<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=6088&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Adieu Chantal</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Adieu-Chantal</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Adieu-Chantal</guid>
		<dc:date>2018-09-19T12:56:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alessi Dell'Umbria</dc:creator>


		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Georges</dc:subject>
		<dc:subject>lors d'un</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gion nantaise</dc:subject>
		<dc:subject>bref passage</dc:subject>
		<dc:subject>Chantal</dc:subject>
		<dc:subject>crois&#233; Chantal</dc:subject>
		<dc:subject>d'un bref</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai crois&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Chantal Vasnier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que j'ai crois&#233; Chantal, c'&#233;tait en avril 2016, lors d'un bref passage dans la r&#233;gion nantaise. Cela faisait une quinzaine d'ann&#233;es que nous ne nous &#233;tions plus vus. Depuis la campagne pour la lib&#233;ration d'Abdelkarim Khalki. Un ami m'avait emmen&#233; la voir dans le petit village, proche de la ZAD de NDDL, o&#249; elle vivait d&#233;sormais. Je savais qu'elle se battait contre la maladie. Ayant eu l'occasion de reconna&#238;tre en d'autres temps la force int&#233;rieure qui l'animait, je ne fus pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Georges" rel="tag"&gt;Georges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lors-d-un" rel="tag"&gt;lors d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/region-nantaise" rel="tag"&gt;r&#233;gion nantaise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bref-passage" rel="tag"&gt;bref passage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chantal" rel="tag"&gt;Chantal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/croise-Chantal" rel="tag"&gt;crois&#233; Chantal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-bref" rel="tag"&gt;d'un bref&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai-croise" rel="tag"&gt;j'ai crois&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chantal-Vasnier" rel="tag"&gt;Chantal Vasnier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2559 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH585/-824-71e9a.jpg?1779603383' width='400' height='585' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#192; c&#244;t&#233;, film de St&#233;phane Mercurio. Photo Gr&#233;goire Korganow &#169; ISKRA - Mille et Une films.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que j'ai crois&#233; Chantal, c'&#233;tait en avril 2016, lors d'un bref passage dans la r&#233;gion nantaise. Cela faisait une quinzaine d'ann&#233;es que nous ne nous &#233;tions plus vus. Depuis la campagne pour la lib&#233;ration d'Abdelkarim Khalki&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auteur, avec Georges Courtois et Patrick Thiolet, de la prise d'otage de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un ami m'avait emmen&#233; la voir dans le petit village, proche de la ZAD de NDDL, o&#249; elle vivait d&#233;sormais. Je savais qu'elle se battait contre la maladie. Ayant eu l'occasion de reconna&#238;tre en d'autres temps la force int&#233;rieure qui l'animait, je ne fus pas surpris de la retrouver souriante et d&#233;tendue. Ce jour-l&#224;, elle me dit qu'elle pouvait partir le lendemain comme dans deux ans&#8230; Devant la proximit&#233; d'une telle &#233;ch&#233;ance, elle d&#233;gageait une s&#233;r&#233;nit&#233; que la plupart d'entre nous serions bien en mal d'atteindre ! Elle me parla de ses filles et de son fils, de ses petits-enfants, de la force qu'ils lui donnaient pour continuer de vivre. Nous &#233;voqu&#226;mes le souvenir d'une grande amie qui avait aussi lutt&#233; contre la maladie et mis fin &#224; ses jours en 1991. Chantal avait alors travers&#233; le pays pour lui rendre une derni&#232;re visite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que j'ai crois&#233; Chantal, c'&#233;tait en f&#233;vrier 1986. Soit peu de temps apr&#232;s l'extraordinaire prise d'otages de la cour d'assises de Nantes, en d&#233;cembre 1985. On m'avait indiqu&#233; son adresse, dans une cit&#233; HLM en bord de Loire. Quelques jours avant, &#224; Paris, plusieurs lignes de m&#233;tro avaient &#233;t&#233; paralys&#233;es par une action de sabotage en soutien &#224; la gr&#232;ve de la faim d'Abdelkarim Khalki&#8230; Des affiches en hommage aux trois preneurs d'otages couvraient les murs de plusieurs villes du pays. J'&#233;tais venu en apporter une &#224; la femme de Georges Courtois, sans trop savoir comment elle le prendrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de Chantal fut aussi chaleureux que g&#233;n&#233;reux. Elle m'accueillit avec ses deux filles, Chrystelle et C&#233;cile, m'offrit &#224; boire puis &#224; manger. Pendant des heures, elle me raconta sa vie, ses gal&#232;res&#8230; Elle savait ce que c'est que d'&#234;tre enferm&#233; &#8211; elle avait jadis tir&#233; quelques mois &#224; la vieille prison de la Roquette, &#224; Paris, pour un vol de voiture en compagnie de son futur mari. Depuis, entre la prison o&#249; elle allait visiter Georges &#8211; quand le juge voulait bien conc&#233;der un permis de visite&#8230; &#8211; et l'h&#244;pital o&#249; elle travaillait comme aide-soignante, elle avait d&#233;velopp&#233; une perception aigu&#235; des souffrances humaines. Elle me parla de sa rencontre avec Georges quand ils &#233;taient encore bien jeunes, de ce qu'il avait eu &#224; subir depuis son enfance dans ces monstrueuses maisons de correction destin&#233;es &#224; briser les &#226;mes, et de sa r&#233;sistance obstin&#233;e &#224; la brutalit&#233; et &#224; l'absurdit&#233; presque innommables de ce syst&#232;me judiciaire et carc&#233;ral que nous &#233;tions d'accord pour condamner sans appel. Elle me parla aussi d'Abdelkarim, pour qui elle &#233;prouvait un immense respect. Elle avait su aussi prendre sa part de risques dans cette &#233;quip&#233;e de d&#233;cembre 1985&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantal &#233;tait la femme d'un taulard, mais ce serait lui faire injure que de l'enfermer dans ce seul r&#244;le. Profond&#233;ment r&#233;volt&#233;e, elle n'avait nul besoin de traduire cette r&#233;volte en grandes envol&#233;es lyriques. Il lui suffisait de t&#233;moigner aux siens cette g&#233;n&#233;rosit&#233; si rare en ce monde. Avec ses enfants, avec son mari, avec ses amis. La g&#233;n&#233;rosit&#233; faisait partie de sa r&#233;volte. Elle se traduisait aussi par une grande capacit&#233; d'&#233;coute, et une curiosit&#233; intellectuelle qui n'avait rien d'affect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantal ne faisait la le&#231;on &#224; personne, mais sa simple fa&#231;on d'&#234;tre constituait une le&#231;on. &#192; la fr&#233;quenter, on r&#233;alisait la futilit&#233; de beaucoup de nos attitudes et la petitesse de certaines de nos r&#233;actions dans la vie courante. En tout cas, c'est ce que j'ai appris &#224; son contact, lorsque nous nous rencontrions r&#233;guli&#232;rement durant la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980. Le courage, c'est bien souvent d'assurer en toute discr&#233;tion ; de se montrer &#224; la hauteur par rapport &#224; son entourage quel que soit le prix &#224; payer et sans attendre la reconnaissance. Chantal avait ce type de courage, qui n'est pas si fr&#233;quent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantal s'en est all&#233;e dans les premiers jours d'ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en savoir plus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lire la derni&#232;re interview de Chantal Vasnier : &#171; &lt;a href=&#034;http://jefklak.org/il-ny-a-que-lamour-qui-nous-fait-venir-dans-les-parloirs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Il n'y a que l'amour qui nous fait venir dans les parloirs&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voir le tr&#232;s beau film de St&#233;phane Mercurio, &lt;i&gt;A c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Auteur, avec Georges Courtois et Patrick Thiolet, de la prise d'otage de la cour d'assises de Nantes, le 19 d&#233;cembre 1985. Lire Georges Courtois, &lt;i&gt;Aux marches du palais &#8211; histoire d'un preneur d'otages&lt;/i&gt;, Le Nouvel Attila, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Paysans : Cocus, cr&#233;ateurs et alternatifs</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Paysans-Cocus-createurs-et</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Paysans-Cocus-createurs-et</guid>
		<dc:date>2018-04-02T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Claude Leyraud</dc:creator>


		<dc:subject>Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques</dc:subject>
		<dc:subject>Nardo</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques</dc:subject>
		<dc:subject>s'est</dc:subject>
		<dc:subject>Chantal</dc:subject>
		<dc:subject>plupart</dc:subject>
		<dc:subject>Patrice</dc:subject>
		<dc:subject>Luc</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Si la viticulture n'est pas toute l'agriculture, elle en est l'un des bastions les plus avanc&#233;s donc l'un des plus &#233;clairants. Trois portraits de couples de viticulteurs des c&#244;tes-du-rh&#244;ne, trois visions diff&#233;rentes du m&#233;tier de paysan. Les cocus de la modernit&#233; Comme la plupart des agriculteurs fran&#231;ais, Jacques est fils d'agriculteurs, mais il n'aura pas su retenir ne serait-ce qu'un de ses deux fils &#224; la terre ; il faut dire que ses r&#233;criminations incessantes contre la politique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no141-mars-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;141 (mars 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Du-cote-de-chez-les-rustiques" rel="tag"&gt;Du c&#244;t&#233; de chez les rustiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jacques" rel="tag"&gt;Jacques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-est" rel="tag"&gt;s'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chantal" rel="tag"&gt;Chantal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plupart" rel="tag"&gt;plupart&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patrice" rel="tag"&gt;Patrice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Luc" rel="tag"&gt;Luc&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si la viticulture n'est pas toute l'agriculture, elle en est l'un des bastions les plus avanc&#233;s donc l'un des plus &#233;clairants. Trois portraits de couples de viticulteurs des c&#244;tes-du-rh&#244;ne, trois visions diff&#233;rentes du m&#233;tier de paysan.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cocus de la modernit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des agriculteurs fran&#231;ais, Jacques est fils d'agriculteurs, mais il n'aura pas su retenir ne serait-ce qu'un de ses deux fils &#224; la terre ; il faut dire que ses r&#233;criminations incessantes contre la politique agricole et ses heures de travail &#224; rallonge n'ont pas plaid&#233; sa cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des coll&#232;gues de son village, il poss&#232;de quelques dizaines d'hectares, ce qui en fait un d&#233;tenteur &#233;minent de l'espace communal : il est chez lui. Mais, loin de rester perch&#233; sur son tas de fumier, Jacques a su se moderniser, il ne quitte jamais son portable et utilise Internet &#224; son bureau ; il s'est aussi endett&#233; pour acheter une mini-pelle qui lui permet d'effectuer des travaux agricoles l'hiver chez les autres, histoire d'arrondir ses fins de mois. Sa femme, Am&#233;lie, qui, pendant ce temps, taille la vigne, s'est &#233;quip&#233;e d'un s&#233;cateur &#233;lectronique. H&#233;las, par une man&#339;uvre malencontreuse, cette saloperie lui a coup&#233; deux doigts. La modernit&#233; lui co&#251;te cher !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, Jacques a &#233;t&#233; membre de la FDSEA, mais il a fini par se rendre compte qu'il ne faisait plus partie des favoris&#233;s de son syndicat, d'autres, meilleurs gestionnaires, s'attribuant l'essentiel des aides. Il a pourtant essay&#233; de s'adapter &#224; l'&#233;volution acc&#233;l&#233;r&#233;e de sa profession, en renon&#231;ant &#224; la coop&#233;rative du village pour vendre ses raisins au plus offrant, c'est-&#224;-dire &#224; un n&#233;gociant. Il en a gard&#233; le go&#251;t amer d'une trahison personnelle, mais il arrange sa conscience avec l'id&#233;e que l'esprit coop&#233;ratif est de toute fa&#231;on en voie de disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la plupart de ses coll&#232;gues qui inondent la campagne de pesticides et, malgr&#233; la vague de cancers et de leuc&#233;mies submergeant le village, ne veulent pas en d&#233;mordre, il s'est mis en bio, un march&#233; plus porteur. Mais il constate que l'&#233;cart entre les r&#233;mun&#233;rations se resserre in&#233;luctablement. Puis il a du mal &#224; lutter contre les maladies qui reprennent de la vigueur dans son vignoble et se demande s'il ne va pas r&#233;int&#233;grer le giron de l'agriculture raisonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques gagne correctement sa vie, c'est-&#224;-dire qu'il brasse pas mal d'argent, mais au bout, apr&#232;s avoir pay&#233; la MSA, lui qui entreprend beaucoup, d&#233;sesp&#232;re de devenir riche un jour. Encore quelques ann&#233;es et il sera trop tard, l'&#226;ge de la retraite sera l&#224;. Il ne lui restera plus qu'&#224; faire comme les autres, tout liquider : la ferme &#224; un &#233;tranger, les terres, les bois, jusqu'aux animaux domestiques, pour amasser un petit p&#233;cule, s'acheter une maison au soleil, peut-&#234;tre en Espagne. Il ne fera pas de sentiment, il ne voit plus de raison de perp&#233;tuer les valeurs de la campagne qui lui paraissent obsol&#232;tes. Cela ne l'emp&#234;che pas de crier sa haine en votant FN, et sa ranc&#339;ur devant une identit&#233; en perdition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il lui restait un dernier espoir, que certaines de ses parcelles deviennent constructibles et qu'il empoche le pactole ; espoir &#233;vanoui avec la loi Alur qui tend &#224; r&#233;duire consid&#233;rablement les zones constructibles tout en densifiant l'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH392/-547-c0adb.jpg?1779602819' width='400' height='392' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nardo.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cr&#233;ateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrice et Chantal sont tous deux h&#233;ritiers de grosses exploitations qu'ils ont su transformer en soci&#233;t&#233;s : leurs consommateurs fid&#232;les sont devenus actionnaires, r&#233;tribu&#233;s en bouteilles &#224; la fin de l'ann&#233;e. Ce syst&#232;me donne &#224; Patrice et Chantal les moyens d'investir dans l'acquisition des meilleures parcelles dans les meilleurs crus de l'appellation. &#192; chaque vente Safer&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer) g&#232;rent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ils se portent candidats, leurs moyens financiers leur permettent de faire grimper les prix, les mettant hors de port&#233;e de la concurrence des coop&#233;rateurs locaux. Pour les grosses op&#233;rations, ils n'h&#233;sitent pas &#224; s'associer &#224; des investisseurs priv&#233;s, parfois m&#234;me des n&#233;gociants qui cherchent &#224; s&#233;curiser leur approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'exploitation de Patrice est conduite en agriculture raisonn&#233;e, celle de Chantal est en bio, cela leur permet de diversifier leur gamme, de miser sur les deux tableaux. Eux sauront retenir leurs enfants dans la viticulture : ils sont d&#233;j&#224; programm&#233;s pour un mast&#232;re en marketing &#224; l'&#233;tranger, ou un dipl&#244;me en &#339;nologie. C'est, bien s&#251;r, la hauteur de la r&#233;mun&#233;ration qui va les s&#233;duire, mais surtout le fait qu'ils auront la m&#234;me activit&#233; passionnante que leurs parents, s'amuser &#224; organiser le travail des autres. Eux ne risqueront pas de se couper un doigt, ou de s'asphyxier en nettoyant une cuve !
&#192; force de s'agrandir, les exploitations deviennent intransmissibles dans un cadre familial ; qu'importe, les enfants h&#233;riteront des postes de PDG et seront actionnaires majoritaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrice et Chantal jettent leur d&#233;volu sur les secteurs viticoles les plus recherch&#233;s, o&#249; ils peuvent sp&#233;culer, cr&#233;er une bulle financi&#232;re qui les avantage. Ils passent aussi beaucoup de temps au bureau, &#224; monter des dossiers pour capter les picaillons de l'Europe qui, comme chacun sait, apr&#232;s avoir arros&#233; l'ensemble de l'agriculture, &#233;lit de plus en plus ses b&#233;n&#233;ficiaires sur des crit&#232;res de performance et de comp&#233;titivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont ils sont le plus fiers, c'est d'avoir pu acc&#233;der &#224; un rang sup&#233;rieur, passant de vignerons &#224; celui de cr&#233;ateurs de vins. Et s'ils parlent beaucoup de terroir, c'est pour eux un terme abstrait, une toile sur laquelle ils projettent leur habilet&#233; &#224; manier des concepts. Ils ne c&#244;toient que leurs semblables, avocats d'affaires, ing&#233;nieurs, artistes m&#234;me, qui ont investi dans la vigne par opportunit&#233;, ou par plaisir, pour &#171; changer de vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les alternatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont construit leur maison &#233;cologique, en bois, et leur cave, en paille. Luc est faucheur volontaire et membre de la Conf' (Conf&#233;d&#233;ration paysanne). H&#233;l&#232;ne ne veut pas rester trop longtemps cantonn&#233;e dans son r&#244;le de m&#232;re de famille (elle a eu cinq enfants). Quand elle reprend ses &#233;tudes d'infirmi&#232;re, c'est le p&#232;re qui assure le relais. Tous deux esp&#232;rent qu'au moins un de leurs enfants choisira de rester &#224; la ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Issu d'un milieu populaire, Luc a voulu emprunter pour acqu&#233;rir quelques parcelles de vigne, mais les banques n'ont pas suivi. Alors, il a fait appel au soutien d'un groupe de citoyens &#233;colos qui se sont entendus pour faire une tontine : chaque ann&#233;e, il les rembourse avec quelques bouteilles de son vin de pays. Le petit mat&#233;riel de cave, il l'emprunte &#224; des copains conf&#233;d&#233;r&#233;s ; pour le tracteur, il effectue lui-m&#234;me les r&#233;parations et, avec son CAP de m&#233;cano en poche, il donne m&#234;me quelques formations pour ses coll&#232;gues. D&#233;bordant d'&#233;nergie, il a suscit&#233; la cr&#233;ation d'un magasin de producteurs o&#249; il &#233;coule son vin, bio naturellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il soit souvent d&#233;bord&#233; par ses activit&#233;s militantes, le projet qui lui tient le plus &#224; c&#339;ur &#8211; plut&#244;t que d'acqu&#233;rir quelques lopins de plus &#8211;, c'est d'installer comme agriculteur le petit jeune qui travaille avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luc est alarm&#233; par les r&#233;sultats du FN et ne comprend pas que les &#171; anars &#187; n'aillent pas voter. Comme tout bon faucheur volontaire, il est non violent et s'il &#233;voque la l&#233;gitime d&#233;fense lorsque c'est n&#233;cessaire, il respecte strictement la loi quand elle lui semble juste. En toute coh&#233;rence, lui qui a des enfants, il entend les d&#233;fendre contre les pesticides et r&#233;clame autour des &#233;coles des contr&#244;les de la teneur de l'air en produits polluants. Contre la maladie de la flavescence dor&#233;e, il refuse, bien s&#251;r, les traitements chimiques mais il va au-devant des pr&#233;conisations de la pr&#233;fecture en militant pour la prospection pr&#233;ventive, m&#234;me en dehors des zones de lutte obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mode de fonctionnement habituel est dans l'urgence, et s'il ne b&#226;cle pas son travail, il n'a gu&#232;re le loisir de l'approfondir. Il fait son vin mais ne se prend pas pour un vigneron ; il envisage de se diversifier dans l'arboriculture, mais n'aura jamais une vraie ferme, avec des animaux, son emploi du temps charg&#233; ne le lui permettrait pas.
En d&#233;finitive, Luc, l'alternatif, se propose surtout de moraliser la vie paysanne.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Nerf de b&#339;uf&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Xavier Beulin, le pr&#233;sident de la FNSEA, n'est pas scandalis&#233; que des paysans puissent se faire expulser de Notre-Dame-des-Landes pour faire place &#224; l'absurde projet d'a&#233;roport. Bien au contraire. En revanche, les occupations de zadistes, comme &#224; Sivens, lui donnent de f&#226;cheuses d&#233;mangeaisons : &#171; &lt;i&gt;Nous avons pris la d&#233;cision en conseil d'administration de la FNSEA, il y a six mois maintenant, que d&#233;sormais, face &#224; toute nouvelle tentative de ZAD, on n'attendra pas les forces de l'ordre, on ira nous-m&#234;mes les d&#233;loger&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il annonc&#233; le 28 janvier dernier (2016). L'&lt;i&gt;agrobusiness man&lt;/i&gt; qui appelle les jeunes agriculteurs au calme face &#224; la crise agricole sait assur&#233;ment &#224; qui r&#233;server ses coups.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer) g&#232;rent le foncier et l'installation en milieu rural.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
