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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Boire sans d&#233;boires</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Hexagone, terre de picole ? Oh que oui. Mais souvent sous le masque plus pr&#233;sentable d'un certain &#171; art de vivre &#187;. Il faut savoir boire dans les glous clous. Ceux dont la consommation est moins ma&#238;tris&#233;e se voient stigmatis&#233;s et somm&#233;s de rompre avec l'alcool sous peine d'exclusion. Depuis quelques ann&#233;es se d&#233;veloppe heureusement une approche centr&#233;e sur la r&#233;duction des risques, plus humaine et prenant en compte les parcours des usag&#232;res et usagers. &#192; Marseille, c'est l'association Sant&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Inscrit" rel="tag"&gt;Inscrit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH131/qq-74790.jpg?1783145083' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hexagone, terre de picole ? Oh que oui. Mais souvent sous le masque plus pr&#233;sentable d'un certain &#171; art de vivre &#187;. Il faut savoir boire dans les glous clous. Ceux dont la consommation est moins ma&#238;tris&#233;e se voient stigmatis&#233;s et somm&#233;s de rompre avec l'alcool sous peine d'exclusion. Depuis quelques ann&#233;es se d&#233;veloppe heureusement une approche centr&#233;e sur la r&#233;duction des risques, plus humaine et prenant en compte les parcours des usag&#232;res et usagers. &#192; Marseille, c'est l'association Sant&#233; ! qui porte ce combat depuis 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200sante__resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH896/1200sante__resultat-b873e.jpg?1783145083' width='500' height='896' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Etienne Savoye
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout n'est pas cirrhose dans la vie !&lt;/i&gt; &#187; Inscrit sur une banderole tra&#238;n&#233;e dans l&#8127;air par un avion en forme de bouteille de pif, le message lanc&#233; par ce dessin placard&#233; au mur des locaux pimpants de l&#8127;association Sant&#233; ! va droit au but. Ici, on ne consid&#232;re pas la picole au seul prisme de sa part sombre. C&#8127;est m&#234;me tout l&#8127;inverse : si cette b&#233;quille &#233;thylique permet d&#8127;enjamber les emb&#251;ches du quotidien, pourquoi ne pas s&#8127;appuyer sur elle ? Il importe par contre de la sculpter de mani&#232;re &#224; ce qu&#8127;elle n&#8127;empi&#232;te pas n&#233;gativement sur le reste, qu&#8127;il s&#8127;agisse de la sant&#233; ou de la vie sociale. &#171; &lt;i&gt;Les gens qui viennent ici ont souvent trois tonnes de fardeau sur les &#233;paules, &lt;/i&gt;appuie Marie, accompagnante du lieu. &lt;i&gt;Notre r&#244;le, c&#8127;est de les aider &#224; g&#233;rer ce poids, pas de les culpabiliser sur leur conso. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#8127;auteure du dessin s&#8127;appelle Fred et est une &#171; accompagn&#233;e &#187; de l&#8127;asso. En ce mardi caniculaire, elle est appuy&#233;e au petit comptoir qui occupe un coin de la salle d&#8127;accueil. Robe noire &#224; pois blancs, boucles d&#8127;oreilles maousses, tatouage t&#234;te de mort sur un doigt et bagout marseillais, elle ne refuse pas un petit verre de ros&#233;. Cela fait longtemps qu'elle n&#8127;a plus &#233;t&#233; bourr&#233;e, ou &#171; &lt;i&gt;choupinette &#187;&lt;/i&gt;, comme elle dit, mais elle consomme de l&#8127;alcool quotidiennement, et fait en sorte que cela n&#8127;impacte pas le reste de sa vie, notamment cr&#233;ative. Car cette ex-infirmi&#232;re, qui vit d&#233;sormais de l&#8127;allocation adulte handicap&#233;, multiplie les projets, entre ateliers th&#233;&#226;tre, po&#233;sie et dessin. &#171; &lt;i&gt;Pas question de s&#8127;ennuyer &#187;&lt;/i&gt;, dit-elle. Avant d&#8127;insister sur l&#8127;importance de Sant&#233; ! dans son parcours : &#171; &lt;i&gt;Sans ce lieu et les gens qui l&#8127;animent, je ne serais plus l&#224; pour t&#233;moigner. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bois comme tu es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sant&#233; ! a &#233;t&#233; fond&#233;e en 2014. Dans les termes barbares du travail social, c&#8127;est un &#171; site pilote &#187; oeuvrant &#224; l&#8127; &#187; ing&#233;nierie sociale &#187;. En clair : une structure charg&#233;e d&#8127;exp&#233;rimenter et de diffuser une approche diff&#233;rente en mati&#232;re de traitement de l&#8127;addiction &#224; l&#8127;alcool, bas&#233;e notamment sur la r&#233;duction des risques. Plut&#244;t que de pousser &#224; un sevrage souvent brutal, et la plupart du temps inefficace &#224; moyen terme, comme peuvent le faire les Alcooliques anonymes et beaucoup de structures d&#8127;accueil, Sant&#233; ! propose une approche bas&#233;e sur le v&#233;cu des personnes et la multiplicit&#233; des situations. Cela pourrait sembler une &#233;vidence mais, dans un pays o&#249; l&#8127;alcool est partout, consomm&#233; &#224; toutes les sauces, partie prenante de toutes les f&#234;tes, l&#8127;id&#233;e est presque neuve, encore exp&#233;rimentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ici on prend en compte la fonction du boire, parce qu'on boit pour des tas de raison, pour pallier quelque chose &#187;&lt;/i&gt;, explique Emmanuelle, &#171; charg&#233;e de d&#233;veloppement &#187; de l&#8127;asso. &#171; &lt;i&gt;Et ce qui est fou, c&#8127;est que cette dimension sociale n&#8127;est presque jamais prise en compte ailleurs, alors qu&#8127;elle est omnipr&#233;sente. R&#233;sultat : les personnes ne se tournent vers des institutions de sant&#233; que quand les d&#233;g&#226;ts physiques sont d&#233;j&#224; l&#224;, et qu&#8127;ils ont d&#233;velopp&#233; une cirrhose, une pancr&#233;atite. C&#8127;est trop tard. On estime qu'il y a g&#233;n&#233;ralement un retard de trente ans dans la prise en charge. Si tu commences &#224; boire &#224; 20 ans, le soin arrive &#224; 50. On lutte contre &#231;a. La plus jeune personne suivie ici a 25 ans. Elle sait qu'elle a des conduites &#224; risques li&#233;es &#224; sa consommation et nous, on l&#8127;aide &#224; les att&#233;nuer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#8127;association suit une quarantaine de personnes, aux profils divers. Entre Fred, qui a connu la manche au petit matin pour se payer ses bi&#232;res et une grosse dizaine de passages en cure, et cette dame dont parlent les accompagnantes, qui m&#232;ne une vie de famille &#171; normale &#187; mais ne parvient pas &#224; r&#233;guler sa consommation quand elle est de sortie avec des amis, trous noirs &#224; la cl&#233;, pas grand-chose de commun. Si ce n&#8127;est de subir le regard que jette la soci&#233;t&#233; sur ceux qui ne savent pas boire comme il faut, entra&#238;nant une culpabilisation aux effets d&#233;l&#233;t&#232;res. &#171; &lt;i&gt;Les repr&#233;sentations grand public de l&#8127;alcool sont telles que les gens se perdent, &lt;/i&gt;explique Emmanuelle. &lt;i&gt;Il y a d&#8127;un c&#244;t&#233; une hyper-valorisation, notamment une forme de virilit&#233; associ&#233;e au fait de boire, et de l&#8127;autre une hyper-stigmatisation de la personne qui ne ma&#238;trise plus sa consommation. La honte l&#8127;emporte, ce qui n&#8127;est jamais bon. Si t&#8127;as moins honte et si t&#8127;es moins stress&#233;, tu bois moins. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ici c'est pas triste&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les locaux de l&#8127;asso, situ&#233;s dans le tranquille quartier du Camas, n&#8127;&#233;voquent pas vraiment un lieu d&#233;di&#233; &#224; la sant&#233;. On est loin des salles d&#8127;attente avec piles de vieux &lt;i&gt;Paris Match &lt;/i&gt;pour vainement combattre l&#8127;angoisse. Outre le bar et les chaises hautes, il y a des coins agr&#233;ables o&#249; se poser, une table agr&#233;ment&#233;e de fleurs, des murs jaunes ou verts, plein de lumi&#232;res chaudes, et les beaux dessins enfantins de Fred encadr&#233;s. Un salon o&#249; tra&#238;ner avant ou apr&#232;s le rendez-vous avec l&#8127;accompagnant plut&#244;t qu&#8127;une salle o&#249; psychoter. Le message est clair : ici on vous traite comme un humain, pas en ind&#233;crottable alcoolique ayant quelque chose &#224; expier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On ne d&#233;nonce pas assez la maltraitance que peuvent rencontrer les personnes ayant une forte consommation d&#8127;alcool quand ils se rendent &#224; des rendez -vous m&#233;dicaux&lt;/i&gt;, enrage Marie. &lt;i&gt;Comme les personnes en surpoids, on ne les renvoie qu'&#224; cet aspect de leur vie. Que ce soit chez le gyn&#233;co ou chez le dentiste. C&#8127;est pour &#231;a que beaucoup en viennent &#224; ne plus &#234;tre suivies, ce qui &#233;videmment les met en danger. Et quand des personnes arrivent aux urgences alors qu&#8127;elles sont alcoolis&#233;es, on leur fait forc&#233;ment payer en les faisant attendre dans un coin et en leur parlant mal. &#187;&lt;/i&gt; Fred opine : elle a v&#233;cu &#231;a pendant des ann&#233;es. Elle a d&#8127;ailleurs pour projet de collecter des t&#233;moignages de maltraitance qu&#8127;elle envisage de publier dans la revue &lt;i&gt;SaNg d&#8127;EnCRe &lt;/i&gt;(lire &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Drogues-de-tous-les-pays-unissez&#034;&gt;&#034;Drogu&#233;s de tous les pays, unissez-vous !&#034;&lt;/a&gt;), tant autour d&#8127;elle les exemples s&#8127;accumulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on peut boire un coup sur place, vin ou bi&#232;re, c&#8127;est notamment pour &#233;viter un ph&#233;nom&#232;ne trop souvent constat&#233; dans les structures classiques. Les personnes en situation de d&#233;pendance &#224; l&#8127;alcool &#233;laborent pour beaucoup des strat&#233;gies afin d&#8127;affronter les moments difficiles : planquer des bouteilles chez soi, se d&#233;placer avec sa conso &lt;i&gt;de secours&lt;/i&gt;, etc. Avec, souvent, une tendance &#224; s&#8127;alcooliser rapidement juste avant un rendez-vous stressant, ce qui d&#233;bouche sur une interaction floue, inefficace. Tout l&#8127;inverse des locaux de Sant&#233; ! Tu veux boire ? Fais-le ici si tu veux, personne ne te jugera.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Glouglou power &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les mani&#232;res d'agir sur la consommation sont multiples, entre changement de contenant ou d&#8127;alcool, r&#233;&#233;quilibrage des quantit&#233;s bues, ciblage du &#171; verre bascule &#187; qui fait perdre la main et la t&#234;te, hydratation entre chaque verre, suivi psychologique, etc. Si la d&#233;marche d&#233;bouche sur un arr&#234;t total, c&#8127;est super, mais ce n&#8127;est pas l&#8127;obsession. Le mantra dominant ? Prendre en compte la sp&#233;cificit&#233; de chaque parcours. Les femmes sont par exemple encore plus sujettes que les hommes &#224; la condamnation sociale, qui pousse &#224; s&#8127;enfermer et &#224; perdre pied. Les accompagnantes de Sant&#233; ! &#233;voquent ainsi le cas de cette accompagn&#233;e de l&#8127;asso qui, parce que femme et maghr&#233;bine, est contrainte d&#8127;&#233;laborer des strat&#233;gies sophistiqu&#233;es pour ses repas de famille, le poids des jugements se faisant &#233;crasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s&#8127;attaquer &#224; la d&#233;pendance, mart&#232;lent les accompagnantes, il faut d&#233;nicher ses causes, les failles des histoires personnelles. Et les d&#233;tricoter progressivement. Rappel : l&#8127;alcool est le seul produit psychoactif dont l&#8127;arr&#234;t brutal peut provoquer la mort. Et les r&#233;centes alternatives m&#233;dicamenteuses, type Baclof&#232;ne ou S&#233;lincro, n&#8127;ont pas l&#8127;efficacit&#233; de la m&#233;thadone pour l&#8127;h&#233;ro&#239;ne. Alors il faut t&#226;tonner, trouver l&#8127;angle, se donner le temps. Et ne pas se focaliser sur les recommandations officielles postulant qu'au-del&#224; de deux verres par jours tu as franchi la ligne rouge, discours difficilement entendable pour des personnes d&#233;j&#224; en difficult&#233;. &#171; &lt;i&gt;Tu en connais, toi, des gens qui entrent dans cette case ? &#187;&lt;/i&gt; lance Marie, un peu agac&#233;e. Et de r&#234;ver d&#8127;un &#171; glouglou power &#187;, qui regrouperait des consommateurs souhaitant donner un autre son de cloche. On en sera !&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le blues des infirmi&#232;res scolaires</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Juliette Iturralde</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Lauzi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>scolaires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au mois de janvier, les infirmi&#232;res scolaires ont investi la rue pour d&#233;noncer la gestion de la crise sanitaire dans les &#233;tablissements scolaires. La pand&#233;mie n'a pourtant qu'aggrav&#233; l'existant : en sous-effectif constant, cela fait un bail qu'elles ne peuvent plus faire leur travail correctement. R&#233;sultat : des professionnelles en souffrance et des enfants qui trinquent. Quand H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re raconte en chiffres l'ampleur de sa t&#226;che, on est pris de vertige : infirmi&#232;re scolaire dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/eleves" rel="tag"&gt;&#233;l&#232;ves&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Helene-Lauziere" rel="tag"&gt;H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sante-scolaire" rel="tag"&gt;sant&#233; scolaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/infirmieres-scolaires" rel="tag"&gt;infirmi&#232;res scolaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lauziere" rel="tag"&gt;Lauzi&#232;re&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au mois de janvier, les infirmi&#232;res scolaires ont investi la rue pour d&#233;noncer la gestion de la crise sanitaire dans les &#233;tablissements scolaires. La pand&#233;mie n'a pourtant qu'aggrav&#233; l'existant : en sous-effectif constant, cela fait un bail qu'elles ne peuvent plus faire leur travail correctement. R&#233;sultat : des professionnelles en souffrance et des enfants qui trinquent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4361 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200infirmia_resscolaires_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH619/1200infirmia_resscolaires_resultat-2-3022f.jpg?1782829568' width='500' height='619' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Juliette Iturralde
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uand H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re raconte en chiffres l'ampleur de sa t&#226;che, on est pris de vertige : infirmi&#232;re scolaire dans l'acad&#233;mie d'Aix-Marseille, elle jongle entre dix &#233;coles maternelles, onze primaires et deux coll&#232;ges, soit pas loin de 1 500 &#233;l&#232;ves en tout. Le quotidien d'H&#233;l&#232;ne n'a rien du cas isol&#233; : c'est le lot commun des 7 700 infirmi&#232;res&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;96 % sont des femmes. On prendra donc ici le parti de les d&#233;signer au f&#233;minin.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; scolaires fran&#231;aises auxquelles est confi&#233;e la sant&#233; de 12 millions d'&#233;l&#232;ves. Avec le Snics-FSU, syndicat majoritaire dans la profession dont elle est secr&#233;taire acad&#233;mique, H&#233;l&#232;ne a fait les comptes : &#171; &lt;i&gt;Nous avons &#233;valu&#233; nos besoins &#224; 23 000 infirmi&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; On en est bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bon an mal an, elles assurent comme elles peuvent les consultations individuelles au sein des &#233;tablissements scolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur pr&#233;sence y est pourtant indispensable, tant elles font office de pilier de l'&#233;cole. C'est en tout cas en ce sens qu'a &#233;t&#233; repens&#233; leur m&#233;tier en 1982 &#224; la faveur de la restructuration du service de sant&#233; scolaire. Les infirmi&#232;res quittaient alors leur &#171; simple &#187; r&#244;le d'auxiliaires de soins charg&#233;es du d&#233;pistage des troubles physiques et d'actes de contr&#244;le (peser, mesurer) pour se voir attribuer une fonction plus polyvalente reposant sur des missions ainsi d&#233;finies par une circulaire : &#171; &lt;i&gt;Promouvoir la sant&#233; physique et mentale et d&#233;velopper une action sociale en faveur de tous les jeunes d'&#226;ge scolaire pour leur assurer une bonne insertion dans l'&#233;cole ; permettre aux enfants et aux adolescents d'entrer dans le monde des adultes avec les meilleures chances d'&#233;panouissement, professionnelles et humaines&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mabrouk Nekaa, &#171; Les infirmi&#232;res de l'&#201;ducation nationale en France : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Besoin de temps et de confiance&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re et ses coll&#232;gues, cette feuille de route est bien plus qu'une charte administrative et professionnelle : elle repr&#233;sente le c&#339;ur de leur m&#233;tier. &#171; &lt;i&gt;Notre mission principale, c'est de viser la r&#233;ussite scolaire et l'&#233;mancipation de tous, qui reposent sur la lutte contre les in&#233;galit&#233;s sociales et d'acc&#232;s &#224; la sant&#233;&lt;/i&gt; &#187;, explique l'infirmi&#232;re. Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;On assure pour &#231;a des soins infirmiers pr&#233;ventifs et curatifs, on met en place des actions d'&#233;ducation &#224; la sant&#233;, on accueille, on conseille, on suit, on oriente.&lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Tr&#232;s souvent, les infirmi&#232;res scolaires sont le premier personnel de sant&#233; auquel les &#233;l&#232;ves ont acc&#232;s de fa&#231;on gratuite et confidentielle sur leur lieu de vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tr&#232;s souvent, les infirmi&#232;res scolaires sont le premier personnel de sant&#233; auquel les &#233;l&#232;ves ont acc&#232;s de fa&#231;on gratuite et confidentielle sur leur lieu de vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Or, depuis de nombreuses ann&#233;es, par manque de moyens humains, cet &#233;ventail d'actes et d'attentions au service des minots ne fonctionne plus tr&#232;s bien. Concr&#232;tement, lorsqu'un &#233;l&#232;ve trouve porte close au bureau de l'infirmi&#232;re, soit il met un mouchoir sur son mal &#8211; et son sympt&#244;me physique ou psychologique passe sous les radars &#8211;, soit il reporte sa visite. &#192; moins qu'il n'aille se confier &#224; la vie scolaire, qui fera au mieux&#8230; Autant dire que lorsque l'infirmi&#232;re arrive dans l'&#233;tablissement, son jour de pr&#233;sence hebdomadaire prend des allures de grand huit : &#171; &lt;i&gt;C'est toujours dingue : on r&#233;cup&#232;re les &#233;l&#232;ves en souffrance du jour, plus toutes les probl&#233;matiques de la semaine &#233;coul&#233;e. On est dans une compl&#232;te rupture du suivi&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Une consultation en sant&#233; scolaire, &#231;a demande des capacit&#233;s d'&#233;coute et d'analyse assez fines : on a besoin d'instaurer avec les &#233;l&#232;ves une relation de confiance, d'avoir du temps pour qu'un &#233;change d'informations soit possible, ne serait-ce qu'au d&#233;tour d'une conversation banale. Lorsque l'on manque de temps justement, faire notre travail devient compliqu&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Directives d&#233;connect&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce travail sous pression engendre des situations qui confinent au grand n'importe quoi. Exemple : un arr&#234;t&#233; de 2015 &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; P&#233;riodicit&#233; et contenu des visites m&#233;dicales et de d&#233;pistage obligatoires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; instaure dans le parcours sant&#233; des enfants une visite obligatoire &#224; l'&#226;ge de 12 ans, au contenu assez cons&#233;quent. Or, de l'aveu m&#234;me des infirmi&#232;res, cette visite ne peut parfois tout simplement pas &#234;tre faite, ou alors de mani&#232;re acc&#233;l&#233;r&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'est notre r&#233;alit&#233;, &lt;/i&gt;confirme H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re. &lt;i&gt;L'&#201;ducation nationale n'a jamais mis les moyens humains en ad&#233;quation avec ses propres directives. Il n'y a pas les concertations n&#233;cessaires pour l'application de ces missions. On est juste face &#224; une sous-&#233;valuation syst&#233;matique des besoins.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces maux chroniques s'est derni&#232;rement ajout&#233;e une nouvelle menace. Dans le cadre du projet de loi de d&#233;centralisation &#171; 3DS &#187;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Projet de loi relatif &#224; la diff&#233;renciation, la d&#233;centralisation, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale a command&#233; une &#233;tude sur un &#233;ventuel transfert des services de sant&#233; scolaire vers les territoires. &#171; &lt;i&gt;&#199;a nous fait tr&#232;s peur quand on voit l'&#233;tat actuel des structures de sant&#233;, comme la Protection maternelle et infantile (PMI), qui d&#233;pendent d&#233;j&#224; des territoires&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Si &#231;a aboutissait, notre souci d'&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux soins serait boulevers&#233; par des in&#233;galit&#233;s entre les r&#233;gions, les d&#233;partements, les mairies, certains &#233;tant richement dot&#233;s et d'autres beaucoup moins.&lt;/i&gt; &#187; L'infirmi&#232;re ajoute : &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a se trame sans que l'on soit v&#233;ritablement associ&#233;es aux processus de d&#233;cision. Et lorsque l'on daigne nous convier, on entend des petites phrases comme : &#8220;M&#234;me sans d&#233;centralisation, il y aura restructuration&#8230;&#8221; On sent que les jeux sont faits.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Covid blues&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les infirmi&#232;res scolaires en &#233;taient donc l&#224; quand le Covid est venu mettre un grand coup de boutoir &#224; un &#233;difice d&#233;j&#224; mal en point. Ce qu'elles endurent depuis mars 2020 a mis leurs nerfs &#224; rude &#233;preuve. D&#232;s le d&#233;but de la crise sanitaire, elles ont contribu&#233; &#224; tenir la baraque en assurant pour certaines l'accueil &#224; l'&#233;cole des enfants de soignants et en maintenant le lien avec des &#233;l&#232;ves fragiles et leurs familles. Lors de la r&#233;ouverture des &#233;tablissements, elles ont &#233;videmment particip&#233; activement &#224; la mise en place des protocoles sanitaires. Mais tr&#232;s vite leur quotidien, d&#233;j&#224; pas simple, s'est compliqu&#233;. Alors m&#234;me que de gros moyens financiers avaient &#233;t&#233; confi&#233;s aux Agences r&#233;gionales de sant&#233; (ARS) et &#224; la S&#233;curit&#233; sociale pour le&lt;i&gt; tracing&lt;/i&gt; des cas positifs et contacts, les acad&#233;mies ont mis en place des plateformes parall&#232;les pour&#8230; faire la m&#234;me chose dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On nous a surmobilis&#233;es sur ce sujet, &lt;/i&gt;estime H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re. &lt;i&gt;Et ce, au d&#233;triment de nos missions premi&#232;res. On voyait bien les effets anxiog&#232;nes de la pand&#233;mie sur de nombreux &#233;l&#232;ves. Par exemple avec des tout-petits en maternelle qui ne voulaient plus enlever leurs masques ou qui s'ab&#238;maient les mains &#224; force de les frotter au gel.&lt;/i&gt; &#187; Des signaux alarmants qui concernaient &#171; &lt;i&gt;tous les niveaux&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;On parle d'enfants traumatis&#233;s par la peur de mourir, de donner la maladie ; d'autres avec des troubles du sommeil, qui avaient &#233;t&#233; surexpos&#233;s aux &#233;crans durant le confinement et qui, &#224; leur retour, ne regardaient plus dans les yeux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, on demandait aux infirmi&#232;res de partir faire des tests au sein d'&#233;quipes mobiles pr&#233;sentes dans les lyc&#233;es, sans aucun moyen suppl&#233;mentaire. Au gr&#233; des protocoles, elles ont d&#251; renoncer presque enti&#232;rement &#224; jouer leur r&#244;le de suivi des &#233;l&#232;ves et se concentrer sur la seule gestion du Covid, jusqu'au chaos total de la rentr&#233;e de janvier 2022. &#171; &lt;i&gt;Tout ce que l'on vit de dysfonctionnel &#224; l'heure actuelle, on l'avait mis en avant lors de notre mouvement de mobilisation massif de juin 2021, qui &#233;tait autant l'expression d'un ras-le-bol que de l'urgence d'alerter&lt;/i&gt; &#187;, se souvient H&#233;l&#232;ne Lauzi&#232;re. &#192; l'&#233;poque, elles avaient manifest&#233; en nombre pour exiger un recrutement massif ainsi qu'une revalorisation de leurs salaires qui plafonnent &#224; 1 800 euros brut en d&#233;but de carri&#232;re. R&#233;sultat : &#171; &lt;i&gt;Six mois apr&#232;s, rien. Juste un silence assourdissant.&lt;/i&gt; &#187; H&#233;l&#232;ne se reprend : &#171; &lt;i&gt;Ah non, pas compl&#232;tement : il y a eu l'annonce de la cr&#233;ation de postes : 25&#8230; pour toute la France.&lt;/i&gt; &#187; Elles en demandaient au moins 15 000.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/div&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;96 % sont des femmes. On prendra donc ici le parti de les d&#233;signer au f&#233;minin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mabrouk Nekaa, &#171; Les infirmi&#232;res de l'&#201;ducation nationale en France : &#233;ducation et promotion de la sant&#233; en milieu scolaire, pratiques et repr&#233;sentations &#187;, th&#232;se de doctorat, universit&#233; Lyon-1, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; P&#233;riodicit&#233; et contenu des visites m&#233;dicales et de d&#233;pistage obligatoires &#187; (3/11/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Projet de loi relatif &#224; la diff&#233;renciation, la d&#233;centralisation, la d&#233;concentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale &#187;. &#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le projet de loi doit &#234;tre examin&#233; en commission mixte paritaire de l'Assembl&#233;e nationale et du S&#233;nat. Pr&#233;vu le 31 janvier, cet examen n'a pas encore eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La virtualisation des soins est une machine &#224; exclusion &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-virtualisation-des-soins-est</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-virtualisation-des-soins-est</guid>
		<dc:date>2021-12-30T17:40:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Mathieu Bellahsen</dc:subject>
		<dc:subject>soignants</dc:subject>
		<dc:subject>soin</dc:subject>
		<dc:subject>psychiatrie publique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entre crise du Covid et g&#233;n&#233;ralisation de la logique gestionnaire, la psychiatrie publique perd &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e toute capacit&#233; &#224; apporter un v&#233;ritable soin, estime le psychiatre Mathieu Bellahsen. Il revient dans cet entretien sur les divers artefacts technologiques mis en avant pour (mal) compenser ces manquements. Cela fait des ann&#233;es que Mathieu Bellahsen tire la sonnette d'alarme en mati&#232;re de psychiatrie publique. Dans La Sant&#233; mentale &#8211; vers un bonheur sous contr&#244;le publi&#233; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soins" rel="tag"&gt;soins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/patients" rel="tag"&gt;patients&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/donnees" rel="tag"&gt;donn&#233;es&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mathieu-Bellahsen" rel="tag"&gt;Mathieu Bellahsen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soignants" rel="tag"&gt;soignants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soin" rel="tag"&gt;soin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/psychiatrie-publique" rel="tag"&gt;psychiatrie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre crise du Covid et g&#233;n&#233;ralisation de la logique gestionnaire, la psychiatrie publique perd &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e toute capacit&#233; &#224; apporter un v&#233;ritable soin, estime le psychiatre Mathieu Bellahsen. Il revient dans cet entretien sur les divers artefacts technologiques mis en avant pour (mal) compenser ces manquements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bellahsen_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH689/1200bellahsen_resultat-2-d87d4.jpg?1782888294' width='500' height='689' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;ela fait des ann&#233;es que Mathieu Bellahsen tire la sonnette d'alarme en mati&#232;re de psychiatrie publique. Dans &lt;i&gt;La Sant&#233; mentale &#8211; vers un bonheur sous contr&#244;le&lt;/i&gt; publi&#233; en 2014 (La Fabrique), il d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; une forme de glissement g&#233;n&#233;ralis&#233; des structures et soignants vers la logique n&#233;olib&#233;rale. L'objectif : fabriquer de bons petits soldats de l'entreprise et de la vie sociale, en laissant les plus &#171; ab&#238;m&#233;s &#187; sur le bord de la route. &#171; &lt;i&gt;Le soin n'est plus le souci principal, l'objectif de r&#233;gulation sociale prime&lt;/i&gt; &#187;, expliquait-il dans nos colonnes en f&#233;vrier 2020 &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Psychiatrie insurg&#233;e : instituer un autre rapport au temps &#187;, CQFD n&#176; 184.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2014, cette logique gestionnaire, qui s'appuie entre autres sur les neurosciences et l'omnipr&#233;sence des &#233;crans, a largement d&#233;ploy&#233; ses ailes. Elle est notamment port&#233;e par la fondation FondaMental, institut de recherche cr&#233;&#233; en 2007 et li&#233; au tr&#232;s n&#233;olib&#233;ral Institut Montaigne, qui d&#233;ploie dans les CHU des dizaines de &#171; centres experts &#187; en troubles mentaux. La crise du Covid a compl&#233;t&#233; l'offensive gestionnaire, normalisant les t&#233;l&#233;consultations tout en acc&#233;l&#233;rant la d&#233;shumanisation de l'h&#244;pital public. D&#233;fenseur d'une psychiatrie institutionnelle ouverte sur la cit&#233; et les droits des psychiatris&#233;s, Mathieu Bellahsen a d'ailleurs &#233;t&#233; destitu&#233; de son poste de chef de p&#244;le pour avoir refus&#233; l'enfermement syst&#233;matique des patients au sein de son &#233;tablissement pendant le confinement&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; Asni&#232;res-sur-Seine, un service de psychiatrie d&#233;truit pour avoir d&#233;fendu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pire : le service qu'il dirigeait a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;. Une d&#233;cision que le coauteur du r&#233;cent &lt;i&gt;La R&#233;volte de la psychiatrie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crit avec Lorianne Bellahsen et Rachel Knaebel, La D&#233;couverte, 2020.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; consid&#232;re comme repr&#233;sentative du m&#233;nage men&#233; dans la psychiatrie publique au d&#233;triment des patients et pour le plus grand plaisir des chantres de la technologie &#224; tous crins.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Data-psy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'h&#244;pital public, les soignants passent de plus en plus de temps &#224; entrer des donn&#233;es devant des &#233;crans, soi-disant pour am&#233;liorer la &#8220;qualit&#233; des soins&#8221;, mais surtout pour satisfaire les proc&#233;dures de certification de la Haute Autorit&#233; de sant&#233; d'o&#249; d&#233;coulent les financements. Or les indicateurs de qualit&#233; sont construits &#224; partir de l'informatisation. Les soignants sont ainsi devenus des instances de fichage, notamment en psychiatrie. Parmi les donn&#233;es collect&#233;es : les risques (suicidaire, infectieux, de dangerosit&#233;), les diverses &#233;valuations cliniques, le degr&#233; de compliance aux soins, la gravit&#233; de l'expression pathologique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est qu'un d&#233;but. Les tenants d'une gestion algorithmique de la psychiatrie planifient en effet d'articuler des donn&#233;es de sant&#233; avec des prises de sang et l'imagerie c&#233;r&#233;brale. Le Graal affich&#233; de cette fondation FondaMental qui a l'oreille du gouvernement, c'est ainsi de faire du big data articul&#233; &#224; des donn&#233;es biologiques, en s'appuyant sur lesdits &#8220;centres experts&#8221;. Le probl&#232;me : ces centres sont li&#233;s &#224; des entreprises priv&#233;es comme AstraZeneca ou Doctissimo, ce qui pose la question de l'utilisation future de ces donn&#233;es &#8211; sans compter les risques de vol informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, cette psychiatrie de tubes &#224; essai s'articule &#224; une certaine vision de l'existence. Elle en &#233;vacue la dimension sensible au profit d'une gestion de comportements pr&#233;dictibles par algorithmes et soi-disant cernables par les images du cerveau. C'est l'av&#232;nement de la c&#233;r&#233;brologie, que j'ai analys&#233; dans un triptyque publi&#233; sur &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus 1 : &#171; Assises de la psychiatrie couch&#233;e. &#201;pisode 1 : la cons&#233;cration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. On parle plus des lois du cerveau que des soins aux personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Start-upisation mentale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus est venue se greffer la crise Covid. Le livre &lt;i&gt;R&#233;inventer notre sant&#233; mentale avec la Covid-19&lt;/i&gt;, sorti en octobre et dont deux des trois autrices sont des pontes de FondaMental, explique ainsi &#224; quel point ce moment a permis &#8220;&lt;i&gt;un grand bond en avant&lt;/i&gt;&#8221; des innovations, notamment de la t&#233;l&#233;m&#233;decine. Leur propos assume une forme de piratage n&#233;olib&#233;ral : pour elles, cette &#233;pid&#233;mie a &#233;t&#233; une opportunit&#233; g&#233;niale, permettant le tournant num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de soin, la num&#233;risation est une nouvelle forme de discipline. Soit les patients s'y plient parce qu'ils sont en mesure de le faire, soit ils sont trop malades pour &#231;a et finissent dans les dispositifs de s&#233;curit&#233; qui fleurissent &#224; mesure que la psychiatrie ne soigne plus &#8211; on condamne &#224; l'errance, au suicide, &#224; la rue ou &#224; la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soignants ont d&#233;j&#224; en partie pris ce pli num&#233;rique : beaucoup d'entre eux ne consid&#232;rent comme soin que ce qui est virtuel. Il suffit de voir la mode de la &#8220;rem&#233;diation cognitive&#8221; : des usagers tri&#233;s sur le volet sont plac&#233;s devant des ordinateurs avec pour but de reconfigurer les d&#233;ficits de leurs circuits neuronaux via leur plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale. Et ces pratiques prennent de plus en plus de place, les Agences r&#233;gionales de sant&#233; et le minist&#232;re poussant au d&#233;veloppement de ce type de &#8220;soin&#8221; au d&#233;triment de tous les autres. C'est dans ce cadre que se d&#233;veloppent des exp&#233;riences de r&#233;alit&#233; virtuelle avec des casques. Au CHU de Rennes, pour former des soignants, on leur propose de se mettre dans la peau d'un schizophr&#232;ne, de ressentir les troubles, les hallucinations, via le logiciel Schizolab d&#233;velopp&#233; par le laboratoire Janssen. Comme si le virtuel permettait d'approcher ce r&#233;el tellement complexe&#8230; Il serait plus utile d'appliquer la contention en chambre d'isolement &#224; des soignants et directeurs d'h&#244;pitaux, afin qu'ils comprennent ce que font aux corps ces soi-disant &#8220;soins&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'approche est symptomatique du macronisme et de son obsession pour la start-upisation. C'est une forme de matrice o&#249; patients et soignants doivent sans arr&#234;t s'adapter aux innovations. Les soins &#233;tant ax&#233;s sur l'adaptabilit&#233; des patients, la virtualisation devient une machine &#224; exclusion, parce qu'elle &#8220;fonctionne&#8221; avec les cas les moins graves et les plus identifiables num&#233;riquement. Ainsi, s'il y a une telle croissance de la d&#233;tection des troubles du comportement, c'est parce qu'ils sont facilement rep&#233;rables en remplissant des grilles devant un ordi. On est loin du soin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au CHU de Rennes, pour former des soignants, on leur propose de se mettre dans la peau d'un schizophr&#232;ne, de ressentir les troubles, les hallucinations, via le logiciel Schizolab d&#233;velopp&#233; par le laboratoire Janssen&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, il y a la question des applications &lt;i&gt;[de &#8220;soutien psychologique&#8221;]&lt;/i&gt; cens&#233;es te suivre au quotidien, comme Mon sherpa. Elles s'articulent &#224; une logique g&#233;n&#233;ralis&#233;e de p&#233;nurie hospitali&#232;re et de privatisation. De m&#234;me que les montres connect&#233;es reli&#233;es &#224; des plateformes, qui surveillent le sommeil, la fr&#233;quence cardiaque, etc., &#224; la logique proche d'un bracelet de surveillance carc&#233;ral. Ici l'imaginaire disciplinaire se recycle dans l'univers virtuel pseudo-&#233;mancipateur. On le voit aussi avec les pilules Abilify MyCite, utilis&#233;es aux &#201;tats-Unis dans le traitement de la schizophr&#233;nie ou de la bipolarit&#233;, qui envoient un signal au m&#233;decin traitant voire &#224; la famille quand elles sont aval&#233;es. Tout cela rel&#232;ve d'une fascination pour l'innovation : d&#232;s qu'il y a un nouveau m&#233;dicament ou gadget, la norme c'est de l'essayer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Renforcement de la contrainte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vivons une p&#233;riode clairement difficile pour la psychiatrie publique, qui n'arrive plus &#224; respirer dans un contexte o&#249; la stigmatisation de la maladie est omnipr&#233;sente &#8211; avec comme exemple phare la cr&#233;ation r&#233;cente d'Hopsyweb, fichier des personnes admises en hospitalisation psychiatrique sans consentement&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Instaur&#233; par des d&#233;crets de 2018 et 2019, ce fichier est crois&#233; avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. L'approche gestionnaire am&#232;ne un renforcement de la contrainte, avec de plus en plus de contention et d'isolement. Et le d&#233;bat &#224; ce niveau n'est pas vraiment port&#233;, alors m&#234;me qu'il y a une articulation entre contrainte (physique ou chimique) et virtualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tableau noir, dans lequel il n'y a plus de discussion, de t&#226;tonnement, simplement une approche automatis&#233;e. Mais comme le rappelle l'&#233;crivain Antonin Artaud, les choses laiss&#233;es &#224; l'abandon se vengent : &#8220;&lt;i&gt;Toutes nos id&#233;es sur la vie sont &#224; reprendre &#224; une &#233;poque o&#249; rien n'adh&#232;re plus &#224; la vie.&lt;/i&gt;&#8221; L'&#233;volution en cours sera n&#233;cessairement contest&#233;e par une partie des psychiatris&#233;s, des professionnels et des citoyens. D'o&#249; l'importance d'&#234;tre attentifs aux &#233;mergences &#224; venir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Psychiatrie-insurgee-Instituer-un' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Psychiatrie insurg&#233;e : instituer un autre rapport au temps &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/280921/asnieres-sur-seine-un-service-de-psychiatrie-detruit-pour-avoir-defendu-les-droits-des-patients?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#192; Asni&#232;res-sur-Seine, un service de psychiatrie d&#233;truit pour avoir d&#233;fendu les droits des patients &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (28/09/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;crit avec Lorianne Bellahsen et Rachel Knaebel, La D&#233;couverte, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Opus 1 &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/290421/assises-de-la-psychiatrie-couchee-episode-1-la-consecration-de-la-cerebrologie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; : &#171; Assises de la psychiatrie couch&#233;e. &#201;pisode 1 : la cons&#233;cration de la c&#233;r&#233;brologie &#187;&lt;/a&gt; (29/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Instaur&#233; par des d&#233;crets de 2018 et 2019, ce fichier est crois&#233; avec le fichier terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ci-g&#238;t le secret m&#233;dical</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


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&lt;p&gt;Une cartographie du business des donn&#233;es de sant&#233;. C'est ce que dessine Ma sant&#233;, mes donn&#233;es, livre-enqu&#234;te de la journaliste Coralie Lemke, publi&#233; en septembre dernier par les &#233;ditions Premier Parall&#232;le. Elle y alerte sur les mirages de ce nouvel eldorado &#233;conomique que convoitent Google, Amazon et consorts. Il est un monde d'avant, bien ant&#233;rieur &#224; la pand&#233;mie, dont les images se parent d&#233;j&#224; des teintes s&#233;pia et fan&#233;es des &#233;poques r&#233;volues : le temps des relations confidentielles et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sante-connectee" rel="tag"&gt;sant&#233; connect&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Health-Data" rel="tag"&gt;Health Data&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Microsoft" rel="tag"&gt;Microsoft&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une cartographie du business des donn&#233;es de sant&#233;. C'est ce que dessine &lt;i&gt;Ma sant&#233;, mes donn&#233;es&lt;/i&gt;, livre-enqu&#234;te de la journaliste Coralie Lemke, publi&#233; en septembre dernier par les &#233;ditions Premier Parall&#232;le. Elle y alerte sur les mirages de ce nouvel eldorado &#233;conomique que convoitent Google, Amazon et consorts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4154 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200masanta_c_mesdonna_c_es_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH388/1200masanta_c_mesdonna_c_es_resultat-223d3.jpg?1782892372' width='500' height='388' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Th&#233;o Bedard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est un monde d'avant, bien ant&#233;rieur &#224; la pand&#233;mie, dont les images se parent d&#233;j&#224; des teintes s&#233;pia et fan&#233;es des &#233;poques r&#233;volues : le temps des relations confidentielles et exclusives entre m&#233;decin et patient. Un temps o&#249; toute une existence de maux, petits et grands, reposait dans des chemises cartonn&#233;es, nominatives, soigneusement rang&#233;es et pr&#233;cieusement conserv&#233;es. Ce monde du secret m&#233;dical n'est plus, emport&#233; par une onde num&#233;rique qui se d&#233;cline en d&#233;nominations garanties 100 % start-up nation : Health Data Hub, e-sant&#233;, &lt;i&gt;data broker&lt;/i&gt;&#8230; D&#233;sormais, du hochet au caveau, nos r&#233;sultats m&#233;dicaux, nos hospitalisations, nos consultations s'appellent des donn&#233;es de sant&#233; : elles se stockent en lignes de code plus ou moins anonymes, s'&#233;changent ou se monnayent, nourrissent la recherche, aiguisent les app&#233;tits des Gafam&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acronyme qui d&#233;signe les g&#233;ants de la toile Google, Apple, Facebook, Amazon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et autres licornes &#233;mergentes du web, attirant en &#233;cho les requins de la cybercriminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monde complexe o&#249; le bien (les espoirs du progr&#232;s scientifique) c&#244;toie le pire (l'app&#226;t du gain sans limites) et sur lequel Coralie Lemke, journaliste scientifique, a enqu&#234;t&#233; longuement pour les besoins d'un ouvrage, &lt;i&gt;Ma sant&#233;, mes donn&#233;es&lt;/i&gt;, paru cet automne aux &#233;ditions Premier Parall&#232;le. Sans d&#233;nigrer les bienfaits qu'on peut en esp&#233;rer, elle place le curseur sur quelques points de vigilance qu'il ne faudra pas l&#226;cher de l'&#339;il dans les ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sant&#233; connect&#233;e concerne un tr&#232;s vaste champ d'usages avec, au sommet de la pyramide num&#233;rique, la cr&#233;ation en 2019 par l'&#201;tat fran&#231;ais d'une plateforme nomm&#233;e Health Data Hub. &#192; quoi est-elle destin&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit d'un &#8220;entrep&#244;t virtuel&#8221; d'un genre tr&#232;s particulier : l'id&#233;e initiale est de rassembler toutes les bases existantes de donn&#233;es sur la sant&#233; des Fran&#231;ais, qui sont nombreuses et massives. Sur cette plateforme, on trouve d'abord toutes celles collect&#233;es par l'Assurance maladie, soit les d&#233;penses de sant&#233; de chaque affili&#233; en termes de consultations m&#233;dicales, bilans biologiques et achats en pharmacie. Une autre base de donn&#233;es, tr&#232;s volumineuse, est celle provenant des h&#244;pitaux avec, pour chaque patient, les entr&#233;es et sorties, les examens r&#233;alis&#233;s et les op&#233;rations effectu&#233;es. Figure &#233;galement dans le p&#233;rim&#232;tre du Health Data Hub le registre des certificats et des causes de d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agr&#233;gation de donn&#233;es en un m&#234;me espace favorise la recherche en permettant aux &#233;quipes qui s'y consacrent d'avoir un acc&#232;s plus fluide et plus pr&#233;cis &#224; ces informations, et de les recouper. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; &#233;taient stock&#233;es ces donn&#233;es auparavant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles &#233;taient totalement &#233;parpill&#233;es, seulement disponibles sur des supports d&#233;connect&#233;s les uns des autres, ce qui emp&#234;chait tout projet de recherche transversal. Rem&#233;dier &#224; ces obstacles &#233;tait un souhait de la communaut&#233; scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que, pour g&#233;rer cet &#233;norme stock de donn&#233;es, il a fallu faire appel &#224; un acteur num&#233;rique assez &#8220;massif&#8221; pour en supporter la charge. Et qui a &#233;t&#233; choisi ? Microsoft. Plus pr&#233;cis&#233;ment : Azure, la solution de &#8220;cloud&#8221; num&#233;rique de la multinationale. Rien d'ill&#233;gal sur le fond car, au regard de la loi, Microsoft a bien l'agr&#233;ment d'h&#233;bergeur de donn&#233;es de sant&#233;, condition &lt;i&gt;sine qua non&lt;/i&gt; pour &#234;tre choisi. Le probl&#232;me est que Microsoft est une entreprise &#233;tats-unienne, d&#233;pendant de fait des lois propres au pays dont celle du &#8220;Cloud Act&#8221; de 2018 &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Loi qui peut contraindre les fournisseurs de services &#233;tablis aux &#201;tats-Unis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui stipule, entre autres, que toutes les donn&#233;es stock&#233;es sur un serveur d'une entreprise &#233;tats-unienne rel&#232;vent du droit national. &#199;a a provoqu&#233; un toll&#233; monstre en France car ce dispositif entre en conflit total avec la l&#233;gislation europ&#233;enne, dont celle du RGPD&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le r&#232;glement g&#233;n&#233;ral sur la protection des donn&#233;es est un r&#232;glement europ&#233;en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui &#233;tablit l'interdiction de r&#233;colter des donn&#233;es sensibles (dont font &#233;videmment partie celles sur la sant&#233;), ou de les traiter sans l'approbation du patient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a conduit le ministre de la Sant&#233;, Olivier V&#233;ran, &#224; un &#233;norme r&#233;trop&#233;dalage : il a assur&#233; que la France choisirait fin 2022 un autre acteur que Microsoft, avant de signer un arr&#234;t&#233; assurant que d'ici l&#224; aucune donn&#233;e ne pourrait sortir de France. Pour faire bonne figure, Microsoft s'est adapt&#233;, en transf&#233;rant notamment ses serveurs en &#206;le-de-France, assurant dans le m&#234;me temps que, si d'aventure des informations avaient fuit&#233;, ce qu'il est tr&#232;s difficile de prouver, les &#8220;victimes&#8221; l&#233;s&#233;es seraient d&#233;dommag&#233;es&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous citez dans votre livre Martin Drago, juriste &#224; La Quadrature du net, qui dit : &#171; Il faut garder &#224; l'esprit que les Gafam et plein d'autres entreprises du num&#233;rique moins grandes ne respectent pas la loi. &#187; Ce que corrobore votre enqu&#234;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Gafam vont toujours plus vite que la l&#233;gislation ! Et ce qui doit alerter, c'est la latitude dont ils disposent avant qu'on ne vienne leur rappeler que ce qu'ils font est limite, voire franchement ill&#233;gal. Par exemple, pour l'Europe, c'est la Cnil&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; irlandaise qui est habilit&#233;e &#224; g&#233;rer les plaintes d&#233;pos&#233;es contre les Gafam en mati&#232;re de transgression de la protection des donn&#233;es. Or cette institution ne joue pas le jeu : 99,93 % des plaintes d&#233;pos&#233;es aupr&#232;s de ses services n'aboutissent pas ! Manque de volont&#233; ou manque de moyens, on ne sait pas, mais elle n'est absolument pas performante. Face &#224; cette inertie, les Gafam peuvent estimer avoir les mains libres. On peut difficilement leur donner tort&#8230; C'est extr&#234;mement d&#233;courageant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans un contexte de surveillance num&#233;rique de plus en plus intense et intrusif, qu'y-a-t-il de sp&#233;cifique, en mati&#232;re de sant&#233;, &#224; craindre venant des Gafam ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le gros risque serait l'alliance des Gafam avec les assurances, qui occasionnerait un dangereux m&#233;lange des genres entre le soin des patients (mission premi&#232;re de la m&#233;decine) et des contrats d'assurances qui seraient modul&#233;s selon le profil des patients. Pour l'instant, la France est prot&#233;g&#233;e sur ce point par un arsenal l&#233;gislatif efficace. Aux &#201;tats-Unis ce n'est pas le cas et confier des donn&#233;es m&#233;dicales aux Gafam, comme &#224; Google qui s'est octroy&#233; la gestion des dossiers de patients du groupe de sant&#233; Ascension (2 600 &#233;tablissements, dont 150 h&#244;pitaux), revient &#224; leur permettre d'utiliser et croiser ces donn&#233;es comme bon leur semble&#8230; donc de les partager ou les revendre &#224; n'importe quel autre acteur du monde de la sant&#233;, dont les compagnies d'assurances. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a connu un monde o&#249; le secret m&#233;dical reposait sur une relation triangulaire patient/m&#233;decin/S&#233;curit&#233; sociale. Avec ces nouveaux acteurs, peut-on encore croire en l'id&#233;e m&#234;me du secret m&#233;dical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est clairement mis &#224; mal, &#224; tel point que la certitude d'un secret m&#233;dical garanti n'existe plus. Notamment parce qu'au-del&#224; de l'irruption des Gafam dans le paysage de la sant&#233; publique, il y a le probl&#232;me de la cybercriminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes informatiques des &#233;tablissements de sant&#233; en France sont tellement mal prot&#233;g&#233;s, avec des &#233;quipements carr&#233;ment obsol&#232;tes et des niveaux de protection si faibles qu'il est tr&#232;s facile de hacker des h&#244;pitaux ou des laboratoires &#224; coups de &#8220;ran&#231;ongiciels&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Logiciel ou virus qui &#171; prend en otage &#187; les donn&#233;es ou bloque l'acc&#232;s &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&#8221;. Ces derniers peuvent paralyser tr&#232;s rapidement toute une structure, avec des cons&#233;quences gravissimes pour des patients en attente d'op&#233;rations urgentes par exemple. Rares il y a encore peu de temps, ces attaques sont en progression fulgurante, surtout depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie de Covid-19. On a ainsi relev&#233; une augmentation de 475 % des cyberattaques durant le premier trimestre 2020 en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre individuel, les patients sont &#233;galement vuln&#233;rables. Les concernant, les cybercriminels s'appuient sur deux leviers pour monnayer les donn&#233;es d&#233;rob&#233;es : la revente des donn&#233;es sur le dark web &#8211; un business tr&#232;s lucratif &#8211; et la demande de ran&#231;on adress&#233;e directement au patient quand les &#233;l&#233;ments vol&#233;s leur ont permis d'obtenir &#224; la fois dossier m&#233;dical et coordonn&#233;es personnelles. Les cybercriminels les plus ing&#233;nieux cumulent parfois les deux et doublent ainsi la mise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que fait l'&#201;tat face &#224; cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a eu une premi&#232;re r&#233;ponse avec le d&#233;blocage d'1 milliard d'euros pour renforcer la protection des syst&#232;mes informatiques institutionnels en France. Mais il manquait une pr&#233;cision, apport&#233;e lors du S&#233;gur de la Sant&#233; en 2020 : seul un tiers de cette somme serait consacr&#233; aux services de sant&#233;. Si les professionnels du secteur ont salu&#233; l'intention premi&#232;re, ils ont imm&#233;diatement craint et regrett&#233; que ce ne soit qu'une parade d&#233;risoire. L'ing&#233;niosit&#233; de la cybercriminalit&#233; est telle que cet investissement, dans un nouveau parc informatique par exemple, ne suffira plus dans quelques mois &#224; contrer de nouvelles attaques. Il faut une politique sur le long terme et pas un &#8220;ch&#232;que miracle&#8221; cens&#233; arranger la situation d'un seul coup ! La France pr&#233;sente ce paradoxe d'avoir d'un c&#244;t&#233; un Health Data Hub ultra moderne, plut&#244;t bien prot&#233;g&#233;, et de l'autre un syst&#232;me de base, pour la sant&#233; de tous les jours, qui est compl&#232;tement d&#233;faillant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En dehors de cette cybercriminalit&#233;, quels sont les autres aspects lucratifs de la num&#233;risation des donn&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a un volet financier qui concerne davantage les laboratoires et la recherche. Pour faire des &#233;conomies dans le cadre des &#233;tudes n&#233;cessaires &#224; l'&#233;laboration d'un nouveau m&#233;dicament, co&#251;teuses et chronophages, des laboratoires pharmaceutiques vont chercher &#224; acqu&#233;rir des lots de donn&#233;es pr&#234;tes &#224; l'emploi. Pour &#231;a, ils vont solliciter une nouvelle profession, encore peu connue : les &lt;i&gt;data brokers&lt;/i&gt;, ou courtiers en donn&#233;es, dont le travail consiste &#224; chercher des donn&#233;es disponibles. C'est un march&#233; l&#233;gal, florissant aux &#201;tats-Unis, o&#249; un &lt;i&gt;data broker&lt;/i&gt; va pouvoir faire une offre d'achat pour un lot de donn&#233;es concernant par exemple des hommes diab&#233;tiques de 50 &#224; 65 ans&#8230; et il trouvera des clients pr&#234;ts &#224; les lui vendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le RGPD nous prot&#232;ge normalement de ce genre de transaction. Sauf qu'il y a des failles. En septembre 2018, la Cnil a ainsi autoris&#233; la soci&#233;t&#233; IQVIA, leader mondial des donn&#233;es de sant&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Multinationale &#233;tats-unienne, IQVIA se d&#233;finit comme sp&#233;cialiste de &#171; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, &#224; acter un partenariat avec 40 % des pharmacies fran&#231;aises. &#192; chaque fois que le client pr&#233;sente sa carte Vitale lors de son passage en caisse, toutes les donn&#233;es de ce qu'il a achet&#233;, qu'il s'agisse de m&#233;dicaments prescrits par un m&#233;decin ou d'articles de parapharmacie, sont consign&#233;es dans un logiciel et transmises &#224; IQVIA. Ensuite, il est impossible de savoir &#224; qui IQVIA revend toutes ces informations ni &#224; quoi elles servent. Les clients fran&#231;ais auraient pourtant l&#233;galement d&#251; donner leur consentement. Ajoutons qu'en th&#233;orie les pharmaciens sont tenus d'informer chaque client de cet accord&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s plus d'un an de pand&#233;mie et d'&#233;tat d'urgence sanitaire, qu'est-ce qui a chang&#233; dans les usages li&#233;s &#224; la sant&#233; connect&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des confinements successifs &#224; la mise en place du passe sanitaire, en passant par toutes les &#233;tapes du plan vaccination, la sant&#233; a pris une place centrale dans nos vies depuis bient&#244;t deux ans. Et la rapidit&#233; de la mobilisation de tous les acteurs du monde de la recherche pour mettre au point des vaccins a &#233;t&#233; quelque chose d'in&#233;dit dans l'histoire de la m&#233;decine. Pour autant, on ne peut pas lier cette &#8220;performance&#8221; &#224; la sant&#233; connect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pand&#233;mie n'a rien chang&#233; aux probl&#232;mes, qui se profilaient avant elle et qui demeurent d'actualit&#233;, sur lesquels j'alerte en parlant de stopper l'h&#233;morragie des donn&#233;es. Ces points de vigilance concernent avant tout les Gafam qui n'ont pas d'expertise en m&#233;decine et qui sont pourtant en train de se cr&#233;er une place au c&#339;ur m&#234;me des m&#233;tiers de la sant&#233;. D'autre part, il faut garder un &#339;il sur les laboratoires qui sont l&#224; pour mettre au point de nouveaux m&#233;dicaments, de nouvelles mol&#233;cules, en gardant en t&#234;te qu'ils sont avant tout guid&#233;s par des logiques financi&#232;res et que la disponibilit&#233; de lots de donn&#233;es leur permet &lt;i&gt;in fine &lt;/i&gt;de s'enrichir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/div&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acronyme qui d&#233;signe les g&#233;ants de la toile Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Loi qui peut contraindre les fournisseurs de services &#233;tablis aux &#201;tats-Unis &#224; fournir des donn&#233;es &#224; la justice am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le r&#232;glement g&#233;n&#233;ral sur la protection des donn&#233;es est un r&#232;glement europ&#233;en qui encadre le traitement des donn&#233;es de mani&#232;re &#233;galitaire sur tout le territoire de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Logiciel ou virus qui &#171; prend en otage &#187; les donn&#233;es ou bloque l'acc&#232;s &#224; la machine tant que la victime n'a pas envoy&#233; une certaine somme d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Multinationale &#233;tats-unienne, IQVIA se d&#233;finit comme sp&#233;cialiste de &#171; &lt;i&gt;la fourniture d'informations, de technologies innovantes et de services d'&#233;tudes de recherche sous contrat utilisant la donn&#233;e et la science pour aider les acteurs de la sant&#233; et trouver les meilleures solutions pour les patients&lt;/i&gt; &#187;. Elle d&#233;clare sur son site poss&#233;der plus d'un milliard de dossiers m&#233;dicaux...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sant&#233; connect&#233;e : le soin sans l'humain</title>
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		<dc:subject>sant&#233; connect&#233;e</dc:subject>

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&lt;p&gt;Num&#233;risation des donn&#233;es m&#233;dicales, objets connect&#233;s, t&#233;l&#233;consultations... l'univers de la &#171; e-sant&#233; &#187; s'impose &#224; grande vitesse, aussi bien dans le monde hospitalier que chez les patients. Ses promesses ? Faire avancer la recherche, rendre aux individus le pouvoir sur leur corps ou encore pallier l'effondrement annonc&#233; du syst&#232;me de soins. Pas franchement convaincue par le tout num&#233;rique, la r&#233;daction de CQFD s'est pench&#233;e sur l'envers du d&#233;cor de la sant&#233; de demain. &#171; Le bloc et la salle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/-20100-" rel="tag"&gt;20100&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/public" rel="tag"&gt;public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crise-sanitaire" rel="tag"&gt;crise sanitaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/donnees" rel="tag"&gt;donn&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-hopital-public" rel="tag"&gt;l'h&#244;pital public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salle" rel="tag"&gt;salle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/masques-manquent" rel="tag"&gt;masques manquent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sante-connectee" rel="tag"&gt;sant&#233; connect&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Num&#233;risation des donn&#233;es m&#233;dicales, objets connect&#233;s, t&#233;l&#233;consultations... l'univers de la &#171; e-sant&#233; &#187; s'impose &#224; grande vitesse, aussi bien dans le monde hospitalier que chez les patients. Ses promesses ? Faire avancer la recherche, rendre aux individus le pouvoir sur leur corps ou encore pallier l'effondrement annonc&#233; du syst&#232;me de soins. Pas franchement convaincue par le tout num&#233;rique, la r&#233;daction de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'est pench&#233;e sur l'envers du d&#233;cor de la sant&#233; de demain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4123 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200introdossier_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/1200introdossier_resultat-7c6f5.jpg?1782744717' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Collage de 20 100
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le bloc et la salle de r&#233;veil ont &#233;t&#233; r&#233;quisitionn&#233;s pour cr&#233;er une autre salle de r&#233;a, mais &lt;/i&gt;quid&lt;i&gt; du mat&#233;riel ? Les masques manquent, ainsi que les respirateurs. Franchement, c'est pitoyable le peu de moyens et les &#233;conomies sur tout. [...] Ils font d&#233;sormais appel &#224; tous les m&#233;decins retrait&#233;s et &#224; des &#233;tudiants gratos. Tout &#231;a parce qu'ils ont supprim&#233; 20 000 postes depuis quinze ans. On subit de plein fouet la casse du service public&lt;/i&gt; .&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Soignantes et soignants : une arm&#233;e sans munitions &#187;, CQFD n&#176; 186 (avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; Ces mots sont ceux d'Euphrasie&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;nom modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &#233;tudiante infirmi&#232;re &#171; r&#233;quisitionn&#233;e &#187; en r&#233;animation pendant la premi&#232;re vague de la pand&#233;mie, en mars 2020. Alors qu'en pleine crise sanitaire le naufrage de l'h&#244;pital public sautait aux yeux de tous (&#224; coups d'images de soignants v&#234;tus, &#224; d&#233;faut de surblouses, de sacs poubelles), les lits continuaient de fermer en masse : environ 5 700 en moins sur la seule ann&#233;e 2020 &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Plus de 5 700 lits d'hospitalisation compl&#232;te ferm&#233;s en France en 2020, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte de p&#233;nurie que Dominique Pon, en charge de la transformation num&#233;rique au sein du minist&#232;re de la Sant&#233;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et par ailleurs entrepreneur d'un projet aux relents transhumanistes nomm&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, d&#233;clarait en septembre 2020 : &#171; &lt;i&gt;[Le] Covid a acc&#233;l&#233;r&#233; les usages num&#233;riques, le volume de t&#233;l&#233;consultations a &#233;t&#233; multipli&#233; par 100. Comme le num&#233;rique est devenu un sujet grand public, le gouvernement a d&#233;cid&#233; dans le cadre du S&#233;gur de la Sant&#233; [d'ajouter] deux milliards d'euros de budget.[...] C'est du jamais vu dans toute l'histoire de la sant&#233; en France. Des investissements colossaux vont &#234;tre mis sur la table pour d&#233;velopper la e-sant&#233; dans le pays&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; Toulouse, Dominique Pon pr&#233;sente le futur de la sant&#233; num&#233;rique en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une r&#233;volution d&#233;j&#224; bien amorc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le Covid a boost&#233; la machine de l'informatisation du secteur de la sant&#233;, le ver &#233;tait d&#233;j&#224; dans le fruit : &#171; &lt;i&gt;Les patients de 70 ans laiss&#233;s, quarante-huit ou soixante-douze heures, seuls sur un brancard dans un couloir, le miracle qui se produit quand le verre d'eau qu'ils ont demand&#233; leur arrive ou encore la v&#233;tust&#233; d'un mat&#233;riel bas de gamme&#8230; En plus de devoir passer un temps fou &#224; chercher des lits disponibles, nous devions passer pr&#232;s de dix heures par jour devant l'&#233;cran &#224; num&#233;riser chaque acte r&#233;alis&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Travail, famille, Wi-Fi &#187;, Le Monde diplomatique (juin 2020).&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;, racontait au printemps 2020 un m&#233;decin &#233;voquant la situation de l'h&#244;pital public avant l'&#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de l'h&#244;pital, il y avait aussi ces d&#233;serts m&#233;dicaux qui, peu avant la crise sanitaire, commen&#231;aient &#224; s'&#233;quiper de &#171; cabines m&#233;dicales connect&#233;es &#187; : &#171; &lt;i&gt;Au moins, je suis s&#251;r que la cabine ne s'en ira pas au bout de trois ans&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La cabine m&#233;dicale connect&#233;e, une solution de proximit&#233; dans les d&#233;serts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;, confiait le maire d'un bourg de 358 &#226;mes au journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De part en part du spectre m&#233;dico-social, ce soin sans l'humain gagne toujours plus de terrain. C'est ce qui a donn&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'envie de se pencher d'un peu plus pr&#232;s sur le sujet br&#251;lant de la sant&#233; connect&#233;e. Avec en ligne de mire des acteurs vari&#233;s, all&#233;ch&#233;s par des march&#233;s faramineux. C'est le cas de Doctolib, qui a su se rendre indispensable en g&#233;n&#233;ralisant la prise de rendez-vous m&#233;dicaux sur internet et la t&#233;l&#233;consultation, faisant fi de la fracture num&#233;rique qui gangr&#232;ne le territoire&lt;i&gt; [lire p. II]&lt;/i&gt;. Ou de Microsoft, &#224; qui l'&#201;tat a confi&#233; le stockage des donn&#233;es m&#233;dicales des patients de l'Hexagone &lt;i&gt;[pp. III &amp; IV]&lt;/i&gt;. Ou encore des start-up d&#233;veloppant des applications qui s'inventent des comp&#233;tences de psychologues&lt;i&gt; [p.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;VII]&lt;/i&gt; voire s'improvisent en suppl&#233;tifs des Plannings familiaux &lt;i&gt;[p. V]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Objets connect&#233;s, d&#233;rives assur&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'univers de la e-sant&#233;, les objets connect&#233;s repr&#233;sentent certainement la partie la plus visible. En la mati&#232;re, l'innovation ne semble pas avoir de limites. La derni&#232;re montre connect&#233;e d'Apple est ainsi capable de g&#233;n&#233;rer &#171; &lt;i&gt;un &#233;lectrocardiogramme&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;de d&#233;tecter une fibrillation auriculaire&lt;/i&gt; &#187; ou encore de &#171; &lt;i&gt;suivre l'oxyg&#233;nation [du] sang&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Six objets connect&#233;s qui veulent veiller sur votre sant&#233; &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne nouvelle pour toutes celles et ceux qui d&#233;fendent le droit de se r&#233;approprier les savoirs m&#233;dicaux sur son propre corps ? Pas forc&#233;ment, &#224; en croire la psychanalyste Cristina Lindenmeyer. Coordinatrice du r&#233;cent ouvrage collectif &lt;i&gt;Sant&#233; connect&#233;e&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CNRS &#233;ditions, 2020.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, elle alerte sur l'impact potentiel de tels outils sur l'&#233;quilibre psychique : &#171; &lt;i&gt;Le fait que [ces objets soient connect&#233;s] en permanence &#224; un r&#233;seau change l'appr&#233;hension de ce que l'on concevait comme l'intimit&#233; et les limites du corps propre. [L'individu] peut vivre dans l'illusion omnipotente d'&#234;tre un humain &#8220;prolong&#233;&#8221; ou &#8220;augment&#233;&#8221;, ou encore [avoir] le sentiment d'&#234;tre &#8220;observ&#233;&#8221; ou &#8220;sous contr&#244;le&#8221; en permanence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vie priv&#233;e malmen&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Surveiller. Voil&#224; la destin&#233;e de bon nombre d'outils de sant&#233; connect&#233;e, qui sont d'abord guid&#233;s par une insatiable soif de (lucratives) donn&#233;es. En parall&#232;le, ils s'imposent comme palliatifs du d&#233;ficit de suivi humain. C'est le cas des bracelets GPS que l'on arrime aux poignets des personnes &#226;g&#233;es afin de pouvoir les localiser en cas de probl&#232;me. Ou de ces syst&#232;mes de vid&#233;osurveillance que l'on installe chez elles. Si ces dispositifs permettent de maintenir plus longtemps les a&#238;n&#233;s &#224; domicile et d&#233;chargent les familles d'un poids souvent bien lourd &#224; porter, ils s'inscrivent dans une logique d'omniscience qui pose de v&#233;ritables questions &#233;thiques en termes de respect de la vie priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce plan de la surveillance, la crise sanitaire aura achev&#233; de prouver de quelle mani&#232;re la num&#233;risation des donn&#233;es de sant&#233; peut devenir un des piliers du contr&#244;le des masses. L'exemple le plus criant est sans doute celui du passe sanitaire : num&#233;risez une donn&#233;e de sant&#233;, accolez-lui un code 2D et le tour est jou&#233;. Une manipulation des plus simples qui aura permis de mettre entre les mains de quidams &#233;quip&#233;s de smartphones le pouvoir de refuser l'entr&#233;e de certains lieux &#224; des individus tri&#233;s en fonction de donn&#233;es concernant leur sant&#233;. On appelle &#231;a le progr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Soignantes-et-soignants-une-armee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Soignantes et soignants : une arm&#233;e sans munitions &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 186 (avril 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/09/29/plus-de-5-700-lits-d-hospitalisation-complete-ont-ete-fermes-en-2020_6096416_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Plus de 5 700 lits d'hospitalisation compl&#232;te ferm&#233;s en France en 2020, en pleine pand&#233;mie de Covid-19 &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (30/09/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et par ailleurs entrepreneur d'un projet aux relents transhumanistes nomm&#233; EternesiA qui se pr&#233;senterait, s'il voyait le jour, comme une &#171; &lt;i&gt;base de donn&#233;es num&#233;rique &#233;ternelle o&#249; chaque personne pourrait d&#233;poser une partie de soi pour la post&#233;rit&#233; : image, texte, son, empreinte, vid&#233;o, g&#233;nome, odeur, restitution du toucher, etc., selon les possibilit&#233;s techniques de l'&#233;poque&lt;/i&gt; &#187;. Source : &#171; Dominique Pon, le directeur de clinique qui veut rassembler la m&#233;moire de l'Humanit&#233; &#187;, &lt;i&gt;Usbek &amp; Rica&lt;/i&gt; (05/08/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://toulouse.latribune.fr/innovation/financement/2020-10-01/a-toulouse-dominique-pon-presente-le-futur-de-la-sante-numerique-en-france-858664.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#192; Toulouse, Dominique Pon pr&#233;sente le futur de la sant&#233; num&#233;rique en France &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; (01/10/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2020/06/BRYGO/61870&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Travail, famille, Wi-Fi &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;diplomatique&lt;/i&gt; (juin 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/05/03/la-cabine-medicale-connectee-une-solution-de-proximite-dans-les-deserts-medicaux_6038516_3234.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La cabine m&#233;dicale connect&#233;e, une solution de proximit&#233; dans les d&#233;serts m&#233;dicaux &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (03/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/les-envies-du-monde/article/2021/02/25/six-objets-connectes-qui-veulent-veiller-sur-votre-sante_6071234_6024727.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Six objets connect&#233;s qui veulent veiller sur votre sant&#233; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (8/03/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;CNRS &#233;ditions, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Psys en col&#232;re, patients dans la gal&#232;re</title>
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		<dc:creator>Lily la Fronde</dc:creator>


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		<dc:subject>recommandations</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans la famille de celles et ceux qu'Emmanuel Macron aura r&#233;ussi &#224; faire sortir de leurs gonds &#8211; et dans la rue &#8211; durant son quinquennat, on demande : les psychologues. D'autant plus en souffrance que la sant&#233; mentale de la population s'est largement d&#233;grad&#233;e depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, des milliers d'entre eux se sont rassembl&#233;s le 10 juin dernier devant le minist&#232;re de la Sant&#233;. Une mobilisation in&#233;dite chez une cat&#233;gorie de soignants qui la ram&#232;ne rarement sur la place publique. Motif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la famille de celles et ceux qu'Emmanuel Macron aura r&#233;ussi &#224; faire sortir de leurs gonds &#8211; et dans la rue &#8211; durant son quinquennat, on demande : les psychologues. D'autant plus en souffrance que la sant&#233; mentale de la population s'est largement d&#233;grad&#233;e depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, des milliers d'entre eux se sont rassembl&#233;s le 10 juin dernier devant le minist&#232;re de la Sant&#233;. Une mobilisation in&#233;dite chez une cat&#233;gorie de soignants qui la ram&#232;ne rarement sur la place publique. Motif de leur col&#232;re : une s&#233;rie de mesures et d'arr&#234;t&#233;s adopt&#233;s par le gouvernement sans concertation, remettant en cause toute une profession et nuisant au bien-&#234;tre des patients.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1813.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1813-1219d.jpg?1782948411' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Lily La Fronde
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; 20 balles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Est-ce que j'ai une t&#234;te &#224; co&#251;ter 20 balles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?!&lt;/i&gt; &#187; Un billet de 20 euros agraf&#233; sur son masque chirurgical, Sophie enrage sous le cagnard devant les portes du minist&#232;re de la Sant&#233;. Psychologue lib&#233;rale &#224; Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), elle a r&#233;pondu pr&#233;sente &#224; l'appel &#224; manifester du 10 juin, lanc&#233; par quatre organisations &#8211; dont le Syndicat national des psychologues. Dans leur viseur, des mesures d'apparence louable : la mise en place de protocoles cens&#233;s permettre &#224; tous l'acc&#232;s aux soins alors que la crise sanitaire a fait grimper en fl&#232;che la part de la population souffrant de troubles d&#233;pressifs ou anxieux&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;30 % de la population serait concern&#233;e. &#171; Les psychologues en gr&#232;ve pour un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#171; Ch&#232;que psy &#187;, &#171; forfait 100 % psy enfants &#187;, ces dispositifs lanc&#233;s r&#233;cemment par le gouvernement promettent le remboursement, par la S&#233;curit&#233; sociale, des soins effectu&#233;s aupr&#232;s de psychologues. Mais le diable se cache dans les d&#233;tails. Derri&#232;re l'effet d'annonce, c'est la pr&#233;carisation assur&#233;e pour les th&#233;rapeutes et des soins au rabais pour les patients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a dit Emmanuel Macron, &#171; &lt;i&gt;c'est dur d'avoir 20 ans en 2020&lt;/i&gt; &#187;, et pas moins en 2021. Il a donc annonc&#233; en janvier dernier le lancement du &#171; ch&#232;que psy &#187;, cens&#233; offrir aux &#233;tudiants le remboursement de trois s&#233;ances de 45 minutes de th&#233;rapie avec un psychologue. Mais pour en b&#233;n&#233;ficier, encore faut-il passer par la case prescription m&#233;dicale : ce sera au m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste de d&#233;cider si son patient a ou non besoin de consulter. Une entrave au libre acc&#232;s aux soins psychiques et &#224; l'autonomie des psychologues. M&#234;me obstacle pour le &#171; forfait 100 % psy enfants &#187;, qui offre un &#171; pack&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reconductible une fois, apr&#232;s &#233;valuation par un psychiatre.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; de dix s&#233;ances gratuites aux m&#244;mes de 3 &#224; 17 ans en d&#233;tresse psychologique. &#171; &lt;i&gt;Le m&#233;decin devra &#233;valuer l'&#233;tat mental de son patient alors qu'il n'y est pas form&#233;,&lt;/i&gt; s'insurge Sophie. &lt;i&gt;Les sp&#233;cialistes qui peuvent &#233;valuer &#231;a, c'est nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Et les m&#233;decins psychiatres. C'est tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fini le temps n&#233;cessaire accord&#233; au patient, la th&#233;rapie &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; se fera &#224; la cha&#238;ne : un prix fixe de 22 euros la consultation au lieu de 60 en moyenne aujourd'hui ainsi qu'un temps limit&#233; &#224; 30 minutes par patient&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La dur&#233;e de l'entretien initial d'&#233;valuation est quant &#224; elle fix&#233;e &#224; 45 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Impossible dans ces conditions pour le professionnel de rentrer dans ses frais ou de proposer une s&#233;ance plus longue s'il le juge n&#233;cessaire. Difficile aussi d'imaginer que l'on puisse soigner en aussi peu de temps des polytraumatismes n&#233;cessitant des ann&#233;es de th&#233;rapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Service public d&#233;laiss&#233;, psys ub&#233;ris&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de paup&#233;riser les psychologues lib&#233;raux, pourquoi ne pas investir massivement dans les structures publiques, en y recrutant des psys de tous horizons ? De nombreux professionnels posent la question. Sophie a bien tent&#233; de s'investir dans le public mais lorsqu'elle a frapp&#233; &#224; la porte des centres m&#233;dico-psychologiques (CMP) de son secteur, on lui a fait le coup de la surqualification : &#171; &lt;i&gt;Vous savez faire trop de choses, nous on ne traite que les schizophr&#232;nes. Mais on va vous envoyer nos patients en lib&#233;ral&lt;/i&gt; &#187;, lui a-t-on &lt;i&gt;grosso modo&lt;/i&gt; r&#233;pondu. &#171; &lt;i&gt;Au CMP, si vous avez un trouble anxieux, un trouble d'usage de substances, vous n'&#234;tes pas pris en charge, car&lt;/i&gt; [faute de personnel]&lt;i&gt; il y a deux ans d'attente, &lt;/i&gt;d&#233;plore la th&#233;rapeute.&lt;i&gt; En revanche, on envoie les patients vers le lib&#233;ral.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux professionnels travaillant en milieu hospitalier, depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, leur gal&#232;re s'est accentu&#233;e. Antoine, psychologue francilien officiant en psychiatrie, a derni&#232;rement pu go&#251;ter &#224; la &#171; &lt;i&gt;grande difficult&#233; &#224; faire du travail institutionnel et &#224; travailler en &#233;quipe&lt;/i&gt; &#187;, le personnel convi&#233; en r&#233;union ayant &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; son strict minimum pour raison &#171; &lt;i&gt;sanitaire&lt;/i&gt; &#187;. R&#233;sultat : une perte de r&#233;flexion clinique. &#171; &lt;i&gt;Lorsqu'on est moins pour penser, on pense moins bien&lt;/i&gt;, grince le praticien.&lt;i&gt; La question se pose alors, de la maltraitance du syst&#232;me. Dans la mesure o&#249; l'on apporte du soin &#224; des personnes dans un moment de crise, sans les moyens n&#233;cessaires &#8211; &#234;tre assez nombreux et pouvoir travailler en &#233;quipe &#8211;, on prend forc&#233;ment moins bien en charge les patients.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mise au pas &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne a fait le d&#233;placement depuis Rouen avec une dizaine de cons&#339;urs et confr&#232;res. &#171; &lt;i&gt;C'est assez rare qu'autant de psychologues diff&#233;rents arrivent &#224; s'unir et &#224; converger&lt;/i&gt; &#187;, se r&#233;jouit cette jeune professionnelle exer&#231;ant dans la fonction publique hospitali&#232;re. Mais c'est aussi parce que l'heure est grave ; m&#234;me la libert&#233; th&#233;rapeutique se trouve menac&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Un peu partout, les psys sont en difficult&#233;. Ces mesures, on les ressent comme une mise au pas d'un m&#233;tier qui est au front depuis le d&#233;but du Covid.&lt;/i&gt; &#187; Un exemple des mesures en question ? L'arr&#234;t&#233; du 10 mars dernier &#171; relatif &#224; la d&#233;finition de l'expertise sp&#233;cifique des psychologues &#187; qui, en se basant sur des recommandations de la Haute Autorit&#233; de sant&#233; (HAS), se permet de pr&#233;coniser certaines approches aux praticiens. Or, de nombreux psychologues pointent du doigt le caract&#232;re obsol&#232;te de ces recommandations de &#171; bonnes pratiques &#187;. Celles portant sur la prise en charge d'enfants et d'adolescents atteints d'autisme, par exemple, n'ont quasiment pas &#233;t&#233; actualis&#233;es depuis 2012, alors que, selon ces th&#233;rapeutes, des &#233;tudes r&#233;centes prouvent qu'une mise &#224; jour serait largement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre menace d'ing&#233;rence qui plane sur ces professionnels : la proposition de loi port&#233;e par des d&#233;put&#233;s Les R&#233;publicains (LR) visant &#224; cr&#233;er un Ordre des psychologues, sans aucune concertation avec les premiers concern&#233;s. Un potentiel &#171; organe de contr&#244;le&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note n&#176; 1.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187; qui ouvrirait un boulevard &#224; l'uniformisation des pratiques th&#233;rapeutiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Recommandations hors sol&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce m&#234;me 10 juin, l'Organisation mondiale de la sant&#233; publiait un rapport&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Intitul&#233; &#171; Orientations et dossiers techniques relatifs aux services de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; recommandant que les soins de sant&#233; mentale s'articulent d&#233;sormais avec un &#171; &lt;i&gt;soutien &#224; la vie quotidienne, par exemple en facilitant l'acc&#232;s au logement et en faisant le lien avec les services d'&#233;ducation et d'emploi&lt;/i&gt; &#187;. Une individualisation du suivi du patient et une prise en compte de l'humain dans sa globalit&#233;, &#224; contre-courant des pr&#233;conisations de la Haute autorit&#233; de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeanne confirme : &#171; &lt;i&gt;Les recommandations de bonnes pratiques de l'HAS sont tr&#232;s orient&#233;es neurosciences et TCC &lt;/i&gt;[th&#233;rapies comportementales et cognitives, NDLR].&lt;i&gt; Tout ce qui est psychodynamique&lt;/i&gt; [qui fait notamment appel &#224; l'inconscient] &lt;i&gt;est compl&#232;tement &#233;ject&#233;. Maintenant, il faut faire passer des tests, ce n'est plus du tout notre travail. Il y a une volont&#233; de faire dispara&#238;tre le soin par la parole.&lt;/i&gt; &#187; Si les directives du futur Ordre des psychologues ressemblent aux recommandations de la Haute autorit&#233; de sant&#233; &#8211; qui ne riment pas jusqu'ici avec obligation mais font tout de m&#234;me r&#233;f&#233;rence &#8211;, nul doute que la pluralit&#233; des approches th&#233;rapeutiques sera en p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; la parole des victimes de violences et de toutes les personnes en souffrance psychique tend &#224; se lib&#233;rer, difficile de voir d'un bon &#339;il l'&#233;touffement de cette parole, la marche forc&#233;e vers un d&#233;ni de la vie psychique, la normalisation des pratiques th&#233;rapeutiques et l'&#233;tiquetage des patients. Pour aider les humains en souffrance, encore faudrait-il entendre celles et ceux qui les &#233;coutent chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Texte et photo Lily La Fronde&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;30 % de la population serait concern&#233;e. &#171; Les psychologues en gr&#232;ve pour un vrai remboursement &#187;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233; &lt;/i&gt;(10/06/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Reconductible une fois, apr&#232;s &#233;valuation par un psychiatre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La dur&#233;e de l'entretien initial d'&#233;valuation est quant &#224; elle fix&#233;e &#224; 45 minutes et r&#233;mun&#233;r&#233;e 32 euros.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir note n&#176; 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Intitul&#233; &#171; Orientations et dossiers techniques relatifs aux services de sant&#233; mentale communautaires : promotion des d&#233;marches centr&#233;es sur la personne et fond&#233;es sur ses droits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Refuser l'Ehpad</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Refuser-l-Ehpad</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>
		<dc:subject>vie</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;sidents</dc:subject>
		<dc:subject>&#194;g&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;rigord noir</dc:subject>
		<dc:subject>institution</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;sidents d'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nombre de r&#233;sidents de maisons de retraite n'ont pas choisi d'y entrer : cette d&#233;cision fut surtout celle de leurs proches ou des professionnels de sant&#233;. Rencontr&#233;s dans le P&#233;rigord, Jean et Esther r&#233;sistent encore &#224; la pression sociale. Un refus qui se con&#231;oit : entre libert&#233;s restreintes &#224; cause du Covid et recours massif aux psychotropes, ces &#233;tablissements prennent parfois l'allure d'institutions totales. &#194;g&#233; de 92 ans, Jean est d'un autre temps. Paysan dans le P&#233;rigord noir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/residents" rel="tag"&gt;r&#233;sidents&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Age" rel="tag"&gt;&#194;g&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Perigord-noir" rel="tag"&gt;P&#233;rigord noir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/institution" rel="tag"&gt;institution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/residents-d-Ehpad" rel="tag"&gt;r&#233;sidents d'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nombre de r&#233;sidents de maisons de retraite n'ont pas choisi d'y entrer : cette d&#233;cision fut surtout celle de leurs proches ou des professionnels de sant&#233;. Rencontr&#233;s dans le P&#233;rigord, Jean et Esther r&#233;sistent encore &#224; la pression sociale. Un refus qui se con&#231;oit : entre libert&#233;s restreintes &#224; cause du Covid et recours massif aux psychotropes, ces &#233;tablissements prennent parfois l'allure d'institutions totales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3547 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1700-d67b0.jpg?1782829388' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#194;g&#233; de 92 ans, Jean est d'un autre temps. Paysan dans le P&#233;rigord noir (Dordogne), il a toute sa vie &#233;t&#233; confront&#233; aux privations, aux coups de sang des b&#234;tes et aux durs travaux de b&#251;cheronnage. Aujourd'hui encore, il fait face : c'est avec vigueur qu'il refuse la maison de retraite. &#171; &lt;i&gt;Je suis bien chez moi &#224; la ferme. Quoi qu'il arrive, je pr&#233;f&#232;re mourir ici&lt;/i&gt; &#187;, commente-t-il, regard bleu et d&#233;termin&#233;. Aux Eyzies, en lisi&#232;re d'une grande ch&#234;naie, le vieillard sort encore pour faucher l'all&#233;e, rentrer quelques b&#251;ches ou ramasser des truffes avec son border collie. C'est dans la sobri&#233;t&#233; de sa cuisine, pr&#232;s du po&#234;le, qu'il re&#231;oit ses repas livr&#233;s &#224; domicile, l'aide m&#233;nag&#232;re, son m&#233;decin traitant et ses visiteurs. Afin de s'&#233;viter un voyage sans retour, Jean a d&#233;cid&#233; de ne plus jamais monter dans le moindre v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que sa fille s'inqui&#232;te, elle qui vit &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Je suis en permanence dans la crainte qu'il ait un accident et que l'on ne soit pas l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Sc&#233;nario classique : dans l'esprit des proches, la solution de l'Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) s'impose souvent peu &#224; peu, &#224; mesure que les t&#226;ches quotidiennes ou l'&#233;tat psychique du parent deviennent trop lourds &#224; g&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution elle-m&#234;me n'est pourtant pas sans danger. Le sujet restant tabou, le m&#233;decin de Jean pr&#233;f&#232;re rester anonyme : &#171; &lt;i&gt;En entrant en Ehpad, certains anciens se d&#233;gradent tr&#232;s vite, physiquement et psychologiquement. Nous appelons &#231;a le syndrome de glissement.&lt;/i&gt; &#187; Il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que la vie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le fait d'assurer la p&#233;rennit&#233; du corps ou bien une situation o&#249; la dignit&#233;, la sant&#233; mentale et la libert&#233; demeurent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Selon moi, on devrait respecter le refus de Jean, accepter la perspective d'un accident. Sauf que formuler les choses en ces termes est devenu compliqu&#233;. L'&#233;poque est au contr&#244;le et au risque z&#233;ro.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Placement impos&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La campagne p&#233;rigourdine regorge de r&#233;sistances ordinaires &#224; la maison de retraite. Sur les hauteurs du Bugue, un village de 2 500 habitants, Esther est encore autonome, &#224; 96 ans. Du haut de son m&#232;tre cinquante, cette vieille canaille joue th&#233;&#226;tralement l'incompr&#233;hension quand on &#233;voque l'Ehpad et minimise les cons&#233;quences de ses pertes de m&#233;moire. Un num&#233;ro suffisant, pour l'instant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, lorsque les familles h&#233;sitent, certains professionnels de la g&#233;riatrie tentent de les rassurer afin de rendre le passage en institution plus acceptable pour tout le monde : ici on promet un repas d'accueil avec toute la famille, l&#224; la possibilit&#233; pour le r&#233;sident d'avoir des objets personnels dans les chambres. Parfois, face &#224; la r&#233;sistance des anciens, les proches, souvent en d&#233;tresse, en viennent &#224; inventer des arguments fallacieux : &#171; &lt;i&gt;Ce ne sera que pour quelques jours&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Tu as besoin de faire des examens&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, l'entr&#233;e en institution est fr&#233;quemment ressentie comme impos&#233;e, ainsi que l'a montr&#233; une enqu&#234;te effectu&#233;e par la Drees&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Direction de la recherche, des &#233;tudes, de l'&#233;valuation et des statistiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en l'an 2000 aupr&#232;s de plusieurs milliers de r&#233;sidents. Pour la plupart, c'est la famille (37 %) et les professionnels de sant&#233; (21 %) qui avaient d&#233;cid&#233; qu'ils ne pouvaient plus rester chez eux. Pass&#233;s de &#171; sujets &#187; &#224; &#171; objets &#187; de placement, certains anciens supportent alors tr&#232;s mal les espaces priv&#233;s r&#233;duits, l'impossibilit&#233; de sortir ou encore les contraintes horaires impos&#233;es pour les repas ou la toilette.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serrage de vis covidien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la perspective du placement en institution n'a jamais fait r&#234;ver Esther et Jean, il y a peu de chances que la crise sanitaire les fasse changer d'avis : ind&#233;niablement, la gestion de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 a accru la restriction des libert&#233;s pour les r&#233;sidents d'Ehpad, priv&#233;s d'espaces communs pour &#233;viter les contaminations. &#171; &lt;i&gt;Le droit &#224; la vie, &#224; la sant&#233; morale et le principe de sauvegarde de la dignit&#233; humaine ont &#233;t&#233; oubli&#233;s au profit relatif d'un sommaire droit &#224; la sant&#233;&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait indign&#233; le collectif Alliance R&#233;sidents Proches, dans une tribune publi&#233;e par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; en juin dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps, quand elles n'&#233;taient pas carr&#233;ment interdites, les visites des familles se sont souvent faites sans aucun contact physique, &#224; travers une vitre de Plexiglas ; surveill&#233;es et limit&#233;es un peu comme un rendez-vous au parloir d'une prison. Et pour les f&#234;tes de No&#235;l 2020, de nombreux anciens n'ont pas pu passer le r&#233;veillon avec leurs proches en raison de protocoles sanitaires des plus stricts (parfois plusieurs tests PCR et une mise en quarantaine au moment du retour en institution).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Soins b&#226;cl&#233;s et cachets&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Manque de moyens oblige, l'Ehpad est trop souvent un lieu de perte de sens o&#249; le personnel, confront&#233; &#224; des exigences de rentabilit&#233; et de productivit&#233;, est contraint de b&#226;cler les soins. Les t&#233;moignages des ravages du taylorisme qui s'y applique ne manquent d'ailleurs pas : 15 minutes pour s'occuper de la toilette, de l'habillement, du petit-d&#233;jeuner et des m&#233;dicaments d'un r&#233;sident r&#233;veill&#233; aux aurores ; une aide-soignante et une auxiliaire de vie seulement pour assurer la garde de nuit dans une structure accueillant 100 personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de restriction permanente o&#249; le personnel n'a pas le temps de prendre correctement &lt;i&gt;soin&lt;/i&gt; des r&#233;sidents, parfois d&#233;ments, angoiss&#233;s ou d&#233;pressifs, le recours &#224; la chimie est devenu une facilit&#233;. En avril 2015, &lt;i&gt;La Revue de g&#233;riatrie&lt;/i&gt; publiait les r&#233;sultats d'une large enqu&#234;te men&#233;e sur le sujet : sur plus de 35 000 r&#233;sidents d'Ehpad interrog&#233;s, environ 16 % consommaient des neuroleptiques, pr&#232;s de 48 % &#233;taient sous antid&#233;presseurs et 41,8 % &#233;taient depuis des ann&#233;es sous benzodiaz&#233;pines (Xanax et Lexomil par exemple). Et ce, en d&#233;pit des recommandations qui limitent l'usage de ces derniers &#224; 12 semaines en raison de leur toxicit&#233; et des probl&#232;mes de d&#233;pendance qu'ils occasionnent. Enfin, 16,4 % des ordonnances chroniques contenaient au moins trois psychotropes, alors que les personnes &#226;g&#233;es sont tr&#232;s expos&#233;es aux effets secondaires et aux risques des interactions m&#233;dicamenteuses. Un argument de plus pour Jean et Esther ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les employ&#233;s aussi r&#233;sistent&lt;/h3&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale des grands m&#233;dias, &#224; Artix, en B&#233;arn, le 18 d&#233;cembre 2020, les salari&#233;s de l'Ehpad &lt;i&gt;Les Jardins d'Iroise&lt;/i&gt; ont entam&#233; une gr&#232;ve. Quelques jours auparavant, les personnels d'&#233;tablissements situ&#233;s &#224; Boll&#232;ne (Vaucluse) et Veynes (Hautes-Alpes) avaient eux aussi engag&#233; un bras de fer avec leur direction. Les applaudissements aux fen&#234;tres ne sont plus qu'un vague souvenir et les promesses institutionnelles ont un go&#251;t amer : pr&#233;sent&#233; en 2006, le plan gouvernemental &#171; Solidarit&#233; grand &#226;ge &#187; avait promis une augmentation importante du personnel des Ehpad. Depuis, les ARH (Agences r&#233;gionales de l'hospitalisation), suivies des ARS (Agences r&#233;gionales de sant&#233;, cr&#233;&#233;es en 2010), ont surtout trac&#233; les jalons de la marchandisation du soin, notamment via le d&#233;veloppement significatif du secteur priv&#233; et des m&#233;canismes de concurrence. D&#233;sormais, cinq grands groupes (Korian, Orpea, DomusVi, Colis&#233;e et Domidep) poss&#232;dent &#224; eux seuls pr&#232;s de 900 &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Direction de la recherche, des &#233;tudes, de l'&#233;valuation et des statistiques (il s'agit de l'enqu&#234;te &#171; EHPA 2000 &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cofor moderne</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Cofor-moderne</link>
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		<dc:date>2020-06-23T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>H. K.</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>H. K.</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Cofor</dc:subject>
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		<dc:subject>Anne</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re d'accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques, l'heure est au changement de paradigme. Au Centre de formation au r&#233;tablissement (Cofor), &#224; Marseille, ce sont les primo-concern&#233;&#183;es qui &#233;changent autour de nouvelles pratiques r&#233;pondant &#224; leurs besoins, chacun&#183;e apprenant des connaissances des autres. Tour d'horizon. &#192; l'&#233;poque de mes hospitalisations, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, la psychiatrie publique ne d&#233;bordait pas d'imagination. Les interlocuteurs potentiels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no184-fevrier-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;184 (f&#233;vrier 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/H-K-362" rel="tag"&gt;H. K.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre" rel="tag"&gt;centre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cofor" rel="tag"&gt;Cofor&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/module" rel="tag"&gt;module&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/formation" rel="tag"&gt;formation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/formations" rel="tag"&gt;formations&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/etudiant-es" rel="tag"&gt;&#233;tudiant.es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re d'accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques, l'heure est au changement de paradigme. Au Centre de formation au r&#233;tablissement (Cofor), &#224; Marseille, ce sont les primo-concern&#233;&#183;es qui &#233;changent autour de nouvelles pratiques r&#233;pondant &#224; leurs besoins, chacun&#183;e apprenant des connaissances des autres. Tour d'horizon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L407xH400/-1522-d4f5b.jpg?1782645511' width='407' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par H.K.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque de mes hospitalisations, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, la psychiatrie publique ne d&#233;bordait pas d'imagination. Les interlocuteurs potentiels &#233;taient facilement identifiables mais jamais disponibles, le m&#233;dicament se chargeait de vous rendre g&#233;rable par l'institution, les ateliers propos&#233;s devaient mollement vous occuper la semaine, le circuit de soins &#224; la sortie &#233;tait bien balis&#233;. De l'atelier anim&#233; par le pharmacien du Centre m&#233;dico-psychologique (CMP) aux s&#233;ances de visionnage de VHS avec les mamies &#224; l'h&#244;pital de jour, l'ennui pr&#233;dominait. &#199;a ne d&#233;bordait pas d'enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les temps ont bien chang&#233;, &#224; commencer par le vocabulaire. Tout d'abord, on ne parle plus de &#171; malade psychiatrique &#187; et plus trop de &#171; personne en situation de handicap psychique &#187;, puisque maintenant vous pouvez &#234;tre &#171; usager en sant&#233; mentale &#187;. M&#234;me si ce terme ne dit rien du foisonnement et du chaos int&#233;rieur, m&#234;me s'il ne vous fait plus exister qu'au vu de votre relation avec les institutions, il a l'avantage de faire de vous quelqu'un de respectable, qui a des droits &#8211; un client, presque...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vous dit de moins en moins que &#171; la gu&#233;rison, c'est pas pour vous &#187; &#8211; le &lt;i&gt;r&#233;tablissement&lt;/i&gt; semble plus accessible, voire plus souhaitable. Occupant une place centrale dans ce processus, la personne concern&#233;e va &#234;tre accompagn&#233;e pour retrouver l'estime d'elle-m&#234;me, pour conforter ses capacit&#233;s &#224; agir et &#224; prendre des d&#233;cisions, pour am&#233;liorer son bien-&#234;tre et &#233;toffer ses relations affectives, pour exercer des r&#244;les sociaux gratifiants, d&#233;fendre sa peau.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des formations par et pour les concern&#233;.es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour creuser et transmettre cette nouvelle approche, un lieu fantastique a vu le jour &#224; Marseille, dans le quartier de la Pointe-Rouge : le Cofor (Centre de formation au r&#233;tablissement), h&#233;berg&#233; dans les locaux d'un institut de formation pour travailleurs sociaux. Le principe : permettre &#224; des personnes ayant des troubles psy d'acqu&#233;rir outils et connaissances pour &#233;tayer leur r&#233;tablissement et &#233;viter les rechutes. Contrairement &#224; ce qui peut se passer dans les structures de soin, au Cofor, ce ne sont pas des soignant.&#8202;es qui vous ass&#232;nent leur vision des choses mais, pour 90 %, des personnes ayant elles-m&#234;mes connu un parcours en psychiatrie (des pairs, donc). L'id&#233;e &#233;tant que les formations soient co-construites par les &#233;tudiant.es, leurs animateurs et animatrices ne sont pas appel&#233;.es &#171; enseignant.es &#187;, mais &#171; facilitateurs &#187; et &#171; facilitatrices &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire commence en 2016. Une trentaine de personnes impliqu&#233;es dans des structures alternatives du m&#233;dico-social, travailleur.euses comme b&#233;n&#233;ficiaires, cherchent &#224; ouvrir un espace dans lequel penser le changement. Elles d&#233;crochent un appel d'offres de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) concernant l'autonomie en sant&#233;, et prennent un an pour monter le projet et d&#233;finir le cadre th&#233;orique du futur Cofor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; certains &lt;i&gt;Recovery Colleges&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le concept de Recovery College a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; en Angleterre. Le Cofor (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de l'&#233;tranger, ici, il n'y aura donc pas de place pour les soignants dans l'&#233;quipe, et seules les personnes concern&#233;es par les troubles pourront &#234;tre &#233;tudiantes (des interventions du Cofor aupr&#232;s de professionnel.les du m&#233;dico-social se chargeant tout de m&#234;me par ailleurs de les sensibiliser au &lt;i&gt;r&#233;tablissement&lt;/i&gt;). L'organisation est voulue horizontale et participative &#224; tous les niveaux : les &#233;tudiant.es prennent part aux r&#233;unions hebdomadaires, au comit&#233; p&#233;dagogique, au comit&#233; de pilotage, co-construisent les modules... L'&#233;galit&#233; salariale est la r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois les r&#233;unions sont &#171; &lt;i&gt;rock &amp; roll&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Anne, une des cofondatrices du Cofor. Mais au moins, on s'assure que le contenu des formations &#233;mane des besoins des primo-concern&#233;.es. Et en septembre 2017, quatre modules sont propos&#233;s : Droits (acc&#233;der &#224; son dossier m&#233;dical, d&#233;signer une personne de confiance, r&#233;diger des directives anticip&#233;es en cas d'hospitalisation...) ; Plan d'action individualis&#233; vers le r&#233;tablissement ; Vivre avec (identifier les signes pr&#233;curseurs d'une crise, s'affirmer face au psychiatre, apprendre &#224; t&#233;moigner sans craindre le jugement...) ; et Bien-&#234;tre (m&#233;ditation, yoga, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque module se compose d'une douzaine de s&#233;ances de deux heures environ, et accueille jusqu'&#224; douze &#233;tudiant.es (en janvier 2019, la moyenne d'&#226;ge &#233;tait de 43 ans, 50 % ayant un niveau bac). &#192; chaque fin de trimestre, on ajuste le contenu en fonction des retours. En tenant compte aussi des personnes qui animent le module : untel est juriste de formation, unetelle convaincue par la pertinence de la psychanalyse, unetelle esp&#233;rait voir &#233;merger un lobby de d&#233;fense des psychiatris&#233;.&#8202;es...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Former &#224; la &#171; pair-aidance &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mathieu et A&#239;cha, ancien.es &#233;tudiant.es devenu.es facilitateur et facilitatrice de module, insistent sur la mani&#232;re dont le Cofor les a aid&#233;.&#8202;es &#224; mieux &#233;couter et comprendre les gens, comment les &#233;changes permanents leur ont permis d'&#233;voluer. Anne, elle, a fait le choix de quitter le centre apr&#232;s avoir &#233;t&#233; facilitatrice pendant deux trimestres : &#171; &lt;i&gt;Ce que j'avais &#224; dire est pass&#233;, il faut que &#231;a tourne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps, l'envie se fait sentir de monter un cinqui&#232;me module professionnalisant d'initiation &#224; la pair-aidance&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pair-aidance repose sur l'entraide entre personnes souffrant ou ayant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. L'id&#233;e est de compl&#233;ter l'offre de formation existante (licence professionnelle &#171; M&#233;diateur de sant&#233;-pair &#187; &#224; Lyon et Paris), en donnant sa chance &#224; tout le monde, sans niveau de dipl&#244;me requis. Pour Anne, le risque engendr&#233; par ce cinqui&#232;me module est d' &#187; &lt;i&gt;envoyer au front de la chair fra&#238;che&lt;/i&gt; &#187; &#8211; autrement dit, de placer toujours plus de personnes pay&#233;es au rabais dans des &#233;quipes soignantes encore tr&#232;s stigmatisantes, qui les enverront en premi&#232;re ligne en cas d'urgence, sans accompagnement pour amortir la charge mentale, sans organisme pour les d&#233;fendre en cas de conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce module cherche avant tout &#224; structurer et approfondir une pair-aidance qui existe d&#233;j&#224; de mani&#232;re spontan&#233;e, quand quelqu'un d&#233;barque &#224; une session avec son dossier juridique sous le bras, quand tel.le autre a besoin de soutien pendant son hospitalisation...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Que cent Cofor s'&#233;panouissent... &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au Cofor, les avis concernant l'orientation &#224; donner au projet par la suite divergent : participer davantage &#224; la formation des internes en m&#233;decine et des travailleurs sociaux, offrir des cursus r&#233;ellement dipl&#244;mants, faciliter l'acc&#232;s &#224; des formations classiques, contribuer &#224; l'&#233;mergence d'un r&#233;seau de r&#233;tablissement alternatif &#224; l'hospitalisation, faire en sorte que les personnes les plus pr&#233;caires aient davantage recours au Cofor ? Par ailleurs, au vu de ses bons r&#233;sultats attest&#233;s par le travail conjoint d'une psychiatre et d'un anthropologue, le Cofor est &#224; peu pr&#232;s s&#251;r d'&#234;tre p&#233;rennis&#233; apr&#232;s 2021... Des projets similaires se montent m&#234;me &#224; Paris et Lille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, plusieurs questions importantes restent en suspens : risque-t-on de jouer le jeu du lib&#233;ralisme et de ses coupes budg&#233;taires en mettant en avant les capacit&#233;s individuelles de r&#233;tablissement &#8211; comme si chacun devait autog&#233;rer ses crises existentielles &#8211; rendant obsol&#232;te toute politique publique en la mati&#232;re ? Le Cofor pourra-t-il se passer un jour de Solidarit&#233; R&#233;habilitation, structure porteuse et gestionnaire, &#233;troitement li&#233;e &#224; l'AP-HM (Assistance publique-H&#244;pitaux de Marseille), qui sur son site internet met en avant les &#233;tudes de Fondamental, &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; fondation de sant&#233; mentale qui siphonne les budgets &#233;tatiques pour ses recherches en neurosciences ? Parano, moi ? Confuse, sans doute...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que, en comparaison &#224; ce qu'on pouvait faire de mani&#232;re informelle &#224; Toulouse&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'histoire du collectif Crazy Horde &#224; la fin de l'article &#171; Messies de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, le Cofor touche plus de monde, garantit un cadre p&#233;renne sur la dur&#233;e et donc un approfondissement des questionnements et une accumulation de connaissances et d'outils. Et surtout, il permet &#224; beaucoup de gens de ne pas avoir le m&#233;dicament pour seul horizon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;H. K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
Merci &#224; C&#233;line Engel (coordinatrice du projet), Mathieu (ancien &#233;tudiant, facilitateur, co-coordinateur), Anne (cofondatrice et ancienne facilitatrice), A&#239;cha (ancienne &#233;tudiante, facilitatrice) d'avoir r&#233;pondu &#224; mes questions avec autant d'enthousiasme et de disponibilit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Pour en savoir plus :&lt;i&gt; &lt;a href=&#034;http://www.coforetablissement.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.coforetablissement.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le concept de &lt;i&gt;Recovery College&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; en Angleterre. Le Cofor s'inspire de la d&#233;marche de ces centres de formation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pair-aidance repose sur l'entraide entre personnes souffrant ou ayant souffert d'un trouble. Les m&#233;diateurs de sant&#233; pairs peuvent exercer en milieu hospitalier, dans des structures m&#233;dico-sociales, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire l'histoire du collectif Crazy Horde &#224; la fin de l'article &#171; Messies de tous les pays, unissez-vous &#187;, en p. II.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour l'h&#244;pital : de la maille, pas des m&#233;dailles !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pour-l-hopital-de-la-maille-pas</link>
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		<dc:date>2020-06-15T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Francesco Nocera, Iffik Le Guen, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons. En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crise" rel="tag"&gt;crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soignants" rel="tag"&gt;soignants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prime" rel="tag"&gt;prime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-hopital" rel="tag"&gt;L'h&#244;pital&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1547-d2efd.jpg?1782638466' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la fatigue, le traumatisme des moments durs et une m&#233;fiance solide envers les fumeuses promesses du gouvernement. Une &#233;vidence : les probl&#232;mes structurels du service public de la sant&#233; demeurent. Une certitude : dans le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;, rien ne sera obtenu sans lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Prud'homme est infirmier anesth&#233;siste et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Force ouvri&#232;re aux H&#244;pitaux universitaires de Strasbourg. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La &#8220;m&#233;daille de l'engagement&#8221; serait de l'ordre du risible si la situation n'&#233;tait pas aussi s&#233;rieuse &#8211; ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe. Ce n'est pas faute d'avoir averti les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; depuis vingt ans. Ce que nous avons toujours revendiqu&#233;, ce sont justement des conditions de travail correctes. En clair : mettre fin &#224; la gestion &#224; flux tendu, &#233;puisante pour l'ensemble des personnels et qui a fait que la priorit&#233; aux soins a recul&#233; devant les logiques purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prime est une bonne chose et la revalorisation salariale annonc&#233;e ne peut que nous satisfaire. Il reste &#224; d&#233;couvrir ce que contiendra effectivement le plan S&#233;gur. Car si la question reste uniquement salariale, sans r&#233;ponse de fond, les probl&#232;mes de l'ensemble de la cha&#238;ne hospitali&#232;re publique resteront les m&#234;mes. L'h&#244;pital public a vu son financement ass&#233;ch&#233; par la baisse et le gel des cotisations sociales depuis des ann&#233;es. Des h&#244;pitaux ont d&#251; contracter des emprunts toxiques qui n'ont fait que d&#233;multiplier leurs difficult&#233;s. R&#233;sultat : les patients et les personnels en paient le prix aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Leurs annonces ne valent rien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille* est infirmi&#232;re aux urgences dans un h&#244;pital priv&#233; des Bouches-du-Rh&#244;ne. Fin mars, elle nous expliquait que la crise sanitaire &#233;tait le r&#233;sultat de choix politiques d&#233;sastreux. Deux mois plus tard, elle ne d&#233;col&#232;re pas. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous mes coll&#232;gues, je suis &#233;puis&#233;e. Fatigu&#233;e par le climat anxiog&#232;ne et par nos nouvelles conditions de travail : bosser avec un masque, transpirer dans ses couches de v&#234;tements, sa blouse et sa surblouse, puis se changer entre chaque patient. G&#233;rer l'anxi&#233;t&#233; des patients, augment&#233;e par l'interdiction des visites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais conna&#238;tre son emploi du temps d'une semaine sur l'autre, ne jamais pouvoir se projeter, &#231;a aussi c'est &#233;reintant. C'est l&#224; que tu te rends compte que la conscience professionnelle des soignants est dingue. Au mois de mai, j'ai travaill&#233; 180 heures et aucune n'a &#233;t&#233; pay&#233;e en heure suppl&#233;mentaire. Je n'ai pas non plus touch&#233; la prime Urgences alors que j'y travaille depuis plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre motif de fatigue : le cirque m&#233;diatique et les fausses r&#233;ponses politiques. Chez les soignants, on a us&#233; de l'&#233;nergie en s'&#233;nervant sur les discours autour des masques d'abord jug&#233;s inutiles, puis bient&#244;t obligatoires. On est dans une politique du spectacle : il y a eu des TGV et des avions affr&#233;t&#233;s, un h&#244;pital militaire parce que &#231;a fait bien &#224; la t&#233;l&#233;. Mais la base &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;ducation &#224; la sant&#233; publique, n'a pas &#233;t&#233; dispens&#233;e. Personne n'a vraiment expliqu&#233; aux gens comment se laver les mains, comment retirer un masque ou des gants. Il aurait fallu mettre en place des tentes en ext&#233;rieur dans lesquels des soignants auraient renseign&#233; sur la conduite &#224; tenir. Au lieu de &#231;a, on a eu droit &#224; des flashs info en boucle qui ont paniqu&#233; la population et ne lui ont pas permis de s'autonomiser. Pourtant, il y avait du personnel disponible pour &#231;a : les soignants dont les services avaient ferm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il faut d&#233;fendre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un h&#244;pital ne fonctionne pas sans brancardiers, sans aides-soignantes, sans travailleurs des services d'hygi&#232;ne. Ce qu'on veut, c'est la revalorisation de l'h&#244;pital entier. Et puis quand ils parlent d'une prime aux soignants, c'est qui pour eux les soignants ? Pourquoi cette prime ne concerne-t-elle que l'h&#244;pital ? L'aide-soignante en Ehpad ne l'a pas m&#233;rit&#233;e, peut-&#234;tre ? Cette prime, c'est pas ce qu'on demande, on n'en a d'ailleurs pas encore vu la couleur. Leurs annonces ne valent rien : le vendredi avant le d&#233;confinement ils ont enlev&#233; les renforts, des fois qu'on voudrait se reposer. Et puis aucun repr&#233;sentant des soignants n'a &#233;t&#233; invit&#233; pour pr&#233;parer leur grand plan S&#233;gur de la sant&#233;. Il n'y a que des PDG et des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, le gouvernement est en train d'essayer de casser le soutien aux soignants. La crise du Covid est arriv&#233;e sur fond de climat social tendu et elle a notamment mis un stop aux mobilisations des Gilets jaunes qui &#233;taient attentifs &#224; la question des soignants. Tout comme l'&#233;tait le mouvement contre la r&#233;forme des retraites. Quand le gouvernement annonce une prime de 1 500 &#8364; pour nous, c'est violent pour les personnes qui ont subi de plein fouet la crise sanitaire, qui n'ont plus de revenus ou sont pay&#233;es au Smic. Pareil pour le dispositif permettant aux travailleurs de nous offrir leurs cong&#233;s. Jamais on ne voudrait des cong&#233;s des gens ! Ils en remettent une couche en expliquant que la revalorisation des salaires des soignants va demander un effort &#224; tout le monde. En fait, ils sont en train de faire croire que les soignants sont devenus des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tirait la sonnette d'alarme depuis longtemps. Maintenant on n'en est plus l&#224; : c'est arriv&#233;. On a maltrait&#233; les soignants, donc maltrait&#233; les patients. Le bilan est dramatique. On compte les morts mais la souffrance, elle, n'est pas quantifiable. Dans les Ehpad ou dans les centres pour personnes handicap&#233;es, on a laiss&#233; les gens souffrir, voire mourir seuls. On les a abandonn&#233;s parce qu'on a tout mobilis&#233; sur la sant&#233; de ceux qui repr&#233;sentent la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il faut un recrutement massif, arr&#234;ter de traiter l'h&#244;pital comme une entreprise. Le fric est l&#224; mais ils l'injectent pour sauver Air France ou Renault. Je suis d&#233;go&#251;t&#233;e. Si &#231;a continue comme &#231;a, on va se retrouver avec un syst&#232;me de sant&#233; &#224; l'am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie* est &#233;tudiante infirmi&#232;re en Occitanie. &#201;puis&#233;e apr&#232;s deux mois intenses en service de r&#233;animation, elle estime qu'il n'y a rien &#224; attendre des promesses gouvernementales. Et que la lutte passera par la rue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette fin mai, tu es en arr&#234;t-maladie pour cause d'&#233;puisement. Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une sorte d'&#233;puisement psychique, ou &#233;motionnel. Je n'ai pas trop vu les choses venir : il y a eu ma &#8220;r&#233;quisition&#8221; ainsi que celle de mes camarades, la derni&#232;re semaine de mars, dans le service de r&#233;animation en tant que stagiaire &#8220;en renfort&#8221;. S'adapter &#224; une &#233;quipe en place n'est jamais facile &#8211; surtout quand certains titulaires m&#233;prisent les stagiaires &#8211; et encore moins dans ce contexte. Il y a eu de la tension en permanence, les restrictions de mat&#233;riel, ma propre peur, celle de mes proches, les malades en souffrance, les angoisses des familles&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien que &#171; stagiaire &#187;, tu as boss&#233; &#224; plein temps. &#192; quel tarif as-tu &#233;t&#233; pay&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon indemnit&#233; de stage &#233;tait de 38 &#8364; par semaine. Nous sommes en attente d'une augmentation de prime allou&#233;e par la R&#233;gion. Il a fallu des p&#233;titions et des pressions syndicales importantes pour &#234;tre reconnus comme &#8220;aidants&#8221; et non plus comme &#8220;esclaves&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels moments t'ont marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au niveau des choses positives, il y a eu tout ce qu'on a fait pour que l'humain ait sa place. Si les familles sont interdites en r&#233;a, il n'&#233;tait pas envisageable que la restriction de mat&#233;riel (masques, surblouses) pr&#233;vale sur la d&#233;tresse des patients et de leur famille. On s'est donc rapidement &#8220;arrang&#233;&#8221; pour que les patients gardent un contact avec leurs proches. Via les &#8220;visio&#8221; ou t&#233;l&#233;phones, mails et exceptionnellement des visites. Dans l'ensemble, notre &#233;quipe &#233;tait tr&#232;s soud&#233;e, avec de belles solidarit&#233;s. D'ailleurs, on a &#233;t&#233; nourris par des restos ou des gens de l'ext&#233;rieur pendant plusieurs semaines. Je garde aussi en t&#234;te le souvenir du premier patient sorti de r&#233;a avec une haie d'honneur sous nos applaudissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi eu des moments terribles. Par exemple la d&#233;tresse des patients qui arrivent encore conscients et pour qui r&#233;animation &#233;tait synonyme de mort. Les m&#233;dias hyper anxiog&#232;nes ont d'ailleurs bien contribu&#233; &#224; majorer leurs angoisses. Cela s'est traduit par des refus de soins, ce qui nous a demand&#233; beaucoup de patience et de n&#233;gociation. Et puis on recrachait un discours rassurant sans avoir aucun recul sur le coronavirus, ne sachant pas vers quoi nous allions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont d'apr&#232;s toi les le&#231;ons &#224; tirer de cette &#171; crise Covid &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sant&#233; est affaire de gros sous. Le gouvernement ne fera rien pour nous. Nous avons manifest&#233; sous les coups de la police pendant de longs mois auparavant. D&#233;j&#224; &#224; Nancy ou ailleurs, des suppressions de lits et de postes sont pr&#233;vues. Il n'y a rien &#224; attendre de ces politiques. Ce que je veux ? Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini. La lutte est dans la rue, elle est violente. L'h&#244;pital est totalement d&#233;labr&#233; et les soignants continuent de bosser, s'appuyant sur leurs ressources personnelles et certaines convictions encore vivantes pour le secteur public. Mais jusqu'&#224; quand ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cette prime n'endort personne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie &#224; Marseille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'estimer chanceux que l'&#233;pid&#233;mie ait touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre alsacien. Cela a permis de profiter des mesures de confinement pour freiner la circulation du virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous avons hiss&#233; sur la fa&#231;ade du CHU une banderole au slogan &#233;vocateur : &#8220;&lt;i&gt;Ni m&#233;daille ni charit&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Et qu'a fait le directeur g&#233;n&#233;ral de l'AP-HM lors d'un de ses d&#233;placements ext&#233;rieurs ? Il s'est affich&#233; visitant un local dans lequel s'activaient des couturi&#232;res b&#233;n&#233;voles pour confectionner des surblouses de protection. Qu'a promis Emmanuel Macron le 13 mai ? Une m&#233;daille et une place pour les soignants lors du d&#233;fil&#233; du 14 juillet. On n'est jamais compl&#232;tement arm&#233; contre un foutage de gueule &#224; ce point d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu prendre le pouls de l'ensemble du personnel d&#232;s que les &#8220;cellules Covid&#8221; nous ont autoris&#233;s &#224; nous r&#233;unir physiquement en respectant les mesures de s&#233;curit&#233; sanitaire. Tous et toutes, administratifs compris, ont parl&#233; du poids de la fatigue et de l'angoisse face au manque de mat&#233;riel, de la col&#232;re aussi. Tous et toutes ont dit s'&#234;tre sentis abandonn&#233;.es par des employeurs incapables de les prot&#233;ger. La d&#233;fiance est grande envers le gouvernement, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;, les responsables de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; et leurs discours remplis de h&#233;ros, de sacrifices et de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a la fameuse prime de 1 500 &#8364;. Mais il s'agit surtout d'une op&#233;ration de communication pour faire taire les revendications et diviser les soignants. Tout d'abord, une distinction macabre est faite entre les d&#233;partements en fonction du nombre de morts. Les plus &#8220;l&#233;taux&#8221; seront bien dot&#233;s tandis que les autres n'auront rien &#8211; alors qu'ils ont peut-&#234;tre tout simplement bien g&#233;r&#233; la crise. Ensuite, l'enveloppe budg&#233;taire est insuffisamment provisionn&#233;e au niveau national et c'est aux dirigeants locaux de la compl&#233;ter. Mais comme ils savent que l'&#201;tat leur demandera de rendre des comptes sur leurs d&#233;penses, que leur carri&#232;re reste &#233;troitement li&#233;e aux &#233;conomies budg&#233;taires, ils essayent de gratter sur le montant de la prime en multipliant les crit&#232;res d'exclusion et de r&#233;duction. Cette prime n'endort personne, m&#234;me si elle va mettre du beurre dans les &#233;pinards de celles et ceux qui ont les r&#233;mun&#233;rations les plus faibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blouses blanches, col&#232;re noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;unions reprenant entre nous et la direction, on s'est attel&#233;s &#224; faire le bilan de la crise. Dans notre ligne de mire, le Comit&#233; interminist&#233;riel de performance et de la modernisation de l'offre de soins (Copermo) qui pr&#233;voit la suppression de 1 000 postes (soignants et administratifs) et la fermeture de 400 lits &#224; Marseille. Pour l'instant, nous n'avons obtenu que sa suspension. Par ailleurs, si les mots ont chang&#233; avec la crise sanitaire et ses cons&#233;quences sur l'organisation du travail &#8211; retours d'exp&#233;rience, t&#233;l&#233;travail, t&#233;l&#233;consultation, coordination avec le priv&#233; &#8211;, les objectifs demeurent. Leur r&#233;alisation conna&#238;tra peut-&#234;tre m&#234;me une nouvelle ardeur &#224; l'occasion du grand S&#233;gur de la sant&#233; lanc&#233; le 25 mai. L&#224; aussi le lexique employ&#233; n&#233;cessite un d&#233;codeur : promotion de la &#8220;souplesse&#8221; des &#233;quipes ou de la &#8220;mobilit&#233;&#8221; des agents &#8211; pour ne pas dire &#8220;flexibilit&#233;&#8221;, terme d&#233;sormais trop connot&#233;. Comme le gouvernement l'avait fait avec les instituteurs pr&#233;c&#233;demment, on sent pointer &#224; l'horizon une vieille lune des technocrates n&#233;olib&#233;raux : en finir avec les 35 heures en conditionnant une augmentation des salaires &#224; un assouplissement du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pas un mot sur l'&#233;volution de la grille indiciaire qui permettrait une v&#233;ritable revalorisation des traitements dans la fonction publique hospitali&#232;re. &lt;i&gt;Nada&lt;/i&gt; &#233;galement sur l'arr&#234;t des fermetures de lits et des fusions de services. &#192; la place, un discours ahurissant sur des r&#233;formes qui n'ont pas &#233;t&#233; assez rapides ! &#192; 20 h 05 &#224; la t&#233;l&#233;, un assaut de bonnes intentions pour renforcer l'&#201;tat-providence. Dans les coulisses, une note de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations d&#233;bordant de propositions favorables &#224; la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; : du d&#233;veloppement des partenariats public-priv&#233; au rapprochement entre m&#233;decine de ville (lib&#233;rale) et h&#244;pital public en passant par la place grandissante accord&#233;e aux soins ambulatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le carton plein pour le pouvoir actuel serait le d&#233;mant&#232;lement du statut de la fonction publique d&#233;j&#224; partiellement engag&#233; avec le plan de r&#233;formes &#8220;Action publique 2022&#8221; qui facilite le recours aux contractuels. Concernant l'h&#244;pital, ils ont d&#233;j&#224; un cheval de Troie id&#233;al : le statut d'&#233;tablissement priv&#233; &#224; but non lucratif, lequel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adopt&#233; par l'H&#244;pital europ&#233;en et l'h&#244;pital Saint-Joseph &#224; Marseille. Les salari&#233;s y sont sous contrat comme dans une clinique et ne disposent plus d'aucun des droits protecteurs associ&#233;s au statut de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation est en train de monter et devrait culminer lors de la manifestation intersyndicale du 16 juin &#8211; malgr&#233; la fatigue, la crainte d'&#234;tre r&#233;prim&#233;, les divisions traditionnelles qui peuvent ressortir &#224; tout moment... Parce qu'alors que la direction ne cesse de dire &#8220;&lt;i&gt;On a bien g&#233;r&#233; la situation&lt;/i&gt;&#8221;, les coll&#232;gues savent bien qu'ils ont &#233;t&#233; les seuls &#224; devoir faire face &#224; cette crise. Nous &#233;tions plusieurs centaines le 26 mai pour l'action men&#233;e lors du premier &#8220;mardi de la col&#232;re&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne* est cadre de sant&#233; en canc&#233;rologie dans un h&#244;pital du Grand Est. En charge de deux &#233;quipes, elle estime que le gouvernement a failli dans sa gestion de crise &#8211; et pas qu'un peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, mes coll&#232;gues ont peur qu'une m&#233;daille remplace une augmentation salariale et les recrutements qui s'imposent pour bien faire fonctionner les services. On se dit que c'est encore un &#233;cran de fum&#233;e. Ce que les gens attendent autour de moi, c'est des moyens pour bien travailler, en termes de mat&#233;riel et de conditions de travail, ainsi que la reconnaissance de leur total investissement depuis le d&#233;but de cette crise. Et depuis bien avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide. Nous avons re&#231;u des visi&#232;res imprim&#233;es en 3D par un collectif alsacien et tout un tas de mat&#233;riel qui ne venait pas de l'&#201;tat, mais par exemple d'entreprises. Je ne sais pas ce que &#231;a aurait donn&#233; si on avait d&#251; compter uniquement sur la r&#233;action du gouvernement. En fait, toutes ses mises en place logistiques ont tr&#232;s peu servi &#224; mes &#233;quipes. Pour le dire vite, c'est le r&#233;seau d'entraide qui a &#233;t&#233; le plus efficace et le plus r&#233;actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des annonces et du plan S&#233;gur, je suis dubitative. Surtout, j'ai entendu des membres de la majorit&#233; dire des choses d&#233;montrant qu'ils ne vivent pas dans le m&#234;me monde. Encore ce matin &lt;i&gt;[26 mai]&lt;/i&gt;, j'ai entendu l'un d'eux affirmer que les 35 heures &#224; l'h&#244;pital &#233;taient une b&#234;tise et que les infirmi&#232;res sont oblig&#233;es de faire des m&#233;nages parce qu'on ne leur propose pas de travailler plus. &#199;a, quand m&#234;me, il faut se l'entendre dire ! Quand on sait que le nombre d'heures suppl&#233;mentaires effectu&#233;es d&#233;passe largement les quotas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prime ponctuelle ne va calmer personne. Ce que nous voulons, nous le crions haut et fort depuis des ann&#233;es. Et malgr&#233; tout, tu en as qui sont capables de dire que ce que le personnel soignant r&#233;clame d'abord avant tout, c'est de pouvoir travailler plus. C'est compl&#232;tement fou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret, Iffik Le Guen, Francesco Nocera &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; quelle sauce le Covid-capitalisme va-t-il nous bouffer ?</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;clarations socialisantes d'un Macron plus hypocrite que jamais, le n&#233;olib&#233;ralisme, touch&#233; mais pas coul&#233;, est d&#233;j&#224; repass&#233; &#224; l'offensive. Quelles nouvelles formes prendra-t-il ? Peut-on esp&#233;rer infl&#233;chir l'histoire ? Trois chercheurs critiques font leur pronostic. La sortie du confinement poignait &#224; peine &#224; l'horizon que le patron des patrons, Geoffroy Roux de B&#233;zieux, promettait d&#233;j&#224; de nous faire cravacher, afin de r&#233;cup&#233;rer une plus-value gripp&#233;e depuis de longues (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kalem" rel="tag"&gt;Kalem&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;pit des d&#233;clarations socialisantes d'un Macron plus hypocrite que jamais, le n&#233;olib&#233;ralisme, touch&#233; mais pas coul&#233;, est d&#233;j&#224; repass&#233; &#224; l'offensive. Quelles nouvelles formes prendra-t-il ? Peut-on esp&#233;rer infl&#233;chir l'histoire ? Trois chercheurs critiques font leur pronostic.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3337 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH403/-1529-3bf4f.jpg?1782641148' width='400' height='403' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La sortie du confinement poignait &#224; peine &#224; l'horizon que le patron des patrons, Geoffroy Roux de B&#233;zieux, promettait d&#233;j&#224; de nous faire cravacher, afin de r&#233;cup&#233;rer une plus-value gripp&#233;e depuis de longues semaines : &#171; &lt;i&gt;Il faudra bien se poser t&#244;t ou tard la question du temps de travail, des jours f&#233;ri&#233;s et des cong&#233;s pay&#233;s pour accompagner la reprise &#233;conomique et faciliter, en travaillant un peu plus, la cr&#233;ation de croissance suppl&#233;mentaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette d&#233;claration du 11 avril, le boss du Medef a choisi de temporiser au nom du &#171; pacte r&#233;publicain &#187;, mais l'agenda patronal a d&#233;j&#224; pris ses marques. Dans un grand &#171; yakafokon &#187;, un chroniqueur des &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt; fustige les syndicats qui &#233;voqueraient le &#171; droit de retrait &#187; face &#224; l'&#233;pid&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;Il faut dire aux salari&#233;s fran&#231;ais qu'il faut retourner au travail, que &#8220;le risque z&#233;ro&#8221; n'existe pas, que l'empirisme et le relativisme doivent &#234;tre les nouveaux principes directeurs, bref qu'il faut faire &#8220;au mieux&#8221;.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Le Boucher, &#171; D&#233;confinement : la responsabilit&#233; historique des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; Dans le m&#234;me temps, les inspecteurs du travail sont vent debout contre Muriel P&#233;nicaud, leur ministre de tutelle, accus&#233;e d' &#187; &lt;i&gt;organiser la paralysie de l'inspection du travail&lt;/i&gt; &#187;, notamment par la mise &#224; pied, le 15 avril, d'un inspecteur du travail de la Marne qui avait &#171; &lt;i&gt;saisi le juge des r&#233;f&#233;r&#233;s contre une entreprise d'aide &#224; domicile qui ne respectait pas &#224; ses yeux les mesures de protection&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Erwan Manac'h, &#171; Salari&#233;s expos&#233;s au Covid : &#8220;Le minist&#232;re du Travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;. Et les milieux patronaux, Medef inclus, m&#232;nent un intense lobbying pour que Bruxelles revoie &#224; la baisse les normes concernant la r&#233;duction des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre et les avanc&#233;es en faveur d'une gestion durable des ressources. Bref, rien n'a chang&#233; du c&#244;t&#233; du culte de l'effort et de la course au profit irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe que la crise du Covid-19 ait r&#233;v&#233;l&#233; aux yeux de tous l'inutilit&#233; sociale et la nuisance des &#171; premiers de cord&#233;e &#187; pour rendre enfin visible le r&#244;le indispensable des &#171; premiers de corv&#233;e &#187; &#8211; soignants, agents du nettoyage, facteurs, enseignants, cheminots, routiers, caissi&#232;res, livreurs, manutentionnaires, saisonniers agricoles, etc. &#8211;, en m&#234;me temps qu'&#233;tait expos&#233;e m&#233;diatiquement l'intol&#233;rable pr&#233;carit&#233; de ces petites mains, qui constituent au passage la grande partie du salariat f&#233;minin. Si cette &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; a mis un coup &#224; la th&#233;orie du ruissellement, les managers de l'exploitation, eux, voudraient vite reprendre les r&#234;nes par crainte qu'elles ne leur &#233;chappent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le retour de l'&#201;tat et de son argent magique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Disruptif dans sa &#171; disruption &#187;, Macron d&#233;clare d&#233;sormais qu'il &#171; &lt;i&gt;est des biens et des services qui doivent &#234;tre plac&#233;s en dehors des lois du march&#233;&lt;/i&gt; &#187; (12 mars) et que &#171; &lt;i&gt;le pays tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos &#233;conomies reconnaissent et r&#233;mun&#232;rent si mal&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On vient d'ailleurs d'apprendre par FO et la CFDT qu'Auchan n'octroiera (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; (13 avril). Copiant le lexique m&#233;lenchonien, il parle tout de go de &#171; &lt;i&gt;b&#226;tir une strat&#233;gie o&#249; nous retrouverons le temps long, la possibilit&#233; de planifier, la sobri&#233;t&#233; carbone, la pr&#233;vention, la r&#233;silience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises &#224; venir&lt;/i&gt; &#187;. Tandis que Bruno Le Maire, ministre de l'&#201;conomie, avertissait le 10 avril : &#171; &lt;i&gt;Je ne signerai aucun pr&#234;t garanti par l'&#201;tat pour une entreprise qui verserait des dividendes &#224; ses actionnaires.&lt;/i&gt; &#187; Et d'ajouter le 23 avril : &#171; &lt;i&gt;Il va de soi que si une entreprise a son si&#232;ge fiscal ou des filiales dans un paradis fiscal, je veux le dire avec beaucoup de force, elle ne pourra pas b&#233;n&#233;ficier des aides de tr&#233;sorerie de l'&#201;tat.&lt;/i&gt; &#187; Avant de r&#233;trop&#233;daler en moins de 24 heures dans la plus grande confusion. Voil&#224; qui illustre &#224; merveille une des applications concr&#232;tes du n&#233;olib&#233;ralisme pendant la crise de 2008-2009 : privatisation des profits et mutualisation des pertes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ne nous laissons pas avoir par ces soudaines prises de conscience vertueuses &#224; l'&#233;gard des exc&#232;s de la mondialisation capitaliste : si l'interventionnisme d'&#201;tat cherche &#224; emp&#234;cher la banqueroute g&#233;n&#233;ralis&#233;e, garantir la solvabilit&#233; des entreprises et permettre une indemnisation aux travailleurs en ch&#244;mage partiel, il n'augure en rien une meilleure organisation sociale. On sait &#224; quel point les choix strat&#233;giques de l'industrie fran&#231;aise &#8211; priorit&#233; &#224; l'armement au d&#233;triment de la sant&#233;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Claude Serfati, &#171; Les choix industriels amplifient la catastrophe sociale &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#8211; ont amplifi&#233; la catastrophe sanitaire actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, &#224; l'heure o&#249; la r&#233;cession menace des millions de personnes du ch&#244;mage et de la faillite, on entend moins les id&#233;ologues du n&#233;o-lib&#233;ralisme assumer leur darwinisme social en vantant ouvertement la &#171; destruction cr&#233;atrice &#187; induite par le Covid-19, qui permettrait de rebattre les cartes, d&#233;truire les maillons faibles et cr&#233;er encore plus de capital. Les z&#233;lateurs de la main invisible ne font plus secret que la seule option de sauvetage, temporairement du moins, est l'&#233;conomie mixte &#8211; davantage d'intervention &#233;tatique, donc. C'est ce que pr&#244;ne Willem Buiter, ancien &#233;conomiste en chef pour Citigroup (neuvi&#232;me entreprise financi&#232;re mondiale&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le magazine Forbes (classement 2019).&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;)... quitte &#224; forcer un peu le trait sur le caract&#232;re &#171; socialiste &#187; de ce revirement : &#171; &lt;i&gt;Comme l'indique la trajectoire de la crise Covid-19, les &#233;conomies de march&#233; capitalistes devront c&#233;der la place, au moins temporairement, &#224; une forme improvis&#233;e de socialisme visant &#224; restaurer les flux de revenus des m&#233;nages et des entreprises.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Willem Buiter, &#171; Pandemic Socialism &#187;, Project-Syndicate.org (09/04/2020).&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, quand l'&#233;conomiste social-d&#233;mocrate Thomas Piketty se demande si &#171; &lt;i&gt;la crise &#233;pid&#233;mique Covid-19 va pr&#233;cipiter la fin de la mondialisation marchande et lib&#233;rale et l'&#233;mergence d'un nouveau mod&#232;le de d&#233;veloppement, plus &#233;quitable et plus durable&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas Piketty, &#171; L'urgence absolue est de prendre la mesure de la crise en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;, on se dit plut&#244;t qu' &#187; &lt;i&gt;au bout du compte et en derni&#232;re analyse&lt;/i&gt; &#187;, m&#234;me le plus bal&#232;ze des plans keyn&#233;siens repeint en vert fa&#231;on Green New Deal ne servira qu'&#224; remettre en selle une machine capitaliste r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e, sans doute sur le mode d'une relocalisation des industries et d'un nationalisme &#233;conomique renouvel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quels possibles malgr&#233; tout ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face au d&#233;sastre annonc&#233; de la pire crise &#233;conomique depuis 1929 (selon le FMI), quelles perspectives s'offrent &#224; nous ? L'historien J&#233;r&#244;me Baschet pr&#233;conise de redoubler nos pratiques &#171; &lt;i&gt;d'entraide et d'auto-organisation&lt;/i&gt; &#187; et aussi de nous poser concr&#232;tement la question de l'autoproduction, notamment alimentaire. Alors, le tissu renforc&#233; de l'autonomie en actes &#171; &lt;i&gt;devrait conduire assez logiquement &#224; amplifier le d&#233;sir de faire &#233;merger des formes d'autogouvernement communal&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, comme avant le virus, se pose l'urgence du choix entre deux mod&#232;les de soci&#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Les possibles d'avant deviennent un peu plus possibles qu'avant. Bien s&#251;r, cela vaut tout autant pour le renforcement des formes de domination &#8211; qui pourraient bien ajouter &#224; leur panoplie d&#233;j&#224; fournie l'&#233;tat d'exception sanitaire permanent &#8211; que pour toutes celles et ceux qui sont pr&#234;ts &#224; &#339;uvrer s&#233;rieusement pour retrouver des mondes vivables, d&#233;barrass&#233;s de la tyrannie de l'&#201;conomie.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J&#233;r&#244;me Baschet, &#171; Qu'est-ce qu'il nous arrive ? &#187;, Lundi matin (13/04/2020).&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quand c'est vraiment important, le march&#233; ne sert &#224; rien &#187;&lt;/h3&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Trois regards crois&#233;s sur la grande d&#233;pression qui vient. &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;C&#233;dric Durand&lt;/strong&gt; fait partie du collectif des &#201;conomistes atterr&#233;s et a publi&#233; en 2014 &lt;i&gt;Le capital fictif : comment la finance s'approprie notre avenir&lt;/i&gt; aux &#233;ditions Les Prairies ordinaires. Il y pr&#233;face &#233;galement le classique du g&#233;ographe marxiste David Harvey, &lt;i&gt;Les Limites du capital&lt;/i&gt; (1981), qui sera republi&#233; dans les prochains mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Francine Mestrum&lt;/strong&gt; est une chercheuse en sciences sociales belge, administratrice du Cetri (Centre tricontinental) et membre du Conseil international du Forum social mondial. Elle est l'auteure de la brochure &lt;i&gt;Le commun social &#8211; R&#233;flexions sur une justice sociale post-n&#233;olib&#233;rale&lt;/i&gt; (disponible sur &lt;a href=&#034;http://socialcommons.eu/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Socialcommons.eu&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Christian Laval&lt;/strong&gt; est sociologue et sp&#233;cialiste du lib&#233;ralisme. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages en collaboration avec le philosophe Pierre Dardot, dont &lt;i&gt;Commun &#8211; Essai sur la r&#233;volution au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt; (2014, La D&#233;couverte) et &lt;i&gt;L'ombre d'Octobre &#8211; La R&#233;volution russe et le spectre des soviets&lt;/i&gt; (2017, Lux &#233;diteur).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH563/-1542-bd72e.jpg?1782672582' width='400' height='563' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fin du n&#233;olib&#233;ralisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Peut-on voir dans l'annonce d'un r&#233;investissement de l'&#201;tat, d'une relocalisation industrielle strat&#233;gique et de la reconsid&#233;ration des services publics de sant&#233;, une inflexion g&#233;n&#233;rale de la politique n&#233;olib&#233;rale men&#233;e depuis une trentaine d'ann&#233;es ?&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand :&lt;/strong&gt; &#171; Sans aucun doute. La crise de 2008 a d&#233;finitivement enterr&#233; l'id&#233;e que les march&#233;s financiers pouvaient s'autor&#233;guler. Le choc du coronavirus, c'est la seconde mort du n&#233;olib&#233;ralisme. Et cette fois il ne s'en rel&#232;vera pas. Certes, l'origine virale de l'effondrement &#233;conomique en cours ne peut pas &#234;tre directement imput&#233;e &#224; telle ou telle version du capitalisme &#8211; c'est bien le productivisme en tant que tel qui, du fait de la pression croissante sur la biosph&#232;re, a accru la vuln&#233;rabilit&#233; biologique de notre esp&#232;ce. Cependant, les politiques n&#233;olib&#233;rales n'ont pas arrang&#233; les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique du z&#233;ro stock qui accompagne la mondialisation n&#233;olib&#233;rale, c'est d'abord un arr&#234;t brutal de toute une s&#233;rie de secteurs d&#232;s les premi&#232;res toux meurtri&#232;res. La secousse suivante est bien pire, puisque cette fois c'est la logique du moindre co&#251;t appliqu&#233;e &#224; la sant&#233; qui expose directement les corps sociaux &#224; l'attaque du Covid-19 : depuis des mois, les personnels m&#233;dicaux d&#233;non&#231;aient la d&#233;gradation des conditions de soin &#224; l'h&#244;pital public. Mais il y a plus : l'absence de stocks de m&#233;dicaments, les semaines de cafouillage sur le gel hydroalcoolique, les masques et les tests ont r&#233;v&#233;l&#233; cr&#251;ment les d&#233;g&#226;ts de d&#233;cennies de d&#233;nigrement et d'&#233;conomies sur le dos de la fonction publique. L'impr&#233;paration, le manque de coordination &#224; tous les niveaux et les retards pour mobiliser l'appareil productif au service de l'urgence sanitaire ont sobrement rappel&#233; que, quand c'est vraiment important, le march&#233; ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la gestion du choc &#233;conomique du confinement ne laisse d'autre choix au gouvernement que de mettre en &#339;uvre des politiques aux antipodes de ses hochets id&#233;ologiques habituels : l'argent magique coule &#224; flots et on se rend compte que l'&#201;tat peut sans coup f&#233;rir indemniser du jour au lendemain la moiti&#233; des salari&#233;s du secteur priv&#233;. M&#234;me si le patronat essaie de sauver la face en brandissant la rh&#233;torique des sacrifices pour des lendemains qui d&#233;chantent, le pouvoir macronien a compris qu'il allait falloir inventer autre chose, pour sauver l'essentiel. Le fond de l'air porte un parfum de n&#233;o-dirigisme, une forme de r&#233;gulation dont le capitalisme a d&#233;j&#224; su s'accommoder par le pass&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Laval :&lt;/strong&gt; &#171; Les n&#233;olib&#233;raux ont tellement menti apr&#232;s 2008, jurant que &#8220;rien ne serait plus pareil&#8221;, que nous ne devons pas croire sur parole leur soudaine conversion &#224; l'&#201;tat-providence. Quand l'&#233;conomie capitaliste s'enraye ou s'effondre, l'&#201;tat-pompier fait son travail pour sauver ce qu'il peut de la logique d'accumulation du capital. Vieille histoire. Il y a trente ans, Anicet Le Pors &lt;i&gt;[ancien ministre communiste]&lt;/i&gt; parlait des &#8220;&lt;i&gt;b&#233;quilles du capital&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus nouveau, et c'est ce que Pierre Dardot et moi-m&#234;me montrions dans notre livre &lt;i&gt;Le cauchemar qui n'en finit pas &lt;/i&gt;(La D&#233;couverte, 2016) : le n&#233;olib&#233;ralisme, &#233;tant devenu un vrai syst&#232;me mondial cristallis&#233; dans des institutions, des r&#232;gles, des l&#233;gislations, ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une simple id&#233;ologie ou une doctrine qui pourrait dispara&#238;tre d'un coup de vent. En r&#233;alit&#233;, ce &#224; quoi nous avons affaire depuis tr&#232;s longtemps, c'est &#224; un &#8220;gouvernement par la crise&#8221;, c'est-&#224;-dire un mode de renforcement tr&#232;s particulier du syst&#232;me n&#233;olib&#233;ral &#224; partir des crises qu'il engendre. Ce m&#233;canisme d'autorenforcement s'est bien s&#251;r observ&#233; apr&#232;s 2008, mais aussi &#224; travers les crises sociales et politiques de ces derni&#232;res ann&#233;es. La vraie r&#233;ponse aux Gilets jaunes, &#231;a a &#233;t&#233; quoi ? La r&#233;forme de l'indemnisation ch&#244;mage et la r&#233;forme des retraites. L'enfumage ne va pas durer longtemps : d&#233;j&#224; le Code du travail a explos&#233;, des inspecteurs du travail sont sanctionn&#233;s quand ils d&#233;fendent la s&#233;curit&#233; des salari&#233;s, et la facture sera pr&#233;sent&#233;e d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; la masse des salari&#233;s, des retrait&#233;s, des fonctionnaires. Et surtout pas question d'augmenter les imp&#244;ts sur les plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, il est assez &#233;vident que les lacunes &#233;normes de l'&#201;tat, cons&#233;quences &#233;videntes des politiques d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es &#224; la sant&#233;, entra&#238;nent une formidable col&#232;re dans la population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dette&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;La pr&#233;sidente de la Banque centrale europ&#233;enne (BCE), Christine Lagarde, a estim&#233; &#171; &lt;i&gt;totalement impensable&lt;/i&gt; &#187; l'id&#233;e d'une annulation globale des dettes contract&#233;es par les &#201;tats de la zone euro. Peut-on imaginer au contraire une remise &#224; z&#233;ro des compteurs de la dette &#8211; notamment celles des pays africains comme l'a fallacieusement &#233;voqu&#233; Macron &#8211; un &#171; &lt;i&gt;jubil&#233;&lt;/i&gt; &#187;, tel que l'a d&#233;fini l'anthropologue David Graeber ?&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand :&lt;/strong&gt; &#171; Le monde croule sous les dettes et celles-ci seront moins soutenables que jamais au sortir de la d&#233;pression actuelle. C'est en particulier le cas pour la dette des entreprises, qui vont donc b&#233;n&#233;ficier d'une perfusion longue dur&#233;e. C'est aussi le cas pour des pays du Sud, &#233;trangl&#233;s par l'effondrement en cours et certains pays europ&#233;ens comme l'Italie. La situation &#233;conomique et financi&#232;re de ce pays est insoluble dans le cadre des institutions actuelles. Nous ne ferons pas l'&#233;conomie d'une nouvelle crise existentielle de la zone euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez bien raison de brandir l'id&#233;e d'un jubil&#233;. Politiquement, il est essentiel de faire tomber le mur de la dette pour couper l'herbe sous le pied de tous ceux qui, &#224; l'instar de Fran&#231;ois Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, commencent d&#233;j&#224; &#224; nous seriner avec la perspective de &#8220;&lt;i&gt;d&#233;penses publiques enfin plus s&#233;lectives&lt;/i&gt;&#8221;&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il n'y a pas de miracle : nous devrons porter plus longtemps des dettes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment faire ? Il y a principalement trois m&#233;thodes. La moins douloureuse pour le capital, c'est le r&#233;&#233;chelonnement perp&#233;tuel. Et le grand int&#233;r&#234;t d'une telle solution pour les cr&#233;anciers &#8211; en l'occurrence la BCE qui d&#233;tient une part consid&#233;rable et croissante des dettes publiques de la zone euro &#8211;, c'est qu'ils peuvent &#224; tout moment brandir de nouvelles exigences : la dette roule &lt;i&gt;ad vitam &#230;ternam&lt;/i&gt;, elle est inactive financi&#232;rement, mais elle demeure comme arme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde solution, c'est l'inflation. C'est extr&#234;mement efficace et, relativement aux autres solutions, indolore : &#224; 5 ou 10 % de hausse des prix et des revenus, la dette contract&#233;e &#224; des taux proches de z&#233;ro est rapidement ramen&#233;e &#224; des proportions du revenu tr&#232;s raisonnables, comme on l'a vu apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me solution, la plus int&#233;ressante politiquement, serait une r&#233;pudiation unilat&#233;rale de tout ou partie des dettes publiques, accompagn&#233;e &#233;ventuellement d'une mesure directe pour les m&#233;nages jusqu'&#224; un certain montant, 50 000 &#8364; par exemple. &#201;videmment le syst&#232;me financier actuel ne pourrait absorber un tel choc. Mais n'est-il pas d&#233;j&#224; soutenu &#224; bout de bras par les banques centrales ? Ce serait l'occasion de le faire passer sous contr&#244;le public et de saisir l'opportunit&#233; des effets en cha&#238;ne d'une telle mesure pour r&#233;injecter une tr&#232;s s&#233;rieuse dose de d&#233;mocratie dans notre syst&#232;me &#233;conomique, par exemple en donnant les moyens &#233;conomiques d'imposer au capital une planification publique de la transition &#233;cologique et sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pauvret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Selon un rapport d'Oxfam, la r&#233;cession g&#233;n&#233;ralis&#233;e et les effondrements des PIB li&#233;s au Covid-19 risquent de faire basculer un demi-milliard de personnes de plus dans la pauvret&#233;. Par quelles politiques de justice sociale pourrait-on endiguer l'extr&#234;me d&#233;nuement ?&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Francine Mestrum :&lt;/strong&gt; &#171; La seule fa&#231;on de s'attaquer &#224; la pauvret&#233; est de stopper les processus d'appauvrissement et d'introduire des politiques universelles, ce qui ne signifie pas les m&#234;mes politiques pour tous. Tous ceux qui ne cessent d'attirer l'attention sur les &#8220;plus vuln&#233;rables&#8221; ne font que renforcer les id&#233;ologies et les politiques des n&#233;olib&#233;raux &#8211; Banque mondiale en t&#234;te &#8211; qui veulent seulement une &#8220;protection sociale&#8221; pour les plus pauvres. Or, les pauvres ne sont pas les seules victimes de la crise : les femmes, les handicap&#233;s, les peuples indig&#232;nes le sont &#233;galement. C'est pourquoi il faut des politiques universelles, une protection sociale publique et universelle avec une prise en compte des besoins sp&#233;cifiques de chacun, bas&#233;e sur les droits et sur la solidarit&#233;. La protection sociale indispensable r&#233;sulte de la s&#233;curit&#233; sociale, de l'assistance, du droit du travail et, &#233;l&#233;ment essentiel, des services publics. Dans la crise actuelle, un acc&#232;s aux soins de sant&#233; pour tous, gratuit ou quasi gratuit, est essentiel. Et tout cela, bien entendu, dans un contexte &#233;conomique diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me semble &#234;tre plus important encore est que nous r&#233;examinions les politiques de &#8220;d&#233;veloppement&#8221; et de &#8220;coop&#233;ration&#8221;, car jusqu'ici les pays du Sud n'ont jamais eu une possibilit&#233; de &#8220;se d&#233;velopper&#8221;, ni dans les ann&#233;es 1960 et encore moins dans les d&#233;cennies de la &#8220;mondialisation&#8221;. Si les vieilles th&#233;ories sur le d&#233;veloppement m&#233;ritent d'&#234;tre critiqu&#233;es &#8211; car focalis&#233;es sur la croissance, en l'absence de la dimension &#233;cologique et avec une faible attention pour le social &#8211; ces grands principes restent tout &#224; fait valables. Il doit s'agir dans tous les cas d'une modernisation et d'une diversification des &#233;conomies soutenables, d'une transformation sociale, d'une coresponsabilit&#233; du Nord et du Sud et de solidarit&#233;. Les choix doivent &#234;tre faits par les peuples eux-m&#234;mes, car ni le d&#233;veloppement ni la modernit&#233; ne peuvent &#234;tre impos&#233;s par l'ext&#233;rieur. Ce dont il s'agit, c'est de changer les relations de pouvoir entre le Nord et le Sud et de s'attaquer aux grandes in&#233;galit&#233;s qui rendent toute politique alternative impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Durand :&lt;/strong&gt; &#171; Pour des millions de personnes, la crise du coronavirus signifie une pr&#233;carisation accrue. Dans un tel contexte, toutes les garanties qui pourraient &#234;tre apport&#233;es sont bienvenues : ch&#244;mage partiel int&#233;gral, augmentation des minima sociaux, suspension des loyers et des factures, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette crise est aussi un moment de questionnement des valeurs : qu'est-ce que le travail utile ? Comment est-il reconnu et r&#233;mun&#233;r&#233; ? C'est le moment de tordre d&#233;finitivement le cou au mythe des &#8220;premiers de cord&#233;e&#8221; et de revenir sur les privil&#232;ges exorbitants arrach&#233;s par les tr&#232;s riches au cours de la p&#233;riode n&#233;olib&#233;rale. Des mesures fortes de justice fiscale et la restauration de m&#233;canismes de contr&#244;le sur la circulation des capitaux seraient un tsunami glac&#233; sur la cupidit&#233; chauff&#233;e &#224; blanc des classes dominantes. &#192; l'inverse, un tel contre-choc pourrait restituer un peu de la confiance perdue des classes populaires dans leur propre puissance politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH403/-1543-48f34.jpg?1782672582' width='400' height='403' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Strat&#233;gie du choc&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Faut-il aussi redouter ce que la journaliste et essayiste Naomi Klein d&#233;finit comme une &#171; &lt;/i&gt;strat&#233;gie du choc&lt;i&gt; &#187;, &#224; savoir que la sid&#233;ration provoqu&#233;e par le coronavirus peut servir d'aubaine pour parachever la d&#233;molition des droits sociaux ?&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Laval :&lt;/strong&gt; &#171; L'expression de Naomi Klein est tr&#232;s parlante, m&#234;me si elle a une petite connotation complotiste assez g&#234;nante. Il ne s'agit pas en l'occurrence d'une &#8220;strat&#233;gie&#8221;. Et il ne faut surtout pas tomber dans le d&#233;lire d'un &lt;i&gt;[philosophe tel que Giorgio] &lt;/i&gt;Agamben qui a parl&#233; dans le journal italien &lt;i&gt;Il Manifesto&lt;/i&gt;, puis dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'&#233;pid&#233;mie montre clairement que l'&#233;tat d'exception est devenu la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;, d'&#8220;&lt;i&gt;invention de l'&#233;pid&#233;mie&lt;/i&gt;&#8221; ou de &#8220;&lt;i&gt;conspirations pour ainsi dire objectives&lt;/i&gt;&#8221;. Ce qu'on a vu pr&#233;c&#233;demment, c'&#233;tait plut&#244;t une s&#233;rie d'opportunit&#233;s qui n'&#233;taient absolument pas programm&#233;es, et dont surent se saisir les gouvernants pour acc&#233;l&#233;rer des transformations d&#233;j&#224; en cours, et ceci sous pr&#233;texte &#8220;d'adaptation&#8221;, pour que le pays ne &#8220;prenne pas de retard&#8221; ou &#8220;ne perde pas sa comp&#233;titivit&#233;&#8221;, etc. On conna&#238;t maintenant par c&#339;ur cette m&#233;thode de gouvernement, qui renvoie &#224; l'existence d'un syst&#232;me mondial organis&#233; pour la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e et l'accumulation du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on peut donc craindre un nouveau sc&#233;nario de ce genre, ainsi qu'une d&#233;gradation de la situation des salari&#233;s, il faut aussi rappeler que rien n'est jou&#233; d'avance, qu'un renversement historique est toujours possible. Le n&#233;olib&#233;ralisme n'a pas toujours &#233;t&#233; cette normativit&#233; triomphante, et d'ailleurs, au cours de son d&#233;ploiement mondial, il a toujours rencontr&#233; des obstacles, des r&#233;sistances. Je l'ai dit : je crois immense la col&#232;re contre les politiques n&#233;olib&#233;rales. Et on peut m&#234;me esp&#233;rer que &#8220;&lt;i&gt;l'espace public oppositionnel&lt;/i&gt;&#8221; &lt;i&gt;[titre d'un ouvrage du philosophe Oskar Negt]&lt;/i&gt; sorte consid&#233;rablement renforc&#233; de l'&#233;preuve. Le moins que l'on puisse dire est que la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir est s&#233;rieusement atteinte, et cela ouvre des possibilit&#233;s in&#233;dites &#224; &#8220;l'insurrection des consciences&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Communs&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;L'urgence &#171; &lt;/i&gt;de l'institution des communs mondiaux&lt;i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Dardot et Christian Laval, &#171; L'&#233;preuve politique de la pand&#233;mie &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; s'impose face &#224; une crise telle que celle que nous traversons. Que mettez-vous derri&#232;re cette notion et comment les mettre en place afin que cette id&#233;e ne reste pas un v&#339;u pieux ?&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Laval :&lt;/strong&gt; &#171; Cela saute aux yeux. Tous les grands probl&#232;mes qui se posent &#224; l'humanit&#233;, et qui sont en train de la d&#233;truire, au sens strict du terme, ont une dimension mondiale. &#192; commencer par la domination de la finance, le r&#233;chauffement climatique, les migrations, les oc&#233;ans qui s'&#233;l&#232;vent, les for&#234;ts qui br&#251;lent et les pand&#233;mies. Cela veut dire tout simplement : il n'y aura pas de solutions strictement nationales aux enjeux vitaux qui s'imposent &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#8220;souverainet&#233; de l'&#201;tat&#8221; fait partie du probl&#232;me. Le monde est organis&#233; politiquement en &#201;tats rivaux, en guerre larv&#233;e les uns contre les autres, m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de l'Union europ&#233;enne. Il faut d&#233;passer cette organisation inter&#233;tatique, et c'est maintenant devenu tr&#232;s urgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de la sant&#233; publique. La pand&#233;mie nous oblige &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que devrait &#234;tre un commun mondial de la sant&#233;, lib&#233;r&#233; des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s et des rivalit&#233;s inter&#233;tatiques, dont la vocation serait la protection de la sant&#233; de tous en ces temps de catastrophe mondiale. Suffira-t-il que dans chaque pays la gauche nationale cherche &#224; renforcer la seule sant&#233; publique locale sans s'occuper de ce qui se passe ailleurs ? Ce serait parfaitement vain. L'utopie au mauvais sens du terme, c'est de croire que l'&#201;tat est un rempart, et que les fronti&#232;res nous prot&#232;gent. L'objectif central de cette nouvelle gauche cosmopolitique doit &#234;tre l'institution de communs mondiaux dans le domaine du climat, de la sant&#233;, de l'alimentation, des migrations, et de beaucoup d'autres &#8220;biens communs&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces communs mondiaux, il faut les inventer, nous n'avons pas la description compl&#232;te de ce qui n'existe pas. Mais qui nous interdit d'imaginer des institutions mondiales permanentes, en lien de type f&#233;d&#233;ratif, contr&#244;l&#233;es par des assembl&#233;es d&#233;mocratiques de citoyens, d'activistes et de professionnels &#233;lues sur des bases r&#233;gionales, nationales ou continentales repr&#233;sentant les int&#233;r&#234;ts de l'humanit&#233; dans son ensemble ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Francine Mestrum :&lt;/strong&gt; &#171; Sans pouvoir entrer dans les d&#233;tails sur le concept des &#8220;communs&#8221;, disons que deux &#233;l&#233;ments essentiels sont n&#233;cessaires en mati&#232;re de protection sociale : une implication des citoyens dans la d&#233;finition, la mise en &#339;uvre et le contr&#244;le des politiques en leur faveur, et l'appropriation citoyenne de ces politiques. C'est-&#224;-dire que les gens sachent que ces politiques sont &#224; eux et ne sont pas un cadeau tomb&#233; du ciel, gentiment mis en place par un gouvernement. C'est tr&#232;s clair dans les politiques de sant&#233; : des centres communautaires et multidisciplinaires sont d&#233;j&#224; mis en place dans diff&#233;rentes villes europ&#233;ennes. Cela va bien au-del&#224; du &lt;i&gt;bottom-up&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[approche sociale ascendante de la base vers le sommet]&lt;/i&gt; ou de l'autogestion, car en mati&#232;re de sant&#233;, de m&#233;dicaments, d'infrastructure et autres, il faut une coop&#233;ration entre les autorit&#233;s publiques, les m&#233;decins, pharmaciens et chercheurs, et les citoyens. Cela existe d&#233;j&#224;, notamment en Belgique, et cela marche tr&#232;s bien. C'est une question de d&#233;mocratie et de participation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par M. L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ric Le Boucher, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/deconfinement-la-responsabilite-historique-des-syndicats-1195733&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;confinement : la responsabilit&#233; historique des syndicats&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#201;chos&lt;/i&gt; (17/04/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Erwan Manac'h, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/salaries-contamines-covid-inspection-du-travail-deconfinement-masques-depistage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Salari&#233;s expos&#233;s au Covid : &#8220;Le minist&#232;re du Travail organise la paralysie de l'inspection du travail&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Bastamag &lt;/i&gt;(20/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On vient d'ailleurs d'apprendre par FO et la CFDT qu'Auchan n'octroiera finalement une prime de 1 000 &#8364; d&#233;fiscalis&#233;e qu'aux salari&#233;s ayant travaill&#233; plus de 28 heures par semaine pendant la crise sanitaire. Selon les syndicats, les employ&#233;s ayant trim&#233; moins de 10 heures par semaine ne toucheront que... 50 &#8364; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Claude Serfati, &#171; &lt;a href=&#034;https://alencontre.org/europe/france/france-les-choix-industriels-amplifient-la-catastrophe-sociale-contribution-au-debat-pour-le-plus-jamais-ca.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les choix industriels amplifient la catastrophe sociale&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Alencontre.org&lt;/i&gt; (01/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon le magazine &lt;i&gt;Forbes&lt;/i&gt; (classement 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Willem Buiter, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.project-syndicate.org/commentary/covid19-pandemic-requires-socialism-by-willem-h-buiter-1-2020-04/french&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pandemic Socialism&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Project-Syndicate.org&lt;/i&gt; (09/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Thomas Piketty, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/10/thomas-piketty-l-urgence-absolue-est-de-prendre-la-mesure-de-la-crise-en-cours-et-de-tout-faire-pour-eviter-le-pire_6036282_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'urgence absolue est de prendre la mesure de la crise en cours et de tout faire pour &#233;viter le pire&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;(10/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;J&#233;r&#244;me Baschet, &#171; &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Qu-est-ce-qu-il-nous-arrive-par-Jerome-Baschet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qu'est-ce qu'il nous arrive ?&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Lundi matin&lt;/i&gt; (13/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/08/il-n-y-a-pas-de-miracle-nous-devrons-porter-plus-longtemps-des-dettes-publiques-plus-elevees_6035976_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Il n'y a pas de miracle : nous devrons porter plus longtemps des dettes publiques plus &#233;lev&#233;es&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (08/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/giorgio-agamben-l-epidemie-montre-clairement-que-l-etat-d-exception-est-devenu-la-condition-normale_6034245_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;pid&#233;mie montre clairement que l'&#233;tat d'exception est devenu la condition normale&lt;/a&gt; &#187; (24/03/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Dardot et Christian Laval, &#171; &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/190320/l-epreuve-politique-de-la-pandemie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'&#233;preuve politique de la pand&#233;mie&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Blogs.mediapart.fr&lt;/i&gt;(19/03/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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