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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La nuit des libraires : T&#233;moignage d'un ancien libraire ind&#233;pendant</title>
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		<dc:creator>G&#233;rard Lambert-Ullmann</dc:creator>


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&lt;p&gt;Que faire quand les lecteurs se rar&#233;fient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s'implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu'&#224; fermer un lieu de sociabilit&#233;. Septembre rejoue le traditionnel tsunami de la rentr&#233;e litt&#233;raire : pr&#232;s de 600 nouveaux romans en &#224; peine deux mois vont s'ajouter aux 67 041 nouveaux titres produits dans l'ann&#233;e et aux 728 400 r&#233;f&#233;rences disponibles. Quand on sait que les gens consid&#233;r&#233;s comme grands lecteurs (acheteurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nouveaux" rel="tag"&gt;nouveaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que faire quand les lecteurs se rar&#233;fient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s'implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu'&#224; fermer un lieu de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-808.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH1085/-808-4bd7e.jpg?1768731901' width='400' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Brecht Evens.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Septembre rejoue le traditionnel tsunami de la rentr&#233;e litt&#233;raire : pr&#232;s de 600 nouveaux romans en &#224; peine deux mois vont s'ajouter aux 67 041 nouveaux titres produits dans l'ann&#233;e et aux 728 400 r&#233;f&#233;rences disponibles&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres de 2015, minist&#232;re de la Culture, Observatoire de l'&#233;conomie du livre.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Quand on sait que les gens consid&#233;r&#233;s comme grands lecteurs (acheteurs d'au moins douze livres par an) repr&#233;sentent seulement 13% de la population adulte&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;24% en ont achet&#233; de 1 &#224; 4, 14% en ont achet&#233; de 5 &#224; 11, 13% en ont achet&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, on imagine vite la quantit&#233; de ces livres pr&#233;destin&#233;s au pilon. Mais, pour les libraires, c'est chaque ann&#233;e le m&#234;me casse-t&#234;te : Que faut-il commander ? Que faudra-t-il avoir en stock pour ne pas louper une vente ? Comment &#233;viter la r&#233;flexion grin&#231;ante du client : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, vous ne pouvez pas tout avoir !&lt;/i&gt; &#187; qui ira chercher le livre dont &#171; on &#187; parle dans la grande surface voisine ou sur Amazon ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il se flatte de choisir en toute ind&#233;pendance les livres qu'il va essayer de conseiller, le libraire ind&#233;pendant est sous cette pression. &#192; moins que sa librairie ne soit pens&#233;e comme devant lui co&#251;ter de l'argent au lieu d'en rapporter, il ne peut se permettre de m&#233;priser les livres dont &#171; on &#187; parle s'il veut garder une client&#232;le plus &#233;toff&#233;e qu'une poign&#233;e de lecteurs &#171; exigeants &#187;. Son ind&#233;pendance est donc toute relative, conditionn&#233;e par ce compromis. Car ce &#171; on &#187; a des moyens marketing &#233;normes que n'ont pas les petits &#233;diteurs : budgets de pub consid&#233;rables, attach&#233;.e.s de presse efficaces, copinages dans les m&#233;dias (voire carr&#233;ment certains journalistes dans leur &#171; &#233;curie &#187;), repr&#233;sentants commerciaux mordants, etc. Le poids de cet appareil explique que sur les presque 1 500 &#233;diteurs existant en France, les 5 grands groupes (Hachette-Lagard&#232;re, Planeta-Editis, Madrigall-Gallimard, etc.) poss&#233;dant environ 200 &#233;diteurs r&#233;alisent &#224; eux seuls 85% des ventes. Face &#224; ce rouleau compresseur, la marge de man&#339;uvre des libraires reste au final al&#233;atoire : malgr&#233; l'imagerie que d&#233;fendent certaines petites &#233;choppes pour se distinguer des cha&#238;nes et autres gros &#171; empileurs de livres &#187;, ce n'est pas la passion qui commande, mais la tr&#233;sorerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les dix-huit ann&#233;es o&#249; j'ai &#233;t&#233; libraire, de 1994 &#224; 2012, ce fut mon perp&#233;tuel dilemme. Pour la librairie Voix au chapitre que j'avais cr&#233;&#233;e &#224; Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), ce jeu d'&#233;quilibriste entre titres de choix et incontournables m&#233;diatiques &#233;tait vital. Car, m&#234;me si je n'avais pas ouvert cette librairie dans l'espoir de faire fortune, il fallait bien payer les charges et essayer de sortir un maigre salaire. Ce que ne manquaient pas de me rappeler mon banquier m'incitant &#224; &#171; &lt;i&gt;faire du chiffre&lt;/i&gt; &#187;, et les comptabilit&#233;s des &#233;diteurs. Ces derniers, tout en sachant vanter le dynamisme des librairies ind&#233;pendantes, s'en remettent sans trop rechigner &#224; leurs diffuseurs-distributeurs pour r&#233;duire les remises des plus petits &#8211; qui ne vendent pas assez &#224; leurs yeux &#8211; et favoriser les grosses bo&#238;tes qui, passant de grosses commandes, ont le pouvoir de n&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un libraire ind&#233;pendant b&#233;n&#233;ficie en g&#233;n&#233;ral d'une &#171; remise moyenne &#187; de 30 &#224; 35%. S'il marche bien, une fois tous ses frais pay&#233;s, il r&#233;cup&#232;re au mieux entre 2 et 5% du prix du livre. Mais bien souvent la dette s'accumule et finit par l'&#233;trangler. Les fermetures de petites librairies ind&#233;pendantes se multiplient depuis quelques ann&#233;es. Aux faibles marges s'ajoutent la concurrence des grandes surfaces &#171; culturelles &#187; qui se multiplient (et b&#233;n&#233;ficient, elles, de remises de 40% &#224; 45% &#8211; auxquelles s'ajoutent diverses op&#233;rations de promotion), celle des ventes en ligne (favoris&#233;es par une ignorance tenace sur le prix unique du livre&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis le 10 ao&#251;t 1981, la loi dite &#171; Lang &#187; prot&#232;ge les libraires d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;) et une d&#233;saffection croissante des jeunes g&#233;n&#233;rations pour la lecture d'imprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc fallu jongler en permanence pour faire ce m&#233;tier de la mani&#232;re dont j'estimais qu'il devait &#234;tre fait : d&#233;fendre des livres choisis par go&#251;t, hors de la liste des t&#234;tes de gondole ; avoir un fonds suffisamment solide dans un espace r&#233;duit ; contribuer &#224; ce que Musso n'&#233;crase pas totalement Scutenaire et que Max Gallo n'occulte pas enti&#232;rement Daniel Gu&#233;rin ou Lissagaray. J'avais pour cela la marge de libert&#233; que n'ont pas les &#171; cha&#238;nes &#187;. Cela me permettait, parfois, de vendre en quantit&#233; importante un titre &#171; invisibilis&#233; &#187; par la presse, produit par un petit &#233;diteur auquel cette vente permettait de souffler temporairement. Les rencontres avec des auteurs et des &#233;diteurs que j'organisais dans ma librairie o&#249; en partenariat avec des associations renfor&#231;aient aussi ce processus. Le prix Loin du marketing&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les coud&#233;es franches.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, que j'ai fond&#233; et d&#233;fends toujours y contribuait &#233;galement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la passion ne peut pas tout. Je devais aussi faire face aux difficult&#233;s que connaissent tous les libraires ind&#233;pendants : loyers de centre-ville en hausse constante, frais de transport et de fournitures rognant fortement la marge, difficult&#233; &#224; n&#233;gocier des conditions commerciales correctes avec des repr&#233;sentants n'ayant plus assez de temps &#224; consacrer aux &#171; petits &#187;. Sans compter la production &#233;ditoriale tripl&#233;e en vingt ans, saturant le libraire et emp&#234;chant toute connaissance exhaustive des parutions et tout conseil de qualit&#233;. Car, contrairement &#224; ce que pensent bien des lecteurs, le libraire ne passe pas sa journ&#233;e &#224; lire. Il se consacre aux clients, puis &#224; faire ses comptes et s'occuper des urgences logistiques &#8211; commandes, livraisons, retours&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chez la plupart des gros &#233;diteurs, le libraire a un d&#233;lai pour retourner des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#8211; et autre paperasse administrative. Bref, par passion, mais aussi parce que le m&#233;tier l'exige, un bon libraire est un libraire insomniaque. Ce qui &#233;tait heureusement mon cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, lorsque trois grandes surfaces &#171; culturelles &#187; se sont install&#233;es sur la ville en l'espace de quelques mois, mon chiffre d'affaires a chut&#233; de 40%. J'ai d&#251; mettre la cl&#233; sous la porte, apr&#232;s de longues ann&#233;es pass&#233;es &#224; tenir sur la corde raide. J'en garde la fiert&#233; d'avoir fait un &#171; beau m&#233;tier &#187; et le regret de ne pas avoir su faire suffisamment comprendre &#224; quel point les librairies sont vitales pour la libert&#233; de cr&#233;ation et d'opinion, pour le d&#233;veloppement des connaissances, de l'imagination et de l'esprit critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;rard Lambert-Ullmann&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres de 2015, minist&#232;re de la Culture, Observatoire de l'&#233;conomie du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;24% en ont achet&#233; de 1 &#224; 4, 14% en ont achet&#233; de 5 &#224; 11, 13% en ont achet&#233; 12 et plus, soit 51% de la population adulte fran&#231;aise, ce qui signifie que 49% de cette population, soit pr&#232;s de la moiti&#233;, n'a achet&#233; aucun livre ! (Statistiques de l'Observatoire de l'&#233;conomie du livre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis le 10 ao&#251;t 1981, la loi dite &#171; Lang &#187; prot&#232;ge les libraires d'un possible &lt;i&gt;dumping&lt;/i&gt; par les grandes surfaces en imposant un prix unique du livre : chaque livre a un prix fix&#233; par l'&#233;diteur, qui doit figurer sur l'ouvrage et qui est le m&#234;me quels que soient les points de vente. Les livres ne sont donc pas moins chers en grande surface. Mais la plupart des consommateurs continuent &#224; en &#234;tre persuad&#233;s, aid&#233;s en cela par des publicit&#233;s roublardes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/lescoudeesfranches.ouvaton.org'&gt;Les coud&#233;es franches&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chez la plupart des gros &#233;diteurs, le libraire a un d&#233;lai pour retourner des nouveaut&#233;s invendues. Ce qui peut para&#238;tre une sorte d'assurance mais est en r&#233;alit&#233; un pi&#232;ge pouvant plomber la tr&#233;sorerie car le libraire doit avancer l'argent de ces &#171; mises en place &#187; avant d'&#234;tre cr&#233;dit&#233; de ses retours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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