financements. Mais il y en a qu'on ne va pas chercher parce qu'on sait qu'on ne pourrait pas y r&#233;pondre ou que ce serait trop contraignant. Le gros de notre budget vient des institutions publiques (mairie, &#201;tat, politique de la Ville, conseil g&#233;n&#233;ral, R&#233;gion parfois...) Ces subventions sont diff&#233;rentes de celles accord&#233;es dans le cadre du march&#233; de la formation linguistique ; elles ne sont pas sp&#233;cifiques aux th&#233;matiques linguistiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mot &#224; Mot &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mot &#224; Mot fait ses activit&#233;s dans diff&#233;rents lieux. Il d&#233;place. Y'en a le ateliers pour prendre la langue fran&#231;ais, au local de Mot &#224; Mot, &#224; AAPI, &#224; Massa&#239;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le code de la route, c'est lundi, jeudi, l'apr&#232;s-midi. Et mercredi c'est le atelier &#233;criture &#224; la Friche. Tout est gratuit. Enfin, chaque personne, il donne, m&#234;me 10 centimes, pour l'adh&#233;sion annuelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-776-2dc24.jpg?1779672427' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; On est &#233;cout&#233;, apr&#232;s on est parl&#233;. On est fait conjugaisons, dialogues. Quelqu'un qui comprend pas, il fait les gestes, les gestes pour comprendre, c'est difficile. Comme &#231;a, on fait un peu de th&#233;&#226;tre, un peu&#8230; Apr&#232;s on corrige. Apr&#232;s il donne les feuilles pour faire ce qu'on a compris. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Y en a qui l'arrivent &#224; lire, y en a qui l'arrivent pas, &#231;a d&#233;pend chaque groupe. Y en a qui s'expriment bien, y en a non. Si les personnes il arrive pas &#224; lire, il partage, il regarde les personnes qui l'arrivent &#224; lire, les personnes qui l'arrivent &#224; &#233;crire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le secret de l'association, c'est on est ensemble, solidaire, comme une famille. Dans les autres associations tu trouves pas cette familiale. Les liens attach&#233;s. Solidaires. Voil&#224;, la famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un collectif d'administration (CA) ouvert &#224; toutes et &#224; tous&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le CA, on trouve les solutions quand y en a les probl&#232;mes, on pr&#233;pare qu'est-ce qu'on fait, qu'est-ce qu'on ajoute, qu'est-ce qu'on l&#232;ve. Qu'est-ce qu'y se passe. On fait le r&#233;glage, on fait le programme. On fait les r&#233;unions &#224; peu pr&#232;s tous les deux mois et demi. Si quelqu'un qui veut participer au CA, c'est ouvert. On est beaucoup quand m&#234;me. Une douzaine. Voil&#224;, c'est nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Face &#224; cette injonction &#224; faire de la langue une langue d'int&#233;gration, qui te sert &#224; trouver un travail et &#224; respecter les r&#232;gles, on avait envie de d&#233;fendre l'id&#233;e qu'apprendre le fran&#231;ais, c'est avant tout l'outil pour pouvoir dire ce qu'on pense et d&#233;cider un peu de ce qui nous arrive. On avait envie que Mot &#224; Mot, &#224; son &#233;chelle, soit peut-&#234;tre un espace qui permette &#231;a, c'est-&#224;-dire qu'on vient apprendre le fran&#231;ais pour se d&#233;brouiller dans le quotidien puis au bout d'un moment si on en a envie, enfin, quand on veut en fait, on peut aussi &#234;tre dans le collectif d'administration, dans le CA, dans un endroit de d&#233;cision, de r&#233;flexion, voil&#224;. C'est parti de l&#224; cette intention de chercher &#224; ce que le CA soit un lieu investi par les gens qui viennent pratiquer le fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En tous cas, j'ai remarqu&#233; qu'y a des r&#233;unions o&#249; l'arabe commence &#224; prendre une place ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'association coulait, l'ann&#233;e derni&#232;re, on le savait. Sherifa, elle avait propos&#233; de faire un repas de soutien &#224; la Cantine du Midi&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On est donn&#233; les 200 euros de repas pour la caisse de Mot &#224; Mot. On a fait l'appel &#224; dons, et en contrepartie, on a organis&#233; les stages en kabyle et en arabe. Et Mariama et Mohamed ils avaient fait un atelier cuisine &#171; samoussa &#187; pour les gens qui avaient particip&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH357/-777-a49f6.jpg?1779672427' width='400' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;crire l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On fait aussi ateliers d'&#233;criture, &#224; la Friche, avec une dame, Marie-France. C'est beau &#231;a ! On &#233;crit l'amour. Elle am&#232;ne des petits livres, elle nous lit le texte, apr&#232;s on &#233;coute, apr&#232;s on... Tout le monde peut r&#233;diger. Les voyages, t'imagines des choses... La po&#233;sie, voil&#224;, tout &#231;a. On fait tous ! Par exemple, la nuit, on a &#233;crit sur la nuit. La nuit, le soleil, le printemps par exemple. Ils nous corrigent le texte qu'on fait. Ou y'a des mots qu'on comprend pas, il explique. On pose la question apr&#232;s ils nous expliquent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chacun il lire entre nous. &#199;a le secret, il reste entre nous. Pas dehors, pour nous. Par exemple on dit les choses de r&#233;alit&#233;. Des fois on fait l'imaginaire mais y a des choses chacun il dit son r&#233;alit&#233;, reste entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des fois on va &#224; la biblioth&#232;que aussi. Chercher des livres. On &#233;tait all&#233;es au Centre international de la po&#233;sie, c'&#233;tait super. On a &#233;t&#233; tr&#232;s tr&#232;s bien re&#231;ues. On cherchait des textes en d'autres langues, on avait trouv&#233; en bambara, en alg&#233;rien, en arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inverser les r&#244;les&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ann&#233;e derni&#232;re, on a eu des difficult&#233;s financi&#232;res. L'association coulait. On a fait un appel &#224; don, et en contrepartie, on a propos&#233; une initiation &#224; l'arabe et au kabyle, qui a fonctionn&#233;, puis on a eu envie de plus, et on fait des stages r&#233;guliers sur deux jours, ouverts &#224; tous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est nous qu'on le fait, moi [Yamina] et Aziza. On pr&#233;pare les dialogues, on pr&#233;pare les traces &#233;crites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'aurais besoin d'apprendre le comorien, ou qu'il y ait un salari&#233; de l'asso qui parle le comorien, ne serait-ce que pour faire l'accueil, par exemple. C'est-&#224;-dire avoir des petites notions, pour pouvoir inscrire quelqu'un, le mettre &#224; l'aise, juste pour permettre les premi&#232;res conversations. Et au-del&#224; de &#231;a, en tant que formatrice, je pense qu'on a aussi besoin d'apprendre des langues en permanence pour savoir ce que c'est, parce que sinon on se rend pas compte. &#192; chaque fois que je suis dans un stage d'arabe ou de kabyle, je vois bien combien c'est difficile, combien &#231;a d&#233;place. C'est tr&#232;s fort de faire partie des douze Fran&#231;ais en difficult&#233;, qui essaient, qui osent pas trop, qui se lancent, avec les formatrices qui t'encouragent. &#199;a r&#233;tablit quelque chose de beau dans les rapports aux langues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi je connais des Fran&#231;ais qu'ils ont besoin de la langue arabe, la langue kabyle, la langue &#231;a, la langue ci. Avoir une langue c'est un pouvoir. Pour d&#233;couvrir des cultures des autres. Pour repr&#233;senter la culture alg&#233;rien, il faut vous connaissiez bien l'arabe. L'arabe elle est trop large, un mot a beaucoup de sens diff&#233;rents. Des fois tu trouves pas le mot exact en fran&#231;ais, alors il faut conna&#238;tre l'arabe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fran&#231;ais du code de la route en autogestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ici pour apprendre le code c'est bien. On fait les sch&#233;mas, elle dessine la petite voiture comme &#231;a, elle explique, elle &#233;crit sur le tableau. Des fois on est presque quinze personnes, que des femmes ! Gr&#226;ce &#224; Mot &#224; Mot, j'ai rentr&#233; pour faire le code, j'arrive &#224; r&#233;pondre, je comprends qu'est-ce qui dit, bient&#244;t je vais passer l'examen. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est chose qu'il est dur ici en France, c'est le code. 40 questions&#8230; Avant quand je rentre, je prends le bo&#238;tier et je sais pas comment je r&#233;ponds, je connais pas les panneaux, le marquage au sol, je connais rien du tout. Maintenant &#231;a me fait pas peur, je rentre avec plaisir, je connais les marquages, je r&#233;ponds facilement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2512 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH559/-778-523fc.jpg?1779672427' width='400' height='559' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Carline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Moi j'ai l'impression que ici le groupe il s'aide beaucoup, que y a des explications qui passent dans le groupe, une transmission. Peut-&#234;tre que c'est moins possible &#224; l'auto-&#233;cole. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chez auto-&#233;cole, c'est pas comme ici, y'a pas cette patience ! Puis aussi on est en groupe avec toutes le m&#234;me objectif, donc une force comme &#231;a ! On est attach&#233;es, c'est &#231;a aussi. On est bien attach&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois par mois on fait le repas de soutien &#224; la Cantine du Midi, &#224; c&#244;t&#233;, pour les femmes qu'ils veulent passer leur code. On fait r&#233;union. Par exemple, six femmes ou cinq femmes, on fait un r&#233;union avec la responsabilit&#233; de la Cantine, on choisit le menu, on fait le repas traditionnel africain, arabe, l'entr&#233;e, le plat principal, v&#233;g&#233;tarien, ou plat avec la viande, on fait le dessert. Et tout le menu &#231;a, &#224; 8 euros. On pr&#233;pare les repas. Les gens qu'il vient ils demandent leur repas, ils mangent, ils payent. Apr&#232;s on compte combien de personnes, et combien rentrait d'argent, on rembourse les courses, loyer de la cantine. Et le reste, &#231;a c'est les b&#233;n&#233;fices. Quand une femme qui l'est pr&#234;te pour aller au code, on lui donne 200 euros. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apprendre le fran&#231;ais, &#231;a sert &#224; quoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pour par exemple chercher du travail, par exemple quelqu'un qui te fait bien, il faut parler bien pour remercier, pour faire aussi l'exercice pour les enfants aussi, apprendre, parce que moi j'ai fait les &#233;tudes en arabe, y a des fois des choses j'arrive pas &#224; expliquer pour ma fille. Remplir les papiers, les rendez-vous, &#224; l'&#233;cole, la ma&#238;tresse, y'a beaucoup de choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a les postes seuls les Arabes qu'ils travaillent. Les Fran&#231;ais ils cherchent le moins cher, c'est l'Arabe, travaille mieux, travaille bien, il pay&#233; moins cher. Les bl&#233;dards comme on dit, les clandestins, ils parlent pas le fran&#231;ais, c'est pour &#231;a qu'on les appelle. Prendre quelqu'un qui sait pas ni lire ni &#233;crire, il fait pas attention au contrat. Il peut rien dire. Pas se d&#233;fendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut apprendre le fran&#231;ais, m&#234;me pour la famille, y en a des familles, ils parlent pas l'arabe. Y'a l'invitation, tout &#231;a, tu restes t'asseoir devant eux, ils parlent le fran&#231;ais le fran&#231;ais, tu sais rien. M&#234;me ils te moquent de toi, toi tu rigoler, &#224; cause de &#231;a. C'est pour &#231;a. C'est pour moi. J'ai apprendre le fran&#231;ais &#224; cause de &#231;a. Parce que ma fille, quand tu lui dis &#8220;Explique moi qu'est-ce que &#231;a, qu'est-ce que &#231;a&#8221;, elle te dit &#8220;Non, je te dis rien&#8221;. Je viens ici pour apprendre, maintenant je lui dis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retranscription &#233;tablie par Jeanne Bally.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai boucop d'histoire dans mon corps &#224; dire &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Discussion avec J&#233;r&#233;mie Piolat sur l'&#171; accueil &#187; des migrant-e-s et la d&#233;colonialit&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'aimerais vous lire un court extrait &#233;crit par une formatrice en alphab&#233;tisation dans une grande association belge (qui fait par ailleurs un tr&#232;s bon travail) : &#8220;&lt;i&gt;Je ressens chez la plupart d'entre eux une r&#233;elle soif d'apprendre. J'appr&#233;cie beaucoup quand, entre eux, ils s'expliquent des choses que l'un n'aurait pas comprises. Tout comme quand deux apprenants de m&#234;me nationalit&#233; se parlent en fran&#231;ais.&lt;/i&gt;&#8221; En lisant cela, on dirait que les migrants, d&#233;pourvus de culture, sont en train de d&#233;couvrir le savoir. Mais ils ne sont pas dupes : ils s'adressent &#224; l'institution de la mani&#232;re dont celle-ci veut qu'ils s'adressent &#224; elle. On croit souvent que le silence des migrants vient d'une faiblesse li&#233;e &#224; la pr&#233;carit&#233; inou&#239;e dans laquelle ils se trouvent, mais on oublie en quoi il vient aussi, sinon d'un sage et docte m&#233;pris, du moins d'un &#233;tonnement sans cesse renouvel&#233; face au regard que portent sur eux les institutions qui se pensent &#233;mancipatrices. &#192; cause de cela, pour faire plaisir &#224; leurs alphab&#233;tiseurs, on entend parfois des migrants eux-m&#234;mes dire : &#8220;J&lt;i&gt;e suis comme un enfant qui apprend &#224; marcher, avant je ne connaissais rien.&lt;/i&gt;&#8221; Tout se passe comme si se jouait une grande pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre o&#249; les personnes blanches joueraient le r&#244;le de ceux qui savent, et les migrants celui de ceux qui apprennent. Pour moi, nous sommes ici dans une situation certainement pas postcoloniale, ni m&#234;me n&#233;ocoloniale, mais tout simplement supracoloniale, dans le sens o&#249; ne se pose m&#234;me pas la question : &#8220;&lt;i&gt;Et si les personnes qui sont en face de nous n'&#233;taient pas comme on les pense a priori ?&lt;/i&gt;&#8221; Pas plus que : &#8220;&lt;i&gt;Pourquoi, moi qui les rencontre, je pense qu'elles sont comme &#231;a ?&lt;/i&gt;&#8221; Les chirurgiens ont fini par accepter de se laver les mains en se rendant compte qu'ils &#233;taient vecteurs de mort s'ils ne le faisaient pas, comme le rappelle Isabelle Stengers. On peut aussi &#234;tre vecteur de mort, de dissolution de la personne quand on pr&#233;tend vouloir la soigner, l'&#233;manciper, sans se laver les mains de sa colonialit&#233;, sans s'interroger sur son propre conditionnement. Enfin, ce qui m'int&#233;resse, c'est comment nous pouvons relier cette d&#233;culturation, &#224; l'&#339;uvre dans certains cours d'alphab&#233;tisation, avec celle que nous, Europ&#233;ens de l'Ouest, avons v&#233;cu et vivons encore. Le processus est &#224; pr&#233;sent tr&#232;s avanc&#233; et dans une phase &#8220;r&#233;siduelle&#8221;, mais il y a toute une histoire v&#233;cue dans les r&#233;gions, qu'on appelait autrefois des &#8220;pays&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien consultable en int&#233;gralit&#233; sur jefklak.org.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La signature de ce contrat est obligatoire pour les &#233;trangers non europ&#233;ens qui viennent d'obtenir un titre de s&#233;jour ou une carte de r&#233;sident, et implique le suivi de cessions de formation portant sur le civisme, la &#171; vie en France &#187; et l'apprentissage du fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mot &#224; Mot organise &#233;galement des ateliers en dehors de son local, dans des structures associatives et institutionnelles situ&#233;es dans les 1er et 3&#232;me arrondissement de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Restaurant associatif install&#233; &#224; c&#244;t&#233; du local de Mot &#224; Mot. Les cuisines peuvent notamment &#234;tre pr&#234;t&#233;es &#224; des associations amies afin de r&#233;colter des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
