<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=6059&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1782637830</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title> &#171; Le tourisme est une industrie de la compensation &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-tourisme-est-une-industrie-de</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-tourisme-est-une-industrie-de</guid>
		<dc:date>2018-09-23T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'on</dc:subject>
		<dc:subject>monde</dc:subject>
		<dc:subject>voyage</dc:subject>
		<dc:subject>cong&#233;s pay&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>tourisme</dc:subject>
		<dc:subject>touristique</dc:subject>
		<dc:subject>l'industrie touristique</dc:subject>
		<dc:subject>es-tu venu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde... Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s L'Usure du monde (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet Manuel de l'antitourisme (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien. Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ? &#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voyage" rel="tag"&gt;voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/conges-payes" rel="tag"&gt;cong&#233;s pay&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tourisme" rel="tag"&gt;tourisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/touristique" rel="tag"&gt;touristique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-industrie-touristique" rel="tag"&gt;l'industrie touristique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/es-tu-venu" rel="tag"&gt;es-tu venu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt; (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet &lt;i&gt;Manuel de l'antitourisme&lt;/i&gt; (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire assez fort chez moi, auquel s'est combin&#233; un int&#233;r&#234;t pour les sciences humaines : sociologie, ethnologie et anthropologie. Au fil de mes voyages, j'ai constat&#233; qu'il &#233;tait de plus en plus difficile d'&#233;chapper aux organisations touristiques. Cette pr&#233;occupation a donn&#233; lieu &#224; une th&#232;se de sociologie sur l'imaginaire du voyage, qui m'a renvoy&#233; &#224; l'analyse critique de ce ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent dans l'histoire de l'humanit&#233;. Pour qu'il y ait tourisme, il faut une mise en ordre touristique du monde, l'instauration d'un mod&#232;le &#233;conomique et culturel qui, contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, contribue &#224; d&#233;truire la diversit&#233; humaine et territoriale. Tourisme et soci&#233;t&#233; de consommation sont indissociables. Cette d&#233;nonciation ne va pas forc&#233;ment de soi &#8211; l'industrie touristique a longtemps b&#233;n&#233;fici&#233; d'un large consensus sur ses bienfaits. Comme si elle portait en elle une &#233;thique rendant toute critique difficile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH299/-835-f139f.jpg?1782638783' width='500' height='299' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, il s'agit quand m&#234;me d'une conqu&#234;te sociale, celle de 1936 et des cong&#233;s pay&#233;s. Comment la machine se grippe-t-elle par la suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, il y a &#224; partir de 1936 cette vis&#233;e suppos&#233;ment &#233;mancipatrice consistant &#224; lib&#233;rer &#8211; provisoirement &#8211; le travailleur gr&#226;ce &#224; l'acquisition du droit aux cong&#233;s pay&#233;s. Bien entendu, c'est un&#8197;leurre : ces cong&#233;s pay&#233;s restent d&#233;pendants du travail et du salariat. Plus qu'une lib&#233;ration, il s'agit d'un am&#233;nagement de peine. Une question s'est cependant pos&#233;e : comment occuper ce temps lib&#233;r&#233; de mani&#232;re &#224; ne pas laisser s'installer le vice et la d&#233;bauche qui, comme chacun le sait, se nourrissent de l'oisivet&#233; ? Associations, syndicats et diverses organisations ont propos&#233; des activit&#233;s et des s&#233;jours pour meubler un temps, au final, de moins en moins '' libre ''. Dans la foul&#233;e des cong&#233;s pay&#233;s na&#238;t ainsi le tourisme social. Une d&#233;marche d'&#233;ducation populaire guid&#233;e par l'id&#233;e de d&#233;couvrir l'autre et le monde. Mais, avec l'efficacit&#233; qu'on lui conna&#238;t, le capitalisme a pris en main cette tendance qui s'est rapidement av&#233;r&#233;e rentable. Depuis, la demande touristique n'a cess&#233; de cro&#238;tre dans un assentiment g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : nous avons bascul&#233; dans l'industrie '' d&#233;complex&#233;e '' du tourisme de masse. Celle-ci a largement organis&#233; les territoires &#224; des fins mercantiles. Le tourisme n'a plus comme finalit&#233; la recherche de la diversit&#233; mais celle du divertissement. Il tend &#224; transformer des r&#233;gions enti&#232;res en zones commerciales &#224; ciel ouvert. Pour les territoires non dot&#233;s de capital touristique, on implante des espaces cr&#233;&#233;s de toutes pi&#232;ces &#8211; centres de vacances, parcs &#224; th&#232;mes ou zones de loisirs. Autant d'univers artificiels d&#233;di&#233;s &#224; l'accueil des vacanciers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt;, tu ressuscites un vieux terme de la psychiatrie, &#171; dromomanie &#187;, pour signifier cette injonction &#224; la mobilit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dromomanie signifie la manie du d&#233;placement. Or la mobilit&#233; &#8211; pas simplement le fait d'&#234;tre en vacances, mais de partir en vacances &#8211; a &#233;t&#233; survaloris&#233;e. Comme si rester chez soi &#233;tait une affaire de ringard. Pour &#234;tre moderne, voire postmoderne, il faut forc&#233;ment partir, se sentir &#8220; nomade ''. Pour &#234;tre heureux, intelligent et serein, il faut quitter son chez-soi. Il y a une connotation positive attach&#233;e au fait de se d&#233;placer. L'id&#233;e admise qu'on revient forc&#233;ment l'esprit plus ouvert d'un voyage ou d'un s&#233;jour touristique. Comme si un monde o&#249; les gens se d&#233;placent facilement devait &#234;tre plus harmonieux. Rien ne prouve cette id&#233;e. L'actualit&#233; en M&#233;diterran&#233;e montre que le tourisme effr&#233;n&#233; peut cohabiter avec la r&#233;pression des migrants la plus f&#233;roce. Le monde n'est pas devenu meilleur depuis que les gens se d&#233;placent sans r&#233;fl&#233;chir, de mani&#232;re quasi compulsive, &#224; des fins touristiques. Avant l'invention de la machine &#224; vapeur et du moteur &#224; explosion, et l'am&#233;nagement de voies fluides de circulation, se d&#233;placer &#233;tait une &#233;preuve. Une aventure. On ne savait pas ce qu'on allait rencontrer sur la route, tout pouvait arriver. Il a fallu motoriser le d&#233;placement, le rendre physiquement indolore, pour qu'on puisse se d&#233;placer aussi facilement et gommer un maximum de risques inh&#233;rents au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs publics et les op&#233;rateurs priv&#233;s ont am&#233;nag&#233; l'espace de mani&#232;re &#224; le rendre accessible sans trop d'effort, en s&#233;curit&#233;. Ce maillage du territoire en axes de circulations, zones touristiques et commerciales, canalise et oriente les d&#233;placements. On n'est plus dans l'imaginaire du routard, mais dans celui du circuit organis&#233; et balis&#233;. Chez Jack Kerouac ou Nicolas Bouvier&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de L'Usage du monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; le voyage est indissociable de l'id&#233;e subversive de l'&#233;vasion. Quand il partait, Bouvier pouvait rester des ann&#233;es sur les routes, la gueule au vent. Cette philosophie a c&#233;d&#233; le pas face &#224; la mise en &#339;uvre d'itin&#233;raires structur&#233;s autour d'&#233;tapes oblig&#233;es, vendues sous forme de clich&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles aussi du d&#233;racinement, propre &#224; la fois au touriste et au migrant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;racinement est en r&#233;alit&#233; le propre de l'homme moderne. Dans les textes de Jack London, on retrouve cet imaginaire de l'aventure li&#233;e au voyage. London vit dans la mis&#232;re &#224; San Francisco. Il d&#233;cide de partir chercher de l'or en Alaska &#8211; il n'en trouvera pas, mais &#233;crira un livre qui fera sa r&#233;putation. Ce Jack London-l&#224; est beaucoup plus proche du migrant d'aujourd'hui qui fuit son pays pour une vie meilleure que du touriste. Aujourd'hui, les v&#233;ritables h&#233;ros du voyage sont les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre lecture liant touristes et migrants. Le capitalisme a besoin de consommateurs et de producteurs. Le touriste est la version d&#233;localis&#233;e du consommateur, tandis que le migrant est un producteur &#8211; au moins potentiel &#8211; d&#233;racin&#233;. La mondialisation &#233;conomique n&#233;cessite une main-d'&#339;uvre mobile qu'elle pourra employer en fonction de ses besoins. Des individus pr&#234;ts &#224; rompre avec leur territoire, leur famille, pr&#234;ts pour l'exil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En refa&#231;onnant le monde, l'industrie touristique a produit des &#171; non-lieux &#187;. Des espaces clon&#233;s, indiff&#233;renci&#233;s qu'on retrouve &#224; n'importe quel point du globe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une expression que j'emprunte &#224; l'anthropologue Marc Aug&#233;, auteur de &lt;i&gt;Non-lieux &#8211; Introduction &#224; une anthropologie de la surmodernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; au Seuil en 1992.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Alors que le tourisme a longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une recherche de l'authenticit&#233; et de la diversit&#233;, il produit des lieux similaires o&#249; qu'on soit dans le monde. Des lieux qui ob&#233;issent &#224; des mod&#232;les et des crit&#232;res de qualit&#233; et d'accessibilit&#233; identiques. Rien ne ressemble autant &#224; un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e fran&#231;aise qu'un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e tunisienne ou espagnole. En outre, ces non-lieux ob&#233;issent souvent &#224; des logiques d'enfermement. Ils deviennent de plus en plus des espaces clos, d&#233;di&#233;s aux loisirs et &#224; la consommation, fr&#233;quent&#233;s par des gens qui se reconnaissent et n'ont plus de contact avec le monde ext&#233;rieur. Sinon des relations commerciales de prestataire &#224; client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe des temps : cette logique de l'enfermement est &#233;rig&#233;e en mod&#232;le par les professionnels du tourisme. Elle serait un moyen de lutter contre les nuisances du tourisme &#8220; sauvage '' ou de type Airbnb. Des touristes qui arrivent dans une ville et se diss&#233;minent de mani&#232;re anarchique seraient plus nocifs pour le territoire que des voyageurs regroup&#233;s dans des lieux d&#233;di&#233;s. Un certain discours de la contention se pare aujourd'hui des vertus du tourisme durable. R&#233;cemment un article du Quotidien du tourisme relatait des propos de dirigeants de soci&#233;t&#233;s expliquant que pour que le tourisme soit moins nuisible, il faut l'organiser de mani&#232;re plus pr&#233;cise. Avec des lieux et des circuits desquels les gens ne s'&#233;chappent pas. L'hyper-organisation comme solution pour lutter contre les nuisances du tourisme non organis&#233;. C'est aussi une fa&#231;on pour les industriels du tourisme de produire une contre-id&#233;ologie face &#224; la mode Airbnb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que dans ce dernier domaine, on voit pointer de nouvelles tendances avec la vente d' &#8220; exp&#233;riences ''. Non seulement le particulier loue une chambre, mais il peut proposer dor&#233;navant &#224; son client une partie de p&#234;che en montagne ou une soir&#233;e flamenco dans un bar de Paris. Ce qui &#233;tait de l'ordre de la gratuit&#233; entre amis, ou bien de la rencontre de hasard, devient, avec l'ub&#233;risation, source de profit. Tout le monde se mue en agent touristique potentiel et tout devient &#8220; touristiquement '' exploitable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Barcelone, des voix s'&#233;l&#232;vent contre une peste touristique invasive et faisant flamber l'immobilier. Penses-tu qu'on assiste l&#224; &#224; l'&#233;mergence d'une pens&#233;e critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, je pense m&#234;me qu'on a franchi un palier cette ann&#233;e avec des concepts &#233;mergents comme le &#8220; surtourisme '' pour d&#233;signer des lieux gagn&#233;s par une saturation touristique. Les termes &#8220; tourismophobie'' ou &#8220; touristophobie '' sont de plus en plus utilis&#233;s. Les op&#233;rateurs touristiques s'inqui&#232;tent de ces contestations qui agitent des villes comme Barcelone, Dubrovnik ou Venise face &#224; ces perp&#233;tuels flots touristiques. En 2016, la mairie de Barcelone a inflig&#233; de fortes amendes &#224; six plate formes de location de logements en ligne. En novembre dernier, elle a sanctionn&#233; &#224; hauteur de 600 000 &#8364; Airbnb et HomeAway pour locations ill&#233;gales. La pression immobili&#232;re est telle que la mairie intervient pour que les Barcelonais ne se fassent pas &#233;reinter en cherchant &#224; se loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste dans ces &#8220; &lt;i&gt;hot spot&lt;/i&gt; '' &#224; une intensification de l'emprise touristique qui chasse la vie locale en la rendant impossible. Les travailleurs ne peuvent plus bosser &#224; cause des embouteillages, la moindre action banale de la vie quotidienne, comme acheter une baguette de pain, implique de faire une demi-heure de queue. Le tourisme ne permet plus que la vie touristique. Il proc&#232;de par une privatisation de l'espace commun, mais la gestion de ses nuisances reste &#224; la charge des pouvoirs publics. Une externalisation des co&#251;ts assez forte au demeurant. Sans compter l'aspect environnemental et sanitaire. En M&#233;diterran&#233;e, il y a une grosse activit&#233; croisi&#233;riste. On sait qu'un bateau de croisi&#232;re &#233;met en moyenne en une journ&#233;e autant de particules fines qu'un million de voitures. 8 % des gaz &#224; effet de serre sont produits par l'industrie touristique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; ce proc&#232;s &#224; charge, la critique de l'industrie touristique n'est pas toujours facile...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a certains freins psychologiques. Une esp&#232;ce d'enchantement qui fait que les gens n'ont pas conscience des dessous de l'industrie touristique. La d&#233;couverte et le voyage sont plac&#233;s en premi&#232;re ligne du plaisir touristique, mais toute l'infrastructure qui permet au syst&#232;me d'&#234;tre ce qu'il est n'est pas per&#231;ue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On pourrait ressortir ce vieux concept d'ali&#233;nation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais l'ali&#233;nation contient l'id&#233;e de souffrance alors que le tourisme prend les formes d'un certain h&#233;donisme. L'addiction touristique en est d'autant plus forte. Tout le monde a envie de partir en vacances et de profiter du soleil, des cocktails, des balades. On entend souvent les gens dire : &#8220; Il faut que je parte en vacances sinon je vais p&#233;ter un c&#226;ble. J'ai besoin de me ressourcer. '' Ces r&#233;flexes nous renvoient &#224; nos conditions de vie devenues invivables. &#192; tel point qu'on part oublier son quotidien dans des espaces produits &#224; cet effet. Le tourisme est une industrie de la compensation : je souffre, je travaille toute l'ann&#233;e, donc je m'octroie ces quelques semaines de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du tourisme est devenue tellement extensive que tout peut devenir &#8220; tourisme ''. Cons&#233;quence : tu ne peux plus critiquer le ph&#233;nom&#232;ne. Tu vas voir ta m&#232;re en Bretagne ? Tu fais du tourisme. Tu es en d&#233;placement professionnel et le soir, avant de rejoindre ta chambre d'h&#244;tel, tu vas voir une expo ? Tu fais du tourisme. Il y a une esp&#232;ce de naturalisation de l'activit&#233; touristique qui rend tout potentiellement touristique. Critiquer le tourisme, c'est alors comme critiquer le fait de respirer, boire et manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il faut revenir aux racines du probl&#232;me. Historiquement, le d&#233;veloppement du tourisme est li&#233; au d&#233;veloppement du capitalisme. Il se r&#233;pand avec la soci&#233;t&#233; industrielle. Sortir du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation, c'est sortir du tourisme. C'est aller vers une soci&#233;t&#233; du bien-vivre, respectueuse des vies humaines et non humaines. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de &lt;i&gt;L'Usage du monde&lt;/i&gt;, livre mythique publi&#233; en 1963 et auquel fait directement r&#233;f&#233;rence Rodolphe Christin dans le titre de son ouvrage&lt;i&gt; L'Usure du monde&lt;/i&gt; (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; au Seuil en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
