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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La parole est &#224; la d&#233;fonce</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; CQFD, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/duras_picole1-b45d8.jpg?1768772720' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres nous para&#238;t bien hypocrite. Place aux mots des premi&#232;res et premiers concern&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me croyais plus forte que tout &#187; / (&lt;i&gt;P&#233;n&#233;lope, ex-consommatrice d'h&#233;ro&#239;ne et de crack&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; par prendre de l'h&#233;ro &#224; 16 ans, le jour o&#249; une copine qui avait essay&#233; m'a dit : &#8220;C'est trop g&#233;nial, je connais le dealer, viens, je te le pr&#233;sente !&#8221; J'&#233;tais dans un coll&#232;ge de bourges dans le Marais &#224; Paris, ann&#233;es 1980, o&#249; d&#233;j&#224; on sniffait de la colle. Quand je voyais les punks aux Halles, je voulais tra&#238;ner avec eux, leur ressembler. Alors je suis vite tomb&#233;e dans l'h&#233;ro. J'avais un rituel : un gros trait avant le caf&#233; du matin, &#231;a lan&#231;ait la journ&#233;e. Je me croyais plus forte que tout : j'&#233;tais belle, jeune, j'allais conqu&#233;rir le monde. Et puis le monde des gens normaux ne m'int&#233;ressait pas, tandis que la drogue m'en ouvrait un autre, avec la musique &#8211; en t&#234;te The Stranglers &#8211;, l'art&#8230; Dans le m&#234;me temps, je tra&#238;nais souvent dans un milieu un peu snob, et l'h&#233;ro &#231;a avait un c&#244;t&#233; politique, &#231;a me mettait ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces dix ans de consommation, il y a eu &#233;videmment des drames, notamment avec ma famille. Mais il y a eu autant de d&#233;couvertes, avec des lieux et des gens un peu fous, en bien comme en mal. &#199;a cr&#233;ait des situations. Tu connais les queues de renard ? C'est quand t'as pris de l'h&#233;ro, que t'as la gerbe et que t'as pas le temps d'arriver jusqu'aux chiottes du bar o&#249; tu es &#8211; &#231;a fait un vomi en forme de queue de renard. Ceci dit, l'h&#233;ro, surtout quand tu te l'injectes pas, &#231;a peut rester relativement g&#233;rable. C'est aussi plus subtil que d'autres drogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai d&#233;couvert le crack. Je pensais na&#239;vement que &#231;a me ferait arr&#234;ter l'h&#233;ro. R&#233;sultat : &#224; 24 ans je me suis retrouv&#233;e accro aux deux. Je vivais &#224; Paris, &#224; Stalingrad, avec mon mec de l'&#233;poque, et je pense dans le fond que j'ai pris du crack pour le d&#233;go&#251;ter, parce qu'il ne voulait pas me quitter. Niveau plaisir, c'est le seul truc qui peut d&#233;passer l'h&#233;ro. Par contre, tu bascules vite. T'es d&#233;gueulasse, tu fais des trucs d&#233;gueulasses. J'ai consomm&#233; &#231;a pendant environ deux ans. J'&#233;tais de plus en plus grill&#233;e dans le quartier, sans thunes, avec plein d'embrouilles craignos. Un dealer gentil dont j'&#233;tais proche m'a dit un jour : &#8220;Il y a trop de contrats sur ta t&#234;te, tu dois te casser.&#8221; Il m'a fil&#233; un billet de train pour Londres et pas mal de dope pour &#233;viter le manque &#8211; j'ai tout pris dans le train. Et c'est &#224; partir de Londres que je me suis &#233;loign&#233;e de tout &#231;a. J'ai &#233;t&#233; en cure de d&#233;sintox', j'ai repris le contr&#244;le &#8211; depuis, je me suis refait une sant&#233; et une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai souffert, mais la drogue m'a aussi port&#233;e. J'ai toujours gard&#233; un optimisme. Et je voyais l'addiction comme une forme de subversion. &#192; chaque fois que je me sentais pas en ad&#233;quation, j'utilisais la drogue, avec un c&#244;t&#233; fuck you ! &#8211; sauf que c'est moi que je d&#233;truisais... Ensuite c'est quelque chose qui te constitue, que tu gardes en toi. &lt;i&gt;Once an addict, always an addict.&lt;/i&gt; Malgr&#233; tout, je me rappellerai toujours des kifs et du c&#244;t&#233; lumineux de tout &#231;a. Les probl&#232;mes ne sont pas termin&#233;s, maintenant c'est l'alcool, mais je me soigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Comme une potion magique &#187; / (&lt;i&gt;Greg, consommateur outrancier d'alcool depuis quinze ans&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi j'ai bu et je bois ? Pas facile &#224; r&#233;sumer. Je crois que &#231;a me renvoie d'abord &#224; la sensation ressentie quand j'ai d&#233;couvert, au lyc&#233;e, qu'il existait ce produit capable de me sortir temporairement d'une angoisse sociale carabin&#233;e qui me pourrissait la vie. J'&#233;tais pas bien dans mon corps, tout me stressait, et voil&#224; qu'ing&#233;rer ce liquide rose, rouge ou blanc (j'ai commenc&#233; au vin) rendait l'existence plus facile, plus fluide. Le ticket d'or ! Comme une potion magique qui aidait &#224; repousser ce qui me raidissait, tout en envoyant bouler les convenances pour peu qu'on pousse un chou&#239;a le bouchon &#8211; &#224; la punk. D'autant que je m'abreuvais dans le m&#234;me temps d'une contre-culture assoiff&#233;e, de Bukowski aux Sex Pistols, et que &#231;a donnait une aura &#224; la d&#233;glingue, presque une mystique. Pendant des ann&#233;es, ma sociabilit&#233; sous quasiment toutes ses formes, qu'il s'agisse d'amiti&#233;, de concerts, de manifs, de r&#233;seau pro ou d'amour, a donc &#233;t&#233; forc&#233;ment li&#233;e &#224; l'horizon du boire &#8211; des petits verres ou de grandes bouteilles, selon l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; une r&#233;ussite, entre r&#233;veils en cellule de d&#233;grisement et trous noirs &#224; r&#233;p&#233;tition, mais &#231;a a aussi cr&#233;&#233; pas mal d'envol&#233;es chouettes, de moments gris&#233;s, d'&#233;lans po&#233;tiques &#8211; une mani&#232;re de flouter le monde pour mieux l'enchanter. Et puis, c'est parfois agr&#233;able de s'effacer, de s'oublier dans la lourde ivresse &#8211; enfin dans mon cas. Sachant aussi que je ne me suis jamais r&#233;v&#233;l&#233; violent ou agressif dans mes ivresses, seulement con et balbutiant &#8211; &#231;a aide. Le probl&#232;me c'est qu'au fil du temps, l'aspect magique dispara&#238;t. Que les r&#233;veils sont toujours plus durs. Que les marques physiques commencent &#224; poindre sur le visage (et le foie ?). Et que j'en arrive souvent &#224; boire pour boire, sans cr&#233;ation, sans magie. Chez soi, les jours d'angoisse, &#231;a donne parfois des strat&#233;gies sous forme d'arithm&#233;tique bien triste &#8211; combien de verres avant de sortir de l'appart' ? Et en soci&#233;t&#233;, une r&#233;currence du boire trop vite qui efface tout le c&#244;t&#233; chaleureux et festif de la picole, tout en te propulsant dans la honte au r&#233;veil. C'est pour &#231;a qu'&#224; un moment j'ai essay&#233; de creuser, via une d&#233;marche psy, ce qu'ainsi j'essayais d'effacer, d'anesth&#233;sier. Sauf que j'ai jamais mis le doigt sur une cause &#233;vidente. C'est sans doute un tas de trucs amalgam&#233;s. En tout cas, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir fait le tour de ce que l'alcool pouvait m'apporter et j'ai en t&#234;te d&#233;sormais d'&#234;tre plus malin dans mon rapport &#224; lui, tout en trouvant d'autres b&#233;quilles &#8211; que &#231;a ne finisse pas par me d&#233;finir comme individu, ou par m'envoyer dans la tombe. Quinze ans pour tirer ce constat, c'est pas glorieux, je sais, mais on fait comme on peut&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sortir de soi et y retourner tr&#232;s vite &#187; / (&lt;i&gt;Louise, consommatrice de coca&#239;ne et d'amph&#233;tamines&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premi&#232;res fois o&#249; je rencontre vraiment la drogue, les produits chelous bien dos&#233;s de l'internet mondial, c'est avec mon amoureux de l'&#233;poque. J'ai la vingtaine, je suis coinc&#233;e, un peu prude, assez timide et, du haut de mon m&#232;tre quatre-vingts, assez impressionn&#233;e par les grandes personnes. Alors je sniffe, je gobe. Un peu, beaucoup. Puis &#231;a devient syst&#233;matique dans l'intimit&#233; que je partage avec cet homme. C'est l'explosion : je sors de ce corps qui me fait d&#233;faut, je me sens plus int&#233;ressante, plus curieuse, plus cultiv&#233;e, plus d&#233;sirable. Mes blocages sexuels volent en &#233;clat, mes complexes s'&#233;vanouissent. Alors je continue, je m'ab&#238;me, je me d&#233;fonce, je fais des trucs que j'ai pas forc&#233;ment envie de faire. La drogue devient l'&#233;quation de ma sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ma consommation se fait plus solitaire, moins intense dans le champ de bataille de ma sexualit&#233;, voire parfois bien glauque. Je me mets &#224; la 3-MMC, une mol&#233;cule de synth&#232;se de la famille des cathinones, bien d&#233;gueu, bien addictive. Je me coupe de moi, de mes &#233;motions, de mes sensations. En r&#233;alit&#233;, je tombe dans une grosse d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est la coca&#239;ne qui m'accompagne dans mes journ&#233;es solitaires. Caf&#233;-trace le matin, le petit-d&#233;j' des championnes : je vais la bouffer, cette journ&#233;e ! Un rendez-vous avec un pote ? Hop, une petite trace ! Un mail &#224; &#233;crire ? Allez, une autre ! La vaisselle &#224; faire ? Bon OK, une derni&#232;re. Mais la motivation dispara&#238;t toujours au bout de la deuxi&#232;me. D'une drogue sociale j'ai fait une drogue solitaire, une d&#233;fonce qui me permet de m'affronter, moi et mes d&#233;mons, sans les diluer dans une pseudo-sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'envisagerai toujours ma vie avec des trucs &#224; sniffer pas loin. Parce que j'y cherche toujours ce d&#233;calage, ce &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; l&#226;cher-prise, ce moment o&#249; ton corps et ta t&#234;te d&#233;cident ensemble de te foutre un peu la paix. En fait, une d&#233;fonce r&#233;ussie, c'est comme l'orgasme, on sait qu'il existe mais on l'attend toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me fous la paix &#187; / (&lt;i&gt;Edith, consommatrice d'antid&#233;presseurs&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;cemment, apr&#232;s un &#233;pisode d&#233;pressif plus s&#233;v&#232;re que d'habitude, je me suis retrouv&#233;e &#224; amorcer un traitement d'ISRS&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la dose minimum : 20 mg. J'ai toujours eu un temp&#233;rament triste mais je n'avais jamais vraiment envisag&#233; la prise d'antid&#233;presseurs. J'avais l'impression que c'&#233;tait pas pour moi, mais pour ceux qui &#233;taient plus gravement touch&#233;s. Moi j'avais appris &#224; vivre avec, et m&#234;me &#224; en faire un trait central de mon identit&#233; : je faisais rire de mon manque d'entrain. Bien s&#251;r j'avais suivi un nombre cons&#233;quent de th&#233;rapies en tous genres depuis mon adolescence. Mais il est sacr&#233;ment long, le chemin de la r&#233;paration et de l'acceptation de son pass&#233;. Et puis le Covid m'a bien mise dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours du traitement, j'ai la sensation, &#224; juste titre, d'&#234;tre en descente de drogue. En mode zombie, affal&#233;e sur mon canap&#233;, je suis trop mal. Mais &#224; la fin de la semaine, je pars prendre des vacances avec des amies. J'&#233;tais r&#233;solue &#224; ne pas boire d'alcool, et je m'y suis tenue &#8211; cela devait faire dix ans que je n'avais pas fait de cure de plus de dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, coup de baguette chimique, &#231;a marche vraiment, j'ai l'impression d'&#234;tre non stop en mont&#233;e de MDMA. Le pied. Exit les angoisses permanentes et le stress g&#233;n&#233;r&#233; par le moindre truc. Je me fous la paix. Et surtout, je vois les diff&#233;rents aspects de ma vie sous un angle positif. &#199;a me perturbe, surtout au d&#233;but. Je ne me reconnais pas, et les autres non plus. Mon amoureux me dit m&#233;tamorphos&#233;e. Euphorique. Je me sens l&#233;g&#232;re, rien ne m'atteint assez pour que je me prenne la t&#234;te comme je faisais avant. Ma m&#233;moire op&#232;re un tri drastique, je ne retiens plus qu'un dixi&#232;me de ce que les gens me racontent. Je d&#233;limite mieux, en termes d'affects, ce qui est de mon ressort et ce qui ne m'appartient pas. Je m'extirpe de noeuds dans lesquels j'&#233;tais bloqu&#233;e, pour certains depuis des ann&#233;es. L'impression d'&#234;tre sur un petit nuage, que tout glisse sur moi. C'est fluide, quoiqu'un peu dans le brouillard. Je me sens bien, &#224; ma place, l&#233;gitime. Mue par la toute-puissance que conf&#232;re la drogue, en somme. Les sentiments n&#233;gatifs de g&#234;ne sociale, de culpabilit&#233; &#233;ternelle, de honte ultime n'ont plus droit de cit&#233;. Les choses sont &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un truc me chiffonne cependant : depuis le d&#233;but du traitement, je n'atteins plus l'orgasme. Ma libido est plus ou moins intacte mais je reste neutralis&#233;e, maintenue &#224; un seuil maximum d'excitation. Je p&#232;se rapidement le pour et le contre, et j'en conclus que le reste en vaut la peine, tant pis pour la jouissance. Enfin, &#224; moyen terme. Faut pas d&#233;conner. &#199;a renforce quand m&#234;me mon d&#233;sir de ne pas poursuivre ind&#233;finiment les antid&#233;p'. &#199;a, et puis le reste : la fatigue, d'abord. Mais aussi le fait que la m&#233;moire imm&#233;diate soit consid&#233;rablement amoch&#233;e. Et puis toujours cette impression de planer, d'avoir deux de tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens parfois cette sensation fugace d'&#234;tre comme anesth&#233;si&#233;e. Et je ne sais plus quoi penser de ce lien de causalit&#233; qui revient &#224; se faire aider par la chimie. Je crois que je ne veux plus me sentir autant d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233;, si agr&#233;able que ce soit. Je suis ravie d'avoir atteint un tel degr&#233; de d&#233;tachement et de confiance en moi, mais j'en per&#231;ois les limites. Au bout de trois mois, je commence &#224; r&#233;duire de moiti&#233; les doses. Je redescends rapidement de mon petit nuage, &#224; regret il faut l'avouer. Mais j'ai en t&#234;te que cette b&#233;quille existe. Et je sais d&#233;sormais intimement &#224; quoi peut ressembler la vie quand on est bien, avec la ferme intention de garder &#231;a pr&#233;cieusement au fond de moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Percuter son rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; / (&lt;i&gt;Simon, un temps consommateur de k&#233;tamine&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tir&#233; mes premi&#232;res lignes de k&#233;tamine dans un environnement festif. C'&#233;tait agr&#233;able, d&#233;sinhibant et &#231;a faisait voyager. C'est le propre de ce produit qui entra&#238;ne une forte euphorie, une modification de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue, des hallucinations visuelles, une perte de contr&#244;le sur son corps ou, &#224; plus forte dose, une anesth&#233;sie compl&#232;te. J'ai vite appr&#233;ci&#233; les sensations que &#231;a m'apportait, ces moments de pause... Et j'ai aussi tellement ri avec des potes que quand &#231;a se pr&#233;sentait, je sautais sur l'occasion. Puis la consommation s'est banalis&#233;e. De plus en plus. Jusqu'au tous les jours, et trop. Ce que je cherchais ? Creuser toujours plus profond dans les m&#233;andres de ma conscience. J'ai aussi v&#233;cu plein d'exp&#233;riences intrigantes dans ces univers d'ailleurs. Par exemple, sous l'emprise de la k&#233;ta, j'avais l'impression d'&#234;tre en contact avec l'histoire des objets qui m'entouraient. Si je jouais du piano, je m'imaginais comment on avait invent&#233; cet instrument, et je me sentais en connexion avec son histoire et celle des gens qui l'avaient utilis&#233; avant moi. Les effets visuels sont assez sympas aussi. Au piano encore, selon les gammes et l'ambiance de ce que je jouais, j'ai d&#233;j&#224; vu les touches se colorer, tout en g&#233;om&#233;trie, comme en harmonie avec la couleur de la musique jou&#233;e. La curiosit&#233; m'a pouss&#233; &#224; vouloir en permanence mettre ce filtre pour voir l'autre face du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche de soi, compr&#233;hension des autres, appr&#233;hension du monde... Je trouvais des raisons pour justifier ma consommation, qui en cachaient finalement d'autres. Je prenais de la k&#233;ta parce qu'elle m'envoyait loin des soucis du quotidien, chassait l'angoisse, adoucissait le pr&#233;sent. Je profitais pleinement de l'instant, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; &#233;tait une montagne de trucs gal&#232;res &#224; g&#233;rer. Sous l'effet, j'ai pu d&#233;lirer des heures sur de la musique, une peinture, des plantes&#8230; Les imp&#233;ratifs &#8211; r&#233;pondre aux messages, faire le m&#233;nage, payer mes factures ou passer ce coup de fil urgent &#8211; perdaient toute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris de la k&#233;tamine parce qu'elle me faisait du bien. Je sais pourquoi je n'en prends plus. Un ami m'a dit un jour : &#8220;Si Jules Verne a d&#233;crit le tour du monde en 80 jours, vous, vous faites le tour du jour en 80 mondes.&#8221; Et c'&#233;tait vrai. Je crois qu'aucun ancrage n'est possible lorsque l'on percute autant son rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Pour moi, au final, la k&#233;tamine est une fausse amie des passionn&#233;s de psych&#233;d&#233;liques. Tous ses effets r&#233;pondent &#224; premi&#232;re vue &#224; ce qu'on attend d'un psych&#233;d&#233;lique comme, par exemple, le LSD : modifications visuelles et sensorielles, changement de point de vue... Et aussi : pas de descente, pas de contrecoup direct. Mais ce n'est qu'une impression : &#224; faible dose, elle est en fait un puissant anxiolytique, ce qui change tout. Finalement, ce sont ces effets que je recherchais, car j'&#233;tais dans une p&#233;riode assez compliqu&#233;e et dark apr&#232;s une douloureuse s&#233;paration, et &#224; un moment o&#249; je ne savais pas du tout quelle &#233;tait ma direction. Or cette famille de m&#233;dicaments (dont la pharmacop&#233;e moderne raffole) ne cible pas les causes du mal-&#234;tre, mais ses sympt&#244;mes. Quand on en abuse, ils emp&#234;chent le cerveau et l'esprit de r&#233;tablir un fonctionnement sain par un travail de fond. De mon exp&#233;rience d'amateur de substances en tout genre, la k&#233;tamine devrait garder sa place d'anesth&#233;siant : j'en ai en t&#234;te des sc&#232;nes o&#249; j'aurais voulu r&#233;agir vivement, affirmer ma position, tenter de d&#233;nouer une situation, me concentrer sur ce qui me semblait important, et qui se sont d&#233;roul&#233;es sous mes yeux sans que les mots ne me viennent o&#249; que j'aie l'&#233;nergie d'intervenir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi que l'usage r&#233;cr&#233;atif de plus en plus r&#233;pandu de la k&#233;tamine risque de nuire grandement &#224; la sc&#232;ne alternative. On en trouve partout ! Dans les lieux autog&#233;r&#233;s, les f&#234;tes, les milieux militants. Et &#231;a reste quelque chose qui ralentit. On r&#233;agit moins, on pense diff&#233;remment, et les r&#233;flexes sont&#8230; anesth&#233;si&#233;s. Pour une contre-culture, qui voudrait construire d'autres bases que le monde de merde qui nous entoure, et r&#233;agir avec les dents quand l'oppresseur opprime trop, la k&#233;ta n'est s&#251;rement pas la meilleure arme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire durer l'enfance &#187; / (&lt;i&gt;Pablo, longtemps consommateur d'h&#233;ro&#239;ne&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu l'h&#233;ro&#239;ne peu apr&#232;s &#234;tre parti de chez mes parents pour m'installer dans un quartier populaire de Marseille. J'&#233;tais tr&#232;s jeune, 17 ans, et la drogue &#233;tait partout dans la ville. Il y avait les suites de la French Connection, les d&#233;buts du punk, une ville alors sinistr&#233;e &#8211; tout &#233;tait r&#233;uni pour que les jeunes consomment, si bien qu'autour de moi, &#231;a tournait beaucoup. J'ai tout de suite aim&#233; les effets de l'h&#233;ro, mais j'adorais aussi les drogues psych&#233;d&#233;liques, notamment les acides. Et je crois que je prenais de l'h&#233;ro&#239;ne dans la m&#234;me optique que les produits plus &#8220;psych&#233;&#8221; : m'ouvrir au monde, sortir de mes blocages. Je d&#233;couvrais le Velvet Underground et Lou Reed, le cin&#233;ma de John Cassavetes, des univers autres, tr&#232;s tentants. C'&#233;tait une &#233;poque d'effervescence ; j'avais l'impression de faire durer l'enfance, de go&#251;ter au fruit d&#233;fendu. Et je me souviens m&#234;me d'une forme de d&#233;ception apr&#232;s ma premi&#232;re exp&#233;rience d'h&#233;ro : &#231;a n'allait pas assez loin, &#231;a manquait de visions. &#192; l'&#233;poque on prenait tout, on sniffait aussi de l'&#233;ther, de l'eau &#233;carlate, du trichlo &#8211; on n'&#233;tait pas regardants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment accro, question de chance. Parce qu'autour de moi, beaucoup de gens sont morts, d'overdose ou du sida. Mais quelque chose m'a emp&#234;ch&#233; de tomber totalement dedans, m&#234;me s'il m'est arriv&#233; de me shooter tous les jours pendant une semaine. Le simple fait de voir une shooteuse me donnait directement ce go&#251;t de m&#233;tal si caract&#233;ristique dans la bouche&#8230; Je me rappelle de cette fois o&#249; un ami m'a rembours&#233; une dette en me filant dix grammes d'h&#233;ro pure. Ce jour-l&#224;, on s'est regard&#233;s avec ma copine et on s'est dit que si on gardait tout pour nous, on n'en sortirait jamais. Alors on a voulu la revendre, mais &#231;a a &#233;t&#233; un fiasco, on l'a mal coup&#233;e&#8230; Reste que &#231;a a sans doute &#233;vit&#233; qu'on devienne des junkies. Tout &#231;a, c'est des coups de chance. Ou l'instinct de survie. Comme cette fois o&#249; la soeur de ma copine, morte peu apr&#232;s du sida dont elle &#233;tait infect&#233;e sans le savoir, m'a propos&#233; de me faire un shoot avec sa seringue : j'en avais tr&#232;s envie, mais j'ai d&#233;clin&#233;. Je me souviens aussi de Frenzy, un copain rockeur de cit&#233; que j'adorais, beau comme un dieu, qui un jour m'a secou&#233; par le colbac en pleine rue en m'engueulant : &#8220;On m'a dit que tu tombais dans l'h&#233;ro&#239;ne, t'as pas de figure !&#8221; Lui aussi est mort du sida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, ce qui m'a sauv&#233;, c'est de partir. La curiosit&#233; que j'avais pour la drogue, je l'ai appliqu&#233;e aux voyages. Je suis parti en Angleterre, au Mexique, en Andalousie, une bonne quinzaine d'ann&#233;es en tout. Loin de Marseille, du travail en int&#233;rim et des gens qui tombaient comme des mouches &#8211; morts, en HP, en d&#233;tention... J'ai continu&#233; &#224; prendre des drogues, &#224; exp&#233;rimenter, notamment le peyotl au Mexique, qui m'a vraiment marqu&#233; &#8211; ceci dit, ce n'est pas une drogue ! &#8211; et &#224; boire beaucoup d'alcool, par p&#233;riodes. Mais &#231;a n'a jamais pris le pas sur ma vie. Il n'emp&#234;che qu'encore aujourd'hui, je peux &#234;tre tent&#233; par des exp&#233;riences de ce genre. Je me suis rendu compte par exemple qu'en cas de mal de dos ou de coup de stress, j'adorais le tramadol et ses effets. Et r&#233;cemment, je me suis d&#233;fonc&#233; avec une amie en phase terminale d'un cancer, qui avait lou&#233; un appart' en bord de mer. On s'est pay&#233; un bel hommage &#224; la vie : hu&#238;tres, petits g&#226;teaux arabes, th&#233; au gingembre et&#8230; de la morphine de synth&#232;se. C'&#233;tait un beau moment, une mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e de se dire au revoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Parce que Dieu n'existe pas &#187; / (&lt;i&gt;Marguerite, six litres de rouge par jour&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/duras_picole.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH478/duras_picole-df417.jpg?1768772720' width='500' height='478' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du S&#233;n&#233;gal aux Canaries : &#171; Quand la mer s'agite &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Du-Senegal-aux-Canaries-Quand-la</link>
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		<dc:date>2021-06-23T07:08:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;S&#233;n&#233;galais, Djiby Sy a pris la mer le 7 octobre 2020 &#224; Saint-Louis-du-S&#233;n&#233;gal, direction les Canaries, archipel espagnol. Il visait l'Europe, empruntant pour cela une des routes migratoires les plus meurtri&#232;res d'Europe, dont on vous parlait dans &#171; S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance &#187;, article de Fall Amzer publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de CQFD (avril 2021). Son r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne &#233;tait seulement cit&#233; dans l'article. Nous vous le livrons ici dans son enti&#232;ret&#233;, &#233;vocation d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-habitais" rel="tag"&gt;J'habitais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;S&#233;n&#233;galais, Djiby Sy a pris la mer le 7 octobre 2020 &#224; Saint-Louis-du-S&#233;n&#233;gal, direction les Canaries, archipel espagnol. Il visait l'Europe, empruntant pour cela une des routes migratoires les plus meurtri&#232;res d'Europe, dont on vous parlait dans &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Senegal-les-pirogues-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance&lt;/a&gt; &#187;, article de Fall Amzer publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (avril 2021). Son r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne &#233;tait seulement cit&#233; dans l'article. Nous vous le livrons ici dans son enti&#232;ret&#233;, &#233;vocation d'une terrible odyss&#233;e o&#249; l'optimisme et le courage gardent le cap.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1800-0596d.jpg?1768930133' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'habitais &#224; Saint-Louis, une ville de p&#234;che du nord du S&#233;n&#233;gal. Les touristes y viennent en nombre pour profiter de ses grandes plages et de ses quartiers de p&#234;cheurs comme Guet Ndar, Santhiaba, Goxu Mbacc. Mais moi, je ne ne connais pas la mer : je ne suis jamais entr&#233; dans la mer, je n'ai jamais travaill&#233; comme p&#234;cheur. Alors c'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour moi, le fait d'entrer dans la mer, de manger &#224; l'int&#233;rieur de la mer, de dormir dans la mer, de pisser dans la mer ! C'est ce qui m'a &#233;tonn&#233; dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris le d&#233;part depuis Saint-Louis. L&#224;-bas, il y a la mer et la rivi&#232;re. Il fallait donc d'abord traverser la rivi&#232;re en pirogue pour se rendre &#224; Ndiago, un village de p&#234;cheurs &#224; la fronti&#232;re avec la Mauritanie. &#199;a m'a co&#251;t&#233; presque 5 000 francs CFA&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le taux de change est d'environ 655 francs CFA pour 1 euro (cent francs CFA (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ensuite, pour la m&#234;me somme, j'ai embarqu&#233; dans une deuxi&#232;me pirogue charg&#233;e de m'amener jusqu'au port o&#249; on embarque. L&#224;-bas, j'ai pay&#233; 30 000 FCFA&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Environ 45 euros, donc.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le chauffeur m'a dit qu'il fallait attendre la mar&#233;e basse du lendemain. Au matin, on a roul&#233; pendant quatre ou cinq heures jusqu'en Mauritanie. C'&#233;tait un vendredi. J'&#233;tais cens&#233; partir le dimanche, mais il y avait trop de vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la m&#233;t&#233;o a tard&#233; &#224; s'am&#233;liorer, au final je suis rest&#233; dix-sept jours sur place, jusqu'&#224; ce que le temps redevienne favorable. Ensuite, on m'a mis dans un taxi avec quelques gars et on est all&#233;s au point de d&#233;part. Sur place, la police patrouillait, si bien qu'on a d&#251; se cacher sous les arbres. Apr&#232;s deux ou trois heures, les agents sont repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s minuit, on a commenc&#233; &#224; charger les bagages dans une petite pirogue : les bidons d'essence, les sacs de riz et les sac de bonbons, toute notre nourriture. Puis elle a fait des allers-retours pour les emmener sur une grande pirogue stationn&#233;e au large. &#199;a a pris plusieurs heures. Apr&#232;s &#231;a a &#233;t&#233; le tour des passagers, huit par huit. C'&#233;tait la nuit et la mer &#233;tait agit&#233;e, donc tr&#232;s difficile. Enfin, on a embarqu&#233; les deux moteurs &#224; bord, suivis des capitaines et des derni&#232;res personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En mer &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a pris du temps, mais les moteurs ont finalement d&#233;marr&#233; et on a commenc&#233; &#224; avancer. Sauf que les capitaines disaient que le moteur n'&#233;tait pas bon, qu'on ne pouvait pas partir comme &#231;a, qu'on risquait de p&#233;rir au large au moindre probl&#232;me. C'est l&#224; qu'un des capitaines a appel&#233; le propri&#233;taire de la pirogue, pour lui dire qu'il fallait &#233;changer ce moteur. On &#233;tait d&#233;j&#224; loin de la c&#244;te mais on s'est arr&#234;t&#233; l&#224; et on a jet&#233; l'ancre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pass&#233; toute la journ&#233;e &#224; attendre &#224; l'int&#233;rieur de la mer, parce que le propri&#233;taire de la pirogue a dit qu'il nous donnerait le moteur le soir, au bord de la plage. Autre probl&#232;me : deux barres de la pirogue, qui permettent de la man&#339;uvrer, &#233;taient cass&#233;es. Finalement, c'est seulement le lendemain soir qu'on a pu avoir un autre moteur. Plusieurs autres capitaines sont aussi mont&#233;s &#224; bord, des p&#234;cheurs de Dakar, qui connaissent bien la mer. En tout, on avait d&#233;sormais sept capitaines qui allaient se relayer pour man&#339;uvrer la pirogue jusqu'en Espagne. Chacun avait son programme : &#224; la barre quatre heures de temps, puis un autre prenait la rel&#232;ve. On a aussi remplac&#233; les deux barres cass&#233;es. Pour &#234;tre pr&#234;ts, on a encore pass&#233; deux jours &#224; proximit&#233; des c&#244;tes. Et c'est un mardi soir, &#224; minuit, qu'on a pris la direction de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vis&#233; au large pour que les contr&#244;leurs ne nous captent pas. Dans ce que les p&#234;cheurs appellent route internationale&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; dire les eaux internationales.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l&#224; o&#249; passent les grands bateaux et les tankers. On a couru pendant deux jours, en longeant toute la Mauritanie jusqu'&#224; Nouadhibou. C'est l&#224; que l'agitation a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens ont commenc&#233; &#224; avoir le mal de mer et &#224; vomir. Moi je n'ai pas eu ce probl&#232;me, m&#234;me si je n'avais pas l'habitude de naviguer. &#192; un moment, j'ai vu des dauphins qui sautaient et ont accompagn&#233; la pirogue durant plusieurs kilom&#232;tres ! Et c'est apr&#232;s leur d&#233;part que j'ai commenc&#233; &#224; comprendre que j'avais pris un tr&#232;s grand risque, et que si on avait un probl&#232;me, m&#234;me petit, on risquait tous de mourir. Heureusement, avec un peu de croyance, et du courage, Dieu nous a aid&#233;s &#224; atterrir ici en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours et quatre nuits apr&#232;s le d&#233;part, vers trois heures du matin, on a vu de grandes montagnes. On ne savait pas si c'&#233;tait l'Espagne, et si oui &#224; quelle &#238;le elles appartenaient. Mais le GPS des capitaines nous l'assurait : on &#233;tait arriv&#233;s en Espagne. Les gens ont commenc&#233; &#224; crier &#8220;&lt;i&gt;Ouais, on est BOZA, on est BOZA !!!&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Boza &#187; est un mot utilis&#233; lors des arriv&#233;es de bateaux de migrants en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Il faut s'imaginer : moi j'&#233;tais rest&#233; deux jours sans manger ni boire, parce que tous les vivres &#233;taient finis. Et je n'arrivais pas &#224; croire que c'&#233;tait l'Espagne. Des personnes voulaient aller &#224; terre, mais un des capitaines a dit : &#8220;&lt;i&gt;Attendez, vous voyez les lumi&#232;res rouge, l&#224;, &#231;a montre un danger. On ne prend pas de risque, on ne sait pas ce qui se passe au bord de la plage. Est-ce qu'il y a pas des grandes pierres ou bien quelque chose qu'on ne conna&#238;t pas ? Je veux qu'on jette l'ancre et qu'on s'arr&#234;te ici ce soir, et demain on verra ce qu'on fera.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un autre capitaine a commenc&#233; &#224; faire de grands gestes avec sa lampe torche. Au bout d'une trentaine de minutes, on a vu la marine arriver. Ils voulaient savoir s'il y avait des malades ou des morts. Finalement on les a suivis jusqu'&#224; un port. Puis des gens ont attach&#233; notre pirogue et nous ont dit de laisser tous nos bagages dedans. L&#224; on savait qu'on &#233;tait arriv&#233;s en Espagne, malgr&#233; toute la pression et la fatigue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Aux Canaries&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma situation aux Canaries est &#224; la fois simple et compliqu&#233;e. Quand je suis arriv&#233;, j'ai pass&#233; soixante-douze heures au commissariat. Au-del&#224;, ils n'ont pas le droit de nous retenir. On devait discuter avec un avocat, puis aller au tribunal. Au tribunal, on nous a appel&#233; avec une traductrice. J'ai demand&#233; l'asile, mais l'avocat m'a dit que ce serait le procureur qui prendrait la d&#233;cision. Heureusement, il nous a acquitt&#233;s et la Croix-Rouge nous a amen&#233;s ici, dans un h&#244;tel &#224; Puerto-de-la-Cruz&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'&#238;le de Tenerife.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Je fais les d&#233;marches pour ma demande d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre souhait c'est juste de vivre ici tranquillement. On voudrait que tout se passe bien dans notre s&#233;jour, au travail aussi, dans les mani&#232;res les plus solennelles, les plus l&#233;gales. En tant que S&#233;n&#233;galais, on veut rester ici, mais on ne sait pas par quel chemin passer. Si on n'a pas de chance et qu'on se fait expulser, ce ne sera pas la fin du monde. Mais ce serait tr&#232;s difficile de devoir faire demi-tour. Hier, des Gambiens et des Maliens sont sortis de l'h&#244;tel. Mais le probl&#232;me c'est que les S&#233;n&#233;galais ne peuvent pas sortir. C'est un probl&#232;me de diplomatie, du jour au lendemain, on peut se faire expulser&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Djiby fait r&#233;f&#233;rence ici aux accords de rapatriement sign&#233;s entre l'Espagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation compliqu&#233;e, il y a aussi des gens qui nous aident. &#192; chaque fois je dis au personnel de la Croix-Rouge : &#8220;&lt;i&gt;Vous avez fait de votre mieux pour nous, vous nous avez donn&#233; une chambre pour dormir, vous nous avez donn&#233; de quoi manger, du matin, du soir et de la nuit, vous nous donnez des habits et des chaussures, vous faites tout ce que vous pouvez faire.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit fr&#232;re qui &#233;tait dans ma chambre est parti hier &#224; Madrid. D'un c&#244;t&#233; j'&#233;tais triste quand je l'ai vu prendre ses bagages et sortir de l'h&#244;tel pour aller &#224; Madrid. Mais quand m&#234;me, tu te dis que c'est le destin qui trace, c'est pas grave. Je lui ai souhait&#233; bon voyage. On s'est parl&#233; au t&#233;l&#233;phone ce matin et il m'a racont&#233; des choses que je voulais &#233;norm&#233;ment vivre : comment se passait l'avion et l'atterrissage, comment &#233;tait l'a&#233;roport de Madrid...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me rend vraiment triste quand je parle de &#231;a. C'est tellement dur. Mais &#231;a m'a fait du bien d'en parler, de sortir ce qui est en moi, de me soulager sur des faits qui &#233;taient tr&#232;s durs pour moi. Je n'oublierai jamais parce que c'est un &#233;norme moment de combat dans ma vie, franchement parl&#233;. &#187; &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mise &#224; jour au 15/06/2021 &#8211;&lt;/strong&gt; Apr&#232;s sept mois &#224; Tenerife, entre h&#244;tels et campement de fortune, Djiby Sy a enfin &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; vers l'Espagne continentale &#8211; une nouvelle &#233;tape sur la route de l'exil. Bon vent &#224; lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le taux de change est d'environ 655 francs CFA pour 1 euro (cent francs CFA valaient un franc fran&#231;ais). Ici, la somme &#233;voqu&#233;e est d'un peu moins de huit euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Environ 45 euros, donc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est &#224; dire les eaux internationales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Boza &#187; est un mot utilis&#233; lors des arriv&#233;es de bateaux de migrants en Europe &#8211; il signifie &#171; victoire &#187; en bambara.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur l'&#238;le de Tenerife.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Djiby fait r&#233;f&#233;rence ici aux accords de rapatriement sign&#233;s entre l'Espagne et le S&#233;n&#233;gal. Ils permettent &#224; l'Espagne d'expulser les ressortissants s&#233;n&#233;galais, sans qu'ils puissent demander l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Violences sexuelles : penser l'apr&#232;s</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>agression</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma. On ne se remet pas d'un viol . C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/LMG" rel="tag"&gt;LMG&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agression" rel="tag"&gt;agression&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1587-36c6b.jpg?1768806891' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LMG
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne se remet pas d'un viol&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; renoncer &#224; leur d&#233;sir, &#224; faire une croix sur leur plaisir. Si pour certaines, d&#233;serter ces terrains est v&#233;cu comme une n&#233;cessit&#233;, d'autres s'attellent &#224; reconstruire leur sexualit&#233; sur les ruines du traumatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de Fanny&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et Emma qui ont accept&#233; de livrer un t&#233;moignage intime, personnel et mouvant de leur rapport au &#171; sexe &#187; apr&#232;s leur agression. De ce par quoi elles sont pass&#233;es et du terrain gagn&#233;. Des blessures jamais referm&#233;es et des cicatrices sur lesquelles veiller.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny a 32 ans. Elle est lesbienne. Adolescente, un homme l'agresse. Il est plus &#226;g&#233; qu'elle, elle le conna&#238;t. Elle dit &#171; non &#187;, il insiste et la force. Quelques ann&#233;es plus tard, alors que Fanny sort avec des femmes, une deuxi&#232;me rencontre tourne mal : dans l'intimit&#233;, celle qu'elle aime fait d'elle son &#171; &lt;i&gt;objet sexuel&lt;/i&gt; &#187;. Douze ans plus tard, Fanny vit aujourd'hui avec Agathe. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon entr&#233;e dans la sexualit&#233; s'est faite par un rapport non consenti impos&#233; par un homme. Je n'&#233;tais pas du tout pr&#234;te, j'ai dit &#8220;non&#8221;. Trop de fois pour ne pas &#234;tre entendue. C'&#233;tait une agression sexuelle. Je le dis comme &#231;a parce que je n'arrive pas encore &#224; parler de viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression, donc, a eu un impact direct sur mon rapport aux hommes : elle a certainement r&#233;duit le champ des possibles qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas bien ouvert. Est-ce que je suis gouine parce que mon premier rapport avec un mec a &#233;t&#233; celui-l&#224; ? La question peut se poser, mais je crois que les choses sont plus complexes que &#231;a. Les femmes, je les aimais bien avant ce type-l&#224;, c'est une certitude. J'ai fait un slow avec un gar&#231;on quand j'avais cinq ans qui m'avait un peu &#233;mue, mais j'embrassais d&#233;j&#224; ma meilleure amie &#224; cette &#233;poque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette violence n'est pas &#224; l'origine de mon d&#233;sir pour les femmes, je sais qu'elle a clairement impact&#233; ma sexualit&#233;. Pendant longtemps, j'avais des angoisses &#224; chaque rapport sexuel m&#234;me si mes partenaires &#233;taient des femmes. Ce premier mec n'a pas pu me p&#233;n&#233;trer parce que je n'&#233;tais pas consentante et pendant longtemps, &#224; chaque rapport, je me disais que mon corps n'allait pas r&#233;pondre. C'&#233;tait la crainte de ne pas mouiller assez, d'avoir un vagin trop &#233;troit. Jusqu'&#224; il y a peu, je v&#233;rifiais &#224; chaque fois si j'&#233;tais assez lubrifi&#233;e. &#199;a m'arrive encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette agression a aussi peut-&#234;tre influenc&#233; d'autres choses : si les hommes ne sont pas pour moi des objets de d&#233;sir, ils peuvent &#234;tre des objets de fantasme. Je ne parlerais pas de fantasmes de viol, mais quand m&#234;me : je pense souvent &#224; des rapports costauds, j'imagine un mec qui me &#8220;chope&#8221;. Pendant un moment, c'&#233;tait tellement pr&#233;sent que je me disais que j'allais me r&#233;veiller un jour en me rendant compte que c'&#233;taient les hommes que je d&#233;sirais vraiment. Donc la violence de ce mec, elle est inscrite dans mon corps jusque dans mes fantasmes et mon d&#233;sir &#8211; qui ne se porte pas sur les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette agression, je suis sortie avec plusieurs filles. J'avais 17 ou 18 ans, c'&#233;tait une sexualit&#233; un peu timide, les d&#233;buts o&#249; tu t&#226;tonnes. Et puis &#224; 20 ans, j'ai rencontr&#233; une femme qui avait dix ans de plus que moi et qui m'a brutalis&#233;e. Cette histoire a dur&#233; dix-huit mois pendant lesquels j'&#233;tais rel&#233;gu&#233;e au rang d'objet sexuel. &#199;a m'a bris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#231;a s'est termin&#233;, pendant une ann&#233;e, plus aucune femme ne pouvait me toucher. Lorsque je sentais que l'une d'elles me d&#233;sirait, je le vivais comme quelque chose de sale, d'avilissant, de dangereux. Comme je ne pouvais plus envisager une sexualit&#233; avec des femmes, je suis all&#233;e vers des rapports destructeurs. Je me retrouvais dans des lits de mecs que je ne connaissais pas et dont je n'avais pas envie. Je me mettais en difficult&#233;. Je n'en ai quasiment aucun souvenir parce que j'&#233;tais absolument trop saoule pour savoir ce que je faisais, et que je ne voulais d'ailleurs pas savoir. Quand il y a des violences sexuelles dans un rapport amoureux, &#231;a te brise au-del&#224; du corps. Cette histoire montre que les rapports lesbiens sont aussi travers&#233;s par la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette p&#233;riode, j'ai recommenc&#233; &#224; coucher avec des femmes. Sauf que je m'&#233;tais d&#233;couverte dans la sexualit&#233; avec cette femme qui m'a fait subir des pratiques violentes qui m'emmenaient au-del&#224; de ce que je d&#233;sirais, de ce que voulais et de ce que je pouvais supporter. Cette violence-l&#224; a teint&#233; ma sexualit&#233;. J'avais l'impression que c'&#233;tait &#231;a le mod&#232;le. Parce que j'avais vingt ans, qu'elle en avait trente et que pour moi c'&#233;tait une femme avec un grand &#8220;F&#8221;. Paradoxalement, apr&#232;s je m'ennuyais presque de ne pas avoir mal quand je baisais. J'ai aussi connu des rapports que je consid&#233;rais comme sexuellement puissants alors que c'&#233;taient surtout des rapports dans lesquels je n'arrivais pas &#224; dire que c'&#233;tait trop pour moi. Je travaille encore sur le fait de r&#233;ussir &#224; dire &#8220;&lt;i&gt;&#199;a, &#231;a ne me va pas&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;Pas maintenant, pas de cette mani&#232;re-l&#224;, pas autant.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; longtemps dans la fuite du lien et je laissais du coup toute la place &#224; une sexualit&#233; v&#233;n&#232;re. Je revendiquais aussi avoir besoin de sexe, je disais que je ne pouvais pas m'en passer. Un peu comme une fiert&#233; virile &#224; la con. J'ai toujours un rapport tr&#232;s angoiss&#233; &#224; la baise : si dans mon couple, ma sexualit&#233; n'explose pas tout le temps, n'est pas au premier plan, je flippe parce que &#231;a veut dire que je laisse la place &#224; autre chose, &#224; une autre forme de lien. Jusqu'&#224; il y a peu, &#231;a me travaillait tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis avec Agathe, c'est ma premi&#232;re relation longue depuis douze ans. Je peux maintenant &#234;tre avec une femme que j'aime, la d&#233;sirer sans avoir besoin de me sentir salie ou de la salir. C'est le r&#233;sultat d'un long processus. Elle est un vrai soutien. Entre autres parce qu'elle est beaucoup plus au clair que moi avec le consentement. C'est souvent elle qui me fait remarquer qu'il y a quelque chose qui ne me va pas. Elle le voit avant que je l'exprime. Je peux dire aujourd'hui qu'il y a des choses tr&#232;s joyeuses dans ma sexualit&#233;. J'aime la libert&#233; qu'offre un rapport sexuel de lesbiennes, le fait de ne pas &#234;tre pourvue d'un p&#233;nis et de pouvoir en jouer, d&#233;placer cette question du phallus, pour de vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la fa&#231;on dont on se remet d'un viol d&#233;pend de la fa&#231;on dont on est entour&#233;e, entendue. Chez moi le traumatisme est toujours pr&#233;sent, il y a une fissure &#224; un endroit. Tu as beau colmater, poncer, c'est toujours pr&#233;sent. Tu travailles autour de ces failles, mais ton corps imprime, c'est comme une cicatrice. Heureusement qu'on peut se retrouver avec des personnes, lesbiennes ou non d'ailleurs, qu'on peut en parler, construire un discours autour de cette question des violences sexuelles, qu'on peut s'accompagner. Il y a une vraie force puis&#233;e dans la sororit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma a 40 ans. Elle vit avec Alex et, ensemble, ils ont une petite fille. Il y a vingt ans, un homme lui impose avec beaucoup de violence une fellation. Une exp&#233;rience douloureuse v&#233;cue &#224; un moment o&#249; son &#233;quilibre &#233;tait d&#233;j&#224; sur la tangente. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#226;ge de vingt ans, dans un moment d'errance li&#233; &#224; une bouff&#233;e d&#233;lirante qui a dur&#233; plusieurs mois, j'ai atterri dans le lit d'un gars rencontr&#233; dans un bar. Il a d'abord voulu me p&#233;n&#233;trer, mais &#231;a m'a fait mal. Il m'a alors attrap&#233;e par les cheveux, a plaqu&#233; sa bite dans le fond de ma gorge et a choisi la vitesse des allers-retours de ma t&#234;te le long de sa verge. J'ai pouss&#233; un tout petit &#8220;&lt;i&gt;&#192; l'aide&lt;/i&gt;&#8221; qui a arrach&#233; un rictus au mec qui dormait au sol &#224; c&#244;t&#233; du lit, et qui n'a pas boug&#233;. Puis j'ai vomi et me suis endormie. Je trouve &#231;a n&#233;cessaire de raconter ce point de d&#233;part parce que toutes les agressions sexuelles ne se ressemblent pas, et leur impact sur la personne peut parfois d&#233;pendre de la nature de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, moi, je n'avais pas v&#233;cu moult exp&#233;riences sexuelles. Du coup, &#231;a a marqu&#233; mon rapport &#224; la fellation &#8211; passage souvent oblig&#233; de la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro &#8211; durant de nombreuses ann&#233;es. J'ai d&#233;test&#233; &#231;a pendant longtemps, j'avais tout le temps des haut-le-c&#339;ur quand je m'y attelais. Le fantasme que manipule le porno, selon lequel il faudrait aller tr&#232;s profond, tenir la meuf par les cheveux, lui faire faire des gargarismes improbables, limite lui faire rendre ses tripes, je le trouve particuli&#232;rement abject. Et j'ai l'impression d'avoir crois&#233; pas mal de mecs qui ne l'avaient pas remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme cette agression est arriv&#233;e au d&#233;but de ma vie sexuelle, &#231;a n'a pas contribu&#233; &#224; ce que je m'&#233;panouisse vraiment de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Je crois qu'il m'en est rest&#233; longtemps l'id&#233;e qu'il fallait avant tout satisfaire les d&#233;sirs de l'homme, pour &#233;viter qu'il finisse par me contraindre. Je n'ai pas re&#231;u d'&#233;ducation sexuelle de la part de mes parents, pourtant f&#233;ministes. C'&#233;tait vraiment un angle mort total, je n'&#233;tais pas outill&#233;e pour me sentir puissante dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi dire que dans la d&#233;cennie qui a suivi cette agression, j'ai fait plusieurs passages en h&#244;pital psychiatrique et que j'ai pris un antipsychotique qui m'a fait prendre beaucoup de poids, qui a maintenu mon corps et mes sensations &#224; distance, faisant piquer ma libido en rase-mottes. Je couchais ou avais des histoires affectives avec des gens aussi perdus que moi, et le besoin de tendresse primait largement sur celui de jouir. Pendant longtemps, j'ai eu l'impression de ne pas savoir faire du sexe, un truc d'incapacit&#233;, de handicap, une vision n&#233;gative de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je couchais avec quelqu'un, c'&#233;tait plus pour satisfaire des attentes sociales. Le sexe &#233;tait pour moi quelque chose d'assez plastique, sans affect, assez routinier au final : on s'embrasse avec la langue, il me pelote les seins, je lui embrasse la bite, il me p&#233;n&#232;tre, et puis voil&#224; c'est fini. Outre les probl&#232;mes de libido impos&#233;s par le m&#233;doc, je pense que cette agression &#224; 20 ans m'a un peu p&#233;t&#233;e dans mon &#233;lan. Qu'elle a mis de l'ins&#233;curit&#233; dans mon rapport au sexe, qu'elle a impact&#233; ma confiance en moi-m&#234;me. Grosso modo, la morale de l'histoire &#233;tait &#8220;&lt;i&gt;Si le mec n'est pas content, tu risques de passer un sale quart d'heure.&lt;/i&gt;&#8221; Ce qui ne me poussait pas &#224; mettre mon plaisir au centre, &#224; l'&#233;panouir, &#224; jouer et &#224; jouir. C'est parce que j'ai rencontr&#233; quelqu'un qui m'y invitait et qui me mettait en confiance pour le faire que j'ai pu remettre de l'&#233;vidence dans la recherche de mon plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression a aussi peut-&#234;tre eu un autre impact : ce n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant, mais il n'y a pas de fellation dans mes fantasmes. Que ce soit dans ceux dans lesquels je me visualise en homme comme dans ceux dans lesquels je suis une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; &#224; reprendre de la ma&#238;trise sur ma vie en g&#233;n&#233;ral, apr&#232;s le long cycle des passages en HP et des lentes reconstructions, j'ai eu envie de rouvrir ce chantier du sexe. &#201;tonnamment c'est un bouquin qui m'a aid&#233;e, alors que je ne suis pas du tout habitu&#233;e &#224; ce genre de litt&#233;rature &#8220;d&#233;veloppement personnel&#8221;. Il &#233;tait biface : au recto, un guide de la fellation, au verso, un guide du cunnilingus. C'&#233;tait hyper h&#233;t&#233;rocentr&#233;, tr&#232;s romantique dans l'approche de l'acte, avec plein de m&#233;taphores &lt;i&gt;too much&lt;/i&gt;, mais &#231;a m'a aussi aid&#233;e &#224; ne plus voir le phallus comme un marteau-pilon, mais plut&#244;t comme un organe sensible, avec ses zones appelant de la d&#233;licatesse et de l'expertise. La fellation est devenue un acte ludique, o&#249; je restais ma&#238;tresse des choses que je voulais faire ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je suis avec Alex. C'est moi qui l'ai dragu&#233; effront&#233;ment. Je lui ai rapidement parl&#233; de mon agression sexuelle, qui avait eu lieu douze ans auparavant. J'avais besoin d'&#234;tre sinc&#232;re, de vite expliciter mes zones d'inconfort pour qu'il ne m'y m&#232;ne pas direct, par maladresse. &#199;a a &#233;t&#233; un peu trop abrupt, comme un abordage un peu violent dans une histoire d'amour. Je ne mesurais pas tout ce que &#231;a allait pouvoir brasser chez lui. Du coup, il a eu besoin de me mettre &#224; distance tr&#232;s vite, pour mieux re&#8202;ve&#8202;nir vers moi au bout de quelques semaines, quand &#231;a s'&#233;tait apais&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ose esp&#233;rer que si j'avais d&#233;marr&#233; ma sexualit&#233; autrement, j'aurais pu plus vite faire de ma jouissance un axe central de mes pratiques sexuelles, et donc identifier plus rapidement les endroits o&#249; je n'avais pas envie d'aller. Il m'arrive encore des fois de dire apr&#232;s coup &#8220;&lt;i&gt;&#199;a m'a fait un peu mal, mais je ne voulais pas t'interrompre parce que tu avais l'air bien.&lt;/i&gt;&#8221; Alors m&#234;me qu'entendre l'autre dire la m&#234;me chose me r&#233;vulse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette id&#233;e qu'on ne se remettrait pas d'un viol. Je ne me sens pas forc&#233;ment l&#233;gitime &#224; poser un regard dessus parce que j'ai l'impression d'avoir v&#233;cu plut&#244;t une agression sexuelle qu'un viol. Mais si j'ai &#233;t&#233; viol&#233;e et que j'ai une sexualit&#233; &#233;panouie derri&#232;re, alors quoi ? Cela sous-entend que je n'ai pas &#233;t&#233; vraiment viol&#233;e, pour m'en remettre si facilement ? C'est ultra d&#233;primant dans ce que &#231;a a de cat&#233;gorique, de d&#233;finitif aussi : cela revient &#224; dire que d&#232;s mes vingt ans, je pouvais faire une croix sur une vie sexuelle riche et &#233;panouissante. Heureusement que la vie est plus complexe que &#231;a. Dans mon cas, l'enjeu est plut&#244;t de ne pas d&#233;serter le terrain, de me r&#233;p&#233;ter que jouir c'est important et qu'il faut se donner les moyens d'y arriver, sans le vivre comme un truc martial, mais comme un truc auquel j'ai droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020). Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt; du journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; &lt;i&gt;tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par la violence, contrainte, menace ou surprise est un viol&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La terrasse p&#233;nitentiaire</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Peu avant le bouclage du dernier num&#233;ro, on a re&#231;u ce petit texte d'anticipation prenant &#224; rebours le principe du confinement. Et comme toute dose de l&#233;g&#232;ret&#233; est bonne &#224; grignoter dans ces moments pesants, on a d&#233;cid&#233; de le publier. En attendant le retour des terrasses&#8230; C'est ce matin que le ciel est tomb&#233; sur ma pomme, &#224; grand fracas. En l'occurrence : un coup de sonnette, trois coups de sonnette, un tambourinement forcen&#233;, des meuglements porcins, un b&#233;lier d&#233;fon&#231;ant ma porte, blam, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zai" rel="tag"&gt;Za&#239;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Peu avant le bouclage du dernier num&#233;ro, on a re&#231;u ce petit texte d'anticipation prenant &#224; rebours le principe du confinement. Et comme toute dose de l&#233;g&#232;ret&#233; est bonne &#224; grignoter dans ces moments pesants, on a d&#233;cid&#233; de le publier. En attendant le retour des terrasses&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH487/-1541-1ce8a.jpg?1768660199' width='400' height='487' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est ce matin que le ciel est tomb&#233; sur ma pomme, &#224; grand fracas. En l'occurrence : un coup de sonnette, trois coups de sonnette, un tambourinement forcen&#233;, des meuglements porcins, un b&#233;lier d&#233;fon&#231;ant ma porte, &lt;i&gt;blam&lt;/i&gt;, puis l'irruption martiale de trois agents municipaux fort peu sympathiques. De vraies fouines, m&#234;me, qui me mataient comme si j'&#233;tais un genre de monstre, ricanaient &#224; la vue de mes posters de Mark Zuckerberg et fouillaient dans mes placards en d&#233;goisant sur mon autisme pr&#233;sum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des po&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme on nous a dit que t'&#233;tais du genre &#224; bien aimer les &#233;crans et la non-vie, on est venus v&#233;rifier&lt;/i&gt; &#187;, a grinc&#233; l'un deux quand j'ai demand&#233; de quel droit ils avaient enfonc&#233; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Typique de l'&#233;poque et de son arri&#232;re-go&#251;t de pastille Vichy : on m'avait poukave. Mais plut&#244;t que d'enqu&#234;ter infra-neurones pour d&#233;terminer lequel de mes horribles voisins et voisines avait pu jouer au Judas, j'ai tent&#233; d'amadouer les intrus, d'une voix mielleuse o&#249; piaillait ma fausset&#233; : &#171; &lt;i&gt;Voyons, Messieurs, je suis comme tout le monde depuis les&lt;/i&gt; incidents&lt;i&gt; : je d&#233;teste la vie virtuelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est ce qu'ils disent tous&lt;/i&gt; &#187;, a r&#233;pliqu&#233; l'ostrogoth num&#233;ro deux, colosse rousse occup&#233;e &#224; d&#233;pecer de ses pognes une pile de linge sale montant jusqu'au plafond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ils avaient fait venir un chien renifleur, un certain &#171; Didier &#187;, cr&#233;ature &#224; poils ras oscillant entre le pitbull et l'opossum, il n'a pas fallu longtemps pour qu'ils mettent la main sur ce qu'ils cherchaient : un smartphone et un modem artisanal, planqu&#233;s sous une latte de plancher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ton compte est bon&lt;/i&gt; &#187;, a lanc&#233; la montagne rousse, suscitant en moi un m&#233;lange d'envie de pleurer et de rire &#8211; niveau champ lexical, on barbotait en plein &lt;i&gt;Pinot simple flic&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a n'avait rien d'une com&#233;die. La preuve : les menottes ont grinc&#233; sur mes poignets.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux heures d'attente &#224; cogiter comme un dingue, on m'a amen&#233; un compagnon de cellule. Chaumard, qu'il s'appelait. Un m&#233;lange entre pile &#233;lectrique tremblotante et dadais aux yeux mouill&#233;s. Le gonze &#233;tait encore plus flipp&#233; que moi, ce qui m'a redonn&#233; un peu de peps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Toi aussi, t'&#233;tais en R&#233;sistance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, que je lui ai lanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coinc&#233; dans ses sanglots, &lt;i&gt;ouin ouin c'est trop injuste&lt;/i&gt;, il n'a d'abord pas pu r&#233;pondre. Mais on avait le temps, beaucoup de temps, si bien qu'il a fini par se calmer. Il m'a alors narr&#233; ses malheurs. Jeune informaticien sans histoire, il s'&#233;tait retrouv&#233; au ch&#244;mage apr&#232;s la pand&#233;mie num&#233;rique. Il avait bien tent&#233; de se reconvertir dans l'horticulture, mais les s&#233;cateurs et les b&#233;gonias n'&#233;taient pas son truc &#8211; mais alors pas du tout. Alors il avait replong&#233;, pas &#224; pas. D'abord des enfantillages : un vieux Nokia pour jouer au Serpent, puis un PC hors d'&#226;ge et un CD-ROM d'&lt;i&gt;Age of Empires 2&lt;/i&gt;. Le grand bond &#233;tait venu plus tard, un soir de courage &#224; la Jean Moulin : une connexion pirate sur le r&#233;seau R&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En taillant le bout de gras, j'ai fini par comprendre que je le connaissais, ce bougre : Chaumard, c'&#233;tait Chaum&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;3, le gars avec qui hier encore je discutais en ligne de l'avenir. &#171; &lt;i&gt;Un jour, on sera comme les riches&lt;/i&gt; &#187;, qu'il m'avait dit, &#171; &lt;i&gt;on pourra se connecter sans se cacher&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien vu, gros, en plein dans le mille.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vieille hippie sur le retour, la juge est all&#233;e droit au but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Monsieur Chien Noir, vous &#234;tes un citoyen asocial et peu port&#233; sur la vie en communaut&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai hauss&#233; les &#233;paules : difficile de le nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis la pand&#233;mie, la justice a d&#233;cid&#233; de ne plus s'encombrer de cl&#233;mence avec les cas de votre esp&#232;ce. Apr&#232;s tout, si le virus de la solitude r&#244;de toujours, c'est parce que des gens comme vous s'ent&#234;tent &#224; surfer sur le web en r&#233;pandant la maladie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais voulu r&#233;pondre que c'&#233;tait un peu plus complexe que &#231;a, ma petite dame, qu'on savait bien que les riches et les puissants se la donnaient grave sur Insta et YouPorn sans souci de sant&#233; publique, que l'in&#233;galit&#233; de traitement num&#233;rique morcelait notre monde, mais elle ne m'a pas laiss&#233; ouvrir la bouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est pourquoi je vous condamne &#224; trois ann&#233;es de non-confinement absolu, en terrasse p&#233;nitentiaire. Vous verrez les d&#233;tails avec le juge d'application des peines.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ledit JAP &#233;tait un quinquag&#233;naire aust&#232;re aux dents pourries, boudin&#233; dans un tee-shirt Che Guevara. On sentait bien que ma pomme il s'en tapait royal. Quand j'ai insist&#233; sur le fait que j'&#233;tais un peu asocial et que j'avais du mal avec les lieux o&#249; il y avait beaucoup de monde, il a rican&#233; d'un rire puant o&#249; dansaient mille graillons : &#171; &lt;i&gt;On peut dire que tu vas &#234;tre servi, mon gars. C'est justement le principe de ta peine, de te foutre au milieu des gens, l&#224; o&#249; tes petites manies individualistes ne pourront pas se d&#233;velopper et o&#249; tu ne propageras pas le virus du confinement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autorit&#233;, il m'a plac&#233; au Bar des Sports, un &#233;tablissement de l'Est parisien croulant d'habitu&#233;s vocif&#233;rants, de gauchistes &#224; tignasses puantes et d'ivrognes refaisant le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfer, go&#251;t beaujolais.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis assign&#233; &#224; la table num&#233;ro 3, plac&#233;e &#224; quelques m&#232;tres du comptoir. Une sorte de carrefour &#224; emmerdeurs. Il est fr&#233;quent que des gens viennent me parler des r&#233;sultats du foot ou des forfanteries du gouvernement. Je feins alors d'&#234;tre tr&#232;s absorb&#233; par les mots fl&#233;ch&#233;s du journal du jour &#8211; &#171; haine de l'esp&#232;ce humaine &#187;, en douze lettres... Mais &#231;a ne les d&#233;courage pas, ils d&#233;goisent et d&#233;goisent, insupportables pies aux remugles alcoolis&#233;s. Certains semblent m&#234;me m'avoir pris en sympathie, me donnent du &#171; &lt;i&gt;&#199;a va mon petit Chien Noir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; ou du &#171; &lt;i&gt;Toujours le seum, mon gars&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, ce qui m'emplit d'une terreur sans nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit, ils ne dorment pas, mais chantent et refont le monde, tandis que je tente de me boucher les oreilles en frissonnant d'horreur &#8211; mon empire pour un terrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai notamment pris en grippe un groupe d'individus particuli&#232;rement bruyants, qui s'&#233;vertue soir apr&#232;s soir &#224; d&#233;velopper des &#171; &lt;i&gt;strat&#233;gies d'insurrection&lt;/i&gt; &#187;. Selon eux, il fallait d'abord se d&#233;barrasser des &#233;crans pour que la suite vienne, &#224; savoir l'&#233;croulement pur et simple du capitalisme. Ils sont persuad&#233;s que &#231;a ne saurait tarder. Des tar&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire : je d&#233;teins. Je n'ai tir&#233; que trois mois et d&#233;j&#224; je ne me reconnais plus. Il m'arrive d'avoir envie moi aussi de chanter &#171; &lt;i&gt;L'Internationale d&#233;confin&#233;e&lt;/i&gt; &#187; &#224; plein gosier ou de go&#251;ter cette &#233;trange mixture qu'ils appellent pastis et s'enfilent &#224; pleines brouettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nom d'un Alain Madelin, la fin est proche.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, 27 avril, &#171; Un dangereux d&#233;tenu s'&#233;chappe d'un bar de Belleville &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8220;Je le sentais pas celui-l&#224;, trop sinistre. Un genre de &lt;i&gt;geek&lt;/i&gt;, comme on disait dans le temps, quand la jeunesse &#233;tait cingl&#233;e et le monde un grand repli sur soi.&#8221; &lt;i&gt;Voil&#224; ce qu'a d&#233;clar&#233; Eddy Leroux aux enqu&#234;teurs. Son &#233;tablissement accueillait depuis quelques mois Chien Noir, dangereux d&#233;tenu condamn&#233; pour r&#233;clusion num&#233;rique &#224; une peine de trois ans de sociabilit&#233;. Mais dans la nuit du 26 avril, ce jeune malfaiteur a bris&#233; son verre de pastis et couru vers la sortie en plein milieu d'une soir&#233;e karaok&#233;, profitant du moment de flottement provoqu&#233; par une interpr&#233;tation particuli&#232;rement rat&#233;e de &#8220;Za&#239; Za&#239; Za&#239; Za&#239;&#8221;. Le procureur a indiqu&#233; que les meilleurs ivrognes de son effectif &#233;taient sur l'affaire et que l'&#233;vad&#233; ne courrait pas longtemps.&lt;/i&gt; &#8220;Nos compatriotes doivent savoir qu'on ne bafoue pas ainsi les lois de la terrasse en pleine pand&#233;mie num&#233;rique&#8221;, &lt;i&gt;a d&#233;clar&#233; le Pr&#233;sident Michu, bourr&#233; comme un Petit Lu, lors d'une conf&#233;rence de presse sp&#233;ciale. Il a ensuite incit&#233; les Fran&#231;ais &#224; soutenir la fili&#232;re viticole et &#224; ne rien l&#226;cher dans leur reconqu&#234;te des terrasses, ce &#8220;patrimoine &#233;ternel&#8221;. Et d'entonner l'&lt;del&gt;hips&lt;/del&gt; hymne national, &#224; grand renfort de tr&#233;molos &#8211; &#8220;Le jour de boire est arriv&#233;&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chien Noir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'autres nouvelles du Chien Noir sont &#224; retrouver sur son blog : &lt;a href=&#034;https://chien-noir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chien-Noir.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Leurs corps, leurs choix</title>
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&lt;p&gt;&#171; Un enfant, si je veux, quand je veux &#187;, scandaient les f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, mettant au centre du combat la libert&#233; de disposer de son corps. C'est dans cet h&#233;ritage que s'inscrit l'excellent documentaire Si je veux, quand je veux. Une dizaine de femmes y t&#233;moignent de leur parcours d'IVG. En couple ou c&#233;libataire, avec ou sans contraception, Sarah, Sigrid, Elsa ou encore Lola ont connu un avortement, comme une femme sur trois en France. Elles en t&#233;moignent, face cam&#233;ra, dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un enfant, si je veux, quand je veux&lt;/i&gt; &#187;, scandaient les f&#233;ministes des ann&#233;es 1970, mettant au centre du combat la libert&#233; de disposer de son corps. C'est dans cet h&#233;ritage que s'inscrit l'excellent documentaire &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt;. Une dizaine de femmes y t&#233;moignent de leur parcours d'IVG.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH479/-1364-c6bb8.jpg?1768651960' width='400' height='479' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n couple ou c&#233;libataire, avec ou sans contraception, Sarah, Sigrid, Elsa ou encore Lola ont connu un avortement, comme une femme sur trois en France. Elles en t&#233;moignent, face cam&#233;ra, dans des squares, des jardins. Un cadre rassurant, agr&#233;able, mais surtout public. Car &#224; travers ce film, il s'agit bien de lib&#233;rer une parole trop souvent honteuse et caricatur&#233;e : l'avortement est encore consid&#233;r&#233; comme une abomination, qui g&#233;n&#232;re un traumatisme irr&#233;m&#233;diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comprendre concr&#232;tement comment se passe un avortement, y compris techniquement, dire les douleurs et les questionnements qu'il peut engendrer : voil&#224; l'enjeu des 72 minutes de &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt;, documentaire de Susana Arbizu, Nicolas Drouet, Henri Belin et Micka&#235;l Foucault (sorti en salles au mois de mars). Un film qui permet de sortir des fantasmes et de les confronter &#224; la r&#233;alit&#233; pour d&#233;fendre ce droit qui pourrait, un jour, ne plus en &#234;tre un.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le test est positif&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans jamais taire les doutes, la violence d'un avortement surm&#233;dicalis&#233;, la culpabilit&#233; ou la douleur physique li&#233;es &#224; une IVG, ces femmes t&#233;moignent sans regret et assument leur d&#233;cision : ces grossesses &#233;taient accidentelles, le choix d'avorter &#233;tait clair. Certaines n'&#233;taient simplement pas pr&#234;tes &#224; avoir un enfant : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais jeune et pas pr&#234;te du tout &#224; bouleverser ma vie. J'ai d&#233;cid&#233; d'avorter toute seule, alors que j'&#233;tais en couple. Personne ne peut m'imposer une telle d&#233;cision&lt;/i&gt; &#187;, explique une de ces femmes. Une autre est tomb&#233;e enceinte malgr&#233; son st&#233;rilet, d'autres encore ont avort&#233; plusieurs fois. L'une est si fertile que le moindre &#233;cart signifiait une f&#233;condation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand la grossesse n'est pas d&#233;sir&#233;e, la d&#233;cision d'avorter peut rester difficile &#224; prendre, surtout quand le corps m&#233;dical rajoute une couche de culpabilit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma gyn&#233;cologue tentait de me faire reculer par rapport &#224; mon choix d'avorter, &lt;/i&gt;se souvient l'une des t&#233;moins.&lt;i&gt; Je me suis alors tourn&#233;e vers le Planning familial.&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi la pression sociale : &#171; &lt;i&gt;Je me disais que j'avais merd&#233; et certaines de mes copines me conseillaient de ne pas avorter parce qu'&#224; mon &#226;ge, &#231;a ne se reproduirait peut-&#234;tre plus. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui ressort surtout, c'est le manque d'information : &#171; &lt;i&gt;On m'a donn&#233; un rendez-vous apr&#232;s la date limite pour avorter,&lt;/i&gt; explique une autre intervenante. &lt;i&gt;J'avais pris deux semaines pour r&#233;fl&#233;chir et on ne m'avait absolument pas pr&#233;venue que les d&#233;lais &#233;taient si serr&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Lorsqu'on d&#233;sire interrompre sa grossesse, comprendre la marche &#224; suivre n'est pas si ais&#233;. Elsa raconte qu'on ne lui a m&#234;me pas expliqu&#233; qu'il existait diff&#233;rentes techniques pour avorter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus de centres d'IVG ferment, si bien qu'il faut parfois attendre plusieurs semaines pour un rendez-vous &#224; l'h&#244;pital &#8211; d&#233;lai interminable lorsqu'on ne veut clairement pas d'une grossesse. De m&#234;me, les Plannings familiaux sont trop peu nombreux et cantonn&#233;s aux grandes villes. Bref, avorter, m&#234;me quand la d&#233;cision est prise et assum&#233;e, est souvent un parcours du combattant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mettre des mots&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avorter, c'est d'abord rentrer dans un univers m&#233;dicalis&#233;, o&#249; le discours des professionnels peut se r&#233;v&#233;ler extr&#234;mement maladroit. Lors de son &#233;chographie, le m&#233;decin de Lola lui a balanc&#233; : &#171; &lt;i&gt;Dites donc, c'est un beau d&#233;but de grossesse. &#187;&lt;/i&gt; Il savait pertinemment qu'elle &#233;tait l&#224; pour avorter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, une femme t&#233;moigne de l'accueil bienveillant d'un m&#233;decin parisien : &#171; &lt;i&gt;Il m'a expliqu&#233; en d&#233;tail la proc&#233;dure. Comme j'avais un st&#233;rilet, je ne pouvais pas prendre les m&#233;dicaments, je devais passer par l'aspiration. &#187;&lt;/i&gt; On lui a laiss&#233; le choix de l'anesth&#233;sie, locale ou g&#233;n&#233;rale : &#171; &lt;i&gt;En local, on anesth&#233;sie le col avec quatre piq&#251;res, et on aspire l'embryon. L'ut&#233;rus a alors le r&#233;flexe de se contracter. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'on ressent une forte contraction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mots clairs, nets et pr&#233;cis qui permettent de comprendre ce qui va se passer ; c'est aussi ce qui a rassur&#233; cette autre femme lors de son avortement m&#233;dicamenteux : &#171; &lt;i&gt;Le m&#233;decin a choisi des mots neutres pour m'expliquer la proc&#233;dure. &#199;a m'a fait du bien : la premi&#232;re pilule sera pour stopper la nutrition, la deuxi&#232;me sera celle v&#233;ritablement abortive. Il m'a ensuite parl&#233; de la douleur, sans la nier, la comparant &#224; des r&#232;gles tr&#232;s douloureuses. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le corps m&#233;dical peut aussi commettre de lourdes fautes. Une des intervenantes se rappelle son op&#233;ration en anesth&#233;sie locale : &#171; &lt;i&gt;Mon avortement se passe plut&#244;t bien. Mais au bout de quelques jours, j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui ne s'est pas pass&#233;. Je refais une &#233;chographie &#224; mes frais. Effectivement, il en restait... J'ai d&#251; subir un second avortement deux semaines apr&#232;s le premier.&lt;/i&gt; &#187; Lola, elle, relate son s&#233;jour &#224; l'h&#244;pital : &#171; &lt;i&gt;Je prends les cachets et on me donne une couche pour r&#233;ceptionner &#8220;l'&#339;uf&#8221;, comme ils ont dit. Au bout de deux heures, je commence &#224; me sentir tr&#232;s mal et je comprends que &#231;a va &#234;tre beaucoup plus sale que ce qu'on m'a expliqu&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Elle raconte avoir perdu beaucoup de sang, puis poursuit : &#171; &lt;i&gt;En r&#233;alit&#233;, on expulse pas mal de muqueuse. Le petit nid qui s'est form&#233; est beaucoup plus cons&#233;quent que ce que j'imaginais. C'est de la chair, c'est pas romantique. Il faut le dire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'IVG peut &#234;tre v&#233;cue de mille mani&#232;res. Apr&#232;s coup, Sarah a ressenti un profond soulagement. D'autres ont ressenti ce moment comme une simple op&#233;ration. Mais un avortement, m&#234;me bien encaiss&#233;, reste &#233;prouvant : &#171; &lt;i&gt;J'avais pas envie de rentrer chez moi. J'ai err&#233; dans un Bricorama pendant une heure... &#187;&lt;/i&gt;, se souvient une intervenante. Pour Lola, le contrecoup a &#233;t&#233; plus tardif : &#171; &lt;i&gt;Le mois d'apr&#232;s, &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;j'arr&#234;tais pas de pleurer. Il se passait quelque chose d'absurde dans mon corps. Je n'arrivais m&#234;me plus &#224; me doucher.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chasser la honte&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers les t&#233;moignages de ces femmes, ce documentaire d&#233;mystifie l'avortement &#8211; parce qu'il en parle. Simplement et intimement. Avec des d&#233;tails, du tangible, du concret. De quoi chasser le sentiment de honte qui accompagne encore l'IVG : &#171; &lt;i&gt;C'est pas quelque chose qu'on peut assumer, alors que &#231;a concerne les trois quarts des filles,&lt;/i&gt; remarque Sarah. &lt;i&gt;Au boulot, une coll&#232;gue pr&#233;f&#233;rera dire, si elle est souffrante, qu'elle a des r&#232;gles douloureuses, plut&#244;t que de dire qu'elle vient de se faire avorter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une des s&#233;quences d'archives qui ponctuent le documentaire, une militante f&#233;ministe rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'IVG est bien souvent un d&#233;bat d'hommes&lt;/i&gt; &#187;, alors qu'il devrait &#234;tre port&#233; par les premi&#232;res concern&#233;es, celles qui le vivent dans leur chair. Ces voix de femmes, ces images des manifestations massives conduites par le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF) dans les ann&#233;es 1970 viennent aussi rappeler que l'avortement surm&#233;dicalis&#233; maintient les femmes dans une certaine ali&#233;nation. Pour certaines de ces militantes, la loi l&#233;galisant l'avortement a eu des effets pervers : &#171; &lt;i&gt;Je vois pas bien ce qu'on a gagn&#233; quand je vois cette femme en habit d'h&#244;pital, sur un fauteuil roulant, attendre, seule, de se faire avorter.&lt;/i&gt; &#187; En somme, il y a eu perte d'une certaine autonomie : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on continue &#224; le pratiquer en dehors de l'h&#244;pital.&lt;/i&gt; &#187; Au moment de sa l&#233;galisation, l'IVG a &#233;t&#233; pens&#233;e comme une mesure de sant&#233; publique n&#233;cessaire face au nombre important de femmes qui d&#233;c&#233;daient des suites d'avortements clandestins. En contrepartie, les femmes ont d&#251; accepter la m&#233;dicalisation de l'acte. Si elle a sauv&#233; de nombreuses vies, la loi Veil a aussi mis un terme &#224; toute une dynamique de transmission d'un savoir m&#233;dical populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que le nerf de la guerre pour d&#233;fendre ce droit &#224; l'IVG, c'est bien de raconter, de poser des mots, d'informer. &lt;i&gt;Si je veux, quand je veux&lt;/i&gt; en est la parfaite illustration. &#171; &lt;i&gt;Ce droit, on risque de le perdre &#224; l'or&#233;e d'une crise sociale importante ou d'un repli sur des valeurs nationalistes, &lt;/i&gt;rappelle une des protagonistes. [...] &lt;i&gt;On doit le d&#233;fendre comme quelque chose qui peut &#234;tre v&#233;cu par n'importe quelle femme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je me souviens&#8230;</title>
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		<dc:creator>Martin Chourat&#233;vla</dc:creator>


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		<dc:subject>Pelouse interdite</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je me souviens de notre premier verrou pos&#233; sur la porte de notre premier squat. Je me souviens de notre premi&#232;re nuit dans ce taudis, avec les voisins qui baisaient en hurlant. Je me souviens du per&#231;age du compteur &#233;lectrique avec un punk... Je me souviens de l'&#233;cole buissonni&#232;re &#224; cinq ans : avec mon pote, on s'&#233;tait cach&#233;s derri&#232;re les poubelles pour manger nos go&#251;ters. Je me souviens que j'arrachais les pancartes &#171; Pelouse interdite &#187; et les balan&#231;ais au loin. Je me souviens d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pelouse-interdite" rel="tag"&gt;Pelouse interdite&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je me souviens de notre premier verrou pos&#233; sur la porte de notre premier squat. Je me souviens de notre premi&#232;re nuit dans ce taudis, avec les voisins qui baisaient en hurlant. Je me souviens du per&#231;age du compteur &#233;lectrique avec un punk...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;e me souviens de l'&#233;cole buissonni&#232;re &#224; cinq ans : avec mon pote, on s'&#233;tait cach&#233;s derri&#232;re les poubelles pour manger nos go&#251;ters. Je me souviens que j'arrachais les pancartes &#171; Pelouse interdite &#187; et les balan&#231;ais au loin. Je me souviens d'un billet de train trafiqu&#233; entre Lyon et Skopje, en Mac&#233;doine, et qu'on m'a jet&#233; du train &#224; Annecy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens&lt;/strong&gt; de notre premier verrou pos&#233; sur la porte de notre premier squat. Je me souviens de notre premi&#232;re nuit dans ce taudis, avec les voisins qui baisaient en hurlant. Je me souviens du per&#231;age du compteur &#233;lectrique avec un punk. Je me souviens des caisses de Saint-Nectaire qu'on piquait au dos du camion. Je me souviens des courses, et du bonheur d'avoir vingt ans et des jambes v&#233;loces. Je me souviens d'un vigile plus rapide &#224; la course que moi et qui m'avait &#233;tendu dans le hall d'un G&#233;ant Casino. Je me souviens d'une carte t&#233;l&#233;phonique gratos, mais qui tenait &#224; peine dans une valise. Je me revois de nuit, des heures au t&#233;l&#233;phone avec mon amoureuse, faisant tout mon possible pour ne pas &#234;tre rep&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens&lt;/strong&gt; de ma carte d'&#233;tudiant aussi fausse que possible au nom de Paul Durant. Je me souviens des flics qui m'avaient jet&#233; dans la banlieue de Roanne et de ma course effr&#233;n&#233;e, sac au dos, pour attraper le dernier train. Je me souviens du policier qui m'a arrach&#233; la chemise dans sa voiture, et moi niant tout apr&#232;s un vol chez D&#233;cathlon. Je me souviens de la fr&#233;n&#233;sie du vol, de l'adr&#233;naline quotidienne, des bo&#238;tes de crabe, des bouteilles de vin qui redressaient la colonne vert&#233;brale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens&lt;/strong&gt; d'une choure de talkies-walkies pour la cause, d'un rep&#233;rage pour piquer un stock de papier destin&#233; &#224; &#233;diter je ne sais plus quel journal autonome dans les ann&#233;es 1990. Je me souviens de mes regards furtifs au-dessus de l'offset alors que j'imprimais la premi&#232;re brochure zapatiste &#224; 500 exemplaires, en douce dans ma bo&#238;te. Je me souviens de l'impression d'un autre journal en 1995, en r&#234;vant du Grand Soir et de la chute de Jupp&#233;. Je me souviens qu'on n'avait pas un sou mais qu'on &#233;tait riche. Je me rappelle que je ne m'int&#233;ressais ni aux d&#233;codeurs trafiqu&#233;s Canal+ ni aux bagnoles, mais qu'un vol de v&#233;lo me laisse encore honteux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens&lt;/strong&gt; d'un rappel &#224; la loi, d'un vigile que j'ai renvoy&#233; dans ses vingt-deux m&#232;tres, d'un scandale aux caisses une fois o&#249; on m'a soup&#231;onn&#233; alors que je n'avais rien piqu&#233;. Je me rappelle d'un contr&#244;leur SNCF &#224; Montlu&#231;on, tellement sympa &#224; me faire des r&#233;ductions alors que non, je la voulais cette amende, putain je la paye pas, je m'appelle Paul Durant, bordel ! Je me souviens de la tristesse de la marchandise d&#233;couverte une fois chez moi, sauf apr&#232;s avoir chour&#233; les &#339;uvres compl&#232;tes du Subcomandante Marcos chez Dagorno. Je me rappelle sans gloire de la librairie Champ libre &#224; Paris, o&#249; tu pouvais prendre Karl Korsch ou &lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; du spectacle&lt;/i&gt; sans que personne ne t'emmerde. Et je me souviens encore du libraire sympa qui m'a laiss&#233; repartir avec tous la collection des Corto Maltese.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je me souviens&lt;/strong&gt; d'un pote qui a sorti un bateau gonflable de cinq m&#232;tres de long &#224; la barbe de tous les vendeurs. Je me souviens de ma s&#339;ur qui avait p&#234;cho une cha&#238;ne hi-fi compl&#232;te. Je me souviens d'une machine qui changeait la monnaie et &#224; qui on a refil&#233; toute notre cliquetaille de francs pour obtenir de bons marks allemands. Je me souviens d'une carte bleue que j'avais d&#233;clar&#233;e vol&#233;e, avec laquelle on a fait les courses pour une coquette somme. Je me souviens de ce pote qui tenait la caisse d'un supermarch&#233; &#8211; oh yeah ! Je me souviens d'un No&#235;l 1998 avec les ch&#244;meurs, o&#249; on a sorti une dizaine de Caddie surcharg&#233;s sans payer. Je me souviens de cent P&#232;re No&#235;l &#224; Gen&#232;ve chourant gaiement dans les magos des bourges suisses. Et je me souviens d'un emploi de deux ans o&#249; j'ai oubli&#233; de pointer, mais qu'on m'a pay&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Martin Chourat&#233;vla&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Voyage sans visa</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nassir Safi</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>La maltourn&#233;e</dc:subject>
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		<dc:subject>J'ai appel&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>iraniens</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l'Afghanistan. Aujourd'hui scolaris&#233; &#224; Marseille, il a effectu&#233; un stage &#224; CQFD et nous a racont&#233; son aventure. T&#233;moignage brut. Je ne suis rest&#233; que deux ou trois jours &#224; Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes &#224; bord, il a roul&#233; jusqu'&#224; Nimr&#244;z, &#224; la fronti&#232;re iranienne. On est rest&#233;s quelques jours dans un appartement, jusqu'&#224; ce qu'un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jours" rel="tag"&gt;jours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fois" rel="tag"&gt;fois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jusqu-a" rel="tag"&gt;jusqu'&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/passeur" rel="tag"&gt;passeur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-appele" rel="tag"&gt;J'ai appel&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/iraniens" rel="tag"&gt;iraniens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l'Afghanistan. Aujourd'hui scolaris&#233; &#224; Marseille,
il a effectu&#233; un stage &#224; CQFD et nous a racont&#233; son aventure. T&#233;moignage brut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH189/-124-2785f.jpg?1768757805' width='500' height='189' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par La maltourn&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis rest&#233; que deux ou trois jours &#224; Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes &#224; bord, il a roul&#233; jusqu'&#224; Nimr&#244;z, &#224; la fronti&#232;re iranienne. On est rest&#233;s quelques jours dans un appartement, jusqu'&#224; ce qu'un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. Apr&#232;s quelques heures, il nous a l&#226;ch&#233;s en plein d&#233;sert. L&#224;, une autre &#233;quipe nous a entass&#233;s trois par coffre, douze par voiture. Nouvel arr&#234;t. &#171; &lt;i&gt;Vous voyez ce col, l&#224;-haut ? Des passeurs iraniens vous y attendent&lt;/i&gt;. &#187; Ils nous ont frapp&#233;s avec des manches &#224; balai pour nous faire courir, m&#234;me les enfants, les vieux, tout le monde. Une fois du c&#244;t&#233; iranien, hop, dans des voitures &#224; nouveau. Sans rien boire ni manger. Les passeurs ayant peur de la police, on a attendu trois jours avant de partir &#224; pied. Ils nous ont donn&#233; des biscuits et un peu d'eau. Trois fois rien. Par petits groupes, on est arriv&#233;s en ville. Encore une voiture. Route. Encore un arr&#234;t, dans une ferme, et le soir venu, nous sommes repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; T&#233;h&#233;ran, le groupe se disperse et je me retrouve seul dans une maison. &#171; &lt;i&gt;Tu ne sors pas d'ici sans qu'on te le dise !&lt;/i&gt; &#187; Au deuxi&#232;me jour, j'ai craqu&#233;, je suis all&#233; me balader en ville et la police m'a arr&#234;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;Papiers ! Tu viens d'o&#249; ?&lt;/i&gt; &#187; Ils m'ont tabass&#233; et mis en cellule, tout seul. J'ai mang&#233;. Au bout d'une semaine, on m'a mis dehors. J'ai appel&#233; mon passeur &#8211; j'avais son num&#233;ro. J'ai pass&#233; mon t&#233;l&#233;phone &#224; un passant pour qu'il lui explique o&#249; je me trouvais. L'homme m'a ramen&#233; &#224; la planque. &#171; &lt;i&gt;Si tu sors, je te laisse dans la merde !&lt;/i&gt; &#187; Puis on est partis vers la fronti&#232;re turque, &#224; cinq dans une voiture. On s'est fait contr&#244;ler sur la route. Personne n'avait de papiers, mais la police nous a laiss&#233;s passer gr&#226;ce au bakchich. On a mang&#233;, puis on est repartis en pick-up, dix personnes par v&#233;hicule. Il faisait tr&#232;s froid, ils roulaient vite. C'&#233;tait dur. Les voitures reparties, les passeurs ont amen&#233; un bateau en plastique, type bateau de plage, pour traverser une rivi&#232;re. Je suis mont&#233; en premier et j'ai bascul&#233;, plouf ! Je ne sais pas bien nager. Heureusement, mon sac &#233;tait rest&#233; &#224; bord et j'ai pu mettre des v&#234;tements secs. On a march&#233; et on a travers&#233; une autre rivi&#232;re avec le m&#234;me bateau. Cette fois, je n'y suis pas all&#233; le premier, je n'avais qu'un rechange. Le soleil s'est lev&#233;, on s'est cach&#233;s dans les bois. Puis, le soir, on a ramp&#233; pour ne pas &#234;tre vus depuis la route. Deux v&#233;hicules sont venus nous chercher. On est mont&#233;s fissa. On est arriv&#233;s dans un village turc sans que je sente le passage de la fronti&#232;re. Dans une maison, un homme m'interroge : &#171; &lt;i&gt;Tu t'appelles comment ? C'est qui ton passeur ?&lt;/i&gt; &#187; J'ai donn&#233; le num&#233;ro de l'Iranien. Il l'a appel&#233; pour v&#233;rifier et il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Viens avec moi.&lt;/i&gt; &#187; Il m'a achet&#233; un ticket de bus. &#171; &lt;i&gt;Vas jusqu'&#224; Istanbul. Quelqu'un t'attendra l&#224;-bas&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Istanbul, un Afghan m'attendait. Il m'a guid&#233; jusqu'&#224; une maison o&#249; logeaient cinq ou six compatriotes. L&#224;-bas, on &#233;tait libres, on sortait se balader au bord de l'eau, dans des parcs, on mangeait dans des snacks pour pas cher. L'un des gar&#231;ons connaissait bien la ville, il faisait des petits boulots pour payer le passage vers l'Europe. Je suis rest&#233; quelques jours, puis cap sur la Gr&#232;ce avec une trentaine de voyageurs. Un autre passeur m'a fait monter dans un van, jusqu'&#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re. Puis on a march&#233; jusqu'au fleuve que l'on a travers&#233; avec un bateau pneumatique. Mais, l&#224;, on a &#233;t&#233; pris dans un tourbillon&#8230; J'ai cru qu'on allait y rester. Il faisait froid, ce soir-l&#224;. J'&#233;tais le seul Afghan, il y avait des Iraniens, des Irakiens. Je comprends la langue des Iraniens. Le passeur est parti avec les Irakiens et on s'est cach&#233;s sous un pont &#8211; on &#233;tait cinq. &#192; la tomb&#233;e de la nuit, d&#233;sesp&#233;r&#233;, j'ai appel&#233; le passeur &#8211; Afghans et Iraniens, c'est le m&#234;me r&#233;seau &#8211; et il m'a dit s'&#234;tre battu avec le passeur des Syriens, il faudrait attendre un jour ou deux. Le troisi&#232;me jour, une voiture arrive et je sors de notre cachette pour lui faire signe. Une patrouille m'a vu et ils m'ont frapp&#233; avant de me passer les menottes et d'embarquer les autres. Ils nous ont jet&#233;s en cellule. Il y avait du monde : Afghans, Syriens, Irakiens, Iraniens, Kurdes&#8230;. Ils nous ont tous renvoy&#233;s en Turquie. L&#224;-bas, trois Afghans m'ont dit qu'il fallait se cacher en ville et j'ai pris un taxi avec eux pour Istanbul. De retour dans la m&#234;me maison, j'ai retrouv&#233; mon coll&#232;gue. Deux, trois jours apr&#232;s, on a tent&#233; de passer la fronti&#232;re bulgare. Nouvelle arrestation et retour en prison, enfants, vieux, femmes, tous m&#233;lang&#233;s. J'ai eu de la chance de sortir apr&#232;s une semaine. Des jeunes m'ont racont&#233; qu'ils &#233;taient enferm&#233;s l&#224; depuis trois, quatre, cinq mois. Istanbul encore. Troisi&#232;me tentative &#224; la fronti&#232;re grecque. On &#233;tait six &#224; tenter la travers&#233;e du fleuve. Le passeur m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Cette fois, tu vas r&#233;ussir, vous n'&#234;tes pas nombreux.&lt;/i&gt; &#187; On est rest&#233; une journ&#233;e dans les bois, puis le passeur turc m'a appel&#233; pour me pr&#233;venir qu'une voiture allait nous emmener jusqu'&#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est rest&#233;s vingt jours en Gr&#232;ce, avec la peur de croiser la police, puis je suis parti en bus jusqu'&#224; Patras, o&#249; j'ai rejoint plein de gens sur une petite montagne. Ils attendaient pour passer en Italie. La journ&#233;e on dormait et le soir on courait apr&#232;s les camions. L'id&#233;e &#233;tait de monter dedans, dessus ou dessous juste avant qu'il embarque sur un ferry. J'en ai attrap&#233; beaucoup, mais &#224; chaque fois, le conducteur me faisait descendre, ou la police &#8211; 18 mois de prison pour qui se fait attraper. La premi&#232;re fois qu'un flic m'a mis la main dessus, il m'a frapp&#233; et m'a jet&#233; en cellule, mais j'&#233;tais sa seule prise du jour, alors il m'a rel&#226;ch&#233;. La seconde fois, je me suis enfui en sautant d'un camion en marche et je suis retourn&#233; au refuge dans la montagne avec un terrible mal de dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, on a finalement r&#233;ussi &#224; passer. On a d&#233;coup&#233; la toile d'un camion pendant que le chauffeur dormait dans sa cabine. Il devait &#234;tre quatre heures du matin. 24 heures d'attente, puis 24h de travers&#233;e : 48h sans manger ni boire. Arriv&#233;s en Italie, la remorque du camion a &#233;t&#233; plac&#233;e sur un train. C'&#233;tait un chargement de bois qui partait pour l'Allemagne. D&#233;boussol&#233;s et affam&#233;s, on a saut&#233; du train &#8211; mal de dos &#224; nouveau. On a couru vers les bois, mais on s'est fait attraper par la police. Apr&#232;s sept heures au commissariat, ils nous ont emmen&#233;s dans un camp. On a pu enfin manger. Je n'ai toujours pas id&#233;e aujourd'hui de la r&#233;gion o&#249; nous &#233;tions. On nous a dit &#171; &lt;i&gt;Italie&lt;/i&gt; &#187;, et c'est tout. J'ai achet&#233; une carte SIM et j'ai appel&#233; le passeur grec. Il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Prends un train pour Rome, ensuite Milan, puis Vintimille&lt;/i&gt;. &#187; Sans ticket, je suis arriv&#233; &#224; Milan et j'ai pris un autre train pour atteindre Vintimille. L&#224;, j'ai rappel&#233; le passeur grec. &#171; &lt;i&gt;Prends un billet pour Nice&lt;/i&gt;. &#187; Juste avant la fronti&#232;re, les flics sont mont&#233;s, ont d&#233;visag&#233; les gens et ont fait descendre tous ceux qui avaient une t&#234;te d'&#233;tranger. Je suis rest&#233; un jour et une nuit en prison, en compagnie de deux jumeaux afghans connus dans le train. Au t&#233;l&#233;phone, le Grec me conseille de marcher le long du rivage jusqu'&#224; Nice. L&#224;, j'ai appel&#233; mon oncle &#224; Kaboul pour qu'il paye le passeur afghan : 7 000 dollars. Le dernier conseil du Grec a &#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Vas &#224; Marseille, &#231;a sera mieux pour toi.&lt;/i&gt; &#187; Mes deux copains sont partis pour l'Allemagne, via Paris. J'ai dormi &#224; la gare Saint-Charles, o&#249; j'ai crois&#233; un Afghan. Il m'a accompagn&#233; au commissariat de Noailles. L&#224;, un policier, apr&#232;s m'avoir demand&#233; ce que je comptais faire &#8211; &#171; &lt;i&gt;Rester ici&lt;/i&gt; &#187;, j'ai r&#233;pondu &#8211;, m'a guid&#233; jusqu'au bureau des &#233;ducateurs de rue d'Addap13. Apr&#232;s un mois de gal&#232;re, ils m'ont trouv&#233; une place en foyer, puis dans un coll&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Karimouche : du stand-up au chant, l'&#233;nergie de la sc&#232;ne</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


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		<dc:subject>album</dc:subject>
		<dc:subject>sc&#232;ne</dc:subject>
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		<dc:subject>concerts</dc:subject>

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&lt;p&gt;Elle a sign&#233; son premier album, Emballage d'origine, en 2010 (Atmosph&#233;riques), puis a &#233;cum&#233; les sc&#232;nes. La voici de retour avec Action (Pias/Blue Line, dans les bacs depuis le 29 mars), un joli disque de dix titres o&#249; elle d&#233;ploie une nouvelle fois sa voix exceptionnelle. Elle &#233;tait sur sc&#232;ne le 6 mars &#224; Paris, pour un show quasi intimiste tout en beaut&#233;. On en a profit&#233; pour lui poser quelques questions. Chanteuse sensible et danseuse redoutable, Karimouche est une artiste &#224; d&#233;couvrir. Tu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/concerts" rel="tag"&gt;concerts&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Elle a sign&#233; son premier album,&lt;i&gt; Emballage d'origine&lt;/i&gt;, en 2010 (Atmosph&#233;riques), puis a &#233;cum&#233; les sc&#232;nes. La voici de retour avec &lt;i&gt;Action&lt;/i&gt; (Pias/Blue Line, dans les bacs depuis le 29 mars), un joli disque de dix titres o&#249; elle d&#233;ploie une nouvelle fois sa voix exceptionnelle. Elle &#233;tait sur sc&#232;ne le 6 mars &#224; Paris, pour un show quasi intimiste tout en beaut&#233;. On en a profit&#233; pour lui poser quelques questions. Chanteuse sensible et danseuse redoutable, Karimouche est une artiste &#224; d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH360/p13_coverkarimouche-a60b4.png?1768721331' width='400' height='360' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu arrives tout juste de Lyon, c'est ta ville d'adoption ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je suis lyonnaise depuis une quinzaine d'ann&#233;es. Je suis n&#233;e &#224; Angoul&#234;me, j'ai fait des &#233;tudes &#224; Montargis puis &#224; Paris, et enfin je me suis install&#233;e &#224; Lyon. J'y suis arriv&#233;e en 2000, je travaillais d&#233;j&#224; avec la compagnie K&#228;fig comme costumi&#232;re et comme danseuse. Dans les faits, je vis la moiti&#233; du temps &#224; Paris, quand je n'ai pas mon fils. Je suis moi aussi en &#171; garde altern&#233;e &#187;. Toute mon &#233;quipe est &#224; Lyon, on r&#233;p&#232;te donc l&#224;-bas, dans le local d'un de mes musiciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu soutiens en ce moment &lt;i&gt;Action&lt;/i&gt;, ton nouvel et deuxi&#232;me album. Pas trop de pression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le trac. J'ai toujours le trac. M&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais du stand-up, tant cette peur est un moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton id&#233;e, c'est de tourner autant que possible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, on est d&#233;j&#224; partis pour quelque 80 concerts, mais j'aimerais en faire davantage. J'aime la sc&#232;ne. J'ai fait 400 concerts &#224; la suite du premier album, 400 concerts en quatre ans, c'est le bon rythme. Et puis la sc&#232;ne, c'est plus qu'une passion, c'est aussi mon gagne-pain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'avais vu un de tes concerts &#224; la f&#234;te de Lutte ouvri&#232;re en 2011, et ce qui m'avait marqu&#233;, c'&#233;tait ton &#233;nergie sur sc&#232;ne. Tu n'avais qu'un musicien &#224; l'&#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce concert, il y avait eu une panne ! Il avait fallu redoubler d'&#233;nergie. G&#233;n&#233;ralement, je tourne avec deux musiciens, mais en ce moment, on est cinq. Ce nouvel album, il m'a fallu dix-huit mois pour en venir &#224; bout. J'ai &#224; nouveau collabor&#233; avec Mouss et Hakim, j'ai donc fait pas mal de sessions &#224; Toulouse. Et puis j'ai rencontr&#233; Lionel Suarez (accord&#233;oniste), qui m'a emmen&#233;e dans d'autres contr&#233;es, qui m'a pouss&#233;e &#224; chanter davantage. J'ai travaill&#233; les m&#233;lodies avec une guitare ou un accord&#233;on tandis que pour le premier album, je travaillais d'abord sur la rythmique. Peut-&#234;tre que pour le troisi&#232;me album, je ferai quelque chose de plus minimaliste car ce nouveau disque est tr&#232;s riche musicalement. En musique, je suis autodidacte, je dois donc beaucoup aux propositions de Lionel. On a fait des sessions de travail de 9 heures du matin &#224; minuit, pendant plusieurs jours de suite, puis on rodait les morceaux sur sc&#232;ne en fin de semaine. Je les ai test&#233;s de juin 2014 &#224; aujourd'hui, on a tourn&#233; &#224; Mayotte et au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu peux revenir sur ton parcours de com&#233;dienne, puis avec K&#228;fig ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la compagnie de danse K&#228;fig, on a fait des tourn&#233;es magnifiques de plusieurs semaines en Asie et au Moyen-Orient. Mais j'ai d'abord &#233;t&#233; com&#233;dienne, j'ai commenc&#233; le th&#233;&#226;tre &#224; l'&#226;ge de 12 ans. Puis j'ai fait du stand-up &#224; partir de l'&#226;ge de 18 ans. En parall&#232;le, j'ai suivi une formation dans une &#233;cole de mode. &#192; Lyon, je donnais des cours de th&#233;&#226;tre la journ&#233;e, faisais du stand-up le soir au Nombril du monde, et travaillais parall&#232;lement comme costumi&#232;re pour K&#228;fig. Dans ce m&#233;tier, si tu veux t'en sortir, il vaut mieux avoir plusieurs cordes &#224; ton arc. J'ai fait aussi beaucoup de doublage de jeux vid&#233;o. J'ai toujours chant&#233;, mais chanter mes textes devant des gens, je n'aurais jamais cru que je le ferai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un c&#244;t&#233; court-m&#233;trage pour chaque morceau de ce nouvel album, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Western ou sixties. &#171; Dans la lune &#187;, je l'ai &#233;crit chez moi, dans un &#233;tat un peu m&#233;lancolique. &#171; La Noiraude &#187;, c'est une r&#233;f&#233;rence &#224; la vache du dessin anim&#233;, c'est un morceau qui groove et qui est un peu barr&#233;. &#171; Princes et princesses &#187;, c'est un morceau &#233;crit avec Magyd Cherfi, qui renvoie &#224; mes origines culturelles. Je me suis davantage l&#226;ch&#233;e pour cet album parce que lors du premier, j'avais plut&#244;t tendance &#224; &#233;luder tout lien avec l'orientalit&#233;, &#224; dire : &#171; &lt;i&gt;Oui, je m'appelle Carima, je suis n&#233;e en Charentes, mais je chante de la chanson fran&#231;aise et n'ai pas &#224; &#234;tre cantonn&#233;e dans le rap, le ra&#239; ou le R'n'B.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/p13__c_photo-victor-delfim3-93256.png?1768658663' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Victor Delfim.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En plus, tu chantes avec une gouaille tr&#232;s marqu&#233;e &#171; titi parisienne &#187;, avec parfois un accent &#224; couper au couteau.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; berc&#233;e avec Ferr&#233; et Piaf, &#231;a m'a marqu&#233;e ! Mais aussi Idir (avec lequel j'ai fait quelques duos sur sc&#232;ne), Lounes Matoub, Cheb Khaled, Oum Kalsoum. Sur le premier album, j'ai refus&#233; deux musiques orientales, je ne voulais pas tomber dans le clich&#233;. Un mec m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Tu devrais faire quelque chose de chez toi.&lt;/i&gt; &#187; J'ai r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Quoi, une bourr&#233;e charentaise ?&lt;/i&gt; &#187; Tout &#231;a est plus apais&#233; d&#233;sormais. J'&#233;voque la vie des sans-papiers dans &#171; Mon nom est personne &#187;. J'aborde la question des maisons closes dans &#171; Ma place au soleil &#187;. &#171; Ki cki mm &#187; (&#171; Qui c'est qui m'aime ? &#187;), c'est &#224; la fois l'acceptation de la diff&#233;rence et le reflet de la superficialit&#233; d'une soci&#233;t&#233; contemporaine. Pour r&#233;sumer, dans cet album, je me livre davantage, mais avec des cl&#233;s. En revanche, je chante presque exclusivement en fran&#231;ais. Je n'ai pas trop envie de me risquer &#224; l'anglais, ou &#224; l'arabe, m&#234;me si dans ce dernier cas, je pense que cela viendra. Quand je vois la fa&#231;on dont les choses se d&#233;gradent, je me dis qu'il faut que j'affirme aussi mes origines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Karimouche, c'est un nom que tu utilises depuis que tu es chanteuse ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait d&#233;j&#224; mon nom de sc&#232;ne dans mes vies artistiques d'antan. Je l'ai conserv&#233;. C'est court et renvoie &#224; un imaginaire ludique, circassien. C'est un peu comme cette grande affiche de moi dans le m&#233;tro, elle est belle et signifiante, mais on ne me reconna&#238;t pas. C'est une photo qui me ferait plut&#244;t penser &#224; ma grand-m&#232;re, qui &#233;tait tatou&#233;e et arborait plein de bijoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es distribu&#233;e par Pias, tu travailles avec Blue Line qui s'occupe aussi du management et du booking d'HK, de ZEP et de Zebda. Une grande famille ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai l'impression d'&#234;tre dans un cocon ! Je suis tr&#232;s prot&#233;g&#233;e et puis on travaille en petite &#233;quipe. Je suis vraiment contente. Cela permet des rencontres et des &#233;changes, des duos sur sc&#232;ne comme sur disques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Banal abus</title>
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		<dc:date>2013-08-15T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un dicton sagace veut que la police ne soit jamais l&#224; quand l'on a besoin d'elle. Certains mauvais esprits pr&#233;tendent qu'au contraire elle est souvent l&#224; quand on s'en passerait bien. Pis encore : certains sujets d&#233;couvrent parfois &#224; leurs d&#233;pens que les forces de l'ordre se divertissent avec des interventions pour le moins capricieuses. R&#233;cit d'une stup&#233;faction. Centre-ville de Marseille. H&#233;sitante, face &#224; son caf&#233;, No&#235;le se lance : &#171; J'esp&#232;re que &#231;a ne va pas me porter pr&#233;judice. Je ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un dicton sagace veut que la police ne soit jamais l&#224; quand l'on a besoin d'elle. Certains mauvais esprits pr&#233;tendent qu'au contraire elle est souvent l&#224; quand on s'en passerait bien. Pis encore : certains sujets d&#233;couvrent parfois &#224; leurs d&#233;pens que les forces de l'ordre se divertissent avec des interventions pour le moins capricieuses. R&#233;cit d'une stup&#233;faction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Centre-ville de Marseille. H&#233;sitante, face &#224; son caf&#233;, No&#235;le se lance : &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re que &#231;a ne va pas me porter pr&#233;judice. Je ne connais rien &#224; la justice&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Puis &#233;vasive : &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je n'y pr&#234;tais pas attention. Mais maintenant, je suis toujours sur mes gardes&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Alors ? &#171; &lt;i&gt;Alors&#8230; Le 12 f&#233;vrier 2013, vers 14 h 30, je suis dans ma voiture arr&#234;t&#233;e &#224; un feu rouge &#224; proximit&#233; de la gare Saint-Charles. Le feu passe au vert. Une voiture de police qui est devant moi avance de quelques m&#232;tres, puis stoppe brutalement. Je reste bloqu&#233;e au niveau du passage pi&#233;ton. Surprise, j'attends puis fais des signes au chauffeur qui ne bouge pas. Les secondes passent, je ne saurais dire combien. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que la conductrice commet l'irr&#233;parable, l'insolence ultime, l'expression &#233;vidente d'une volont&#233; de faire le mal : elle donne un l&#233;ger coup d'avertisseur. Dans le v&#233;hicule immobilis&#233; devant elle, personne ne se manifeste. N'ayant pas int&#233;gralement vid&#233; son courroux, d'une pichenette, No&#235;le r&#233;it&#232;re son coup de Klaxon. Une femme en uniforme s'extirpe alors, se penche du c&#244;t&#233; passager et demande &#224; No&#235;le les papiers de la voiture. Arrivent ses deux coll&#232;gues. &#171; &lt;i&gt;L'un d'entre eux m'a dit de reculer afin de ne pas rester au milieu de la rue. J'ai engag&#233; lentement une marche arri&#232;re sur une tr&#232;s faible distance. C'est alors que j'ai entendu un cri. La femme polici&#232;re &#233;tait au sol, elle hurlait. J'&#233;tais stup&#233;faite&#8230;&lt;/i&gt; &#187; No&#235;le lance un regard circulaire : &#171; &lt;i&gt; Ses coll&#232;gues ont affirm&#233; que je l'avais touch&#233;e avec ma voiture et qu'ils allaient appeler les pompiers. Ils ont aid&#233; la femme &#224; remonter dans leur v&#233;hicule. Un des policiers s'est assis &#224; c&#244;t&#233; de moi et j'ai conduit jusqu'au poste de police de la gare Saint-Charles o&#249; je suis rest&#233;e quelques minutes avant d'&#234;tre emmen&#233;e au commissariat de Noailles&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH299/p07-berth-policeabus-b5ba8.jpg?1768651325' width='400' height='299' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Berth.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un policier en uniforme lui notifie alors sa mise en garde &#224; vue et la nature des poursuites engag&#233;es contre elle. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais effar&#233;e. On m'accusait de&lt;/i&gt; &#8220;violence volontaire avec arme par destination&#8221; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Elle proteste et demande &#224; parler au procureur tandis que, selon ses dires, des fonctionnaires lui lancent quelques insultes. Ils lui ordonnent de s'asseoir. Face &#224; son refus, ils cherchent &#224; la contraindre. Un homme en uniforme tente de la menotter, elle tombe, entra&#238;nant dans sa chute le gardien de la paix qui d&#233;clarera par la suite avoir &#233;t&#233; griff&#233; au front. Les mains li&#233;es, elle refuse le m&#233;decin et l'avocat qu'on lui propose. On l'enferme dans une ge&#244;le. No&#235;le continue : &#171; &lt;i&gt;Le lendemain matin, le procureur m'a signifi&#233; par vid&#233;oconf&#233;rence que ma garde &#224; vue &#233;tait prolong&#233;e de 24 heures. J'ai &#233;mis un doute sur les raisons de mon interpellation, ce qui a eu pour effet de provoquer son indignation. Il m'a demand&#233; si je pensais que la police n'a pas autre chose &#224; faire que d'inventer des histoires, et m'a affirm&#233; qu'il savait comment mater des gens comme moi. Puis, il m'a inform&#233; de la nouvelle charge qui, rempla&#231;ant la pr&#233;c&#233;dente, pesait sur moi : &lt;/i&gt; &#8220;violence involontaire avec arme par destination&#8221;&lt;i&gt;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Nouvelle nuit au commissariat de Noailles, sans avoir pu joindre ses proches. Le lendemain, le 14 f&#233;vrier, lors de l'audience de comparution imm&#233;diate, les deux policiers suppos&#233;ment bless&#233;s &#8211; la polici&#232;re municipale affirmant avoir &#233;t&#233; touch&#233;e par la voiture et celui montrant des traces de griffures &#8211; sont absents. La pr&#233;venue apprend qu'il leur a &#233;t&#233; prescrit une incapacit&#233; totale temporaire&#8230; d'une journ&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Le procureur a r&#233;clam&#233; 1 000 euros d'amende. Le tribunal m'a condamn&#233; &#224; 600 euros&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut ramener la situation &#224; de justes proportions&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Benjamin Ayoun, son avocat nomm&#233; d'office. &lt;i&gt;On n'est pas dans un cas de r&#233;bellion, et d'ailleurs l'accusation finale est formul&#233;e en&lt;/i&gt; &#8220;violence non intentionnelle avec arme par destination&#8221;&lt;i&gt;. Il faut bien admettre que les &#233;v&#233;nements ont pris des proportions plut&#244;t &#233;tonnantes&#8230; Lorsqu'elle est au commissariat de Noailles, elle refuse de r&#233;pondre aux questions et de s'asseoir, c'est son droit ! Il n'y a aucun article de loi l&#224;-dessus. Quant &#224; la chute de la polici&#232;re lors du premier incident qui a initi&#233; la suite, on a &#224; faire &#224; cette situation banale qu'est une chute accidentelle dans la rue et dont les passants s'amusent. La polici&#232;re a &#233;t&#233; vex&#233;e : il fallait que quelqu'un paie&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;D'ailleurs, tout laisse &#224; penser que le tribunal l'a compris puisqu'il n'y aura pas d'inscription au casier judiciaire de ma cliente. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#235;le tripote sa tasse de caf&#233; : &#171; &lt;i&gt; Avant cette histoire, je ne faisais pas attention &#224; ce que je voyais ou entendais sur les policiers. Quand je re&#231;ois une amende, je pense souvent qu'elle est justifi&#233;e. Depuis, je m'int&#233;resse &#224; ce que fait la police et je me rends compte que &#231;a touche &#233;norm&#233;ment de gens. C'est tr&#232;s malsain ! Quand ce genre de chose vous arrive, vous changez de plan&#232;te.&lt;/i&gt; &#187; Mi-juin, elle devrait &#234;tre fix&#233;e sur le prix de ce banal voyage interstellaire : l'audience civile dira combien elle devra verser aux policiers pour avoir fait l'usage d'une telle violence &#171; klaxonni&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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