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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La vengeance sera...</title>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;dito de notre num&#233;ro estival parle de morbide r&#233;pression contre des m&#244;mes qui n'ont d'autre tort que de danser. &#171; Rien n'arr&#234;te un peuple qui danse &#187; (Mot d'ordre officieux du mouvement des f&#234;tes techno libres) *** Le d&#233;go&#251;t et la rage s'imposent &#224; la vue des images de Redon. De cette free party qui s'est tenue le 18 juin dernier en terre bretonne, on retient les cohortes de robocops surarm&#233;s arrivant dans les champs comme sur un terrain de guerre, se d&#233;lestant de tonnes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/juin" rel="tag"&gt;juin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-ordre-officieux" rel="tag"&gt;d'ordre officieux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mot-d-ordre" rel="tag"&gt;Mot d'ordre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fete" rel="tag"&gt;f&#234;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Redon" rel="tag"&gt;Redon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maia-Canico" rel="tag"&gt;Maia Cani&#231;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/techno" rel="tag"&gt;techno&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fetes-techno" rel="tag"&gt;f&#234;tes techno&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mots-628" rel="tag"&gt;mots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fete-libre" rel="tag"&gt;f&#234;te libre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;dito de notre num&#233;ro estival parle de morbide r&#233;pression contre des m&#244;mes qui n'ont d'autre tort que de danser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Rien n'arr&#234;te un peuple qui danse&lt;/i&gt; &#187; (Mot d'ordre officieux du mouvement des f&#234;tes techno libres)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;go&#251;t et la rage s'imposent &#224; la vue des images de Redon. De cette &lt;i&gt;free party&lt;/i&gt; qui s'est tenue le 18 juin dernier en terre bretonne, on retient les cohortes de robocops surarm&#233;s arrivant dans les champs comme sur un terrain de guerre, se d&#233;lestant de tonnes de grenades et de balles de LBD sur les f&#234;tards, cassant &#224; la pioche et en toute ill&#233;galit&#233; du mat&#233;riel de son. Surtout, on n'oubliera pas cette main arrach&#233;e &#224; un homme de 22 ans, mutil&#233; &#224; vie pour avoir dans&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'oubliera pas non plus les mots twitt&#233;s en direct par l'association de r&#233;duction des risques Techno Plus, dont le poste de soins a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;bombard&#233; de lacrymos&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;On tente de se prot&#233;ger, mais aussi de soigner les bless&#233;s et de trouver les victimes sur le site. Le sous-directeur de l'ARS&lt;/i&gt; [Agence r&#233;gionale de sant&#233;] &lt;i&gt;ne parvient pas &#224; obtenir que la pr&#233;fecture laisse un corridor d'&#233;vacuation pour les bless&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux salles, deux ambiances. Quelques jours plus t&#244;t, le tr&#232;s bourgeois public de Roland-Garros entonnait en ch&#339;ur un vomitif &#171; &lt;i&gt;Merci Macron&lt;/i&gt; &#187;, les autorit&#233;s ayant offert un d&#233;passement du couvre-feu pour qu'un match puisse se terminer. Au m&#234;me moment, une pluie de gaz lacrymo dispersait une foule jeune et festive venue danser aux Invalides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traumatiser la jeunesse pour qu'elle &lt;i&gt;se tienne sage&lt;/i&gt;, c'est devenu la norme. Le 25 juin &#224; Versailles, les flics ont m&#234;me sorti les chiens pour chasser en meute des jeunes f&#234;tant leur bac. Des images insupportables, qui r&#233;sonnent avec les mots d'Emmanuel Macron le soir de la f&#234;te de la musique : &#171; &lt;i&gt;Amusez-vous, faites la f&#234;te&lt;/i&gt;. &#187; Le pr&#233;sident s'adressait visiblement au seul public pr&#233;sent le 21 juin dans les jardins de l'&#201;lys&#233;e... Et les la&#239;us macronesques sur la jeunesse pr&#233;caris&#233;e, confin&#233;e depuis de longs mois, d'appara&#238;tre pour ce qu'ils sont : du brassage d'air insultant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Faites la f&#234;te&lt;/i&gt;. &#187; Ces mots en t&#234;te, on repense forc&#233;ment &#224; Redon, &#224; ces 1 500 personnes qui faisaient... la f&#234;te, justement. Mais une f&#234;te libre, loin des agents de s&#233;curit&#233;, des fouilles, des verres hors de prix. De celles qui offrent de vrais espaces-temps pour inventer autre chose ensemble. Celle-ci &#233;tait d'ailleurs organis&#233;e en hommage &#224; Steve Maia Cani&#231;o, mort noy&#233; dans la Loire pour avoir dans&#233; au rythme de la techno lors de la f&#234;te de la musique nantaise il y a deux ans. Hasard du calendrier, le 17 juin, veille de la bataille de Redon, le procureur de Rennes officialisait ce que tout le monde savait d&#233;j&#224; : les relev&#233;s effectu&#233;s sur le t&#233;l&#233;phone de Steve ont &#171; &lt;i&gt;permis de situer le moment de la chute de Monsieur Maia Cani&#231;o dans la Loire &#224; 4 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;heures et 33 minutes, soit dans le temps de l'intervention de la police nationale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la responsabilit&#233; de ces drames se partage entre un &#201;tat roulant &#224; l'autoritarisme d&#233;brid&#233; et des forces de l'ordre perfus&#233;es au sentiment de toute puissance, on peut au passage remercier Thierry Mariani et son &#171; amendement sc&#233;l&#233;rat &#187; qui, en 2001, soumettait les&lt;i&gt; free parties&lt;/i&gt; &#224; une d&#233;claration pr&#233;alable en pr&#233;fecture. Une fa&#231;on d&#233;guis&#233;e d'interdire purement et simplement ces rassemblements, puisque le mouvement techno n'a pas bonne presse et que rares sont donc les f&#234;tes autoris&#233;es par les pr&#233;fets. Et aujourd'hui, qui dit rassemblement interdit dit &lt;i&gt;open bar&lt;/i&gt; pour les pandores les plus violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;action, on a juste envie de leur foutre le nez dans leur merde. Ce qu'ont joliment fait celles et ceux qui ont d&#233;pos&#233; un m&#232;tre cube de grenades et de vestiges de LBD, r&#233;cup&#233;r&#233;s sur le lieu de la f&#234;te, devant la sous-pr&#233;fecture de Redon, une semaine apr&#232;s le carnage. Effet visuel percutant : une pleine mer de munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signalons aussi ce tag inachev&#233; sur la fa&#231;ade d'un immeuble de Rennes : &#171; &lt;i&gt;Une main arrach&#233;e pour avoir dans&#233;, la vengeance sera&lt;/i&gt; &#187;... On vous laisse compl&#233;ter la phrase.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un t&#233;l&#233;phone vol&#233;, trois mois ferme</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Au tribunal de Paris, la 23e chambre est celle des comparutions imm&#233;diates. On y traite &#224; la cha&#238;ne la petite d&#233;linquance urbaine, on y entend souvent les mots &#171; vol &#187; et &#171; stup&#233;fiants &#187; ; on n'y parle pas toujours fran&#231;ais et on la quitte souvent pour remplir les prisons. R&#233;cit d'un apr&#232;s-midi de janvier. Les trente muscles faciaux du visage peuvent produire trois mille expressions porteuses de sens. &#192; la 23e chambre, aucune de ces expressions n'est visible. En janvier 2021, dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/simples" rel="tag"&gt;simples&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au tribunal de Paris, la 23&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; chambre est celle des comparutions imm&#233;diates. On y traite &#224; la cha&#238;ne la petite d&#233;linquance urbaine, on y entend souvent les mots &#171; vol &#187; et &#171; stup&#233;fiants &#187; ; on n'y parle pas toujours fran&#231;ais et on la quitte souvent pour remplir les prisons. R&#233;cit d'un apr&#232;s-midi de janvier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1722.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH737/-1722-a8c20.jpg?1780113224' width='500' height='737' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Toto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les trente muscles faciaux du visage peuvent produire trois mille expressions porteuses de sens. &#192; la 23&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; chambre, aucune de ces expressions n'est visible. En janvier 2021, dans la France de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, la justice avance masqu&#233;e et, des pr&#233;venus aux avocats, des juges au (rare) public, les visages sont bleus chirurgicaux, blancs FFP2 ou barr&#233;s de motifs bigarr&#233;s. Sourires, moues et rictus sont &#233;vinc&#233;s : la justice y perd l'humanit&#233; fragile ou bravache de la communication non verbale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeurent les yeux, s'observent des sourcils plus ou moins dessin&#233;s et expressifs, et surtout s'entendent des voix. Assur&#233;es, fluettes, chevrotantes, souvent &#233;touff&#233;es par le tissu des masques, parfois inaudibles &#8211; mais pourquoi les micros ne sont-ils pas utilis&#233;s ? Des voix et donc des mots, qui prennent une force insoup&#231;onn&#233;e en l'absence de tout autre r&#233;v&#233;lateur des sentiments des acteurs du tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e la voix et les mots de A., 22 ans, ressortissant marocain, s'exposent faiblement. Une voix sourde et lasse, &#224; la peine. A. ne parle pas fran&#231;ais et le traducteur asserment&#233; s'emploie &#224; rendre compr&#233;hensibles les propos du jeune homme dont toute l'attitude exprime autant une intense fatigue qu'un m&#233;lancolique abandon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les faits sont simples&lt;/i&gt; &#187;, conclut le pr&#233;sident apr&#232;s un bref expos&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ils sont tr&#232;s simples&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rit l'avocate commise d'office. Un vol de t&#233;l&#233;phone sur la voie publique, entre Barb&#232;s et La Chapelle ; A. est rep&#233;r&#233; par une patrouille qui piste ce soir-l&#224; les r&#233;fractaires au couvre-feu. Ses pas rapides &#224; leur approche, et un objet promptement jet&#233; sous une voiture, alertent les agents. Rapidement appr&#233;hend&#233;, A. est conduit au commissariat o&#249; il reconna&#238;t les faits. Simples, donc. Mais la vie de A. ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France depuis 2018, il a fui le Maroc &#224; la suite d'un conflit familial dont on ne saura rien et loge chez un cousin. Il officie parfois comme coiffeur, mais confie &#171; &lt;i&gt;qu'avec le Covid les gens ne viennent plus aussi souvent au salon&lt;/i&gt; &#187;, et puis sa tondeuse est cass&#233;e, alors il vend &#233;galement des cigarettes &#224; Barb&#232;s et d&#233;clare gagner environ 90 &#8364; par semaine. &#171; &lt;i&gt;Le vol du t&#233;l&#233;phone c'&#233;tait pour me racheter une tondeuse. Les cigarettes c'est trop dur.&lt;/i&gt; &#187; Pour un d&#233;lit similaire, A. est d&#233;j&#224; sous la menace d'un sursis de quatre mois. Il transmet de br&#232;ves r&#233;ponses que le traducteur, sans malice, &#233;toffe quelque peu. A. laisse son regard errer tristement sur les murs du tribunal, sans d&#233;sinvolture, juste absent de ce qui se joue, d&#233;j&#224; d&#233;fait par une issue qu'il semble deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois ferme sont requis, plus la r&#233;vocation du sursis en cours, soit dix mois en tout avec mandat de d&#233;p&#244;t. Appliqu&#233;e, jusqu'&#224; la caricature, &#224; incarner un &#201;tat ferme, la substitut du procureur emploie un ton et des mots qui laissent &#224; croire que A. est un danger pour la paix sociale. L'avocate, dont c'est d&#233;j&#224; la seconde plaidoirie en quatre dossiers, demande aux magistrats de regarder la r&#233;alit&#233; en face et &#171; &lt;i&gt;non pas seulement depuis&lt;/i&gt; [leurs] &lt;i&gt;beaux quartiers&lt;/i&gt; &#187; arguant que depuis des mois &#171; &lt;i&gt;nous devons vivre avec le chaos et que la prison n'est pas et ne sera pas une r&#233;ponse &#224; ce chaos.&lt;/i&gt; &#187; Trois mois ferme et transfert imm&#233;diat en prison, pour A. la justice n'a pas cherch&#233; &#224; imaginer d'autre solution.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1721.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH703/-1721-99752.jpg?1780113224' width='500' height='703' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Toto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le grand pull rouge vif de N. tranche avec son visage noir &#233;b&#232;ne masqu&#233; de blanc. Il s'agite nerveusement et n'a de cesse de r&#233;ajuster son masque en roulant des yeux rougis par la fatigue de la garde &#224; vue. Une nouvelle fois la langue s'&#233;rige en barri&#232;re suppl&#233;mentaire. N. est nig&#233;rian, comprend peu et ne parle pas fran&#231;ais. L'interpr&#232;te de langue anglaise &#233;tant introuvable, le juge s'adresse aux deux interpr&#232;tes pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Je sais que vous &#234;tes l&#224; pour les traductions en arabe, mais l'un de vous deux peut-il faire anglais aussi, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Oui, non&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; ? Une femme se l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. a &#233;t&#233; interpell&#233;, en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233;, dans une rame de m&#233;tro pour non-port du masque par la &#171; police &#187; de la RATP. Puis sur le quai l'affaire a mal tourn&#233; : cris, insultes, &#171; &lt;i&gt;exhibitionnisme&lt;/i&gt; &#187;. L'agent de la RATP, qui se porte partie civile, affirme que N. a baiss&#233; son pantalon, exhib&#233; son sexe, et agit&#233; son bassin en criant &#171; &lt;i&gt;I&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt; &lt;i&gt;you&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &#224; son encontre. N. secoue vivement la t&#234;te : &#171; &lt;i&gt;I'm not gay, I don't show my dick to a man&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je ne suis pas gay, je ne montre pas ma bite &#224; un homme. &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, puis pr&#233;cise que son pantalon est tomb&#233; tout seul quand on l'a menott&#233; et que oui c'est comme &#231;a, il ne porte jamais de sous-v&#234;tements. L'interpr&#232;te avale sa salive, traduit &#171; &lt;i&gt;dick&lt;/i&gt; &#187; par &#171; &lt;i&gt;attributs&lt;/i&gt; &#187; et peine &#224; suivre le flot de paroles dont N. l'abreuve. Son avocat intervient pour rappeler &#171; &lt;i&gt;qu'aucune image ne corrobore cet exhibitionnisme suppos&#233;, que&lt;/i&gt; [N.] &lt;i&gt;nie depuis le d&#233;but, mais ses propos en garde &#224; vue n'ont pu &#234;tre correctement traduits en l'absence, d&#233;j&#224;, d'un traducteur d'anglais disponible, le gardien de la paix officiant au standard du commissariat ayant alors rempli ce r&#244;le, ce qui entache de vice toute la proc&#233;dure&lt;/i&gt; &#187;. Moment de flottement dans le tribunal&#8230; Exit l'exhibitionnisme, reste un outrage &#224; agent pour lequel les six mois ferme pr&#233;vus au code p&#233;nal sont requis, avec mandat de d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. s'excuse pour les insultes prof&#233;r&#233;es, et promet qu'il ne boira plus jusqu'&#224; ce qu'il ait r&#233;ussi &#224; se rendre aux &#201;tats-Unis o&#249; l'attend sa fianc&#233;e, qu'il cherche &#224; rejoindre en vain depuis bient&#244;t un an. Il tient d&#233;sormais son pantalon d'une main, et de l'autre plaque fermement sur son nez un masque dont l'&#233;lastique vient de c&#233;der. Six mois avec sursis. N. joint bri&#232;vement les mains en direction du juge et l&#232;ve les yeux au ciel. Il s'en sort bien : selon l'Observatoire international des prisons, 70 % des condamnations prononc&#233;es en comparution imm&#233;diate sont des peines de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas gay, je ne montre pas ma bite &#224; un homme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L&#226;cher de mots</title>
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		<dc:creator>Il Ganzo, Mateo Matzo</dc:creator>


		<dc:subject>Jo Vervoort</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'est devenu un rituel. Chaque trimestre depuis cinq ans, le bistrot de la place de Reillanne, village des Alpes de Haute-Provence, accueille une &#171; sc&#232;ne libre &#187;. Chacun.e peut venir y partager un texte, un po&#232;me, quelques phrases, sa joie ou sa peine. Rencontre avec Tristan, l'un des fondateurs de ce rendez-vous. &#171; Le &#8220;L&#226;cher de mots&#8221; vient d'une id&#233;e simple. Ou plut&#244;t d'un constat : les espaces d'expression libre ne courent ni les rues ni les campagnes. Et ils ne se trouvent certainement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jo-Vervoort" rel="tag"&gt;Jo Vervoort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mots-628" rel="tag"&gt;mots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chose" rel="tag"&gt;chose&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lacher" rel="tag"&gt;L&#226;cher&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/idee-simple" rel="tag"&gt;id&#233;e simple&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est devenu un rituel. Chaque trimestre depuis cinq ans, le bistrot de la place de Reillanne, village des Alpes de Haute-Provence, accueille une &#171; sc&#232;ne libre &#187;. Chacun.e peut venir y partager un texte, un po&#232;me, quelques phrases, sa joie ou sa peine. Rencontre avec Tristan, l'un des fondateurs de ce rendez-vous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH323/-1424-d19e6.jpg?1779923873' width='500' height='323' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Jo Vervoort
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; L&lt;/span&gt;e &#8220;L&#226;cher de mots&#8221; vient d'une id&#233;e simple. Ou plut&#244;t d'un constat : les espaces d'expression libre ne courent ni les rues ni les campagnes. Et ils ne se trouvent certainement pas dans ces lieux o&#249; n'existe que la Culture avec un grand C, soit les th&#233;&#226;tres et autres salles subventionn&#233;es. Eux proposent du spectacle, le plus souvent &#233;litiste et format&#233; &#8211; &#231;a n'a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a cinq ans&lt;/strong&gt;, donc, un petit groupe d'habitants du village a eu envie d'autre chose. C'&#233;tait une petite &#233;quipe disparate, regroupant des artistes et des personnes qui ne l'&#233;taient pas, des po&#232;tes, chanteurs, danseurs, circassiens. Mais toutes et tous partageaient ce d&#233;sir d'un espace radicalement neuf. D'un lieu d'expression qui serait totalement libre et ouvert &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette id&#233;e&lt;/strong&gt; ne vient pas de nulle part, bien s&#251;r. Elle se place dans l'h&#233;ritage des &#8220;soir&#233;es slam-po&#233;sie&#8221; apparues dans les ann&#233;es 1990 aux &#201;tats-Unis, et qui se sont depuis diffus&#233;es un peu partout dans le monde. Alors, pourquoi pas &#224; Reillanne ? On s'est dit que ce serait une bonne chose que ce mouvement populaire et po&#233;tique prenne ses quartiers dans notre &#8220;pays&#8221;, souvent r&#233;duit &#224; ses champs de lavande, &#224; son &#233;lectorat frontiste et &#224; ses touristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#231;a a march&#233;&lt;/strong&gt;. Le &#8220;L&#226;cher de mots&#8221; existe d&#233;sormais depuis cinq ans, et il est devenu un rendez-vous tr&#232;s populaire. Chaque trimestre, il r&#233;unit une centaine de personnes. Des habitants du village, bien entendu. Mais aussi des gens venus de toute la r&#233;gion. Toutes et tous respectent un m&#234;me principe, qui n'a pas chang&#233; depuis les d&#233;buts : la sc&#232;ne est ouverte, chacun-e peut pr&#233;senter ce qu'il veut, &#224; condition de ne pas occuper les planches plus de quelques minutes. En &#233;change, tu as droit &#224; un verre offert par le patron. C'est vrai que &#231;a en motive certains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque sc&#232;ne libre&lt;/strong&gt; est singuli&#232;re &#8211; tu n'y vois jamais la m&#234;me chose. Dans la forme, avec de l'&#233;crit, de la danse, du mime, de la musique, etc. Et sur le fond : certains d&#233;cident de partager des choses tr&#232;s personnelles, des col&#232;res, des passions, d'autres optent pour des reprises de textes plus &#8220;classiques&#8221;. On passe tr&#232;s vite de l'humour au drame, d'un texte tr&#232;s politique &#224; un po&#232;me intime qui n'avait jamais &#233;t&#233; partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est cette diversit&#233;&lt;/strong&gt; qui fait la force du &#8220;L&#226;cher de mots&#8221;. Parce qu'il s'agit de proposer aux gens de travailler sur leur peur du jugement. De remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; d'une parole r&#233;serv&#233;e &#224; quelques-uns. Bref, de briser ce r&#244;le assign&#233; par la soci&#233;t&#233; de pouvoir : &#234;tre spectateur des choses, ne pas faire de vagues. Pour ma part, je ne revendique nullement la bienveillance &#8211; un terme tr&#232;s ambivalent, souvent utilis&#233; pour &#233;touffer les violences sociales, d&#233;cr&#233;dibiliser des pol&#233;miques de fond ou des discours politiques jug&#233;s trop &#8220;radicaux&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je dirais m&#234;me&lt;/strong&gt; qu'on s'approche parfois de la &#8220;joute verbale&#8221;. C'est-&#224;-dire qu'il existe une certaine rivalit&#233;, proche de celle qui avait cours entre les participants des tournois du Moyen &#194;ge et qu'on retrouve aujourd'hui, sous une forme nouvelle, dans le rap, le slam ou le reggae. Ce n'est pas une concurrence au sens lib&#233;ral du terme, mais la ritualisation d'une forme de &#8220;comp&#233;tition&#8221; (avec des guillemets) impr&#233;gnant les relations humaines. Un peu comme dans un jeu de soci&#233;t&#233; : tes ami.e.s sont tes alli&#233;s ou tes adversaires, le temps d'une partie. &#199;a cr&#233;e du piment dans les soir&#233;es, &#231;a dynamise l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis convaincu&lt;/strong&gt; que ces moments de &#8220;slam-po&#233;sie&#8221; n'ont rien d'anecdotique. Ils r&#233;pondent &#224; un besoin d'expression et de partage dans une &#233;poque qui mise sur l'oppression, la censure et la division. Et ils permettent de faire na&#238;tre un espace de sociabilit&#233; concret et sans m&#233;diation virtuelle, o&#249; se lit une histoire commune qui va laisser des traces au-del&#224; d'une soir&#233;e dans un bistrot. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que la geste po&#233;tique rejoint la geste politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela explique&lt;/strong&gt; sans doute que le principe du &#8220;L&#226;cher de mots&#8221;, et son &#233;tat d'esprit, se diffuse ailleurs, qu'il rebondisse et prenne racine dans d'autres villes. &#192; Marseille, par exemple : chaque mois, l'&#201;quitable Caf&#233; en organise un. Ou &#224; Bruxelles aussi, avec le bar de La Vieille Chechette. Il nous reste maintenant &#224; tisser davantage de liens entre les diff&#233;rentes sc&#232;nes libres. Car si elles sont fond&#233;es sur un m&#234;me principe, elles ne se connaissent pas forc&#233;ment. Elles auraient pourtant tout int&#233;r&#234;t &#224; s'enrichir de leurs diff&#233;rences &#8211; et il y en a ! J'ai ainsi eu l'impression d'assister &#224; plus d'expressions de hargne ou de col&#232;re et d'entendre plus de t&#233;moignages de violences de genre ou de racisme &#224; la ville qu'&#224; la campagne. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de croiser les regards, de provoquer les rencontres, de bousculer les &#233;vidences. C'est fait pour &#231;a, une sc&#232;ne libre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Il Ganzo, avec la collaboration de Mateo Matzo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rap : ma nuit avec You Tube</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu K.</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Mano&#239;&#239;&#239;&#239;</dc:subject>
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		<dc:subject>rap fran&#231;ais</dc:subject>
		<dc:subject>Booba</dc:subject>
		<dc:subject>rappeurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La petite est couch&#233;e et le soleil s'enfonce doucement &#224; l'horizon, comme une grande cuill&#232;re en bois dans un aligot m&#339;lleux. Nous sommes en Aveyron. Tenant Babylone en respect, nich&#233;.es &#224; quelques un.es dans une de ces fermes o&#249; l'on essaie de vivre (diff&#233;remment). Ce soir c'est repos : un peu de weed, une tisane et YouTube. Je range mon corps sur le porte-manteau et convoque mon cerveau pour un entretien en t&#234;te-&#224;-t&#234;te : c'est (re)parti pour une &#171; soir&#233;e rap fran&#231;ais &#187; sur l'Internet (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no176-mai-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;176 (mai 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Manoiiii" rel="tag"&gt;Mano&#239;&#239;&#239;&#239;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/francais" rel="tag"&gt;fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mots-628" rel="tag"&gt;mots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/face" rel="tag"&gt;face&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rap-francais" rel="tag"&gt;rap fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Booba" rel="tag"&gt;Booba&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rappeurs" rel="tag"&gt;rappeurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La petite est couch&#233;e et le soleil s'enfonce doucement &#224; l'horizon, comme une grande cuill&#232;re en bois dans un aligot m&#339;lleux. Nous sommes en Aveyron. Tenant Babylone en respect, nich&#233;.es &#224; quelques un.es dans une de ces fermes o&#249; l'on essaie de vivre (diff&#233;remment). Ce soir c'est repos : un peu de&lt;i&gt; weed&lt;/i&gt;, une tisane et YouTube. Je range mon corps sur le porte-manteau et convoque mon cerveau pour un entretien en t&#234;te-&#224;-t&#234;te : c'est (re)parti pour une &#171; soir&#233;e rap fran&#231;ais &#187; sur l'Internet mondial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2981 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1220-9995c.jpg?1779738465' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mano&#239;&#239;&#239;&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;nspiration. Expiration. Les neurones alanguis, YouTube et ses algorithmes roublards me mettent&lt;i&gt; direct&lt;/i&gt; face &#224; la retentissante v&#233;rit&#233; : PNL a sorti un nouveau clip. Le doigt tremblant, je clique. Le missile est arm&#233;. 3, 2, 1. Touch&#233;. Je prends ma dose de m&#233;galomanie m&#233;lancolique : les mots flottent sur des volutes de fum&#233;e, &#224; la crois&#233;e de la mont&#233;e et de la descente, &#233;gar&#233;s dans une perche sans fin. Le foyer incandescent d'un joint en guise de lampe torche, les deux fr&#232;res de PNL auscultent leur succ&#232;s pr&#233;sent, plomb&#233; par le pass&#233; et ses disques ray&#233;s. Coinc&#233;s entre avant et maintenant, ils implorent le dieu Auto-Tune &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Logiciel qui permet de modifier la voix.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de fixer une bonne fois pour toutes leurs reflets dans le miroir. Et quand je regarde autour de moi, cette grande ferme et cette petite fille, les yeux riv&#233;s sur mon &#233;cran, je fais tout pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rap il est venu puis il est reparti, puis il est revenu. D'abord, ado, il s'est agi de s'opposer aux guitares &lt;i&gt;seventies&lt;/i&gt; du daron et de s'&#233;manciper en se mettant dans la roue de Difool et de sa bande. Puis les guitares ont gagn&#233;, les cheveux longs aussi. Mais le rap n'avait pas dit son dernier mot : alors que lunettes de vue et bedaine s'imposaient comme signes ext&#233;rieurs de la trentaine, il a d&#233;finitivement gagn&#233; la bataille. &#192; chaque fois que la vie exige de moi une mue, j'ai besoin de cette cohorte de MCs &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement Master of Ceremony : d&#233;signe les rappeurs et rappeuses.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; accroch&#233;s &#224; leurs micros comme des marins au m&#226;t dans une temp&#234;te plus forte que pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cramer les &lt;i&gt;wagos&lt;/i&gt; &#224; Booba&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la colonne de droite, YouTube me propose le dernier single de Booba. Vas-y, envoie Internet, je suis chaud. B2Oba &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Prononcer &#171; B, deux O, B, A &#187;.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; : ses villas, ses bagnoles et ses &lt;i&gt;punchlines&lt;/i&gt; d&#233;vastatrices. Quand je suis au volant de mon Espace II de 1996, la thune de Booba me fait du bien. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment. D'autant qu'elle ne me fait pas r&#234;ver pour autant. En r&#233;alit&#233;, &#171; d&#233;cro&#238;tre &#187; gaiement avec mes petits camarades me va tr&#232;s bien. Mais quand je flippe en ouvrant un courrier de la Caf &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caisse des allocations familiales.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, la casquette de Booba &#8211; qui cache pourtant mal son regard vorace d'entrepreneur capitaliste lambda &#8211; me rend plus fort. N&#233;cessaire contrepoint &#224; une pr&#233;carit&#233; choisie mais parfois pesante, le rap &lt;i&gt;bling-bling&lt;/i&gt; c'est mon &#233;vacuation du trop-plein de simplicit&#233; volontaire, l'arri&#232;re-salle o&#249; vivre OKLM &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au calme.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; des versions d&#233;vitalis&#233;es des fantasmes mat&#233;riels les plus absurdes. Pire encore : l'&#233;trange pendant du plaisir &#224; voir ces m&#234;mes symboles de richesses br&#251;ler lors d'un meeting autonome &lt;i&gt;downtown&lt;/i&gt;. Mais n'emp&#234;che : alors que Booba finit son morceau et que moi je le salue en dabbant &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ex&#233;cuter un dab (mouvement chor&#233;graphique).&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; seul face &#224; mon &#233;cran, je me dis que &#231;a a l'air &lt;i&gt;chanm&#233;&lt;/i&gt; de conduire une grosse bagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rouler un autre. Remettre de l'eau sur la tisane. Et accueillir SCH et son &#171; rap de gangster &#187;. Fascin&#233;, je le regarde me raconter des histoires d'&#233;change de petites coupures sur des parkings mal &#233;clair&#233;s et autres spleens de braqueurs hagards au petit matin. Le deal, les &lt;i&gt;braquos &lt;/i&gt;et l'ill&#233;galit&#233; comme in&#233;vitable rapport au monde, voil&#224; un motif qui irrigue une bonne partie du rap fran&#231;ais actuel. Est-ce r&#233;jouissant ? Pas forc&#233;ment. Et alors ? On ne demande &#224; personne de se justifier au sortir d'une projection du &lt;i&gt;Parrain&lt;/i&gt;. Moi, j'ai besoin de m&#233;chants pour avancer. De grands braqueurs et de petits voleurs. Ceux avec lesquels je ris sous cagoule invisible quand je passe &#224; la caisse de la Biocoop charg&#233; comme une mule. Ceux dont l'imaginaire et les actes d&#233;fient l'&#201;tat, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le Smic. Tierc&#233; gagnant. Et puis en attendant que le CNC &lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre national du cin&#233;ma et de l'image anim&#233;e.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et autres tamponneurs d'expression l&#233;gitime consentent &#224; financer des films ambitieux r&#233;alis&#233;s depuis certaines marges de la soci&#233;t&#233;, il fait bon se construire des fictions puissantes en utilisant ce rap de bandit comme un lexique. Des d&#233;cors, des situations, des d&#233;tails quant aux &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt;, des sensations et surtout : des &#233;motions. De celles qu'on imagine glan&#233;es aupr&#232;s des premiers concern&#233;s, dans une pr&#233;cision quasi documentaire. Ne reste qu'&#224; mettre tout cela en sc&#232;ne dans sa t&#234;te, avec le plaisir immense de voir d&#233;filer un film unique renouvel&#233; &#224; chaque &#233;coute.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;On dirait que &#231;a te g&#234;ne de marcher dans la boue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui se passe pour que chaque soir, devant mon &#233;cran, je frissonne devant des mecs qui font des roues arri&#232;re en quad alors que par ma fen&#234;tre la cambrousse s'&#233;tend &#224; perte de vue ? De la m&#234;me mani&#232;re que j'ai toujours un peu l'impression de me battre contre le CPE (Contrat premi&#232;re embauche), je crois que je n'ai jamais vraiment oubli&#233; les &#233;meutes de 2005 (et celles depuis). L'impression de r&#233;aliser que le &#171; sujet r&#233;volutionnaire &#187;, c'&#233;tait pas nous, depuis notre classe moyenne ti&#232;de, et qu'&#224; l'inverse le traitement que la France r&#233;servait &#224; ses &#171; quartiers populaires &#187; en disait long sur la clef de vo&#251;te post-coloniale. Je crois que j'avale mes kilos de rap fran&#231;ais quotidien anim&#233; par un m&#233;lange de col&#232;re, de tristesse et d'impuissance concernant ces &#171; quartiers &#187;, enjoints &#224; grand renfort de tonfas &#224; honorer le dieu&lt;i&gt; Charlie&lt;/i&gt; et sa r&#233;publique tout en &#233;tant chaque ann&#233;e un peu plus trahis et m&#233;pris&#233;s par &#171; la gauche &#187; et une la&#239;cit&#233; qui a bon dos. &#192; d&#233;faut de savoir quoi faire de &#231;a, je vibre &#224; distance par la lorgnette de cette &#233;pop&#233;e musicale, qui est un grand et fier majeur dress&#233; face &#224; ceux qui verraient bien les ghettos s'autod&#233;truire. Et un peu &#233;mu, j'y pense devant mon ordi, alors que Sofiane me dit que &#171; &lt;i&gt;Tout l'monde s'en fout&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. M&#234;me pas vrai. Le clip est cool, et &#234;tre un des 81 millions de personnes qui s'en sentent proches en en &#233;tant aussi loin m'interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quoi, je me d&#233;foule &#224; peu de frais en &#233;coutant des gens que je ne c&#244;toie pas me raconter des trucs que je ne vis pas ? N'y a-t-il pas un peu d'appropriation culturelle sous ma planche de surf alors que je &lt;i&gt;ride&lt;/i&gt; l'Internet mondial de clip en clip et de &lt;i&gt;ter-ter en ter-ter&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Territoires, quartiers.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; ? Et puis pourquoi je passe &#224; des bonhommes &lt;i&gt;rebeus&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;renois&lt;/i&gt; certains exc&#232;s violents et autres nivellements par le bas que je n'excuse pas chez Lomepal et Vald quand ils tendent un miroir peu reluisant &#224; ma blanche trentaine de branleur cynique ? Et puis en termes d'imaginaire, une cit&#233; r&#233;duite &#224; Kalashland et 30 millions de pitbulls, pass&#233; le frisson facile d'un ailleurs dangereux, est-ce vraiment une bonne op&#233;ration pour les &#171; quartiers populaires &#187; ? En v&#233;rit&#233;, j'aime le rap fran&#231;ais car il me met dans une situation d'inconfort politique stimulante et fertile. Je me lance &lt;i&gt;Roi des sauvages&lt;/i&gt; de Kalash Criminel pour f&#234;ter &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2982 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1221-49a53.jpg?1779738465' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mano&#239;&#239;&#239;&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Il s'est rien pass&#233; depuis La Rumeur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me fais chier quand j'&#233;coute un certain rap dit &#171; conscient &#187; o&#249; les perles politiques s'enfilent sur un collier un peu ringard, avec dans le d&#233;sordre prison, flics et capital qui ronronnent dans une ambiance ampoul&#233;e, le tout sur des 16 &lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seize lignes de textes correspondant &#224; la taille habituelle d'un couplet.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; pas toujours tr&#232;s cal&#233;s ni novateurs. En r&#233;alit&#233;, on vit une &#233;poque &#233;trange : des musiciens de g&#233;nie produisent des disques majeurs, le rap est l'une des plus grandes industries culturelles au monde mais dans le m&#234;me temps beaucoup ne le reconnaissent plus (ou ne l'ont jamais reconnu). Parce qu'il ne d&#233;nonce pas assez, ou pas comme avant. Parce que le rouleau compresseur &lt;i&gt;trap&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Courant musical venant du sud des &#201;tats-Unis, &#224; la rythmique tr&#232;s lente, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; a tout chang&#233;, et que les vieux jeunes sont perdus. C'est ainsi qu'on d&#233;nie au rap le droit d'&#234;tre simplement une musique. Et non pas l'officielle tribune des quartiers pour se pr&#233;senter comme il faut. Qui plus est, n'attendre que le verbe pour reconna&#238;tre la subversion, c'est passer &#224; c&#244;t&#233; de tout le reste : la d&#233;merde, l'autonomie, le culte du &#171; monter son label &#187;, l'entraide (&lt;i&gt;QLF&lt;/i&gt; !&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que la famille est un morceau du groupe PNL.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;), le nihilisme revanchard, la recherche artistique et l'audace qui caract&#233;risent certains pans du rap fran&#231;ais actuel et le fait qu'il soit encore et toujours un cri de ralliement et un outil d'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; &#233;nonc&#233; depuis des zones de rel&#233;gation urbaines... Si on accepte de se d&#233;centrer deux secondes du besoin d'une d&#233;nonciation qui nous brosse dans le sens des pr&#233;con&#231;us de la r&#233;volte, il y a l&#224; un ind&#233;niable c&#244;t&#233; punk. Eh oui : on peut danser (mal), les yeux riv&#233;s sur des rappeurs p&#233;t&#233;s de thune et tatou&#233;s jusque sous le slibard, tout en y mettant une &#233;nergie politique. Il n'y a qu'&#224; voir les banderoles renforc&#233;es qui animent gaiement les cort&#232;ges ces derni&#232;res ann&#233;es. &lt;i&gt;Le monde ou rien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autre morceau de PNL.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;. Si si.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toutes, sauf ma m&#232;re et ma s&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, il y a une ombre au tableau. De taille. Avec laquelle je gal&#232;re. Entendre mes rappeurs favoris avilir leurs ennemis et plus g&#233;n&#233;ralement les femmes &#224; grand renfort de &#171; cassages de cul &#187; n'est pas vraiment ma tasse de th&#233;. Une industrie d'hommes, taill&#233; pour des hommes par des hommes o&#249; la violence sexiste est massive et in&#233;vitable. Face &#224; tout &#231;a, j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de me positionner, tant minorer l'&#233;cueil aurait fris&#233; la malhonn&#234;tet&#233;. Au vrai, je suis en pleine contradiction quand j'&#233;coute certains de mes rappeurs pr&#233;f&#233;r&#233;s. Et pourtant, &#231;a fait sens malgr&#233; tout. Notamment dans l'espace que &#231;a a ouvert avec mes copines fans de rap, quand il s'est agi de poser des mots sur l'id&#233;e d'un imaginaire sexiste, antichambre du sexisme tout court. &lt;i&gt;Ouep&lt;/i&gt;, je ne suis pas vraiment fier d'&#234;tre un homme et tente quotidiennement de d&#233;construire ce qui doit l'&#234;tre. Or, certains rappeurs me permettent de faire la vidange d'une &#233;nergie masculine toxique qui, m&#234;me si elle n'a pas de place dans le r&#233;el que je tente de changer, ne dispara&#238;t pas pour autant d'un coup de baguette magique. Damso dans la voiture, avec ma fille qui &#233;coute derri&#232;re avec moi, c'est une question en mouvement, un conflit avec quatre roues. Et pour aller plus loin dans l'inconfort : il est des rappeurs &#171; qui font du sale &#187; et qui pourtant ne le font pas gratuitement ou en valorisant simplement la crasse sexiste. Des mecs qui auscultent leurs bassesses avec la pr&#233;cision d'un chirurgien et qui, en creux, m'aident &#224; faire de m&#234;me. Le probl&#232;me est alors que ce soit eux, et leur point de vue d'oppresseur, qui ait massivement acc&#232;s &#224; l'espace de parole en pr&#233;sence. Qu'est-ce qui se vend ? Pourquoi ? Et &#224; qui ? Et force est de constater que le f&#233;minisme ou la lutte contre les violences faites aux femmes n'est ni la priorit&#233; du rap fran&#231;ais ni celle de l'industrie qui le sous-tend. Un peu penaud, je botte en touche quant &#224; mes (d&#233;)go&#251;ts, me r&#233;fugiant derri&#232;re le fait que chaque &#233;poque a ses Gainsbourg. Des connards par moments pertinents, des zones d'ombre bip&#232;des. Sauf que ceux du rap fran&#231;ais, avec leur couleur de peau, sont souvent somm&#233;s d'incarner &#171; toute la violence &#187; faites aux femmes. Des &#171; sauvages &#187; paratonnerres, qui &#233;vitent au joyeux monde de la culture couleur blanc l&#233;gitime l'examen de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 h du mat'. Je me suis perdu. Il commence &#224; y avoir des vid&#233;os d'Alain Soral dans la colonne de droite de YouTube. Au dodo, les algorithmes. Finir sur une bonne note, sur une note simple. Et retrouver les rappeurs avec lesquels je peux mettre le cerveau sur pause, ou bien plut&#244;t l'agiter sans danger. Parce que politiquement, je suis &#224; la maison, sans que les choses tournent en rond pour autant. Parce qu'en termes de sexisme, je suis face &#224; des hommes (et des femmes) qu'ont pas besoin d'&#234;tre des connards pour exister publiquement. Et parce qu'avant toute chose, cette musique et ses r&#233;volutions me font du bien quand elles me font simplement bouger la t&#234;te de mani&#232;re saccad&#233;e au rythme de mots qui transportent &#171; du corps &#187;. Celui des MCs et le mien. Mon d&#233;volu se jettera donc sur Arm. Du rap &#233;l&#233;gant, qu'on ne verra jamais l&#226;cher ses fondements. Des mots qu'on peut tour &#224; tour susurrer &#224; l'oreille d'un amoureux ou d'une amoureuse et gueuler dans l'&#233;meute. Des mots qui donnent foi dans le fait que, quelles que que soient ses m&#233;tamorphoses, le rap reste in&#233;branlable dans sa capacit&#233; &#224; permettre &#224; ceux qui le font et &#224; ceux qui l'&#233;coutent de tenir droit dans leurs godasses. Et c'est d&#233;j&#224; pas mal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Logiciel qui permet de modifier la voix.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement &lt;i&gt;Master of Ceremony&lt;/i&gt; : d&#233;signe les rappeurs et rappeuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Prononcer &#171; B, deux O, B, A &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Caisse des allocations familiales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au calme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ex&#233;cuter un dab (mouvement chor&#233;graphique).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centre national du cin&#233;ma et de l'image anim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Territoires, quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Seize lignes de textes correspondant &#224; la taille habituelle d'un couplet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Courant musical venant du sud des &#201;tats-Unis, &#224; la rythmique tr&#232;s lente, parfois inqui&#233;tante, et aux sonorit&#233;s charleston. Lire aussi p. VII. de ce dossier, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Du-blues-au-rap-mepris-en-boucle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du blues au rap, m&#233;pris en boucle&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176, mai 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Que la famille&lt;/i&gt; est un morceau du groupe PNL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autre morceau de PNL.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Je vis avec la mort et la trahison en essayant de me garder de l'une et de l'autre. &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Je-vis-avec-la-mort-et-la-trahison</link>
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		<dc:date>2013-11-04T12:45:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Yann Levy</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>mots</dc:subject>
		<dc:subject>Georges</dc:subject>
		<dc:subject>p&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Antigone</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Journaliste au Canard encha&#238;n&#233;, Sorj Chalandon est aussi un romancier dont un des grands talents consiste &#224; larguer des personnages &#171; ordinaires &#187; dans les crat&#232;res fumants de l'Histoire contemporaine. Apr&#232;s le th&#233;&#226;tre d'ombre et de guerre irlandais avec Mon tra&#238;tre (2009) et Retour &#224; Killybegs (2011), Chalandon sort Le Quatri&#232;me Mur (Grasset, 2013) ou le r&#234;ve fou de monter Antigone au c&#339;ur d'un Beyrouth en ruines, en 1982, avec des acteurs issus de toutes les communaut&#233;s libanaises. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parce-qu-il" rel="tag"&gt;parce qu'il&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mots-628" rel="tag"&gt;mots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Georges" rel="tag"&gt;Georges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pere" rel="tag"&gt;p&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Antigone" rel="tag"&gt;Antigone&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Journaliste au &lt;i&gt;Canard encha&#238;n&#233;&lt;/i&gt;, Sorj Chalandon est aussi un romancier dont un des grands talents consiste &#224; larguer des personnages &#171; ordinaires &#187; dans les crat&#232;res fumants de l'Histoire contemporaine. Apr&#232;s le th&#233;&#226;tre d'ombre et de guerre irlandais avec &lt;i&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/i&gt; (2009) et &lt;i&gt;Retour &#224; Killybegs&lt;/i&gt; (2011), Chalandon sort &lt;i&gt;Le Quatri&#232;me Mur&lt;/i&gt; (Grasset, 2013) ou le r&#234;ve fou de monter &lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; au c&#339;ur d'un Beyrouth en ruines, en 1982, avec des acteurs issus de toutes les communaut&#233;s libanaises. Rencontre avec l'homme, au Cirque &#233;lectrique &#224; Paris, le 29 septembre, en marge d'un festival organis&#233; par la librairie Le Monte-en-l'air.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Tu es journaliste depuis quarante ans. Tu as m&#234;me obtenu le prix Albert-Londres en 1988 pour tes reportages sur l'Irlande du Nord. Peux-tu revenir sur ce parcours ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sorj Chalandon&lt;/strong&gt; : Je suis entr&#233; &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; en 1973. J'ai pouss&#233; la porte le 15 septembre, apr&#232;s le coup d'&#201;tat au Chili, avec un dessin. &#192; l'&#233;poque, &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, il y avait des tables et des chaises vides. Tu t'asseyais et tu demandais si tu pouvais rester, et on te disait : &#171; &lt;strong&gt;OK, reste !&lt;/strong&gt; &#187; Moi j'&#233;tais mao, j'appartenais &#224; la Gauche prol&#233;tarienne, qui avait &#233;t&#233; dissoute auparavant (j'&#233;tais contre). Je ne saurai jamais si j'ai renonc&#233; &#224; la violence politique pour des raisons d'intelligence politique ou pour des raisons de l&#226;chet&#233;. Je n'ai jamais fait cette autocritique-l&#224;. Ai-je eu peur parce qu'on allait trop loin ou ai-je pr&#233;f&#233;r&#233; continuer le combat dans ce journal ? &#192; l'&#233;poque, le slogan du journal c'&#233;tait &#171; &lt;i&gt;Peuple, prends la parole et garde-la.&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait pour moi d'une force et d'une beaut&#233; incroyables. Je ne suis pas entr&#233; &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; pour &#234;tre journaliste, mais parce que j'avais d&#233;pos&#233; les armes. &#192; la fa&#231;on dont Georges, dans &lt;i&gt;Le Quatri&#232;me Mur&lt;/i&gt;, fait du th&#233;&#226;tre parce qu'il a d&#233;pos&#233; les armes. J'ai d'abord &#233;t&#233; dessinateur jusqu'&#224; ce que les vrais dessinateurs arrivent. Et l&#224; ils se sont aper&#231;us que je ne dessinais pas si bien que &#231;a. J'ai &#233;t&#233; aussi monteur en pages et quand les professionnels sont arriv&#233;s, ils se sont aussi aper&#231;us que je n'&#233;tais pas si bon. Donc &#224; un moment donn&#233;, j'ai eu le choix entre la porte et la r&#233;daction. J'ai choisi la r&#233;daction, j'ai commenc&#233; par le fait divers, puis le reportage et enfin le grand reportage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s que la Gauche prol&#233;tarienne a &#233;t&#233; dissoute, les copains qui avaient fait des &#233;tudes sont repartis dans les facs, ceux qui n'avaient pas &#233;tudi&#233; sont repartis dans les usines et d'autres sont partis dans le d&#233;cor. J'ai trois de mes copains qui se sont suicid&#233;s : Jean-Denis s'est tir&#233; une balle, Pierre-Yves et Yves se sont pendus. Nous luttions, nous militions, nous combattions ensemble. Il y a eu de longs moments de d&#233;sarroi. Jean-Marc, ouvrier chez Renault, qui &#233;tait venu chez les maos nous a dit : &#171; &lt;i&gt;Mais vous, vous allez retourner dans vos facs, et moi je fais quoi ? Je retourne chez Renault ?&lt;/i&gt; &#187; Il est redevenu ce qu'il &#233;tait, &#224; l'&#233;poque on appelait &#231;a un &#171; blouson noir &#187;. Et Jean-Marc, un jour, a &#233;t&#233; tu&#233; par une patronne de bistro &#224; Thiais, parce qu'il foutait la merde dans le bistrot. La patronne a sorti un fusil de derri&#232;re le comptoir et l'a abattu. Donc nous &#233;tions cinq copains, cinq combattants, cinq r&#233;volutionnaires qui pensions que c'&#233;tait pour demain, et sur les cinq, quatre sont morts. &#199;a, c'est des choses que je n'oublierai jamais. Apr&#232;s s'est &#233;crite l'histoire de nos chefs, mais pas l'histoire des gamins que nous &#233;tions. C'est pour &#231;a que j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s troubl&#233; quand se sont cr&#233;&#233;s les Noyaux arm&#233;s pour l'autonomie prol&#233;tarienne, puis Action directe, parce que j'&#233;tais partag&#233; entre deux choses : je comprends ce qu'ils veulent, ce qu'ils disent et ce qu'ils sont, mais en m&#234;me temps le peuple n'est pas l&#224;. Je charge une cohorte de flics, je me retourne, il est o&#249; le peuple ? Il n'est pas l&#224;, je suis seul, et le fait d'&#234;tre seul me pose un probl&#232;me. Non pas un probl&#232;me moral, mais &#224; quoi sert que je charge si je suis seul ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis entr&#233; &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; orphelin d'id&#233;ologie. Le peuple n'&#233;tait pas avec nous, il n'avait pas suivi&#8230; alors qu'on avait commenc&#233; &#224; s'armer pour le grand soir, pour ces grands moments-l&#224;. Il a fallu se d&#233;sarmer, retourner &#224; la normalit&#233;&#8230; Action directe, ils venaient de ce que nous &#233;tions&#8230; Pas moi, pas ma g&#233;n&#233;ration, mais nous les avons produits. La moindre des choses, ce n'est pas qu'on adh&#232;re, mais qu'on ne se pose pas la question de pourquoi ils se sont battus. Que l'ennemi le dise, d'accord, mais que nous le disions, je trouve &#231;a d&#233;gueulasse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1970, tu te sp&#233;cialises dans l'international.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d'abord fait beaucoup de faits divers, parce que je trouvais que c'&#233;tait l'aristocratie du journalisme. C'est dans les vols, les vols &#224; main arm&#233;e, dans les viols et dans les crimes que les mots sont les plus forts. Tu as des mots de gauche et des mots de droite &#224; ce moment-l&#224;. Dans les pages &#201;conomie ou Politique, je peux te montrer des articles, tu ne sauras pas s'ils viennent de &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt; ou du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;. Pour les faits divers, le choix absolu des mots fait le clivage entre la &#171; bonne presse &#187; et la &#171; mauvaise presse &#187;. &#192; l'&#233;poque, il y avait encore la peine de mort. Le fait divers, c'est le lieu de l'information qui est le plus min&#233;. Je suis extr&#234;mement fier d'y avoir appris le m&#233;tier. Apr&#232;s j'ai travaill&#233; sur l'international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu t'es tout de suite sp&#233;cialis&#233; dans le traitement du conflit nord-irlandais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Liban &#233;galement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et apr&#232;s, j'ai suivi la guerre Iran-Irak. Du c&#244;t&#233; irakien. En Afghanistan, j'&#233;tais du c&#244;t&#233; russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;tais reporter de guerre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Ce qui est important c'est que le reportage de guerre se fait sur la base du volontariat. Dans aucune r&#233;daction on ne peut t'obliger &#224; aller sur un front de guerre. J'avais envie de me confronter &#224; la guerre et de voir par moi-m&#234;me, pour comprendre, pour rapporter. J'avais envie d'&#234;tre l&#224; o&#249; les choses se passent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans cette peur de ne pas revenir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas la peur de la mort, mais parfois la peur de ne plus trouver d'int&#233;r&#234;t &#224; la paix. J'avais beaucoup de mal &#8211; et d'ailleurs il a fallu que je change &#8211; apr&#232;s avoir quitt&#233; un massacre, comme celui de Sabra et Chatila, &#224; me retrouver dans une rue parisienne avec des gens qui manifestaient pour la retraite. J'avais perdu le sens commun. Or les gens qui manifestent pour la retraite, c'est fondamental. C'est un combat important qu'il faut mener. Quand tu es partag&#233; entre la guerre et la paix, brusquement les probl&#232;mes, les embarras, les combats de la paix t'ennuient. Lorsque tu en es l&#224;, je pense qu'il faut arr&#234;ter la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a une tr&#232;s forte dimension autobiographique dans tous tes r&#233;cits. Le p&#233;tage de plombs de Georges dans &lt;i&gt;Le Quatri&#232;me Mur&lt;/i&gt;, quand il revient en France, c'est ce que tu ressentais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui c'est ce que je ressentais. L'histoire de la glace au chocolat est vraie. Ma fille, qui avait alors quatre ans, a fait tomber une boule de glace par terre et je me suis mis &#224; lui hurler dessus au milieu d'un square. Un vrai drame : un homme crie sur une enfant en lui affirmant qu'elle n'a pas le droit de pleurer pour une boule de glace quand des enfants libanais se font couper la t&#234;te &#224; la ba&#239;onnette au m&#234;me moment. Cette sc&#232;ne-l&#224; est importante pour moi. &#192; l'&#233;poque je me suis dit : &#171; &lt;i&gt;Tu ne peux plus continuer ainsi, tu vas devenir fou.&lt;/i&gt; &#187; Mon r&#244;le de p&#232;re, c'&#233;tait de s&#233;cher les larmes de ma fille. Georges, lui, se dit : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai plus rien &#224; faire ici.&lt;/i&gt; &#187; D'une certaine fa&#231;on, il poursuit ce que j'aurais pu faire. Ce p&#233;tage de plombs m'a fait arr&#234;ter et le fait continuer. Il s'en est fallu de peu pour que je fasse ce que Georges fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suppose que la sc&#232;ne du tabassage de Georges par les fachos d'Assas est &#233;galement vraie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, j'ai &#233;t&#233; massacr&#233; par des &#171; b&#251;cherons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le personnage de Samuel, dramaturge et metteur en sc&#232;ne grec, a-t-il v&#233;ritablement exist&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samuel Akounis n'existe pas. En revanche, j'ai fait des emprunts &#224; un certain nombre de militants &#233;trangers que nous accueillions &#224; l'&#233;poque. La sc&#232;ne de manif o&#249; Samuel reproche &#224; Georges de crier &#171; &lt;i&gt;CRS-SS&lt;/i&gt; &#187; m'a &#233;t&#233; inspir&#233;e par un militant grec, rescap&#233; de la dictature des colonels. En tant qu'auteur, j'incarne mes contradictions. Samuel incarne mes contradictions lumineuses, tandis que Georges fonce dans le mur. Je suis aussi Marwan le Druze et Antigone.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_804 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/p16_intw_sorj_chalandon_c_-yann-levy.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/p16_intw_sorj_chalandon_c_-yann-levy-b910c.jpg?1780010325' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yann L&#233;vy.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi l'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; d'Anouilh et pas celle de Sophocle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probablement parce que celle de Sophocle se rebelle contre les dieux. Demander &#224; des chiites, des sunnites, des chr&#233;tiens libanais de se r&#233;volter contre les dieux me semblait complexe. Et puis c'est une langue dat&#233;e. Antigone, chez Anouilh, se r&#233;volte contre le roi, contre l'autorit&#233; moderne. Chacun y voit sa propre r&#233;sistance. Celle du roi Cr&#233;on, qui incarne l'ordre et la loi, et celle de &#171; &lt;i&gt;la petite maigre, la petite noiraude&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauf qu'Antigone est fille d'&#338;dipe et princesse de sang&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r. Et si Georges est bless&#233; aux yeux, c'est parce que d'une fa&#231;on je m'imagine p&#232;re d'Antigone. J'ai lu le texte d'Anouilh alors que j'&#233;tais adolescent, et je n'ai jamais compris pourquoi H&#233;mon n'a pas tu&#233; Cr&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi il n'a pas tu&#233; son p&#232;re, donc&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le p&#232;re qui va tuer sa future femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Antigone serait donc une pi&#232;ce s'inscrivant dans l'histoire de la R&#233;sistance. Cela se discute&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, c'est une pi&#232;ce r&#233;sistante. Bien qu'Anouilh ait d&#251; rendre des comptes &#224; la fin de la guerre. Ce que risque la petite Antigone avec ses mains nues et sa petite pelle pour enterrer son fr&#232;re Polynice interdit de s&#233;pulture par le roi, c'est formidable. Dans la trag&#233;die de Sophocle, Cr&#233;on ne laisse gu&#232;re de choix &#224; Antigone. Dans celle d'Anouilh, il laisse &#224; Cr&#233;on une humanit&#233; sup&#233;rieure. Elle refuse son pardon ; elle fait plus qu'accepter de mourir, elle le veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement parce qu'elle s'en remet &#224; la loi des dieux et non &#224; celle du roi !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai. &#192; un moment, le dieu sup&#233;rieur r&#233;appara&#238;t. Pour moi, cela reste un &#233;piph&#233;nom&#232;ne. C'est d'abord une petite fille qui accepte de mourir pour que son acte de r&#233;sistance soit reconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Imane, ton Antigone palestinienne, a-t-elle v&#233;ritablement exist&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'inspire d'une femme que j'ai vue morte, dans cette position-l&#224;, &#224; Chatila. Avec sa tache verte sur le ventre. Je ne sais rien d'elle sauf ce fil de fer qui l'attachait, les mouches, et le sang sur les cuisses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le roman, on retrouve une &#233;vocation de la MOI&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Main-d'&#339;uvre immigr&#233;e : groupes de r&#233;sistants form&#233;s de militants &#233;trangers, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L&#224; on entre dans ta propre mythologie, qui croise ton histoire personnelle. Pourquoi ce besoin de faire appara&#238;tre Boczov &#224; deux reprises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que c'est ma France. Je ne suis pas juif ni fils d'immigr&#233;s italiens ni d'antifranquistes espagnols. J'ai eu la chance extraordinaire, &#224; un moment donn&#233;, de croiser la route d'Alter Mojze Goldman (1909-1988), le p&#232;re de Pierre, Jean-Jacques, &#201;velyne et Robert, et chef des commandos d'action qui ont lib&#233;r&#233; Villeurbanne. Avec ces gens, j'ai r&#233;appris le sens du mot &#171; dignit&#233; &#187;. Ils ne se sont pas battus pour eux, mais pour que ma fille puisse manger une putain de glace au chocolat dans un square. Ils me hantent et chaque fois que je peux, j'en parle. J'ai appel&#233; ma fille M&#233;lin&#233;e en hommage &#224; Manouchian, j'ai &lt;i&gt;L'Affiche rouge&lt;/i&gt; sur mon t&#233;l&#233;phone portable, j'ai besoin de ces visages pour savoir d'o&#249; on vient, gr&#226;ce &#224; qui nous sommes l&#224; et pour ne pas que cela se reproduise. Alter Mojze Goldman est un juif polonais qui n'a pas fui la Pologne parce qu'il avait peur de la r&#233;pression antis&#233;mite mais pour aller se battre. Il est all&#233; vivre en Allemagne avant la mont&#233;e des nazis. Il m'a racont&#233; les manifestations pour Sacco et Vanzetti. Comment, tr&#232;s jeunes, arm&#233;s de b&#226;tons, avec une trentaine de jeunes Juifs, le Parti communiste allemand les a emp&#234;ch&#233;s d'en d&#233;coudre. Le lendemain, la radio annon&#231;ait des &#233;meutes &#224; Paris, et il s'est dit : &#171; &lt;i&gt;Mon pays, c'est celui-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Il est venu se battre au nom d'une certaine id&#233;e de la dignit&#233;. Cela me hante litt&#233;ralement, pas comme des grandes ombres ou des statues. Mes h&#233;ros &#224; moi sont sur une affiche, il y a tr&#232;s peu de rues &#224; leur nom, ils n'&#233;taient pas des n&#244;tres. La France lib&#233;r&#233;e les a cach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel &#233;tait le nom du groupe d'action de Lyon-Grenoble ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carmagnole-Libert&#233;. J'ai fait des repas avec ces petites gens. Ils m'expliquaient, avec leur accent prononc&#233;, comment ils avaient tir&#233; sur un soldat, ou parfois n'avaient pas tir&#233; parce qu' &#171; &lt;i&gt;il &#233;tait de dos&lt;/i&gt; &#187;, ou que c'&#233;tait un gamin. Ce sont des choses qui m'habiteront jusqu'&#224; la fin de ma vie. J'ai 61 ans, je vis avec cela depuis des ann&#233;es. Je ne me d&#233;partirai pas de ces noms, de ces visages et de cette loyaut&#233; &#224; la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je poursuis avec la R&#233;sistance. Dans &lt;i&gt;La L&#233;gende de nos p&#232;res&lt;/i&gt; (2009), le p&#232;re est un personnage surprenant. Dans ce r&#233;cit, tu t'identifies au personnage de la fille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument. Mon p&#232;re m'a fait croire qu'il avait &#233;t&#233; r&#233;sistant. Alors que le p&#232;re de l'autre (celui de mon copain Alain Frilet, le livre est d&#233;di&#233; &#224; Alain), &#233;tait l'un des chefs du commando Vengeance. C'&#233;tait le chef d'un grand mouvement de r&#233;sistance, qui est parti sans parler, qui est rentr&#233; en disant simplement : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait ce qu'il fallait.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;La L&#233;gende de nos p&#232;res&lt;/i&gt;, c'est la l&#233;gende de mon p&#232;re, c'est celle du p&#232;re d'Alain Frilet, qui est comme mon fr&#232;re, le seul Fran&#231;ais &#224; avoir fait de la prison pour appartenance &#224; l'IRA. C'est lui qui m'a amen&#233; &#224; l'Irlande, et j'avais besoin de ces deux destins crois&#233;s : l'homme qui parle et qui n'a pas fait ; et celui qui se tait et qui a fait. J'avais besoin de brouiller les pistes. Mon p&#232;re a cru que je lui rendais hommage parce que le narrateur est le fils du vrai r&#233;sistant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette hantise de la trahison, qu'on retrouve aussi dans &lt;i&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/i&gt; (2008) et dans &lt;i&gt;Retour &#224; Killybegs&lt;/i&gt; (2011) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela me hante parce que mon p&#232;re m'a menti, parce qu'un de mes meilleurs amis en Irlande &#233;tait un tra&#238;tre, donc je suis fissur&#233; par ces mensonges. Je suis un enfant sans traces, je n'ai pas &#233;t&#233; &#233;lev&#233; avec un socle solide. J'ai manqu&#233; d'amour, j'ai manqu&#233; d'assurance, je connaissais les poings, pas les caresses. La trahison, c'est quelque chose qui me suit et c'est ma pire crainte. Je vis avec cela sans cesse, trahir un combat ou trahir un ami. Si je suis en retard &#224; un rendez-vous, cela me panique, j'ai un sentiment de mini-trahison. J'ai beaucoup pris sur la gueule avec la trahison, enfant et adulte. Je vis avec la mort et la trahison en essayant de me garder de l'une et de l'autre, c'est invivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es l'auteur de six romans. Pourquoi as-tu commenc&#233; &#224; &#233;crire si tardivement en qualit&#233; de romancier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que je n'en ressentais pas le besoin. J'&#233;crivais d&#233;j&#224;. J'ai eu envie d'&#233;crire le premier, &lt;strong&gt;Le Petit Bonzi &lt;/strong&gt; (2005), parce que j'&#233;tais un enfant tr&#232;s b&#232;gue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est d&#233;j&#224; un livre o&#249; tu te racontes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je raconte l'histoire de Jacques pour prot&#233;ger mes parents. J'ai attendu 2005 pour raconter la douleur d'&#234;tre enfant, &#233;colier et b&#232;gue, pour raconter la douleur de la solitude. Cela ne m'a pas lib&#233;r&#233; du b&#233;gaiement, mais de la surprise des autres quand ils m'entendent. &#171; &lt;i&gt;C'est normal,&lt;/i&gt; se disent-ils,&lt;i&gt; il a &#233;crit un livre sur ce th&#232;me.&lt;/i&gt; &#187; J'ai ensuite &#233;crit &lt;i&gt;Une promesse&lt;/i&gt; (2006), qui relate l'histoire de six enfants de Mayenne qui se font une promesse : quand la mort viendra prendre l'un d'entre eux, ils feront tout pour l'en emp&#234;cher. Le r&#233;cit d&#233;bute alors qu'ils sont vieux et que la mort rode. La promesse dure dix mois, jusqu'&#224; ce que l'un d'eux finisse par craquer et que finalement ils fassent leur deuil. Ce roman a eu le prix M&#233;dicis. J'ai trouv&#233; &#231;a assez &#8220;dingue&#8221; parce que ce n'est pas un livre nombriliste ou parisien, c'est un livre qui parle de fraternit&#233; et de loyaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, tu le sais, il y a eu la trahison, l'Irlande. Depuis, j'encha&#238;ne des choses en raison de l'urgence, mais d&#233;sormais, &#224; l'heure o&#249; nous parlons, je n'ai plus d'id&#233;e. Peut-&#234;tre qu'il y aura quelque chose ou peut-&#234;tre qu'il n'y aura rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi ton histoire et les combats que tu portes nourrissent-ils ton style qui me semble de plus en plus emphatique et lyrique ? De plus en plus imag&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ton analyse, mais j'esp&#232;re que ce n'est pas vrai, je n'aime pas l'emphase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu crois qu'on peut faire plus emphatique qu'&lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai. Mais &lt;i&gt;Le Quatri&#232;me mur&lt;/i&gt; n'est pas gonfl&#233; d'orgueil. Ce que j'essaie, c'est d'aller &#224; l'os des mots. Je veux aller vers une langue o&#249; il n'y a plus de place pour rien, donc vraiment l'os. Avec des phrases courtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, mais &#231;a, c'est ton &#233;criture journalistique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est aussi mon &#233;criture litt&#233;raire, j'esp&#232;re. Je ne parle pas des &#171; &lt;i&gt;nuages moutonnants se dirigeant vers l'horizon lointain&lt;/i&gt; &#187;. Pour moi, le mot &#171; &lt;strong&gt;nuage&lt;/strong&gt; &#187; se suffit &#224; lui-m&#234;me. Je souhaite que le mot ne perturbe pas, ne vampirise pas le propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu ne peux pas nier que ton &#233;criture est tr&#232;s imag&#233;e !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais elle est imag&#233;e &#224; l'essentiel. Si tu offres l'entr&#233;e de Sabra et Chatila &#224; quelqu'un qui a des mots de trop, cela te donne TF1 et un reportage &#224; gerber.
&lt;strong&gt;
Et &lt;i&gt;Quatre heures &#224; Chatila&lt;/i&gt;, de Genet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande s'il n'y avait pas des mots de trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les livres et auteurs qui t'ont inspir&#233;, que tu as lu et que tu relis ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;trangement, Georges Simenon. Il te fait entrer dans les loges de concierges, gravir des escaliers grin&#231;ants, aller chez les bourgeois et chez les aristos, chez les putes et les macs, dans les bas-fonds. Et tu y es, et tu sens, et tu entends, il n'y a pas un mot de trop. Je parle du &lt;i&gt;Bourgmestre de Fumes&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;Monsieur Hire&lt;/i&gt;, de tous ces livres qui ont fait des films tant ils sont visuels. Simenon est un ma&#238;tre capable de faire des livres avec un presque rien qu'il a aim&#233; et observ&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est ton rapport, justement, &#224; l'autofiction ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis loin de l'autofiction. Je suis loin de la fiction. Certes Georges est mon deuxi&#232;me pr&#233;nom, mais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Antoine Chalons, le petit luthier, narrateur-h&#233;ros de &lt;strong&gt;Mon tra&#238;tre&lt;/strong&gt;, c'est quasiment l'anagramme de Sorj Chalandon&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas Sorj Chalandon, le journaliste, qui veut devenir metteur en sc&#232;ne &#224; Beyrouth, m&#234;me si je suis dans toutes les pages, dans tous les lieux, devant le char syrien (sauf que moi je m'en suis tir&#233;). Je ne suis pas le h&#233;ros du &lt;i&gt;Quatri&#232;me Mur&lt;/i&gt;. Le h&#233;ros, c'est Georges, celui que je ne suis pas devenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux ou trois titres classiques qui te parlent encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris la litt&#233;rature avec &lt;i&gt;Antigone&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;L'Enfant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'Insurg&lt;/i&gt;&#233;. Puis Vian, pour la musique des mots. Chez moi on ne lisait pas, donc lire &#233;tait d&#233;j&#224; un acte de r&#233;sistance. Puis il y a eu Sartre. J'ai lu &lt;i&gt;La Naus&#233;e&lt;/i&gt; de tr&#232;s nombreuses fois. L'un des plus beaux souvenirs de ma vie, ce fut de voir le Jean-Paul Sartre de ma biblioth&#232;que autour de la table, &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;. J'ai pleur&#233; en lisant &lt;i&gt;La Naus&#233;e&lt;/i&gt;, je voulais &#233;crire comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; un jeune lecteur traditionnel. J'aime la litt&#233;rature fran&#231;aise et la litt&#233;rature irlandaise. J'aime les &#233;chos familiers. J'ai envie d'apprendre des choses sur ce que je suis et d'o&#249; je viens, c'est r&#233;current. J'ai moins d'app&#233;tit pour la litt&#233;rature scandinave, aussi formidable soit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si je cesse de te parler de litt&#233;rature, parmi mes grands chocs, il y a eu &lt;i&gt;Le Manifeste du parti communiste&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt; de L&#233;nine. Ce n'est pas un roman, ce n'est pas tr&#232;s dr&#244;le. Mais &#224; cette question, la r&#233;ponse &#171; &lt;i&gt;Indignez-vous !&lt;/i&gt; &#187; ne suffit pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Main-d'&#339;uvre immigr&#233;e : groupes de r&#233;sistants form&#233;s de militants &#233;trangers, encadr&#233;s par le Parti communiste et actifs durant la seconde guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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