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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; La distribution est une condition d'autonomie &#187;</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone. 10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diffusion-s-est" rel="tag"&gt;Diffusion s'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Virus est n&#233; en 1991, avec une &#233;quipe dont il ne reste plus personne aujourd'hui. Dans ces ann&#233;es-l&#224;, la gauche s'est reconfigur&#233;e &#224; partir des groupes form&#233;s dans les ann&#233;es 1970, et de ceux de la Transition d&#233;mocratique (le r&#233;gime d&#233;mocratico-lib&#233;ral qui s'est impos&#233; depuis une quarantaine d'ann&#233;es). Un nouveau tissu de dissidences s'est alors fabriqu&#233;, avec le mouvement des occupations (squats et centres sociaux). 1992 marque l'ann&#233;e de grandes mobilisations dans l'&#201;tat espagnol, celle de la comm&#233;moration des 500 ans du g&#233;nocide latino-am&#233;ricain, et surtout celles contre les Jeux Olympiques de Barcelone et de l'Exposition universelle &#224; S&#233;ville en 1992. Ces deux derniers &#233;v&#233;nements sont le point culminant de ce qui s'est tram&#233; durant la Transition : le pacte entre le franquisme et la ploutocratie des classes dominantes au sein du gouvernement. C'est le triomphe de la modernit&#233; capitaliste dans le pays. Et c'est dans ce contexte qu'est n&#233; Virus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH539/-827-2ce57.jpg?1782641295' width='400' height='539' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ruoyi Jin.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#233; dans une librairie de la gauche radicale, El Lokal, rue de la Cera, dans le quartier du Raval, qui existe depuis 1982. Au d&#233;part, c'&#233;tait une agence de presse alternative et une structure de diffusion de fanzines et revues. De l&#224; est n&#233;e une maison d'&#233;dition libertaire, publiant des essais et des t&#233;moignages historiques sur la guerre d'Espagne. La question de cr&#233;er en m&#234;me temps une structure de distribution pour les livres s'est impos&#233;e d&#232;s le d&#233;part. C'est une condition d'autonomie, d'une part, et de diffusion large &#8211; m&#234;me dans le circuit commercial. Virus est bic&#233;phale : une maison d'&#233;dition avec une huitaine de parutions par an et une structure de diffusion/distribution avec une cinquantaine d'&#233;diteurs dans son catalogue &#8211; de la micro-&#233;dition aux grands &#233;diteurs camarades comme Traficantes de Sue&#241;os ou Pepitas de Calabaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le statut d'entreprise, mais fonctionnons en coop&#233;rative, de mani&#232;re horizontale, et sans aide publique ; on cherche parfois des subventions, mais il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'&#201;tat pour la culture, d'autant moins quand elle est critique ! Tout le monde a le m&#234;me salaire, en temps plein, sans diff&#233;rence de statut ni d'anciennet&#233;. La prise de d&#233;cision est toujours collective, tant sur nos choix &#233;ditoriaux que sur nos strat&#233;gies de distribution, comme par exemple pour d&#233;cider de qui entre au catalogue ou pas. Nous faisons des assembl&#233;es tous les quinze jours, une fois pour l'&#233;ditorial et discuter de &#171; th&#233;orie &#187;, une fois pour la distribution et parler des aspects techniques. Il y a six personnes qui travaillent ici : une pour la coordination des &#233;ditions et la communication, une pour la comptabilit&#233; et l'administratif, deux pour le travail commercial de pr&#233;sentation des nouveaut&#233;s aux librairies, et deux personnes en charge du travail logistique (les r&#233;ceptions, les envois, le stock).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virus distribue les livres dans deux types de milieux : 45% dans le milieu alternatif et engag&#233; (centres sociaux, squats, librairies associatives et politiques &#8211; il y en a environ 25 en Catalogne), et le reste dans les librairies conventionnelles (environ 150 en Catalogne). Ensuite, nous distribuons aussi les &#233;diteurs catalans hors de la r&#233;gion. Certains &#233;diteurs choisissent de confier leur catalogue &#224; de grands diffuseurs-distributeurs pour les librairies conventionnelles et nous confient leurs titres pour les lieux alternatifs. Puis reproduisent le m&#234;me sch&#233;ma dans chaque r&#233;gion. Les conditions sont les m&#234;mes pour les librairies que pour les lieux alternatifs, mais nous nous adaptons aux situations de chacun, en donnant parfois une confiance de base &#224; certains squats qui viennent de s'ouvrir, ou en leur proposant un syst&#232;me de d&#233;p&#244;t-vente. On est toujours &#233;tonn&#233;s de voir que beaucoup de collectifs autog&#233;r&#233;s sont aussi s&#233;rieux voire plus que les commerces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela cr&#233;e un syst&#232;me un peu compliqu&#233; &#224; g&#233;rer, mais il permet de d&#233;centraliser la r&#233;partition des livres, et donc de gagner &#224; la fois en ind&#233;pendance, puisqu'il n'y a pas d'exclusivit&#233;, et en volume de diffusion, car plus de lieux sont visit&#233;s. Nous m&#234;mes, qui faisons &#224; la fois de l'&#233;dition et de la distribution, nous passons par dix autres structures amies pour distribuer nos livres dans tout l'&#201;tat espagnol, et nous sous-traitons quelques-uns de nos &#233;diteurs catalans &#224; ces m&#234;mes structures. Cela dit, on sent aujourd'hui la tension s'amplifier dans le secteur de la diffusion/distribution : les gros distributeurs cherchent &#224; faire signer des contrats d'exclusivit&#233; avec les &#233;diteurs et les libraires, accentuant ainsi la concentration des capitaux. Mais depuis la crise de 2008 dans le pays, les &#233;ditions ou les librairies critiques et politiques, hors des grands groupes, sont en pleine croissance. Et les fonctionnements horizontaux comme le n&#244;tre se multiplient. Doucement mais s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Like a hobo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En voil&#224; des repr&#233;sentants &#233;m&#233;rites qui s'acharnent &#224; faire vivre une structure de diffusion ind&#233;pendante ! Reposant sur l'abn&#233;gation de deux membres permanents, David et Rachel, de collaborateurs ponctuels et de libraires amis, comme la librairie Quilombo &#224; Paris, &lt;a href=&#034;http://www.hobo-diffusion.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hobo Diffusion&lt;/a&gt; s'est donn&#233; pour objectif de promouvoir &#171; &lt;i&gt;une &#233;dition ind&#233;pendante, engag&#233;e, libertaire, contre-culturelle en lui permettant d'&#234;tre pr&#233;sente en librairies &#8211; tant dans les grandes enseignes que dans les structures ind&#233;pendantes et alternatives &#8211;, et de pouvoir ainsi toucher un public plus large que ne le permettent les r&#233;seaux militants ou underground&lt;/i&gt; &#187;. Sur le plan logistique, Hobo a n&#233;anmoins d&#251; s'associer &#224; Makassar, diffuseur-distributeur de bande dessin&#233;e de taille moyenne, qui assure le transport et la distribution des bouquins dans les lieux de vente. Cr&#233;&#233;e en 2012, Hobo regroupe une soixantaine d'&#233;diteurs, dont pas mal de noms connus dans nos colonnes : La Lenteur, le CMDE, Nada &#233;ditions, Prairial, Le Murmure, Le Chien rouge (&#201;ditions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, oups, le conflit d'int&#233;r&#234;ts !), les &#233;ditions Libertaires et de la CNT-RP. Le nom m&#234;me de la structure est un clin d'&#339;il aux hobos &#8211; gal&#233;riens itin&#233;rants &#171; &lt;i&gt;propageant l'insoumission sur leur chemin&lt;/i&gt; &#187; durant la grande d&#233;pression aux &#201;tats-Unis. Bon vent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;contact @hobo-diffusion.com&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SERENDIP est n&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2013, cette &lt;a href=&#034;http://serendip-livres.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;structure de diffusion-distribution&lt;/a&gt;, cr&#233;&#233;e par Michel Thomas et Romain Mollica, a fait le pari des petits, voire micro-&#233;diteurs, souvent associatifs, aupr&#232;s des libraires, afin de leur offrir la meilleure visibilit&#233;. Le tout autour d'un noyau pr&#233;cis : l'image au sens large. De fait, le catalogue fait la part belle &#224; l'&#233;dition jeunesse (L'&#201;dune, Le Chineur, Voce verso, Le Diplodocus) et la bande dessin&#233;e (Alifbata, the Hoochie coochie, Super Loto, Insula, Polystyr&#232;ne, Adverse). D'autres axes sont venus compl&#233;ter cet ensemble : cin&#233;ma (R&#233;pliques, Distorsion), musique (Densit&#233;, Serious Publishing) et litt&#233;rature (La Robe noire, L'Atelier du tilde). Pas de contrainte quantitative de production pour les &#233;ditions repr&#233;sent&#233;es par Serendip, mais un choix de livres artisanaux qui prennent leur temps. Il s'agit souvent de tirages r&#233;alis&#233;s &#224; quelques centaines d'exemplaires avec une fabrication allant de la s&#233;rigraphie &#224; la risographie, la gravure sur bois ou des collages. Le tout dans des formats originaux (bo&#238;tes de cartes, portfolios ou leporello).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution au sein du r&#233;seau des librairies ind&#233;pendantes est privil&#233;gi&#233;e, car le rythme lent et le travail soign&#233; des publications ne pourraient que difficilement trouver une place dans l'univers impitoyable de la grande distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;contact@serendip-livres.fr&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Enjeux et cartographies de la cha&#238;ne du livre</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Enjeux-et-cartographies-de-la</link>
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		<dc:date>2017-01-27T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis, S&#233;ditions Graphiques</dc:creator>


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		<dc:subject>&#233;diteurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Carte r&#233;alis&#233;e pour le journal CQFD n&#176;146 (septembre 2016) par S&#233;ditions graphiques &#192; t&#233;l&#233;charger ici : Cartographie critique du secteur du livre 2016 Chaque ann&#233;e, le march&#233; du livre se concentre davantage entre les mains de grands groupes industriels, de moins en moins li&#233;s historiquement aux m&#233;tiers de l'&#233;dition. Il en va par exemple ainsi de Scor assurances dirig&#233; par Denis Kessler, ex vice-r&#233;sident du Medef qui a rachet&#233; les prestigieuses Presses universitaires de France, ou de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vente" rel="tag"&gt;vente&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/editeurs" rel="tag"&gt;&#233;diteurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1808 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/-114-d821e.jpg?1782795814' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p align=center&gt; Carte r&#233;alis&#233;e pour le journal &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;146 (septembre 2016) &lt;br class='manualbr' /&gt;par S&#233;ditions graphiques&lt;/p&gt;
&lt;p align=center&gt; &#192; t&#233;l&#233;charger ici :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1807 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 101.5 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1786527710' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cartographie critique du secteur du livre 2016&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Chaque ann&#233;e, le march&#233; du livre se concentre davantage entre les mains de grands groupes industriels, de moins en moins li&#233;s historiquement aux m&#233;tiers de l'&#233;dition. Il en va par exemple ainsi de Scor assurances dirig&#233; par Denis Kessler, ex vice-r&#233;sident du Medef qui a rachet&#233; les prestigieuses Presses universitaires de France, ou de Lagard&#232;re, qui, apr&#232;s avoir fait fortune gr&#226;ce &#224; la vente d'armes d&#233;tient aujourd'hui Hachette, Grasset, Fayard, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diffusion-distribution, m&#233;tier peu valorisant consistant &#224; promouvoir les nouveaut&#233;s dans les lieux de vente et &#224; assurer la livraison des commandes, s'est rendue ma&#238;tre du secteur, g&#233;n&#233;rant les meilleurs chiffres d'affaire et orientant les choix de publication des &#233;diteurs en fonction de la rentabilit&#233; des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux points de vente, ils ont aussi &#233;volu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : les librairies ne repr&#233;sentant plus qu'une vente sur cinq. Le reste se distribue entre Internet (Amazon, Decitre, etc.), les Relay d&#233;tenus par Hachette/Lagard&#232;re (qui ont su cr&#233;er un monopole dans les gares g&#233;n&#233;rateur d'arbitraire dans le choix des titres) ou les grandes surfaces (Auchan, Leclerc, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte r&#233;alis&#233;e en septembre 2016 pour le dossier du &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;num&#233;ro n&#176;146&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#034;Des livres et des luttes&#034; permet de saisir en quoi la po&#233;sie, la critique, la pens&#233;e et la vivacit&#233; que les livres promettaient de conserver dans leurs pages sont en train d'&#234;tre assassin&#233;s par les logiques du march&#233; et le n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, des collectifs et des structures ind&#233;pendants et audacieux continuent de combattre (voir ci-dessous), et le num&#233;ro 146 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; partage avec ses lecteurs et lectrices certaines de ces luttes. Pour le commander, c'est ici : &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-faut-debourser&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-fa...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1809 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L434xH600/-115-50cf1.jpg?1782684579' width='434' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;p align=center&gt; Sch&#233;ma &#224; t&#233;l&#233;charger ici :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1810 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-4.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.3 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1786527710' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Livres : une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Virus est n&#233; en 1991, avec une &#233;quipe dont il ne reste plus personne aujourd'hui. Dans ces ann&#233;es-l&#224;, la gauche s'est reconfigur&#233;e &#224; partir des groupes form&#233;s dans les ann&#233;es 1970, et de ceux de la Transition d&#233;mocratique (le r&#233;gime d&#233;mocratico-lib&#233;ral qui s'est impos&#233; depuis une quarantaine d'ann&#233;es). Un nouveau tissu de dissidences s'est alors fabriqu&#233;, avec le mouvement des occupations (squats et centres sociaux). 1992 marque l'ann&#233;e de grandes mobilisations dans l'&#201;tat espagnol, celle de la comm&#233;moration des 500 ans du g&#233;nocide latino-am&#233;ricain, et surtout celles contre les Jeux Olympiques de Barcelone et de l'Exposition universelle &#224; S&#233;ville en 1992. Ces deux derniers &#233;v&#233;nements sont le point culminant de ce qui s'est tram&#233; durant la Transition : le pacte entre le franquisme et la ploutocratie des classes dominantes au sein du gouvernement. C'est le triomphe de la modernit&#233; capitaliste dans le pays. Et c'est dans ce contexte qu'est n&#233; Virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#233; dans une librairie de la gauche radicale, El Lokal, rue de la Cera, dans le quartier du Raval, qui existe depuis 1982. Au d&#233;part, c'&#233;tait une agence de presse alternative et une structure de diffusion de fanzines et revues. De l&#224; est n&#233;e une maison d'&#233;dition libertaire, publiant des essais et des t&#233;moignages historiques sur la guerre d'Espagne. La question de cr&#233;er en m&#234;me temps une structure de distribution pour les livres s'est impos&#233;e d&#232;s le d&#233;part. C'est une condition d'autonomie, d'une part, et de diffusion large &#8211; m&#234;me dans le circuit commercial. Virus est bic&#233;phale : une maison d'&#233;dition avec une huitaine de parutions par an et une structure de diffusion/distribution avec une cinquantaine d'&#233;diteurs dans son catalogue &#8211; de la micro-&#233;dition aux grands &#233;diteurs camarades comme Traficantes de Sue&#241;os ou Pepitas de Calabaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le statut d'entreprise, mais fonctionnons en coop&#233;rative, de mani&#232;re horizontale, et sans aide publique ; on cherche parfois des subventions, mais il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'&#201;tat pour la culture, d'autant moins quand elle est critique ! Tout le monde a le m&#234;me salaire, en temps plein, sans diff&#233;rence de statut ni d'anciennet&#233;. La prise de d&#233;cision est toujours collective, tant sur nos choix &#233;ditoriaux que sur nos strat&#233;gies de distribution, comme par exemple pour d&#233;cider de qui entre au catalogue ou pas. Nous faisons des assembl&#233;es tous les quinze jours, une fois pour l'&#233;ditorial et discuter de &#171; th&#233;orie &#187;, une fois pour la distribution et parler des aspects techniques. Il y a six personnes qui travaillent ici : une pour la coordination des &#233;ditions et la communication, une pour la comptabilit&#233; et l'administratif, deux pour le travail commercial de pr&#233;sentation des nouveaut&#233;s aux librairies, et deux personnes en charge du travail logistique (les r&#233;ceptions, les envois, le stock).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virus distribue les livres dans deux types de milieux : 45% dans le milieu alternatif et engag&#233; (centres sociaux, squats, librairies associatives et politiques &#8211; il y en a environ 25 en Catalogne), et le reste dans les librairies conventionnelles (environ 150 en Catalogne). Ensuite, nous distribuons aussi les &#233;diteurs catalans hors de la r&#233;gion. Certains &#233;diteurs choisissent de confier leur catalogue &#224; de grands diffuseurs-distributeurs pour les librairies conventionnelles et nous confient leurs titres pour les lieux alternatifs. Puis reproduisent le m&#234;me sch&#233;ma dans chaque r&#233;gion. Les conditions sont les m&#234;mes pour les librairies que pour les lieux alternatifs, mais nous nous adaptons aux situations de chacun, en donnant parfois une confiance de base &#224; certains squats qui viennent de s'ouvrir, ou en leur proposant un syst&#232;me de d&#233;p&#244;t-vente. On est toujours &#233;tonn&#233;s de voir que beaucoup de collectifs autog&#233;r&#233;s sont aussi s&#233;rieux voire plus que les commerces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela cr&#233;e un syst&#232;me un peu compliqu&#233; &#224; g&#233;rer, mais il permet de d&#233;centraliser la r&#233;partition des livres, et donc de gagner &#224; la fois en ind&#233;pendance, puisqu'il n'y a pas d'exclusivit&#233;, et en volume de diffusion, car plus de lieux sont visit&#233;s. Nous m&#234;mes, qui faisons &#224; la fois de l'&#233;dition et de la distribution, nous passons par dix autres structures amies pour distribuer nos livres dans tout l'&#201;tat espagnol, et nous sous-traitons quelques-uns de nos &#233;diteurs catalans &#224; ces m&#234;mes structures. Cela dit, on sent aujourd'hui la tension s'amplifier dans le secteur de la diffusion/distribution : les gros distributeurs cherchent &#224; faire signer des contrats d'exclusivit&#233; avec les &#233;diteurs et les libraires, accentuant ainsi la concentration des capitaux. Mais depuis la crise de 2008 dans le pays, les &#233;ditions ou les librairies critiques et politiques, hors des grands groupes, sont en pleine croissance. Et les fonctionnements horizontaux comme le n&#244;tre se multiplient. Doucement mais s&#251;rement. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La Brique dans la vitrine</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-Brique-dans-la-vitrine</link>
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		<dc:date>2013-03-07T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias</dc:subject>
		<dc:subject>journal</dc:subject>
		<dc:subject>association</dc:subject>
		<dc:subject>Lille</dc:subject>
		<dc:subject>structure</dc:subject>
		<dc:subject>brique</dc:subject>
		<dc:subject>amis</dc:subject>
		<dc:subject>Structure l&#233;gale</dc:subject>
		<dc:subject>ligne &#233;ditoriale</dc:subject>
		<dc:subject>statuts horizontaux</dc:subject>
		<dc:subject>Lille Sud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce sont un peu nos frangins du Nord. &#192; Lille, tous les deux mois, les animateurs du journal La Brique ma&#231;onnent leur &#171; 65 grammes de critique sociale bien servie &#187; avec une &#226;me d'artisans. Pour avoir une id&#233;e de la ligne &#233;ditoriale du journal, il suffit de jeter un &#339;il dans l'ours : &#171; Structure l&#233;gale : Association Les Amis de La Brique, &#224; statuts horizontaux et &#224; but non lucratif. Directeur tournant (sur lui-m&#234;me) de publication : [le nom est diff&#233;rent &#224; chaque publication]. Chef (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no107-janvier-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;107 (janvier 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Medias-8" rel="tag"&gt;M&#233;dias&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/journal" rel="tag"&gt;journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/association-1448" rel="tag"&gt;association&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lille" rel="tag"&gt;Lille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/structure" rel="tag"&gt;structure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/brique" rel="tag"&gt;brique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/amis-10660" rel="tag"&gt;amis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Structure-legale" rel="tag"&gt;Structure l&#233;gale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/statuts-horizontaux" rel="tag"&gt;statuts horizontaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lille-Sud" rel="tag"&gt;Lille Sud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce sont un peu nos frangins du Nord. &#192; Lille, tous les deux mois, les animateurs du journal &lt;a href=&#034;http://labrique.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; ma&#231;onnent leur &lt;i&gt;&#171; 65 grammes de critique sociale bien servie &#187;&lt;/i&gt; avec une &#226;me d'artisans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour avoir une id&#233;e de la ligne &#233;ditoriale du journal, il suffit de jeter un &#339;il dans l'ours : &lt;i&gt;&#171; Structure l&#233;gale : Association Les Amis de La Brique, &#224; statuts horizontaux et &#224; but non lucratif. Directeur tournant (sur lui-m&#234;me) de publication : [le nom est diff&#233;rent &#224; chaque publication]. Chef v&#233;ritable : Yapadchef. M&#233;c&#232;nes : quiconque adh&#232;re &#224; l'association, diffuse, ach&#232;te ou vole le journal. &#187;&lt;/i&gt; Cela va faire cinq ans que &lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;, bimestriel sp&#233;cialis&#233; dans les &lt;i&gt;&#171; infos et enqu&#234;tes de Lille et d'ailleurs &#187;&lt;/i&gt;, existe. Cinq ans que ce canard sans pub ni subvention glisse son poil &#224; gratter sous les fesses des &#233;lus locaux et des deux mastodontes de la presse lilloise : &lt;i&gt;&#171; La Brique est le seul journal qui puisse dire que &lt;/i&gt; La Voix du Nord &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; Nord &#201;clair &lt;i&gt;ne sont que des torchons publicitaires, et le d&#233;montrer. Le seul qui enqu&#234;te sur des pollutions au plomb en plein quartier populaire &#224; Lille Sud. Le seul qui &#233;crive sur des bavures polici&#232;res ; le racisme ordinaire ; les expulsions de pauvres de leur quartier ; l'&#233;cologie citoyenne &#224; la mords-moi-le-n&#339;ud ; la lesbophobie institutionnelle ; l'absurdit&#233; des politiques migratoires ; l'histoire ouvri&#232;re et la culture populaire face &#224; la machine de guerre Lille 3 000 ; d'autres mani&#232;res de concevoir l'habitat, l'&#233;ducation&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour 3000 dollars de plus &#187;, La Brique, n&#176;30, janvier/f&#233;vrier 2012.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le canard est disponible en kiosque et chez certains &lt;i&gt;&#171; dealers &#187;&lt;/i&gt; (boulangeries, laveries, bars&#8230;), mais ses membres ont aussi &#224; c&#339;ur de vendre eux-m&#234;mes leur br&#251;lot. Tomjo : &lt;i&gt;&#171; Si on a fait le choix de faire un journal papier, c'est pour pouvoir aller &#224; la rencontre des gens. On fait des ventes &#224; la cri&#233;e sur les march&#233;s ou bien accompagn&#233;s de fanfares. Seize pages papier plut&#244;t qu'un blog, ce choix nous oblige &#224; garder un maximum de concision, &#224; travailler nos textes avec de vraies attaques, des chutes. Du coup &#231;a &#233;vite le bavardage. Il me semble que &#231;a va dans le sens du respect du lecteur. &#187;&lt;/i&gt; Le choix du papier s'inscrit aussi dans une certaine tradition de la presse libre et ind&#233;pendante : &lt;i&gt;&#171; En faisant ce journal, le but &#233;tait de montrer qu'on pouvait faire ce que font les m&#233;dias traditionnels avec nos bagages culturels et nos propres moyens&lt;/i&gt;, compl&#232;te Jan. &lt;i&gt;M&#234;me si le c&#244;t&#233; pr&#233;caire de notre ind&#233;pendance fait qu'on a un perp&#233;tuel besoin d'argent. Aucun d'entre nous n'a fait d'&#233;cole de journalisme, nous nous sommes appropri&#233; les pratiques journalistiques comme le travail d'enqu&#234;te et de documentation, le croisement des sources, pour porter des voix dissidentes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; faire prendre cette mayonnaise permettant &#224; des personnes de sensibilit&#233;s diff&#233;rentes de s'exprimer dans un projet commun. Jan se souvient : &lt;i&gt;&#171; Quand je suis venu proposer mes po&#233;sies, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; &#233;vident, car &#231;a collait pas avec le style du canard. Et puis avec le temps, la chronique &#8220;Po&#232;tes vos papiers&#8221; est devenue une des plus r&#233;guli&#232;res. &#187;&lt;/i&gt; De son c&#244;t&#233;, Tomjo esquisse une analyse : &lt;i&gt;&#171; Au journal, on se retrouve sur une critique de l'urbanisation, de la gentrification des quartiers populaires du centre-ville de Lille. Ici, on souffre pas mal de la pauvret&#233; et d'une image gris&#226;tre. Du coup, la r&#233;gion tente de d&#233;velopper son image pour devenir attrayante. &#187;&lt;/i&gt; Lille 3000, sorte de ravalement de fa&#231;ade &#224; caution culturelle, est r&#233;guli&#232;rement brocard&#233; par &lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt; comme une op&#233;ration visant &#224; liquider le populaire, au cours de laquelle la ville &lt;i&gt;&#171; se mus&#233;ifie pour attirer les touristes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; qui profite Lille 3000 ? &#187;, La Brique, n&#176;14, mai 2009.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Autre &#233;v&#233;nement pour lequel le journal s'est mobilis&#233; &#224; plein : la lutte des immigr&#233;s. Une lutte longue et douloureuse qui est mont&#233;e d'un cran en novembre dernier depuis que des sans-papiers se sont mis en gr&#232;ve de la faim pour obtenir leur r&#233;gularisation. &lt;i&gt;&#171; Notre position, c'est de nous mettre au c&#244;t&#233; des personnes en lutte&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Jan.&lt;i&gt; Il nous faut faire un travail de mise en perspective : expliquer pourquoi les gens quittent leur pays et lier cela &#224; l'histoire coloniale fran&#231;aise, d&#233;monter les clich&#233;s v&#233;hicul&#233;s par la presse locale. R&#233;sultat, quand nous &#233;crivons que deux sans-papiers sous-aliment&#233;s se font scotcher et b&#226;illonner dans un avion apr&#232;s cinquante-neuf jours de gr&#232;ve de la faim, La Voix du Nord parle sommairement de deux expulsions, sans rien dire des conditions dans lesquelles elles se sont d&#233;roul&#233;es. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://labrique.net/numeros/numero-30-janvier-fevrier-2012/article/pour-3000-dollars-de-plus&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Pour 3000 dollars de plus &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;, n&#176;30, janvier/f&#233;vrier 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://labrique.net/numeros/numero-14-mai-2009/a-qui-profite-lille3000/article/a-qui-profite-lille3000&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#192; qui profite Lille 3000 ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;, n&#176;14, mai 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;duc fait du chiffre !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-educ-fait-du-chiffre</link>
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		<dc:date>2010-11-01T19:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet, Juliette Volcler</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Nous vous avions pr&#233;venus, dans le num&#233;ro d'&#233;t&#233; : &#224; peine d&#233;bauch&#233;s, nous allions s&#251;rement rencontrer des gens &#224; qui tendre le dictaphone. Bingo ! Estelle, Antoine et Laetitia, assistante sociale et &#233;ducateurs, grenouillent dans des associations de r&#233;insertion sociale depuis de nombreuses ann&#233;es pour les premiers, depuis quelques mois pour la troisi&#232;me. Ils s'usent dans des bo&#238;tes qui, sectorisation du &#171; march&#233; &#187; oblige, prennent en charge pour les unes des prostitu&#233;es, pour les autres des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no81-septembre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;81 (septembre 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/structure" rel="tag"&gt;structure&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous vous avions pr&#233;venus, dans le num&#233;ro d'&#233;t&#233; : &#224; peine d&#233;bauch&#233;s, nous allions s&#251;rement rencontrer des gens &#224; qui tendre le dictaphone. Bingo ! Estelle, Antoine et Laetitia&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour garantir leur anonymat &#8211; et leur boulot ! &#8211; les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, assistante sociale et &#233;ducateurs, grenouillent dans des associations de r&#233;insertion sociale depuis de nombreuses ann&#233;es pour les premiers, depuis quelques mois pour la troisi&#232;me. Ils s'usent dans des bo&#238;tes qui, sectorisation du &#171; march&#233; &#187; oblige, prennent en charge pour les unes des prostitu&#233;es, pour les autres des m&#232;res c&#233;libataires, des toxicomanes, des mineurs en gal&#232;re ou des personnes &#224; la rue. Qu'importe, ils font tous trois le m&#234;me constat : dans le social comme ailleurs, il faut &#234;tre rentable. Ici aussi, dans leurs formations comme sur le terrain, la culture du r&#233;sultat s'est impos&#233;e. Pas grave si la mati&#232;re premi&#232;re vit, respire, d&#233;sire, r&#234;ve &#8211; et souffre, souvent. &lt;i&gt;&#171; J'&#233;tais fier de faire ce travail, c'&#233;tait un boulot militant&lt;/i&gt;, lance Antoine. &lt;i&gt;Aujourd'hui, &#233;tant donn&#233; les r&#232;gles que l'on doit appliquer, j'en ai parfois honte. &#187;&lt;/i&gt; Tttt&#8230; On lance l'enregistrement, et vous nous expliquez, d'ac' ? Ils nous ont parl&#233; longuement. Nous en sommes ressortis sonn&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Quelle est la taille des bo&#238;tes dans lesquelles vous travaillez ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laetitia&lt;/strong&gt; : Ce sont de tr&#232;s grosses structures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Antoine&lt;/strong&gt; : Des trusts, m&#234;me ! G&#233;n&#233;ralement, ce sont des bo&#238;tes qui appartiennent &#224; des grands groupes o&#249; l'on trouve toutes sortes d'activit&#233;s : pas seulement du social, mais aussi de la presse, de l'informatique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Estelle&lt;/strong&gt; : Le groupe SOS, par exemple, est national. Il comporte 200 bo&#238;tes, des milliers de salari&#233;s&#8230; Ils ont des boutiques de commerce &#233;quitable, une agence immobili&#232;re. Auparavant, il y avait des bo&#238;tes de cinq ou six personnes, mais elles ont tendance &#224; dispara&#238;tre. Maintenant, elles ont au minimum cinquante ou soixante salari&#233;s. Je connais m&#234;me une association qui a investi dans l'immobilier pour d&#233;montrer qu'elle avait les reins solides, qu'elle pouvait faire face aux nouvelles politiques sociales. Au sein des conseils d'administration aussi, &#231;a a &#233;volu&#233; : ils sont compos&#233;s de personnes qui n'ont jamais travaill&#233; sur le terrain, qui sont des gestionnaires, et ce sont eux qui recrutent les directeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se fait-il que ces questions sociales soient g&#233;r&#233;es par des associations, alors que cela pourrait relever du domaine public ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : C'est une sorte de sous-traitance qui permet une gestion plus souple du personnel ! Aujourd'hui, les associations ferment parce qu'elles n'ont pas les budgets d'une ann&#233;e sur l'autre. Fonctionnaires, on ne pourrait pas nous rayer de la carte aussi facilement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. &lt;/strong&gt; : Parmi toutes ces associations, beaucoup sont n&#233;es dans les ann&#233;es 60. Dans l'apr&#232;s-guerre, on a consid&#233;r&#233; que la pauvret&#233; n'&#233;tait pas due aux seuls individus, mais &#224; une absence d'accompagnement. On a donc assist&#233; &#224; la cr&#233;ation de nombre de structures. Mais, progressivement, l'&#201;tat s'est aper&#231;u que cela lui permettait d'en d&#233;l&#233;guer la gestion. Actuellement, il finance par l'interm&#233;diaire des conseils g&#233;n&#233;raux et des Ddass qui attribuent les subs, puis exige des r&#233;sultats. Par le pass&#233;, il y avait beaucoup moins de contr&#244;les, on faisait confiance aux travailleurs sociaux. Ce n'est plus le cas depuis les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que s'est-il pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Nous aussi, nous sommes entr&#233;s dans une logique avant tout &#233;conomique. Nous travaillons dans des associations loi 1901, &#224; but non lucratif, mais le social est devenu un business ! Pour parler d'une personne en difficult&#233;, nous employons des termes comme &#171; diagnostic &#187;, &#171; objectif &#187;, &#171; &#233;valuation &#187;, &#171; dur&#233;e de prise en charge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L. &lt;/strong&gt; : Le dipl&#244;me de chef de service, par exemple, a totalement chang&#233;. Les trois quarts de la formation sont constitu&#233;s de gestion et de management. Quant &#224; la formation d'&#233;ducateur sp&#233;cialis&#233;, elle pr&#233;pare &#224; poser un diagnostic en un mois, &#224; mettre en place un projet en un mois, puis &#224; faire une &#233;valuation interm&#233;diaire avant d'en faire une finale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Je connais une structure o&#249; les personnes accueillies signent un contrat stipulant que l'association a une obligation de moyens, mais non de r&#233;sultat. C'est exactement le contraire ! Pour moi, on n'a plus d'obligation de moyens, il n'est plus n&#233;cessaire de se d&#233;carcasser pour eux. On peut m&#234;me dire qu'il ne vaut mieux pas, sinon on s'entend dire qu'on est &lt;i&gt;&#171; trop dans la proximit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Par contre, eux ont int&#233;r&#234;t &#224; s'en sortir, eux ont vraiment une obligation de r&#233;sultat s'ils ne veulent pas se faire d&#233;gager de la structure. On ne parle plus de sujet, mais de dossier, de num&#233;ro. On leur explique o&#249; ils en sont, o&#249; ils doivent aller, et comment ils vont y parvenir. Leur histoire, leur parcours, leur souffrance psychique sont mis de c&#244;t&#233;. Quand une personne se pr&#233;sente, nous devons avoir des solutions &#224; lui proposer avant m&#234;me de la conna&#238;tre. Et si les solutions ne conviennent pas, on consid&#232;re que c'est la personne qui n'est pas adapt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Quand cela ne fonctionne pas, on ne fait que renvoyer les gens qu'on accueille &#224; des &#233;checs. S'ils ne viennent plus au rendez-vous, on entend dire : &lt;i&gt;&#171; Il ne veut plus travailler avec nous, donc il n'a plus rien &#224; faire ici, il faut le virer. &#187;&lt;/i&gt; Ou alors : &lt;i&gt;&#171; Elle n'a pas assez connu la gal&#232;re, il faut qu'elle aille un peu dans la rue. Apr&#232;s, peut-&#234;tre qu'elle acceptera notre aide. &#187; &lt;/i&gt; Ce sont des phrases de travailleurs sociaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Si on re&#231;oit ces personnes, c'est qu'il y a une grosse probl&#233;matique, un cumul de difficult&#233;s. Il est impossible de trouver des solutions en six ou dix-huit mois alors que &#231;a fait vingt ans qu'elles gal&#232;rent ! Et puis, on est confront&#233;s &#224; des difficult&#233;s qui n'existaient pas il y a trente ou quarante ans, notamment pour ce qui est de l'acc&#232;s &#224; l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous des comptes &#224; rendre aux organismes de tutelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Un rapport d'activit&#233;s est pr&#233;sent&#233; tous les ans, avec quantit&#233; de chiffres. On indique le nombre de personnes entr&#233;es, de personnes sorties, ce qu'elles ont fait ensuite : si elles sont sorties avec un CDD ou un CDI, un logement, une orientation, ou si elles sont reparties &#224; la rue&#8230; Tout est quantifi&#233;, avec profusion de &#171; camemberts &#187; et de statistiques. Ils ont d&#233;termin&#233; des indicateurs pour quantifier notre travail et, du coup, ils ont multipli&#233; le nombre de papiers &#224; remplir : le livret d'accueil, le contrat d'h&#233;bergement, la charte des droits et libert&#233;s de l'usager, le r&#232;glement int&#233;rieur&#8230; Quand une personne entre, on lui remet une tonne de paperasse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel projet de r&#233;insertion est d&#233;fendu dans ces associations ? Et est-ce qu'il peut exister un projet alternatif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Non, c'est assez rigide. De toute fa&#231;on, quand une personne passe la porte d'une structure sociale, elle va pr&#233;senter soit une demande d'h&#233;bergement, soit une demande de soins, soit autre chose de bien sp&#233;cifique. Le projet sera enti&#232;rement construit en fonction de la sp&#233;cialisation de l'association. La personne ne pourra pas envisager un projet distinct de cette premi&#232;re demande &#233;tablie avec la structure. Un projet de voyage, de rencontre ou de d&#233;couverte, ce n'est pas envisageable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Le bien-&#234;tre ou l'&#233;panouissement passent apr&#232;s. D'abord, la personne doit trouver un boulot. M&#234;me s'il n'y en a pas, d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. &lt;/strong&gt; : Dans une structure, avec des coll&#232;gues, nous avions mont&#233; un projet avec un lieu associatif. Nous y allions trois fois par mois avec les gens que nous suivions. Rien d'&#233;norme : nous nous rendions simplement sur un lieu o&#249; une autre asso nous accueillait. La bataille que cela a provoqu&#233;e, en interne ! Convocations, menaces de non-renouvellement des contrats&#8230; Le chef voulait savoir pourquoi nous y allions et ce que nous y faisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : On expliquait qu'on n'avait pas d'objectifs pr&#233;cis, et que c'&#233;tait justement l&#224; l'int&#233;r&#234;t. Le lieu n'&#233;tait qu'un pr&#233;texte, un pr&#233;texte &#224; tout, on allait voir ce qui allait se passer. C'&#233;tait une exp&#233;rience : le but n'&#233;tait pas forc&#233;ment qu'ils sachent faire ceci ou cela &#224; la fin de l'activit&#233;, mais qu'ils puissent rigoler, s'asseoir, passer du temps ensemble&#8230; On se posait en tant qu'observateurs, et non pas en tant que d&#233;tenteurs du savoir et du sens. Mais c'est impensable dans le social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Du coup, on nous a demand&#233; une &#233;valuation, des bilans&#8230; De quantifier ce qui n'est pas quantifiable. Il a fallu qu'on pose des chiffres sur ce qui se passait dans ce lieu : combien de jeunes s'y rendaient, combien de fois ils y sont revenus, combien s'en sont sortis professionnellement en &#233;tant pass&#233;s dans ce lieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.&lt;/strong&gt; : Quel &#233;tait le nombre &lt;i&gt;&#171; d'interactions &#187;&lt;/i&gt; !&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Aujourd'hui, si on passe trente minutes avec une personne, il faut pouvoir les justifier : c'est pour faire un dossier CMU, un dossier APL. On ne peut pas &#8211; simplement ! &#8211; passer un moment avec elle. Les chefs de service contr&#244;lent quotidiennement les emplois du temps, qui doivent &#234;tre extr&#234;mement d&#233;taill&#233;s. On n'a plus le temps d'entrer en relation avec les personnes qu'on re&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Quand on est &#224; l'ext&#233;rieur, la direction ne sait pas ce que l'on fait et consid&#232;re donc que l'on ne travaille pas. Sauf si on fait un accompagnement &#224; la Mission locale, par exemple. Le travail, c'est quand on fait des d&#233;marches. Notre boulot n'est pas syst&#233;matiquement palpable puisqu'on bosse sur l'humain. Mais ils essayent de le quantifier un maximum, de le rationaliser. Les associations, en ce moment, ach&#232;tent un logiciel de diagnostic qui co&#251;te tr&#232;s cher. Il comporte pr&#232;s de 200 questions qui doivent permettre d'&#233;valuer l'autonomie des personnes que l'on accueille. En face de chaque question, il y a &lt;i&gt;&#171; acquis &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; non acquis &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; non &#233;voqu&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Si c'est acquis, &#231;a fait un point, si ce n'est pas acquis, moins un, et z&#233;ro si c'est non &#233;voqu&#233;. &#192; la fin, le score d&#233;termine ce qu'on va devoir faire avec la personne les mois qui viennent. C'est presque de la voyance ! Ensuite, il y a des calculs beaucoup plus compliqu&#233;s qui sont cens&#233;s pr&#233;dire le caract&#232;re de la personne qu'on a en face de soi. Cela indique les comp&#233;tences non acquises, donc dans quel domaine on va travailler avec elle : professionnel, familial&#8230; Il y a un tableau avec de l'alg&#232;bre, des &lt;i&gt;&#171; R plus &#187;&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;&#171; C moins &#187;&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;&#171; sup&#233;rieur &#224; &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Avec &#231;a, on sait, par exemple, si la personne est timide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les personnes qui se pr&#233;sentent chez vous doivent donc passer un examen&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Oui, elles ont un entretien du social ! Elles doivent pr&#233;senter une demande pr&#233;cise et &#234;tre dans la &#171; norme &#187; : ne pas avoir de revenu, ne pas avoir d'h&#233;bergement, avoir entre 18 et 25 ans dans telle association, &#234;tre toxicomane dans telle autre, et ensuite savoir expliquer de quoi elles ont besoin, d&#233;finir leur projet personnel et professionnel. Tout &#231;a au moment de l'entretien ! &#192; partir de cette demande, on juge en r&#233;union d'&#233;quipe si elles peuvent rentrer ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Aujourd'hui, il faut avoir un discours adapt&#233; pour entrer dans une structure sociale. Et il faut trouver le juste &#233;quilibre car, si la personne arrive un peu trop bien habill&#233;e, on va en conclure qu'elle n'a pas besoin de nous. Alors qu'elle a fait des efforts terribles pour bien pr&#233;senter. Mais si elle est trop sale, &#231;a ne convient pas non plus, on dit qu'elle est &lt;i&gt;&#171; trop loin de l'insertion &#187;&lt;/i&gt;. Et quand on a une place de libre, on pr&#233;s&#233;lectionne quatre candidats, comme pour l'entr&#233;e dans une grande &#233;cole de commerce, puis on d&#233;cide lequel on prend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Ensuite, on leur fait signer un contrat d'h&#233;bergement &#8211; si c'est pour un Centre d'h&#233;bergement et de r&#233;insertion sociale &#8211; et un contrat de prise en charge. C'est comme un contrat d'insertion : la personne a des objectifs &#224; atteindre, un projet &#224; &#233;tablir. C'est le m&#234;me syst&#232;me que le RSA, on contractualise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Un contrat ! Comme si on &#233;tait &#233;gaux, alors qu'on bosse dans une bo&#238;te, on a des bureaux, des ordinateurs, et l'autre il n'a rien que la rue. On leur explique qu'ils rentrent chez nous, mais qu'il faut d&#233;j&#224; penser &#224; la sortie, que nous ne sommes qu'un tremplin, qu'il ne faut surtout pas s'installer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. &lt;/strong&gt; : Quand ils entrent dans une structure, ils doivent d&#233;j&#224; avoir leur projet de sortie. Et plus ils sont fracass&#233;s, plus on leur demande de projets ! Quand quelqu'un remplit un dossier de demande d'allocation adulte handicap&#233;, par exemple, il doit d&#233;crire son projet de vie. Un jeune gars avait mis : &lt;i&gt;&#171; Ben, je vais travailler, avoir un chien, et puis une femme. &#187; &lt;/i&gt; Ils ne demandent pas la lune, ils sont comme tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce qu'une telle bureaucratisation ne fait pas fuir ceux qui vivent dans une gal&#232;re noire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Pas tant que &#231;a. Ils sont tellement dans la merde&#8230; Et puis, s'ils ne sont pas contents, on leur fait comprendre qu'ils peuvent s'en aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Certains repartent &#224; la rue. Les personnes dont on s'occupe, notamment les jeunes, sont per&#231;us comme des gens dangereux, ils font peur. Ils ont parfois fait de la prison, mais en r&#233;alit&#233; on ne peut pas s'imaginer &#224; quel point ils sont dociles au regard de ce qu'ils vivent au quotidien. C'est fou ce que l'&#234;tre humain peut encaisser. Et moins il a, plus il accepte. Mais quand ils disent qu'on ne les entend que quand ils p&#232;tent tout, je pense qu'ils n'ont pas tout &#224; fait tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. &lt;/strong&gt; : Ce sont des gens qui culpabilisent beaucoup. Dans les structures d&#233;di&#233;es aux majeurs, &#231;a explose peu, ils ont int&#233;gr&#233; le discours comme quoi ce sont eux les fautifs. Quand ils arrivent, ils disent : &lt;i&gt;&#171; Je sais, c'est ma faute, je sais, je n'ai pas fait &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; On a tout &#224; d&#233;construire avant de pouvoir amorcer une discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Cette culpabilit&#233; est cultiv&#233;e, notamment par rapport &#224; l'emploi. Combien de fois on entend dire qu'ils ne trouvent pas de travail parce qu'ils le veulent bien ? Pourtant, les statistiques du ch&#244;mage, surtout chez les jeunes de dix-huit &#224; vingt-cinq ans,sont assez explicites ! Mais par contre, on leur dit de ne pas bosser au black, parce que c'est ill&#233;gal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels rapports avez-vous avec la police ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. &lt;/strong&gt; : Elle nous appelle r&#233;guli&#232;rement pour nous dire qu'ils sont incarc&#233;r&#233;s, ou en garde &#224; vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Ou pour nous demander des informations. Mais on ne l&#226;che rien. Parfois, ils viennent nous voir en nous disant : &lt;i&gt;&#171; Dites-nous quand est-ce qu'il vient, comme &#231;a on l'interceptera &#224; son arriv&#233;e. &#187;&lt;/i&gt; On refuse, bien s&#251;r. Mais un directeur ne se g&#234;nerait pas pour donner l'adresse d'un jeune. On a affaire &#224; de la d&#233;linquance de survie, ce n'est pas de la d&#233;linquance financi&#232;re ou des braquages de banque. C'est le vol d'un portable dans la rue, &#224; un gars un peu plus faible, bien s&#251;r. Il faut &#234;tre dur pour garder la t&#234;te hors de l'eau, mais c'est de la mis&#232;re, pas autre chose. Des filles peuvent se prostituer pour un sandwich, pour dormir dans un h&#244;tel et non dans la rue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Nous sommes souvent en relation avec la prison puisque beaucoup sont sous contr&#244;le judiciaire. Et on est en d&#233;calage complet avec le temps judiciaire. On construit quelque chose, la personne trouve un boulot ou commence un traitement, et, du jour au lendemain, la police l'embarque pour une vieille histoire. Retour en prison, on recommence &#224; z&#233;ro. C'est comme &#231;a en permanence, et &#231;a leur met une pression &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Dans l'institution, on aborde ces personnes comme si elles &#233;taient prises dans un temps lin&#233;aire. Alors que l'&#234;tre humain, ce n'est pas &#231;a. Il y a des hauts, des bas, des retours en arri&#232;re, des doutes. Mais non, ils ont six mois, ils doivent s'en sortir dans ce temps imparti. C'est marche ou cr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles formes de r&#233;sistances pouvez-vous cr&#233;er dans vos structures ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Une mani&#232;re de r&#233;sister, c'est simplement de devenir potes avec deux, trois coll&#232;gues, de se voir, et de refaire le monde ! Ou d'&#233;laborer un projet comme celui sur le lieu associatif. Ou encore d'arriver &#224; se r&#233;server des moments informels avec les gens qu'on accueille. Quand on est hors cadre, il peut se passer &#233;norm&#233;ment de choses avec eux, parce qu'on peut s'asseoir l'un en face de l'autre, sans rien faire. C'est souvent l&#224; qu'il s'en dit le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L.&lt;/strong&gt; : Lors de ces moments caf&#233;-clopes, o&#249; il n'y a pas de dossiers, pas de papiers&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cela reste un mode de r&#233;sistance individuelle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E. &lt;/strong&gt; : Certes, on s'engueule avec notre hi&#233;rarchie, et &#231;a &#233;puise.Mais avec les gens qu'on re&#231;oit,on essaye encore de r&#233;fl&#233;chir, de faire autrement, et on arrive &#224; d&#233;gager une marge de manoeuvre. Je suis contente d'&#234;tre une simple salari&#233;e, et de ne pas faire partie des cadres, parce qu'ils ne sont plus que des gestionnaires. On a pens&#233; cr&#233;er notre propre structure, mais on se retrouverait rapidement en butte &#224; des probl&#232;mes de subventions et d'appels &#224; projets tr&#232;s pr&#233;cis. Il me semble qu'on a davantage de moyens d'agir &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A.&lt;/strong&gt; : Si nous avions notre association, il faudrait employer leur jargon et leur id&#233;ologie de gestionnaires pour obtenir les subventions n&#233;cessaires au fonctionnement. Plus tard, peut-&#234;tre, dans cinq ou six ans, quand la classe politique se rendra compte des erreurs faites aujourd'hui ! Parce que ce qui se passe dans le social actuellement cr&#233;e des dommages psychiques tr&#232;s violents. On nous fait croire que l'on fait des &#233;conomies, mais ce sont des &#233;conomies bien &#233;ph&#233;m&#232;res. Elles vont co&#251;ter tr&#232;s cher &#224; la soci&#233;t&#233;, dans les ann&#233;es &#224; venir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous restez tout de m&#234;me dans le m&#233;tier&#8230;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. &lt;/strong&gt; : J'ai plaisir &#224; travailler avec ces gens. Ce qui me p&#232;se le plus, c'est la hi&#233;rarchie, ce ne sont pas les personnes que je c&#244;toie au quotidien. Et puis, dans notre boulot, ce n'est pas pire qu'ailleurs. Mais il y a une r&#233;elle transformation de notre travail, &#231;a &#233;volue tr&#232;s vite. D'ailleurs, beaucoup d'&#233;ducateurs partent en live, se retrouvent &#224; l'h&#244;pital psychiatrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;E.&lt;/strong&gt; : Il y a un sentiment d'impuissance, parce que, choisir ce m&#233;tier, c'&#233;tait un moyen d'avoir un salaire tout en exer&#231;ant une profession compatible avec son &#233;thique personnelle. Le choix du travail social, c'&#233;tait se d&#233;marquer de l'entreprise, de la productivit&#233;, du management&#8230; Or ces pratiques arrivent dans nos bo&#238;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A. &lt;/strong&gt; : Je suis rentr&#233; dans ce m&#233;tier parce que j'ai toujours pens&#233; que c'est tr&#232;s facile de se retrouver en gal&#232;re, mais, qu'avec du temps et de la patience, on arrive &#224; des r&#233;sultats. Cela a &#233;t&#233; mon cas. Des gens m'ont suivi, encadr&#233;, encourag&#233;, et m'ont permis d'&#234;tre l&#224;. Mais aujourd'hui, on est dans l'instantan&#233;. Il faut des r&#233;sultats tout de suite. Mais l'&#234;tre humain, c'est tout sauf &#231;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour garantir leur anonymat &#8211; et leur boulot ! &#8211; les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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