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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Mayotte, Under the DOM*</title>
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		<dc:creator>D&#233;n&#232;tem Touam Bona</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Sept migrants clandestins se sont noy&#233;s dans le naufrage de la barque de p&#234;che qui les transportait, juste en arrivant dans le lagon de Mayotte, a annonc&#233; aujourd'hui la pr&#233;fecture . &#187; Un fait divers parmi d'autres, coinc&#233; entre un cambriolage et la sortie de route d'un camion. On s'habitue &#224; tout, y compris au retour cyclique de ces drames. Un instant suspendue par le flash info, la vie poursuit son cours. Comme si ces sept morts ne comptaient pas, pas plus que tous ceux qui les ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sept migrants clandestins se sont noy&#233;s dans le naufrage de la barque de p&#234;che qui les transportait, juste en arrivant dans le lagon de Mayotte, a annonc&#233; aujourd'hui la pr&#233;fecture&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mayotte : mort de 7 migrants dans un naufrage &#187;, lefigaro.fr, 10/02/2014.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Un fait divers parmi d'autres, coinc&#233; entre un cambriolage et la sortie de route d'un camion. On s'habitue &#224; tout, y compris au retour cyclique de ces drames. Un instant suspendue par le flash info, la vie poursuit son cours. Comme si ces sept morts ne comptaient pas, pas plus que tous ceux qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s sous les eaux, et qui se comptent par milliers&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis l'instauration en 1995 du visa Balladur, il y a eu plus de 15 000 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mayotte reste un angle mort de la France : territoire absent des rayons des librairies, des &#233;crans de cin&#233;ma et de t&#233;l&#233;vision, des pr&#233;occupations et de l'imaginaire de l'Hexagone. Loin des yeux, loin du c&#339;ur... Pourtant cette &#238;le est le laboratoire de la postcolonialit&#233; r&#233;publicaine, produit d'un croisement entre Fran&#231;afrique et D&#233;partement d'outre-mer (DOM). La m&#233;canique coloniale op&#232;re &#224; Mayotte sur le mode d'une censure tectonique qui scinde, partitionne, rature un paysage archip&#233;lique &#8211; celui des Comores &#8211; avant de se r&#233;fracter dans le psychisme du n&#233;ocolonis&#233;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au fur et &#224; mesure que la partition de l'archipel se durcit, le mot &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1864 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-163.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH403/-163-128fe.jpg?1782946174' width='500' height='403' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si Mayotte est si m&#233;connue en France, c'est sans doute parce que le Mahorais, en tant que sp&#233;cimen humain distinct du Comorien, n'existe pas encore ; il est en cours de modelage, &#224; partir d'images, de r&#233;cits, d'une r&#233;&#233;criture de l'histoire visant &#224; mettre en sc&#232;ne aux yeux du monde un &#171; peuple mahorais &#187;. De quoi justifier la partition de l'archipel des Comores au profit de la France. Dans les salons internationaux du tourisme, des h&#244;tesses mahoraises souhaitent &#171; &lt;i&gt;karibu&lt;/i&gt; &#187; aux Tour operators et clients potentiels. Leurs d&#233;pliants invitent &#224; l'exotisme : &#171; &lt;i&gt;C&#233;dez &#224; la tentation de Mayotte, l'&#238;le aux parfums, l'&#238;le aux makis&#8230; Son lagon offre une aire o&#249; dauphins, baleines et tortues marines aiment &#224; voguer. Venez aussi &#224; la rencontre de la population autochtone : les Mahorais ont l'&#226;me gaie, tout y est encore authentique.&lt;/i&gt; &#187; L'autochtone des guides touristiques, c'est la nouvelle figure du bon sauvage : un &#234;tre doux et spontan&#233;, &#224; peine entr&#233; dans l'histoire. L'accession du Mahorais au statut de Fran&#231;ais &#171; domis&#233; &#187; proc&#232;de d'une &#171; naturalisation &#187; de ce dernier, d'une r&#233;duction &#224; l'&#233;tat de nature. Dans les agences de pub et les bureaux d'&#233;tudes de Mamoudzou ou de Paris, des &#171; m&#233;tros &#187; s'attachent &#224; retravailler l'image, le design, le packaging de Mayotte. Il s'agit de d&#233;finir cette &#238;le, non pas &#224; partir d'une culture qui, de fait, est archip&#233;lique&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bien qu'il y ait des variations d'une &#238;le &#224; l'autre, voire d'un village &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, mais &#224; partir d'une nature pr&#233;sent&#233;e comme &#233;d&#233;nique. Une nature hors du temps, car d&#233;sancr&#233;e de l'histoire mill&#233;naire d'une civilisation du boutre &#8211; le voilier traditionnel arabe acclimat&#233; par les habitants de l'archipel. La promotion d'une &#171; Mayotte, &#238;le au lagon &#187; contribue au raturage et &#224; la mise en clandestinit&#233; du reste de l'archipel. Le choix du logo de la nouvelle compagnie a&#233;rienne mahoraise EWA, la &#171; passe en S &#187; &#8211; long couloir sinueux &#224; travers la barri&#232;re de corail &#8211;, est de ce point de vue tout &#224; fait r&#233;v&#233;lateur : c'est le spot pr&#233;f&#233;r&#233; des plongeurs &lt;i&gt;wazungu&lt;/i&gt; (les &#171; m&#233;tros &#187;), qui repr&#233;sentera, d&#233;sormais, toute une &#238;le. Ce &#171; S &#187; n'est pas un symbole, mais une marque visant &#224; assurer un copyright fran&#231;ais sur un espace expurg&#233; de son histoire et de sa culture : un label cens&#233; garantir la qualit&#233; d'un produit du tourisme globalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tableau serait idyllique s'il n'y avait h&#233;las toutes ces cr&#233;atures exog&#232;nes &#224; l'&#233;cosyst&#232;me du lagon : les &lt;i&gt;kwassa-kwassa&lt;/i&gt;. &#199;a sonne &#224; l'oreille comme une des dix plaies qui s'abattirent sur l'&#201;gypte pour forcer Pharaon &#224; lib&#233;rer le peuple de Mo&#239;se : les invasions de grenouilles, de sauterelles, de mouches et surtout les eaux du fleuve chang&#233;es en sang. Ces embarcations de &#171; migrants &#187; en provenance d'Anjouan ont beau &#234;tre arraisonn&#233;es par la marine fran&#231;aise, sombrer dans les eaux profondes, d&#233;river &#224; l'aveugle dans le canal du Mozambique, rougir les eaux du lagon par leur fracas, toujours de nouvelles vagues de &lt;i&gt;kwassa&lt;/i&gt; ressuscitent et repartent &#224; l'assaut de l'eldorado. &#201;chapper aux vedettes de la Police aux fronti&#232;res (PAF), de la gendarmerie et des douanes, aux patrouilleurs, aux h&#233;licopt&#232;res et aux stations radars dernier cri de la Marine nationale, &#233;chapper &#224; toute cette armada exige de prendre des risques : naviguer la nuit, sans lumi&#232;re, couper parfois les moteurs, braver les bourrasques et la brume&#8230; &lt;i&gt;Inch Allah&lt;/i&gt;, on joue son destin &#224; la roulette russe. &#171; &lt;i&gt; La pirogue s'est renvers&#233;e sur un r&#233;cif, pr&#232;s de la c&#244;te de Kani-Keli. Neuf personnes ont trouv&#233; la mort, dont cinq nourrissons.&lt;/i&gt; &#187; Les d&#233;p&#234;ches se suivent et se ressemblent, l&#233;zardant toujours davantage le r&#234;ve d'une Mayotte vierge et innocente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les navigateurs arabes baptis&#232;rent cette &#238;le al-Mawt, &#171; la Mort &#187;, en raison des innombrables naufrages occasionn&#233;s par la redoutable ceinture de corail prot&#233;geant le lagon. Aujourd'hui, ces r&#233;cifs aiguis&#233;s se doublent d'une fronti&#232;re invisible d'autant plus efficace qu'elle est virtuelle. Une zone de contr&#244;le en temps r&#233;el &#8211; extensible &#224; volont&#233; gr&#226;ce au couplage des forces navales et des technologies de rep&#233;rage (radars, imagerie satellitaire) &#8211; qui fait de Mayotte une r&#233;serve naturelle high-tech d&#233;di&#233;e &#224; la protection des esp&#232;ces autochtones. Aussi la protection du droit &#224; la vie des uns &#8211; les nationaux &#8211; expose-t-elle &#224; la mort les autres &#8211; les &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &#171; Mayotte Channel Gateway &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mayotte, le port de Longoni se niche dans une baie ample et majestueuse d&#233;limit&#233;e par les entrelacs de la mangrove, les collines verdoyantes de la pointe nord et la ceinture invisible des r&#233;cifs coralliens. Depuis toujours, la baie de Longoni offre un refuge aux navires de passage. Ulingoni, cette racine bantoue d&#233;signe le &#171; lieu d'escale &#187; et nous renvoie donc &#224; l'histoire pr&#233;coloniale de Mayotte, &#224; cette circulation mill&#233;naire des boutres et des pirogues &#224; balanciers, d'o&#249; est n&#233;e non seulement la soci&#233;t&#233; archip&#233;lique des Comores, mais aussi la civilisation swahilie (de l'arabe &lt;i&gt;swahil&lt;/i&gt;, &#171; rives &#187;) : un maillage de cit&#233;s-&#201;tats &#8211; Lamu, Zanzibar, Mogadiscio&#8230; &#8211; qui jalonnaient les rives de l'Afrique de l'Est et qui constituaient autant d'&#233;tapes sur la route de la p&#233;ninsule arabique, de l'Inde, de la Chine ou de la Malaisie. C'est &#224; cette Afrique swahilie, au c&#339;ur de la premi&#232;re globalisation marchande et culturelle de l'oc&#233;an Indien &#8211; le syst&#232;me-monde afro-asiatique dont l'Europe n'&#233;tait alors qu'une p&#233;riph&#233;rie &#8211;, qu'&#233;taient int&#233;gr&#233;s les ports de l'archipel des Comores et du nord-ouest de Madagascar. &#192; l'image des soci&#233;t&#233;s carib&#233;ennes, les mondes swahilis sont n&#233;s eux aussi de l'impr&#233;visible, de la f&#233;condation r&#233;ciproque d'&#233;l&#233;ments culturels et de peuples infiniment divers : des Somalis, des Bantous, des Perses, des Y&#233;m&#233;nites, des Austron&#233;siens, des Portugais, des r&#233;fugi&#233;s de toutes sortes &#8211; tous acteurs d'une archip&#233;lisation cr&#233;atrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, Longoni a &#233;t&#233; rebaptis&#233; &#171; Mayotte channel gateway &#187; : ce n'est plus un port mais un hub, une plateforme logistique. Ce dispositif ach&#232;ve le processus de &#171; conteneurisation &#187; de la vie mahoraise : qu'un porte-conteneur ou un supertanker arrive en retard et c'est la panique, la hantise de la p&#233;nurie, des files d'attente interminables se forment devant les autels de la modernit&#233; que sont la station d'essence et le supermarch&#233;. Avec la d&#233;partementalisation &#8211; et l'accroissement exponentiel des importations qu'elle suppose &#8211;, au mur du visa Balladur s'ajoute &#224; pr&#233;sent le murmure assourdissant de la marchandise : je ne me rapporte au monde que dans la mesure o&#249; je peux le consommer. La cr&#233;ation &#224; Mayotte d'un &#238;lot de prosp&#233;rit&#233; fictif aboutit n&#233;cessairement au renforcement de la partition de l'archipel, au durcissement de la fronti&#232;re, &#224; l'h&#233;morragie des forces vives des autres &#238;les au profit de l'eldorado mahorais, et donc au rejet croissant de ceux, &#171; les Comoriens &#187;, qui menacent nos privil&#232;ges de consommateur fran&#231;ais. Une des premi&#232;res c&#233;sures auxquelles on est confront&#233; &#224; Mayotte est cette faille g&#233;ologique paradoxale qui s&#233;pare le 101e d&#233;partement de son arri&#232;re-pays &#8211; le canal du Mozambique &#8211;, une faille qui s'&#233;largit au fur et &#224; mesure de son int&#233;gration aux circuits marchands fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Le monde est ici comptabilis&#233; en conteneurs, il n'est que cela, et c'est peut-&#234;tre le &lt;a href=&#034;http://www.linfokwezi.fr/mayotte-asphyxie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;meilleur des filtres possibles&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Les 4&#215;4, les berlines, les &#233;crans plasma, les packs de bi&#232;res&#8230;, tout arrive par Longoni &#8211; cordon ombilical magique qui lie Mayotte &#224; la m&#233;tropole tout en la d&#233;liant de tous les liens familiaux, culturels, historiques qui la rattachaient aux autres &#238;les. La mise sous DOM suppose toujours le r&#233;tr&#233;cissement de l'horizon et une &#171; cartographie mutil&#233;e &#187; : &#171; &lt;i&gt;Pour renforcer leur d&#233;pendance vis-&#224;-vis de la France, l'&#201;tat bloque les relations que les outre-mer entretiennent encore avec les pays voisins&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Fran&#231;oise Verg&#232;s dans &lt;i&gt;Le Ventre des femmes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le d&#244;me invisible de Mayotte, on entend encore l'appel des muezzins et les incantations des &lt;i&gt;fundi wa madjinni&lt;/i&gt; (les ma&#238;tres des djinns), mais on c&#233;l&#232;bre surtout le culte du cargo, ces rituels &#224; travers lesquels les M&#233;lan&#233;siens tentaient de capter les richesses occidentales en imitant de leur mieux les gestes et postures des op&#233;rateurs radio, des capitaines au long cours, des sorciers blancs. Peau comorienne, masques fran&#231;ais, le Mahorais se veut d&#233;sormais &#171; de souche &#187;, pas un de ces &#233;trangers qui d&#233;barquent en &lt;i&gt;kwassa&lt;/i&gt; de l'&#238;le lointaine d'Anjouan, &#224;&#8230; 70km. Dans &lt;i&gt;Le Discours antillais&lt;/i&gt;, &#201;douard Glissant a parfaitement analys&#233; la m&#233;canique du DOM, la &#171; domisation &#187; : il s'agit de convertir des fonds publics &#8211; des subventions, des dotations, des salaires et primes de fonctionnaires, etc. &#8211; en b&#233;n&#233;fices priv&#233;s. Au profit d'abord des grands groupes fran&#231;ais (Total, Bouygues, Casino&#8230;) qui forment des oligopoles et s'entendent donc sur les prix ; d'o&#249; le probl&#232;me r&#233;current de la vie ch&#232;re. Dans la continuit&#233; de l'exclusif colonial institu&#233; par Colbert au XVIIe si&#232;cle, les DOM constituent des march&#233;s captifs d&#233;guis&#233;s. Toute la puissance id&#233;ologique du syst&#232;me r&#233;side dans le fait qu'il se pr&#233;sente sous l'apparence d'un don de la France, transformant ainsi les &#171; domis&#233;s &#187; en &#233;ternels d&#233;biteurs d'un d&#233;veloppement fictif et d&#233;voy&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Microfascisme tropical&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un mauvais djinn, un d&#233;sir d'apartheid &#8211; le r&#234;ve pathog&#232;ne d'une communaut&#233; homog&#232;ne &#8211; poss&#232;de Mayotte : une &#238;le asphyxi&#233;e par sa propre fronti&#232;re, o&#249; schizophr&#233;nie et parano&#239;a vont de pair. Et o&#249; l'on chasse l'&#233;tranger, village apr&#232;s village, au plus profond de soi-m&#234;me. La chasse &#224; l'homme qui s'est d&#233;roul&#233;e de janvier &#224; juillet 2016 n'a pas &#233;pargn&#233; les &#233;tablissements scolaires o&#249;, du jour au lendemain, sans pr&#233;venir, des &#233;l&#232;ves disparaissaient. On les retrouvait parfois sur la place de la R&#233;publique de Mamoudzou, dormant &#224; m&#234;me le sol avec leur famille, sans m&#234;me un bout de toile pour les prot&#233;ger des intemp&#233;ries et des regards agglutin&#233;s aux grilles de ce camp sans nom. Ce n'&#233;taient pas des r&#233;fugi&#233;s, mais les expuls&#233;s de la R&#233;publique : les bannis du &#171; vivre-ensemble &#187;. Dans les &#233;coles, un nouveau jeu fit son apparition, une r&#233;p&#233;tition de ce qui se passait au-dehors : &#171; Les gendarmes et les Anjouanais &#187;... Plus que jamais, Mdzuani (Anjouanais) cinglait l'air comme une insulte et laissait des traces ind&#233;l&#233;biles dans l'&#226;me et le c&#339;ur vuln&#233;rables de ces enfants de Mayotte per&#231;us comme tels : des enfants maudits. Depuis longtemps, &#171; Comorien &#187; &#233;tait devenu un terme canc&#233;rig&#232;ne, un synonyme d'&#233;tranger et donc de d&#233;linquant : on ne le pronon&#231;ait plus, on le crachait, surtout sur les ondes ! Comment s'&#233;tonner alors de voir un jour des milices pseudo-citoyennes sillonner les rues en qu&#234;te d'habitations &#171; comoriennes &#187; &#224; d&#233;truire ou piller&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir, par-del&#224; les mirages du &#171; migrant &#187; et la soif d'exotisme du &lt;i&gt;mzungu&lt;/i&gt;, les luxuriantes collines de Mayotte renferment une vaste garenne &#8211; une chasse &#224; l'homme s'y d&#233;roule en permanence &#224; ciel ouvert. L'humain poursuivi est le fr&#232;re, le cousin, la grand-m&#232;re du Mahorais : il vient des autres &#238;les de l'archipel des Comores. Ce qu'il y a de nouveau aujourd'hui, c'est que la police partage d&#233;sormais son monopole de la traque l&#233;gitime avec des collectifs d'habitants aussi anonymes que les tracts naus&#233;abonds qui se propagent sur les r&#233;seaux et les murs du 101e d&#233;partement. &#171; Mayotte asphyxi&#233;e &#187;, tel est le titre du tract t&#233;l&#233;chargeable depuis le 28 avril 2016 sur le site web de Kwezi : &#171; &lt;i&gt;Une manifestation et une action d'expulsion pacifiques contre l'immigration clandestine auront lieu le dimanche 15 mai 2016. Point de d&#233;part : au plateau de Boueni, &#224; 6h, pour le tour de la commune. Suivi d'un grand voul&#233;&lt;/i&gt; [un barbecue festif]. &#187; Qu'une op&#233;ration de ce type ait pu avoir lieu, bien qu'elle ait &#233;t&#233; annonc&#233;e pr&#232;s de trois semaines &#224; l'avance, en dit long sur la banalisation d'une certaine x&#233;nophobie et sur la complicit&#233; des m&#233;dias, des &#233;lus, des autorit&#233;s locales dans la prolif&#233;ration, sur une grande partie de l'&#238;le, des exactions commises &#224; l'&#233;gard des &#171; Comoriens &#187; : harc&#232;lements, insultes, ratonnades, pillages et incendies, menaces et intrusions chez des personnes h&#233;bergeant des &#171; d&#233;cas&#233;s &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fois, ces &#171; actions d'expulsion &#187; prenaient la forme d'un sinistre charivari o&#249; les battements de casseroles le disputaient aux chants et aux hurlements vengeurs des&lt;i&gt; bouenis&lt;/i&gt; (&#171; femmes &#187;). &#192; Tsimkoura, l&#224; o&#249; tout a commenc&#233; en janvier, pr&#232;s de cent habitants proc&#233;d&#232;rent &#224; une battue &#224; travers leur commune. Ils s'&#233;taient v&#234;tus &#171; &lt;i&gt;de rouge pour se reconna&#238;tre&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Flash info&lt;/i&gt;, 19 janvier), &#224; d&#233;faut de pouvoir &#233;pingler une &#233;toile jaune sur la poitrine d'un envahisseur &#171; comorien &#187; d'autant plus perfide qu'indiscernable : un ennemi int&#233;rieur. Sans le climat d'impunit&#233; qui r&#232;gne &#224; Mayotte, la chasse aux Comoriens n'aurait pu prendre de telles proportions, ce que n'a cess&#233; de d&#233;noncer Ma&#238;tre Ghaem en &#233;voquant des &#171; &lt;i&gt;mairies qui accueillent ouvertement ces collectifs de villageois en leur sein, effectuant des photocopies pour leurs tracts, organisant autour des &#8220;d&#233;casages&#8221; des voul&#233;s festifs.&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Journal de Mayotte&lt;/i&gt;, 5 juin 2016). Comme l'analyse la Cimade, l'absence de r&#233;action de la gendarmerie et de la pr&#233;fecture &#171; &lt;i&gt;cautionne l'impunit&#233; de ces collectifs et leur offre la possibilit&#233; de d&#233;velopper ce type d'actions ill&#233;gales et x&#233;nophobes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mayotte : la chasse aux &#233;trangers par la population est ouverte&#8230; &#187;, Blog (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;. Ce qui est encore plus troublant, c'est qu'une partie des membres de ces milices proviennent de &#171; Conseils citoyens &#187; issus de la Politique de la ville. Une division du travail &#171; civique &#187; se mit ainsi en place : &#224; une fraction radicalis&#233;e de la population l'expulsion et le rabattage, &#224; la gendarmerie l'encadrement (sous pr&#233;texte d'&#233;viter les affrontements), &#224; la PAF le contr&#244;le des papiers et la rafle. Vu son efficacit&#233;, il se pourrait que le microfascisme tropical qui s'est exp&#233;riment&#233; &#224; Mayotte &#8211; cette communion entre une petite frange des citoyens et les forces de l'ordre dans la traque de l'&#233;tranger &#8211; fasse un jour son retour en France m&#233;tropolitaine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les fronti&#232;res int&#233;rieures&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis n&#233;e &#224; Mayotte, d'une m&#232;re anjouanaise et d'un p&#232;re mahorais.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Comme les villageois de ma commune n'aiment pas les &#233;trangers, surtout les Anjouanais, j'ai longtemps eu honte de ma m&#232;re. J'avais honte de dire &#224; mes amis que je suis anjouanaise par ma m&#232;re. Je leur cachais cette v&#233;rit&#233;, je ne voulais pas &#234;tre rejet&#233;e &#224; cause de cette origine-l&#224;. Je faisais semblant d'&#234;tre heureuse avec cette v&#233;rit&#233; cach&#233;e au fond de mon c&#339;ur, mais je me sentais seule. Je n'osais pas me montrer en public avec ma m&#232;re. Quand elle me parlait devant les gens, je l'ignorais, comme si c'&#233;tait une inconnue, une &#233;trang&#232;re. &lt;/i&gt; &#187; C'est &#224; la lecture de ce texte, &#233;crit par une de mes &#233;l&#232;ves, appelons-l&#224; Amina, que j'ai vraiment r&#233;alis&#233; ce fait : les fronti&#232;res ne partagent pas seulement les territoires mais aussi les &#226;mes, les rendant souvent &#233;trang&#232;res &#224; elles-m&#234;mes. Le constat de Fanon se v&#233;rifie : l'ali&#233;nation ne peut se comprendre &#224; partir du seul psychisme de l'individu, puisque c'est la situation (post)coloniale qui la g&#233;n&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'entends d&#233;j&#224; des voix s'&#233;crier : &#171; Arr&#234;tez avec votre histoire coloniale, tout &#231;a c'est du pass&#233; !&#8230; &#187; Certes, il n'y a plus de travail forc&#233;, de code de l'indig&#233;nat. Ce qu'on exploite aujourd'hui dans les DOM (cf. &lt;i&gt;Le Discours antillais&lt;/i&gt; de Glissant), c'est la consommation, l'assistanat subventionn&#233; des autochtones : des populations rendues superflues dont le paysage est peu &#224; peu transform&#233; en r&#233;serve &#233;cologique. Aussi, l'asphyxie qu'&#233;voquent les tracts appelant &#224; la chasse aux Comoriens n'est-elle en fait que l'asphyxie d'une vie sociale, culturelle et &#233;conomique qui peut de moins en moins se passer de l'assistance respiratoire de la m&#232;re patrie fran&#231;aise. La &#171; domisation &#187; a donc pour effet non seulement de st&#233;riliser les initiatives, les productions, l'&#233;conomie locale, mais aussi d'&#233;vider le &#171; domis&#233; &#187; qui, au fur et &#224; mesure qu'il perd ses savoir-faire, se voit contraint pour garder un minimum d'estime de soi de se r&#233;fugier dans l'apparat et le folklore. C'est la phase ultime de l'assimilation, une colonisation parfaite, puisque m&#233;connue comme telle et d&#233;sir&#233;e par le n&#233;ocolonis&#233;. Dans cette mise sous d&#233;pendance int&#233;grale &#8211; une tutelle aussi insidieuse qu'invisible et confortable &#8211;, il devient toujours plus difficile d'exprimer des diff&#233;rends &#224; l'&#233;gard de la m&#233;tropole et de ses repr&#233;sentants. Se met alors en place un processus d'autocensure permanent aliment&#233; par une peur primale de nourrisson : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;lus mahorais ont peur des pr&#233;fets qui les traitent comme des mendiants&lt;/i&gt; &#187; (&lt;i&gt;Mayotte en sous-France&lt;/i&gt;, Mahamoud Azihari). On ne saurait mordre, en effet, la main qui nous nourrit : trop peur de perdre ce qui nous a d&#233;j&#224; perdus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malaise dans le lagon&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le malaise de Mayotte s'enracine en partie dans le sentiment plus ou moins conscient de d&#233;possession qu'&#233;prouvent ses habitants vis-&#224;-vis de leur propre image, de leur propre histoire et devenir. Ce malaise est bien plus profond que les mille et une difficult&#233;s &#233;conomiques et sociales que rencontre ce territoire &#8211; ch&#244;mage abyssal, syst&#232;me hospitalier et &#233;ducatif au bord de l'implosion, croissance exponentielle des cambriolages et agressions, 85% de la population sous le seuil de pauvret&#233;. Un malaise indicible, touchant au sentiment m&#234;me de l'existence : j'ai beau renier mes fr&#232;res, j'ai beau cracher sur leur ind&#233;pendance de merde, j'ai beau arborer le drapeau fran&#231;ais et chanter &#171; La Marseillaise &#187;, je reste invisible aux yeux de la m&#232;re patrie, au point qu'il m'arrive souvent de douter de ma propre r&#233;alit&#233;&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je ne veux pas de votre ind&#233;pendance &#224; la merde et &#224; la con ! &#187;, phrase (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Mayotte souffre de ne pas &#234;tre aim&#233;e par la lointaine m&#233;tropole, alors qu'elle-m&#234;me ne veut plus se reconna&#238;tre dans ses &#238;les s&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La source premi&#232;re du mal-&#234;tre &#224; Mayotte r&#233;side ainsi dans le refoulement croissant de la &#171; comorianit&#233; &#187; de cette &#238;le. Lequel ne se produit pas seulement dans la psych&#233; des individus, mais d'abord &#224; travers des techniques polici&#232;res de rafle, d'internement, d'expulsion. Aujourd'hui, plus que jamais, l'expulsion des corps &#233;trangers est pr&#233;sent&#233;e comme le rem&#232;de &#224; tous les maux de la soci&#233;t&#233; mahoraise. Le probl&#232;me avec le refoul&#233;, c'est qu'il ne cesse de faire retour sous la forme d'une violence interne &#224; l'individu : somatisations, troubles du comportement, psychoses. Dans le cas de Mayotte, ce retour du refoul&#233; s'exprime notamment dans la multitude toujours croissante des mineurs isol&#233;s : les enfants des rues et des bois, les enfants du rejet qui grandissent la rage entre les dents, loin de leurs parents &#8211; des enfants vou&#233;s &#224; une citoyennet&#233; impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la puissance archip&#233;lique des rivages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le malheur des hommes&lt;/i&gt;, dit Foucault, &lt;i&gt;ne doit jamais &#234;tre un reste muet de la politique.&lt;/i&gt; &#187; T&#233;moigner de l'innommable, c'est le premier acte d'une r&#233;sistance politique parce que po&#233;tique : la premi&#232;re r&#233;volution est celle du verbe ! &#192; cette &#171; &lt;i&gt; fable &#233;crite de main de ma&#238;tre&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;cette histoire de migration sauvage en sa propre terre&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, l'artiste S&#339;uf Elbadawi riposte par les contre-sorts d'une po&#233;sie d'outre-tombe : &#171; &lt;i&gt;Un dhikri pour nos morts. La rage entre les dents. &lt;/i&gt; &#187; Un texte qui rompt le non-dit sur tous ces mal-morts qui hantent Mayotte et les autres &#238;les de l'archipel. L'histoire d'un homme fracass&#233; qui enrage de ne pouvoir enterrer ses morts et contemple le lent naufrage d'un archipel. &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; quand allons-nous regarder ceux qui s'enfoncent sous l'eau &lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;sans rien opposer &#224; l'Impensable ? &lt;/i&gt; &#187;, se demande-t-il. Cet homme d&#233;cide alors d'organiser un &lt;i&gt;dahira&lt;/i&gt; (c&#233;r&#233;monie fun&#233;raire soufie), non seulement pour son cousin, mais aussi pour ces milliers de morts que nul ne nomme. Lorsque les disparus sont censur&#233;s et abandonn&#233;s &#224; leur sort, lorsqu'ils ne sont plus que des chiffres dans des statistiques ou des graphiques, c'est notre propre humanit&#233; qui est remise en question : notre capacit&#233; &#224; nous reconna&#238;tre dans l'autre. Le mort &#233;tant l'autre par excellence puisqu'&#171; au-del&#224; &#187;. &#192; la rh&#233;torique d&#233;shumanisante du &#171; flux migratoire &#187;, Elbadawi oppose le verbe cr&#233;ateur qui offre un visage et une voix aux damn&#233;s de la mer, t&#233;moignant ainsi de leur humanit&#233; et&#8230; de la n&#244;tre. Face &#224; la banalit&#233; du mal &#8211; la plus terrible des censures &#8211;, retrouver la capacit&#233; po&#233;tique de s'&#233;tonner, retrouver le sens de l'intol&#233;rable. Mettre au jour le scandale que l'on ne cesse d'&#233;touffer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'&#234;tre des lignes, les fronti&#232;res sont des lieux de vie o&#249; les humains se sont toujours r&#233;invent&#233;s en se nourrissant de l'&#233;tranget&#233; de leur prochain. Comme les barri&#232;res de corail, les fronti&#232;res ne respirent, ne vivent que par leurs pores, leurs asp&#233;rit&#233;s, leurs surfaces ajour&#233;es o&#249; se produit l'entrelacs continuel de mondes incommensurables : une hybridation cr&#233;atrice. F&#233;cond&#233;s par les aliz&#233;es et moussons&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les navigations s'effectuaient en fonction du cycle des vents.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, les &lt;i&gt;swahil&lt;/i&gt; (rives) incarnent par excellence la fronti&#232;re comme lieu de vie, comme espace de pulsation et de symbiose cr&#233;atrice. La &#171; domisation &#187;, qu'il s'agisse de la politique d'assimilation des Outre-mer ou de la mise sous d&#244;me s&#233;curitaire &#8211; la mise en r&#233;seau et r&#233;sonance des appareils de capture &#8211;, c'est la n&#233;gation des rivages et de leur puissance archip&#233;lique. Appelons donc &#224; de nouvelles &#171; swahilisations &#187;, &#224; des &#171; d&#233;-rives &#187; in&#233;dites et furtives !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(*) : dans &lt;i&gt;Under the dome&lt;/i&gt;, s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e US, une ville se r&#233;veille un jour sous un d&#244;me transparent qui la retranche du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Mayotte : mort de 7 migrants dans un naufrage &#187;, lefigaro.fr, 10/02/2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis l'instauration en 1995 du visa Balladur, il y a eu plus de 15 000 morts selon les estimations de l'ONG Migreurop.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au fur et &#224; mesure que la partition de l'archipel se durcit, le mot &#171; Mayotte &#187; devient une coquille vide mais tranchante : une abstraction au sens fort, puisqu'&#224; pr&#233;sent on ne con&#231;oit &#224; travers ce mot qu'une scission, qu'un territoire abstrait de son arri&#232;re-pays. Ainsi Maore n'est plus que ciel et lagon, elle n'a plus ni archipel ni continent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bien qu'il y ait des variations d'une &#238;le &#224; l'autre, voire d'un village &#224; l'autre, il y a en commun dans cet archipel une langue, des lignages familiaux, des pratiques religieuses, des savoir-faire th&#233;rapeutiques ou agricoles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Mayotte : la chasse aux &#233;trangers par la population est ouverte&#8230; &#187;, Blog Mediapart de la Cimade, 25/04/16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne veux pas de votre ind&#233;pendance &#224; la merde et &#224; la con !&lt;/i&gt; &#187;, phrase c&#233;l&#232;bre du p&#232;re de &#171; Mayotte fran&#231;aise &#187;, Younoussa Bamana. Dans les manifs anti-Comoriens, on voit des pancartes proclamer : &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas de votre ind&#233;pendance de merde !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les navigations s'effectuaient en fonction du cycle des vents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chasse &#224; l'homme &#224; Mayotte</title>
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		<dc:date>2018-02-24T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas B&#233;rard</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
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		<dc:subject>publics n'interviennent</dc:subject>
		<dc:subject>Rivomalala Rakotondravelo</dc:subject>
		<dc:subject>situation administrative</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Mayotte, 101e d&#233;partement fran&#231;ais, les coutures craquent de tout c&#244;t&#233;. L'ex-d&#233;put&#233; (Les R&#233;publicains) Mansour Kamardine parle d'un territoire &#171; au bord de la guerre civile &#187; et en appelle &#224; une r&#233;action de l'&#201;tat fran&#231;ais. C'est sans doute s'exon&#233;rer un peu vite de la responsabilit&#233; de ce m&#234;me &#201;tat qui, en une dizaine d'ann&#233;es, a fait sombrer cette &#238;le dans le chaos. Le 20 mai, l'organisation M&#233;decins du Monde publie un communiqu&#233; : &#171; Depuis le mois de janvier, des collectifs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Mayotte, 101e d&#233;partement fran&#231;ais, les coutures craquent de tout c&#244;t&#233;. L'ex-d&#233;put&#233; (Les R&#233;publicains) Mansour Kamardine parle d'un territoire &#171; &lt;i&gt;au bord de la guerre civile&lt;/i&gt; &#187; et en appelle &#224; une r&#233;action de l'&#201;tat fran&#231;ais. C'est sans doute s'exon&#233;rer un peu vite de la responsabilit&#233; de ce m&#234;me &#201;tat qui, en une dizaine d'ann&#233;es, a fait sombrer cette &#238;le dans le chaos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 20 mai, l'organisation M&#233;decins du Monde publie un communiqu&#233; : &#171; &lt;i&gt;Depuis le mois de janvier, des collectifs villageois organisent des expulsions visant les &#233;trangers, quelle que soit leur situation administrative, sans que les pouvoirs publics n'interviennent. Ces &#8220;chasses &#224; l'homme&#8221; se sont intensifi&#233;es ces derni&#232;res semaines et de nombreuses habitations ont &#233;t&#233; d&#233;truites ou br&#251;l&#233;es, obligeant ces personnes &#224; fuir.&lt;/i&gt; &#187; Une bonne partie est all&#233;e se r&#233;fugier dans des bidonvilles, ou se terre dans les bois. D'autres, 250 environ, pour la plupart munies de titres de s&#233;jour, se sont install&#233;es sur la place de la R&#233;publique du chef lieu Mamoudzou, dans des conditions sanitaires ex&#233;crables. La pr&#233;fecture envisage d&#233;sormais de monter des tentes pour cr&#233;er ce qu'il est convenu d'appeler un camp de r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH529/-409-d9adb.jpg?1782668399' width='400' height='529' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des milliers d'enfants livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur 220&#8239;000 habitants recens&#233;s par l'Insee (le v&#233;ritable chiffre est sans doute beaucoup plus &#233;lev&#233;), 40 % environ sont des &#171; &#233;trangers &#187;, principalement venus des &#238;les comoriennes voisines, fr&#232;res, s&#339;urs, cousins des Mahorais n&#233;s &#224; Mayotte&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le droit international, la pr&#233;sence fran&#231;aise est ill&#233;gale &#224; Mayotte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce n'est que depuis l'instauration du Visa Balladur, en 1995, que les voisins comoriens sont devenus des &#171; &#233;trangers ill&#233;gaux &#187;. Le fait que ces derniers soient d&#233;sign&#233;s comme responsables de tous les maux ne date pas d'hier. Mais les tensions entre communaut&#233;s ont vraiment &#233;t&#233; exacerb&#233;es depuis une bonne dizaine d'ann&#233;es, au moment o&#249; Sarkozy a d&#233;barqu&#233; &#224; l'Int&#233;rieur, en promettant de mener la &#171; chasse aux sans-papiers &#187;. Depuis, environ 20 000 personnes sont expuls&#233;es de Mayotte chaque ann&#233;e &#8211;&#8239;pour une &#238;le de 200 000 habitants. Arriv&#233;s au pouvoir, les socialistes &#224; la sauce Valls se sont empress&#233;s de poursuivre cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien y r&#233;fl&#233;chir, on peut donc se demander si Mayotte n'est pas en situation de guerre civile depuis au moins dix ans. D'autant que pour atteindre de tels chiffres, il ne faut pas y aller avec le dos de la cuill&#232;re. Les associations de d&#233;fense des sans-papiers, comme la Cimade, rendent compte de la brutalit&#233; des interventions des gendarmes qui cassent la porte des &lt;i&gt;bangas&lt;/i&gt; (habitations de fortune) au petit matin pour interpeller les locataires, ou proc&#232;dent &#224; des contr&#244;les d'identit&#233; devant les dispensaires ou devant les &#233;coles, etc. &#201;lectoralement, c'est peut-&#234;tre payant. Sur le plan humanitaire, et m&#234;me s&#233;curitaire, c'est un d&#233;sastre. Notamment parce que derri&#232;re ces reconduits, il y a des enfants. Leurs parents expuls&#233;s, certains se retrouvent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes &#224; Mayotte. Ceux qui ont le plus de chance sont recueillis par une tante ou une cousine &#8211; jusqu'&#224; ce que celle-ci se fasse &#224; son tour expulser. Ils s'installent alors dans l'un des nombreux bidonvilles de l'&#238;le, ou se fabriquent des habitations pr&#233;caires en for&#234;t, font la manche devant les magasins, fouillent les poubelles, se prostituent, au mieux se font exploiter sur le march&#233; noir, ou se lancent dans la petite criminalit&#233;. D&#232;s 2010, l'ex-pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral Sa&#239;d Omar Oili tirait la sonnette d'alarme : Le nombre d'&#171; &lt;i&gt;enfants isol&#233;s&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait alors d&#233;j&#224; estim&#233; &#224; 4 000 et constituaient d&#233;j&#224; &#171; &lt;i&gt;une v&#233;ritable bombe &#224; retardement&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Ces mineurs isol&#233;s sont des victimes qui sont en danger et qui peuvent mettre en danger la soci&#233;t&#233; mahoraise et l'ensemble de l'&#238;le de Mayotte&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait-il dans une lettre ouverte. Combien sont-ils aujourd'hui ? &#171; &lt;i&gt;Impossible de le savoir, on n'a m&#234;me pas de chiffres&lt;/i&gt;, regrette cet &#233;lu&lt;i&gt;. Ce qui est s&#251;r, c'est qu'ils sont beaucoup plus nombreux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#199;a devient infernal &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la plupart d&#233;scolaris&#233;s, ces jeunes sont totalement abandonn&#233;s. Lorsque l'id&#233;e a &#233;t&#233; &#233;mise de cr&#233;er un centre pour les h&#233;berger, les &#233;lus du conseil d&#233;partemental avaient balay&#233; l'id&#233;e, craignant que cela ne fasse &#171; appel d'air &#187;. Quant &#224; l'&#201;tat, il a cr&#233;&#233; un &#171; Observatoire des mineurs isol&#233;s &#187;, qui laisse l'impression de prendre le probl&#232;me en main pour mieux pouvoir l'ignorer. &#171; &lt;i&gt;Il y a cinq ans, on voyait des m&#244;mes de 10 ans avec des couteaux &#224; la main&lt;/i&gt;, explique Guillaume&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, un m&#233;tropolitain de 40&#8239;ans, install&#233; &#224; Mayotte depuis une quinzaine d'ann&#233;es. &lt;i&gt;Aujourd'hui, ces m&#234;mes gamins se baladent avec des scies &#233;lectriques ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les derni&#232;res statistiques du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, Mayotte caracole en t&#234;te des territoires en terme de cambriolages : ils sont deux fois plus nombreux que la moyenne ultramarine fran&#231;aise, et plus de trois fois plus nombreux que dans l'Hexagone. L'&#238;le, autrefois r&#233;put&#233;e pour son calme, a connu ses premiers braquages &#224; main arm&#233;e, et ses premiers morts par agression. &#171; &lt;i&gt; Franchement, &#231;a devient infernal&lt;/i&gt; &#187;, regrette Rivomalala Rakotondravelo, secr&#233;taire d&#233;partemental du Syndicat national unitaire des instituteurs (Snuipp), qui r&#233;clame inlassablement des moyens et des salles de classes suppl&#233;mentaires pour l'&#233;ducation de tous les enfants pr&#233;sents sur l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les fantasmes d&#233;&#231;us de la d&#233;partementalisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne, Mayotte est devenu en 2011 d&#233;partement fran&#231;ais. Revendication vieille de 40&#8239;ans, ce statut a &#233;t&#233; vendu d'une m&#234;me voix par l'&#201;tat, la grande majorit&#233; des &#233;lus et des m&#233;dias locaux comme &#171; la &#187; solution &#224; tous les probl&#232;mes. Un discours ne laissant place &#224; aucune nuance, qui s'est traduit dans les urnes lors de la consultation de 2010 : plus de 95 % des votants se sont exprim&#233;s en faveur de la d&#233;partementalisation. Cinq ans plus tard, la d&#233;sillusion est &#224; la hauteur des fantasmes suscit&#233;s par ce statut. Il suffit d'observer trois conditions essentielles au bien-&#234;tre &#8211; sant&#233;, alimentation, &#233;ducation &#8211; pour se persuader que la d&#233;partementalisation est un &#233;chec : il est devenu impossible d'avoir acc&#232;s &#224; un m&#233;decin dans des d&#233;lais raisonnables ; les prix &#224; la consommation n'ont jamais &#233;t&#233; aussi &#233;lev&#233;s ; s'il manquait environ 600 places dans les &#233;coles du premier degr&#233; en 2011, aujourd'hui, &#171; &lt;i&gt;on a arr&#234;t&#233; de compter&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole Rakotondravelo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#232;gles venues de loin s'appliquent aussi en mati&#232;re d'immigration. Les &#171; &#233;trangers &#187; obtiennent ainsi plus facilement des titres de s&#233;jour d'un an renouvelables. Mais pour la plupart, ceux-ci s'accompagnent d'une interdiction d'exercer un emploi salari&#233;. Si l'&#201;tat voulait organiser la pr&#233;carit&#233; &#8211; et l'exploitation de toute une frange de la population sur le march&#233; noir &#8211;, il ne s'y prendrait pas autrement. L'une des exceptions faites au droit commun n'arrange rien au niveau local : bien que munis de leur titre de s&#233;jour, ces &#171; &#233;trangers &#187; n'ont pas la possibilit&#233; de voyager sur le territoire national. Impossible, pour eux, d'aller au-del&#224; de Mayotte. Comme si la France craignait d'&#234;tre contamin&#233;e par son propre territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une histoire de pauvres &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est interdit, pourtant, de remettre en cause le statut de d&#233;partement. Tous ceux qui s'y oseraient seraient aussit&#244;t tax&#233;s d'&#171; ennemis de Mayotte &#187;. En avril, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a paralys&#233; l'&#238;le durant 15 jours pour r&#233;clamer l'&#171; &#233;galit&#233; r&#233;elle &#187; avec le reste du territoire fran&#231;ais. Le mouvement a finalement &#233;t&#233; interrompu contre l'organisation d'une grande r&#233;union au minist&#232;re d'Outre-mer, le 1er juin, et la promesse de faire avancer les choses. Mais beaucoup ne croient plus aux belles promesses. Alors, il faut trouver des responsables, se d&#233;brouiller comme on peut pour voir sa situation s'am&#233;liorer. C'est ainsi que des groupes de villageois ont proc&#233;d&#233; &#224; l'expulsion de centaines de familles comoriennes de leur logement, sous le regard impassible des autorit&#233;s. Fin mai, pour la premi&#232;re fois, des jeunes, sans doute &#171; isol&#233;s &#187;, ont r&#233;pliqu&#233; aux expulsions. Dans le village de Tsoundzou (&#224; proximit&#233; de Mamoudzou), les forces de l'ordre ont &#233;t&#233; caillass&#233;es, des barrages ont &#233;t&#233; &#233;rig&#233;s, et des voitures incendi&#233;es. La veille, Mohamed Majani, le maire centriste de Mamoudzou, avait envoy&#233; sa police municipale d&#233;truire des &lt;i&gt;bangas&lt;/i&gt; ill&#233;gaux. Suite &#224; ces &#233;v&#233;nements, le d&#233;put&#233; socialiste Ibrahim Aboubacar a encourag&#233;, sur un m&#233;dia local, les maires &#224; &#171; &lt;i&gt;reprendre le contr&#244;le de leur sol&lt;/i&gt; &#187;. Quant au gouvernement, son unique proposition a &#233;t&#233; d'envoyer des escadrons suppl&#233;mentaires. Une r&#233;ponse forc&#233;e preuve d'une obstination niant l'origine du probl&#232;me&#8230; &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a, c'est une histoire de pauvres qui se d&#233;battent pour vivre d&#233;cemment&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Rivomalala Rakotondravelo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon le droit international, la pr&#233;sence fran&#231;aise est ill&#233;gale &#224; Mayotte, cette &#238;le constituant l'une des quatre &#238;les de l'Union des Comores.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karibu Maor&#233; ! (Bienvenue &#224; Mayotte !)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Karibu-Maore-Bienvenue-a-Mayotte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Karibu-Maore-Bienvenue-a-Mayotte</guid>
		<dc:date>2012-10-17T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lionel Jensac</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Camille</dc:subject>
		<dc:subject>CRA</dc:subject>
		<dc:subject>L'h&#244;pital</dc:subject>
		<dc:subject>Mayotte</dc:subject>
		<dc:subject>venu r&#233;glementer</dc:subject>
		<dc:subject>mani&#232;re drastique</dc:subject>
		<dc:subject>drastique l'acc&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>partie fran&#231;aise</dc:subject>
		<dc:subject>circul&#233; librement</dc:subject>
		<dc:subject>d'autre choix</dc:subject>
		<dc:subject>Petite Terre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;ger &#233;moi dans la presse fran&#231;aise : un nouveau-n&#233; &#171; clandestin &#187; est mort au centre de r&#233;tention de Mayotte. Sur ce rocher fran&#231;ais de l'oc&#233;an Indien, il est d'usage d'appeler &#171; clandestins &#187; toutes les personnes qui arrivent des &#238;les s&#339;urs, de l'archipel des Comores. Notamment d'Anjouan, que l'on aper&#231;oit &#224; l'horizon, &#224; 70 km de l&#224;. Depuis que le visa Balladur de 1995 est venu r&#233;glementer de mani&#232;re drastique l'acc&#232;s &#224; la partie fran&#231;aise de l'archipel, les Comoriens, qui ont toujours (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no103-septembre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;103 (septembre 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camille" rel="tag"&gt;Camille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CRA" rel="tag"&gt;CRA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-hopital" rel="tag"&gt;L'h&#244;pital&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mayotte" rel="tag"&gt;Mayotte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/venu-reglementer" rel="tag"&gt;venu r&#233;glementer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maniere-drastique" rel="tag"&gt;mani&#232;re drastique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/drastique-l-acces" rel="tag"&gt;drastique l'acc&#232;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/partie-francaise" rel="tag"&gt;partie fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/circule-librement" rel="tag"&gt;circul&#233; librement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autre-choix" rel="tag"&gt;d'autre choix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Petite-Terre" rel="tag"&gt;Petite Terre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L&#233;ger &#233;moi dans la presse fran&#231;aise : un nouveau-n&#233; &#171; clandestin &#187; est mort au centre de r&#233;tention de Mayotte. Sur ce rocher fran&#231;ais de l'oc&#233;an Indien, il est d'usage d'appeler &#171; clandestins &#187; toutes les personnes qui arrivent des &#238;les s&#339;urs, de l'archipel des Comores. Notamment d'Anjouan, que l'on aper&#231;oit &#224; l'horizon, &#224; 70 km de l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH364/103camille-ef7e7.jpg?1782669178' width='400' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Camille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le visa Balladur de 1995 est venu r&#233;glementer de mani&#232;re drastique l'acc&#232;s &#224; la partie fran&#231;aise de l'archipel, les Comoriens, qui ont toujours circul&#233; librement entre les diff&#233;rentes terres, n'ont d'autre choix que de payer des fortunes aux passeurs, pour des travers&#233;es aussi nocturnes que p&#233;rilleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 15 ao&#251;t, un kwassa est intercept&#233; par la Marine nationale. &#224; bord de cette embarcation de fortune, vingt-six clandestins, hommes, femmes et enfants. Les passagers sont d&#233;barqu&#233;s &#224; Pamandzi, en Petite Terre, l&#224; o&#249; se trouve le Centre de r&#233;tention administrative (CRA). Sur le quai, une infirmi&#232;re de l'h&#244;pital r&#233;alise un diagnostic rapide. Certains sont bons pour les urgences, les autres iront directement au CRA, un hangar situ&#233; au bord d'une route passante de la petite &#238;le, entour&#233; de quelques barbel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, un nourrisson de deux mois est retrouv&#233; mort dans l'enceinte du centre. La jeune m&#232;re de dix-sept ans avait pourtant signal&#233;, d&#232;s l'arraisonnement du kwassa, le mauvais &#233;tat de sant&#233; de son b&#233;b&#233;, n&#233; pr&#233;matur&#233;ment &#224; Anjouan. &lt;i&gt;&#171; Il pesait un kilo et demi. On a essay&#233; de le soigner &#224; Anjouan mais &#231;a n'a pas march&#233;. C'est pour cette raison que j'ai d&#233;cid&#233; de venir &#224; Mayotte &#187;, a-t-elle d&#233;clar&#233;. &#171; On m'a dit qu'un enfant malade ne devait pas aller au CRA, mais &#224; l'h&#244;pital. L&#224;, j'ai compris qu'ils avaient consid&#233;r&#233; mon enfant comme un rat. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Associations locales et collectifs se mobilisent : manifs, communiqu&#233;s de presse,&#8230; La rumeur du b&#233;b&#233; mort au CRA finit par sortir du lagon et gagne la m&#233;tropole. Obligation pour les autorit&#233;s locales de se justifier, d'autopsier, d'enqu&#234;ter,&#8230; Pour une fois, le statut de ces populations, proche du r&#233;gime de l'indig&#233;nat, est bouscul&#233;. Une histoire qui ne pourra pas se r&#233;gler selon la cuisine coloniale habituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce n'est pas la premi&#232;re fois que le CRA de Mayotte fait parler de lui outre-mer : en mai 2011, un homme y &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233;, officiellement d'une &#171; crise cardiaque &#187;. Le 25 janvier 2012, deux policiers sont condamn&#233;s pour avoir frapp&#233; une femme avec leurs tonfas, lui causant des h&#233;matomes de vingt centim&#232;tres de diam&#232;tre. Sans compter les images choc, sorties dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.liberation.fr/mayotte-re...,99752&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, en d&#233;cembre 2008, &#171; Mayotte, la R&#233;publique indigne &#187;, et &#171; Le centre de r&#233;tention de la honte &#187;, r&#233;cup&#233;r&#233;es clandestinement, par un agent de la Police aux fronti&#232;res, qui les avait confi&#233;es au journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le drame d'ao&#251;t, la jeune m&#232;re comorienne est l'objet de fermes pressions polici&#232;res : on l'incite &#224; dire que son b&#233;b&#233; &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233; pendant le trajet en mer. Interrog&#233; &#224; ce sujet, Thomas Degos, le pr&#233;fet de Mayotte, s'insurge et pr&#233;tend que de telles man&#339;uvres &lt;i&gt;&#171; n'ont pas cours dans les services de l'&#201;tat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la m&#233;tropole, les ministres de l'Int&#233;rieur et de l'Outre-Mer appuient la politique en place dans le 101e d&#233;partement fran&#231;ais :&lt;i&gt; &#171; Si aucune action de ma&#238;trise de ce ph&#233;nom&#232;ne (migratoire) n'&#233;tait recherch&#233;e, la population augmenterait d'environ 10 % chaque ann&#233;e, ce qui compromettrait tout d&#233;veloppement social et &#233;conomique. &#187;&lt;/i&gt; Et ils rappellent, refrain us&#233; jusqu'&#224; la corde, que les v&#233;ritables responsables de telles trag&#233;dies restent les &#171; passeurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, &#224; Mayotte, il faut prendre des mesures ; le procureur suspend l'infirmi&#232;re ! N&#233;gligeant un d&#233;tail : depuis trois mois, la pr&#233;fecture impose &#224; une infirmi&#232;re de l'h&#244;pital de formuler un diagnostic, alors que seuls les m&#233;decins sont normalement habilit&#233;s &#224; le faire. Le directeur de l'h&#244;pital et le pr&#233;fet, ne s'en tiendront pas &#224; ce seul arrangement ; ils pr&#233;voient de lancer quelques travaux de s&#233;curisation &#8211; un gros mur et des barbel&#233;s &#8211; afin d'avoir une v&#233;ritable annexe du CRA, dans l'enceinte m&#234;me de l'h&#244;pital ! Avec pr&#233;sence permanente des forces de police. Des locaux qui pourront accueillir le &#171; tri sanitaire &#187;, apr&#232;s interception des kwassas. Et de quoi d&#233;courager un peu plus les Comoriens malades de risquer la travers&#233;e pour aller chercher des soins &#224; l'h&#244;pital&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, en juillet 2012, une mission s&#233;natoriale pr&#233;conisait la r&#233;vision du visa Balladur et proposait d'ouvrir un espace de circulation &#224; l'int&#233;rieur des Comores, Mayotte comprise. Tout en encourageant la construction d'un nouveau centre de r&#233;tention pour 2014&#8230; Mais fin ao&#251;t, Valls envoie sur l'&#238;le son conseiller d'&#201;tat, Alain Christnatch, qui, lui, pr&#244;nera le maintien de la politique en place. Et la m&#234;me semaine, on apprend que la circulaire Valls du 6 juillet qui pr&#233;conise l'assignation &#224; r&#233;sidence des familles sans-papiers (avec enfants) et des mineurs &#8211; plut&#244;t que le placement en CRA &#8211; ne sera pas appliqu&#233;e &#224; Mayotte. Justification des sbires du successeur de Sarkozy, Hortefeux et Gu&#233;ant : avec 25 % de la population sans titre de s&#233;jour, &#171; la r&#233;alit&#233; de la situation locale rend inop&#233;rante l'assignation &#224; r&#233;sidence &#187; ! Mais, sans doute, le nouveau sinistre de l'Int&#233;rieur veut-il surtout conserver d'aussi providentiels contingents d'expulsions - six mille quatre cents mineurs en 2010, cinq mille trois cents en 2011 &#8211; quand il s'agira de relancer la politique du chiffre&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/mayotte-retention&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/mayotte-re...&lt;/a&gt;,99752&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; D&#233;sormais, le Mahorais sera respect&#233; ! &#187;</title>
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&lt;p&gt;Une r&#233;volution sur l'&#238;le de l'archipel des Comores ? Plut&#244;t un vaste mouvement social contre l'augmentation des prix, cons&#233;quence du rattachement &#224; la France. Mais la m&#233;tropole, &#233;chaud&#233;e par l'exemple antillais, a d&#233;ploy&#233; de gros moyens pour r&#233;tablir l'ordre. Au fil des jours &#224; Mayotte, c'&#233;tait devenu la r&#233;f&#233;rence. Pour certains m&#234;me, un record &#224; battre. Las, le &#171; score &#187; de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale antillaise, qui avait dur&#233; quarante-quatre jours en 2009, n'a pas &#233;t&#233; atteint. Les Mahorais ont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no95-decembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;95 (d&#233;cembre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mlaili-Condro" rel="tag"&gt;Mla&#239;li Condro&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une r&#233;volution sur l'&#238;le de l'archipel des Comores ? Plut&#244;t un vaste mouvement social contre l'augmentation des prix, cons&#233;quence du rattachement &#224; la France. Mais la m&#233;tropole, &#233;chaud&#233;e par l'exemple antillais, a d&#233;ploy&#233; de gros moyens pour r&#233;tablir l'ordre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_249 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH442/95_camille_mayotte-0a76b.jpg?1782643535' width='400' height='442' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Camille
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fil des jours&lt;/strong&gt; &#224; Mayotte, c'&#233;tait devenu la r&#233;f&#233;rence. Pour certains m&#234;me, un record &#224; battre. Las, le &#171; score &#187; de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale antillaise, qui avait dur&#233; quarante-quatre jours en 2009, n'a pas &#233;t&#233; atteint. Les Mahorais ont tenu un jour de moins. Apr&#232;s quarante-trois jours d'une mobilisation sociale &#171; contre la vie ch&#232;re &#187; sans pr&#233;c&#233;dent dans cette &#238;le de l'archipel des Comores qui est devenue le 101e d&#233;partement fran&#231;ais en avril dernier, les syndicalistes ont d&#233;cr&#233;t&#233; la suspension du mouvement avant m&#234;me qu'un accord ne soit trouv&#233; entre l'intersyndicale et les associations de consommateurs d'un c&#244;t&#233;, le patronat de l'autre. Ce dernier a bien consenti &#224; baisser le prix d'une dizaine de produits dits &#171; de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; &#187;, mais les leaders du mouvement attendaient plus. Les manifestants les plus radicaux aussi. &lt;i&gt;&#171; Tout &#231;a pour &#231;a ! &#187;&lt;/i&gt; se d&#233;solait l'un d'eux le 9 novembre, au lendemain de la &#171; capitulation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 27 septembre, jour de la premi&#232;re manifestation qui a vite d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en bataille de rue avec les forces de l'ordre venues en masse, les trois principales centrales syndicales de l'&#238;le et plusieurs associations de consommateurs, soutenues par une grande majorit&#233; de la population et des &#233;lus, revendiquaient la baisse des prix de produits tels que le riz, les ailes de poulet (ce qu'on appelle sur l'&#238;le des mabawas), l'huile, les sardines, le gaz, le sable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en Guadeloupe et en Martinique, le conflit a &#233;t&#233; dur. Pendant plusieurs semaines, les entreprises et les administrations ont tourn&#233; au ralenti, les routes ont &#233;t&#233; barr&#233;es, des carcasses de voitures incendi&#233;es, des vols annul&#233;s, des magasins pill&#233;s. Un manifestant, vite qualifi&#233; de &#171; martyr &#187;, est mort dans des conditions qui restent &#224; &#233;lucider. Alors que l'Administration parle d'un arr&#234;t cardiaque, des &#233;lus locaux ont accus&#233; les forces de l'ordre. Plusieurs autres ont &#233;t&#233; bless&#233;s et un enfant de neuf ans, touch&#233; au visage par un tir de Flash-Ball, a perdu un &#339;il. Plusieurs &#233;lus ont d&#233;nonc&#233; cette r&#233;pression aveugle de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison avec les Antilles s'arr&#234;te l&#224;. Un des leaders du mouvement, Ansoir Abdou, &#224; la t&#234;te du Collectif des citoyens perdus cr&#233;&#233; en 2009 pour protester contre la vie ch&#232;re, a bien invit&#233; le porte-parole du LKP, &#201;lie Domota. Mais ce dernier a d&#233;clin&#233;. Il a eu beau d&#233;clarer, dans L'Humanit&#233;, que &lt;i&gt;&#171; les similitudes [entre les deux conflits] sont r&#233;elles &#187;&lt;/i&gt;, il a aussi rappel&#233; que &lt;i&gt;&#171; les probl&#232;mes ne sont pas tout &#224; fait identiques &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale diff&#233;rence ? Les revendications. Celles du LKP (cent quarante-neuf en tout) devaient aboutir &#224; une r&#233;volution &#233;conomique &#8211; et peut-&#234;tre politique. &#192; Mayotte, il s'agissait avant tout d'obtenir, &#224; force de n&#233;gociations d'&#233;piciers, des baisses de prix. Jamais il n'a &#233;t&#233; question de remettre en cause la soci&#233;t&#233; de consommation dans laquelle l'&#238;le a &#233;t&#233; engag&#233;e il y a une quinzaine d'ann&#233;es, ou de mettre fin &#224; la d&#233;pendance de l'&#238;le vis-&#224;-vis de la m&#233;tropole. Encore moins de mettre &#224; bas les dogmes politiques et &#233;conomiques (&lt;i&gt;&#171; Seul le statut de d&#233;partement pourra permettre le d&#233;veloppement. &#187;&lt;/i&gt;) rab&#226;ch&#233;s depuis cinq d&#233;cennies par les &#233;lites locales. &lt;i&gt;&#171; Pour l'instant, nous n'en sommes pas l&#224;&lt;/i&gt;, reconna&#238;t Boinali Sa&#239;d Toumbou, le porte-parole du mouvement. &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; mahoraise n'est pas encore pr&#234;te &#224; affronter l'inconnu. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Aux Antilles, ils avaient un vrai programme de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;, ajoute Mla&#239;li Condro, un linguiste et fin observateur de ses contemporains. &lt;i&gt;Ils proposaient quelque chose de nouveau. Nous, nous ne r&#233;clamons que de nouvelles aides, sans imaginer un avenir dans lequel nous serions les acteurs de notre propre vie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les germes de la r&#233;volte sont bien l&#224;. Depuis une quinzaine d'ann&#233;es, Mayotte subit des mutations socio-&#233;conomiques destructrices. En sept ans, le salaire minimum a doubl&#233; &#8211; il repr&#233;sente aujourd'hui 80 % du Smig m&#233;tropolitain &#8211; mais les besoins ont, eux, d&#233;cupl&#233;. &lt;i&gt;&#171; Aujourd'hui, celui qui n'a pas sa voiture et ses deux t&#233;l&#233;phones portables est un rat&#233; &#187;&lt;/i&gt;, ironise Ibrahim, un enseignant. L'activit&#233; &#233;conomique ne suit pas. Sur deux cent mille habitants, on compte &#224; peine trente-cinq mille actifs. L'administration n'embauche plus et le priv&#233;, domin&#233; par une caste venue de l'ext&#233;rieur et qui n'a aucun int&#233;r&#234;t &#224; redistribuer les richesses, cr&#233;e peu d'emplois. Les in&#233;galit&#233;s sont de plus en plus criantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avec la d&#233;partementalisation, on a cass&#233; le lien de solidarit&#233; qui permettait aux plus d&#233;munis de s'en sortir &lt;/i&gt;, explique Sa&#239;d Omar Oili, l'ancien pr&#233;sident du conseil g&#233;n&#233;ral. &lt;i&gt;Et on attend toujours que la solidarit&#233; nationale entre en vigueur. &#187;&lt;/i&gt; Seuls quatre revenus sociaux ont &#233;t&#233; mis en place ces derni&#232;res ann&#233;es (sur vingt-deux). L'indemnisation des ch&#244;meurs est quasi inexistante. Et le RSA, qui entrera en vigueur le 1er janvier, ne repr&#233;sentera que 25 % du niveau m&#233;tropolitain&#8230;
Malgr&#233; tout, ce mouvement est &#224; graver dans les m&#233;moires. &lt;i&gt;&#171; C'est la premi&#232;re fois que les Mahorais osent &#224; ce point affronter l'autorit&#233; de l'&#201;tat et des patrons &#187;&lt;/i&gt;, analyse Mla&#239;li Condro. Pour Boinali Sa&#239;d Toumbou, &lt;i&gt;&#171; d&#233;sormais, le Mahorais sera respect&#233; &#187;&lt;/i&gt;. C'est un d&#233;but.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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