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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>D&#233;gagitude et tunisification</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;CQFD s'est saign&#233; aux quatre veines pour envoyer un de ses glorieux plumitifs respirer l'air r&#233;volutionnaire en Tunisie, alors lisez ! Car ce n'est pas tous les jours qu'on vous d&#233;crira un peuple en train d'exp&#233;rimenter la libert&#233;, de faire le tri dans ses gouvernants, d'inventer son destin politique, de balayer des ann&#233;es de servitude, de dire son m&#233;pris des exploiteurs &#8211; n'en jetez plus &#8211;, dans les rues, sur les places, dans les entreprises, les usines, les mines&#8230; Ce n'est pas gagn&#233;, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/devient-progressivement" rel="tag"&gt;devient progressivement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mohamed-Ghannouchi" rel="tag"&gt;Mohamed Ghannouchi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ghannouchi-degage" rel="tag"&gt;Ghannouchi d&#233;gage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ghannouchi" rel="tag"&gt;Ghannouchi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'est saign&#233; aux quatre veines pour envoyer un de ses glorieux plumitifs respirer l'air r&#233;volutionnaire en Tunisie, alors lisez ! Car ce n'est pas tous les jours qu'on vous d&#233;crira un peuple en train d'exp&#233;rimenter la libert&#233;, de faire le tri dans ses gouvernants, d'inventer son destin politique, de balayer des ann&#233;es de servitude, de dire son m&#233;pris des exploiteurs &#8211; n'en jetez plus &#8211;, dans les rues, sur les places, dans les entreprises, les usines, les mines&#8230; Ce n'est pas gagn&#233;, la t&#226;che est pour le moins complexe, &#231;a d&#233;rape parfois, &#231;a foisonne aussi, beaucoup.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;160&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/Tshirtalgo87-1b22d.png?1779603270' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Pri&#232;re du vendredi devant la mosqu&#233;e de la Kasbah. Plus de 100 000 personnes manifestent contre le gouvernement de Mohamed Ghannouchi, 25 f&#233;vrier 2011, Tunis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On l&#232;ve les mains&lt;/strong&gt;, on les agite tout en &#233;mettant un souffle qui devient progressivement un cri. Tout &#224; coup, on lance le bras par-dessus la t&#234;te en hurlant &lt;i&gt;&#171; D&#233;gage ! D&#233;gage ! D&#233;gage ! &#187;&lt;/i&gt; En mesure, des milliers de voix. Certains tiennent leur portable de l'autre main, filment l'assembl&#233;e, leur voisin ou eux-m&#234;mes. Dans l'heure, les images circuleront sur Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 20 f&#233;vrier. En haut de la M&#233;dina, la place de la Kasbah, o&#249; se trouve le si&#232;ge du Premier ministre, Mohamed Ghannouchi, est interdite &#224; la circulation depuis le 28 janvier. Ce jour-l&#224;, apr&#232;s le retrait des militaires, la police s'&#233;tait acharn&#233;e sur les manifestants venus de Sidi-Bouzid, ville du Sud tunisien. Derri&#232;re les barbel&#233;s et les barri&#232;res, des soldats en armes observent les passants et discutent souvent avec eux. Sous les arbres, deux blind&#233;s &#233;quip&#233;s de mitrailleuses envelopp&#233;es dans leurs &#233;tuis. Un h&#233;licopt&#232;re, puis deux, tournent au-dessus de la foule qui grossit. Sur des cartons, des pages de cahiers, les manifestants ont &#233;crit leurs revendications. &lt;i&gt;&#171; L'ob&#233;issance aveugle est abolie &#187;&lt;/i&gt;, proclame l'une. Sur des drapeaux, la reproduction d'un panneau routier : &lt;i&gt;&#171; Interdiction de faire demi-tour &#187;&lt;/i&gt;. Ou encore : &lt;i&gt;&#171; Ghannouchi d&#233;gage ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a d&#233;missionn&#233; le 27 f&#233;vrier 2011.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; On chante l'hymne tunisien. Le rouge, avec son croissant et son &#233;toile dans un cercle, symbole tunisien, est partout. La foule grossit. Des cort&#232;ges arrivent de la ville basse et sont acclam&#233;s. Vingt voitures sont parties &#224; l'aube de Sidi-Bouzid et Kasserine, pour se joindre &#224; ce rassemblement n&#233; du bouche-&#224;-oreille et de Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revendications communes&lt;/strong&gt; : le d&#233;part du Premier ministre &#8211; en poste depuis 1999 &#8211;, la dissolution du gouvernement transitoire et l'organisation d'une Assembl&#233;e constituante. Les premiers rangs, appuy&#233;s sur les barri&#232;res, discutent avec les militaires. Des soldats arrivent face &#224; la foule avec des packs d'eau min&#233;rale et distribuent les bouteilles aux manifestants qui se les partagent. Une barri&#232;re s'&#233;l&#232;ve au-dessus des t&#234;tes et file vers l'arri&#232;re. Puis d'autres. On applaudit. Une femme : &lt;i&gt;&#171; Cette place nous appartient. On veut la reprendre. &#187;&lt;/i&gt; Soudain, deux br&#232;ves rafales de fusil-mitrailleur tir&#233;es en l'air. La stupeur ne dure pas m&#234;me une seconde : la foule se met &#224; scander &lt;i&gt;&#171; Gaz ! Kartouch ! &#201;ttounsi maatch khouf ! Gaz ! Balles ! Le peuple n'a plus peur ! &#187;&lt;/i&gt; et, d'une pouss&#233;e, p&#233;n&#232;tre sur la place entre les militaires qui sont acclam&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;103&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/Manifalgo87-2e1b4.png?1779640751' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Mobilisation place de la Kasbah contre le gouvernement de Mohamed Ghannouchi, 25 f&#233;vrier 2011, Tunis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette petite arm&#233;e&lt;/strong&gt; tunisienne d'environ 35 000 hommes, dont seuls 25 % des effectifs sont des conscrits, est consid&#233;r&#233;e comme un des h&#233;ros de la r&#233;volution. Devant les b&#226;timents d'&#201;tat, aux carrefours et ronds-points, stationnent humvees et blind&#233;s. Fr&#233;quemment, militaires et passants bavardent. Dans les rues, il n'est pas rare de croiser des patrouilles de policiers encadr&#233;es de soldats, ces derniers surveillant &#8211; et prot&#233;geant &#8211; les premiers. &lt;i&gt;&#171; Il n'y a que l'arm&#233;e pour nous prot&#233;ger. On lui fait confiance &#187;&lt;/i&gt;, affirme Brahim, serveur dans un caf&#233;, qui pr&#233;f&#232;re &#233;luder, &#224; l'instar de nombreux autres Tunisois rencontr&#233;s, les ambigu&#239;t&#233;s de l'&#233;tat-major.&lt;i&gt; &#171; L'arm&#233;e, c'est nous. Il n'y a pas de diff&#233;rence entre nous et les soldats, continue Kamel, venu de Metlaoui, dans le centre du pays. La ville mini&#232;re d'o&#249; je suis&lt;/i&gt; [&#224; une trentaine de kilom&#232;tres de Gafsa]&lt;i&gt;, les citoyens contr&#244;lent la ville. Lorsqu'on attrape un voleur, on le livre &#224; l'arm&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; Il est l'un des cinquante d&#233;l&#233;gu&#233;s de ces comit&#233;s de ch&#244;meurs de Moular&#232;s, Metlaoui, Mdhilla et Redeyef qui, depuis le 24 janvier, ont dress&#233; des tentes et bloquent les entr&#233;es des mines de phosphate, les routes et les voies de chemin de fer. Ils demandent du travail. La production est arr&#234;t&#233;e et les mineurs qui continuent d'&#234;tre pay&#233;s les soutiennent. Kamel raconte : &lt;i&gt;&#171; Les militaires sont venus et nous ont demand&#233; de d&#233;signer des repr&#233;sentants pour venir rencontrer les ministres et le directeur de la Compagnie des phosphates de Gafsa. &#187;&lt;/i&gt; Tawfiq, lui, vient de Moular&#232;s :&lt;i&gt; &#171; On a d&#233;sign&#233; en assembl&#233;e ceux qui nous repr&#233;senteront. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il aura fallu la mort de Bouazizi&lt;/strong&gt;, le massacre de Kasserine et le mouvement des ch&#244;meurs de la zone de Gafsa pour que les habitants de ces r&#233;gions sortent de l'ombre, dans ce pays divis&#233; entre les r&#233;gions c&#244;ti&#232;res et touristiques, la capitale et le reste de la Tunisie, cach&#233; et abandonn&#233;. &lt;i&gt;&#171; L'&#201;tat nous a toujours trait&#233;s comme des ennemis &#187;&lt;/i&gt;, dit Lassaad. Apr&#232;s les &#233;meutes de 2002, &lt;i&gt;&#171; c'est l&#224; qu'a commenc&#233; la r&#233;volution, explique fi&#232;rement Hichem. En 2008, pendant six mois, la r&#233;gion a &#233;t&#233; encercl&#233;e par la police. Tr&#232;s peu de gens l'ont su. L'information &#233;tait bloqu&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; Il poursuit : &lt;i&gt;&#171; L'exploitation du phosphate repr&#233;sente 36 % des richesses du pays. Plus que le tourisme. Et nous &#8211; nous sommes presque tous dipl&#244;m&#233;s, il y a ici des docteurs, des gens qui ont des ma&#238;trises, des profs, des ing&#233;nieurs &#8211; nous n'avons rien. On vit au milieu des usines et des mines. On respire les poussi&#232;res. On est malade des yeux, des os, des reins. On a les dents d&#233;truites par l'eau. Nous n'avons que le malheur. Le revenu quotidien de la Compagnie est, lui, de 9 milliards de dinars. Les ouvriers font une quantit&#233; incroyable d'heures suppl&#233;mentaires. Pour avoir un poste, il fallait donner de l'argent au syndicat. En 1985, il y avait 14 000 ouvriers. Maintenant, ils ne sont plus que 5 000. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;94&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/Drapeau-algo87-1b383.png?1779640751' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s l'annonce de la d&#233;mission de Ghannouchi, mosqu&#233;e de la Kasbah, 27 f&#233;vrier 2011, Tunis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Kamel reprend&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;&#171; Ben Ali avait dit qu'il allait donner du travail &#224; 300 000 jeunes. C'&#233;tait &#233;videmment un mensonge. Mais depuis qu'il est parti, on travaille tous : on fait la police, on nettoie les rues, on s'occupe de nos villes&#8230; On est des millions &#224; faire &#231;a depuis la r&#233;volution. On a donn&#233; la preuve que tout le monde peut travailler. &#187;&lt;/i&gt; &#192; Metlaoui, &lt;i&gt;&#171; ce sont les citoyens qui dirigent la ville. Il n'y a pas de municipalit&#233;, l'&#201;tat est absent, toutes ses agences sont ferm&#233;es. Le gouverneur d&#233;sign&#233; par le gouvernement transitoire a d&#233;gag&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Le&#239;la, une professeur d'universit&#233; rencontr&#233;e devant la Kasbah, confirme : &lt;i&gt;&#171; Personne n'en parle, et &#233;videmment surtout pas les m&#233;dias qui du jour au lendemain sont pass&#233;s de la plus totale soumission &#224; Ben Ali &#224; la fausse c&#233;l&#233;bration de la r&#233;volution. &#192; travers tout le pays, les comit&#233;s de vigilance qui s'&#233;taient cr&#233;&#233;s pour contr&#244;ler les quartiers contre les miliciens benalistes ont continu&#233; &#224; exister et s'occupent des affaires publiques. Ils se sont souvent donn&#233; des noms comme comit&#233; ou conseil de protection de la r&#233;volution&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; distinguer du Conseil national de protection de la r&#233;volution, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; . On les trouve dans les villes et les r&#233;gions o&#249; ont &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;s les nouveaux gouverneurs. Dans de nombreuses entreprises, les directeurs compromis ont &#233;t&#233; vir&#233;s. &#192; l'universit&#233; o&#249; je travaille, le recteur nomm&#233; par le ministre a &#233;t&#233; vir&#233;. On a &#233;lu des secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux, des doyens, des directeurs d'instituts, tous temporaires. Il y a un comit&#233; pour les enseignants, un pour les &#233;tudiants et un pour le personnel. Et l'on se rencontre tous dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales. Dans les quartiers populaires, comme &#224; El Morouj, dans le nord de la capitale, les jeunes s'occupent des comit&#233;s. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel syst&#232;me politique&lt;/strong&gt; pour la Tunisie ? Partout on discute sans fin. L'avenue Bourguiba prend des allures d'&#233;tat-major de la r&#233;volution arabe et mondiale. Certains Tunisois optent pour le soul&#232;vement en Alg&#233;rie ou consid&#232;rent l'urgence d'une insurrection au Y&#233;men, pendant que d'autres estiment qu'il faut &#233;largir la r&#233;volution &#224; tout le bassin m&#233;diterran&#233;en. L'&#233;tat d'urgence qui interdit le rassemblement de plus de trois personnes n'y fait rien. La d&#233;mocratie ? Bien s&#251;r, mais &lt;i&gt;&#171; nous avons &#233;t&#233; b&#226;illonn&#233;s pendant quarante ans !&lt;/i&gt;, dit un homme d'une trentaine d'ann&#233;es, &lt;i&gt;nous n'avons aucune culture politique. &#187;&lt;/i&gt; Imiter l'Occident ? Les avis divergent. &lt;i&gt;&#171; Pas plus de deux mandats pour le pr&#233;sident &#187;&lt;/i&gt;, avance Maher, un menuisier.&lt;i&gt; &#171; On a tout &#224; inventer &#187;&lt;/i&gt;, rench&#233;rit une jeune fille. Comment d&#233;signer ceux qui seront charg&#233;s de r&#233;diger une nouvelle Constitution ? Un homme imagine : &lt;i&gt;&#171; On pourrait s'appuyer sur les comit&#233;s qui &#233;liraient des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui eux-m&#234;mes d&#233;signeraient &#224; leur tour des repr&#233;sentants pour chaque gouvernorat. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; En attendant, intervient un &#233;tudiant, ce n'est pas le moment de faire des gr&#232;ves. &#187; &#171; Et ceux de Gafsa, ils ont raison, non ?! &#187;&lt;/i&gt;, lance une voix. Acquiescement g&#233;n&#233;ral&#8230; Tous sont d'accord sur un point : il faut virer le gouvernement et les commissions qu'il a mises en place. &lt;i&gt;&#171; On doit prot&#233;ger la r&#233;volution de ceux qui ne veulent que des r&#233;formes &#187;&lt;/i&gt;, affirme une m&#232;re de famille, son enfant dans les bras. &lt;i&gt;&#171; Pour cela, il faut qu'il n'y ait pas de chaos&lt;/i&gt;, s'emporte un jeune homme, &lt;i&gt;le corps envelopp&#233; dans le drapeau tunisien. Ceux qui font des gr&#232;ves pour n'importe quoi sont soutenus par cette UGTT&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Union g&#233;n&#233;rale tunisienne du travail, l'unique centrale syndicale.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui a collabor&#233; avec Ben Ali&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_111 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/DazibaoALGO87-d50f7.png?1779640751' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Place de la Kasbah, si&#232;ge du Premier Minist&#232;re, 22 f&#233;vrier 2011, Tunis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volution !&lt;/strong&gt; Ce mot, cette id&#233;e, trafiqu&#233;e par les pourvoyeurs de marchandises, retrouve ici tout son sens. En quelques heures, la soci&#233;t&#233; tunisienne a bascul&#233; : parole et information lib&#233;r&#233;es, disparition des portraits de Ben Ali, de la police, la joie appara&#238;t sur les visages&#8230;, apr&#232;s des ann&#233;es de frustrations. &lt;i&gt;&#171; Un des probl&#232;mes, c'est que la r&#233;volution a amen&#233; aussi beaucoup d'ins&#233;curit&#233; et de violence &#187;&lt;/i&gt;, explique Eya, une jeune avocate. Mohamed, &#233;tudiant en droit, raconte : &lt;i&gt;&#171; On avait collect&#233; des v&#234;tements, des m&#233;dicaments et de la nourriture pour les amener aux habitants du Kef. &#192; Jendouba, une centaine de personnes bloquaient la route. Ils ont tout pris&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &#192; la tomb&#233;e de la nuit, l'ambiance semble changer. Dans l'avenue Bab Jedid, des jeunes passent en courant, certains ont des armes blanches. Dans un bar, un homme casse une vitre. Rattrap&#233; par une petite foule, il se fait quasiment lyncher. Les rumeurs cavalent en tout sens, d&#233;signant le moindre &lt;i&gt;&#171; fauteur de troubles &#187;&lt;/i&gt; comme, &#233;videmment, RCDiste ou, le plus souvent, dit-on, r&#233;mun&#233;r&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La presse se r&#233;gale&lt;/strong&gt; du moindre incident provoqu&#233; par les islamistes radicaux. Des cris hostiles contre une synagogue ou l'attaque contre une maison close &#8211; l&#233;gale &#8211; au centre de la M&#233;dina donnent l'occasion aux m&#233;dias d'insister sur les risques de &#171; d&#233;rives &#187;, esp&#233;rant assimiler, &#224; la mode occidentale, toute pouss&#233;e contestatrice &#224; l'islamisme radical. Rares sont ceux qui succombent &#224; cette propagande. &lt;i&gt;&#171; C'est un faux d&#233;bat&lt;/i&gt;, dit Ounss. &lt;i&gt;La Tunisie est arabe et musulmane. La politique n'a rien &#224; voir avec la religion qui est et reste un choix personnel. C'est notre culture. Les gens qui manifestent pour la la&#239;cit&#233; font le jeu de cette intoxication. La la&#239;cit&#233; ? C'est totalement abstrait. Il y a des questions plus urgentes et importantes aujourd'hui. La transparence en est une ! &#187;&lt;/i&gt; O&#249; sont pass&#233;s les miliciens et leur chef ? Que fait le gouvernement transitoire ? Qui donne l'ordre de tirer ? Quels sont les RCDistes toujours aux commandes des institutions encore en place ? Qui dirige la police ? Autant d'interrogations qui agitent les esprits et nourrissent la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rumeurs, confusion&lt;/strong&gt;, h&#233;sitations, peur, bavardages, sentiment euphorique de libert&#233;, curiosit&#233;, absence d'ic&#244;nes r&#233;volutionnaires et de leaders : la r&#233;volution tunisienne est &#224; peine &#233;bauch&#233;e. Mais elle a d'ores et d&#233;j&#224; invent&#233; deux concepts, devenus en tr&#232;s peu de temps v&#233;ritablement op&#233;ratoires : la d&#233;gagitude et la tunisification. Et l'on n'a pas fini d'en entendre parler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;56&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/Pochoir-algo87-r180-2bddd.png?1779640751' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Graffiti sur les b&#226;timents du Premier ministre, Tunis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a d&#233;missionn&#233; le 27 f&#233;vrier 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; distinguer du Conseil national de protection de la r&#233;volution, regroupement auto-proclam&#233; d'organisations politiques et d'associations pr&#233;tendant parler au nom de tous les comit&#233;s et conseils locaux organis&#233;s par la population. Il va sans dire que ce Conseil national est plus que d&#233;cri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Union g&#233;n&#233;rale tunisienne du travail, l'unique centrale syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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