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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Mineurs isol&#233;s : &#171; J'ai march&#233; jusqu'&#224; vous &#187;</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Lors d'un pique-nique de familles h&#233;bergeuses sur la plage du Proph&#232;te, &#224; Marseille, CQFD a rencontr&#233; le r&#233;alisateur du film J'ai march&#233; jusqu'&#224; vous . Rachid Oujdi parle d'adolescents voyageurs fragiles, d'abandon institutionnel et d'hospitalit&#233; r&#233;invent&#233;e au sein d'une soci&#233;t&#233; qu'on disait frileuse. *** Ton documentaire r&#233;v&#232;le une pr&#233;sence invisible, celle d'ados &#224; la rue ignor&#233;s par l'aide sociale &#224; l'enfance (ASE). Alors que la soci&#233;t&#233; se mobilise en cas de fugue ou d'alerte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lors d'un pique-nique de familles h&#233;bergeuses sur la plage du Proph&#232;te,
&#224; Marseille, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a rencontr&#233; le r&#233;alisateur du film &lt;i&gt;J'ai march&#233; jusqu'&#224; vous&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J'ai march&#233; jusqu'&#224; vous &#8211; R&#233;cits d'une jeunesse exil&#233;e, de Rachid Oujdi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Rachid Oujdi parle d'adolescents voyageurs fragiles, d'abandon institutionnel et d'hospitalit&#233; r&#233;invent&#233;e au sein d'une soci&#233;t&#233; qu'on disait frileuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1779602857' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton documentaire r&#233;v&#232;le une pr&#233;sence invisible, celle d'ados &#224; la rue ignor&#233;s par l'aide sociale &#224; l'enfance (ASE). Alors que la soci&#233;t&#233; se mobilise en cas de fugue ou d'alerte enl&#232;vement, on ferme les yeux sur ces mineurs en errance. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les raisons sont multiples. Une partie de la population ignore la situation et certains politiques jouent sur les peurs des citoyens &#224; des fins &#233;lectoralistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme le discours du gouvernement actuel est plus dans la &#034;fermet&#233;&#034; que dans une d&#233;marche humaniste, certaines institutions mandat&#233;es en profitent pour ne pas faire le job : mettre &#224; l'abri tout mineur en danger. Et ce quel que soit son sexe, sa religion, ses origines, sa nationalit&#233; &#8211; comme le stipule la Convention internationale des droits de l'enfant. Si ces jeunes exil&#233;s sont victimes de maltraitance, elle est avant tout institutionnelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Confront&#233;es &#224; l'inaction de l'ASE, des familles solidaires h&#233;bergent des mineurs isol&#233;s. Vois-tu cet engagement comme un palliatif vou&#233; &#224; s'effacer une fois l'administration mise face &#224; ses responsabilit&#233;s, ou bien occasionne-t-il &#233;galement une r&#233;appropriation sociale salutaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De nombreuses familles accueillent en effet de fa&#231;on b&#233;n&#233;vole ces jeunes exil&#233;s &#8211; mais aussi des adultes. Cette mobilisation citoyenne, qui agit avant de d&#233;noncer, a oblig&#233; associations et institutions &#224; se positionner, &#224; cause du nombre grandissant d'accueillants qui se montrent et s'affichent. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un simple palliatif : ces familles qui h&#233;bergent permettent de changer le regard sur les exil&#233;s. Un jeune accueilli impacte l'environnement social. Ce changement r&#233;el vaut bien plus que n'importe quel discours. On peut esp&#233;rer que cette r&#233;appropriation de la solidarit&#233; et de l'hospitalit&#233; par la soci&#233;t&#233; fera aussi bouger les lignes politiques. D'ailleurs, le 6 juillet, le Conseil constitutionnel a consacr&#233; le principe de fraternit&#233; ! &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Brian&#231;on comme ailleurs &#8211; Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains parlent de d&#233;rives compassionnelles et souhaitent une politisation plus claire de ce combat. D'autres regrettent au contraire une instrumentalisation des jeunes par des discours qui les d&#233;passent. Quel est ton point de vue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'entends ici et l&#224; mettre en opposition le compassionnel et le politique. La question est, dans un cas comme dans l'autre : pourquoi je d&#233;cide de venir en aide &#224; l'Autre ? Quand on agit dans l'urgence, on oublie souvent la politique. &#192; l'inverse, &#224; trop vouloir tenir un discours politis&#233;, on peut oublier quelle est l'urgence. Je pense que les deux sont n&#233;cessaires. Mais pour les associations, la politisation est d&#233;licate. Surtout quand elles sont subventionn&#233;es ou missionn&#233;es. Si elles d&#233;noncent les dysfonctionnements&#8196;institutionnels, elles subissent une baisse drastique de subventions, doivent supprimer des postes et se retrouvent surcharg&#233;es de travail. Certaines ont m&#234;me d&#251; mettre la cl&#233; sous la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'instrumentalisation des jeunes exil&#233;s me fait sourire, dans la mesure o&#249; beaucoup d'entre eux ont une vision du monde bien plus aguerrie que la n&#244;tre ! D'autres fois, &#231;a m'agace : le discours militant tient parfois trop d'une vision arc-bout&#233;e sur des principes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta cam&#233;ra a accompagn&#233; le travail de l'Association d&#233;partementale pour le d&#233;veloppement des actions de pr&#233;vention (Addap13). Certains, y compris parmi les &#233;ducateurs, reprochent &#224; cette structure de se pr&#234;ter &#224; la d&#233;tection de possibles faux mineurs. Qu'en as-tu vu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d'abord vu des &#233;ducateurs sp&#233;cialis&#233;s us&#233;s, fatigu&#233;s, d&#233;pass&#233;s. Ils sont coinc&#233;s entre l'enclume et le marteau, dans une &#034;injonction paradoxale&#034; entre urgence et institution. Le poids de cette derni&#232;re contribue &#224; un glissement du &#034;doute raisonnable&#034; &#224; la &#034;suspicion permanente&#034;. Au quotidien, je m'y suis moi-m&#234;me laiss&#233; prendre en essayant d'&#233;valuer d'un coup d'&#339;il qui &#233;tait mineur ou pas&#8230; Mais c'est compl&#232;tement subjectif, la marge d'erreur est trop importante. J'ai ainsi souvenir d'un jeune dont j'avais dout&#233; de l'&#226;ge. Un an plus tard, je l'ai crois&#233; dans un foyer et je ne l'ai pas reconnu : il faisait plus jeune qu'avant ! La rue ab&#238;me, la malnutrition bouffit le visage. L&#224;, il &#233;tait &#224; l'abri, suivi par des travailleurs sociaux, scolaris&#233;. Je n'ai reconnu que son regard. Comme dit le docteur Boeno dans mon film : &#034;&lt;i&gt;Il n'y a aucun &#233;l&#233;ment objectif qui permette de d&#233;terminer l'&#226;ge d'une personne.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034;profilage&#034; et la d&#233;tection des &#034;faux mineurs&#034; devient une sorte de jeu un peu cynique, mais surtout une fa&#231;on de r&#233;duire les files d'attente. Il y a bien &#233;videmment des faux mineurs dans le lot, mais ils sont minoritaires. Parfois, ils ne connaissent m&#234;me pas leur &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre l'aspect physique, un &#233;cr&#233;mage se fait aussi via le r&#233;cit de vie. Je me demande si les &#233;valuateurs qui m&#232;nent ces entretiens sont toujours comp&#233;tents. Ils s'improvisent sociologues, psychologues, ethnologues et se la jouent m&#234;me sp&#233;cialistes en g&#233;opolitique ! Leurs conclusions sont parfois effarantes. &#192; Marseille, j'ai particip&#233; &#224; des entretiens qui duraient plus de deux heures, alors qu'ailleurs c'est souvent b&#226;cl&#233; en moins d'une demi-heure. Dans ce deuxi&#232;me cas, les conclusions sont aberrantes. Un comportement pr&#233;tendument &#034;mature&#034;, une voix qui mue, une pilosit&#233; d&#233;velopp&#233;e&#8230; et le jeune est disqualifi&#233;. Quand il n'y pas d'interpr&#232;te, c'est pire. Surtout, on ne tient pas compte du traumatisme subi, ni de ce que peut r&#233;veiller chez le jeune le fait de raconter, plusieurs fois, son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque du tournage, &#224; Marseille, l'&#233;quipe d'&#233;valuateurs &#233;tait r&#233;duite et il n'y avait pas le temps d'une mise &#224; l'abri r&#233;elle. Depuis, la situation a chang&#233;, mais des d&#233;rives subsistent. Le probl&#232;me est accentu&#233; par le fait que d'autres d&#233;partements &#034;dispatchent&#034; sur la cit&#233; phoc&#233;enne des jeunes qui &#233;taient &#224; l'abri et se retrouvent de nouveau &#224; la rue. Chacun se renvoie ensuite la patate chaude en se d&#233;faussant sur la plateforme nationale, suppos&#233;e &#034;ventiler&#034; les mineurs isol&#233;s. Certains d&#233;partements, condamn&#233;s par les tribunaux, pr&#233;f&#232;rent payer une astreinte plut&#244;t que de mettre le jeune &#224; l'abri. Il faudrait calculer le montant total des condamnations pour souligner l'aberration du syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En fait, qu'est-ce que l'hospitalit&#233; ? Et qu'est-elle devenue aujourd'hui en Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je travaille actuellement &#224; un film sur cette th&#233;matique. C'est quelque chose qui m'interpelle. En faisant le tour de France et des pays frontaliers avec mon documentaire, j'ai r&#233;alis&#233; &#224; quel point l'hospitalit&#233; s'organise sans faire de bruit, ici et l&#224;. En France, elle s'est accentu&#233;e depuis 2016 avec le d&#233;mant&#232;lement de la dite &#034;jungle de Calais&#034;. Elle n'est pas m&#233;diatis&#233;e, car elle n'est pas assez anxiog&#232;ne : quand une cord&#233;e solidaire est organis&#233;e par 500 personnes &#224; Brian&#231;on, au col de l'&#201;chelle, on en parle moins que du coup de com' raciste d'une poign&#233;e d'identitaires, qui s'approprient le m&#234;me espace quelques semaines plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hospitalit&#233; comme la fraternit&#233; sont m&#233;diatis&#233;es quand elles sont mises &#224; mal. Pourtant, en octobre 2016, un sondage de l'Ifop r&#233;v&#233;lait qu'un quart des Fran&#231;ais d&#233;clarait &#234;tre d&#233;j&#224; venu en aide &#224; des r&#233;fugi&#233;s au cours des douze derniers mois (sous forme d'argent, de nourriture ou de v&#234;tements). Et un tiers souhaitait mener plus d'actions &#224; l'avenir. Accueillir, partager, &#233;changer, apprendre &#224; conna&#238;tre l'autre est une forme d'ouverture sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, plusieurs tendances s'opposent, car les mouvements populistes, dans leur lecture simpliste du monde, veulent transformer un ph&#233;nom&#232;ne social en un probl&#232;me politique. L'exil n'est pas un probl&#232;me. L'hospitalit&#233; revient en force. De plus en plus de citoyens et de personnalit&#233;s se mobilisent. Le philosophe &#201;tienne Balibar pr&#244;ne un droit international de l'hospitalit&#233;, pour en faire un droit fondamental. Au final, ce n'est pas de la mont&#233;e du populisme dont il faut avoir peur, mais de l'ultra-lib&#233;ralisme qui provoque l'effondrement des valeurs humaines. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;J'ai march&#233; jusqu'&#224; vous &#8211; R&#233;cits d'une jeunesse exil&#233;e&lt;/i&gt;, de Rachid Oujdi, Comic Strip Production, 2016. Visible gratuitement &lt;a href=&#034;http://lcp.fr/emissions/275151-recit-dune-jeunesse-exilee-jai-marche-jusqua-vous&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en ligne&lt;/a&gt; sur le site de La Cha&#238;ne parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-delit-de-solidarite-se-porte' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#192; Brian&#231;on comme ailleurs &#8211; Le d&#233;lit de solidarit&#233; se porte bien, merci &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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