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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Livermore : une bombe climatique</title>
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		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


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&lt;p&gt;A Livermore, petite ville paisible &#224; l'est de la baie de San Francisco, brille depuis 1901 la plus vieille ampoule &#224; filament du monde. Allum&#233;e en permanence dans la caserne des pompiers, vous pouvez m&#234;me l'admirer par cam&#233;ra interpos&#233;e. Mais cette ville de Californie est surtout le si&#232;ge, depuis 1952, du laboratoire national Lawrence Livermore, concurrent direct d'un autre labo sp&#233;cialis&#233; dans l'armement nucl&#233;aire, celui de Los Alamos &#8211; le fameux site Y du projet Manhattan qui centralisa la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A Livermore, petite ville paisible &#224; l'est de la baie de San Francisco, brille depuis 1901 la plus vieille ampoule &#224; filament du monde. Allum&#233;e en permanence dans la caserne des pompiers, vous pouvez m&#234;me l'admirer par cam&#233;ra interpos&#233;e. Mais cette ville de Californie est surtout le si&#232;ge, depuis 1952, du laboratoire national Lawrence Livermore, concurrent direct d'un autre labo sp&#233;cialis&#233; dans l'armement nucl&#233;aire, celui de Los Alamos &#8211; le fameux site Y du projet Manhattan qui centralisa la production de la premi&#232;re bombe A. Livermore, c'est la guerre froide, le d&#233;veloppement d'armes apocalyptiques et d'une culture plac&#233;e sous le signe de la bombe. Mais depuis les ann&#233;es 1990 et l'effondrement de l'URSS, nombre de ses chercheurs se sont reconvertis dans l'ing&#233;nierie climatique. Une continuit&#233; somme toute logique. Petit tour d'horizon historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son origine, on trouve le physicien nucl&#233;aire et p&#232;re de la bombe &#224; hydrog&#232;ne, Edward Teller. Grand malade et idole scientifique de la droite r&#233;publicaine, Teller a &#233;t&#233; de tous les projets nucl&#233;aires am&#233;ricains. Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, en plein apog&#233;e de l'&#226;ge atomique, les &#201;tats-Unis &#8211; &#224; travers Livermore &#8211; lanc&#232;rent l'op&#233;ration Plowshare&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'URSS lan&#231;a son propre programme sovi&#233;tique d'&#171; explosions nucl&#233;aires pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; visant &#224; rendre utile, et acceptable, l'usage civil du nucl&#233;aire. Un grand programme de terrassement, de cr&#233;ation de ports, de barrages devenait alors possible gr&#226;ce aux &#171; &lt;i&gt;explosions nucl&#233;aires pacifiques&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt; Nous allons modifier la surface de la Terre en fonction de nos besoins&lt;/i&gt; &#187;, clamait alors Teller, lanc&#233; dans une belle &#233;mulation avec ses coll&#232;gues &#8211; et n&#233;anmoins ennemis &#8211; sovi&#233;tiques. Face aux in&#233;vitables retomb&#233;es radioactives et &#224; une opposition d&#233;termin&#233;e, le programme prit fin en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, le laboratoire de Livermore re&#231;ut une enveloppe de plusieurs milliards de dollars de l'administration Reagan pour d&#233;velopper le programme dit de la Guerre des &#233;toiles &#8211; Initiative de d&#233;fense strat&#233;gique (IDS). Projet qui devait aboutir &#224; la cr&#233;ation d'un bouclier spatial capable de d&#233;tecter et de d&#233;truire toute attaque nucl&#233;aire sovi&#233;tique. Au c&#339;ur de la Guerre des &#233;toiles on retrouve &#233;videmment Edward Teller et un de ses prot&#233;g&#233;s, l'astrophysicien Lowell Wood&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Wood est, &#224; ses heures, astrophysicien, mais il est avant tout entrepreneur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, t&#234;te chercheuse du &#171; O Group &#187;, cens&#233; trouver dans l'espace de nouvelles cartouches dans la course aux armements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;gel de la guerre froide et l'implosion de l'URSS ont laiss&#233; Livermore sur le carreau. C'est en cherchant de nouvelles opportunit&#233;s financi&#232;res afin de pr&#233;server le labo que ses dirigeants se tourn&#232;rent vers la science atmosph&#233;rique. En coh&#233;rence avec leurs recherches pass&#233;es, la nouvelle t&#226;che d&#233;volue au laboratoire &#233;tait ax&#233;e sur les impacts climatiques d'un hiver nucl&#233;aire. Mod&#233;lisation de la r&#233;partition des fum&#233;es, des poussi&#232;res et des radiations : on voit ici en quoi ces recherches serviront de terreau &#224; l'ing&#233;nierie stratosph&#233;rique, et &#224; certaines techniques de g&#233;o-ing&#233;nierie &#8211; plus particuli&#232;rement aux techniques de contr&#244;le de l'alb&#233;do plan&#233;taire, comme la pulv&#233;risation de soufre dans la stratosph&#232;re&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La nef des fous &#187;, CQFD n&#176;138, d&#233;cembre 2015.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Puis l'axe de recherche s'est d&#233;velopp&#233; dans les ann&#233;es 90 sur l'effet de serre d'origine anthropique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'int&#233;r&#234;t du D&#233;partement de l'&#233;nergie pour les technologies de contr&#244;le des concentrations de CO2 dans l'atmosph&#232;re date des ann&#233;es 1970, ce n'est qu'&#224; partir des ann&#233;es 1990 que les chercheurs de Livermore commencent &#224; se positionner sur ce march&#233;. Dans un rapport de 1991, Michael MacCracken (th&#233;sard de Teller ayant travaill&#233; sur les mod&#233;lisations num&#233;riques des &#226;ges glaciaires) juge positivement l'option de cr&#233;er un &#171; &lt;i&gt;smog stratosph&#233;rique&lt;/i&gt; &#187; afin de r&#233;duire la temp&#233;rature du globe. En 1997, Edward Teller et ses coll&#232;gues Lowell Wood et Roderick Hyde publient un article intitul&#233; &#171; R&#233;chauffement global et &#232;re glaciaire &#187; dans lequel ils affirment, sans ambages, que des interventions techniques sur le climat seraient plus &#224; m&#234;me de r&#233;pondre &#224; des changements climatiques &#171; &lt;i&gt;que des mesures se concentrant sur des interdictions&lt;/i&gt; &#187;. Mani&#232;re de vendre le savoir-faire Livermore permettant de contourner les d&#233;saccords de la communaut&#233; internationale sur le sujet. Teller r&#233;affirmera d'ailleurs la m&#234;me ann&#233;e dans le &lt;i&gt;Wall Street Journal&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Appuyons-nous sur la force de l'innovation et de la technologie am&#233;ricaine pour compenser tout r&#233;chauffement climatique par les moyens les moins co&#251;teux possible&lt;/i&gt; &#187;. Honn&#234;te, il d&#233;plorera la &#171; &lt;i&gt;guerre totale&lt;/i&gt; &#187; men&#233;e contre les combustibles fossiles. &lt;i&gt;No comment&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce labo est tellement central dans le lobbying de l'ing&#233;nierie climatique que l'on n'h&#233;site plus, aujourd'hui, &#224; parler de la &#171; marque de Livermore &#187;. Si tous ses chercheurs ne sont pas aussi sociopathes que Teller et Wood, ils n'en sont pas moins leurs h&#233;ritiers. La pens&#233;e de la guerre froide s'est cristallis&#233;e &#224; Livermore : d&#233;fense de l'&lt;i&gt;American way of life&lt;/i&gt;, fanatisme technologique et unilat&#233;ralisme &#233;tasunien. Si seulement les id&#233;es du Laboratoire national de Lawrence Livermore pouvaient s'&#233;teindre avec son ampoule, le monde en serait sans doute meilleur !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'URSS lan&#231;a son propre programme sovi&#233;tique d'&#171; explosions nucl&#233;aires pour l'&#233;conomie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Wood est, &#224; ses heures, astrophysicien, mais il est avant tout entrepreneur de ses propres recherches. Sa passion pour les brevets est sans borne puisqu'il en d&#233;tient un bon millier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; La nef des fous &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;138, d&#233;cembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vi&#353;egrad : La ville qui a coup&#233; le pont avec son pass&#233;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En 1992, des milices serbes ont massacr&#233; les populations musulmanes de Vi&#353;egrad, dans l'est de la Bosnie-Herz&#233;govine. Une histoire terrible, beaucoup moins connue que d'autres &#233;pisodes du conflit yougoslave. Et pour cause : tout est fait pour occulter ce pass&#233;, des actions de la municipalit&#233; aux d&#233;lires d'un certain Kusturica. Reportage. &#192; premi&#232;re vue, Vi&#353;egrad (&#1042;&#1080;&#1096;&#1077;&#1075;&#1088;&#1072;&#1076; en serbe cyrillique) est une petite ville paisible, qu'il fait bon arpenter d'un pas fol&#226;tre et gaillard. Travers&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ville-paisible" rel="tag"&gt;ville paisible&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vishegrad" rel="tag"&gt;&#1042;&#1080;&#1096;&#1077;&#1075;&#1088;&#1072;&#1076;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1992, des milices serbes ont massacr&#233; les populations musulmanes de Vi&#353;egrad, dans l'est de la Bosnie-Herz&#233;govine. Une histoire terrible, beaucoup moins connue que d'autres &#233;pisodes du conflit yougoslave. Et pour cause : tout est fait pour occulter ce pass&#233;, des actions de la municipalit&#233; aux d&#233;lires d'un certain Kusturica. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, Vi&#353;egrad (&#1042;&#1080;&#1096;&#1077;&#1075;&#1088;&#1072;&#1076; en serbe cyrillique) est une petite ville paisible, qu'il fait bon arpenter d'un pas fol&#226;tre et gaillard. Travers&#233;e par la belle Drina, entour&#233;e de massifs verdoyants, cette bourgade d'environ 6 000 habitants situ&#233;e dans l'est de la Bosnie &#8211; la Serbie est &#224; deux pas &#8211; d&#233;gage une atmosph&#232;re bucolique, sereine. Cerise sur le d&#233;cor, elle abrite l'un des deux monuments du pays class&#233;s au patrimoine mondial de l'Unesco : le pont Mehmed Pacha Sokolovi&#263;, ouvrage du XVIe si&#232;cle, aussi impressionnant que symbolique. Enfant de la ville, feu l'&#233;crivain Ivo Andri&#263;, prix Nobel de litt&#233;rature en 1961, y voyait le symbole de la cohabitation apais&#233;e des communaut&#233;s de la ville, notamment des Serbes orthodoxes et des Bosniaques musulmans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On dirait&lt;/i&gt;, &#233;crivit-il&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans le bien nomm&#233; Le Pont sur la Drina.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;que sous les arches amples du pont blanc coule et se d&#233;verse non seulement la verte Drina, mais aussi tout ce paysage harmonieux et parfaitement domestiqu&#233;, avec tout ce qu'il abrite, et aussi le ciel m&#233;ridional au-dessus de lui.&lt;/i&gt; &#187; Bref : des faux airs de paradis. Si bien qu'on s'&#233;touffe un chou&#239;a en lisant le commentaire d'un journaliste de &lt;i&gt;Vanity Fair&lt;/i&gt; d&#233;crivant en un article r&#233;cent&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Emir Kusturica, au c&#339;ur de t&#233;n&#232;bres &#187;, mai 2015.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#171; &lt;i&gt;une ville crasseuse, pauvre et d&#233;primante&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Crasseuse, pauvre&lt;/i&gt; &#187; ? Loin d'&#234;tre le cas. Mais &#171; &lt;i&gt;d&#233;primante&lt;/i&gt; &#187; : pas faux, &#224; condition de conna&#238;tre l'histoire du lieu. Justement celle que la ville et ses habitants s'&#233;chinent &#224; dissimuler. Car Vi&#353;egrad est parvenue &#224; planquer sous le tapis m&#233;moriel urbain ce que d'autres villes bosniaques &#8211; &#224; commencer par Sarajevo et Srebrenica &#8211; ont le courage d'affronter : un pass&#233; baignant dans le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le conflit yougoslave (1992-1995), la ville et ses environs ont en effet &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de massacres syst&#233;matiques des populations musulmanes par des soldats et policiers serbes fanatis&#233;s. Selon le Tribunal p&#233;nal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), ceux-ci ont fait plus de 2 000 victimes, dont des centaines de femmes et d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au temps pour le bucolique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1989 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-277-388ec.jpg?1782821760' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo d'Emilien Bernard.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Amn&#233;sie urbaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire ? On peut tr&#232;s bien parcourir Vi&#353;egrad et passer &#224; c&#244;t&#233; de tout &#231;a. Pas de monument notable, ni de mus&#233;e. Aucun signe de ce pass&#233; soigneusement occult&#233; par la municipalit&#233; et les habitants. La proportion de musulmans vivant ici est pass&#233;e de deux tiers de la population en 1991 &#224; moins de 1 % en 1997 ? Pas grave : il suffit de faire comme si de rien n'&#233;tait. Et tant pis si les deux mosqu&#233;es pourtant reconstruites n'accueillent pas un pel&#233; &#8211; et pour cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un charmant petit bar donnant sur la Drina, quelques habitants du coin ont beau se montrer chaleureux envers les touristes, ils rechignent &#224; parler des &#171; &#233;v&#233;nements &#187;. Certes, il y aurait eu des massacres, ils ne le nient pas. Mais enfin, &#171; &lt;i&gt;tout le monde sait que la main de la CIA n'y est pas &#233;trang&#232;re&lt;/i&gt; &#187;... Et puis, disent-ils, il n'y avait pas que des saints dans le camp d'en face (ce n'est pas faux, mais pas ici). D'ailleurs, les bombardements du Kosovo par l'OTAN montrent bien que... Bref : circulez, il n'y a rien &#224; comm&#233;morer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de victimes ont certes tent&#233; de r&#233;agir, faisant notamment b&#226;tir un petit monument dans l'excentr&#233; cimeti&#232;re musulman pour signaler les exactions. Las : la municipalit&#233; a envoy&#233; en 2014 des agents effacer &#224; la ponceuse le terme &#171; g&#233;nocide &#187; qui y &#233;tait appos&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La phrase enti&#232;re : &#171; M&#233;morial &#224; tous les Bosniaques tu&#233;s et disparus, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. On ne fait pas plus symbolique. Juste &#224; c&#244;t&#233;, des dizaines et dizaines de tombes orn&#233;es d'un croissant et d'une date de d&#233;c&#232;s identique, 1992. Pas loin, un grand drapeau serbe claque au vent, triomphant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne savais pas qu'on pouvait tout nettoyer et faire comme si de rien n'&#233;tait&lt;/i&gt; &#187;, s'indigne &#224; juste titre un personnage des &lt;i&gt;Femmes de Vi&#353;egrad&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jasmila &#381;bani&#263;, 2013.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Ce film raconte l'histoire v&#233;ridique d'une touriste ayant s&#233;journ&#233; dans un h&#244;tel des environs sans savoir que de terribles exactions y avaient &#233;t&#233; commises : environ 200 femmes bosniaques ont &#233;t&#233; viol&#233;es et massacr&#233;es dans l'&#233;tablissement. Apprenant la v&#233;rit&#233; &#224; son retour en Australie, elle d&#233;cide de revenir enqu&#234;ter sur place, o&#249; police et population lui mettent des b&#226;tons dans la cam&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le film a contribu&#233; &#224; faire conna&#238;tre les massacres de Vi&#353;egrad, le touriste de passage peut toujours s&#233;journer dans l'h&#244;tel en question en ignorant tout de son pass&#233;. Nich&#233; dans un creux de for&#234;t, le Vilina Vlas a en effet tout de l'h&#244;tel-spa de base, luxueux et mastoc, sans attrait particulier. Banal, en somme. Nulle plaque ne rappelle les atrocit&#233;s qu'il a abrit&#233;es, ni &#224; l'ext&#233;rieur ni &#224; la r&#233;ception. Gla&#231;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Andricgrad &#8211; Disney sur G&#233;nocide&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cet apr&#232;s-midi d'automne, Ivo Andri&#263; baisse la t&#234;te, l'air piteux. Autour de lui, un parvis clinquant et laid, des boutiques vides, des fa&#231;ades en toc, des touristes encha&#238;nant les selfies. &#199;a fait quelques ann&#233;es qu'il tr&#244;ne ici, statue symbole du projet m&#233;galomane du c&#233;l&#232;bre Emir Kusturica, et d&#233;j&#224; c'est visible : l'&#233;crivain n'en peut plus de ce r&#244;le qu'on lui fait endosser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le 28 juin 2012 qu'a &#233;t&#233; fond&#233;e Andri&#263;grad (traduction : la ville d'Andric), bled artificiel tr&#244;nant en plein de c&#339;ur de Vi&#353;egrad. Aux commandes de ce d&#233;lire urbanistique cens&#233; restituer le Vi&#353;egrad d'antan, le r&#233;alisateur deux fois prim&#233; &#224; Cannes, m&#233;galomane en chef et fervent orthodoxe (pour ne pas dire nationaliste serbe&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le sujet m&#233;riterait un article &#224; lui seul, tant Kusturica a multipli&#233; les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;) : Emir Kusturica, donc. Pris de folie des grandeurs, il a investi son &#233;nergie et une partie de sa fortune dans le projet&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;publique serbe de Bosnie (entit&#233; f&#233;d&#233;rale &#224; ne pas confondre avec la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Addition globale : environ 20 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher pay&#233;, tant chaque pas dans ce village Potemkine de l'identit&#233; serbe h&#233;risse le poil. Tout ici est choquant. Le portrait de Poutine genre pop-art dans le caf&#233; principal, accroch&#233; &#224; c&#244;t&#233; de celui de Gandhi (bah tiens...). L'&#233;gotique fresque surplombant le th&#233;&#226;tre, o&#249; l'on voit un Kusturica souriant participer &#224; un tournoi de tir &#224; la corde&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ses c&#244;t&#233;s est repr&#233;sent&#233; son pote Milorad Dodik, flippant pr&#233;sident de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, sous le regard de na&#239;ades en robes blanches s'&#233;brouant dans un verger. La gigantesque &#233;glise orthodoxe surplombant la Drina. La statue de Petar II Petrovi&#263;-Njego&#353;, prince-&#233;v&#234;que du Mont&#233;n&#233;gro de 1830 &#224; 1851, chantre de la nation serbe et po&#232;te &#233;pique ayant ainsi &#233;voqu&#233; le r&#233;cit d'une victoire sur les Turcs : &#171; &lt;i&gt;Nous avons fait br&#251;ler les maisons turques / Pour qu'il n'y ait plus de restes ni de traces de ces serviteurs du diable.&lt;/i&gt; &#187; Et tout &#224; l'avenant, r&#233;&#233;criture de l'histoire de la Bosnie-Herz&#233;govine sous la seule lumi&#232;re serbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se balader &#224; Andri&#263;grad, c'est rapidement s'&#233;touffer. Tout est toc et artificiel, m&#233;lange de caf&#233;s hors de prix, de boutiques d&#233;biles, de faux artisanat, de souvenirs pour touristes. Voulant rendre hommage &#224; un &#233;crivain cher &#224; son c&#339;ur, Kusturica l'a doublement trahi. En niant sa vision multiculturelle de la Bosnie (aucune trace de mosqu&#233;e dans son parc d'attractions, bien s&#251;r). Et en le plongeant dans une atmosph&#232;re mercantile d&#233;nu&#233;e de la moindre profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie de ce Disneyland pro-serbe, difficile de ne pas ressentir un profond d&#233;go&#251;t pour un projet aussi manipulateur, dans une ville qui devrait justement accueillir des espaces de comm&#233;moration. Et les mots de la r&#233;alisatrice des &lt;i&gt;Femmes de Vi&#353;egrad&lt;/i&gt; viennent se planter dans le cr&#226;ne : &#171; &lt;i&gt;Le village de Kusturica ? &#199;a revient &#224; construire une galerie d'art &#224; Auschwitz.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans le bien nomm&#233; &lt;i&gt;Le Pont sur la Drina&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Emir Kusturica, au c&#339;ur de t&#233;n&#232;bres &#187;, mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La phrase enti&#232;re : &#171; M&#233;morial &#224; tous les Bosniaques tu&#233;s et disparus, enfants, femmes et hommes, victimes du g&#233;nocide de Vi&#353;egrad &#187;. Lors de mon passage, en octobre 2017, quelqu'un avait r&#233;inscrit le terme &#171; g&#233;nocide &#187; au feutre noir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jasmila &#381;bani&#263;, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le sujet m&#233;riterait un article &#224; lui seul, tant Kusturica a multipli&#233; les prises de position nationalistes, de la d&#233;fense du bourreau Radovan Karad&#382;i&#263; &#224; la minimisation des massacres du conflit yougoslave.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La R&#233;publique serbe de Bosnie (entit&#233; f&#233;d&#233;rale &#224; ne pas confondre avec la Serbie) et la Serbie ont fourni le reste, soit la majeure partie des fonds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ses c&#244;t&#233;s est repr&#233;sent&#233; son pote Milorad Dodik, flippant pr&#233;sident de la R&#233;publique serbe de Bosnie et thurif&#233;raire d'un nationalisme exacerb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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