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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Du S&#233;n&#233;gal aux Canaries : &#171; Quand la mer s'agite &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;S&#233;n&#233;galais, Djiby Sy a pris la mer le 7 octobre 2020 &#224; Saint-Louis-du-S&#233;n&#233;gal, direction les Canaries, archipel espagnol. Il visait l'Europe, empruntant pour cela une des routes migratoires les plus meurtri&#232;res d'Europe, dont on vous parlait dans &#171; S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance &#187;, article de Fall Amzer publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de CQFD (avril 2021). Son r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne &#233;tait seulement cit&#233; dans l'article. Nous vous le livrons ici dans son enti&#232;ret&#233;, &#233;vocation d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-habitais" rel="tag"&gt;J'habitais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;S&#233;n&#233;galais, Djiby Sy a pris la mer le 7 octobre 2020 &#224; Saint-Louis-du-S&#233;n&#233;gal, direction les Canaries, archipel espagnol. Il visait l'Europe, empruntant pour cela une des routes migratoires les plus meurtri&#232;res d'Europe, dont on vous parlait dans &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Senegal-les-pirogues-de-la' class=&#034;spip_in&#034;&gt;S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance&lt;/a&gt; &#187;, article de Fall Amzer publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (avril 2021). Son r&#233;cit &#224; la premi&#232;re personne &#233;tait seulement cit&#233; dans l'article. Nous vous le livrons ici dans son enti&#232;ret&#233;, &#233;vocation d'une terrible odyss&#233;e o&#249; l'optimisme et le courage gardent le cap.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1800.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1800-0596d.jpg?1768930133' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'habitais &#224; Saint-Louis, une ville de p&#234;che du nord du S&#233;n&#233;gal. Les touristes y viennent en nombre pour profiter de ses grandes plages et de ses quartiers de p&#234;cheurs comme Guet Ndar, Santhiaba, Goxu Mbacc. Mais moi, je ne ne connais pas la mer : je ne suis jamais entr&#233; dans la mer, je n'ai jamais travaill&#233; comme p&#234;cheur. Alors c'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour moi, le fait d'entrer dans la mer, de manger &#224; l'int&#233;rieur de la mer, de dormir dans la mer, de pisser dans la mer ! C'est ce qui m'a &#233;tonn&#233; dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris le d&#233;part depuis Saint-Louis. L&#224;-bas, il y a la mer et la rivi&#232;re. Il fallait donc d'abord traverser la rivi&#232;re en pirogue pour se rendre &#224; Ndiago, un village de p&#234;cheurs &#224; la fronti&#232;re avec la Mauritanie. &#199;a m'a co&#251;t&#233; presque 5 000 francs CFA&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le taux de change est d'environ 655 francs CFA pour 1 euro (cent francs CFA (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ensuite, pour la m&#234;me somme, j'ai embarqu&#233; dans une deuxi&#232;me pirogue charg&#233;e de m'amener jusqu'au port o&#249; on embarque. L&#224;-bas, j'ai pay&#233; 30 000 FCFA&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Environ 45 euros, donc.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le chauffeur m'a dit qu'il fallait attendre la mar&#233;e basse du lendemain. Au matin, on a roul&#233; pendant quatre ou cinq heures jusqu'en Mauritanie. C'&#233;tait un vendredi. J'&#233;tais cens&#233; partir le dimanche, mais il y avait trop de vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la m&#233;t&#233;o a tard&#233; &#224; s'am&#233;liorer, au final je suis rest&#233; dix-sept jours sur place, jusqu'&#224; ce que le temps redevienne favorable. Ensuite, on m'a mis dans un taxi avec quelques gars et on est all&#233;s au point de d&#233;part. Sur place, la police patrouillait, si bien qu'on a d&#251; se cacher sous les arbres. Apr&#232;s deux ou trois heures, les agents sont repartis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s minuit, on a commenc&#233; &#224; charger les bagages dans une petite pirogue : les bidons d'essence, les sacs de riz et les sac de bonbons, toute notre nourriture. Puis elle a fait des allers-retours pour les emmener sur une grande pirogue stationn&#233;e au large. &#199;a a pris plusieurs heures. Apr&#232;s &#231;a a &#233;t&#233; le tour des passagers, huit par huit. C'&#233;tait la nuit et la mer &#233;tait agit&#233;e, donc tr&#232;s difficile. Enfin, on a embarqu&#233; les deux moteurs &#224; bord, suivis des capitaines et des derni&#232;res personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En mer &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a a pris du temps, mais les moteurs ont finalement d&#233;marr&#233; et on a commenc&#233; &#224; avancer. Sauf que les capitaines disaient que le moteur n'&#233;tait pas bon, qu'on ne pouvait pas partir comme &#231;a, qu'on risquait de p&#233;rir au large au moindre probl&#232;me. C'est l&#224; qu'un des capitaines a appel&#233; le propri&#233;taire de la pirogue, pour lui dire qu'il fallait &#233;changer ce moteur. On &#233;tait d&#233;j&#224; loin de la c&#244;te mais on s'est arr&#234;t&#233; l&#224; et on a jet&#233; l'ancre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pass&#233; toute la journ&#233;e &#224; attendre &#224; l'int&#233;rieur de la mer, parce que le propri&#233;taire de la pirogue a dit qu'il nous donnerait le moteur le soir, au bord de la plage. Autre probl&#232;me : deux barres de la pirogue, qui permettent de la man&#339;uvrer, &#233;taient cass&#233;es. Finalement, c'est seulement le lendemain soir qu'on a pu avoir un autre moteur. Plusieurs autres capitaines sont aussi mont&#233;s &#224; bord, des p&#234;cheurs de Dakar, qui connaissent bien la mer. En tout, on avait d&#233;sormais sept capitaines qui allaient se relayer pour man&#339;uvrer la pirogue jusqu'en Espagne. Chacun avait son programme : &#224; la barre quatre heures de temps, puis un autre prenait la rel&#232;ve. On a aussi remplac&#233; les deux barres cass&#233;es. Pour &#234;tre pr&#234;ts, on a encore pass&#233; deux jours &#224; proximit&#233; des c&#244;tes. Et c'est un mardi soir, &#224; minuit, qu'on a pris la direction de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vis&#233; au large pour que les contr&#244;leurs ne nous captent pas. Dans ce que les p&#234;cheurs appellent route internationale&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#224; dire les eaux internationales.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l&#224; o&#249; passent les grands bateaux et les tankers. On a couru pendant deux jours, en longeant toute la Mauritanie jusqu'&#224; Nouadhibou. C'est l&#224; que l'agitation a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des gens ont commenc&#233; &#224; avoir le mal de mer et &#224; vomir. Moi je n'ai pas eu ce probl&#232;me, m&#234;me si je n'avais pas l'habitude de naviguer. &#192; un moment, j'ai vu des dauphins qui sautaient et ont accompagn&#233; la pirogue durant plusieurs kilom&#232;tres ! Et c'est apr&#232;s leur d&#233;part que j'ai commenc&#233; &#224; comprendre que j'avais pris un tr&#232;s grand risque, et que si on avait un probl&#232;me, m&#234;me petit, on risquait tous de mourir. Heureusement, avec un peu de croyance, et du courage, Dieu nous a aid&#233;s &#224; atterrir ici en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours et quatre nuits apr&#232;s le d&#233;part, vers trois heures du matin, on a vu de grandes montagnes. On ne savait pas si c'&#233;tait l'Espagne, et si oui &#224; quelle &#238;le elles appartenaient. Mais le GPS des capitaines nous l'assurait : on &#233;tait arriv&#233;s en Espagne. Les gens ont commenc&#233; &#224; crier &#8220;&lt;i&gt;Ouais, on est BOZA, on est BOZA !!!&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Boza &#187; est un mot utilis&#233; lors des arriv&#233;es de bateaux de migrants en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Il faut s'imaginer : moi j'&#233;tais rest&#233; deux jours sans manger ni boire, parce que tous les vivres &#233;taient finis. Et je n'arrivais pas &#224; croire que c'&#233;tait l'Espagne. Des personnes voulaient aller &#224; terre, mais un des capitaines a dit : &#8220;&lt;i&gt;Attendez, vous voyez les lumi&#232;res rouge, l&#224;, &#231;a montre un danger. On ne prend pas de risque, on ne sait pas ce qui se passe au bord de la plage. Est-ce qu'il y a pas des grandes pierres ou bien quelque chose qu'on ne conna&#238;t pas ? Je veux qu'on jette l'ancre et qu'on s'arr&#234;te ici ce soir, et demain on verra ce qu'on fera.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un autre capitaine a commenc&#233; &#224; faire de grands gestes avec sa lampe torche. Au bout d'une trentaine de minutes, on a vu la marine arriver. Ils voulaient savoir s'il y avait des malades ou des morts. Finalement on les a suivis jusqu'&#224; un port. Puis des gens ont attach&#233; notre pirogue et nous ont dit de laisser tous nos bagages dedans. L&#224; on savait qu'on &#233;tait arriv&#233;s en Espagne, malgr&#233; toute la pression et la fatigue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Aux Canaries&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma situation aux Canaries est &#224; la fois simple et compliqu&#233;e. Quand je suis arriv&#233;, j'ai pass&#233; soixante-douze heures au commissariat. Au-del&#224;, ils n'ont pas le droit de nous retenir. On devait discuter avec un avocat, puis aller au tribunal. Au tribunal, on nous a appel&#233; avec une traductrice. J'ai demand&#233; l'asile, mais l'avocat m'a dit que ce serait le procureur qui prendrait la d&#233;cision. Heureusement, il nous a acquitt&#233;s et la Croix-Rouge nous a amen&#233;s ici, dans un h&#244;tel &#224; Puerto-de-la-Cruz&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'&#238;le de Tenerife.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Je fais les d&#233;marches pour ma demande d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre souhait c'est juste de vivre ici tranquillement. On voudrait que tout se passe bien dans notre s&#233;jour, au travail aussi, dans les mani&#232;res les plus solennelles, les plus l&#233;gales. En tant que S&#233;n&#233;galais, on veut rester ici, mais on ne sait pas par quel chemin passer. Si on n'a pas de chance et qu'on se fait expulser, ce ne sera pas la fin du monde. Mais ce serait tr&#232;s difficile de devoir faire demi-tour. Hier, des Gambiens et des Maliens sont sortis de l'h&#244;tel. Mais le probl&#232;me c'est que les S&#233;n&#233;galais ne peuvent pas sortir. C'est un probl&#232;me de diplomatie, du jour au lendemain, on peut se faire expulser&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Djiby fait r&#233;f&#233;rence ici aux accords de rapatriement sign&#233;s entre l'Espagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation compliqu&#233;e, il y a aussi des gens qui nous aident. &#192; chaque fois je dis au personnel de la Croix-Rouge : &#8220;&lt;i&gt;Vous avez fait de votre mieux pour nous, vous nous avez donn&#233; une chambre pour dormir, vous nous avez donn&#233; de quoi manger, du matin, du soir et de la nuit, vous nous donnez des habits et des chaussures, vous faites tout ce que vous pouvez faire.&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit fr&#232;re qui &#233;tait dans ma chambre est parti hier &#224; Madrid. D'un c&#244;t&#233; j'&#233;tais triste quand je l'ai vu prendre ses bagages et sortir de l'h&#244;tel pour aller &#224; Madrid. Mais quand m&#234;me, tu te dis que c'est le destin qui trace, c'est pas grave. Je lui ai souhait&#233; bon voyage. On s'est parl&#233; au t&#233;l&#233;phone ce matin et il m'a racont&#233; des choses que je voulais &#233;norm&#233;ment vivre : comment se passait l'avion et l'atterrissage, comment &#233;tait l'a&#233;roport de Madrid...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a me rend vraiment triste quand je parle de &#231;a. C'est tellement dur. Mais &#231;a m'a fait du bien d'en parler, de sortir ce qui est en moi, de me soulager sur des faits qui &#233;taient tr&#232;s durs pour moi. Je n'oublierai jamais parce que c'est un &#233;norme moment de combat dans ma vie, franchement parl&#233;. &#187; &#9632;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Mise &#224; jour au 15/06/2021 &#8211;&lt;/strong&gt; Apr&#232;s sept mois &#224; Tenerife, entre h&#244;tels et campement de fortune, Djiby Sy a enfin &#233;t&#233; transf&#233;r&#233; vers l'Espagne continentale &#8211; une nouvelle &#233;tape sur la route de l'exil. Bon vent &#224; lui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le taux de change est d'environ 655 francs CFA pour 1 euro (cent francs CFA valaient un franc fran&#231;ais). Ici, la somme &#233;voqu&#233;e est d'un peu moins de huit euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Environ 45 euros, donc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est &#224; dire les eaux internationales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Boza &#187; est un mot utilis&#233; lors des arriv&#233;es de bateaux de migrants en Europe &#8211; il signifie &#171; victoire &#187; en bambara.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur l'&#238;le de Tenerife.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Djiby fait r&#233;f&#233;rence ici aux accords de rapatriement sign&#233;s entre l'Espagne et le S&#233;n&#233;gal. Ils permettent &#224; l'Espagne d'expulser les ressortissants s&#233;n&#233;galais, sans qu'ils puissent demander l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; On risque vingt ans de prison &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/On-risque-vingt-ans-de-prison</link>
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		<dc:date>2019-07-10T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Isnard-Dupuy</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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		<dc:subject>relations</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avant de conter la bravoure de Carole Rackete, capitaine du Sea Watch, les m&#233;dias ont narr&#233; celle de Pia Klemp. Les faits qui sont reproch&#233;s cette derni&#232;re remontent &#224; l'&#233;poque o&#249; elle commandait le Iuventa, navire de l'association allemande Jugend Rettet. En tout, dix ex-membres d'&#233;quipage sont dans le viseur des magistrats transalpins. Entretien avec Sascha Gierke, ancien chef de mission. Quand vous avez commenc&#233; vos op&#233;rations de sauvetage, en 2016, quelles &#233;taient vos relations avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avant de conter la bravoure de Carole Rackete, capitaine du &lt;i&gt;Sea Watch&lt;/i&gt;, les m&#233;dias ont narr&#233; celle de Pia Klemp. Les faits qui sont reproch&#233;s cette derni&#232;re remontent &#224; l'&#233;poque o&#249; elle commandait le &lt;i&gt;Iuventa&lt;/i&gt;, navire de l'association allemande Jugend Rettet. En tout, dix ex-membres d'&#233;quipage sont dans le viseur des magistrats transalpins. Entretien avec Sascha Gierke, ancien chef de mission.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1247.jpg' width=&#034;647&#034; height=&#034;400&#034; alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand vous avez commenc&#233; vos op&#233;rations de sauvetage, en 2016, quelles &#233;taient vos relations avec les gardes-c&#244;tes italiens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, ils nous ont tr&#232;s bien accept&#233;s. Chaque op&#233;ration &#233;tait dirig&#233;e par le MRSC [&lt;i&gt;Maritime Rescue Coordination Centre&lt;/i&gt;] de Rome. Ils connaissaient notre position en permanence et nous transmettaient des appels au secours pour qu'on aille sauver les gens. &#192; ce moment-l&#224;, c'&#233;tait comme si on faisait partie de leur flotte. Mais au bout d'un an, en ao&#251;t 2017, les autorit&#233;s italiennes ont confisqu&#233; notre bateau. L'ann&#233;e suivante, avec neuf autres membres d'&#233;quipage, on a appris qu'on &#233;tait accus&#233;s d'aide et de complicit&#233; &#224; l'immigration ill&#233;gale. D&#233;sormais, ils nous accusent aussi d'avoir &#233;t&#233; en collusion avec les trafiquants d'&#234;tres humains. On risque de cinq &#224; vingt ans de prison et une amende de 210 millions d'euros, soit 15 000 euros pour chaque clandestin dont on est responsables de l'entr&#233;e en Italie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en est-on arriv&#233; l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le climat politique a chang&#233;. D&#232;s septembre 2016, il y a eu une grosse enqu&#234;te contre nous : nos t&#233;l&#233;phones ont &#233;t&#233; mis sous &#233;coute, tandis qu'un policier s'est infiltr&#233; sur un autre navire de sauvetage pour accumuler du mat&#233;riel sur nous. On nous a confisqu&#233; de nombreux effets personnels, des t&#233;l&#233;phones, des ordinateurs. Ils ont m&#234;me mobilis&#233; des unit&#233;s de lutte contre la mafia. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand serez-vous jug&#233;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne connaissons pas encore la date, mais notre proc&#232;s pourrait commencer &#224; la fin de l'&#233;t&#233; ; quoi qu'il en soit nous sommes partis pour trois &#224; cinq ans de proc&#233;dure judiciaire. Pourtant, ces accusations ne reposent sur rien. Nous sommes persuad&#233;s que les procureurs eux-m&#234;mes savent que nous n'avons jamais eu de collusions avec les passeurs, que nous &#233;tions l&#224; pour des raisons humanitaires. Mais ils utilisent des proc&#233;dures judiciaires pour mettre des questions politiques au premier plan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi, ils vous emp&#234;chent de faire votre travail de secours maritime&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les poursuites judiciaires contre les sauveteurs en mer ont des cons&#233;quences fatales : tous les jours, des personnes meurent alors qu'elles auraient pu &#234;tre sauv&#233;es. D'autres sont ramen&#233;es en Libye. Refuge et protection leur sont refus&#233;s, alors qu'ils leur sont d&#233;sesp&#233;r&#233;ment n&#233;cessaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Pierre Isnard-Dupuy (Collectif Presse-Papiers)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Laisser-noyer-les-sans-papiers' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La solidarit&#233; &#224; quai : laisser noyer les sans-papiers&lt;/a&gt; &#187;, article qui revient sur deux ann&#233;es de criminalisation des ONG de sauvetage, paru dans le num&#233;ro 178 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, en kiosque du 5 juillet au 5 septembre. En voir le &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no178' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Rage against the papists</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Rage-against-the-papists</link>
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		<dc:date>2019-01-03T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Mathieu L&#233;onard</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>commenc&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>Sainte Vierge</dc:subject>
		<dc:subject>anabaptistes</dc:subject>
		<dc:subject>Martin Luther</dc:subject>
		<dc:subject>Vierge</dc:subject>
		<dc:subject>badine</dc:subject>
		<dc:subject>fond noir</dc:subject>
		<dc:subject>rouste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sorti en trois volumes, La Passion des anabaptistes d'Ambre (dessin) et David Vandermeulen (sc&#233;nario) a fait l'objet d'une superbe int&#233;grale aux &#233;ditions Six pieds sous terre. L'occasion d'en apprendre un peu plus sur la gen&#232;se &#233;minemment sociale du protestantisme. *** &#199;a commence par une rouste &#224; coups de badine. Telle une masse d'alb&#226;tre sur un fond noir, le poing du p&#232;re s'&#233;l&#232;ve avant de cravacher le cuir tendre de son andouille de fils : &#171; Par la Sainte Vierge ! Je t'apprendrai &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rouste" rel="tag"&gt;rouste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sorti en trois volumes, &lt;i&gt;La Passion des anabaptistes&lt;/i&gt; d'Ambre (dessin) et David Vandermeulen (sc&#233;nario) a fait l'objet d'une superbe int&#233;grale aux &#233;ditions Six pieds sous terre. L'occasion d'en apprendre un peu plus sur la gen&#232;se &#233;minemment sociale du protestantisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;55&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L250xH328/-952-ce1f2.jpg?1768651126' width='250' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture de &#034;La Passion des anabaptistes&#034; / D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a commence par une rouste&lt;/strong&gt; &#224; coups de badine. Telle une masse d'alb&#226;tre sur un fond noir, le poing du p&#232;re s'&#233;l&#232;ve avant de cravacher le cuir tendre de son andouille de fils : &#171; &lt;i&gt;Par la Sainte Vierge ! Je t'apprendrai &#224; vouloir devenir pr&#234;tre ! C'est une vie de fain&#233;ant que tu d&#233;sires ? Alors que ta m&#232;re et moi nous nous esquintons pour toi ! Que Dieu me foudroie si nos cur&#233;s sont d'honn&#234;tes et bons chr&#233;tiens ! Tu iras &#224; la mine ou tu quitteras cette maison !&lt;/i&gt; &#187; Martin Luther se rel&#232;ve la gueule en sang. Et comme sa mystique ne cesse de le tarauder, il attrape son b&#226;ton de p&#232;lerin et s'en va &#171; &lt;i&gt;gagner lui-m&#234;me le dur apprentissage de la vie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On conna&#238;t le destin de Luther&lt;/strong&gt;, futur dynamiteur de la papaut&#233; catholique et p&#232;re du protestantisme. Ce qu'on conna&#238;t moins, c'est le terreau sur lequel grossit la rebuffade th&#233;ologique. Tandis que les paysans allemands du d&#233;but du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle cr&#232;vent la dalle sous le faix d'un f&#233;odalisme mill&#233;naire, les planqu&#233;s du clerg&#233; se vautrent dans une d&#233;pravation autant spirituelle que mat&#233;rielle. Tout le monde a ainsi entendu parler du business des indulgences par lequel l'&#201;glise fait gonfler son matelas d'oseille : en &#233;change d'un peu de monnaie l&#226;ch&#233;e au pr&#233;lat, le p&#233;cheur s'ach&#232;te du sursis pour le purgatoire. En ces temps hautement superstitieux, ces petits arrangements avec le divin s'av&#232;rent des plus juteux. Et participent &#224; nourrir une s&#233;rie de frondes paysannes contre la junte des papistes. Jusqu'&#224; son acm&#233; : le si&#232;ge de la ville de M&#252;nster en Westphalie (f&#233;vrier 1534-juin 1535). S'y sont en effet retranch&#233;s les partisans d'une &#171; scission &#187; protestante &#233;galitaire : les anabaptistes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Orbites creuses et pupilles dilat&#233;es&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Ainsi, souvent consid&#233;r&#233;s comme une sorte de proto-communistes&lt;/strong&gt;, les anabaptistes auront d&#233;velopp&#233; une id&#233;ologie de la r&#233;volution &#233;tonnamment moderne, construite par des intellectuels et destin&#233;e &#224; apporter au peuple la force de la r&#233;bellion&lt;/i&gt; &#187;, explique l'auteur David Vandermeulen dans la postface de l'&#233;dition int&#233;grale de &lt;i&gt;La Passion des anabaptistes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Superbe objet&lt;/strong&gt; de plus de deux cents pages, pour lequel les auteurs ont pouss&#233; le vice jusqu'&#224; exhumer cette vieille typographie d'&#233;poque o&#249; le &#171; s &#187; long s'&#233;crit &#171; f &#187; et le &#171; u &#187;, inexistant alors, s'&#233;crit &#171; v &#187;. Ne traitons pas avec trop de l&#233;g&#232;ret&#233; cette coquetterie graphique, car force est de constater qu'elle participe &#224; son &#233;chelle &#224; l'ambiance lourde et oppressante, forc&#233;ment dat&#233;e, du r&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour donner chair aux sans-dents de l'&#233;poque&lt;/strong&gt;, le dessin d'Ambre (alias Laurent Sautet) est d'une noirceur &#224; couper le souffle. Sautant de case en case, l'&#339;il ne sait pas s'il a affaire &#224; une gravure saisie sur le vif ou &#224; une sorte d'avatar de tapisserie m&#233;di&#233;vale. &#192; l'image de cette double page stup&#233;fiante : au centre, la ville fortifi&#233;e de M&#252;nster, et &#224; quelque lisi&#232;re de l&#224;, les sept fortins construits par l'ost assi&#233;geant du prince-&#233;v&#234;que Franz von Waldeck. La sc&#232;ne fourmille de d&#233;tails : un moulin en feu, des canons qui &#233;ructent, deux cuistots faisant tambouille, des arm&#233;es formant tenaille aux abords de la ville autoproclam&#233;e &#171; &lt;i&gt;nouvelle J&#233;rusalem&lt;/i&gt; &#187;. Mais c'est dans l'art du portrait, dans la photographie de ces gueules d'ombre, que la plume d'Ambre provoque le plus de malaise. Comme si exaltations insurrectionnelles et fi&#232;vres messianiques s'&#233;taient f&#233;cond&#233;es mutuellement pour donner naissance &#224; ces orbites creuses, ces nez en piton rocheux, ces pupilles dilat&#233;es d'effroi. En hachure ou en pl&#226;tr&#233;e, il en fallait de cette encre bien noire pour traduire ces angoisses contraires du petit peuple : survivre au jour le jour et &#339;uvrer au salut de l'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2693 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L350xH496/-953-6d593.jpg?1768658119' width='350' height='496' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;161 de &#034;CQFD&#034; / Photomontage de Mathieu L&#233;onard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois figures majeures&lt;/strong&gt; rythment l'&#233;pop&#233;e des chr&#233;tiens radicaux : Joss Fritz, Thomas M&#252;ntzer et Jan van Leiden. Fritz fut un des leaders du Bundschuh, une conjuration paysanne n&#233;e dans l'Alsace de 1493. Ensuite, l'ancien mercenaire a parcouru du pays et rencontr&#233; la Vierge. Il enflamme alors une poign&#233;e de mis&#233;reux de Rh&#233;nanie : &#171; &lt;i&gt;Car la Vierge m'a annonc&#233; que la renaissance du Bundschuh &#233;tait imminente et que, dor&#233;navant, il ne devrait plus y avoir d'empereur ! de princes, ni de papes ! ni plus aucunes autorit&#233;s spirituelles ou temporelles !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De cet appel &#224; la saine col&#232;re populaire&lt;/strong&gt; allait na&#238;tre plus tard la secte r&#233;volutionnaire des anabaptistes. Br&#232;ve, violente et patriarcale, elle aimanta au-del&#224; des classes sociales avec son credo appelant &#224; plus de justice sociale : &#171; &lt;i&gt;L'on vit les riches jeter aux cochons leurs manteaux, leurs pourpoints de drap d'or ou de velours. Les dames jeter leurs colliers de perles, leurs parfums de Chypre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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