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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Au Cachemire indien, les murmures d'une vall&#233;e oubli&#233;e</title>
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		<dc:date>2018-11-25T03:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Arnaud Chastagner</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'est un conflit de plus en plus sanglant. Mais dont (presque) personne ne parle. En butte &#224; une f&#233;roce r&#233;pression, soumis &#224; l'arbitraire soldatesque, les habitants du Cachemire indien, r&#233;gion himalayenne coinc&#233;e entre l'Inde et le Pakistan, ne baissent pourtant pas la t&#234;te. Au contraire, m&#234;me. Reportage. Village pr&#232;s de Tral. La voiture s'enfonce sur un chemin poussi&#233;reux. Autour, des maisons se dressent derri&#232;re de grands portails en t&#244;le, &#224; l'abri des regards, prot&#233;g&#233;es du monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un conflit de plus en plus sanglant. Mais dont (presque) personne ne parle. En butte &#224; une f&#233;roce r&#233;pression, soumis &#224; l'arbitraire soldatesque, les habitants du Cachemire indien, r&#233;gion himalayenne coinc&#233;e entre l'Inde et le Pakistan, ne baissent pourtant pas la t&#234;te. Au contraire, m&#234;me. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH389/-919-4ed83.jpg?1779606898' width='500' height='389' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Village pr&#232;s de Tral.&lt;/strong&gt; La voiture s'enfonce sur un chemin poussi&#233;reux. Autour, des maisons se dressent derri&#232;re de grands portails en t&#244;le, &#224; l'abri des regards, prot&#233;g&#233;es du monde ext&#233;rieur. Seuls les noyers et les pommiers s'observent de la rue. La m&#233;lodie des oiseaux laisse deviner de calmes et paisibles jardins. Nous nous arr&#234;tons devant un portillon. Un homme dans l'enceinte, v&#234;tu du traditionnel pyjama et d'un &lt;i&gt;kufi&lt;/i&gt;, balaye les feuilles tomb&#233;es autour de la mosqu&#233;e pendant la nuit. L'&#233;difice, b&#226;ti de bois peint en vert, est &#233;rig&#233; au milieu de la v&#233;g&#233;tation, se perdant entre les faisceaux de lumi&#232;re. Son architecture rappelle le caract&#232;re unique de cette r&#233;gion montagneuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un pas l&#233;ger, nous marchons jusqu'&#224; atteindre un timide enclos. &#192; l'int&#233;rieur, des st&#232;les de pierre ou de m&#233;tal s'alignent maladroitement. Pour certaines, la terre est encore fra&#238;che ; pour d'autres, la v&#233;g&#233;tation a d&#233;j&#224; repris le dessus. Des tombes, il y en a une quarantaine &#8211; le plus jeune d&#233;funt avait quatorze ans. C'est le cimeti&#232;re des martyrs du village, des personnes tomb&#233;es sous la violence de la vall&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes au Cachemire indien, r&#233;gion himalayenne coinc&#233;e entre l'Inde et le Pakistan. Depuis 1947, date &#224; laquelle les deux nations ont vu le jour, le Cachemire se trouve d&#233;chir&#233; entre ces fr&#232;res ennemis. L'Inde en revendique l'enti&#232;ret&#233;, alors que le Pakistan demande &#224; ce que le droit international soit respect&#233;. Entre ces querelles d'ego, c'est toute une population qui peine &#224; se faire entendre, cherchant d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; faire valoir ses droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis sur un sol orn&#233; de tapis et de coussins, Hakeem* nous accueille avec cette hospitalit&#233; ch&#232;re &#224; l'Orient. Il est dix heures du matin, le &lt;i&gt;noon chai&lt;/i&gt; (th&#233; sal&#233;) est encore fumant. Apr&#232;s une gorg&#233;e bruyante, Hakeem se pose, prend le temps de peser ses mots : &#171; &lt;i&gt;Mes deux fr&#232;res sont des martyrs &#8211; l'un commandait m&#234;me un groupe insurrectionnel arm&#233;. Ils ont pris les armes et sont tomb&#233;s sous les balles indiennes. Pour ma famille, ils ont emprunt&#233; un chemin respectable. Ils ont fait de leur mieux, comme tout le monde ici. Je ne sais pas si la r&#233;sistance arm&#233;e est la solution, mais nous ne pouvons que lutter jusqu'&#224; ce que nous soyons unifi&#233;s. &lt;/i&gt;&#8216;&#8216; Azadi ''&lt;i&gt;, comme on dit ici : la libert&#233; et rien d'autre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un conflit vieux de 70 ans&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance&lt;/strong&gt; du sous-continent, en 1947, le Cachemire, alors &#201;tat princier sous protectorat britannique, doit choisir entre le Pakistan (R&#233;publique islamique) et l'Inde (s&#233;culi&#232;re, mais majoritairement hindoue). &#192; l'&#233;poque, le royaume du Cachemire est peupl&#233; principalement de musulmans, mais gouvern&#233; par un prince hindou. Ce dernier d&#233;cide de le rattacher &#224; la F&#233;d&#233;ration indienne. Sa d&#233;cision provoque la premi&#232;re guerre entre les deux puissances r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1949, les Nations unies interviennent pour instaurer un cessez-le-feu. Une ligne imaginaire qui, au gr&#232; de multiples incidents et d'une nouvelle guerre (en 1965), est devenue la &#171; ligne de contr&#244;le &#187; : une fronti&#232;re &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt;, non reconnue par la communaut&#233; internationale, qui s&#233;pare les deux pays au sein m&#234;me du territoire du Cachemire. La r&#233;gion de l'Azad Cachemire et les Territoires du nord au Pakistan, ainsi que l'&#201;tat du Jammu-et-Cachemire en Inde, sont n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aujourd'hui, la question du Cachemire reste br&#251;lante malgr&#233; la pr&#233;sence de l'ONU, c'est que le r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination promis par l'Inde se fait toujours attendre. Pour l'heure, le peuple &#233;touffe et meurt, se retrouvant coinc&#233; dans la guerre d'usure que se livrent l'Inde et le Pakistan et dans le conflit direct avec les forces de s&#233;curit&#233; dans la partie indienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014, le Bharatiya Janata Party (BJP), parti nationaliste hindou, remporte les &#233;lections indiennes. Son arriv&#233;e au pouvoir provoque dans tout le pays une augmentation des actes de violence &#224; l'&#233;gard des musulmans. Le Cachemire &#233;tant rest&#233; majoritairement musulman, la r&#233;pression militaire dans la vall&#233;e embo&#238;te le pas &#224; cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dans les ann&#233;es 1990&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;sistance arm&#233;e na&#238;t en 1989. En 1987, les &#233;lections r&#233;gionales ont &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;, les groupes insurrectionnels &#233;taient compos&#233;s de gens issus de toutes les classes sociales. Aujourd'hui, ce sont en majorit&#233; des personnes &#233;duqu&#233;es qui abandonnent tout pour la cause, &lt;/i&gt;explique Hakeem. &lt;i&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne est apparu au grand jour avec la mort de Burhan Wani, devenu une source d'inspiration pour les jeunes de la vall&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le nom de Burhan est encore dans tous les esprits, c'est qu'il a donn&#233; une part d'humanit&#233; &#224; un conflit diabolis&#233; par les m&#233;dias pro-indiens. Le jeune homme a en effet abandonn&#233; ses &#233;tudes en ing&#233;nierie pour se battre &#224; visage d&#233;couvert. Et il s'est servi des r&#233;seaux sociaux pour mettre en lumi&#232;re les atrocit&#233;s commises par l'arm&#233;e indienne et faire passer son message. Pour lui donner une plus grande port&#233;e, il utilisait l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mort, en juillet 2016, et l'interdiction de rassemblements &#224; sa m&#233;moire, r&#233;veillent le Cachemire indien, donnant un nouveau souffle &#224; la mobilisation. La r&#233;pression est brutale : six mois de couvre-feu et un lourd bilan humain, avec des centaines de morts, beaucoup de bless&#233;.e.s et de nombreuses personnes arr&#234;t&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Le sud de la vall&#233;e est depuis quelques ann&#233;es le nouveau berceau du militantisme. Beaucoup d'activistes sont originaires d'ici, de la r&#233;gion de Tral &lt;/i&gt; &#187;, explique notre h&#244;te, jonglant entre l'urdu et l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se d&#233;pla&#231;ant longuement dans les ruelles de Tral, un jour de couvre-feu, on d&#233;couvre une ville silencieuse, quasiment vid&#233;e de sa population. Seul un vendeur de fruits et l&#233;gumes maintient un semblant de vie, occasion d'aller et venir pour les habitants qui (sur)vivent dans ce quotidien anxiog&#232;ne. Sur les stores des &#233;choppes ferm&#233;es, des messages politiques s'affichent sans &#233;quivoque : &#171; India go back &#187;, &#171; Azadi &#187;, &#171; Fight till freedom &#187;. Ou parfois, avec une dose d'humour : &#171; No exams till freedom &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La voix du peuple de la vall&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Srinagar&lt;/strong&gt;, capitale d'&#233;t&#233; de l'&#201;tat du Jammu-et-Cachemire. Ses grands lacs, avec en toile de fond les montagnes de l'Himalaya, ses jardins moghols&#8200;et&#8200;ses&#8200;maisons-bateaux de l'&#233;poque britannique, feraient presque oublier la situation de la r&#233;gion. La Jammu &amp; Kashmir coalition of civil society (JKCCS), organisme qui s'est donn&#233; pour mission d'informer la population sur ses droits et de l'aider, est l&#224; pour casser cette image de carte postale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le gouvernement central indien fait pression sur la communaut&#233; internationale en affirmant que le conflit est une simple dispute territoriale avec le Pakistan. Que la r&#233;gion fait partie int&#233;grante de l'Inde. Et que le seul probl&#232;me est le terrorisme venant du pays voisin.&lt;/i&gt; &#187; Un discours que Parvez Imroz, pr&#233;sident de la JKCCS, inlassablement contrecarr&#233;. &#171; &lt;i&gt;L'Inde n'a que faire de nous avons &#224; dire. Elle veut le Cachemire, mais pas sa population. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 71 ans que la situation perdure, les divers gouvernements indiens ne cessent de marteler que la question du Cachemire doit &#234;tre r&#233;gl&#233;e entre les deux bellig&#233;rants. En r&#233;alit&#233;, la communaut&#233; internationale semble la seule &#224; m&#234;me de faire &#233;voluer la situation. Notamment en donnant &#224; faire entendre la voix et les souhaits du peuple de la vall&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ici, on compte 700 000 membres de forces de s&#233;curit&#233; pour une population de 13 &#224; 14 millions d'habitants. Soit &#224; peu pr&#232;s un soldat pour 19 personnes. Nous sommes l'une des r&#233;gions les plus militaris&#233;es au monde &lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Parvez Imroz. Dans son rapport annuel &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Annual human rights review 2017 &#187;, rapport disponible sur le site de la JKCCS.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, la JKCCS d&#233;nombre un total de 451 morts en 2017. Civil.e.s, militant.e.s et membres des forces arm&#233;es confondus. &#171; &lt;i&gt;Selon certaines estimations, plus de 70 000 Cachemiris sont morts depuis le d&#233;but du conflit,&lt;/i&gt; poursuit Parvez Imroz. &lt;i&gt;Et environ 8 000 personnes sont port&#233;es disparues depuis l'essor de la r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce triste bilan s'ajoutent les multiples bless&#233;.e.s par des fusils &#224; plomb, joujoux pr&#233;f&#233;r&#233;s des soldats face aux manifestant.e.s. L'arme fait des ravages &#8211; la cartouche explose pour projeter des centaines de billes sur la foule, s'incrustant dans la peau et les yeux. Elles sont tr&#232;s difficiles &#224; retirer et entra&#238;nent dans certains cas la perte partielle ou totale de la vue.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Impunit&#233; militaire et menace &#224; l'ordre public&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; L'objectif de la JKCCS&lt;/strong&gt; est aussi de documenter toutes les exactions des forces de s&#233;curit&#233;, pour qu'un jour justice soit faite.&lt;/i&gt; &#187; Les dossiers s'entassent et jaunissent dans les locaux de l'organisation depuis que l'Inde a instaur&#233; en 1990 le &lt;i&gt;Armed Forces Special Powers Act&lt;/i&gt; (AFSPA) dans l'&#201;tat du Jammu-et-Cachemire. Un r&#233;gime militaire liberticide qui permet aux soldats de tuer, d'arr&#234;ter sans mandat et de d&#233;tenir sans limite de temps. Pendant les interrogatoires, les militaires ont fr&#233;quemment recours &#224; la torture &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le sujet, voir &#171; India : Repeal Armed Forces Special Powers Act &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Il leur est aussi arriv&#233; de foncer sur les manifestant.e.s avec des blind&#233;s. Une fois, m&#234;me, ils ont attach&#233; un habitant au pare-chocs avant d'une jeep en guise de bouclier humain, pour se prot&#233;ger de jets de pierre. Comble de la farce, il n'est pas possible de poursuivre les soldats sans l'accord du gouvernement central, aval qui est bien &#233;videmment tr&#232;s peu souvent accord&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cens&#233; n'&#234;tre que temporaire, le temps de &#171; ramener la paix &#187; dans la vall&#233;e, l'AFSPA est toujours en vigueur trente ans plus tard. Et ne sert finalement qu'&#224; alimenter les rangs des groupes insurrectionnels. D'apr&#232;s un ministre indien, 87 jeunes de la r&#233;gion auraient pris les armes depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Donn&#233;e &#233;tablie au 20 juillet 2018.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Mais on pr&#233;f&#232;re parler de l'Inde comme un des plus grandes d&#233;mocraties au monde plut&#244;t que d'une boucherie &#224; ciel ouvert&#8230; &#171; &lt;i&gt;L'Inde et Isra&#235;l suivent les m&#234;mes logiques d'apartheid. Les m&#233;dias indiens cachent compl&#232;tement la v&#233;rit&#233;, relayant la propagande &#233;tatique. Mais contrairement &#224; la Palestine, nous n'avons pas de relais &#224; l'&#233;tranger pour maintenir le Cachemire dans l'actualit&#233; et les affaires diplomatiques &lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Parvez Imroz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avocat sp&#233;cialis&#233; dans les violations des droits humains, Sa&#239;b* abonde : &#171; &lt;i&gt;Il r&#232;gne un abus de pouvoir effarant : le Cachemire indien est un &#201;tat policier. En plus de l'AFSPA, il faut aussi citer le Public Safety Act (PSA)&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; The Public Safety Act Is a Political Weapon For the Government in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;, qui permet de d&#233;tenir quiconque &#8220; menacerait &#8221; l'ordre public. &lt;/i&gt; &#187; En vigueur depuis les ann&#233;es 1970, cette loi sert &#224; museler toutes les voix dissidentes. De la politicienne au discours trop s&#233;paratiste &#224; l'activiste, en passant par les manifestant.e.s. &#171; &lt;i&gt;Les lanceurs de pierres, essentiellement des mineurs, sont mis au cachot et battus par la police quand ils sont arr&#234;t&#233;s,&lt;/i&gt; rench&#233;rit Sa&#239;b.&lt;i&gt; Quand tu es innocent et qu'on t'enferme pendant plusieurs mois, interrompant une scolarit&#233; d&#233;j&#224; bancale &#224; cause des couvre-feux, qu'est-ce que tu fais quand tu sors&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Prendre les armes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Terroristes pour les uns.&lt;/strong&gt; Combattants de la libert&#233; pour les autres. Mais dans l'ensemble, la population du Cachemire indien se montre plut&#244;t favorable aux groupes arm&#233;s, m&#234;me si elle reconna&#238;t qu'ils ne sont pas la solution, juste l'un des moyens de faire valoir ses droits. &#171; &lt;i&gt;Ces groupes jouent un r&#244;le dans la lib&#233;ration du Cachemire &#8211; des atrocit&#233;s ont lieu, ils y font face. Mais tout le monde prend sa part, quelle que soit sa position dans la soci&#233;t&#233;,&lt;/i&gt; explique Sa&#239;b. &lt;i&gt;Les habitants essayent ainsi de s'interposer quand l'arm&#233;e et ces combattants s'affrontent. Et des milliers de personnes se rendent aux fun&#233;railles des martyrs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un jardin ombrag&#233;, aux abords de Dal Lake, la partie touristique de Srinagar, Masab*, la quarantaine bien entam&#233;e, encha&#238;ne cigarette sur cigarette avec son th&#233;. Ancien combattant des Hizbull Mujaheeden &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Milice arm&#233;e, financ&#233;e par l'arm&#233;e pakistanaise mais relativement autonome. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; dans les ann&#233;es 1990, il a v&#233;cu un temps dans la r&#233;gion de l'Azad Cachemire, au Pakistan, pour y suivre un entra&#238;nement militaire. Avant de retraverser la &#171; ligne de contr&#244;le &#187; qui divise son pays pour combattre les forces indiennes. D'o&#249; plusieurs passages par la case prison et nombre d'interrogatoires &#8211; son corps en conserve les stigmates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Masab s'est rang&#233; et pr&#233;f&#232;re poser un regard plus sage sur la situation. &#171; &lt;i&gt;Personne ne peut dire que la violence est la solution. Il y a toujours un moment o&#249; il faut s'asseoir &#224; une table et entamer un dialogue. Notamment &#224; cause des enjeux humains : des personnes meurent chaque semaine. Nous n'avons rien contre les Indiens et l'Inde, mais nous nous opposons aux politiques injustes de ce pays. Il ne respecte pas ses promesses, alors qu'il a lui-m&#234;me amen&#233; la question du Cachemire devant les Nations unies. &lt;/i&gt; &#187; Et l'ancien combattant de poursuivre : &#171; &lt;i&gt;Les forces de s&#233;curit&#233; affrontent 250 rebelles, mais elles veulent faire croire que la vall&#233;e est infest&#233;e de terroristes. C'est pourquoi nous devons manifester pacifiquement malgr&#233; la r&#233;pression. Symboliquement, c'est fort. Mais psychologiquement, c'est dur d'accepter que manifester puisse te valoir de prendre une balle ou une bille de plomb.&lt;/i&gt; &#187; Silence. &#171; &lt;i&gt; La r&#233;sistance arm&#233;e continuera tant que le but n'est pas atteint&lt;/i&gt; &#187;, finit-il par ajouter.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;sint&#233;ressement du politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsqu'il s'agit d'aborder&lt;/strong&gt; le r&#244;le des politicien.ne.s, les habitants du Nord comme du Sud, rencontr&#233;s aux abords d'une &#233;choppe de th&#233;, sur un banc pr&#232;s d'une mosqu&#233;e ou dans un parc, r&#233;pondent tous la m&#234;me chose : ils ne croient plus en eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des derni&#232;res &#233;lections r&#233;gionales, le BJP est arriv&#233; en t&#234;te, &#224; &#233;galit&#233; avec le People's Democratic Party (PDP). D'o&#249; la formation d'une coalition pour gouverner l'&#201;tat du Jammu-et-Cachemire. Probl&#232;me : le PDP, cens&#233; porter les aspirations des habitant.e.s du Cachemire indien, ne sert d&#233;sormais plus que de caution aux politiques nationalistes hindoues. Pr&#233;sent au niveau r&#233;gional comme national, l'emprise du BJP devient de plus en plus probl&#233;matique, tant il pousse les autres partis &#224; servir ses int&#233;r&#234;ts, en jouant du billet vert ou de la force. &#171; &lt;i&gt;Les politiciens ont leur propre agenda, nous n'en tenons plus compte. Plus personne ne croit en la politique. M&#234;me nos leaders s&#233;paratistes Hurriyat ne sont pas capables de parler d'une seule et m&#234;me voix. La solution doit venir du peuple, non des partis politiques&lt;/i&gt; &#187;, affirme Pamir *, professeur dans une petite localit&#233; pr&#232;s de Sopore, une ville du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, &#224; Bandipura, deux &#233;tudiants ne m&#226;chent pas non plus leurs mots : &#171; &lt;i&gt;La politique ? Pour faire quoi ? Notre histoire politique est jalonn&#233;e de d&#233;ceptions. Seule l'&#233;ducation nous permettra d'avancer. C'est gr&#226;ce &#224; elle que les Cachemiris pourront r&#233;fl&#233;chir &#224; leurs droits, &#224; la fa&#231;on dont ils sont trait&#233;s, &#224; ce que &#231;a signifie de vivre sous l'oppression. Notre peuple n'a jamais vu le monde ext&#233;rieur, il ne sait pas ce qu'est la libert&#233;. Le contr&#244;le permanent est notre quotidien. Les gens s'en accommodent, ils oublient que ce n'est pas normal. &lt;/i&gt; &#187; Un discours que temp&#232;re Sa&#239;b, l'avocat : &#171; &lt;i&gt;La situation est d&#233;sormais si grave que les gens prennent conscience du probl&#232;me. Dans les ann&#233;es 1990, personne ne savait pourquoi on se battait. Mais les atrocit&#233;s commises par les forces arm&#233;es et les deuils touchent chaque famille ont amen&#233; les gens &#224; y r&#233;fl&#233;chir. Et &#224; agir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous voulons vivre en paix tous ensemble : Cachemiris sikhs, hindous et musulmans &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume un vendeur de tissus, depuis le fond de sa boutique, &#224; Bandipura. Pour l'heure, ce mirage de paix reste flou. Le 19 juin, le BJP a ainsi rompu l'alliance nou&#233;e depuis 2014 avec le PDP au niveau r&#233;gional, laissant l'&#201;tat du Jammu-et-Cachemire sous la direction du gouvernement central de Narendra Modi (et donc directement aux mains des nationalistes hindou.e.s). Sans parti r&#233;gional pour temp&#233;rer la vision ultra-s&#233;curitaire et r&#233;pressive de New Delhi, c'est une nouvelle escalade de violence qui semble s'annoncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq jours avant la rupture de l'alliance, l'ONU, dans un nouveau rapport d&#233;non&#231;ant les violations des droits humains, appelait &#224; une enqu&#234;te internationale sur la situation au Cachemire. La r&#233;action du ministre indien des Affaires ext&#233;rieures ? Clamer que ce rapport viole la souverainet&#233; et l'int&#233;grit&#233; territoriale de l'Inde. Et le qualifier de &#171; &lt;i&gt;fallacieux, tendancieux et partisan &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'asphyxie de la vall&#233;e et la long&#233;vit&#233; du conflit, le Cachemire n'existe que trop peu dans l'actualit&#233;. C&#244;t&#233; fran&#231;ais, nulle condamnation officielle des exactions et violations des droits humains. C'est que l'&#201;tat indien est le premier acheteur d'armes au monde : la France en b&#233;n&#233;ficie largement. En 2016, Fran&#231;ois Hollande finalisait ainsi la vente de 36 avions de combat Rafale. Plus r&#233;cemment, lors de la visite d'Emmanuel Macron en mars, les entreprises fran&#231;aises ont d&#233;croch&#233; pour 13 milliards d'euros de contrats. Le groupe Safran en a capt&#233; la plus grande part, avec la signature d'un accord de 12 milliards portant sur la vente et la maintenance de moteurs d'avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat classique, mais qui laisse un go&#251;t amer. Il ne faudrait pas que la diplomatie (et donc le business) se trouve entrav&#233;e par des d&#233;tails humanitaires&#8230; En attendant, la vall&#233;e du Cachemire tente d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de respirer un peu d'air frais. Un air au doux nom d'&lt;i&gt;azadi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Chastagner&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;*&lt;i&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La r&#233;sistance arm&#233;e na&#238;t en 1989. En 1987, les &#233;lections r&#233;gionales ont &#233;t&#233; truqu&#233;es par New Delhi pour barrer la route au parti favorable &#224; l'ind&#233;pendance du Cachemire indien. Cet &#233;chec dans les urnes acc&#233;l&#232;re l'essor de la r&#233;sistance, soutenue par l'arm&#233;e pakistanaise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://jkccs.wordpress.com/2017/12/31/annual-human-rights-review-2017/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Annual human rights review 2017&lt;/a&gt; &#187;, rapport disponible sur le site de la JKCCS.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le sujet, voir &#171; &lt;a href=&#034;https://www.hrw.org/news/2011/10/19/india-repeal-armed-forces-special-powers-act&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;India : Repeal Armed Forces Special Powers Act&lt;/a&gt; &#187;, article mis en ligne sur le site d'Human Rights Watch le 19/10/11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Donn&#233;e &#233;tablie au 20 juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href=&#034;https://thewire.in/government/public-safety-act-kashmir&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Public Safety Act Is a Political Weapon For the Government in Kashmir&lt;/a&gt; &#187;, article publi&#233; sur le site The Wire le 28/12/16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Milice arm&#233;e, financ&#233;e par l'arm&#233;e pakistanaise mais relativement autonome. L'une des plus importantes organisations s&#233;paratistes arm&#233;es de la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Inde : Contre les tisons nationalistes, le claquement des baisers</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Na&#239;k&#233; Desquesnes</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e en mai dernier de l'extr&#234;me droite hindoue au pouvoir, la n&#233;buleuse &#173;fascisante ultranationaliste se sent pousser des ailes. Elle distille un climat de violence contre les femmes, les musulmans, les intouchables. Difficilement, la riposte s'organise. Derni&#232;re action en date : les manifs du &#171; Kiss of love &#187;, plus politiques qu'elles n'y paraissent. Ils sont une trentaine, troupeau b&#234;lant resserr&#233; &#224; la sortie de la station de m&#233;tro Jhandewalan, au centre de New Delhi. Ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no127-decembre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;127 (d&#233;cembre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Aami-Sayan" rel="tag"&gt;Aami Sayan&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Love-Jihad" rel="tag"&gt;Love Jihad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e en mai dernier de l'extr&#234;me droite hindoue au pouvoir, la n&#233;buleuse &#173;fascisante ultranationaliste se sent pousser des ailes. Elle distille un climat de violence contre les femmes, les musulmans, les intouchables. Difficilement, la riposte s'organise. Derni&#232;re action en date : les manifs du &#171; Kiss of love &#187;, plus politiques qu'elles n'y paraissent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH318/p04-kiss-01-9ced6.jpg?1779606172' width='500' height='318' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ils sont une trentaine, troupeau b&#234;lant resserr&#233; &#224; la sortie de la station de m&#233;tro Jhandewalan, au centre de New Delhi. Ils ont au front une trace vermillon. Autour du cou une longue &#233;charpe orange. La couleur du parti hindou nationaliste (BJP) &#224; la t&#234;te du pays depuis mai 2014, celle aussi de l'organisation qui lui est intrins&#232;quement li&#233;e, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), &#171; association des volontaires nationaux &#187;. On les appelle les &#171; sanghis &#187;. Ils sont la version indienne des milices de l'Aube dor&#233;e grecque ou des identitaires fran&#231;ais, les cr&#226;nes ras&#233;s en moins. Ce samedi 8&#8200;novembre, ils ont troqu&#233; leurs shorts kaki de d&#233;fil&#233;s paramilitaires contre de simples pantalons. Ils s'&#233;poumonent : &#171; &lt;i&gt; Le Kiss of Love n'aura pas lieu !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Prot&#233;geons notre culture contre des pratiques d&#233;prav&#233;es !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Les agents de l'Occident, dehors ! &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils accueillent ainsi celles et ceux venus participer &#224; un nouveau type d'action publique, le &#171; Kiss of Love &#187;. &#171; &lt;i&gt;Sanghis, gare &#224; vous : nous venons faire l'amour devant votre bureau&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;vient avec provocation l'affiche coll&#233;e &#224; la h&#226;te dans les universit&#233;s de la capitale et diffus&#233;e sur &#173;Facebook seulement 48&#8200;heures avant la flash mob. Le &#171; Kiss of love &#187;, qui a d&#233;j&#224; eu lieu &#224; l'universit&#233; de Calcutta et dans la ville m&#233;ridionale de Kochi, se pr&#233;sente comme une riposte &#224; &#173;l'exp&#233;dition punitive organis&#233;e, fin octobre, par des membres du RSS contre un pub de Calicut, au sud de l'Inde, o&#249; les jeunes amoureux avaient pris l'habitude de se retrouver. Mobilis&#233;s contre celles et ceux qui vivent en concubinage ou osent s'aimer sans &#234;tre de la m&#234;me caste ou de la m&#234;me religion, ils s&#233;vissent comme police des m&#339;urs au service de la &#171; culture hindoue &#187;. C'est donc naturellement devant le quartier g&#233;n&#233;ral du RSS que les manifestants de New Delhi ont d&#233;cid&#233; de se rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Coup pour coup, &#339;il pour &#339;il&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Nous venons affirmer la libert&#233; de s'aimer, de disposer de son corps et de sa sexualit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, explique Pratik, lunettes rondes, cheveux boucl&#233;s en bataille, un bouquin d'Orwell sous le bras. Lui et sa copine Pankhuri ont mis en ligne le rendez-vous sur Internet. Ils ont pass&#233; la nuit &#224; recevoir des coups de fil de menaces et d'insultes de la part de membres du RSS, promettant de r&#233;pliquer par la violence s'ils maintenaient l'&#233;v&#233;nement. Apr&#232;s un cruel moment d'angoisse, l'&#233;tudiant est finalement l&#224;, debout, &#224; haranguer la foule, de grosses baskets aux pieds au cas o&#249;&#8230; &#171; &lt;i&gt;Alors, tu es venu pour choper ?&lt;/i&gt; &#187;, demande un journaliste am&#233;ricain &#224; Pratik d'un air entendu. &#171; &lt;i&gt;Euh&#8230; je ne chope pas les filles&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pond-il calmement. Voir des couples se rouler des galoches, voil&#224; bien ce qui semble exciter les m&#233;dias, venus en nombre couvrir le rassemblement. Au loin, deux personnes s'enlacent. Les photographes plongent dans la foule, pi&#233;tinent plusieurs camarades, se jettent les uns sur les autres comme des poules auxquelles on lance du grain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-02-8fc4d.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, nous voil&#224; plus de 300, regroup&#233;s sur le c&#244;t&#233; &#224; quelques pas des sanghis. Sur un bout de trottoir ombrag&#233;, un couple s'am&#233;nage un espace et s'embrasse. Un homme &#224; l'&#233;charpe orange fonce sur eux, il vocif&#232;re &#171; &lt;i&gt;Foutez le camp !&lt;/i&gt; &#187; avant d'&#234;tre &#233;cart&#233;, &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;. A l'arri&#232;re, un cordon se forme pour prot&#233;ger les manifestants. Arya, petit bout de femme en bras de chemise, se glisse dans ce service de s&#233;curit&#233; improvis&#233;. Quelques sanghis s'approchent. Elle leur fait face. Un coup &#224; droite, un coup &#224; gauche. Voil&#224; l'imprudent touch&#233; au visage, un verre de lunettes en moins. Des &#233;clats de sourire passent sur les l&#232;vres. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi s'aimer en cachette ? Quand les sentiments ne demandent qu'&#224; &#234;tre d&#233;voil&#233;s ?&lt;/i&gt; &#187;, un manifestant entonne joyeusement une chanson sortie d'un film Bollywood. Ses copains du DSU, syndicat &#233;tudiant proche des maos, en restent pantois. M&#234;me les moins rigolos se mettent &#224; l'eau de rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premi&#232;re ligne, quelques membres de l'organisation r&#233;volutionnaire KNS&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le KNS&#8200;(Krantikari Naujavan Sabha) n'est pas un parti mais une orga de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sont au corps &#224; corps avec la police. Les pandores emp&#234;chent le groupe d'avancer vers les bureaux du RSS. Alors on part de l'autre c&#244;t&#233;. La cha&#238;ne humaine s'&#233;tend peu &#224; peu, pour doucement s'extraire de la zone pi&#233;tonne. Un pas, puis un autre. &#171; &lt;i&gt;Arr&#234;tez les voitures !&lt;/i&gt; &#187;, lance Arya. La route est prise. La foule s'engouffre. Un cri de joie couvre les klaxons. Puis, vite, il faut courir, emp&#234;cher la police de former un cordon. On pousse les fliquettes. &#171; &lt;i&gt;Libert&#233; ! Contre les fachos, libert&#233; ! &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Sanghis, nous ne vous craignons pas !&lt;/i&gt; &#187;. Les poings se l&#232;vent au milieu de la chauss&#233;e. Sans badges ni drapeaux partisans, la manif se veut volontairement non-&#233;tiquet&#233;e. Elle finit sa route pr&#232;s de barri&#232;res fra&#238;chement pos&#233;es afin de prot&#233;ger les b&#226;timents du RSS. Un infiltr&#233; frappe au cou un homme qui vient d'embrasser son compagnon. Un groupe de sanghis se forme, il est bruyamment refoul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une revendication &#233;litiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-03-0c4ff.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Malgr&#233; l'enthousiasme, certains restent sceptiques. &#171; &lt;i&gt;Quel besoin de revendiquer le droit de s'embrasser publiquement ?&lt;/i&gt;, demande un t&#233;moin dans un journal local. &lt;i&gt;Ne devrions-nous pas plut&#244;t nous occuper de combattre la pauvret&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;S'embrasser dans la rue n'est pas le c&#339;ur de notre mouvement&lt;/i&gt;, r&#233;torque Nayan, du KNS. &lt;i&gt;Mais nos revendications sont certainement faites d'amour, contre la haine des forces fascistes et contre une soci&#233;t&#233; invivable contr&#244;l&#233;e par le lib&#233;ralisme.&lt;/i&gt; &#187; Les jeunes militants du KNS passent la majeure partie de leur temps &#224; soutenir les gr&#232;ves ouvri&#232;res de plus en plus nombreuses dans la ceinture industrielle du nord de l'Inde. Avec l'arriv&#233;e du parti nationaliste au pouvoir, la gauche r&#233;volutionnaire indienne se retrouve oblig&#233;e &#224; ouvrir de nouveaux fronts : &#171; &lt;i&gt; La lutte contre les violences interreligieuses, contre les discriminations des LGBT ou contre le syst&#232;me des castes est indispensable pour &#233;largir le mouvement contre ceux qui nous gouvernent.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Lorsqu'en 2004, des femmes ont manifest&#233; nues contre le viol, heureusement qu'elles n'ont pas attendu l'autorisation des organisations politiques traditionnelles ! La r&#233;volte s'exprime de diff&#233;rentes mani&#232;res et nous nous en f&#233;licitons&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Nayan. Si s'embrasser &#224; l'air libre n'est certainement pas la pr&#233;occupation de tout le monde, la n&#233;cessaire &#233;mancipation des femmes touche toutes les classes sociales. Ainsi, le 7&#8200;novembre, plus de 200&#8200;ouvri&#232;res en gr&#232;ve ont d&#233;cid&#233; de rester toute la nuit devant leur usine, malgr&#233; le harc&#232;lement des repr&#233;sentants de l'ordre qui les conjuraient de rentrer chez elles, &#171; &lt;i&gt; pour leur s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Une femme s'est vue dire par son mari : &#171; &lt;i&gt;L'Inde n'est pas pr&#234;te pour ce genre d'action. &lt;/i&gt; &#187; Elle lui a r&#233;pliqu&#233; qu'elle restait l&#224; pour d&#233;fendre le droit &#224; une vie digne, quel que soit l'endroit ou le moment de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indissociable des revendications pour l'&#233;mancipation, la lutte contre les violences faites aux femmes a acquis une place centrale dans les r&#233;cents mouvements. &#171; &lt;i&gt; Il ne s'agit pas seulement d'avoir le droit d'embrasser. Mais aussi d'avoir le droit de ne pas embrasser&lt;/i&gt;, mart&#232;le Pankhuri dans un dernier discours. &lt;i&gt;Nous ne tol&#233;rons aucun type de harc&#232;lement.&lt;/i&gt; &#187; Rappelons-nous les foules immenses descendues dans la rue &#224; New Delhi en d&#233;cembre 2012, apr&#232;s le viol dans un bus d'une &#233;tudiante de 23 ans par six hommes. Depuis septembre 2014, la fac de Jadavpur &#224; Calcutta est secou&#233;e par des milliers d'&#233;tudiants insurg&#233;s contre l'inaction des autorit&#233;s face au harc&#232;lement sexuel dont fut victime une &#233;tudiante. Aujourd'hui encore, les victimes de violences et de viols sont r&#233;guli&#232;rement accus&#233;es de l'avoir bien cherch&#233;. &#171; &lt;i&gt;Comment &#233;tiez-vous habill&#233;e ?&lt;/i&gt; &#187;, voil&#224; l'une des questions pos&#233;es &#224; la jeune fille par les fonctionnaires charg&#233;s de l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-04-38f68.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tuer une femme n'est pas un p&#233;ch&#233;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soup&#231;on permanent est au c&#339;ur de l'hindouisme politique. Le RSS d&#233;fend une conception patriarcale de la femme confin&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la maison et dont les choix de vie appartiennent au chef de famille. L'organisation s'oppose au droit &#224; l'h&#233;ritage pour les filles et fait r&#233;guli&#232;rement des d&#233;clarations sur la bonne mani&#232;re de se comporter et de s'habiller. &#171; &lt;i&gt; La femme est l'incarnation des pires d&#233;sirs, haines, tromperies, jalousies et mauvais sentiments. La libert&#233; ne doit jamais &#234;tre donn&#233;e &#224; la femme&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire dans le livre sacr&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; des hindouistes, le &lt;i&gt;Manusmriti&lt;/i&gt;. Ou encore : &#171; &lt;i&gt;Tuer une femme, un intouchable ou un ath&#233;iste n'est pas un p&#233;ch&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Ainsi, au contr&#244;le du corps de la femme s'ajoute une d&#233;fense radicale du syst&#232;me des castes, dont les intouchables forment le plus bas &#233;tage. Les mariages intercastes sont pour eux sacril&#232;ges&#8200;&#8211;&#8200;ils affaiblissent &#171; &lt;i&gt;l'harmonie de la nation hindoue&lt;/i&gt; &#187;. Pour avoir fr&#233;quent&#233; une fille d'une caste sup&#233;rieure, un intouchable a &#233;t&#233; tu&#233; avec deux membres de sa famille par des hindous de haute caste le 20&#8200;ao&#251;t dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Love Jihad, invention de la propagande hindoue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour, le poison qui menace l'Inde hindoue : voil&#224; ce que professent les ultranationalistes. Et si l'amant est musulman, alors la croisade leur appara&#238;t d'autant plus n&#233;cessaire. Depuis plusieurs mois, les militants hindous ont r&#233;activ&#233; une vieille propagande contre les musulmans, qu'ils accusent d'enlever leurs femmes pour les convertir. Strat&#232;ges en communication, ils ont invent&#233; une formule : le &lt;i&gt;Love Jihad&lt;/i&gt;. Cet &#233;t&#233;, ils se sont mobilis&#233;s pour sauver une jeune femme hindoue originaire de Meerut, dans le nord de l'Inde, suppos&#233;e avoir &#233;t&#233; viol&#233;e puis convertie de force &#224; l'islam par un mahom&#233;tan. En octobre, la victime a finalement d&#233;clar&#233; devant le juge qu'elle avait simplement fugu&#233; avec celui qu'elle aimait. D&#232;s les ann&#233;es 1920, au moment de la cr&#233;ation du RSS, les nationalistes faisaient d&#233;j&#224; le portrait d&#233;lirant des musulmans comme &#233;tant des envahisseurs, violents et violeurs&#8200;&#8211;&#8200;le minaret devenant le symbole du p&#233;nis p&#233;n&#233;trant le corps de la m&#232;re-patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Rassemblons-nous au nom de notre unit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, c'est ainsi ce qu'on pouvait lire le 31&#8200;octobre sur l'appel distribu&#233; dans les rues de Bawana, au nord-ouest de New Delhi. Un &lt;i&gt;maha panchayat&lt;/i&gt;, une assembl&#233;e traditionnelle de &#171; sages &#187;, d&#233;cr&#233;tait l'interdiction d'une procession chiite appel&#233;e &#171; tazia &#187;. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes si peu organis&#233;s et si peu nombreux pour lutter contre leur efficacit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;nerve un militant r&#233;volutionnaire impuissant, venu en observateur. &#201;trangement excit&#233;s, des groupes de jeunes rejoignent le rassemblement en criant &#171; &lt;i&gt;Vive la m&#232;re-patrie !&lt;/i&gt; &#187;, semblant pr&#234;ts &#224; ob&#233;ir &#224; n'importe quel ordre. De quoi rappeler certaines heures sombres de l'histoire de l'Inde : lorsqu'en 1992, les militants nationalistes ont d&#233;plac&#233; des foules aux cerveaux lobotomis&#233;s pour d&#233;truire la mosqu&#233;e Babri Madjid. Ou lorsqu'en 2002, dans l'&#233;tat du Gujarat, un pogrom anti-musulmans, perp&#233;tr&#233; avec l'aval du gouvernement, a caus&#233; la mort de pr&#232;s de 2 000 personnes. Le ministre en chef complice n'&#233;tait autre que Narendra Modi, l'actuel Premier ministre. On ne s'&#233;tonnera donc pas que de nouvelles &#233;meutes &#233;clatent. Les braises sont d&#233;j&#224; pr&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-05-eb49a.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le RSS, hydre &#224; mille t&#234;tes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Narendra Modi, le Premier ministre de l'Inde, a &#233;t&#233; form&#233; d&#232;s l'&#226;ge de 8 ans chez les volontaires nationaux, le RSS. Il leur doit toujours all&#233;geance : pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de l'Inde, un discours du pr&#233;sident du RSS a &#233;t&#233; retransmis cette ann&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;vision publique. Le RSS a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1925 par des brahmanes, au plus haut de l'&#233;chelle des castes. L'objectif &#233;tait de former une branche arm&#233;e de l'hindouisme pour se d&#233;fendre contre les colons et les musulmans. Golwalkar, &#224; la t&#234;te du RSS durant 33&#8200;ans et l'un de ses id&#233;ologues les plus influents, admirait Hitler et l'extermination des juifs. L'assassin de Gandhi &#233;tait membre de l'organisation. Interdit sous les Britanniques puis &#224; trois reprises dans l'Inde ind&#233;pendante, le RSS a continu&#233; &#224; s'&#233;tendre dans toutes les villes et &#224; recruter des enfants d&#232;s 6 ans. Le matin et le soir, ils suivent des exercices paramilitaires et apprennent la loyaut&#233;, la discipline et le patriotisme &#224; travers des livres emplis de propagande contre les minorit&#233;s religieuses. En plus de ses centres, le RSS dirige un r&#233;seau de 18 000 &#233;coles. Depuis pr&#232;s d'un si&#232;cle, il a d&#233;velopp&#233; son action dans toutes les sph&#232;res de la soci&#233;t&#233; gr&#226;ce &#224; son syndicat &#233;tudiant, son syndicat ouvrier, sa branche f&#233;minine, son organisation religieuse, son organisation caritative et d'autres encore. En mars, le quotidien britannique &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt; affirmait que le RSS poss&#233;dait au moins 50 000 branches dans toute l'Inde, avec 40&#8200;millions de membres.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1309 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH331/p04-kiss-06-6adb9.jpg?1779619335' width='500' height='331' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Aami Sayan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le KNS&#8200;(Krantikari Naujavan Sabha) n'est pas un parti mais une orga de jeunes influenc&#233;s par le marxisme-l&#233;ninisme. Ils refusent la participation au syst&#232;me &#233;lectoral et luttent &#171; &lt;i&gt;contre toutes les formes d'oppression&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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