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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Travailler c'est trop beau et voler c'est pas dur</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;On apprend &#224; coups de pied au cul, souvent. &#192; peine vir&#233; de l'&#233;cole, tu te fais avoir par le premier patron venu, un g&#233;om&#232;tre-expert &#224; doigts velus et bagouze en or. Au bout de trois mois d'essai, tout miel, le barbeau te fait avouer que le m&#233;tier de porte-mire n'est pas fait pour toi et te convainc de rompre le contrat de ton plein gr&#233;. Na&#239;f, tu te rends compte trop tard que tu viens de renoncer &#224; tes droits au ch&#244;mage. On ne t'y reprendra plus. Apr&#232;s quelques missions d'int&#233;rim toutes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mario-2374" rel="tag"&gt;M&#225;rio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tiers" rel="tag"&gt;tiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/partir" rel="tag"&gt;partir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rends-compte" rel="tag"&gt;rends compte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH242/-796-36f53.jpg?1782641381' width='225' height='242' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;n apprend&lt;/strong&gt; &#224; coups de pied au cul, souvent. &#192; peine vir&#233; de l'&#233;cole, tu te fais avoir par le premier patron venu, un g&#233;om&#232;tre-expert &#224; doigts velus et bagouze en or. Au bout de trois mois d'essai, tout miel, le barbeau te fait avouer que le m&#233;tier de porte-mire n'est pas fait pour toi et te convainc de rompre le contrat de ton plein gr&#233;. Na&#239;f, tu te rends compte trop tard que tu viens de renoncer &#224; tes droits au ch&#244;mage. On ne t'y reprendra plus. Apr&#232;s quelques missions d'int&#233;rim toutes pourries, tu encapes la bonne g&#226;che : magasinier vacataire dans une Fnac r&#233;cemment inaugur&#233;e. Tu es content, le chef aussi. Tellement qu'il te r&#233;-embauche pour le coup de speed de No&#235;l. L&#224;, c'est le d&#233;lire. Pendant qu'en surface les vendeurs risquent le burn-out en pleine orgie consum&#233;riste, se joue en sous-sol la m&#233;lodie du bonheur. Tu t'entends super bien avec l'&#233;quipe de jeunes prolos pr&#233;pos&#233;s au stock. Proc&#233;d&#233; aujourd'hui d&#233;mod&#233;, apr&#232;s chaque vente de mat&#233;riel photo ou audio, le ticket-garantie tombe &#224; la cave en voletant par un tuyau PVC et tu vas chercher le produit en r&#233;serve, puis tu le poses dans le monte-charge, direction les cieux de la client&#232;le satisfaite. En bas, l'ambiance est bonne, le chef est souvent appel&#233; en magasin. D&#233;tail qui tue : en laissant la porte du monte-charge ouverte, personne ne peut te surprendre, sauf &#224; passer par le quai des livraisons o&#249; les camions collent leur cul entre 10 h et midi pour d&#233;verser la manne des appareils photo, des cha&#238;nes hi-fi, des ghetto blasters et des cassettes VHS vierges&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour les f&#234;tes&lt;/strong&gt;, le directeur s'est fait livrer trois caisses de champagne. Toi et tes nouveaux copains, vous en d&#233;tournez une, que vous planquez au fond, derri&#232;re les amplis d'une marque haut de gamme. &#192; partir de l&#224;, c'est l'ivresse et la poilade permanentes. On boit les bulles au goulot et on se tire le portrait avec des Polaroid sortis de leur emballage. On se d&#233;guise avec les abat-jours de studio photo. Le turbin se fait l&#233;ger, les platines et les zooms valsent &#224; travers les all&#233;es en mode soule villageoise. Tu te mets &#224; chaparder, tu sors des cassettes que tu revends dehors. Un jour, tu t'acoquines avec un camionneur, petit ami d'une copine. Alors que vous n'&#234;tes que deux vacataires pr&#233;sents dans la r&#233;serve, vous enregistrez l'entr&#233;e de dix cartons de VHS et, au lieu de les ranger, vous les fourrez &#224; nouveau dans le camion. Tu montes dans la cabine et tu guides le livreur jusque chez toi, o&#249; vous d&#233;chargez le butin. Puis tu retournes au boulot comme si de rien n'&#233;tait. Plus tard, un bouquiniste te met en contact avec un propri&#233;taire de vid&#233;o-club peu regardant, qui t'ach&#232;te la cargaison rubis sur l'ongle, sans doute pour pirater des films en quantit&#233; industrielle. Apr&#232;s l'avoir aid&#233; &#224; charger sa bagnole, tu remontes chez toi. Tu comptes le fric, puis tu le balances en travers du lit et tu danses devant l'armoire &#224; glace, avant de partager en trois : un tiers pour le livreur, un tiers pour le coll&#232;gue pr&#233;sent &#224; la r&#233;ception, et un tiers pour ta pomme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est Byzance&lt;/strong&gt;. Mais tu te rends compte qu'apr&#232;s un coup pareil, tu peux vite finir en roue libre. Quand le chef te propose un CDI &#224; partir du 1er janvier, tu gamberges. T'enterrer vivant ici ? Au risque de se faire pesquer un jour de cleptomanie aggrav&#233;e ? Tu h&#233;sites, entre gourmandise et sagesse spartiate. Tu consultes Mario, ton complice lors de l'escamotage. &#171; &lt;i&gt;Tu as envie de rester, toi ?&lt;/i&gt; &#187; L'autre dit oui. Alors tu fais expr&#232;s d'arriver en retard tous les jours, histoire de faire baisser ta cote. Et &#231;a ne rate pas : &#224; la fin, c'est le copain qui reste. Toi, tu retournes au ch&#244;mage, soulag&#233;. Et tu fais bien. Mario a poursuivi sur sa lanc&#233;e, associ&#233; au chauffeur-livreur. La profondeur de stock &#8211; c'&#233;tait avant la mode du flux tendu &#8211; permettait de camoufler les pertes jusqu'au prochain inventaire, diluant ainsi les soup&#231;ons. &#199;a marchait tellement bien que Mario s'est achet&#233; une Renault Alpine, qu'il garait sur le parking, en face du quai de livraison. Un jour, les vigiles du centre commercial l'ont pris sur le vif. Au lieu de le livrer aux keufs, ils l'ont mis &#224; l'amende : &#171; &lt;i&gt;&#192; partir de maintenant, tu vas bosser pour nous !&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; le voleur devenu esclave. Jusqu'&#224; ce que la Fnac s'aper&#231;oive des trous dans les stocks et qu'elle commandite une enqu&#234;te, des filatures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a a mal fini&lt;/strong&gt;. Vigiles et magasinier se sont retrouv&#233;s &#224; l'ombre. Le vol au travail, c'est comme tout, il faut savoir arr&#234;ter &#224; temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un infini chagrin</title>
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		<dc:date>2012-06-04T06:48:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Contrairement &#224; la plupart des anciens de l'usine qui n'aspirent qu'&#224; partir en retraite, il y a quelques &#233;nergum&#232;nes qui s'y refusent obstin&#233;ment. C'est comme s'ils voulaient mourir sur sc&#232;ne, du moins dans l'atelier ou le bureau. Il y a toujours eu quelques cadres dirigeants qui se sentaient tellement indispensables qu'ils ne voulaient pas partir. Parce qu'ils avaient une pseudo-mission &#224; terminer, pour ne pas laisser la place &#224; un jeune loup aux dents longues, ou pour qu'on ne d&#233;couvre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voulaient" rel="tag"&gt;voulaient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Contrairement &#224; la plupart des anciens de l'usine qui n'aspirent qu'&#224; partir en retraite, il y a quelques &#233;nergum&#232;nes qui s'y refusent obstin&#233;ment. C'est comme s'ils voulaient mourir sur sc&#232;ne, du moins dans l'atelier ou le bureau. Il y a toujours eu quelques cadres dirigeants qui se sentaient tellement indispensables qu'ils ne voulaient pas partir. Parce qu'ils avaient une pseudo-mission &#224; terminer, pour ne pas laisser la place &#224; un jeune loup aux dents longues, ou pour qu'on ne d&#233;couvre pas des secrets qui auraient fait tache sur leur CV, m&#234;me de retrait&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, les connaissances et la pratique des installations s'&#233;tant envol&#233;es trop rapidement au fil des restructurations, d'anciens cadres en retraite sont rappel&#233;s pour des missions plut&#244;t bien pay&#233;es. Et ils reviennent ! Trop contents du fric obtenu et de la valorisation de leur ego&#8230; Actuellement, on en voit m&#234;me un tra&#238;ner dans les bureaux pour un boulot inconnu qui dure depuis au moins deux ans. Reste aussi quelques salari&#233;s qui rechignent &#224; partir, de peur du quotidien hors de l'usine, ainsi que de leur avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martine, au service paie, aurait pu s'en aller lors du dernier plan de suppression d'emplois. Bonne camarade, elle a laiss&#233; passer devant ceux et celles qui voulaient faire valoir leur droit &#224; la pr&#233;retraite. Mais elle me confiait &#233;galement : &lt;i&gt;&#171; J'ai trop peur de me retrouver seule avec mon mari, dans notre grande maison. Il n'aime pas sortir et moi, c'est le contraire. &#187;&lt;/i&gt; Le probl&#232;me, pour Martine, c'est que son travail s'est d&#233;grad&#233; d&#232;s lors qu'elle a pris son irr&#233;vocable d&#233;cision. Ses deux coll&#232;gues, qu'elle appr&#233;ciait, ont &#233;t&#233; vir&#233;es, et elle s'est retrouv&#233;e avec, pour seuls interlocuteurs, son PC et ses programmes sophistiqu&#233;s. Son travail est devenu de plus en plus fatigant au fur et &#224; mesure que les dossiers se sont accumul&#233;s sur son bureau. Elle avait rat&#233; le coche de la pr&#233;retraite et devait attendre quatre ans pour b&#233;n&#233;ficier de sa retraite normale. Martine en vint m&#234;me &#224; souhaiter un nouveau plan de restructuration qui n'arriva jamais. Elle, qui &#233;tait encore jolie et sportive, se mit &#224; d&#233;p&#233;rir, tomba souvent malade et compta les mois puis les jours. Elle est enfin partie en d&#233;cembre dernier, sans pot de d&#233;part, comme c'est le cas d&#233;sormais pour ceux et celles qui arrivent &#224; l'&#226;ge de la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre olibrius ne veut pas s'en aller. Lui, c'est un prolo. Le plus ancien de l'usine. Il a soixante-cinq ans, et compte rester encore cinq de plus ! Pascal est rep&#233;rable de loin, avec ses cheveux blancs sous sa casquette rouge.&lt;i&gt; &#171; Il fait vraiment vieux &#187;&lt;/i&gt;, avancent certains. &lt;i&gt;&#171; Il travaille encore ? &#187;&lt;/i&gt; disent d'autres. Pourtant, le travail p&#233;nible, il conna&#238;t : aux exp&#233;ditions d'engrais, il a charg&#233; sur son dos des sacs de cinquante puis soixante kilos. Les ann&#233;es passant, il est devenu conducteur de chariots &#233;l&#233;vateurs puis fut mut&#233; &#224; la man&#339;uvre des trains dans l'usine. Mais courir apr&#232;s les wagons, passer en dessous, les accrocher, &#224; soixante ans et des brouettes, c'est dur. Et le risque de commettre des erreurs est plus grand : derni&#232;rement, il n'est pas &#233;tranger au d&#233;raillement d'une rame de wagons heureusement vides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il ne veut toujours pas partir, la directrice des ressources humaines cherche un emploi correspondant &#224; ses capacit&#233;s, mais cela devient tr&#232;s compliqu&#233;. Il risque fort d'&#234;tre jug&#233; inapte avant d'&#234;tre renvoy&#233;. Seulement voil&#224;, Pascal est un taiseux et un vieux gar&#231;on. Sa seule activit&#233; sociale, m&#234;me s'il ne se lie pas beaucoup avec ses coll&#232;gues, semble &#234;tre l'usine. Pour arranger le tout, il y a quelques ann&#233;es, il a trouv&#233; son fr&#232;re pendu dans la demeure familiale alors qu'il venait d'&#234;tre mis &#224; la retraite. Il pr&#233;f&#232;re donc rester au turbin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que certains ali&#233;n&#233;s du boulot veulent continuer jusqu'au bout, Jean-Marie, lui, ne reviendra plus jamais &#224; l'usine. On ne sait pas si c'est la cigarette ou les vapeurs naus&#233;abondes dans lesquelles on bosse qui ont eu raison de lui. Toujours est-il que, mort &#224; cinquante-cinq ans, il n'aura m&#234;me pas atteint la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH402/99efix-79017.png?1782654539' width='400' height='402' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Efix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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