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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-942-88d52.jpg?1779902470' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure du caf&#233;, Cassandre a l&#226;ch&#233; la nouvelle par-dessus le comptoir avant de r&#233;clamer un pastis ballon. Et la bande roulante des &lt;i&gt;breaking news&lt;/i&gt; de BFM n'a pas tard&#233; &#224; confirmer ses dires : &#171; &lt;i&gt;Marseille : 2 immeubles s'effondrent.&lt;/i&gt; &#187; &#192; 500 m&#232;tres de l&#224;, le 63 et le 65 de la rue d'Aubagne, quartier Noailles, venaient de s'affaisser sur eux-m&#234;mes. Comme r&#233;duits en poussi&#232;re. &#171; &lt;i&gt;La faute &#224; la pluie&lt;/i&gt; &#187;, communiquera la mairie. Le procureur et le ministre de l'Int&#233;rieur auront beau assurer pendant plusieurs jours qu'ils reste peut-&#234;tre des &#171; poches de survie &#187;, qui a vu cet amas compact parsem&#233; de briques, de poutres et de pierres d'angle ne pouvait croire qu'on y trouverait des survivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attente va &#234;tre longue. On parle de dix personnes port&#233;es disparues. Des voisins racontent que le 63, vide, &#233;tait parfois squatt&#233; par de jeunes vendeurs de cigarettes &#224; la sauvette. Un trentenaire, propri&#233;taire au 65, est venu constater les d&#233;g&#226;ts. Devant la montagne de gravats, il a le cran de d&#233;clarer aux journalistes que &#171; &lt;i&gt; tout avait &#233;t&#233; mis aux normes&lt;/i&gt; &#187;. Un voisin l'invective : &#171; &lt;i&gt;Sale marchand de sommeil&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Assassin&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; On apprend qu'un expert avait signifi&#233; un &#233;tat de p&#233;ril imminent le 18 octobre, mais que les locataires avaient ensuite &#233;t&#233; autoris&#233;s &#224; r&#233;int&#233;grer les lieux&#8230; Sous le choc, des dizaines de voisins s'agglutinent contre les barri&#232;res, gard&#233;es par des flics harnach&#233;s comme pour une &#233;meute. La col&#232;re se m&#234;le vite &#224; l'angoisse. Dans le quartier, on savait que &#231;a allait arriver. &#171; &lt;i&gt;Arr&#234;tez de parler de squatteurs, vous n'avez pas honte ?&lt;/i&gt;, lance un homme face cam&#233;ra. &lt;i&gt;Au 65, on payait tous des loyers.&lt;/i&gt; &#187; Depuis 9 h 07 ce matin, Rachid est dans un &#233;tat second. Sorti acheter des clopes, il a entendu son immeuble s'effondrer derri&#232;re lui. Sur ses copains Taher et Ch&#233;rif &#224; qui, au bout d'une nuit de bringue, il avait propos&#233; de dormir chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dire les noms&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La rue bruisse de rumeurs et de tristes nouvelles. Chaque histoire vient ajouter son lot d'absurdit&#233;s au fragile &lt;i&gt;mektoub &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formule fataliste : &#171; c'&#233;tait &#233;crit &#187;, en arabe.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Si Abdelghani l'informaticien, apr&#232;s avoir film&#233; les fissures apparues en quelques heures et le son lugubre de l'immeuble qui craquait afin d'alerter le syndic, a eu le temps de quitter l'immeuble dix minutes avant sa chute, d'autres n'ont pas eu cette chance. Ouloume, maman comorienne, venait de laisser son fils El Amine &#224; l'&#233;cole. Fabien, dit Fausto, avait assist&#233; l'avant-veille au concert hommage &#224; Lux B, MC du Massilia Sound System, avec la cr&#232;me de la sc&#232;ne musicale locale. Simona, &#233;tudiante italienne au sourire bien connu du voisinage, avait rendez-vous &#224; 10 h pour signer un nouveau bail et quitter cet immeuble qui puait la mort. Elle avait offert le g&#238;te &#224; Niass&#233;, un ami italo-s&#233;n&#233;galais, pi&#233;g&#233; lui aussi. Marie-Madeleine, plus &#226;g&#233;e, ne sortait presque plus de son T2 du quatri&#232;me &#233;tage. Julien, veilleur de nuit franco-p&#233;ruvien, a sans doute lui aussi &#233;t&#233; surpris dans son sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;num&#233;rer ces noms ne rel&#232;ve en rien de l'exercice macabre. Il s'agit au contraire de dresser le portrait d'un Marseille populaire que la mairie ne veut plus voir en ville. Dans le m&#234;me temps, il faut &#233;galement mettre des noms sur les responsables. &#171; &lt;i&gt;Le Marseille populaire, ce n'est pas le Marseille maghr&#233;bin, ce n'est pas le Marseille comorien, &lt;/i&gt;martelait le maire (LR) Jean-Claude Gaudin au d&#233;but de son second mandat&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Claude Gaudin, dans La Tribune, 5 d&#233;cembre 2001. Cit&#233; dans La Ville (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Le centre a &#233;t&#233; envahi par la population &#233;trang&#232;re. Moi, je r&#233;nove, je lutte contre les marchands de sommeil et je fais revenir des habitants qui payent des imp&#244;ts. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence du m&#233;pris a fini par tuer. Le pire, c'est que cet homme, qui aura pass&#233; sa vie le cul assis sur les si&#232;ges du pouvoir, disait cela juste pour flatter l'&#233;lectorat frontiste. Sa v&#233;ritable obsession ? Chasser les classes populaires loin du centre. Voil&#224; trois si&#232;cles au moins qu'elles y habitent et que, malgr&#233; la pr&#233;carit&#233; et l'abandon, elles y insufflent un dynamisme, des liens, des activit&#233;s et des identit&#233;s fortes. En face, c'est l'arm&#233;e suisse : une fois &#171; reconquis &#187; par les &#171; &#233;lites &#187;, le territoire urbain devient un d&#233;sert sem&#233; de coquilles vides. Personne ou presque pour repeupler la rue de la R&#233;publique, les docks de la Joliette ou le quartier du Rouet&#8230; Et Gaudin le sait bien : il pr&#233;sidait d&#233;j&#224; la commission de l'urbanisme en 1965, &#224; l'&#233;poque du maire &#171; socialiste &#187; Gaston Defferre. Qu'importe si ces op&#233;rations se contentent de d&#233;truire l'existant : les cr&#233;anciers d'une ville surendett&#233;e y trouvent leur compte en faisant de la plus-value sur le b&#233;ton, les trottoirs, le littoral, l'espace public. Avant de partir investir ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Broadway de Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures apr&#232;s l'&#233;croulement de la rue d'Aubagne, Yves Moraine, maire (LR) des 6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 8&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements, se pavane en compagnie de Laure-Agn&#232;s Caradec, adjointe &#224; l'urbanisme. On d&#233;guste des monceaux de chocolat fin lors d'une r&#233;ception &#224; la mairie Bagatelle &#8211; la bien nomm&#233;e. Sur les r&#233;seaux sociaux, &#231;a circule et &#231;a pique. On retire la photo, mais trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabine Bernasconi, maire des 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; et 7&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements, r&#234;ve de faire de la Canebi&#232;re le Broadway de Marseille. Ses Dimanches de la Canebi&#232;re, avec pi&#233;tonnisation &#233;ph&#233;m&#232;re et animations culturelles b&#233;n&#233;voles, pr&#233;tendent attirer &#224; peu de frais une classe moyenne bien blanchie. Depuis le 5 novembre, la dame se fait discr&#232;te. Elle a m&#234;me annul&#233; le dernier &#171; Dimanche &#187; de l'ann&#233;e de peur de le voir envahi par les familles sinistr&#233;es en col&#232;re. En attendant, profitant d'un arr&#234;t&#233; de p&#233;ril sur un immeuble appartenant &#224;&#8230; la Soleam&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soci&#233;t&#233; publique charg&#233;e de l'am&#233;nagement urbain de la m&#233;tropole.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, on expulse quatre bouibouis &#224; couscous, une boulangerie et quelques dizaines d'habitants de la rue de la Fare, dans le quartier Belsunce qui d&#233;p&#233;rit depuis l'&#233;radication de son florissant bazar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette r&#233;publique des &lt;i&gt;chapacans&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Bras cass&#233; &#187;, en marseillais.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, la brutalit&#233; se veut badine. G&#233;rard Chenoz, &#233;lu aux Grands Projets d'attractivit&#233; et pr&#233;sident de la Soleam, d&#233;clare avec d&#233;sinvolture &#224; des commer&#231;ants de la Plaine inquiets des effets du chantier de requalification : &#171; &lt;i&gt;Les touristes, ils veulent pas qu'on enl&#232;ve les Arabes, ils veulent qu'on balaye plus souvent. Mais avec les voitures, c'est pas possible. Alors je vais pi&#233;tonniser la rue d'Aubagne et &#231;a va devenir un quartier branch&#233; ! &lt;/i&gt; &#187; Il est le seul &#224; en rire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-943-bd922.jpg?1779902470' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Solange Biaggi, &#233;lue d&#233;l&#233;gu&#233;e au commerce, elle se vante de faire venir des boutiques et des concept-stores aux prix prohibitifs sur le bas de cette m&#234;me rue d'Aubagne. Et Martine Vassal, pr&#233;sidente du D&#233;partement et de la M&#233;tropole, sous pr&#233;texte de guerre aux kebabs, avoue financer des baux pr&#233;f&#233;rentiels pour ces commerces hors-sol, alors que les restos tunisiens ou les salons de coiffure guin&#233;ens payent leur loyer plein pot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une circulaire, Jean-Claude Gondard, directeur des services de la Ville, menace ses agents de sanctions disciplinaires s'ils entrent en contact avec la presse et critiquent leur hi&#233;rarchie. Sans doute pour &#233;viter que la v&#233;rit&#233; ne s'&#233;bruite : au service de gestion des risques b&#226;timentaires, il n'y a qu'une dizaine de techniciens pour traiter l'avalanche de signalements depuis le 5 novembre et assurer les visites de proc&#233;dure de p&#233;ril. On estime &#224; 40 000 les logements insalubres &#224; Marseille. Et &#224; 100 000 les mal log&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arlette Fructus, adjointe au logement et pr&#233;sidente de Marseille Habitat, &#233;tait en mesure de s&#233;curiser au moins le n&#176; 63, pr&#233;empt&#233; en partie en 2012, puis en 2017 dans sa totalit&#233;. En 2014, dans une &#171; &#233;tude urbaine &#187;, la Soleam pr&#233;sente m&#234;me la r&#233;habilitation comme chose faite. Troublante vantardise vite retir&#233;e du site apr&#232;s le 5 novembre : &#171; Programme de sortie : 4 grands T3 (80 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; hab.) + local commercial en RdC. Co&#251;t des travaux : 608 500 &#8364; HT. Soit 1 850 &#8364; / m&#178; hab. &#187; Sauf qu'ils n'ont jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s et que les fen&#234;tres &#8211; et sans doute une partie du toit &#8211; &#233;taient ouvertes &#224; tous les vents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Fructus se d&#233;fausse : l'habitat indigne est surtout priv&#233;. Justement : Xavier Cachard, vice-pr&#233;sident LR du Conseil r&#233;gional et avocat sp&#233;cialis&#233; dans l'immobilier, ayant vot&#233; des coupes franches dans le budget r&#233;serv&#233; &#224; la lutte contre l'habitat insalubre et&#8230; propri&#233;taire d'un appartement au 65 rue d'Aubagne, vient de s'effondrer. Suspendu de ses fonctions par son ami et client Renaud Muselier. Cachard est aussi l'avocat de la copropri&#233;t&#233; du 65. Il savait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 novembre 2018, trois semaines apr&#232;s la catastrophe, le procureur de la R&#233;publique annonce l'ouverture d'une information judiciaire pour &#171; &lt;i&gt;homicides involontaires&lt;/i&gt; &#187; aggrav&#233;s &#171; &lt;i&gt;par violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de prudence ou de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et l&#224;, il ne faut rien s'interdire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis il y a les anonymes du quartier et d'ailleurs. Les d&#233;log&#233;s, les proches de victimes, les voisines, les amis. Vite, quelques militantes convoquent une r&#233;union dans un local de la rue de l'Arc, o&#249; sera fond&#233; le Collectif du 5 novembre &#8211; Noailles en col&#232;re. Il y a aussi l'association Destination familles, qui fait office de centre social sans en avoir ni le statut, ni les moyens. Tout un tissu social, &#224; la fois dense et pr&#233;caire, qui se serre encore un peu plus les coudes aujourd'hui en substituant l'entraide &#224; l'imp&#233;ritie des &#233;lus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centaines de personnes &#233;vacu&#233;es, souvent sans arr&#234;t&#233; de p&#233;ril act&#233;, sont log&#233;es dans des h&#244;tels dispers&#233;s aux quatre coins de la ville, loin de l'&#233;cole des enfants. Des propri&#233;taires ind&#233;licats leur r&#233;clament encore le loyer. Les assurances rechignent &#224; couvrir un sinistre mal d&#233;fini. Et les d&#233;marches se heurtent &#224; l'improvisation d'un guichet unique mont&#233; en urgence pr&#232;s du Vieux-Port. &#171; &lt;i&gt; On a l'impression qu'on veut se d&#233;barrasser de nous &lt;/i&gt; &#187;, tr&#233;pigne une femme enceinte expuls&#233;e de chez elle en dix minutes chrono. Sur la porte d'entr&#233;e, un simple avis &#233;crit &#224; la main : &#171; &lt;i&gt;Immeuble &#233;vacu&#233; &#224; titre conservatoire. Appeler All&#244; Mairie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; ce chaos, une revendication a &#233;merg&#233; : la r&#233;quisition de logements vides en centre-ville. En particulier sur la rue de la R&#233;publique, cette vitrine de l'op&#233;ration sp&#233;culative Eurom&#233;diterran&#233;e, o&#249; pr&#232;s de mille appartements r&#233;nov&#233;s restent inoccup&#233;s, comme 60 % des locaux de commerce en pied d'immeubles. Si les locataires, les propri&#233;taires occupants et les tailleurs s&#233;n&#233;galais de la rue d'Aubagne repeuplaient ce d&#233;sert d'o&#249; les fonds de pension ont expuls&#233; les classes populaires, ce ne serait que justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 6 novembre, un coup de godet de pelleteuse a suffi &#224; faire s'effondrer tout un pan du n&#176; 67. On parle de ch&#226;teau de carte, d'effet domino &#8211; ces immeubles du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle s'appuyant les uns sur les autres. Le procureur ordonne alors la &#171; d&#233;construction &#187; du 69, mais interrompt l'engin quand on d&#233;couvre que la charpente est saine. Trop tard : de la rue, Ma&#235;l d&#233;couvre les placards de sa cuisine et les sacs &#224; dos accroch&#233;s au porte-manteau suspendus dans le vide. Les orbites noircies par l'insomnie, il d&#233;clare dans une assembl&#233;e que m&#234;me s'ils ont plus de ressources que la plupart de leurs voisins, sa compagne et lui ont d&#233;cid&#233; de rester et de se battre avec le quartier pour que justice soit faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toute jeune Amel, foulard nou&#233; &#224; l'antillaise, prend cr&#226;nement la parole lors d'une agora de quartier : &#171; &lt;i&gt;Il ne faut pas avoir peur, vous avez le droit de porter plainte, vous avez le droit de vivre dans un endroit s&#251;r, sans craindre que le plafond vous tombe sur la t&#234;te. &lt;/i&gt; &#187; Kaouther, elle, s'appuie sur son exp&#233;rience tunisienne : &#171; &lt;i&gt;Il y a l'urgence, la solidarit&#233; avec les sinistr&#233;s, les d&#233;log&#233;s. Et puis il y a nos revendications. Et l&#224;, il ne faut rien s'interdire. On peut parler de tout, pas seulement de logement. On peut dire la ville dans laquelle on veut vivre. On est l&#224; pour &#231;a, tout le monde a droit &#224; une belle vie, &#224; une vie digne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire sur le m&#234;me sujet&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La col&#232;re et la r&#233;pression &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Gaudin-assassin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Gaudin, assassin ! &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Apr&#232;s les effondrements d'immeubles, la rue marseillaise a march&#233; trois fois pour rendre hommage aux morts et demander la d&#233;mission du maire. En face, ce ne fut que sadisme, matraques et grenades lacrymog&#232;nes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Formule fataliste : &#171; c'&#233;tait &#233;crit &#187;, en arabe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Claude Gaudin, dans &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt;, 5 d&#233;cembre 2001. Cit&#233; dans &lt;i&gt;La Ville sans nom &#8211; Marseille dans la bouche de ceux qui l'assassinent&lt;/i&gt;, &#233;ditions Le Chien rouge, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soci&#233;t&#233; publique charg&#233;e de l'am&#233;nagement urbain de la m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Bras cass&#233; &#187;, en marseillais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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