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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>R&#233;pression sans fronti&#232;res contre un activiste solidaire</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>Montgen&#232;vre</dc:subject>
		<dc:subject>Italie</dc:subject>
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		<dc:subject>Emilio Scalzo</dc:subject>
		<dc:subject>Suse situ&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Bonaglia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Figure de la lutte &#171; No Tav &#187; et de l'accueil des exil&#233;&#183;es sur le versant italien des Alpes, Emilio Scalzo a &#233;t&#233; extrad&#233; en France. &#192; 66 ans, cet habitant du val de Suse est accus&#233; d'avoir bless&#233; un gendarme fran&#231;ais lors d'une manifestation anti-fronti&#232;res aux confins des Hautes-Alpes. Lui dit n'avoir fait que se d&#233;fendre face &#224; une agression gratuite. Il vient de passer deux mois en prison &#224; Aix-en-Provence et n'a toujours pas le droit de quitter les Bouches-du-Rh&#244;ne. Le 15 mai 2021, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Figure de la lutte &#171; No Tav &#187; et de l'accueil des exil&#233;&#183;es sur le versant italien des Alpes, Emilio Scalzo a &#233;t&#233; extrad&#233; en France. &#192; 66 ans, cet habitant du val de Suse est accus&#233; d'avoir bless&#233; un gendarme fran&#231;ais lors d'une manifestation anti-fronti&#232;res aux confins des Hautes-Alpes. Lui dit n'avoir fait que se d&#233;fendre face &#224; une agression gratuite. Il vient de passer deux mois en prison &#224; Aix-en-Provence et n'a toujours pas le droit de quitter les Bouches-du-Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 15 mai 2021, c'est jour de manifestation entre Clavi&#232;re (Italie) et Montgen&#232;vre (Hautes-Alpes). Mani&#232;re, pour les militant&#183;es de l'accueil des exil&#233;&#183;es et de l'ouverture des fronti&#232;res, de r&#233;pondre &#224; la r&#233;cente fermeture de la Casa Cantoniera, un refuge autog&#233;r&#233; pour les personnes migrantes en transit &#224; Oulx, petit bourg du val de Suse situ&#233; &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres de la France. Il s'agit surtout de protester plus largement contre la mortif&#232;re militarisation de cette fronti&#232;re montagneuse, que Paris s'&#233;chine &#224; fermer aux exil&#233;&#183;es en ne cessant d'y envoyer des renforts policiers et autres drones afin d'en rendre la travers&#233;e plus compliqu&#233;e. Et dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les manifestant&#183;es, un certain Emilio Scalzo, 66 ans, poissonnier &#224; la retraite. Depuis que son village, Bussoleno, est devenu voie de passage pour les migrant&#183;es cherchant &#224; passer en France, il s'est grandement investi dans l'organisation de l'accueil, quitte &#224; entrer en conflit avec les autorit&#233;s. La confrontation politique, il en a l'habitude : depuis des ann&#233;es, il est une figure du mouvement &#171; No Tav&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acronyme de treno ad alta velocit&#224;, &#233;quivalent de &#171; TGV &#187; en italien.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, qui s'oppose &#224; la construction de la ligne ferroviaire &#224; grande vitesse entre Lyon et Turin. &#192; la fin de la biographie qu'elle lui a consacr&#233;e, &lt;i&gt;A testa alta&lt;/i&gt; (Intra Moenia, 2020), sa camarade de lutte Chiara Sasso liste 27 proc&#233;dures judiciaires le concernant, notamment pour des actions de blocage des routes d'acc&#232;s au chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce jour-l&#224;, l'activiste est fatigu&#233;. Il a mal aux genoux et renonce &#224; suivre les plus d&#233;termin&#233;&#183;es des manifestant&#183;es, qui continuent d'avancer malgr&#233; les gaz lacrymog&#232;nes lanc&#233;s par les forces de l'ordre fran&#231;aises. Pour se reposer, le sexag&#233;naire s'assoit en retrait, seul. Mais voil&#224; que des gendarmes mobiles arrivent. &#171; &lt;i&gt;Ils m'ont dit en fran&#231;ais : &#8220;Reculez, reculez !&#8221; Je ne comprenais pas ce que &#231;a voulait dire&lt;/i&gt; &#187;, raconte Emilio en italien. Selon son r&#233;cit, les militaires jettent alors une grenade lacrymog&#232;ne dans sa direction. &#171; &lt;i&gt;Ensuite, un des gendarmes est arriv&#233; avec sa matraque,&lt;/i&gt; reprend Emilio. &lt;i&gt;Pour me d&#233;fendre, j'ai ramass&#233; un bout de bois par terre. Quand il a essay&#233; de me frapper au visage, j'ai voulu faire tomber sa matraque, mais je l'ai touch&#233; au bras&#8230; Maintenant il dit que c'est moi l'agresseur et je me suis retrouv&#233; en prison ! Mais je jure que tout ce que j'ai fait, c'est me d&#233;fendre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'artillerie (judiciaire) lourde&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette journ&#233;e du 15 mai, le gendarme rebrousse chemin et Emilio peut rentrer chez lui. Mais une proc&#233;dure est lanc&#233;e. Quelques temps plus tard, il est identifi&#233;. Le procureur de Gap &#233;met un mandat d'arr&#234;t europ&#233;en contre lui. En septembre, Emilio est arr&#234;t&#233; dans les rues de son village. Emprisonn&#233; quelques jours &#224; Turin, il est ensuite assign&#233; &#224; r&#233;sidence. D&#233;but d&#233;cembre, il est remis aux autorit&#233;s fran&#231;aises. Mis en examen pour &#171; violences aggrav&#233;es &#187; par un juge d'instruction gapen&#231;ais, il est plac&#233; en d&#233;tention provisoire dans la foul&#233;e au centre p&#233;nitentiaire de Luynes, &#224; Aix-en-Provence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acceptation sans anicroche de cette extradition par la justice transalpine pose une question : pour les autorit&#233;s italiennes, qui esp&#232;rent obtenir de la France l'extradition d'anciens activistes des Brigades rouges, ne s'agirait-il pas d'un cadeau pr&#233;alable appelant &#224; un renvoi d'ascenseur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Matteo Bonaglia, l'avocat fran&#231;ais d'Emilio, s'indigne en tout cas de la &#171; &lt;i&gt;disproportion&lt;/i&gt; &#187; manifeste entre les faits et les proc&#233;d&#233;s coercitifs r&#233;serv&#233;s &#224; son client, qui aurait pu &#234;tre tout simplement convoqu&#233; en audition libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin janvier, le juge d'instruction gapen&#231;ais refuse une premi&#232;re demande de remise en libert&#233;. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bonaglia en appelle &#224; la chambre de l'instruction de Grenoble. D&#233;but f&#233;vrier, celle-ci inflige un double camouflet aux magistrats de Gap. D'abord, le mandat d'arr&#234;t europ&#233;en &#233;mis par le procureur est annul&#233;, &#171; &lt;i&gt;preuve r&#233;troactive qu'il n'&#233;tait pas n&#233;cessaire&lt;/i&gt; &#187;, dixit M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bonaglia, pour qui ce genre de proc&#233;d&#233; n'est cens&#233; &#234;tre utilis&#233; qu'en ultime recours, ou dans des &#171; &lt;i&gt;affaires particuli&#232;rement graves&lt;/i&gt; &#187;. Ensuite, Emilio est remis en libert&#233;. Gros b&#233;mol, cependant : la proc&#233;dure dans son ensemble se poursuit et le militant reste sous contr&#244;le judiciaire, avec interdiction de quitter le d&#233;partement des Bouches-du-Rh&#244;ne. Il a aussi l'obligation de pointer une fois par semaine &#224; la gendarmerie de Lan&#231;on-de-Provence, commune situ&#233;e &#224; quatre heures de route de son village italien. Son proc&#232;s ne se tiendra pas avant des mois.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4439 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/emilio_turi.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/emilio_turi-e562e.png?1779628098' width='500' height='357' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustrations de soutien emprunt&#233;e au site de la Wu Ming Foundation, &lt;a href=&#034;https://www.wumingfoundation.com/giap/2021/12/8-dicembre-no-tav-emilio-scalzo-turi-vaccaro/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Giap&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acronyme de &lt;i&gt;treno ad alta velocit&#224;&lt;/i&gt;, &#233;quivalent de &#171; TGV &#187; en italien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Soiffards, les communards ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Soiffards-les-communards</link>
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		<dc:date>2022-03-11T11:43:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>Commune</dc:subject>
		<dc:subject>discours</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>vin</dc:subject>
		<dc:subject>ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>anarchistes</dc:subject>
		<dc:subject>l'alcoolisme</dc:subject>
		<dc:subject>d'une Commune</dc:subject>
		<dc:subject>discours hygi&#233;niste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec la l&#233;gende des p&#233;troleuses incendiaires, celle des communards alcoolos a &#233;t&#233; un grand standard de la propagande r&#233;actionnaire apr&#232;s la r&#233;volution de 1871. Comme le montre l'historien vigneron (et compagnon de route de CQFD) Mathieu L&#233;onard dans son dernier bouquin, L'Ivresse des communards (Lux, mars 2022), ce discours s'ancre dans un climat hygi&#233;niste qui d&#233;passe largement le contexte de la Commune. La lutte antialcoolique traverse ainsi toute l'histoire du mouvement ouvrier. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours-hygieniste" rel="tag"&gt;discours hygi&#233;niste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la l&#233;gende des p&#233;troleuses incendiaires, celle des communards alcoolos a &#233;t&#233; un grand standard de la propagande r&#233;actionnaire apr&#232;s la r&#233;volution de 1871. Comme le montre l'historien vigneron (et compagnon de route de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;) Mathieu L&#233;onard dans son dernier bouquin, &lt;i&gt;L'Ivresse des communards &lt;/i&gt;(Lux, mars 2022), ce discours s'ancre dans un climat hygi&#233;niste qui d&#233;passe largement le contexte de la Commune. La lutte antialcoolique traverse ainsi toute l'histoire du mouvement ouvrier. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4430 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200communards_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH713/1200communards_resultat-62a91.jpg?1780102480' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant et apr&#232;s la Commune, la propagande r&#233;actionnaire d&#233;crit les communards comme un ramassis de pochetrons. C'est une r&#233;alit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le photographe Nadar, t&#233;moin des &#233;v&#233;nements de 1871, qualifiait de &#8220;&lt;i&gt;l&#233;gende int&#233;ress&#233;e&lt;/i&gt;&#8221; le mythe d'une Commune sous l'emprise de l'alcool. Certes, on peut sans doute documenter les consommations de vin et d'eau-de-vie par les gardes nationaux d&#232;s le si&#232;ge de l'hiver 1870, les pillages de cave occasionnels ou encore les &#233;tats de &lt;i&gt;delirium tremens&lt;/i&gt; de certains f&#233;d&#233;r&#233;s lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871). Mais ces effets de loupe ne nous apprennent rien sur la Commune. Les poncifs qui pr&#233;sentent les communards &#8220;&lt;i&gt;ivres de vin et de sang&lt;/i&gt;&#8221; servent le discours versaillais et bourgeois et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le registre contre-r&#233;volutionnaire. Il s'agit d'avilir une population insurg&#233;e affam&#233;e, que d'odieux chefs r&#233;volutionnaires auraient maintenue dans une ivresse permanente pour prendre les r&#234;nes du pouvoir. 150 ans plus tard, personne ne d&#233;fend plus cette th&#232;se. J'ai voulu n&#233;anmoins remonter le fil de la l&#233;gende et saisir ses usages politiques et prophylactiques au-del&#224; de l'&#233;v&#233;nement m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu montres comment ce discours antialcoolique se greffe &#224; une id&#233;ologie hygi&#233;niste et se charge d'un discours politique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le discours hygi&#233;niste s'inscrit dans un si&#232;cle hant&#233; par les &#233;pid&#233;mies (variole, typhus, syphilis, chol&#233;ra) et par un mythe fondateur : celui de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, la somme des tares qui se transmettent et menacent toute l'esp&#232;ce. Les probl&#232;mes politiques et sociaux sont per&#231;us comme autant de menaces de contagion. Et &#231;a vaut pour l'alcoolisme comme pour les id&#233;es r&#233;volutionnaires, les &#8220;d&#233;viances sexuelles&#8221; ou les maladies mentales. Ainsi s'op&#232;re la tentation de passer de l'&#233;tiologie &lt;i&gt;[l'&#233;tude des causes des maladies]&lt;/i&gt; &#224; la biopolitique, autrement dit &#224; un pouvoir sanitaire au service du capitalisme lib&#233;ral. La prophylaxie antialcoolique qui suit la Commune imagine qu'on r&#233;soudra la question sociale par l'abstinence et l'&#233;pargne&#8230; sans bien s&#251;r toucher &#224; la propri&#233;t&#233; capitaliste ni &#224; l'exploitation. Avant tout, il s'agit de r&#233;g&#233;n&#233;rer la nation apr&#232;s une co&#251;teuse d&#233;faite contre la Prusse et une guerre civile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les caf&#233;s sont un important lieu de socialisation ouvri&#232;re. Quel r&#244;le jouent-ils pour le mouvement ouvrier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le lieu de sociabilisation par excellence, car avant la cr&#233;ation de lieux d'entre-soi ouvrier comme les bourses de travail, il n'en existe pas d'autres ! Il faut aussi garder en m&#233;moire que l'habitat ouvrier est souvent insalubre, exigu, surpeupl&#233;. Le cabaret offre &#224; l'ouvrier &#8211; masculin, faut-il le pr&#233;ciser &#8211;, une respiration et une distraction. Balzac en parlait d&#233;j&#224; comme le &#8220;&lt;i&gt;parlement du peuple&lt;/i&gt;&#8221;. Mais le discours hygi&#233;niste le d&#233;signe comme le lieu de tous les vices et toutes les contagions : &#8220;&lt;i&gt;La tuberculose s'attrape au comptoir&lt;/i&gt;&#8221;, dit-on. La III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique est l'&#226;ge d'or des caf&#233;s (on en compte 1 pour 80 habitants vers 1914). Certains discours r&#233;publicains m&#233;nagent la profession, non sans arri&#232;re-pens&#233;es &#233;lectoralistes : &#8220;&lt;i&gt;Lorsqu'on d&#233;crie cette profession, on fait le proc&#232;s m&#234;me de la d&#233;mocratie laborieuse&lt;/i&gt;&#8221;, s'exclame Gambetta, alors pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s, dans un discours au banquet du syndicat des marchands de vin de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#8220;&lt;i&gt;La tuberculose s'attrape au comptoir&lt;/i&gt;&#8221;, dit-on. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais au sein du mouvement ouvrier, le r&#244;le du bistrot est peu &#224; peu d&#233;cri&#233;. La fr&#233;quentation des cabarets nuit non seulement au bien-&#234;tre ouvrier, mais aussi &#224; l'organisation de classe. Dans leur livre &lt;i&gt;Marchands de folie &lt;/i&gt;(1913), les fr&#232;res Bonneff d&#233;peignent ainsi la d&#233;pendance des ouvriers &#224; leur cr&#233;ancier-marchand de vin et d&#233;noncent l'hypocrisie des pouvoirs publics qui n'osent pas combattre l'industrie des alcooliers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des penseurs socialistes d&#233;noncent tr&#232;s t&#244;t l'effet anesth&#233;siant de l'alcool sur les ouvriers, qu'il emp&#234;cherait de s'engager dans les luttes. Pourtant, le mouvement socialiste peine longtemps &#224; s'emparer de cette question...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le discours socialiste a rarement fait l'apologie de l'alcoolisme, mais on y voit d'abord une compensation face &#224; la duret&#233; de la condition prol&#233;taire, notamment dans certains secteurs particuli&#232;rement p&#233;nibles (docks, b&#226;timent, m&#233;tallurgie) o&#249; les journ&#233;es d&#233;passent les 12 heures. Le petit blanc du matin n'a-t-il pas pour nom &#8220;&lt;i&gt;la consolante&lt;/i&gt;&#8221; ? Il faut croire que la croisade contre l'alcoolisme, ce &#8220;&lt;i&gt;mal qui ronge la nation&lt;/i&gt;&#8221;, est devenue tellement h&#233;g&#233;monique &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que tous se rallient &#224; la raison hygi&#233;niste. Personne n'ose d&#233;fendre publiquement la dimension de plaisir de la boisson... exception faite du vin, v&#233;ritable f&#233;tiche national. C'est aussi l'&#232;re des produits falsifi&#233;s, &#224; commencer par les boissons servies au prolo : vin trafiqu&#233;, tord-boyau toxique et absinthe frelat&#233;e. un empoisonnement industriel qui indigne l'anarcho-syndicaliste &#201;mile Pouget dans&lt;i&gt; [son journal]&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le P&#232;re peinard&lt;/i&gt; : &#8220;&lt;i&gt;Il faudrait, nom de dieu, de la bonne boustifaille, du bon picolo, pour nous refaire du sang. Mais pour bouffer quelque chose de naturel, il faut &#234;tre &#224; la campluche ; dans les villes y a plus moyen.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les syndicats et les partis socialistes n'ont pas vocation &#224; remplacer les ligues de temp&#233;rance. En attendant le Grand soir, l'objectif de la lutte des classes est de rogner l'emprise du capital sur le travail : par l'augmentation des salaires, la diminution du temps de travail et l'extension des services sociaux. Les luttes syndicales pour le repos hebdomadaire (1906) et pour la journ&#233;e de huit heures int&#232;grent le principe que les cadences infernales poussent &#224; l'alcoolisme et rendent la famille malheureuse. Mais ce n'est pas un objet de n&#233;gociation ou programmatique en soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;but XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, on voit appara&#238;tre un ouvri&#233;risme antialcoolique ainsi qu'une prise en compte du &#171; probl&#232;me &#187; chez les anarchistes, les individualistes en particulier. Quelle influence exerceront-ils sur le mouvement ouvrier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il existe des mouvements antialcooliques ouvriers, coopt&#233;s par des m&#233;decins bourgeois comme le docteur Paul-Maurice Legrain, figure majeure de la lutte pour l'abstinence, qui soutiendra toutes les initiatives ouvri&#232;res et anarchistes contre l'alcoolisme. Cet antialcoolisme ouvrier sp&#233;cifique se fait avaler dans une forme d'union nationale par la Ligue nationale contre l'alcoolisme au moment de la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le purisme du discours anarchiste sur l'alcool, consid&#233;r&#233; comme un instrument de soumission, est quant &#224; lui un cas intriguant. Certes, &#224; la base, on comprend la logique de faire feu de tout bois contre cette soci&#233;t&#233; bourgeoise honnie, source des in&#233;galit&#233;s les plus ha&#239;ssables, et de voir derri&#232;re l'alcool &#8220;&lt;i&gt;la main du ma&#238;tre&lt;/i&gt;&#8221;. Chez les naturiens, le rejet de la soci&#233;t&#233; industrielle inclut l'alcool. Les anarchistes individualistes vomissent les deux mal&#233;dictions d'une classe ouvri&#232;re soumise : le vote et l'alcoolisme. Pour eux, &#8220;&lt;i&gt;le r&#232;gne de la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, c'est le r&#232;gne du poivrot&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; Plut&#244;t que de r&#233;clamer des mesures sanitaires interventionnistes, ces milieux anarchistes pr&#244;nent l'&#233;ducation et la reconqu&#234;te de son propre corps par une forme d'autod&#233;fense hygi&#233;nique vitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, le d&#233;sir de r&#233;g&#233;n&#233;ration emprunte au scientisme des th&#233;ories de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, avec le cas troublant des n&#233;omalthusiens qui, en plus de d&#233;fendre la procr&#233;ation choisie et la contraception, vont aussi alimenter un certain eug&#233;nisme. Bien entendu, il ne s'agit pas de confondre les discours r&#233;actionnaires ou darwinistes sociaux, qui reposent sur la hi&#233;rarchie et la s&#233;lection sociale avec les id&#233;es anarchistes qui, &#224; l'inverse, recherchent l'horizontalit&#233; et l'entraide. Toutefois on peut s'interroger sur la porosit&#233; d'un certain d&#233;terminisme biologique sur les id&#233;es de cette &#233;poque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/couv.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH869/couv-33ebe.jpg?1780102480' width='500' height='869' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le variant asiatique du fado portugais</title>
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		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


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&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s. I. Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plaine-seche" rel="tag"&gt;plaine s&#232;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L404xH400/400px_portugal-92cee.jpg?1779604615' width='404' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur d&#232;s le mois de mai, l'horizon &#224; perte de vue qui se confond avec un ciel sans nuages, le fin fond du pays profond au sud du Tage, vide de gens, d'arbres, comme une steppe &#8211; &#171; &lt;i&gt;notre Sahara&lt;/i&gt; &#187;, dit une amie &#8211; jalonn&#233;e de petits bourgs, perch&#233;s sur des collines. Le village s'appelle &lt;i&gt;Entradas&lt;/i&gt;, &#171; Les Entr&#233;es &#187;. Entr&#233;e vers quoi ? Vers o&#249; ? Tout semble vide, sans vie, ou avec une vie qui s'est arr&#234;t&#233;e dans un pass&#233; lointain. Un pr&#233;sent immobile o&#249; seul un retour au pass&#233; semble plausible. Des maisons basses align&#233;es bordent la rue principale ; au fond, l'&#233;glise. Dans le jardin public, entre quelques arbres qui d&#233;tonnent dans la s&#233;cheresse, deux ou trois m&#226;ts avec des drapeaux frapp&#233;s de la faucille et du marteau signalent la pr&#233;sence municipale toujours incontournable du Parti communiste portugais dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le rouge br&#251;l&#233; par le soleil a vir&#233; au rose, signe de la mutation id&#233;ologique en cours de la vie politique locale&#8230; Derri&#232;re les vitres des fen&#234;tres ferm&#233;es, des visages rid&#233;s &#233;pient les &#233;trangers de passage. Les rues sont vides, les deux caf&#233;s ferm&#233;s, Covid-19 oblige ; on croise un travailleur de la voirie occup&#233; &#224; balayer les trottoirs du jardin. Le &#171; bonjour &#187; est rapide et sans empathie. Au voisinage de l'&#233;glise, un panneau indique le mus&#233;e local o&#249; sont rassembl&#233;s, pr&#233;sent&#233;s aux rares visiteurs de passage, les derniers vestiges de l'agriculture traditionnelle ou ce qu'on a catalogu&#233; comme tel. Ledit mus&#233;e est ferm&#233; ! Il fait d&#233;j&#224; 33&#176;C au soleil de midi en cette journ&#233;e aux temp&#233;ratures extr&#234;mes, mais nous sommes pris par un sentiment gla&#231;ant, celui d'une soci&#233;t&#233; paralys&#233;e par son d&#233;clin. &#192; l'exception de quelques &#238;lots comme la ville de Castro Verde, toute proche qui vit de l'activit&#233; mini&#232;re, toute la r&#233;gion de l'Alentejo profond, nagu&#232;re un grenier &#224; bl&#233; des latifundiaires et le territoire de quelques-unes des pages les plus radicales de l'histoire sociale du Portugal avec les luttes des salari&#233;s agricoles, vit aujourd'hui la transition vers le monde de la catastrophe annonc&#233;e, celui de la grande agro-industrie. Dans un des pays les plus vieillissants du Vieux Continent et o&#249; la natalit&#233; est la plus faible, la r&#233;gion du bas Alentejo est class&#233;e parmi les plus pauvres de l'Europe communautaire ; et la sociologie de sa population est en train d'&#234;tre boulevers&#233;e par des mouvements contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, une nouvelle soci&#233;t&#233; s'y installe. C'est le nouveau prol&#233;tariat associ&#233; &#224; la nouvelle agriculture industrielle, aux cultures en serres de fruits rouges pouss&#233;es chimiquement hors sol pour &#234;tre vendues tout au long de l'ann&#233;e dans les rayons des supermarch&#233;s europ&#233;ens ; celle des &#233;tendues d'oliviers et d'amandiers trait&#233;s, plant&#233;s et exploit&#233;s par les multinationales &#224; capitaux financiers sans loi ni patrie. Une population asiatique, des Bengalis, des N&#233;palais, des Vietnamiens, des Tha&#239;landais, des Pakistanais, amen&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la plan&#232;te par des marchands de chair fra&#238;che, des r&#233;seaux puissants et intouchables. Dans certains villages, ils repr&#233;sentent d&#233;sormais jusqu'&#224; 60 % de la population. Comme si, par un renversement ironique de l'histoire, le projet lusitanien du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de la d&#233;couverte du chemin maritime vers l'Asie s'&#233;tait finalement concr&#233;tis&#233; par ce peuplement asiatique dans la p&#233;ninsule, effet de la globalisation moderne du march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange est d&#233;j&#224; assez &#233;tonnant, mais la globalisation est &#224; l'&#339;uvre et ne s'arr&#234;te pas. On s'attarde devant la vitrine d'une des agences immobili&#232;res locales &#8211; eh oui, cela existe ici aussi &#8211; et l'on est surpris par le prix des ruines &#224; vendre. Explication : une immigration d'un autre type s'installe aussi dans la r&#233;gion ; des alternatifs de toutes sortes et toutes origines, allant des &#171; auto-entrepreneurs de start-ups &#187; europ&#233;ens aux jeunes couples ais&#233;s &#224; la recherche d'une vie tranquille et d'air pur. Bizarrerie pour bizarrerie, aux Anglais, Hollandais et Allemands du d&#233;but viennent s'ajouter depuis quelques ann&#233;es de nombreuses jeunes familles isra&#233;liennes qui, sans doute, cherchent un apaisement &#224; la folie de l'endroit du monde o&#249; elles sont n&#233;es et o&#249; elles ne veulent plus vivre. On les comprend ! Dans cette petite bande de terre du sud-ouest de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, se croisent aujourd'hui diff&#233;rentes mis&#232;res du monde capitaliste globalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; &#224; mettre sur le compte du Covid-19 : la d&#233;couverte de la condition terrible dans laquelle travaillent et vivent des dizaines de milliers d'immigr&#233;s asiatiques dans la soci&#233;t&#233; portugaise. Le nombre important des contaminations parmi ces travailleurs exploit&#233;s, d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs documents et de leurs droits, a fini par menacer les r&#233;gions o&#249; ils vivent. Une contradiction de plus au sein de la classe capitaliste : le choc entre les int&#233;r&#234;ts de l'agro-industrie et ceux du tourisme. M&#234;me si la contamination des immigr&#233;s asiatiques est rest&#233;e localis&#233;e, elle est venue s'ajouter &#224; la contamination g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans les r&#233;gions touristiques du sud o&#249; l'agro-industrie s'&#233;tend &#8211; le d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie ayant forc&#233; le gouvernement &#224; prendre des mesures de confinement qui ont touch&#233; durement l'industrie touristique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'est pas une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation, car la situation de cette immigration surexploit&#233;e &#233;tait connue depuis le d&#233;but par tous ceux qui voulaient la conna&#238;tre. L'excellent journal de contre-information &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; en parlait depuis au moins six ans&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire en particulier l'article &#171; Os olhares de Catarina &#187;, Mapa n&#176; 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Mais le d&#233;ni et le silence servaient des int&#233;r&#234;ts capitalistes importants et le gouvernement socialiste portugais venait d'ailleurs, en 2018, d'autoriser l'&#233;largissement de la zone d'implantation des serres sur la c&#244;te ouest de l'Alentejo, avec une augmentation cons&#233;quente de la main-d'&#339;uvre immigr&#233;e. L'&#233;pid&#233;mie a d&#233;clench&#233; un cort&#232;ge de j&#233;r&#233;miades et de larmes de crocodile, des cris d'indignation hypocrite. Les m&#233;dias se sont pench&#233;s sur le sujet pendant des semaines, on a convoqu&#233; des &#171; sp&#233;cialistes &#187; de toute sorte : &#233;conomistes, sociologues, ethnologues, etc. &#192; telle enseigne que le citoyen lambda finit par &#234;tre d&#233;gout&#233; de cet exercice de masochisme des &#233;lites &#8211; exercice charg&#233; d'hypocrisie, car, au-del&#224; des constatations r&#233;p&#233;t&#233;es, des t&#233;moignages, des descriptions glauques, il faut bien constater qu'il y a un terrain qui n'est jamais abord&#233; : celui des responsabilit&#233;s en amont. Avant, &#171; personne n'&#233;tait au courant &#187;, nous dit-on ; aujourd'hui, &#171; personne n'est cens&#233; l'ignorer &#187;, mais, dans le concret, rien ne change. Encore un principe de fonctionnement d&#233;mocratique. On apprend tout de m&#234;me que c'est toute l'agro-industrie, du porto aux fruits rouges des multinationales Driscoll's et cie, qui a recours &#224; cette main d'&#339;uvre exploit&#233;e dans des conditions quasi esclavagistes, du nord au sud du pays. Le cas portugais ne diff&#232;re en rien de la tendance &#224; l'&#339;uvre partout en Europe. Particulier ici est le fait que cette restructuration du march&#233; du travail s'applique dans un des pays les plus pauvres d'Europe, avec les salaires parmi les plus bas. Un pays qui continue &#224; exporter de la main d'&#339;uvre partout ailleurs, du personnel de sant&#233; et des services en Grande-Bretagne, des travailleurs du b&#226;timent et de l'agriculture (tiens, tiens !) en Suisse et en France, des p&#234;cheurs en Allemagne du nord et en Norv&#232;ge. Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;cent rapport de la Commission europ&#233;enne, qui n'est pas &#224; proprement parler une institution au-dessus de tout soup&#231;on, consid&#232;re le Portugal comme l'un des pays les plus gangr&#233;n&#233;s par la corruption en Europe. D'apr&#232;s l'&#233;tude, la population portugaise estime que la corruption est g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans le pays et qu'elle affecte sa vie quotidienne. Sentiment qui serait deux fois plus fort au Portugal que la moyenne europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;, Publico (16/04/2021).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les affaires de corruption s'&#233;talent jour apr&#232;s jour dans les m&#233;dias, m&#234;lant le syst&#232;me bancaire, les hommes politiques, les puissances du foot, les agences immobili&#232;res, sp&#233;culatives et mafieuses. Pour ceux qui croient en la vieille rengaine de la s&#233;paration des pouvoirs, pilier de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, le rapport d&#233;nonce aussi le fait qu'au Portugal, seule une petite minorit&#233; des proc&#232;s pour corruption (autour de 10 %) sont men&#233;s jusqu'&#224; leur terme. L'appareil judiciaire est aussi compromis dans ce processus et subit le discr&#233;dit g&#233;n&#233;ralis&#233; des institutions. L'&#233;tat des &#233;lites, de la classe politique dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; &#8211; avec quelques rares et honorables exceptions &#8211; prouve que le champ du politique est plus qu'en crise : il est d&#233;cadent et irr&#233;cup&#233;rable. La machine du Parti socialiste portugais, accroch&#233;e telle une sangsue au pouvoir central et surtout local, verrouille d'une main de fer cette &#233;volution d&#233;cadente, en distillant peurs et chantages. Pour reprendre la formule d'un ami qui se d&#233;bat localement pour &#233;veiller les esprits, c'est comme le &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me Poutine, mais men&#233; avec le sourire b&#233;at du Premier ministre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se met &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce qui a bien pu se passer dans cette soci&#233;t&#233; depuis cinquante ans, depuis que la chute de l'ancien r&#233;gime autoritaire de nature fasciste a c&#233;d&#233; la place &#224; une d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Le Portugal est devenu aujourd'hui en Europe une vitrine &#233;clair&#233;e de la fausset&#233; de cette d&#233;mocratie, un exemple concret de sa nature. Un cas exemplaire de l'&#233;volution de ce syst&#232;me, qui cherche &#224; masquer par un discours mensonger l'in&#233;galit&#233; et l'injustice croissante du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;g&#226;t collat&#233;ral de la corruption des &#233;lites politiques et &#233;conomiques qui gangr&#232;ne toute la soci&#233;t&#233; portugaise, le discours anticorruption constitue d&#233;sormais un des socles de la nouvelle extr&#234;me droite en plein essor. Mais celles et ceux qui colportent ce discours adoptent ces m&#234;mes comportements. La d&#233;cadence s'&#233;tend du haut vers le bas, contamine aussi de larges pans du peuple qui, par exemple, participent directement et retirent de maigres b&#233;n&#233;fices de cette restructuration du march&#233; du travail, louant des taudis aux travailleurs asiatiques, exploitant leurs faiblesses et leurs fragilit&#233;s &#8211; autre signal de la d&#233;composition des solidarit&#233;s de classe, du sens du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus est particuli&#232;rement criant dans les r&#233;gions du sud, lieux o&#249; des traditions de luttes radicales ont marqu&#233; les g&#233;n&#233;rations, et o&#249; sont aujourd'hui exploit&#233;s les nouveaux immigr&#233;s. Il y a, bien entendu, et il ne faut surtout pas l'oublier, des attitudes minoritaires de solidarit&#233; et d'entraide parmi quelques noyaux de jeunes, liant les immigr&#233;s et la population ancienne. Ces noyaux voient dans la situation actuelle une richesse, une &#233;nergie et une vitalit&#233; n&#233;cessaires &#224; faire survivre une soci&#233;t&#233; vieillissante. Mais le mouvement du capitalisme moderne efface le pass&#233; de r&#233;volte. &#171; &lt;i&gt;Si 150 ans de batailles pour la propri&#233;t&#233; collective de la terre et pour la dignit&#233; du travail rural ont conduit [&#8230;] &#224; la r&#233;forme agraire de 1976, son d&#233;mant&#232;lement accompagn&#233; par la globalisation n&#233;olib&#233;rale a permis au capitalisme le plus obsc&#232;ne de retourner dans les champs du sud&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;, Publico (11/05/2021).&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Les d&#233;faites de classe sont toujours ch&#232;rement pay&#233;es. Et les paroles des chansons de Jos&#233; Afonso, devenues le symbole du mouvement r&#233;volutionnaire du 25 avril 1974, ont aujourd'hui un go&#251;t amer, et cherchent &#224; prendre une forme concr&#232;te dans des forces nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, c'est l'av&#232;nement d'un autre monde, celui du capitalisme victorieux et en d&#233;clin. En Alentejo comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Madame a trouv&#233; un bon plan : une entr&#233;e avec sortie. La flamboyante bourgeoise br&#233;silienne, mari&#233;e &#224; un grand bourgeois fran&#231;ais avec nom &#224; particule, vit d&#233;sormais &#224; Lisbonne dans un beau palace avec leurs deux filles et le chien ; l'heureux toutou s'appelle &#171; Bonaparte &#187; ! C'est aussi bien que l'avenue Henri-Martin et beaucoup moins cher. Encore une autre immigration. On croise (de loin) aujourd'hui au Portugal, outre les retrait&#233;s s&#233;duits par le soleil bon march&#233; et la quasi-absence d'imp&#244;ts, des riches, des tr&#232;s riches, des gangsters modernes (pl&#233;onasme ?!), des notables, des joueurs de foot, des artistes et des &#233;crivains de renom et au prix Goncourt encore frais. C'est dire que le monde m&#233;diocre, arrogant et m&#233;prisant de Madame et de Bonaparte fait main basse sur les riches demeures restaur&#233;es de la vieille Lisbonne et du vieux Porto, pendant qu'on pousse vers les p&#233;riph&#233;ries, gueux, mis&#233;reux, pauvres et &#233;clop&#233;s qui font d&#233;sordre dans le paysage recherch&#233; par Madame et ses semblables. Le capitalisme &#233;tant un syst&#232;me aux &#233;volutions improbables et inattendues, la pand&#233;mie, le d&#233;veloppement du t&#233;l&#233;travail pour des milliers de cadres branch&#233;s et d&#233;branch&#233;s, a relanc&#233; l'immobilier qui, malgr&#233; l'&#233;pid&#233;mie, se porte mieux que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#199;a flambe aussi dans le secteur sp&#233;culatif du luxe. Les ventes de Porsche &#224; 230 000 euros explosent, le niveau de ventes le plus &#233;lev&#233; depuis toujours dans le petit pays se retrouve aussi dans les bijoux et les v&#234;tements de marques, dans les cosm&#233;tiques, le commerce &#233;lectronique ; tout va pour le mieux dans un des pays les plus pauvres d'Europe. Normal, nous le savons, la tendance est g&#233;n&#233;rale : plus il y a de pauvres et plus les riches sont riches. C'est le &#171; d&#233;veloppement &#187; ou la &#171; reprise &#187;, expliquent certains &#233;conomistes. Seulement, ici aussi, les contrastes sont vertigineux. Alors que de larges secteurs de la population, y compris des petites classes moyennes employ&#233;es dans l'enseignement, la sant&#233;, les services, ne trouvent pas &#224; se loger, tout ce beau monde se partage en coupes r&#233;gl&#233;es des immeubles et des palais d&#233;labr&#233;s bient&#244;t r&#233;nov&#233;s. Madame et son Bonaparte d&#233;pensent dans le &#171; take-away &#187; quotidien de chefs &#233;toil&#233;s autant que ce que touche par mois un immigr&#233; vietnamien ou n&#233;palais travaillant dix heures par jour dans les serres de fruits rouges empoisonn&#233;s de la c&#244;te alentejana. Enfin, &#171; take-away &#187;, c'est une expression r&#233;fut&#233;e par ce beau monde : &#171; &lt;i&gt;Nous ne vendons pas de la nourriture, nous vendons une exp&#233;rience de socialisation&lt;/i&gt; &#187;, explique un comique patron d'une de ces start-up de cuisine chic &#224; succ&#232;s&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;, Expresso (28/05/2021).&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tat des lieux qui enrage. Qui est aussi un rappel du fait que nous ne devons pas prendre pour le r&#233;el ce qui n'est que l'apparence, la surface des choses, et non l'essence de son mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle d'un des pays les plus pauvres d'Europe, on se r&#233;f&#232;re bien &#233;videmment au pays des pauvres, laissant de c&#244;t&#233; le pays des riches. Une voix avertie soulignait r&#233;cemment des aspects significatifs de cette in&#233;galit&#233; sociale criante et violente qui, au Portugal comme partout ailleurs, ne cesse d'augmenter&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;, Publico (22/05/2021).&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis deux d&#233;cennies, le nombre de travailleurs qui per&#231;oivent le salaire minimum (environ 740 euros brut par mois contre 1 050 euros en Espagne) a &#233;t&#233; multipli&#233; par trois alors que le taux d'imposition d'un travailleur portugais est de 27,4 % au-dessus de la moyenne europ&#233;enne. Ceci, alors que la part sociale du salaire, re&#231;ue sous la forme de services publics, diminue continuellement. L'effondrement des services publics de sant&#233; lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid &#8211; effondrement dont les pires cons&#233;quences sont encore &#224; venir au vu de la d&#233;programmation des interventions chirurgicales, du report des rendez-vous m&#233;dicaux et de l'interruption des traitements &#8211; est l'exemple le plus r&#233;cent et le plus tragique de cette tendance. Dans son bref et r&#233;cent parcours de construction d&#233;mocratique, le Portugal se pose comme un cas exemplaire de plus dans la nature in&#233;galitaire de l'&#233;galit&#233; formelle. Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser. Les esprits critiques ne manqueront pas de conclure que ce passage entre deux syst&#232;mes de pouvoir a surtout profit&#233; &#224; ceux qui ont gard&#233; le pouvoir, c'est-&#224;-dire &#224; la classe capitaliste. Certes, tout cela, on peut le dire et l'&#233;crire aujourd'hui, alors que toute remarque semblable &#233;tait autrefois passable de poursuites, voire d'emprisonnement. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique se caract&#233;rise-t-elle simplement par le &#171; droit &#187; &#224; reconna&#238;tre ouvertement que l'in&#233;galit&#233; sociale est immuable ? C'est avoir bien peu d'exigences, il faut le reconna&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[&#192; suivre&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Reeve *&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Charles Reeve, pseudonyme de Jorge Valadas, a &#233;crit plusieurs ouvrages sur la soci&#233;t&#233; portugaise, dont &lt;i&gt;La M&#233;moire et le Feu - Portugal, l'envers du d&#233;cor de l'Euroland&lt;/i&gt;, paru aux &#233;ditions L'Insomniaque en 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire en particulier l'article &lt;a href=&#034;https://www.jornalmapa.pt/2020/01/20/os-olhares-de-catarina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Os olhares de Catarina &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; n&#176; 23 (avril-juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/04/16/opiniao/noticia/pais-corrupto-socrates-ivo-rosa-1958761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico&lt;/i&gt; (16/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/11/opiniao/opiniao/agrocapitalismo-estufa-1961983&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(11/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://expresso.pt/sociedade/lifestyle/2021-05-29-Luxo.-O-virus-nao-passa-por-aqui-fa473405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Expresso&lt;/i&gt; (28/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/22/opiniao/opiniao/pais-pobre-resposta-jose-miguel-judice-susana-peralta-1963480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(22/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Si la paresse squattait les urnes&#8230;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Avec Paresse pour tous, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins. Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de Paresse pour tous (Le Tripode, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt;, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1816.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH716/-1816-1bc4f.jpg?1779678821' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt; (Le Tripode, mai 2021&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), ouvrage sign&#233; du myst&#233;rieux Hadrien Klent. Son postulat : &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 se pr&#233;sente un certain &#201;milien Long, &#233;conomiste adepte de la r&#233;duction drastique du temps de travail, auteur d'un essai sur &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse au XXI&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;/sup&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; et globalement radicalement hostile aux passions tristes gouvernant le monde politique. Un type qui pourrait &#234;tre un pote, un camarade de randonn&#233;e ou de discussion avin&#233;e, et qui d&#233;balle ces questions que le champ politique s'&#233;vertue &#224; consid&#233;rer comme farfelues alors m&#234;me que la plan&#232;te br&#251;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi pas &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; lancer une candidature &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; qui soit celle de cette vision-l&#224; de la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;s'interroge ainsi l'apprenti candidat au d&#233;but du texte&lt;i&gt;. Une soci&#233;t&#233; qui refuse le productivisme, qui refuse la destruction de la nature, qui refuse la fuite en avant. Une soci&#233;t&#233; o&#249; les gens peuvent respirer, dans tous les sens du terme : respirer un meilleur air, un air moins chaud, moins pollu&#233;, et respirer parce qu'ils ont du temps en dehors du travail, pour vivre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Hadrien Klent de d&#233;vider cette pelote, &#224; la fois &#233;vidente et inimaginable : une candidature vraiment &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;, entra&#238;nant dans son sillage un bouleversement drastique du champ politique. On n'est pas oblig&#233; d'y croire. On peut se montrer sceptique ou m&#234;me carr&#233;ment hostile. Mais l'exercice force en tout cas &#224; la r&#233;flexion, avec en guise d'accompagnement de nombreuses banderilles habilement plant&#233;es dans l'actualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8220;Prenez soin de vous.&#8221; Cette expression s'est impos&#233;e en quelques jours &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pourquoi ? Pourquoi un temps d'&#233;pid&#233;mie serait-il le seul moment o&#249; il faudrait prendre soin de soi ? Pourquoi avant c'&#233;tait &#8220;bonne journ&#233;e&#8221;, &#8220;bon courage&#8221;, et &#224; cause d'un virus on doit prendre enfin soin de soi ? Pourquoi ne pas tout le temps prendre soin de soi, des autres, de la plan&#232;te o&#249; l'on vit&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, Monsieur Klent, on ne vous remercie pas de nous forcer &#224; parler &#233;lections dans un journal &#224; ADN anar. Mais on avait tr&#232;s envie de lancer un dialogue. Le voil&#224; donc, mitonn&#233; entre deux siestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton roman et son personnage principal se revendiquent de Paul Lafargue et de son&lt;i&gt; Droit &#224; la paresse &lt;/i&gt;(1880). En quoi ce texte reste-t-il d'actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus encore que le texte, c'est le principe qui est d'actualit&#233;. Le droit &#224; la paresse &#233;tait tr&#232;s actuel en 1880 &#224; l'&#233;poque de Lafargue o&#249; le capitalisme machiniste tournait &#224; plein r&#233;gime ; tr&#232;s actuel en 1930 quand l'&#233;conomiste Keynes s'adressait &#224; ses petits-enfants ; tr&#232;s actuel aussi en 52 apr&#232;s le d&#233;but de notre &#232;re, quand S&#233;n&#232;que &#233;crivait &lt;i&gt;De la bri&#232;vet&#233; de la vie &lt;/i&gt; ; et &#233;videmment tr&#232;s actuel aujourd'hui. Ce qui est s&#233;ditieux, c'est de refuser que le travail soit le centre de la vie et ce, &#224; quelque &#233;poque que ce soit : ce que cette formule de Lafargue a de tr&#232;s malin, c'est d'inverser la logique traditionnelle. Ce n'est pas offrir le droit au travail qu'il faut, mais le droit &#224; la paresse, c'est-&#224;-dire au temps libre, &#224; la connexion r&#233;elle entre chaque individu et sa vie. Je partage l'agacement de Lafargue contre toute une gauche qui mettait (et qui met encore) en avant le travail comme outil de lib&#233;ration, d'&#233;mancipation. L'&#233;mancipation ne se fera jamais dans le cadre du salariat ! Et il faut arriver &#224; se d&#233;prendre de cette id&#233;e qu'on est ce qu'on fait dans le champ social : on est, heureusement, bien plus qu'une fonction ou qu'un m&#233;tier. On est multiple, et le r&#244;le de la soci&#233;t&#233; ce devrait &#234;tre d'organiser la possibilit&#233; du d&#233;ploiement de cette multiplicit&#233;. D'o&#249; le pari du roman, qui est de proposer une r&#233;duction radicale du temps de travail : trois heures par jour maximum, comme chez Lafargue et comme chez Keynes &#8211; le reste, comme le dit &#201;milien Long, c'est pour la vie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est en m&#234;me temps dans le champ de l'&#233;vidence et dans celui de l'utopie, tant ce n'est pas dans l'air du temps. Exemple entre mille, le macroniste Stanislas Guerini vient de bramer : &#171; &lt;i&gt;Il faut travailler plus longtemps, c&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;est le sens de l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;histoire.&lt;/i&gt; &#187; Et cette id&#233;e est tellement install&#233;e que plus grand monde n'ose l'&#233;br&#233;cher &#8211; m&#234;me dans notre &#171; camp &#187;. De l&#224; &#224; v&#233;ritablement s'y attaquer, il y a un gouffre... Pourquoi cette frilosit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e sur le sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pourrais expliquer cette frilosit&#233; en posant une question un peu plus large : pourquoi, alors qu'il y a plus de pauvres que de riches, plus de salari&#233;s que de patrons, plus de gens ouverts que de racistes, plus de gens dr&#244;les que de gens sinistres, eh bien pourquoi la richesse, le patronat, le racisme et la sinistrose squattent non seulement nos m&#233;dias, mais aussi nos imaginaires ? Rien de tr&#232;s nouveau sous le soleil, &#233;videmment, mais quand m&#234;me : le fait d'utiliser les &#8220;armes&#8221; de l'ennemi pour se construire son sch&#233;ma de pens&#233;e est un v&#233;ritable probl&#232;me. Penser le travail productif comme cadre de nos existences, &#234;tre un peu afflig&#233;s quand quelqu'un d&#233;cide de &#8220;refuser de parvenir&#8221; (c'est-&#224;-dire ne pas avoir le bon boulot et le gros salaire que ses &#233;tudes lui promettaient) ou tourne le dos &#224; une position sociale envi&#233;e (y compris un artiste qui en a marre de g&#226;cher sa vie en n'arr&#234;tant pas de produire de nouveaux objets culturels), vouloir que nos enfants se d&#233;terminent par le travail qu'ils vont devoir trouver (sans comprendre que c'est une part tr&#232;s minoritaire de l'ensemble de l'arc de la vie), et ainsi de suite : nous sommes tous, peu ou prou, coupables parfois de ce collaborationnisme au petit pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au sens de l'histoire, tel qu'on le voit actuellement, il montre une chose : que la dur&#233;e de la vie s'allonge. L&#224;-dessus il n'y a pas de doutes : mais pourquoi de ce fait incontestable on devrait d&#233;duire qu'il faut allonger le temps travaill&#233; au cours d'une vie ? Il y a plein d'autres choses qui vont, actuellement, dans le sens de l'histoire : par exemple les grands patrons et les d&#233;tenteurs de capital sont de plus en plus riches &#8211; on pourrait donc dire, avec ni plus ni moins de rigueur que la personne que tu cites : &#8220;&lt;i&gt;Il faut plus taxer les riches, c'est le sens de l'histoire.&lt;/i&gt;&#8221; Ce que j'essaie de montrer dans le roman, c'est qu'il y a une r&#233;alit&#233; ind&#233;niable : la productivit&#233; n'a cess&#233; d'augmenter, et les richesses aussi. On aurait pu d&#233;cider (on pourrait toujours !) d'affecter diff&#233;remment les gains de productivit&#233; : ne pas &#234;tre plus riches (plus de biens de consommation, plus de loisirs, plus de bouffes au resto, etc.), mais moins travailler. Et quand tu parles de &#8220;notre camp&#8221;, il faut quand m&#234;me parler des r&#233;sistants, et notamment rendre hommage &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; qui avait fait un tr&#232;s bon dossier sur le th&#232;me de la fin du travail il y a quelques ann&#233;es ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, on est des adeptes revendiqu&#233;s de la paresse telle que tu la d&#233;finis&#8230; Mais il y a une chose qui nous diff&#233;rencie de ton personnage : la plupart des camarades bricolant ce journal ne croient pas vraiment aux &#233;lections, encore moins pr&#233;sidentielles. Comment arriver &#224; concilier ce cirque vici&#233; vou&#233; &#224; perp&#233;tuer l'existant et l'espoir d'un changement radical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je savais bien que tu allais finir par mordre ! On arrive au fameux point Godwin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : la d&#233;mocratie c'est du caca ! &#201;lections pi&#232;ge &#224; con ! &#201;milien Long social-tra&#238;tre ! Dans le livre, j'affronte &#233;videmment cette question, et notamment dans une sc&#232;ne o&#249; mon personnage donne une interview &#224; une s&#233;rie de revues ou collectifs situ&#233;s entre l'extr&#234;me gauche et l'ultragauche (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#233;videmment, mais aussi &lt;i&gt;Lundi matin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Panth&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Actuel Marx&lt;/i&gt; et Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre). En gros, les intervieweurs lui font comprendre (comme tu le fais) que c'est sale, la politique &#8220;traditionnelle&#8221;, et qu'il n'aboutira &#224; rien en se pr&#233;sentant aux &#233;lections. Sa r&#233;ponse est tout &#224; fait celle des bons vieux r&#233;formistes : en gros, il y a deux fa&#231;ons de faire bouger le syst&#232;me. Soit de l'ext&#233;rieur, et jusqu'&#224; pr&#233;sent &#231;a n'a pas r&#233;ellement march&#233; en France (sauf par petits &#224;-coups sporadiques), soit de l'int&#233;rieur et, quoi qu'on en dise, on a un syst&#232;me &#233;lectoral qui reste ouvert et non truqu&#233; &#8211; ce qui n'est pas rien non plus. Jusqu'&#224; preuve du contraire, il n'y a pas de bourrage d'urnes ni d'assassinat cibl&#233; de candidats en France pour une pr&#233;sidentielle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par contre un syst&#232;me sociologiquement ferm&#233;, puisqu'il est peu probable de se retrouver candidat &#224; la pr&#233;sidentielle quand on travaille dans un abattoir ou un Ehpad. D'o&#249; le fait que j'ai choisi un personnage qui est normalien, prix Nobel d'&#233;conomie, donc &#8220;l&#233;gitime&#8221; dans le champ politique traditionnel &#8211; sauf que, malgr&#233; ce parcours qui devrait le pousser &#224; nourrir la b&#234;te lib&#233;rale, il d&#233;cide de renverser la table et de faire du droit &#224; la paresse un programme &#233;lectoral. C'est une utopie, &#233;videmment, mais &#224; mes yeux pas moins attirante que d'autres... En tout cas, j'esp&#232;re que, si demain il y a un programme de cette radicalit&#233;-l&#224; dans le champ &#233;lectoral, vous ne l'enverrez pas balader au motif que ce n'est pas une r&#233;volution telle qu'elle est class&#233;e selon vos crit&#232;res &#224; vous... Quant &#224; voir ce qu'une utopie peut donner apr&#232;s une &#233;lection, &#231;a, tu le verras dans le tome 2 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224; o&#249; cela semble vraiment utopique, c'est que ces id&#233;es soient d&#233;battues publiquement. Pas qu'une candidature autre &#233;merge, mais que la d&#233;croissance ou la r&#233;duction drastique du temps de travail soient discut&#233;es r&#233;ellement, sans &#233;touffoir, et rivalisent, par exemple, avec l'&#233;pouvantail ins&#233;curit&#233;. Comme si on avait totalement perdu la bataille des affects et des imaginaires. En ce sens, &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;An 01 &lt;/i&gt;de G&#233;b&#233; a fait &#224; mes yeux plus pour la &lt;i&gt;vraie &lt;/i&gt;&#233;cologie que n'importe quelle candidature verd&#226;tre. Et je me dis que c'est pour &#231;a que tu as choisi le champ de la fiction, parce que &#231;a peut plus &#171; peser &#187; qu'un essai...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus on va &#234;tre totalement d'accord. D'une part, en effet, cette d&#233;faite g&#233;n&#233;rale est assez dingue : qu'on n'entende qu'&#224; peine des voix d&#233;croissantes dans le monde &#8220;&lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;&#8221; (m&#233;dias, &#233;lections, etc.) alors que, d'un autre c&#244;t&#233;, de plus en plus de m&#233;dias et de responsables politiques sont d'accord pour alerter sur le fait qu'on va droit dans le mur, c'est assez incompr&#233;hensible. Comme si un discours officiel &#233;tait : on fait n'importe quoi, mais surtout continuons ! Au moins, pendant les Trente Glorieuses, le discours officiel c'&#233;tait : ce qu'on fait c'est g&#233;nial, alors continuons. Mais maintenant, on a le sentiment de l'&#233;chec sans pour autant vouloir de quelque fa&#231;on que ce soit changer le moindre iota. D'o&#249; un mouvement du type des Gilets jaunes qui, &#224; mes yeux, souligne l'impossibilit&#233; dans laquelle se trouve notre soci&#233;t&#233;, notre &#233;poque. Tout va mal, y compris la contestation : des gens dans des SUV &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; mais sur&#233;quip&#233;s r&#233;clament de payer leur essence moins cher&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;... L&#224;, on est tr&#232;s tr&#232;s loin de l'esprit de &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt; ! Et donc, oui, bien s&#251;r, &#233;videmment, certainement, sans le moindre doute, &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt;est un livre (et un film) de salubrit&#233; publique, hyper politique tout en &#233;tant hyper po&#233;tique. Typique des ann&#233;es 1970, o&#249; il &#233;tait plus facile d'&#234;tre contre le syst&#232;me en restant joyeux. &#192; ce propos, il n'est pas anodin de rappeler le lent ramollissement des candidatures &#233;colos aux &#233;lections pr&#233;sidentielles : en 1974, Ren&#233; Dumont &#233;tait un furieux (pr&#244;nant l'&#8220;&lt;i&gt;arr&#234;t de la fabrication des automobiles d&#233;passant 4 CV&lt;/i&gt;&#8221;, c'est-&#224;-dire de toutes les bagnoles sauf les plus petites) ; en 1981 Brice Lalonde &#233;tait un engag&#233; (d&#233;fenseur d'une &#8220;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233; moins productiviste&lt;/i&gt;&#8221; et de &#8220;&lt;i&gt;l'&#233;conomie souterraine de bricolage&lt;/i&gt;&#8221;) ; en 1988 Antoine Waechter &#233;tait un politicien (&#8220;&lt;i&gt;ni droite ni gauche&lt;/i&gt;&#8221;...). En trois &#233;lections on &#233;tait pass&#233; d'une utopie flamboyante &#224; un piteux tour de piste &#233;lectoraliste. Et donc, dans mon roman j'imagine un &#201;milien Long qui marche sur les traces de Dumont tout en ayant les comp&#233;tences de &lt;i&gt;[l'&#233;conomiste Thomas]&lt;/i&gt; Piketty. Pour r&#233;pondre enfin &#224; ta question, oui,s le champ de la fiction permet de d&#233;ployer tr&#232;s bien tous ces enjeux anti-productivistes dans un monde qu'on aimerait &#234;tre le n&#244;tre, l&#224;, tout de suite, alors qu'un essai aurait tendance &#224; rappeler pour la &#233;ni&#232;me fois que le travail et la consommation occupent trop de place dans nos vies sans savoir vraiment comment d&#233;passer ce constat... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;esp&#233;rais que ce confinement serait un temps de remise en question du productivisme&lt;/i&gt; &#187;, dit &#201;milien Long. Face &#224; la grosse probabilit&#233; que ce type de crise se r&#233;p&#232;te, est-ce qu'on peut imaginer qu'il en naisse des cons&#233;quences positives, notamment dans notre addiction aux technologies ? C'&#233;tait d'ailleurs en partie le th&#232;me de ton pr&#233;c&#233;dent roman,&lt;i&gt; La Grande Panne &lt;/i&gt;(Le Tripode, 2016), qui r&#233;sonne &#233;trangement avec l'actualit&#233; r&#233;cente...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Honn&#234;tement, je ne crois pas que ces crises-ci suffiront &#224; faire changer les gens... Il y a ce truc un peu particulier de l'esp&#232;ce humaine, qui est une grande qualit&#233; et un grand d&#233;faut : sa plasticit&#233;. Elle a pu se passer de smartphone pendant des mill&#233;naires. Et depuis que le smartphone est arriv&#233;, il lui semble indispensable &#8211; et s'il disparaissait demain, l'humanit&#233; s'en passerait &#224; nouveau tr&#232;s bien. Mais, probl&#232;me : le smartphone est l&#224;, pour le moment. Le Covid a sembl&#233; faire vaciller plein de certitudes, mais en fait non : pendant deux mois, les gens ne sortaient qu'une heure par jour, d&#233;sinfectaient leurs chaussures, ne voyageaient plus. Fin du confinement, r&#233;ouverture des fronti&#232;res, vaccination : tout le monde repart comme si de rien n'&#233;tait ! Ce que je veux dire, c'est qu'aucune addiction ne s'arr&#234;tera toute seule : les nouvelles technologies disparaissaient pendant &lt;i&gt;La Grande panne&lt;/i&gt;, mais elles sont revenues en m&#234;me temps que le courant &#233;lectrique ! Demain, si cinq centrales nucl&#233;aires p&#233;taient en France, pass&#233;e la sid&#233;ration, les survivants s'organiseraient et reconcevraient une vie dans un monde apocalyptique. Donc il faut raisonner dans la situation du pr&#233;sent : qu'est-ce qu'on peut faire maintenant, aujourd'hui ? Moins travailler, moins consommer, moins se fermer aux autres, oui, &#231;a on peut le faire. Donc il faut le faire &#8211; sans attendre la crise ou la non-crise. C'est pour &#231;a que j'ai un peu de distance devant les discours messianiques de certains militantismes : on attend quelque chose qui va changer le monde. Mais ce n'est pas &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt;, ce n'est pas un moment, ce n'est pas un &#233;pisode : c'est nous, tout de suite, qui devons changer le monde. Car, comme le dit &#201;milien Long : nous sommes le monde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait : en marche avec l'&#226;ne Bourrichon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fait moins quatre degr&#233;s, un peu de neige tombe avec douceur. L'&#226;ne Bourrichon avance mollement &#8211; il fait la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il fait la gueule, je t'assure, lance &#201;milien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais t'inqui&#232;te pas pour lui : il en a vu d'autres, r&#233;pond le Baron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent tous les trois cette marche lente sur la petite route d&#233;partementale 174 qui m&#232;ne de Peyrelevade, l&#224; o&#249; le Baron a sa ferme, &#224; la commune de Saint-Setiers, 285 habitants, dont la maire, Jacqueline Labarre, est une vieille communiste chaleureuse et dynamique &#8211; du moins c'est ainsi que le Baron l'a d&#233;crite &#224; &#201;milien, qui ne la conna&#238;t pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent cette marche &#224; trois, mais les deux humains ont de gros K-way &#224; capuche qui les prot&#232;gent des intemp&#233;ries. Et surtout, ils n'ont rien de plus &#224; faire que marcher, alors que l'&#226;ne Bourrichon, lui, doit en plus tirer la roulotte sur laquelle un magnifique paresseux suspendu a &#233;t&#233; peint &#224; c&#244;t&#233; des mots &#8220;&#201;milien Long 2022&#8221; &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ne Bourrichon et la roulotte de campagne sont d&#233;pass&#233;s par un SUV gris. &#201;milien et le Baron regardent le v&#233;hicule, rutilant, orgueilleux, faramineux, bruyant, qui, en quelques secondes, a d&#233;j&#224; disparu de leur champ de vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parfois je me dis que &#231;a va &#234;tre impossible, cette articulation entre utopie et r&#233;alit&#233;, soupire &#201;milien. Cette &#233;quation &#224; je ne sais combien d'inconnues.
&lt;br /&gt;&#8212; Bien s&#251;r que &#231;a va &#234;tre impossible, r&#233;pond le Baron. Mais tu te souviens de la phrase : ils ne savaient pas que c'&#233;tait impossible, alors ils l'ont fait.
&lt;br /&gt;&#8212; Sauf que moi je sais que c'est impossible.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais non ! Tu sais que c'est difficile, mais tu crois, au fond, tu crois que c'est possible. Sinon on ne serait pas l&#224;. &#192; marcher sous la neige pour aller chercher la toute premi&#232;re promesse de signature de maire... Pourquoi depuis le d&#233;but tu es capable d'y croire, &#224; ton avis ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pff... Honn&#234;tement je n'en sais rien. Sans doute parce que je suis un peu m&#233;galomane sur les bords.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu es certainement m&#233;galo. Mais on ne se lance pas dans une entreprise aussi difficile simplement parce qu'on est m&#233;galo. Ce qui s'est pass&#233;, c'est que justement, avec ton sacr&#233; cerveau furieux, tu as r&#233;ussi &#224; poser les termes d'une &#233;quation qui peut &#234;tre r&#233;solue. L'utopie, oui. La r&#233;alit&#233;, oui, aussi. Les deux ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1817.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;560&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. L'&#233;quipe a d'ailleurs publi&#233; un bouquin sur le mouvement aux &#233;ditions du Chien Rouge, &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, de S&#233;bastien Navarro, qui ne roule pas en SUV. [NDLR]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thiers : &#171; Ce spectacle affreux servira de le&#231;on&#8230; &#187;</title>
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		<dc:date>2021-03-22T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Le dimanche 28 mai 1871, la derni&#232;re barricade de la Commune c&#232;de &#224; 13 heures dans le bas de Belleville, au terme de ce qui restera pour l'histoire la Semaine sanglante. &#201;tonnamment, ce bain de sang abominable n'a &#233;t&#233; que peu &#233;tudi&#233; avec m&#233;thode. Mich&#232;le Audin revient sur cette lacune. Depuis une dizaine d'ann&#233;es, les travaux de l'historien anglais Robert Tombs ont eu tendance &#224; revoir consid&#233;rablement &#224; la baisse le bilan humain de la r&#233;pression, ouvrant le champ &#224; une nouvelle bataille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dimanche 28 mai 1871, la derni&#232;re barricade de la Commune c&#232;de &#224; 13 heures dans le bas de Belleville, au terme de ce qui restera pour l'histoire la Semaine sanglante. &#201;tonnamment, ce bain de sang abominable n'a &#233;t&#233; que peu &#233;tudi&#233; avec m&#233;thode. Mich&#232;le Audin revient sur cette lacune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis une dizaine d'ann&#233;es, les travaux de l'historien anglais Robert Tombs&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; cela, sa synth&#232;se sur la Commune reste un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ont eu tendance &#224; revoir consid&#233;rablement &#224; la baisse le bilan humain de la r&#233;pression, ouvrant le champ &#224; une nouvelle bataille de chiffres. Dans un petit ouvrage intitul&#233;&lt;i&gt; La Semaine sanglante. mai 1871. L&#233;gendes et comptes&lt;/i&gt; (Libertalia, 2021), l'&#233;crivaine Mich&#232;le Audin&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre le site in&#233;puisable MaCommuneDeParis.com qu'elle anime, elle est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; revient sur cet &#233;pisode et quelques l&#233;gendes qui l'ont accompagn&#233;. Abordant la question du d&#233;compte des victimes, elle conclut que les &#171; &lt;i&gt;&#233;valuations plus hautes, autour de 15 000 ou 20 000 morts, ne sont pas exag&#233;r&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Aussi, rappelle-t-elle, &#171; &lt;i&gt;il ne s'agit pas de se jeter des crimes et des cadavres &#224; la t&#234;te, mais de consid&#233;rer les &#234;tres humains qu'ont &#233;t&#233; ces cadavres avec respect, de ne pas les laisser dispara&#238;tre encore une fois&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; 40 000 fusill&#233;s &#187;, &#171; 30 000 &#187;, &#171; 25 000 &#187;, &#171; 17 000 &#187;, &#171; 12 000 &#187;, &#171; entre 5 700 et 7 400 &#187;, etc. &#192; quoi correspondent les diff&#233;rents bilans de la Semaine sanglante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a eu que deux &#171; compteurs &#187;, Maxime Du Camp et Camille Pelletan, &#224; la fin des ann&#233;es 1870, pendant le d&#233;bat sur l'amnistie des communards. Le premier, &#233;crivain et historien r&#233;actionnaire, inform&#233; par la direction des cimeti&#232;res, compte 6 500 morts. Le deuxi&#232;me, journaliste radical, &#224; la suite d'une longue enqu&#234;te, arrive &#224; environ 30 000. De retour de d&#233;portation ou d'exil, les communards adoptent ce nombre. Puis plus personne ne compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2010, Robert Tombs produit de nouvelles &#233;valuations basses. Comme le dit un encadr&#233; d'un de ses articles dans un hors-s&#233;rie r&#233;cent du magazine &lt;i&gt;L'Histoire,&lt;/i&gt; il a compt&#233; les morts dans les registres d'inhumation des 17 cimeti&#232;res parisiens, du 20 au 30 mai. Maxime Du Camp aussi s'&#233;tait limit&#233; &#224; ces dates. M&#234;me m&#233;thode, m&#234;me r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne suffit pas. Je ne donne qu'un exemple : le 31 mai, le registre du cimeti&#232;re Montmartre montre 492 cadavres d'inconnus&#8230; et voil&#224; 500 morts de moins pour ces &#171; compteurs &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle m&#233;thodologie et quelles sources in&#233;dites avez-vous utilis&#233;es pour vos estimations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai consult&#233; les registres d'inhumation, mis en ligne par les archives de Paris. Mais, s'il y a bien 17 cimeti&#232;res parisiens, il n'y a pas 17 registres. Par exemple, au petit cimeti&#232;re de Bercy, d'apr&#232;s le t&#233;moignage d'&#233;poque d'un adjoint au maire du 12&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, au moins 400 corps d'inconnus sans actes de d&#233;c&#232;s ont &#233;t&#233; inhum&#233;s, mais aucun registre n'a &#233;t&#233; conserv&#233;. D'autre part, la fa&#231;on d'inscrire &#8212; ou pas &#8212; les corps d'inconnus variait selon les cimeti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ouvert, aux archives de Paris, des cartons de la direction des cimeti&#232;res et du service de la voirie. L&#224; j'ai appris beaucoup, notamment sur la question des exhumations-r&#233;inhumations. Dans l'urgence, beaucoup de corps avaient &#233;t&#233; inhum&#233;s sur les berges de la Seine, dans les squares, les chantiers, les casemates des fortifications, le bois de Boulogne&#8230; La th&#233;orie des compteurs &#171; minimisants &#187; est que tous ces corps ont &#233;t&#233; imm&#233;diatement exhum&#233;s et emport&#233;s dans les cimeti&#232;res. Pourtant, une lettre de l'inspecteur g&#233;n&#233;ral des cimeti&#232;res d&#233;crit, le 16 juillet, ces cadavres de personnes tu&#233;es en mai dans la chaleur de l'&#233;t&#233;&#8230; Il est forc&#233; d'arr&#234;ter les exhumations &#8212; ce n'&#233;tait donc pas termin&#233;. J'ai retrouv&#233; aussi des factures pour les grandes quantit&#233;s d'eau-de-vie qu'il a fallu donner aux ouvriers qui faisaient ce travail&#8230; Les archives confirment donc que tous les corps ne sont pas arriv&#233;s tout de suite dans les cimeti&#232;res. Et n'ont donc pas &#233;t&#233; d&#233;compt&#233;s. D'ailleurs, on a trouv&#233; des ossements de f&#233;d&#233;r&#233;s dans le sous-sol parisien jusque vers 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais confin&#233;e &#224; Strasbourg une partie du temps pendant lequel j'ai &#233;crit ce livre. C'est gr&#226;ce &#224; l'aide de [&lt;i&gt;l'historien&lt;/i&gt;] Maxime Jourdan &#224; Paris que j'ai pu utiliser un document du service historique de la D&#233;fense, dans lequel l'arm&#233;e avait recens&#233; un certain nombre de personnes recherch&#233;es, qui en fait avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es. L'arm&#233;e y reconnaissait elle-m&#234;me des ex&#233;cutions dans les ambulances, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; des chiffres, vous &#233;voquez les &#171; l&#233;gendes &#187; de la Semaine sanglante. Comment travaille-t-on sur l'arch&#233;ologie d'une l&#233;gende ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une l&#233;gende est un fait imaginaire, ou d&#233;form&#233;, que l'on croit (ou que certains croient) r&#233;el. Par exemple, l'existence, en bas de Montmartre le 23 mai, d'une barricade tenue par des femmes, est ni&#233;e par Tombs qui parle des &#171; &lt;i&gt;narrations romanc&#233;es faites par Lissagaray&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acteur et t&#233;moin de l'insurrection, le journaliste publie en 1876 la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Et il y a une telle &#171; l&#233;gende dor&#233;e&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; de la Commune, notamment autour des femmes, que cette n&#233;gation pouvait para&#238;tre plausible. Mais le plus simple est de rechercher la premi&#232;re apparition de ce fait. Il se trouve que j'ai beaucoup lu le &lt;i&gt;Journal officiel &lt;/i&gt;publi&#233; par la Commune, et en particulier un article paru&#8230; dans le tout dernier num&#233;ro de ce journal, le 24 mai. Un journaliste raconte avoir &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; &#224; cette fameuse barricade. C'est imm&#233;diat ! Il n'a pas eu le temps d'inventer. D'ailleurs la &#171; narration romanc&#233;e&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; de Lissagaray, m&#234;me si elle est publi&#233;e plus tard, reprend cet article mot pour mot. Apr&#232;s, je n'ai pas eu de mal &#224; trouver d'autres confirmations. Oui, il y a eu une barricade tenue par des femmes&#8230; et il y a eu aussi des femmes sur bien d'autres barricades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement des faits omis, oubli&#233;s, voire ni&#233;s. C'est le cas des viols. Le contexte des perquisitions, ratissages et massacres en toute impunit&#233; de la Semaine sanglante s'y pr&#234;tait particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La difficult&#233; &#224; dresser un bilan macabre pour la Commune renvoie aux massacres coloniaux (S&#233;tif et Guelma en 1945 ou Madagascar en 1947-48). On pense aux controverses autour des chiffres des morts de la r&#233;pression du 17 octobre 1961. Ce parall&#232;le a-t-il r&#233;sonn&#233; en vous lors de vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, si je pense d'abord, &#224; cause du r&#244;le de police jou&#233; par l'arm&#233;e, &#224; la bataille d'Alger en 1957, j'ai pens&#233; aussi au 17 octobre 1961. J'y ai &#233;t&#233; aid&#233;e par l'apparition inattendue, dans ma recherche, de Brigitte Lain&#233;, qui est l'auteure d'un article sur les morts de la Semaine sanglante dans les registres d'&#233;tat civil du 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement. Mais elle est surtout l'archiviste qui a t&#233;moign&#233; au proc&#232;s en diffamation intent&#233; par Papon &#224; Jean-Luc Einaudi&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;c&#233;d&#233; en 2014, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de La Bataille de Paris. 17 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#224; propos du 17 octobre. Elle et son coll&#232;gue Philippe Grand ont appuy&#233; Einaudi &#224; l'aide de ce qu'ils avaient observ&#233; dans les archives auxquelles il n'avait pas eu acc&#232;s. L'historien a gagn&#233; son proc&#232;s, mais les archivistes ont &#233;t&#233; sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois deux &#233;tapes dans ces massacres. D'abord le terrorisme de l'&#201;tat. Il faut faire peur. Comme l'a dit Thiers pendant la Semaine sanglante : &lt;i&gt;&#171; Le sol de Paris est jonch&#233; de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de le&#231;on, il faut l'esp&#233;rer, aux insurg&#233;s qui osaient se d&#233;clarer partisans de la Commune. &#187;&lt;/i&gt; Massacre de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le d&#233;ni. Il ne faut pas que les vaincus deviennent des martyrs. Le sol de Paris &#233;tait jonch&#233; de leurs cadavres, mais ils n'&#233;taient que 6 500. Les ordres de grandeur sont diff&#233;rents, mais les 38 morts officiels contre les 200 probables&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Note de la r&#233;daction] La derni&#232;re &#233;tude de 2006, r&#233;alis&#233;e par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; du 17 octobre sont dans le m&#234;me rapport que les 6 500/30 000 de la Semaine sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance dans le temps facilite l'acc&#232;s aux archives et permet de voir comment celles-ci ont pu &#234;tre, d&#232;s l'origine, manipul&#233;es, voire falsifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par M. L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Marquis aux talons rouges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La sinistre figure du g&#233;n&#233;ral Galliffet reste associ&#233;e &#224; la Semaine sanglante. Louise Michel raconte comment il fait tirer sur une foule de prisonniers sans d&#233;fense : &#171; &lt;i&gt;C'est moi qui suis Galliffet ! Vous me croyez bien cruel, gens de Montmartre, je le suis plus encore que vous ne pensez.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post&#233;rit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Pour se prendre pour Jules Vall&#232;s, il faut avoir son Galliffet&lt;/i&gt; &#187;, aurait d&#233;clar&#233; le pr&#233;fet Didier Lallement par provocation lors de sa nomination par Macron en pleine crise des Gilets jaunes. L'histoire est peupl&#233;e de dangereux b&#233;gayeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3594 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L445xH720/-1737-7080c.jpg?1779602972' width='445' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien fait partie du dossier &#171; La commune is not dead &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 196 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Malgr&#233; cela, sa synth&#232;se sur la Commune reste un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : &lt;i&gt;Paris, bivouac des r&#233;volutions, &lt;/i&gt;Libertalia, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Outre le site in&#233;puisable &lt;i&gt;MaCommuneDeParis.com &lt;/i&gt;qu'elle anime, elle est l'auteure de plusieurs r&#233;cits aux &#233;ditions Gallimard : &lt;i&gt;Comme une rivi&#232;re bleue&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; une vie br&#232;ve&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Oublier Cl&#233;mence&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;Jos&#233;e Meunier. 19, rue des Juifs &lt;/i&gt;(&#224; para&#238;tre le 11 mars).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acteur et t&#233;moin de l'insurrection, le journaliste publie en 1876 la premi&#232;re &#233;dition de sa fameuse &lt;i&gt;Histoire de la Commune de 1871,&lt;/i&gt; consid&#233;r&#233;e comme le classique de chez classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;c&#233;d&#233; en 2014, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de &lt;i&gt;La Bataille de Paris. 17 octobre 1961 &lt;/i&gt;(Seuil, 1991). Brigitte Lain&#233; est morte en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;[&lt;i&gt;Note de la r&#233;daction&lt;/i&gt;] La derni&#232;re &#233;tude de 2006, r&#233;alis&#233;e par les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster, se refuse &#224; arr&#234;ter un chiffre pr&#233;cis sur le 17 octobre, qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un pic d'une r&#233;pression &#233;tendue sur deux mois pendant lesquels &lt;i&gt;&#171; bien plus de 120 Alg&#233;riens furent assassin&#233;s par la police en r&#233;gion parisienne &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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		<title>Justice restaurative, justice transformative : des alternatives ?</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Pour &#233;viter les d&#233;g&#226;ts humains caus&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal ou simplement pallier certaines de ses insuffisances, de nouvelles formes de justice ont &#233;clos dans le monde anglo-saxon. Souvent bas&#233;s sur un dialogue impliquant l'auteur des violences, la victime et leurs proches, ces mod&#232;les visent &#224; &#171; gu&#233;rir &#187; les uns comme les autres, &#224; &#171; restaurer &#187; les liens sociaux bris&#233;s voire &#224; transformer le contexte social ayant permis l'agression. Explications avec l'universitaire Gwenola Ricordeau, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/justice-penale" rel="tag"&gt;justice p&#233;nale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peine" rel="tag"&gt;peine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour &#233;viter les d&#233;g&#226;ts humains caus&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal ou simplement pallier certaines de ses insuffisances, de nouvelles formes de justice ont &#233;clos dans le monde anglo-saxon. Souvent bas&#233;s sur un dialogue impliquant l'auteur des violences, la victime et leurs proches, ces mod&#232;les visent &#224; &#171; gu&#233;rir &#187; les uns comme les autres, &#224; &#171; restaurer &#187; les liens sociaux bris&#233;s voire &#224; transformer le contexte social ayant permis l'agression. Explications avec l'universitaire Gwenola Ricordeau, qui milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH509/-1718-8fa33.jpg?1780113226' width='500' height='509' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Pour elles toutes. Femmes contre la prison&lt;/i&gt; (Lux, 2019), Gwenola Ricordeau critiquait vertement le syst&#232;me p&#233;nal, incapable de pr&#233;venir les violences faites aux femmes et g&#233;n&#233;rant divers autres drames &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'entretien qu'elle nous avait accord&#233; au printemps dernier : &#171; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. D&#233;veloppant l'id&#233;e d'un f&#233;minisme anticarc&#233;ral, elle &#233;voquait &#224; la fin de l'ouvrage quelques pistes d'alternatives &#224; la justice punitive. Dans l'entretien qui suit, l'essayiste porte un regard int&#233;ress&#233; sur le mod&#232;le de la &#171; justice transformative &#187;, pratiqu&#233;e en dehors des institutions &#233;tatiques, au sein de communaut&#233;s sociales qui &#171; &lt;i&gt;ne b&#233;n&#233;ficient pas ou mal de la protection de la police et de la justice p&#233;nale&lt;/i&gt; &#187;. Elle est en revanche beaucoup plus critique &#224; l'&#233;gard de la &#171; justice restaurative &#187;, qui vient souvent compl&#233;ter l'univers p&#233;nal et carc&#233;ral en y apportant un &#171; &lt;i&gt;suppl&#233;ment d'&#226;me&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University, Chico (&#201;tats-Unis), Gwenola Ricordeau publiera en mai prochain &lt;i&gt;Crimes, peines. Penser avec l'abolitionnisme p&#233;nal &lt;/i&gt;(&#233;dition Grevis), autour de trois textes de Nils Christie, Louk Hulsman et Ruth Morris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le syst&#232;me p&#233;nal, la peine (dont la peine de prison) a plusieurs fonctions : la dissuasion (&#171; par peur de subir cette peine, on ne commettra pas d'infraction &#187;), la r&#233;tribution (&#171; la personne qui a outrepass&#233; la loi doit payer sa faute &#187;), la r&#233;habilitation (&#171; la peine permet &#224; l'auteur&#183;e de l'infraction de s'amender &#187;) et l'&#233;limination (&#171; pendant qu'elle est en prison, cette personne ne menace plus la soci&#233;t&#233; &#187;). Dans &lt;i&gt;Pour elles toutes&lt;/i&gt;, tu expliques que les peines remplissent mal ces fonctions. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dissuasion fonctionne mal puisque certains crimes (comme les viols) sont commis massivement. De plus, la &#8220;peur de la peine&#8221; fonctionne &#233;galement assez mal sur les personnes qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233;es : c'est l'objet des d&#233;bats sur la r&#233;cidive. Celle-ci prouve, du m&#234;me coup, que la peine est assez peu efficace en termes de &#8220;r&#233;habilitation&#8221; des personnes condamn&#233;es. En fait, la peine peut procurer une forme de r&#233;tribution, et donc d'&#233;quivalence entre le tort commis et la peine subie, ce qui est assez proche de la notion de vengeance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cela r&#233;pond aux besoins des victimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour r&#233;pondre &#224; cette question, je trouve pratique de partir de l'&#233;num&#233;ration qu'a faite l'abolitionniste Ruth Morris des cinq besoins des victimes : obtenir des r&#233;ponses &#224; leurs questions sur les faits ; voir leur pr&#233;judice reconnu ; &#234;tre en s&#233;curit&#233; ; pouvoir donner un sens &#224; ce qu'elles ont subi ; obtenir r&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, on peut notamment souligner que parfois, le prononc&#233; d'une peine donne &#224; une victime un sentiment de reconnaissance &#8211; mais les auteur&#183;es ne sont pas toujours poursuivi&#183;es, ni condamn&#233;&#183;es&#8230; Le proc&#232;s p&#233;nal n'est pas toujours propice &#224; l'obtention de la v&#233;rit&#233; &#8211; on parle d'ailleurs de &#8220;v&#233;rit&#233; judiciaire&#8221;. Et puis, si le prononc&#233; d'une peine d'incarc&#233;ration peut donner &#224; certaines victimes un sentiment de s&#233;curit&#233;, celui-ci est souvent provisoire &#8211; sans oublier que la victimation, notamment dans les cas les plus graves, s'accompagne g&#233;n&#233;ralement de peurs et de vuln&#233;rabilit&#233;s qui ne sont pas r&#233;solues en enfermant simplement un&#183;e auteur&#183;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'une justice punitive est tellement ancr&#233;e en nous qu'on a du mal &#224; imaginer que d'autres mod&#232;les ont exist&#233;. Pourtant, pendant des mill&#233;naires, des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res ont fonctionn&#233; sans prison et utilis&#233; d'autres modes de r&#233;solution des conflits...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toutes les soci&#233;t&#233;s ont des modes de r&#233;solution des conflits et des mani&#232;res de r&#233;pondre aux comportements qui ne se conforment pas aux normes ou aux lois. Mais, &#224; l'&#233;chelle de l'histoire de l'humanit&#233;, la prison est anecdotique, au contraire du recours &#224; la punition, au ch&#226;timent. D'ailleurs, l'av&#232;nement de la prison a &#233;t&#233; vu, en Occident, comme une innovation plut&#244;t progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective tr&#232;s globale permet de souligner qu'avec le syst&#232;me p&#233;nal, c'est l'&#201;tat qui d&#233;cide de ce que sont les infractions. Le criminologue norv&#233;gien Nils Christie, dans son article &#8220;Conflicts as property&#8221; (1977) a une analyse devenue c&#233;l&#232;bre dans le champ de la critique du syst&#232;me p&#233;nal : il &#233;crit que ce syst&#232;me &#8211; et avec lui toute une arm&#233;e de professionnel&#183;les (avocat&#183;es, juges, policiers et polici&#232;res, etc.) &#8211; nous &#8220;d&#233;poss&#232;de&#8221; de nos conflits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu milites pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal. Ce qui suppose de trouver d'autres r&#233;ponses aux agressions et autres situations probl&#233;matiques. Quelles pistes explorer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut commencer par une &#233;vidence, souvent rappel&#233;e par les abolitionnistes : la plupart des &#8220;situations-probl&#232;mes&#8221; &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression d&#233;signe toutes les situations que des personnes consid&#232;rent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, pour reprendre l'expression de l'abolitionniste n&#233;erlandais Louk Hulsman, sont r&#233;solues en dehors du syst&#232;me p&#233;nal. &#192; l'&#233;chelle individuelle, nous avons des comp&#233;tences qui nous permettent, dans beaucoup de situations (m&#234;me en cas de violences physiques), de ne pas recourir &#224; la police ou &#224; la justice. Et c'est souvent avec les personnes qui nous sont les plus proches que nous avons le plus de r&#233;pugnance &#224; recourir au syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des propositions abolitionnistes est le d&#233;veloppement de ressources qui permettent de s'autonomiser du syst&#232;me p&#233;nal (par exemple, pour ne pas avoir &#224; appeler la police dans une situation de danger) et la mise en place de formes de justice qui privil&#233;gient la m&#233;diation, la r&#233;conciliation et la gu&#233;rison (de la victime, mais aussi de la communaut&#233;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'alternative la plus connue au syst&#232;me p&#233;nal est ce qu'on appelle la justice restaurative...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne s'agit pas d'une &#8220;alternative&#8221; au syst&#232;me p&#233;nal, mais laissons pour le moment cette question de c&#244;t&#233; ! L'expression &#8220;justice restaurative&#8221; a commenc&#233; &#224; &#234;tre employ&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1970, mais on consid&#232;re souvent que sa fondation date de la publication en 1990 de &lt;i&gt;Changing Lenses : A New Focus for Crime and Justice&lt;/i&gt; par Howard Zehr, un criminologue &#233;tats-unien membre de l'&#201;glise mennonite, un mouvement chr&#233;tien anabaptiste &#233;vang&#233;lique. Howard Zehr est g&#233;n&#233;ralement vu comme le &#8220;p&#232;re fondateur&#8221; de la justice restaurative et l'&#201;glise mennonite a beau&#8202;coup particip&#233; &#224; sa diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Howard Zehr, le syst&#232;me p&#233;nal pose trois questions : &#8220;Quelle est l'infraction ?&#8221; ; &#8220;Qui est l'auteur&#183;e ?&#8221; ; et &#8220;Comment faut-il le / la punir ?&#8221; Avec la justice restaurative, d'autres questions sont pos&#233;es : &#8220; Qui souffre ? &#8221; ; &#8220; Comment gu&#233;rir ceux ou celles qui souffrent ? &#8221; ; &#8220; Quels sont leurs besoins ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice restaurative consid&#232;re le crime comme une atteinte &#224; une personne et &#224; des liens sociaux &#8211; &#224; la diff&#233;rence de la justice p&#233;nale qui le consid&#232;re comme une atteinte au droit et, dans une moindre mesure, &#224; une personne. Outre la reconnaissance de sa responsabilit&#233; par l'auteur&#183;e, la justice restaurative vise &#224; ce que la victime obtienne r&#233;paration (c'est pourquoi on parle parfois de &#8220;justice r&#233;paratrice&#8221;) et &#224; &#8220;restaurer&#8221; les liens sociaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, par quelles modalit&#233;s s'exerce la justice restaurative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles sont nombreuses. Les plus connues sont sans doute les rencontres entre auteurs et victimes et les conf&#233;rences familiales (auxquelles les proches d'une personne participent pour l'accompagner dans la r&#233;solution d'un tort qu'elle a commis). On peut aussi citer les cercles de soutien et de responsabilit&#233;, mis en &#339;uvre au milieu des ann&#233;es 1990 au Canada, puis d&#233;velopp&#233;s aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni : il s'agit de b&#233;n&#233;voles qui s'engagent aupr&#232;s de personnes condamn&#233;es pour des d&#233;lits ou crimes sexuels, mais cet accompagnement peut &#234;tre mis en place aussi pour des personnes qui craignent de passer &#224; l'acte. L'id&#233;e est de les &#8220;entourer&#8221; socialement afin de pr&#233;venir certains passages &#224; l'acte, notamment en cr&#233;ant une vigilance autour de facteurs possiblement d&#233;clencheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Z&#233;lande ont &#233;galement mis en place des dispositifs comme les loges de gu&#233;rison, qui sont des structures p&#233;nitentiaires int&#233;grant des enseignements et rituels autochtones. On peut aussi &#233;voquer les cercles de sentence et les conf&#233;rences communautaires, qui permettent la participation de la communaut&#233; lorsqu'un pr&#233;judice est commis, parfois avant une condamnation, ou apr&#232;s, ou m&#234;me en dehors de toute sanction p&#233;nale. Ils reproduisent certains fonctionnements et pratiques culturelles de divers peuples autochtones de ces pays et reposent sur des principes de conciliation et de r&#233;paration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3574 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH503/-1719-c8e64.jpg?1780113226' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est le d&#233;veloppement de la justice restaurative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France, la mise en place de proc&#233;dures de justice restaurative fait suite &#224; la loi du 15 ao&#251;t 2014 (&#8220;loi Taubira&#8221;). C'est assez tardif au regard de son rapide d&#233;veloppement &#224; partir des ann&#233;es 1990. Au Canada, il y a maintenant plusieurs centaines de programmes de ce type. Aux &#201;tats-Unis, dans au moins une trentaine d'&#201;tats, le syst&#232;me judiciaire int&#232;gre des dispositifs de justice restaurative. Ces programmes sont souvent destin&#233;s en priorit&#233; aux auteur&#183;es mineur&#183;e s ou pour traiter des actes consid&#233;r&#233;s comme les moins graves (d&#233;gradations, vols simples, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la justice restaurative est aussi d&#233;ploy&#233;e dans certaines &#233;coles, pour remplacer le syst&#232;me classique des punitions (notamment les exclusions) et des conseils de discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le d&#233;veloppement de la justice restaurative se traduit par l'&#233;closion d'un vaste secteur &#233;conomique qui propose des formations, de l'expertise, notamment aupr&#232;s d'institutions comme les &#233;coles, mais aussi d'entreprises qui veulent changer leurs valeurs et leurs pratiques. Ce secteur profite du d&#233;ploiement par le syst&#232;me p&#233;nal de la justice restaura&#8202;tive et de ces nouveaux march&#233;s qui s'ouvrent &#224; lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'apporte-t-elle de plus que la r&#233;ponse p&#233;nale classique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La justice p&#233;nale se d&#233;sint&#233;resse des besoins des victimes &#8211; comme, du reste, de ceux des auteur&#183;es. La justice restaurative permet donc de r&#233;pondre &#224; certains de ces besoins : par exemple, le besoin de v&#233;rit&#233;, de reconnaissance ou de sens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portes-tu sur la justice restaurative et son d&#233;veloppement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un regard assez n&#233;gatif&#8230; D'abord, je partage la critique que fait Ruth Morris &#224; la justice restaurative : celle-ci repose sur un implicite, la possibilit&#233; de &#8220;restaurer&#8221; ce qui a &#233;t&#233; d&#233;truit. Ce qui n'est &#233;videmment pas toujours possible. Et puis, elle n'est pas arm&#233;e pour r&#233;pondre &#224; des injustices structurelles, comme le capitalisme, le patriarcat ou le racisme. En bref, elle ne permet pas de sortir de la d&#233;finition des infractions par le droit p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue abolitionniste, il faut aussi souligner la capacit&#233; de la justice restaurative &#224; &#234;tre facilement &#8220;r&#233;cup&#233;r&#233;e&#8221; par la justice p&#233;nale. Ce que prouve son int&#233;gration dans la politique p&#233;nale de nombreux pays, une int&#233;gration qui peut se traduire par un suppl&#233;ment de peines pour les auteur&#183;es. Des programmes de justice restaurative sont mis en place dans certaines prisons (on parle m&#234;me de &#8220;&lt;i&gt;restorative prisons&lt;/i&gt;&#8221;) et peuvent inclure des personnes condamn&#233;es &#224; mort. &#199;a n'a donc rien d'une &#8220;alternative&#8221;&#8230; La justice restaurative n'est, par d&#233;finition, ni oppos&#233;e &#224; l'existence de la prison, ni &#224; la peine et &#224; son caract&#232;re r&#233;tri&#8202;butif. Elle vient &#8220;combler&#8221; ce qu'elle consid&#232;re comme une lacune du syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promotion de la justice restau&#8202;rative fait partie des strat&#233;gies de la justice p&#233;nale pour incorporer certaines critiques qui lui sont faites, par exemple sur son caract&#232;re r&#233;tributif. Ces programmes de justice restaurative sont le suppl&#233;ment d'&#226;me du syst&#232;me p&#233;nal. Et ce n'est sans doute pas une co&#239;ncidence que la justice restaurative ait connu un tel essor dans des colonies de peuplement (Canada, Australie, Nouvelle-Z&#233;lande, &#201;tats-Unis) o&#249; elle a &#233;t&#233; promue comme une mani&#232;re de r&#233;pondre aux injustices sp&#233;cifiques subies par les populations autochtones. C'est un am&#233;nagement qui permet de laisser hors discussion le r&#244;le que joue la justice p&#233;nale dans l'imposition de l'ordre colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice restaurative soul&#232;ve d'autres questions, comme son efficacit&#233; &#8211; m&#234;me si cela ouvre d'autres d&#233;bats sur ce qu'on peut entendre par &#8220;efficacit&#233;&#8221;. Toujours est-il que de nombreuses f&#233;ministes ont &#233;mis des r&#233;serves sur les proc&#233;dures de justice restaurative en mati&#232;re de prise en charge des violences contre les femmes et notamment les violences conjugales. Elles ont soulign&#233; que la justice restau&#8202;rative ne prot&#232;ge pas toujours bien les victimes en raison des dynamiques propres &#224; ce type de violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Pour elles toutes&lt;/i&gt;, tu parles &#233;galement de la justice transformative. En quoi diff&#232;re-t-elle de la justice restaurative ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la critique de la justice restaurative qui a amen&#233; Ruth Morris &#224; conceptualiser la justice transformative, notamment dans son livre &lt;i&gt;Stories of Transformative Justice &lt;/i&gt;(2000). Certes, il y a eu depuis d'autres r&#233;flexions, avec notamment l'ouvrage de Ching-In Chen, Jai Dulani et Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha, &lt;i&gt;The Revolution Starts at Home : Confronting Intimate Violence within Activist Communities&lt;/i&gt; (2011), mais le point de d&#233;part, c'est bien la critique de la justice restaurative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux justices p&#233;nale et restaurative, la justice transformative ne voit pas le &#8220;probl&#232;me&#8221; comme commen&#231;ant avec le crime, mais avec les conditions sociales qui l'ont rendu possible. Elle vise donc la &#8220;transformation&#8221; de la soci&#233;t&#233;. Elle promeut la &#8220;gu&#233;rison&#8221; de la victime, mais aussi de l'auteur&#183;e et de la communaut&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel cadre s'exerce-t-elle aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pratiques de justice transformative se sont d&#233;velopp&#233;es au d&#233;but des ann&#233;es 2000 pour l'essentiel en Am&#233;rique du Nord. Parmi les plus connus des collectifs qui la pratiquent, il y a Creative Interventions, fond&#233; en 2004 &#224; Oakland (Californie), qui se focalise sur les violences domestiques et familiales et les pr&#233;judices sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la justice restaurative, la justice transformative est mise en place par des b&#233;n&#233;voles et s'est pratiqu&#233;e, au d&#233;part, essentiellement dans des communaut&#233;s qui, de toute mani&#232;re, ne b&#233;n&#233;ficient pas ou mal de la protection de la police ou de la justice p&#233;nale, comme les communaut&#233;s africaines-am&#233;ricaines ou d'autres minorit&#233;s ethniques, parmi les travailleuses et travailleurs du sexe, des personnes sans titre de s&#233;jour valide, les communaut&#233;s LGBTQ, handies &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; handicap&#233;es &#187;.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, etc.
Beaucoup de groupes de justice transformative s'appuient sur le concept de &#8220;responsabilit&#233; communautaire&#8221;, d'abord formul&#233; par le collectif Incite !. La mise en &#339;uvre de la responsabilit&#233; communautaire comporte quatre aspects : le soutien &#224; la personne survivante, sa s&#233;curit&#233; et son autod&#233;termination ; la responsabilit&#233; de l'agresseur et son changement de comportement ; les changements communautaires en faveur de valeurs et de pratiques non oppressives et non violentes ; les changements politiques et structurels des conditions qui permettent au pr&#233;judice de se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, cela requiert le consentement de l'auteur&#183;e et c'est pour cela que l'implication communautaire est importante : les proches de l'auteur&#183;e ont un r&#244;le crucial pour le convaincre de prendre ses responsabilit&#233;s et pour s'assurer qu'il tient ensuite ses engagements. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, comment peut &#234;tre pris en charge un agresseur dans un processus de justice transformative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela d&#233;pend des besoins des victimes, de l'auteur&#183;e et de la communaut&#233;. Donc il n'y a pas une proc&#233;dure-type. Mais il y a des principes sur lesquels repose le processus : &#224; commencer par le fait que toutes les victimes n'ont pas besoin d'une proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, cela commence par une identification des personnes qui vont s'engager dans ce processus (au-del&#224; de la victime, de l'auteur et des proches volontaires). Les facilitateurs et facilitatrices de ces proc&#233;dures ont diverses mani&#232;res de faire, mais il existe beaucoup d'activit&#233;s qui permettent de formaliser les besoins des participant&#183;es. Le but &#233;tant que les auteur&#183;es s'engagent &#224; se &#8220;transformer&#8221;, mais avec un soutien communautaire. C'est donc un processus long et collectif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les justices restaurative et transformative pourraient-elles s'appliquer &#224; tous les crimes et d&#233;lits, &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a plusieurs mani&#232;res de r&#233;pondre &#224; cette question. D'abord, on peut relever que la justice restau&#8202;rative a &#233;t&#233; utilis&#233;e dans toutes sortes de situation, notamment pour r&#233;pondre &#224; des crimes de masse, par exemple dans l'Afrique du Sud post-apartheid ou au Rwanda apr&#232;s le g&#233;nocide des Tutsis &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1995, l'Afrique du Sud cr&#233;a une commission &#171; V&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on peut dire que les crimes et les d&#233;lits sont des cat&#233;gories du droit p&#233;nal et que les pr&#233;judices que l'on subit ne rentrent pas toujours dans ces cat&#233;gories. Les victimes de ces pr&#233;judices ont n&#233;anmoins des besoins. Enfin, je crois que, contrairement &#224; certains pr&#233;jug&#233;s, c'est dans les cas les plus graves que la justice p&#233;nale montre son &#233;chec : elle est une r&#233;ponse bien trop simpliste &#224; la complexit&#233; des besoins des victimes et des efforts collectifs &#224; entreprendre pour que des faits similaires ne se reproduisent plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire l'entretien qu'elle nous avait accord&#233; au printemps dernier : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes &lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187, mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression d&#233;signe toutes les situations que des personnes consid&#232;rent comme &#171; ind&#233;sirables &#187;, et donc pas simplement ce que le droit p&#233;nal d&#233;finit comme une infraction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; handicap&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1995, l'Afrique du Sud cr&#233;a une commission &#171; V&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation &#187; devant laquelle t&#233;moign&#232;rent victimes et auteurs d'exactions durant les ann&#233;es d'apartheid. Il s'agissait d'exorciser les horreurs du pass&#233; sans forc&#233;ment passer par le p&#233;nal : la commission avait le pouvoir d'amnistier, mais pas celui de condamner. Au Rwanda, les juridictions &#171; Gacaca &#187; ont jou&#233; un r&#244;le &#224; la fois p&#233;nal et restauratif : ces tribunaux communautaires puisant dans des pratiques de justice traditionnelle pouvaient condamner mais &#233;taient encourag&#233;s &#224; se montrer cl&#233;ments envers les g&#233;nocidaires qui avouaient leur crime. Chaque villageois assistant aux audiences avait le droit d'y prendre la parole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pour l'h&#244;pital : de la maille, pas des m&#233;dailles !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pour-l-hopital-de-la-maille-pas</link>
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		<dc:date>2020-06-15T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Francesco Nocera, Iffik Le Guen, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>place</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons. En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-hopital" rel="tag"&gt;L'h&#244;pital&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1547-d2efd.jpg?1779602797' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la fatigue, le traumatisme des moments durs et une m&#233;fiance solide envers les fumeuses promesses du gouvernement. Une &#233;vidence : les probl&#232;mes structurels du service public de la sant&#233; demeurent. Une certitude : dans le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;, rien ne sera obtenu sans lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Prud'homme est infirmier anesth&#233;siste et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Force ouvri&#232;re aux H&#244;pitaux universitaires de Strasbourg. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La &#8220;m&#233;daille de l'engagement&#8221; serait de l'ordre du risible si la situation n'&#233;tait pas aussi s&#233;rieuse &#8211; ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe. Ce n'est pas faute d'avoir averti les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; depuis vingt ans. Ce que nous avons toujours revendiqu&#233;, ce sont justement des conditions de travail correctes. En clair : mettre fin &#224; la gestion &#224; flux tendu, &#233;puisante pour l'ensemble des personnels et qui a fait que la priorit&#233; aux soins a recul&#233; devant les logiques purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prime est une bonne chose et la revalorisation salariale annonc&#233;e ne peut que nous satisfaire. Il reste &#224; d&#233;couvrir ce que contiendra effectivement le plan S&#233;gur. Car si la question reste uniquement salariale, sans r&#233;ponse de fond, les probl&#232;mes de l'ensemble de la cha&#238;ne hospitali&#232;re publique resteront les m&#234;mes. L'h&#244;pital public a vu son financement ass&#233;ch&#233; par la baisse et le gel des cotisations sociales depuis des ann&#233;es. Des h&#244;pitaux ont d&#251; contracter des emprunts toxiques qui n'ont fait que d&#233;multiplier leurs difficult&#233;s. R&#233;sultat : les patients et les personnels en paient le prix aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Leurs annonces ne valent rien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille* est infirmi&#232;re aux urgences dans un h&#244;pital priv&#233; des Bouches-du-Rh&#244;ne. Fin mars, elle nous expliquait que la crise sanitaire &#233;tait le r&#233;sultat de choix politiques d&#233;sastreux. Deux mois plus tard, elle ne d&#233;col&#232;re pas. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous mes coll&#232;gues, je suis &#233;puis&#233;e. Fatigu&#233;e par le climat anxiog&#232;ne et par nos nouvelles conditions de travail : bosser avec un masque, transpirer dans ses couches de v&#234;tements, sa blouse et sa surblouse, puis se changer entre chaque patient. G&#233;rer l'anxi&#233;t&#233; des patients, augment&#233;e par l'interdiction des visites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais conna&#238;tre son emploi du temps d'une semaine sur l'autre, ne jamais pouvoir se projeter, &#231;a aussi c'est &#233;reintant. C'est l&#224; que tu te rends compte que la conscience professionnelle des soignants est dingue. Au mois de mai, j'ai travaill&#233; 180 heures et aucune n'a &#233;t&#233; pay&#233;e en heure suppl&#233;mentaire. Je n'ai pas non plus touch&#233; la prime Urgences alors que j'y travaille depuis plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre motif de fatigue : le cirque m&#233;diatique et les fausses r&#233;ponses politiques. Chez les soignants, on a us&#233; de l'&#233;nergie en s'&#233;nervant sur les discours autour des masques d'abord jug&#233;s inutiles, puis bient&#244;t obligatoires. On est dans une politique du spectacle : il y a eu des TGV et des avions affr&#233;t&#233;s, un h&#244;pital militaire parce que &#231;a fait bien &#224; la t&#233;l&#233;. Mais la base &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;ducation &#224; la sant&#233; publique, n'a pas &#233;t&#233; dispens&#233;e. Personne n'a vraiment expliqu&#233; aux gens comment se laver les mains, comment retirer un masque ou des gants. Il aurait fallu mettre en place des tentes en ext&#233;rieur dans lesquels des soignants auraient renseign&#233; sur la conduite &#224; tenir. Au lieu de &#231;a, on a eu droit &#224; des flashs info en boucle qui ont paniqu&#233; la population et ne lui ont pas permis de s'autonomiser. Pourtant, il y avait du personnel disponible pour &#231;a : les soignants dont les services avaient ferm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il faut d&#233;fendre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un h&#244;pital ne fonctionne pas sans brancardiers, sans aides-soignantes, sans travailleurs des services d'hygi&#232;ne. Ce qu'on veut, c'est la revalorisation de l'h&#244;pital entier. Et puis quand ils parlent d'une prime aux soignants, c'est qui pour eux les soignants ? Pourquoi cette prime ne concerne-t-elle que l'h&#244;pital ? L'aide-soignante en Ehpad ne l'a pas m&#233;rit&#233;e, peut-&#234;tre ? Cette prime, c'est pas ce qu'on demande, on n'en a d'ailleurs pas encore vu la couleur. Leurs annonces ne valent rien : le vendredi avant le d&#233;confinement ils ont enlev&#233; les renforts, des fois qu'on voudrait se reposer. Et puis aucun repr&#233;sentant des soignants n'a &#233;t&#233; invit&#233; pour pr&#233;parer leur grand plan S&#233;gur de la sant&#233;. Il n'y a que des PDG et des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, le gouvernement est en train d'essayer de casser le soutien aux soignants. La crise du Covid est arriv&#233;e sur fond de climat social tendu et elle a notamment mis un stop aux mobilisations des Gilets jaunes qui &#233;taient attentifs &#224; la question des soignants. Tout comme l'&#233;tait le mouvement contre la r&#233;forme des retraites. Quand le gouvernement annonce une prime de 1 500 &#8364; pour nous, c'est violent pour les personnes qui ont subi de plein fouet la crise sanitaire, qui n'ont plus de revenus ou sont pay&#233;es au Smic. Pareil pour le dispositif permettant aux travailleurs de nous offrir leurs cong&#233;s. Jamais on ne voudrait des cong&#233;s des gens ! Ils en remettent une couche en expliquant que la revalorisation des salaires des soignants va demander un effort &#224; tout le monde. En fait, ils sont en train de faire croire que les soignants sont devenus des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tirait la sonnette d'alarme depuis longtemps. Maintenant on n'en est plus l&#224; : c'est arriv&#233;. On a maltrait&#233; les soignants, donc maltrait&#233; les patients. Le bilan est dramatique. On compte les morts mais la souffrance, elle, n'est pas quantifiable. Dans les Ehpad ou dans les centres pour personnes handicap&#233;es, on a laiss&#233; les gens souffrir, voire mourir seuls. On les a abandonn&#233;s parce qu'on a tout mobilis&#233; sur la sant&#233; de ceux qui repr&#233;sentent la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il faut un recrutement massif, arr&#234;ter de traiter l'h&#244;pital comme une entreprise. Le fric est l&#224; mais ils l'injectent pour sauver Air France ou Renault. Je suis d&#233;go&#251;t&#233;e. Si &#231;a continue comme &#231;a, on va se retrouver avec un syst&#232;me de sant&#233; &#224; l'am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie* est &#233;tudiante infirmi&#232;re en Occitanie. &#201;puis&#233;e apr&#232;s deux mois intenses en service de r&#233;animation, elle estime qu'il n'y a rien &#224; attendre des promesses gouvernementales. Et que la lutte passera par la rue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette fin mai, tu es en arr&#234;t-maladie pour cause d'&#233;puisement. Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une sorte d'&#233;puisement psychique, ou &#233;motionnel. Je n'ai pas trop vu les choses venir : il y a eu ma &#8220;r&#233;quisition&#8221; ainsi que celle de mes camarades, la derni&#232;re semaine de mars, dans le service de r&#233;animation en tant que stagiaire &#8220;en renfort&#8221;. S'adapter &#224; une &#233;quipe en place n'est jamais facile &#8211; surtout quand certains titulaires m&#233;prisent les stagiaires &#8211; et encore moins dans ce contexte. Il y a eu de la tension en permanence, les restrictions de mat&#233;riel, ma propre peur, celle de mes proches, les malades en souffrance, les angoisses des familles&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien que &#171; stagiaire &#187;, tu as boss&#233; &#224; plein temps. &#192; quel tarif as-tu &#233;t&#233; pay&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon indemnit&#233; de stage &#233;tait de 38 &#8364; par semaine. Nous sommes en attente d'une augmentation de prime allou&#233;e par la R&#233;gion. Il a fallu des p&#233;titions et des pressions syndicales importantes pour &#234;tre reconnus comme &#8220;aidants&#8221; et non plus comme &#8220;esclaves&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels moments t'ont marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au niveau des choses positives, il y a eu tout ce qu'on a fait pour que l'humain ait sa place. Si les familles sont interdites en r&#233;a, il n'&#233;tait pas envisageable que la restriction de mat&#233;riel (masques, surblouses) pr&#233;vale sur la d&#233;tresse des patients et de leur famille. On s'est donc rapidement &#8220;arrang&#233;&#8221; pour que les patients gardent un contact avec leurs proches. Via les &#8220;visio&#8221; ou t&#233;l&#233;phones, mails et exceptionnellement des visites. Dans l'ensemble, notre &#233;quipe &#233;tait tr&#232;s soud&#233;e, avec de belles solidarit&#233;s. D'ailleurs, on a &#233;t&#233; nourris par des restos ou des gens de l'ext&#233;rieur pendant plusieurs semaines. Je garde aussi en t&#234;te le souvenir du premier patient sorti de r&#233;a avec une haie d'honneur sous nos applaudissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi eu des moments terribles. Par exemple la d&#233;tresse des patients qui arrivent encore conscients et pour qui r&#233;animation &#233;tait synonyme de mort. Les m&#233;dias hyper anxiog&#232;nes ont d'ailleurs bien contribu&#233; &#224; majorer leurs angoisses. Cela s'est traduit par des refus de soins, ce qui nous a demand&#233; beaucoup de patience et de n&#233;gociation. Et puis on recrachait un discours rassurant sans avoir aucun recul sur le coronavirus, ne sachant pas vers quoi nous allions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont d'apr&#232;s toi les le&#231;ons &#224; tirer de cette &#171; crise Covid &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sant&#233; est affaire de gros sous. Le gouvernement ne fera rien pour nous. Nous avons manifest&#233; sous les coups de la police pendant de longs mois auparavant. D&#233;j&#224; &#224; Nancy ou ailleurs, des suppressions de lits et de postes sont pr&#233;vues. Il n'y a rien &#224; attendre de ces politiques. Ce que je veux ? Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini. La lutte est dans la rue, elle est violente. L'h&#244;pital est totalement d&#233;labr&#233; et les soignants continuent de bosser, s'appuyant sur leurs ressources personnelles et certaines convictions encore vivantes pour le secteur public. Mais jusqu'&#224; quand ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cette prime n'endort personne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie &#224; Marseille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'estimer chanceux que l'&#233;pid&#233;mie ait touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre alsacien. Cela a permis de profiter des mesures de confinement pour freiner la circulation du virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous avons hiss&#233; sur la fa&#231;ade du CHU une banderole au slogan &#233;vocateur : &#8220;&lt;i&gt;Ni m&#233;daille ni charit&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Et qu'a fait le directeur g&#233;n&#233;ral de l'AP-HM lors d'un de ses d&#233;placements ext&#233;rieurs ? Il s'est affich&#233; visitant un local dans lequel s'activaient des couturi&#232;res b&#233;n&#233;voles pour confectionner des surblouses de protection. Qu'a promis Emmanuel Macron le 13 mai ? Une m&#233;daille et une place pour les soignants lors du d&#233;fil&#233; du 14 juillet. On n'est jamais compl&#232;tement arm&#233; contre un foutage de gueule &#224; ce point d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu prendre le pouls de l'ensemble du personnel d&#232;s que les &#8220;cellules Covid&#8221; nous ont autoris&#233;s &#224; nous r&#233;unir physiquement en respectant les mesures de s&#233;curit&#233; sanitaire. Tous et toutes, administratifs compris, ont parl&#233; du poids de la fatigue et de l'angoisse face au manque de mat&#233;riel, de la col&#232;re aussi. Tous et toutes ont dit s'&#234;tre sentis abandonn&#233;.es par des employeurs incapables de les prot&#233;ger. La d&#233;fiance est grande envers le gouvernement, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;, les responsables de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; et leurs discours remplis de h&#233;ros, de sacrifices et de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a la fameuse prime de 1 500 &#8364;. Mais il s'agit surtout d'une op&#233;ration de communication pour faire taire les revendications et diviser les soignants. Tout d'abord, une distinction macabre est faite entre les d&#233;partements en fonction du nombre de morts. Les plus &#8220;l&#233;taux&#8221; seront bien dot&#233;s tandis que les autres n'auront rien &#8211; alors qu'ils ont peut-&#234;tre tout simplement bien g&#233;r&#233; la crise. Ensuite, l'enveloppe budg&#233;taire est insuffisamment provisionn&#233;e au niveau national et c'est aux dirigeants locaux de la compl&#233;ter. Mais comme ils savent que l'&#201;tat leur demandera de rendre des comptes sur leurs d&#233;penses, que leur carri&#232;re reste &#233;troitement li&#233;e aux &#233;conomies budg&#233;taires, ils essayent de gratter sur le montant de la prime en multipliant les crit&#232;res d'exclusion et de r&#233;duction. Cette prime n'endort personne, m&#234;me si elle va mettre du beurre dans les &#233;pinards de celles et ceux qui ont les r&#233;mun&#233;rations les plus faibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blouses blanches, col&#232;re noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;unions reprenant entre nous et la direction, on s'est attel&#233;s &#224; faire le bilan de la crise. Dans notre ligne de mire, le Comit&#233; interminist&#233;riel de performance et de la modernisation de l'offre de soins (Copermo) qui pr&#233;voit la suppression de 1 000 postes (soignants et administratifs) et la fermeture de 400 lits &#224; Marseille. Pour l'instant, nous n'avons obtenu que sa suspension. Par ailleurs, si les mots ont chang&#233; avec la crise sanitaire et ses cons&#233;quences sur l'organisation du travail &#8211; retours d'exp&#233;rience, t&#233;l&#233;travail, t&#233;l&#233;consultation, coordination avec le priv&#233; &#8211;, les objectifs demeurent. Leur r&#233;alisation conna&#238;tra peut-&#234;tre m&#234;me une nouvelle ardeur &#224; l'occasion du grand S&#233;gur de la sant&#233; lanc&#233; le 25 mai. L&#224; aussi le lexique employ&#233; n&#233;cessite un d&#233;codeur : promotion de la &#8220;souplesse&#8221; des &#233;quipes ou de la &#8220;mobilit&#233;&#8221; des agents &#8211; pour ne pas dire &#8220;flexibilit&#233;&#8221;, terme d&#233;sormais trop connot&#233;. Comme le gouvernement l'avait fait avec les instituteurs pr&#233;c&#233;demment, on sent pointer &#224; l'horizon une vieille lune des technocrates n&#233;olib&#233;raux : en finir avec les 35 heures en conditionnant une augmentation des salaires &#224; un assouplissement du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pas un mot sur l'&#233;volution de la grille indiciaire qui permettrait une v&#233;ritable revalorisation des traitements dans la fonction publique hospitali&#232;re. &lt;i&gt;Nada&lt;/i&gt; &#233;galement sur l'arr&#234;t des fermetures de lits et des fusions de services. &#192; la place, un discours ahurissant sur des r&#233;formes qui n'ont pas &#233;t&#233; assez rapides ! &#192; 20 h 05 &#224; la t&#233;l&#233;, un assaut de bonnes intentions pour renforcer l'&#201;tat-providence. Dans les coulisses, une note de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations d&#233;bordant de propositions favorables &#224; la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; : du d&#233;veloppement des partenariats public-priv&#233; au rapprochement entre m&#233;decine de ville (lib&#233;rale) et h&#244;pital public en passant par la place grandissante accord&#233;e aux soins ambulatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le carton plein pour le pouvoir actuel serait le d&#233;mant&#232;lement du statut de la fonction publique d&#233;j&#224; partiellement engag&#233; avec le plan de r&#233;formes &#8220;Action publique 2022&#8221; qui facilite le recours aux contractuels. Concernant l'h&#244;pital, ils ont d&#233;j&#224; un cheval de Troie id&#233;al : le statut d'&#233;tablissement priv&#233; &#224; but non lucratif, lequel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adopt&#233; par l'H&#244;pital europ&#233;en et l'h&#244;pital Saint-Joseph &#224; Marseille. Les salari&#233;s y sont sous contrat comme dans une clinique et ne disposent plus d'aucun des droits protecteurs associ&#233;s au statut de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation est en train de monter et devrait culminer lors de la manifestation intersyndicale du 16 juin &#8211; malgr&#233; la fatigue, la crainte d'&#234;tre r&#233;prim&#233;, les divisions traditionnelles qui peuvent ressortir &#224; tout moment... Parce qu'alors que la direction ne cesse de dire &#8220;&lt;i&gt;On a bien g&#233;r&#233; la situation&lt;/i&gt;&#8221;, les coll&#232;gues savent bien qu'ils ont &#233;t&#233; les seuls &#224; devoir faire face &#224; cette crise. Nous &#233;tions plusieurs centaines le 26 mai pour l'action men&#233;e lors du premier &#8220;mardi de la col&#232;re&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne* est cadre de sant&#233; en canc&#233;rologie dans un h&#244;pital du Grand Est. En charge de deux &#233;quipes, elle estime que le gouvernement a failli dans sa gestion de crise &#8211; et pas qu'un peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, mes coll&#232;gues ont peur qu'une m&#233;daille remplace une augmentation salariale et les recrutements qui s'imposent pour bien faire fonctionner les services. On se dit que c'est encore un &#233;cran de fum&#233;e. Ce que les gens attendent autour de moi, c'est des moyens pour bien travailler, en termes de mat&#233;riel et de conditions de travail, ainsi que la reconnaissance de leur total investissement depuis le d&#233;but de cette crise. Et depuis bien avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide. Nous avons re&#231;u des visi&#232;res imprim&#233;es en 3D par un collectif alsacien et tout un tas de mat&#233;riel qui ne venait pas de l'&#201;tat, mais par exemple d'entreprises. Je ne sais pas ce que &#231;a aurait donn&#233; si on avait d&#251; compter uniquement sur la r&#233;action du gouvernement. En fait, toutes ses mises en place logistiques ont tr&#232;s peu servi &#224; mes &#233;quipes. Pour le dire vite, c'est le r&#233;seau d'entraide qui a &#233;t&#233; le plus efficace et le plus r&#233;actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des annonces et du plan S&#233;gur, je suis dubitative. Surtout, j'ai entendu des membres de la majorit&#233; dire des choses d&#233;montrant qu'ils ne vivent pas dans le m&#234;me monde. Encore ce matin &lt;i&gt;[26 mai]&lt;/i&gt;, j'ai entendu l'un d'eux affirmer que les 35 heures &#224; l'h&#244;pital &#233;taient une b&#234;tise et que les infirmi&#232;res sont oblig&#233;es de faire des m&#233;nages parce qu'on ne leur propose pas de travailler plus. &#199;a, quand m&#234;me, il faut se l'entendre dire ! Quand on sait que le nombre d'heures suppl&#233;mentaires effectu&#233;es d&#233;passe largement les quotas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prime ponctuelle ne va calmer personne. Ce que nous voulons, nous le crions haut et fort depuis des ann&#233;es. Et malgr&#233; tout, tu en as qui sont capables de dire que ce que le personnel soignant r&#233;clame d'abord avant tout, c'est de pouvoir travailler plus. C'est compl&#232;tement fou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret, Iffik Le Guen, Francesco Nocera &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; On est toujours assign&#233;s au statut de colonis&#233;s &#187;</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;Pendant le confinement, un concentr&#233; de brutalit&#233; polici&#232;re s'est abattu sur les quartiers populaires de l'Hexagone, des propos d'un racisme crasse accompagnant bien souvent les coups. Pourtant, la France officielle continue de nier l'&#233;vidence. Entretien avec le militant antiraciste Omar Slaouti. Dans la nuit du 25 au 26 avril, un homme se jette dans la Seine pour &#233;chapper &#224; des policiers. Ils le rep&#234;chent et l'arr&#234;tent. En cheminant vers le panier &#224; salade, les agents se bidonnent sec : &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/deni" rel="tag"&gt;d&#233;ni&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant le confinement, un concentr&#233; de brutalit&#233; polici&#232;re s'est abattu sur les quartiers populaires de l'Hexagone, des propos d'un racisme crasse accompagnant bien souvent les coups. Pourtant, la France officielle continue de nier l'&#233;vidence. Entretien avec le militant antiraciste Omar Slaouti.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3364 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH426/-1551-40434.jpg?1779602769' width='400' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans la nuit du 25 au 26 avril, un homme se jette dans la Seine pour &#233;chapper &#224; des policiers. Ils le rep&#234;chent et l'arr&#234;tent. En cheminant vers le panier &#224; salade, les agents se bidonnent sec : &#171; &lt;i&gt;Il sait pas nager. Un bicot comme &#231;a, &#231;a nage pas&lt;/i&gt; &#187;, lance l'un d'eux. &#171; &lt;i&gt;&#199;a coule, t'aurais d&#251; lui accrocher un boulet au pied&lt;/i&gt; &#187;, lui r&#233;pond un coll&#232;gue. Rires. La vid&#233;o, capt&#233;e par un habitant de l'&#206;le-Saint-Denis (93) est &#233;loquente de racisme &#8211; le &#171; &lt;i&gt;bicot&lt;/i&gt; &#187; est &#233;gyptien. Et de violence : une fois l'homme dans le fourgon de police, on l'entend pousser des cris de terreur et/ou de douleur. Les cognes, eux, continuent de rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quinze jours plus tard, le 11 mai, c'est sur l'&#206;le-Saint-Denis qu'a eu lieu la premi&#232;re importante manifestation post-confinement contre les violences polici&#232;res. Entretien avec un des organisateurs, le militant antiraciste Omar Slaouti, membre notamment du Collectif du 10 novembre contre l'islamophobie et du collectif V&#233;rit&#233; et justice pour Ali Ziri&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri est d&#233;c&#233;d&#233; en novembre 2009 apr&#232;s une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Un bicot, &#231;a nage pas&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Cette phrase &#233;voque le massacre du 17 octobre 1961, quand des policiers avaient jet&#233; des manifestants alg&#233;riens dans la Seine&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, &#231;a renvoie &#224; Maurice Papon&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;fet de police de Paris en 1961. Il avait d&#233;j&#224; s&#233;vi en Gironde pendant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et &#224; toute la charge colonialiste et de d&#233;shumanisation qui lui est consubstantielle &#224; l'&#233;poque. Tout le monde conna&#238;t cette histoire-l&#224;. Mais &#231;a renvoie aussi &#224; une autre dimension qu'on a tendance &#224; occulter : ce qu'est le racisme aujourd'hui dans la police fran&#231;aise &#8211; et d'o&#249; il vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de l'histoire de la police est en lien avec l'histoire coloniale, tant et si bien qu'il existe en son sein un ensemble d'impens&#233;s coloniaux ou n&#233;ocoloniaux. C'est l'id&#233;e qu'il y a des individus qui sont dans un rapport d'alt&#233;rit&#233;. Ce sont des &lt;i&gt;autres&lt;/i&gt; : ils n'ont pas de raison d'&#234;tre ici et ils ne doivent pas disposer des m&#234;mes droits que celles et ceux qui sont consid&#233;r&#233;s comme des nationaux &#8211; ou plut&#244;t consid&#233;r&#233;s comme l&#233;gitimes &#224; &#234;tre des nationaux, parce que dans ce pays, la plupart des personnes arabes et noires sont fran&#231;aises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, on est toujours assign&#233;s &#224; ce statut de colonis&#233;s, c'est-&#224;-dire de sous-humanit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce qui concerne les violences polici&#232;res racistes, un d&#233;ni officiel persiste. Dernier exemple en date : quand l'actrice et chanteuse Cam&#233;lia Jordana parle &#224; la t&#233;l&#233; &#171; &lt;i&gt;des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau &#187;&lt;/i&gt;, Christophe Castaner condamne tout de suite ces propos. La France officielle continue de se voiler la face&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La France pratique des injustices raciales qui rel&#232;vent de la responsabilit&#233; d'&#201;tat &#8211; on ne parle pas du racisme individuel, mais d'un racisme qui &#233;mane d'autorit&#233;s &#233;tatiques. Et non seulement la France officielle l&#233;gitime des pratiques racialistes et racistes &#224; l'&#233;gard des habitants des quartiers populaires parce qu'arabes et noirs, mais en plus, quand ces derniers disent &#8220;&lt;i&gt;Nous sommes victimes&lt;/i&gt;&#8221;, on leur r&#233;pond &#8220;&lt;i&gt;Vous mentez et vous insultez l'&#201;tat fran&#231;ais&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ni est r&#233;current. Ce qui vient de se passer avec Cam&#233;lia Jordana, c'est exactement ce qui s'est pass&#233; lorsque l'&#201;tat a &#233;t&#233; condamn&#233; pour contr&#244;les au faci&#232;s et que Manuel Valls, Premier ministre &#224; l'&#233;poque, a d&#233;cid&#233; de faire appel de cette condamnation. D'ailleurs, il a perdu une deuxi&#232;me fois en appel&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s avoir perdu en premi&#232;re instance, cinq personnes avaient r&#233;ussi en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me quand ce sont des chercheurs du CNRS qui font &#233;tat de contr&#244;les au faci&#232;s, on a toujours un d&#233;ni de ceux et celles qui nous gouvernent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce d&#233;ni n'est pas l'apanage des sph&#232;res dirigeantes et polici&#232;res. Dans l'espace m&#233;diatique, un ph&#233;nom&#232;ne est frappant : les journaux fran&#231;ais n'ont aucun mal &#224; dire qu'il y a aux &#201;tats-Unis un probl&#232;me racial de violence polici&#232;re. Mais quand il s'agit de d&#233;noncer cette r&#233;alit&#233; ici, il n'y a plus grand monde&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a tient au fait que la France a construit un roman national, un mythe. Elle a fabriqu&#233; un imaginaire qui fait d'elle le pays des droits de l'Homme avec une dimension universaliste qui rayonne partout dans le monde. Et cette conception fait qu'il y a un d&#233;ni des r&#233;alit&#233;s qui va &#224; l'encontre de cette id&#233;e totalement fantasmatique de ce qu'est la France. On ne peut pas &#234;tre &#224; la fois &#8220;le pays des droits de l'Homme&#8221; et un pays o&#249; les hommes sont d&#233;ni&#233;s dans leur qualit&#233; d'&#234;tre humain parce qu'arabes, noirs, roms ou juifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;ni a un aspect historique &#8211; sur la responsabilit&#233; de l'&#201;tat fran&#231;ais quant au g&#233;nocide des juifs durant Seconde Guerre mondiale ou au niveau imp&#233;rialiste dans un ensemble de g&#233;nocides &#224; l'&#233;chelle mondiale. Il a aussi une face actuelle, par exemple quand des migrants meurent en M&#233;diterran&#233;e parce que des lois sont vot&#233;es en France pour faire la chasse aux sans-papiers, les emp&#234;chant de fuir les d&#233;sordres du monde que la France a en partie caus&#233;s. Alors &#233;videmment, ce d&#233;ni se retrouve aussi dans ces violences polici&#232;res &#224; caract&#232;re raciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : le Covid. Des &#233;tudes am&#233;ricaines et anglaises montrent clairement que ce virus tue particuli&#232;rement les personnes racis&#233;es d'en bas : les Noirs ou les Hispanos aux &#201;tats-Unis, les Pakistanais, les Noirs ou les Indiens en Angleterre. Ce sont les soubassements structurels du racisme qui font que cette maladie touche prioritairement certaines populations. Et ici ? En Seine-Saint-Denis ou par exemple dans ma ville, Argenteuil, dans le Val-d'Oise, on constate une surmortalit&#233;. On sait pertinemment que ce sont des territoires o&#249; vivent beaucoup d'Arabes et de Noirs&#8230; Aux &#201;tats-Unis et en Angleterre on reconna&#238;t cette relation-l&#224;, mais dans le cas fran&#231;ais on la nie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 11 mai, vous avez coorganis&#233; une des premi&#232;res manifestations du d&#233;confinement &#224; l'&#206;le-Saint-Denis. Pourquoi c'&#233;tait important de faire ce rassemblement l&#224;-bas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fallait que cette manifestation ait lieu dans un cadre qui d&#233;nonce l'ensemble des oppressions et des injustices. Et il se trouve que les quartiers populaires les ont concentr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les quartiers o&#249; il y a le moins de structures sanitaires, o&#249; sont concentr&#233;s les pauvres &#8211; et notamment les Arabes et les Noirs. Ce sont des espaces qui ont &#233;t&#233; surcontr&#244;l&#233;s par la police, non seulement en nombre, mais aussi en &#8220;qualit&#233;&#8221; : les contr&#244;les se sont traduits par une explosion de violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces quartiers vivent beaucoup des fameux &#8220;derniers de cord&#233;e&#8221;, qui sont &#224; la fois mal pay&#233;s et en m&#234;me temps font partie des premi&#232;res et des premiers touch&#233;s par le Covid. Les caissiers, les ouvriers et toutes celles et ceux qui se sont retrouv&#233;.es en premi&#232;re ligne pour faire les travaux de ce qu'on appelle en anglais le&lt;i&gt; care&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire les soins aux personnes, par exemple &#224; l'h&#244;pital ou aupr&#232;s des personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de la manifestation, c'&#233;tait de d&#233;noncer tout &#231;a ; voil&#224; pourquoi elle devait avoir lieu dans un quartier populaire. Et plus particuli&#232;rement &#224; l'&#206;le-Saint-Denis, apr&#232;s les propos tenus par les policiers fin avril, notamment la phrase du &#8220;bicot qui sait pas nager&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle s'est pass&#233;e comment, cette manifestation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On avait pr&#233;vu de constituer une cha&#238;ne humaine, en respectant la distanciation, les masques, etc. Mais finalement la police nous a emp&#234;ch&#233;s de la faire. Au contraire, elle nous a ramass&#233;s, nass&#233;s sur quelques dizaines de m&#232;tres carr&#233;s. On a fini par se retrouver press&#233;s les uns contre les autres&#8230; Autrement dit, Castaner a fabriqu&#233; un cluster. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des Gilets jaunes &#233;taient aussi pr&#233;sents ce jour-l&#224;. Il semble que la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re subie par ce mouvement a quelque part permis une prise de conscience de l'existence des violences polici&#232;res chez une partie de la population blanche qui n'y avait jamais &#233;t&#233; confront&#233;e. Est-ce que cette nouvelle r&#233;alit&#233; fait que vous, militants des quartiers populaires, vous sentez moins seuls dans votre lutte face &#224; ces violences polici&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a un probl&#232;me r&#233;current : quand des Noirs et des Arabes disent qu'il y a une injustice, puisqu'ils subissent un ensemble d'oppressions parce qu'ils sont noirs et arabes, ce n'est jamais bien compris. &#199;a a &#233;t&#233; le cas pour les contr&#244;les au faci&#232;s : nous on savait depuis tr&#232;s longtemps que &#231;a existait, mais il a fallu que ce soit des chercheurs du CNRS qui le disent pour que ce soit act&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que des Gilets jaunes se fassent frapper pour ce qu'ils font, c'est pour nous d&#233;sastreux. Et en m&#234;me temps c'est vrai que &#231;a a permis une prise de conscience de ce que sont les violences polici&#232;res. En 2015, tout le monde voulait &#8220;embrasser un flic&#8221;. Apr&#232;s, quand les gens ont pris des coups de matraque, la relation d'amour a &#233;t&#233; plus compliqu&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se f&#233;licite bien s&#251;r que des Gilets jaunes se retrouvent dans les combats des quartiers populaires &#8211; et r&#233;ciproquement : je tiens &#224; rappeler que dans les quartiers populaires aussi il y a des ronds-points qui ont &#233;t&#233; tenus. Il ne faut pas croire que ce mouvement n'a &#233;t&#233; que celui de la France rurale. On subit tous la m&#234;me merde : nos quartiers sont d&#233;sh&#233;rit&#233;s du point de vue des structures sanitaires, des h&#244;pitaux, et c'est vrai aussi pour la ruralit&#233;. Nos luttes sont en rapport les unes avec les autres et c'est important qu'on puisse se retrouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les violences polici&#232;res, les ressorts ne sont pas les m&#234;mes ; il y en a qui se font frapper pour ce qu'ils sont, d'autres pour ce qu'ils font ; mais peu importe : le go&#251;t de la matraque n'est jamais bon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ouvrier &#224; la retraite, Ali Ziri est d&#233;c&#233;d&#233; en novembre 2009 apr&#232;s une arrestation violente &#224; Argenteuil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;fet de police de Paris en 1961. Il avait d&#233;j&#224; s&#233;vi en Gironde pendant la Seconde Guerre mondiale, en participant &#224; la d&#233;portation de Juifs. En 1997, il sera condamn&#233; &#224; dix ans de prison pour complicit&#233; de crime contre l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s avoir perdu en premi&#232;re instance, cinq personnes avaient r&#233;ussi en 2015 &#224; faire condamner l'&#201;tat par la cour d'appel de Paris pour des contr&#244;les d'identit&#233; discriminatoires. En 2016, la Cour de cassation a d&#233;finitivement confirm&#233; cette condamnation dans trois des cinq cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Covid &#224; Marseille : un coup de chance</title>
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		<dc:date>2020-06-03T16:53:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 &#224; Marseille. Et sur sa vision sans illusion de ce qu'on peut attendre (ou non) du &#171; grand S&#233;gur &#187; de la sant&#233;. &#171; Si on jette un coup d'&#339;il en arri&#232;re, on peut s'estimer chanceux qu'&#224; la mani&#232;re d'un tremblement de terre, les ondes de l'&#233;pid&#233;mie aient touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-epicentre-alsacien" rel="tag"&gt;l'&#233;picentre alsacien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/coup-d-oeil" rel="tag"&gt;coup d'&#339;il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/s-estimer-chanceux" rel="tag"&gt;s'estimer chanceux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chanceux-qu-a" rel="tag"&gt;chanceux qu'&#224;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-tremblement" rel="tag"&gt;d'un tremblement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/touche-Marseille" rel="tag"&gt;touch&#233; Marseille&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 &#224; Marseille. Et sur sa vision sans illusion de ce qu'on peut attendre (ou non) du &#171; grand S&#233;gur &#187; de la sant&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH292/-1544-901e1.jpg?1780142643' width='500' height='292' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Paris, mai 2020 / Photo Serge d'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Si on jette un coup d'&#339;il en arri&#232;re&lt;/strong&gt;, on peut s'estimer chanceux qu'&#224; la mani&#232;re d'un tremblement de terre, les ondes de l'&#233;pid&#233;mie aient touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre alsacien. Cela a permis de profiter &#224; plein des mesures de confinement pour freiner la circulation du virus. Au final, nous nous sommes trouv&#233;s en position interm&#233;diaire entre les zones de l'Ouest presqu'int&#233;gralement &#233;pargn&#233;es et celles de l'Est plus durement frapp&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien s&#251;r, l'action des &#233;quipes soignantes&lt;/strong&gt; sur le terrain a aussi &#233;t&#233; d&#233;terminante. Ce sont elles qui ont pris les bonnes initiatives pour r&#233;organiser les services et ouvrir des lits suppl&#233;mentaires alors que les pontes de l'Assistance publique-H&#244;pitaux de Marseille (AP-HM) continuaient &#224; d&#233;verser en interne un flot de messages contradictoires et communiquaient en externe sur l'air du &#8220;tout est sous contr&#244;le&#8221;. Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous avons hiss&#233; sur la fa&#231;ade du CHU une banderole au slogan &#233;vocateur des sentiments partag&#233;s par une grande majorit&#233; des personnels : &#8220;Ni m&#233;daille ni charit&#233;&#8221;. Et qu'a fait le directeur g&#233;n&#233;ral de l'AP-HM dans un de ces d&#233;placements ext&#233;rieurs ? Il s'est affich&#233; en visitant un local dans lequel s'activaient des couturi&#232;res b&#233;n&#233;voles pour confectionner des surblouses de protection&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plusieurs vid&#233;os montraient le 5 avril dernier des infirmi&#232;res de la Timone (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Qu'a promis Emmanuel Macron,via la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, le 13 mai ? Une m&#233;daille et une place pour les soignants lors du d&#233;fil&#233; du 14 juillet. On s'y attendait mais on n'est jamais compl&#232;tement arm&#233; contre un foutage de gueule &#224; ce point d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a pu prendre le pouls&lt;/strong&gt; de l'ensemble du personnel d&#232;s que les &#8220;cellules Covid&#8221; nous ont autoris&#233;s &#224; nous r&#233;unir physiquement en respectant les mesures de s&#233;curit&#233; sanitaire. Tous et toutes, administratifs compris, ont parl&#233; de l'intensit&#233; de la mobilisation surtout dans la mise en place des tests, du poids de la fatigue et de l'angoisse face au manque de mat&#233;riel, de la col&#232;re aussi, qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; beaucoup exprim&#233;e sur les r&#233;seaux sociaux. Tous et toutes ont dit s'&#234;tre sentis abandonn&#233;s par des employeurs incapables de les prot&#233;ger m&#234;me dans une crise aussi grave. La d&#233;fiance encore vis-&#224;-vis du gouvernement, du directeur g&#233;n&#233;ral du minist&#232;re de la Sant&#233;, des responsables de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) et de leurs discours remplis de h&#233;ros, de sacrifices et de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien s&#251;r, il y a la fameuse prime&lt;/strong&gt; de 1 500 &#8364;. Mais si on regarde la mesure de plus pr&#232;s,on s'aper&#231;oit vite qu'il s'agit surtout d'une op&#233;ration de communication du gouvernement pour faire taire les revendications et diviser les soignants. Tout d'abord, une distinction macabre est faite entre les d&#233;partements en fonction du nombre de morts. Les plus &#8220;l&#233;taux&#8221; seront bien dot&#233;s tandis que les autres n'auront rien alors qu'ils ont peut-&#234;tre tout simplement bien g&#233;r&#233; la crise. Ensuite, l'enveloppe budg&#233;taire est insuffisamment provisionn&#233;e au niveau national et ce sont aux dirigeants locaux de la compl&#233;ter. Mais comme ils savent que l'&#201;tat leur demandera de rendre des comptes sur leurs d&#233;penses, que leur carri&#232;re reste &#233;troitement li&#233;e aux &#233;conomies budg&#233;taires, ils essayent de gratter sur le montant de la prime en multipliant les crit&#232;res d'exclusion et de r&#233;duction. Toutefois, cette prime n'endort personne m&#234;me si elle va mettre pas mal de beurre dans les &#233;pinards de celles et ceux ayant les r&#233;mun&#233;rations les plus faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;unions reprenant&lt;/strong&gt; entre nous et la direction, on s'est attel&#233; &#224; faire le bilan de la crise. On a aussi suivi ce qui s'&#233;tait pass&#233; &#224; Nancy et Saint-&#201;tienne,deux cas embl&#233;matiques de la poursuite du &#8220;toujours plus d'exigences avec toujours moins de moyens&#8221;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but avril, le directeur de l'ARS Grand Est Christophe Lannelongue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans notre ligne de mire, le comit&#233; interminist&#233;riel de performance et de la modernisation de l'offre de soins (Copermo) qui pr&#233;voit la suppression de 1 000 postes (soignants et administratifs) et la fermeture de 400 lits &#224; Marseille. Pour l'instant, nous n'avons obtenu que sa suspension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par ailleurs, si les mots ont chang&#233;&lt;/strong&gt; avec la crise sanitaire et ses cons&#233;quences sur l'organisation du travail &#8211; retour d'exp&#233;rience, t&#233;l&#233;travail, t&#233;l&#233;consultation, coordination avec le priv&#233; &#8211;, les objectifs demeurent. Ils peuvent m&#234;me conna&#238;tre une nouvelle ardeur quant &#224; leur r&#233;alisation avec le grand S&#233;gur de la sant&#233; lanc&#233; le 25 mai dernier. L&#224; aussi le lexique employ&#233; n&#233;cessite un d&#233;codeur : promotion de la &lt;i&gt;souplesse&lt;/i&gt; des &#233;quipes ou de la &lt;i&gt;mobilit&#233;&lt;/i&gt; des agents pour ne pas dire &lt;i&gt;flexibilit&#233;&lt;/i&gt; d&#233;sormais trop connot&#233;e. Comme le gouvernement l'avait fait avec les instituteurs pr&#233;c&#233;demment, on sent pointer &#224; l'horizon une vieille lune des technocrates n&#233;olib&#233;raux : en finir avec les 35 heures en conditionnant une augmentation des salaires &#224; un assouplissement du temps de travail. En revanche, sur le concret, l'&#233;volution de la grille indiciaire qui permettrait une v&#233;ritable revalorisation des traitements dans la fonction publique hospitali&#232;re, pas un mot. Sur l'arr&#234;t des fermetures de lits et des fusions de services, &lt;i&gt;nada&lt;/i&gt;. &#192; la place un discours ahurissant sur des r&#233;formes qui n'ont pas &#233;t&#233; assez rapides ! &#192; 20h05, un assaut de bonnes intentions pour renforcer l'&#201;tat-providence. Dans les coulisses, une note de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignation&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; H&#244;pital public : la note explosive de la Caisse des d&#233;p&#244;ts &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; d&#233;bordant de propositions favorables &#224; la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; : du d&#233;veloppement des partenariats public-priv&#233; au rapprochement entre m&#233;decine de ville (lib&#233;rale) et h&#244;pital public en passant par la place grandissante accord&#233;e aux soins ambulatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le carton plein&lt;/strong&gt; pour le pouvoir actuel serait le d&#233;mant&#232;lement du statut de la fonction publique d&#233;j&#224; tr&#232;s partiellement engag&#233; avec le plan de r&#233;formes &#8220;Action publique 2022&#8221; qui facilite le recours aux contractuels. Concernant l'h&#244;pital, ils ont d&#233;j&#224; un cheval de Troie id&#233;al : le statut d'&#233;tablissement priv&#233; &#224; but non lucratif lequel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adopt&#233; par l'h&#244;pital europ&#233;en et l'h&#244;pital Saint-Joseph &#224; Marseille. Les salari&#233;s y sont sous contrat comme dans une clinique et ne disposent plus d'aucun des droits protecteurs associ&#233;s au statut de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les m&#233;dias&lt;/strong&gt;, un discours se fait de plus en plus insistant sur le poids de la bureaucratie dans le syst&#232;me de soins fran&#231;ais. Il est aussi port&#233; par certains membres du collectif inter-h&#244;pitaux compos&#233; principalement de m&#233;decins, certains tr&#232;s bons comme le p&#233;diatre Jean-Luc Jouve, d'autres plus &#224; droite. Beaucoup sont nostalgiques du syst&#232;me de soins en place avant la loi Bachelot de 2009 qui reposait sur une direction bic&#233;phale entre m&#233;decins et hauts fonctionnaires mais sans les repr&#233;sentants des patients, des param&#233;dicaux. Pour nous, la diff&#233;rence se fait entre les administratifs, des agents de cat&#233;gorie C ou B tr&#232;s mal pay&#233;s en comparaison de leur r&#244;le important dans le fonctionnement de l'h&#244;pital public et l'administration peupl&#233;e de managers, de sous-directeurs et de directeurs assujettis &#224; un syst&#232;me de primes parfois opaque. En fait, pour g&#233;rer les tensions, les &#233;puisements professionnels cons&#233;cutifs &#224; la nouvelle organisation du travail, les pouvoirs publics ont cr&#233;&#233; quantit&#233; de nouvelles strates administratives en d&#233;multipliant les nouveaux postes de gestion des ressources humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mobilisation est en train de monter&lt;/strong&gt; et devrait culminer lors de la manifestation intersyndicale du 16 juin. Malgr&#233; la fatigue, la crainte d'&#234;tre r&#233;prim&#233;, les divisions traditionnelles qui peuvent ressortir &#224; tout moment. Mais, pendant que la direction ne cesse de dire &#8220;On a bien g&#233;r&#233; la situation&#8221;, les coll&#232;gues savent qu'ils ont &#233;t&#233; les seuls &#224; devoir faire face &#224; cette crise sanitaire. Ils ont pris conscience massivement de leur r&#244;le essentiel et se r&#233;approprient leurs revendications &#224; l'image de l'action que nous avons men&#233;e &#224; plusieurs centaines dans l'enceinte de la Timone le 26 mai dernier lors du premier &#8220;mardi de la col&#232;re&#8221;. Pas s&#251;r que nous ayons autant de chance la prochaine fois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'autres paroles de soignants et soignantes en col&#232;re sont &#224; retrouver dans le prochain CQFD (n&#176;188), qui sort en kiosque ce vendredi 5 juin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plusieurs vid&#233;os montraient le 5 avril dernier des infirmi&#232;res de la Timone &#233;quip&#233;es de surblouses se d&#233;chirant lorsqu'on essayait de les enfiler. Niant toute convocation disciplinaire de ces soignantes, la direction a pr&#233;f&#233;r&#233; parler de &#8220;l'organisation d'un retour d'exp&#233;rience par la cellule qualit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but avril, le directeur de l'ARS Grand Est Christophe Lannelongue annon&#231;ait la poursuite des suppressions de postes au CHRU de Nancy tandis que mi-mai la direction du CHU de Saint-&#201;tienne lan&#231;ait un plan de restructuration de certains services.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/010420/hopital-public-la-note-explosive-de-la-caisse-des-depots?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;H&#244;pital public : la note explosive de la Caisse des d&#233;p&#244;ts&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (01/04/2020)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Tous ensemble, tous ensemble, gr&#232;ve des loyers !</title>
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		<dc:date>2020-05-01T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lucile Dumont</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#232;ve</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, il y a eu des millions de licenciements aux &#201;tats-Unis. Face &#224; la pr&#233;carisation extr&#234;me de nombreux habitants, les appels &#224; la gr&#232;ve des loyers se multiplient. Des initiatives bienvenues, dans des villes o&#249; la gentrification progresse tandis que beaucoup de logements sont insalubres. En cette fin avril aux &#201;tats-Unis, il y a foule de propri&#233;taires inquiets : leur locataire versera-t-il son loyer d&#233;but mai ? Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/greve" rel="tag"&gt;gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/New-York" rel="tag"&gt;New York&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/proprietaire" rel="tag"&gt;propri&#233;taire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, il y a eu des millions de licenciements aux &#201;tats-Unis. Face &#224; la pr&#233;carisation extr&#234;me de nombreux habitants, les appels &#224; la gr&#232;ve des loyers se multiplient. Des initiatives bienvenues, dans des villes o&#249; la gentrification progresse tandis que beaucoup de logements sont insalubres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3332 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH326/-1525-55e8b.jpg?1779917585' width='500' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin avril aux &#201;tats-Unis, il y a foule de propri&#233;taires inquiets : leur locataire versera-t-il son loyer d&#233;but mai ? Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie de coronavirus, de nombreux appels &#224; une gr&#232;ve des loyers circulent sur internet, sous le mot d'ordre &lt;i&gt;#RentStrike2020&lt;/i&gt;. Ils suscitent une importante sympathie en ligne : une p&#233;tition demandant le gel des loyers, des cr&#233;dits immobiliers et des factures domestiques courantes a recueilli pr&#232;s de 1,8 million de signatures. Le mouvement fait &#233;galement flor&#232;s dans les rues, o&#249; de nombreux habitants ont &#233;tendu un drap blanc &#224; leur fen&#234;tre en signe de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de personnes passeront de l'intention &#224; l'acte ? Impossible de le dire, mais la participation &#224; cette gr&#232;ve pourrait bien &#234;tre massive, tout simplement parce qu'&#224; cause du ralentissement &#233;conomique caus&#233; par la crise sanitaire, des millions de travailleurs ont perdu leur emploi. Ils ne peuvent donc plus payer leur loyer. Cons&#233;quence plut&#244;t r&#233;jouissante : des associations ou des collectifs cr&#233;&#233;s &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt; s'organisent pour annuler ce versement et survivre socialement et &#233;conomiquement &#224; la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Damn ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Outre-Atlantique, la question du mal-logement et du prix &#233;lev&#233; des locations ne date pas d'hier. Alors que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est &#233;rig&#233;e en valeur cardinale, les locataires ne b&#233;n&#233;ficient que de peu d'aides financi&#232;res de la part du gouvernement f&#233;d&#233;ral. Le parc locatif priv&#233;, aux mains de multimilliardaires dans les plus grandes villes, se distingue r&#233;guli&#232;rement par les mauvaises conditions dans lesquelles il accueille ses habitants. Sans surprise, dans les villes-monde, o&#249; la sp&#233;culation immobili&#232;re fait sa loi, les logements sont hors de prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; New York, le Brooklyn Anti-Gentrification Network (BAN), un collectif principalement compos&#233; de personnes racis&#233;es, lutte contre l'expulsion des habitants les plus pauvres dans le quartier de Brooklyn. Lors de ses manifestations, il ne manque pas de rappeler ce constat : &#171; &lt;i&gt;Once I've paid my rent, damn&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;All my money's spent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;(&#171; Une fois pay&#233; mon loyer, bordel ! / J'ai plus un rond &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des luttes en h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne est m&#233;connu, mais le concept de gr&#232;ve des loyers s'inscrit dans le temps long de l'histoire am&#233;ricaine. Au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, on peut noter deux vagues importantes : la premi&#232;re, dans les ann&#233;es 1930 &#233;tait en partie li&#233;e aux cons&#233;quences de la Grande D&#233;pression ; la seconde, dans les ann&#233;es 1960, a largement d&#233;bord&#233; les fronti&#232;res des &#201;tats-Unis. Mais qu'on ne n'y trompe pas : &#224; l'exception de quelques mouvements sp&#233;cifiques, toutes ces gr&#232;ves visaient principalement &#224; am&#233;liorer les conditions de l'habitat. Des groupements de locataires d&#233;cidaient ensemble de ne pas payer leur loyer pour faire pression sur le propri&#233;taire &#8211; afin qu'il fasse des travaux, assainisse les espaces ou baisse les tarifs. Dans les ann&#233;es 1930, les autorit&#233;s avaient m&#234;me fini par consid&#233;rer qu'il s'agissait d'un moyen d'action l&#233;gitime dans les cas de mal-logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement actuel est diff&#233;rent : cette fois-ci, il s'agit purement et simplement de faire annuler les versements &#8211; pendant et &#233;ventuellement apr&#232;s la crise. La gr&#232;ve des loyers n'est donc plus seulement un moyen de pression : elle est elle-m&#234;me sa propre fin. &#171; &lt;i&gt;D'ordinaire, une telle gr&#232;ve signifie que vous pouvez payer, mais que vous choisissez de ne pas le faire pour obtenir quelque chose de la part de votre propri&#233;taire. C'est une tactique de n&#233;gociation,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Rob Wohl, militant de la campagne Stomp Out Slumlords (&#171; Virons les marchands de sommeil &#187;), une &#233;manation du parti des Socialistes d&#233;mocrates d'Am&#233;rique (DSA) &#224; Washington. &lt;i&gt;Aujourd'hui, les propri&#233;taires savent tr&#232;s bien que leurs locataires ne peuvent pas payer, donc ils essaient de leur faire signer des papiers pour &#233;chelonner ou retarder les paiements. On encourage les locataires &#224; ne rien signer de la sorte. M&#234;me dans le contexte du confinement, ils ont le pouvoir de renverser le rapport de force avec leur propri&#233;taire : certes ils d&#233;pendent de lui pour leur logement, mais lui aussi est d&#233;pendant de leurs loyers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Qui veut avoir affaire &#224; son propri&#233;taire en ce moment ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res semaines, de nombreux &#201;tats du pays ont mis en place des moratoires interdisant les expulsions pendant la pand&#233;mie. Cette suspension des &#233;victions, &#233;galement d&#233;cid&#233;e par l'Espagne sous la pression des associations de locataires et par le Portugal (o&#249; plusieurs municipalit&#233;s ont par ailleurs suspendu les loyers des logements sociaux), permet de soulager les foyers affect&#233;s par la crise actuelle. Mais elle ne fait que retarder le probl&#232;me : &#224; la fin du moratoire, il faudra bien payer les arri&#233;r&#233;s, sous peine de se retrouver &#224; la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela inqui&#232;te et &#233;nerve Corine, une habitante du Bronx, le quartier le plus pauvre de New York. Cette quadrag&#233;naire, coiffeuse ind&#233;pendante, vit aux &#201;tats-Unis depuis plus de quinze ans. Dans son immeuble, les locataires ont d&#233;j&#224; d&#251; s'organiser collectivement pour lutter contre les expulsions, mais aussi les abus, le racisme et le harc&#232;lement du propri&#233;taire et de ses sbires. Avant m&#234;me la crise sanitaire, plusieurs habitants avaient engag&#233; un contentieux pour forcer le &lt;i&gt;landlord&lt;/i&gt; &#224; effectuer les r&#233;parations n&#233;cessaires dans le b&#226;timent, d&#233;grad&#233; : &#171; &lt;i&gt;Le proc&#232;s devait commencer en juin, mais avec la pand&#233;mie les tribunaux sont arr&#234;t&#233;s. L'audience va &#234;tre repouss&#233;e &#224; cet &#233;t&#233;, ou &#224; septembre&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Corine. Avant d'en venir au probl&#232;me des loyers : &#171; &lt;i&gt;Le gouverneur de New York nous a donn&#233; &#8220;90 jours&#8221;, c'est-&#224;-dire trois mois pendant lesquels le propri&#233;taire ne peut pas nous expulser. Mais &#231;a veut dire aussi que d&#232;s le mois de juillet, si on n'a pas pay&#233;, il pourra nous tra&#238;ner au tribunal.&lt;/i&gt; &#187; un bel &#233;t&#233; en perspective : &#171; &lt;i&gt;En plus, comme la hausse des loyers est d&#233;cid&#233;e en juin, on va se retrouver &#224; devoir payer encore plus d'argent pour continuer &#224; vivre dans de mauvaises conditions. En ce moment on n'a pas de chauffage, et il fait encore froid. Dans cet immeuble, on est en train d'essayer de se coordonner. Mais c'est pas facile. Et les locataires ont peur : qui veut avoir affaire &#224; son propri&#233;taire en ce moment&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Personne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ne pas payer son loyer par solidarit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'engouement de ces derni&#232;res ann&#233;es autour de la question du logement autorise toutefois un peu d'espoir : le nombre d'associations de locataires, sous la forme de &lt;i&gt;councils&lt;/i&gt; (conseils) ou d'&lt;i&gt;unions &lt;/i&gt;(syndicats) &#8211; la plupart du temps autonomes vis-&#224;-vis des grandes organisations politiques &#8211; a augment&#233; dans le sillage de la campagne de Bernie Sanders pour l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2016. Les victoires remport&#233;es par le L. A. Tenants Union, le syndicat de locataires de Los Angeles, ont largement contribu&#233; &#224; cette dynamique &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pour une gr&#232;ve permanente des loyers &#187;, Jefklak.org (31/01/2020).&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. La d&#233;gradation massive des conditions de logement, notamment apr&#232;s la crise financi&#232;re de 2008 et le scandale des saisies immobili&#232;res qu'elle a entra&#238;n&#233;, a bien s&#251;r nourri cette mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers temps, les &#233;chos qui nous parviennent de Washington sont encourageants : des locataires s'organisent en masse, parfois dans des complexes immobiliers regroupant plusieurs milliers de personnes. &#192; Oakland, pr&#232;s de San Francisco, les responsables des associations indiquent qu'ils ont vu le nombre de membres grimper en fl&#232;che au cours des derniers mois. Les appels &#224; l'annulation des loyers sont relay&#233;s par de grosses coalitions d'associations de locataires et des parlementaires de la gauche du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans plusieurs cas, des locataires en capacit&#233; de payer acceptent de participer &#224; la gr&#232;ve en solidarit&#233; avec leurs voisins. Et le plus souvent, dans le contexte de la crise, les mobilisations autour du logement sont aussi un important lieu d'entraide et de solidarit&#233; : on ne se croise pas en r&#233;union uniquement pour parler loyer, mais aussi pour &#233;changer des masques, proposer de faire des courses ou maintenir des liens de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cl&#233; de la r&#233;ussite de ce mouvement ? La circulation de l'information. Sur le campus de Columbia, haut-lieu de la mobilisation &#224; New York &lt;i&gt;(lire ci-dessous)&lt;/i&gt;, on apprend sur le tas. &#171; &lt;i&gt;Aucun d'entre nous n'avait vraiment d'exp&#233;rience sur les questions de logement ou les mobilisations de locataires,&lt;/i&gt; confie Lexie Cook, une doctorante impliqu&#233;e dans le mouvement.&lt;i&gt; Mais en ce moment, il y a une tonne de formations en ligne, de brochures propos&#233;es par les organisations, de groupes de discussion. On essaie de suivre tout cela du mieux qu'on peut.&lt;/i&gt; &#187; Corine, la coiffeuse du Bronx qui a elle aussi d&#251; apprendre &#224; se d&#233;fendre aupr&#232;s d'associations, insiste sur cette n&#233;cessit&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est un combat de tous les jours. &#199;a prend beaucoup de temps, mais on n'a pas le choix si on ne veut pas se retrouver dehors, parce que l'information ne circule pas. Si tu ne connais pas tes droits, ici, t'es mort. C'est ce que r&#233;sume une expression tr&#232;s simple : &lt;/i&gt;knowledge is power. &lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on peut traduire par &#171; le savoir est une arme &#187;.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lucile Dumont&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; l'universit&#233; : &#171; Nous avons ajout&#233; une gr&#232;ve des enseignements &#224; la gr&#232;ve des loyers &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; New York, l'universit&#233; de Columbia est l'un des plus gros propri&#233;taires fonciers de la ville &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Time To Evict The Landlord University &#187;, TheFileMag.org (26/03/2020).&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Cons&#233;quence ? La facult&#233; est &#224; la fois l'employeur et le propri&#233;taire d'une bonne partie du personnel (charg&#233;s de cours, &#233;tudiants en th&#232;se, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de la pand&#233;mie, la direction de l'universit&#233; a invit&#233; tous les r&#233;sidents du campus &#224; quitter leur logement, sous pr&#233;texte d'urgence sanitaire. Ce faisant, elle a mis un grand nombre d'&#233;tudiants dans des situations intenables. &#171; &lt;i&gt;Ils n'ont jamais clairement expuls&#233; les &#233;tudiants, &lt;/i&gt;explique une doctorante mobilis&#233;e, &lt;i&gt;mais ils leur ont mis suffisamment de pression pour les faire partir. Et ce au beau milieu d'un confinement g&#233;n&#233;ral de la population. Ils ont pr&#233;tendu que tous avaient un autre endroit o&#249; aller, alors que ce n'est pas le cas. En plus de cela, l'universit&#233; a menac&#233; de mettre un terme au contrat de travail de certains charg&#233;s de cours pr&#233;caires qui avaient du mal &#224; payer leur loyer. Cela signifie qu'ils perdraient leur emploi, leur assurance maladie, et devraient en plus payer des frais d'inscription exorbitants pour terminer leur th&#232;se&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte ne s'est pas fait attendre : &#171; &lt;i&gt;Nous avons d&#233;cid&#233; d'ajouter une gr&#232;ve des enseignements &#224; la gr&#232;ve des loyers. L'id&#233;e de la mobilisation, c'est aussi de coordonner la gr&#232;ve des loyers sur le campus avec les appels &#224; la gr&#232;ve de loyers qui circulent en ce moment ailleurs &#224; New York.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Pour une gr&#232;ve permanente des loyers &#187;,&lt;i&gt; Jefklak.org&lt;/i&gt; (31/01/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Que l'on peut traduire par &#171; le savoir est une arme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Time To Evict The Landlord University &#187;, &lt;i&gt;TheFileMag.org &lt;/i&gt;(26/03/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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