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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Feu Le Caire</title>
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		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises. Samedi Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartecaire_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/1200cartecaire_resultat-c1baa.jpg?1782742198' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre que ce que je veux, c'est la politique &#8211; le faire parler et me nourrir de ses paroles. Il se pr&#234;te au jeu : &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement vole l'argent des gens.&lt;/i&gt; &#187; Je suis content, mais il ne me donnera pas davantage. Il met la musique &#224; fond. Il chante, bien et fort, toujours en avance d'une demi-seconde sur le chanteur libanais dont j'ai oubli&#233; le nom. Il roule comme un fou. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Je suis fou, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes arriv&#233;s. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Allez, tu es content, donne-moi 250.&lt;/i&gt; &#187; Je lui donne 240. Il prend sans compter. Il me demande une cigarette. Je lui en offre deux. Il refuse la seconde. J'oublie le paquet dans la voiture. Il me rattrape pour me le rendre. Il klaxonne. Il rit. Je ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution cherchait &#224; contourner l'argent pour jouir de la parole : j'aimerais, moi aussi, mais je ne peux pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tahrir n'est plus qu'un immense hub routier o&#249; personne ne s'attarde. Des policiers anti-&#233;meute arm&#233;s de fusils &#224; pompe y stationnent en permanence. La s&#233;curit&#233; d'&#201;tat, dit-on, surveille la place depuis les &#233;tages sup&#233;rieurs des immeubles environnants. Les caf&#233;s sont pleins d'indics. La menace, elle, ne donne aucun signe de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon amie Loubna m'a invit&#233; &#224; d&#238;ner chez elle, dans la banlieue sud. Elle a convi&#233; Youssef. Youssef est un universitaire francophone &#224; la carrure consid&#233;rable. Il est venu pour converser avec moi. Je suis intimid&#233; : j'ai peur des universitaires. Mais Youssef est int&#233;ress&#233; par le gratin de courgettes : me voil&#224; rassur&#233;. Il &#233;voque un nouveau travail, en sus de l'universit&#233;. Il est question d'un &#171; &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;autorit&#233; de tutelle&lt;/i&gt; &#187;. Je finis par comprendre que Youssef travaille pour les &lt;i&gt;mukhabarat al-&#8216;am&lt;/i&gt;, les renseignements g&#233;n&#233;raux. Youssef &#233;voque des g&#233;n&#233;raux ploucs et pieux ; des coups de fil d'amis re&#231;us &#224; l'aube pour faire lib&#233;rer des gens ; le pr&#233;sident, fantomatique et lointain. Voil&#224; le grand th&#233;&#226;tre du pouvoir. Quelque part, en coulisse : le grondement de la population. Ce n'est pas le moment de desserrer la vis, dit Youssef : les prix ont plus que doubl&#233; en cinq ans, et partout les Fr&#232;res musulmans sont en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#238;ner, on rentre ensemble en Uber : c'est la premi&#232;re fois pour moi. En &#201;gypte, les Uber sont plus chers que les taxis mais Youssef les pr&#233;f&#232;re car, dit-il, leurs chauffeurs se comportent bien : gr&#226;ce &#224; l'appli, ils peuvent &#234;tre signal&#233;s. Ainsi ont-ils peur &#8211; et la vis tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la voiture, Youssef est perturb&#233; : au cours de la soir&#233;e, Loubna a dit que les gens &#233;taient terrifi&#233;s par la police. Il en est surpris : il ne pensait pas que c'&#233;tait &#224; ce point. Il semble malheureux, perdu, seul. Je suis pris d'une horrible envie de le rassurer, de lui dire de ne pas s'inqui&#233;ter, que la police, &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je marche vers le nord du centre-ville. &#192; Boulaq et Choubra, tout n'est que souks. Les marchandises sont innombrables, et class&#233;es par th&#232;me : ici on circule au milieu de pi&#232;ces de voiture ; l&#224; des v&#234;tements recycl&#233;s ou des pi&#232;ces d'&#233;lectrom&#233;nager. Pourquoi exposer de tels amoncellements ? Sans doute sont-ce l&#224; des stocks &#8211; et il n'y a pas d'entrep&#244;ts pour les y fourrer. Ahmad, &#224; la r&#233;ception de l'h&#244;tel : &#171; &lt;i&gt;Pendant la crise du corona, les marchandises chinoises n'arrivaient plus. La ville &#233;tait vide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires, les quartiers de Boulaq et Choubra &#233;taient descendus sur le centre-ville, c&#339;ur d&#233;cr&#233;pi de la boh&#232;me intellectuelle et r&#233;volutionnaire et l'un des centres du pouvoir. Les gens venus de Boulaq et Choubra cr&#233;aient, me dit-on, de l'ins&#233;curit&#233;. Il y avait les manifestants (bons), mais aussi les vendeurs &#224; la sauvette et les voyous (mauvais). Ce ne sont pas seulement des paroles de bourgeois : Boulaq et Choubra, en plus d'effrayer ceux-ci, harcelaient les femmes circulant seules. Les voyous ont depuis &#233;t&#233; repouss&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; par la police. Le centre-ville a &#233;t&#233; sauv&#233; de l'assaut des pauvres par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canaliser la haine de classe sur les femmes ou d&#233;fendre les libert&#233;s des individus face &#224; l'islam des pauvres : la contre-r&#233;volution a toujours deux m&#226;choires. Y a-t-il eu autre chose ? J'ai le souvenir d'une femme en &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt;, seule, debout sur une caisse, haranguant la foule pour parler de justice sociale. Je ne comprenais que des bribes. C'&#233;tait en mars 2011 &#8211; ou peut-&#234;tre &#233;tait-ce en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au sud-est du centre-ville est le Caire dit &#171; islamique &#187; : la vieille ville et ses quartiers informels (&lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;), certains b&#226;tis sur des cimeti&#232;res m&#233;di&#233;vaux. C'est le Caire bord&#233;lique. Je me perds dans le quartier qui domine la mosqu&#233;e Ibn Touloun. Les ruelles sont de terre battue. On circule en touk-touk ; il y a des moutons, des volailles, des chevaux. J'interroge un vieux dans son &#233;choppe. Il est avenant, il se nomme Magdi, il d&#233;clare son amour pour le pr&#233;sident Abdel Fattah al-Sissi. Il m'informe que nous sommes dans une des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt; du quartier Khalifa. Le vieux Magdi m'offre un jus de goyave. Je veux payer, il refuse : il affirme avec assurance que je ferais pareil si nous &#233;tions chez moi en France. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r&lt;/i&gt; &#187;, dis-je, et je l'invite chez moi en France. Pas plus que l'argent, la n&#233;gation de l'argent ne lie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rejoint la place Sayyida-Zeinab. Dans un caf&#233;, le serveur me dit de rester un an en &#201;gypte, qu'alors je comprendrai le pays. Il s'appelle Hassan. Il me donne un surnom : Mouni. Vient la question &#171; &lt;i&gt;Tichrab moukhadarat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; bois-tu des drogues ? (ici, on dit qu'on boit les drogues). Je suis m&#233;fiant avec cette affaire : il y a dix ans, parti pour ce faire, je m'&#233;tais trouv&#233; chez d'habiles voleurs, face auxquels je ne savais pas quel bon droit faire valoir. &#171; &lt;i&gt;Bof&lt;/i&gt; &#187; dis-je &#224; Hassan,&lt;i&gt; j'ai arr&#234;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mais Hassan insiste ; il guette le fond de mes yeux et scanne mon &#226;me : lui, c'est haschisch &#224; fond.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vendredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pouss&#233; plus loin au sud, en lisi&#232;re du cimeti&#232;re sud. Quand je quitte la place Sayyida-Nafissa, tout est silence. Je longe un quartier qui, sur la carte, s'appelle Masakin Zeinhum. Le bric et broc des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat &lt;/i&gt;s'y transforme en d&#233;cr&#233;pitude urbaine : des barres grises qui imm&#233;diatement &#233;voquent l'&#201;tat. La mis&#232;re ici cesse d'&#234;tre active : les pauvres sont assis. De cette position ils me regardent, et ces yeux sont des miroirs plant&#233;s en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entame une descente vers Sayyida- Zeinab. Sur ma route, un monstre : un cube de b&#233;ton &#233;norme et tonitruant, prot&#233;g&#233; par tout un tas de fourgons-prisons. C'est le tribunal du district Sud du Caire. Voici la justice, la vraie, celle qui mange les pauvres &#8211; les mastique, les ingurgite, les chie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khan-al-Khalil : le Caire touristique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis au nord, pr&#232;s de la mosqu&#233;e Al-Hakim, au pied des remparts. La zone &#224; babioles s'est effiloch&#233;e doucement et la guerre pour l'espace bat son plein. Les boutiquiers s'affairent pour vendre des marchandises aux touristes. De jeunes prol&#233;taires font vrombir leurs deux-roues &#8211; ils sont d&#233;f&#233;rents et agressifs ; parfois ils font montre d'une sonore religiosit&#233;. Les touristes tra&#238;nent et attendent qu'on s'occupe d'eux. Ils sont &#233;gyptiens, golfiens, turcs, indon&#233;siens : musulmans, ils ne me renvoient nul reflet&#8230; c'est confortable. Les agents de la s&#233;curit&#233; semblent vivre une relation importante avec leurs matraques molles. Certains les trimballent par brass&#233;es enti&#232;res ; d'autres, alanguis sur des barri&#232;res, triturent leur bidule. On distribue l'objet et on fait connaissance avec lui : sans doute la matraque molle est-elle une nouveaut&#233; dans l'&#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oiseau a chi&#233; sur mon &#233;paule. Je vais devoir retourner &#224; l'h&#244;tel pour me changer. Je n'en bougerai plus aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi m'a inform&#233; que le quartier o&#249; le vieux Magdi m'a offert un jus de goyave est vou&#233; &#224; une destruction prochaine. &#201;voquant le destin futur des expuls&#233;s, il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;gypte est grande.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce moment, je n'ai su comment interpr&#233;ter son regard. Je suis &#224; l'aff&#251;t des fr&#233;missements de la haine &#8211; j'aimerais imaginer un face-&#224;-face secret entre l'&#201;tat et les &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;. Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police a, dans ces quartiers, &#233;t&#233; attaqu&#233;e partout. Les bulldozers sont-ils l'instrument d'une vengeance ? Je me raisonne : le capital court devant le temps, pas derri&#232;re. Le BTP, c'est les capitalistes militaires. Ils contractent avec l'&#201;tat, ils ravagent, ils se mettent le pognon dans les poches. Soixante pour cent du b&#226;ti au Caire n'est pas d&#233;clar&#233; &#8211; on peut d&#233;truire sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, quand je regagne le centre-ville en remontant la rue Talaat-Harb, la ville me semble sombre et vide. Je presse le pas. Je me rem&#233;more des slogans. &#171; &lt;i&gt;Thawra, thawra hatta an-nasr&lt;/i&gt; &#187; &#8211; R&#233;volution, r&#233;volution jusqu'&#224; la victoire ; &#171; &lt;i&gt;Yaskut, yaskut hakmat al-&#8216;askar&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Que tombe, que tombe le gouvernement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une &#233;meute du c&#244;t&#233; de la rue Mohamed-Mahmoud, fin 2012. Amar, supporter de l'&#233;quipe de foot d'Al-Ahly, m'avait abord&#233; : il &#233;tait anglophone. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des chiens, ils nous tuent, ils tuent mes fr&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Il parlait de la police &#8211; les ultras d'Al-Ahly &#233;taient alors omnipr&#233;sents dans les combats de rue. Avec Amar, nous sommes ensuite rest&#233;s en contact sur Facebook. Il a voulu fuir le pays, m'a demand&#233; des coups de main. Je n'avais pas grand-chose &#224; lui offrir. Sur sa page Facebook, il est d&#233;sormais mari&#233;. Je ne l'ai pas inform&#233; de mon retour au Caire. Le corona, dit-on, a tu&#233; l'activit&#233; des ultras.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233; au caf&#233; de Hassan &#224; Sayyida-Zeinab. Hassan m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Ah, Mouni, si nous parlions la m&#234;me langue, je t'expliquerais tant de choses sur cette ville et ce quartier&lt;/i&gt;. &#187; &#192; plusieurs reprises, il s'est pinc&#233; la glotte en pronon&#231;ant un mot que je n'ai pas compris. Cela veut dire qu'il en a marre. Il veut rester &#224; la maison, &#224; fumer du haschisch. Il a 31 ans et n'est pas mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi barbu. Sa dentition est pleine de trous ; il louche et grimace comme s'il voulait d&#233;crocher le r&#244;le de l'ogre. Il me m&#232;ne au parc Al-Azhar en passant par un &lt;i&gt;no-man's land&lt;/i&gt; entre le cimeti&#232;re sud et Manshiyat Nasr. C'est vide, c'est cass&#233;, les ordures forment des collines. Sous ses grimaces, le chauffeur semble joyeux de me faire passer l&#224;. Il &#233;voque les beaut&#233;s de l'Am&#233;rique et du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'existence du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision semble lui procurer une joie intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haut de la quatre-voies de Salah-Salem, il faut faire demi-tour. On croise une immense mosqu&#233;e enguirland&#233;e : la Mosqu&#233;e de la police &#8211; l'entr&#233;e, m'explique le chauffeur, en est interdite &#224; tous les non-flics. Et voil&#224; que l'homme est pris d'un cri strident et se met &#224; causer en anglais : &#171; &lt;i&gt;Police very very bad&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dans une phrase mal branl&#233;e, je marmonne le mot r&#233;volution (&lt;i&gt;thawra&lt;/i&gt;). Le chauffeur secoue la t&#234;te et il entrechoque le creux de ses poignets : il n'y aura pas de nouvelle r&#233;volution, seulement la prison, encore et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2011, au d&#233;tour d'un caf&#233;, un vieux. Il incarne la boh&#232;me intellectuelle du centre-ville : il est chevelu et sap&#233; comme en 1970. Je lui dis que je cherche la r&#233;volution. Il me r&#233;pond que je ne la trouverai pas car, dit-il, elle est cach&#233;e : elle se niche dans les mots secrets qu'en ce moment m&#234;me s'&#233;changent les travailleurs. Longtemps, loin du Caire, les paroles de ce vieux ont fa&#231;onn&#233; ma mythologie de la r&#233;volution : maintenant, tout &#231;a est caduc. Pour mes fantasmagories futures, je pense au cri strident sorti de la gorge du chauffeur de taxi orgiaque. Quelque chose y &#233;tait suspendu &#8211; mais on ne sait pas encore quoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minassian&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;gypte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteegypte_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200carteegypte_resultat-52b59.jpg?1782742198' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 100 millions d'habitant&#183;es, dont 23 millions au Caire. &#8226; une &#233;conomie de rentes : transferts de la diaspora, tourisme, redevances d'utilisation du canal de Suez, ventes d'hydrocarbures. &#8226; un tiers de la population sous le seuil de pauvret&#233;. un secteur informel qui repr&#233;senterait la moiti&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dynamique r&#233;volutionnaire (2011-2013) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police, partout assaillie, est physiquement vaincue par des dizaines de milliers de manifestant&#183;es. Au cours des deux semaines suivantes, l'occupation de la place Tahrir entra&#238;ne la dislocation du bloc dirigeant. Les g&#233;n&#233;raux d&#233;mettent le pr&#233;sident Hosni Moubarak et prennent le pouvoir. Mais ils ne peuvent ni ne veulent gouverner seuls : ils s'allient avec les Fr&#232;res musulmans et jouent l'ouverture d&#233;mocratique. Il y a plusieurs &#233;lections ouvertes en 2011 et 2012 : les Fr&#232;res les remportent toutes. Mais l'&#201;tat ne parvient pas &#224; absorber une &#233;bullition sociale qui n'a pas de traduction politique ni d'unit&#233; organisationnelle. Les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187;, concentr&#233;&#183;es au Caire, maintiennent une pression constante sur le terrain de la d&#233;mocratisation : ils sont durement r&#233;prim&#233;&#183;es. un puissant mouvement d'insubordination traverse les lieux de travail, entra&#238;nant nombre de gr&#232;ves sauvages. Les &#233;meutes contre la police et les pouvoirs locaux sont r&#233;currentes : la jeunesse du salariat informel se r&#233;pand dans les rues &#8211; ultras, &#171; black blocs &#187;, &#171; salafistes r&#233;volutionnaires &#187;. Le pouvoir orchestre plusieurs massacres, qui entra&#238;nent chaque fois des recompositions des forces politico-sociales : les alliances de rue se font et se d&#233;font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamiste Mohamed Morsi est &#233;lu pr&#233;sident en juin 2012 face au r&#233;sidu d'ancien r&#233;gime &#8211;&lt;i&gt; fouloul&lt;/i&gt; &#8211; Ahmed Chafiq. En d&#233;cembre, le bloc Fr&#232;res musulmans-militaires se disloque : les Fr&#232;res veulent pousser leurs pions trop loin au sein de l'&#201;tat. Au printemps 2013, alors que l'agitation sociale se poursuit, les militaires manipulent prix et p&#233;nuries. Le 3 juillet 2013, s'appuyant sur des manifestations massives et un soutien de la quasi-totalit&#233; des forces politiques non-fr&#233;ristes (y compris les salafistes), ils renversent Morsi, se revendiquant d'une &#171; deuxi&#232;me r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pelleteuses &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2016, suite &#224; un accord avec le Fonds mon&#233;taire international (FMI), la monnaie est d&#233;valu&#233;e et les subventions &#233;tatiques sur l'&#233;nergie et les produits alimentaires sont partiellement lev&#233;es : les prix s'envolent. L'&#233;conomie &#233;gyptienne tourne &#224; grands coups d'emprunts : les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;gyptiens sont parmi les plus attractifs sur le march&#233; mondial. L'afflux de capitaux finance de grands projets d'infrastructures : doublement du canal de Suez, construction de villes nouvelles dans le d&#233;sert. &#192; 40 km du Caire, une nouvelle capitale est en construction. Elle a pour nom &#171; Nouvelle capitale administrative &#187;. On attend d'ici peu le transfert en grande pompe de 50 000 fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les d&#233;penses publiques ont doubl&#233; en dix ans, le budget de l'&#201;tat ressemble &#224; une pyramide de Ponzi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#233;gime, domin&#233; par le chef d'&#233;tat-major Abdel Fattah al-Sissi, s'inaugure par un massacre d'une ampleur in&#233;dite : sur la place Rabia, en ao&#251;t 2013, les forces de s&#233;curit&#233; tuent au moins 800 manifestant&#183;es pro-Morsi. Les lib&#233;raux d&#233;mocrates, socialistes et autres syndicalistes r&#233;volutionnaires, qui soutiennent le gouvernement de transition, n'y trouvent rien &#224; redire. Dans les mois qui suivent, des dizaines de milliers de pr&#233;sum&#233;s islamistes, accus&#233;s d'appartenance terroriste, sont jet&#233;s en prison. Progressivement, les idiots utiles lib&#233;raux et salafistes sont &#233;cart&#233;s ; les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187; qui maintiennent une activit&#233; publique sont &#224; leur tour durement r&#233;prim&#233;&#183;es. Enfin, au cours de l'hiver 2013-2014, la discipline au travail est restaur&#233;e : le mouvement r&#233;volutionnaire est vaincu. Sissi est &#233;lu pr&#233;sident en 2014 et r&#233;&#233;lu en 2018, dans des bureaux de vote d&#233;serts. La pression polici&#232;re atteint des niveaux jamais vus : elle continue aujourd'hui de se resserrer. Les prisons &#233;gyptiennes sont surpeupl&#233;es. La moiti&#233; des prisonniers seraient &#171; politiques &#187; : 60 000, disent les ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'arm&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; d'autres secteurs capitalistes, l'arm&#233;e &#233;gyptienne est un &#171; capitaliste collectif &#187; fondu dans l'&#201;tat &#8211; un r&#233;sidu de socialisme des ann&#233;es 1960. La logique de rentabilit&#233; du capital est ici dissoute : dans les entreprises militaires, profits et subventions de l'&#201;tat sont confondus. L'arm&#233;e produit de l'agroalimentaire, du BTP, des m&#233;dicaments. Elle fait travailler gratuitement les bidasses ; elle emploie des salari&#233;s qui sont des militaires. Elle fournit &#224; ses employ&#233;s, s&#233;curit&#233; sociale, retraites, soins gratuits. L'arm&#233;e-entreprise est la grande orchestratrice des m&#233;gaprojets d'infrastructure : par ce biais, les capitaux achet&#233;s par la dette passent dans son budget. L'&#201;tat &#233;gyptien est ainsi tiraill&#233; entre la mainmise des militaires et les int&#233;r&#234;ts des capitalistes priv&#233;s : cette contradiction &#8211; parmi d'autres &#8211; menace de faire sauter le couvercle de la cocotte-minute sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Offensive anti-squats en Guyane</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Offensive-anti-squats-en-Guyane</link>
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		<dc:date>2018-12-26T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Tomagnetik</dc:subject>
		<dc:subject>faut</dc:subject>
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		<dc:subject>occupants</dc:subject>
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		<dc:subject>Fr&#232;res</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; la pointe du mouvement social du printemps 2017, le collectif des 500 Fr&#232;res donne d&#233;sormais dans l'expulsion &#171; citoyenne &#187; d'occupants ill&#233;gaux. En plein centre-ville de Cayenne, une foule &#233;ructe sa haine des squatteurs. Nous sommes le 24 septembre et l'appel lanc&#233; deux jours plus t&#244;t par la galaxie des 500 Fr&#232;res contre la d&#233;linquance a &#233;t&#233; entendu. Devant le num&#233;ro 53 de la rue Madame-Pay&#233;, quelque 200 personnes sont venues d&#233;loger les occupants &#8211; essentiellement &#233;trangers &#8211; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no170-novembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;170 (novembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tomagnetik" rel="tag"&gt;Tomagnetik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/squat" rel="tag"&gt;squat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guyane" rel="tag"&gt;Guyane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cayenne" rel="tag"&gt;Cayenne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/squats" rel="tag"&gt;squats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grands-Freres" rel="tag"&gt;Grands Fr&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/occupants" rel="tag"&gt;occupants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut-s-en" rel="tag"&gt;faut s'en&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/squats-evacues" rel="tag"&gt;squats &#233;vacu&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Freres" rel="tag"&gt;Fr&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la pointe du mouvement social du printemps 2017, le collectif des 500 Fr&#232;res donne d&#233;sormais dans l'expulsion &#171; citoyenne &#187; d'occupants ill&#233;gaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En plein centre-ville&lt;/strong&gt; de Cayenne, une foule &#233;ructe sa haine des squatteurs. Nous sommes le 24 septembre et l'appel lanc&#233; deux jours plus t&#244;t par la galaxie des 500 Fr&#232;res contre la d&#233;linquance&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les 500 Fr&#232;res (collectif cr&#233;&#233; d&#233;but 2017 apr&#232;s un &#233;ni&#232;me assassinat, pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le num&#233;ro 53 de la rue Madame-Pay&#233;, quelque 200 personnes sont venues d&#233;loger les occupants &#8211; essentiellement &#233;trangers &#8211; de cette maison insalubre. Une habitante argue que le &#171; propri&#233;taire &#187; des b&#226;timents squatt&#233;s lui fait payer un loyer au noir, mais son intervention &#171; &lt;i&gt;est vite annihil&#233;e par des personnes hostiles vitup&#233;rant &#224; son encontre&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le squat de la rue Madame Pay&#233; &#233;vacu&#233; sous la pression populaire &#224; Cayenne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La police s'interpose entre la foule et le squat, o&#249; la maire de Cayenne vient n&#233;gocier le d&#233;part des occupants &#8211; en l'absence de toute d&#233;cision de justice. Un peu plus tard, un fourgon emm&#232;ne les objets personnels des occupants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus t&#244;t, le squat avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; attaqu&#233; par des membres des Grands Fr&#232;res. Ce &#171; &lt;i&gt;saccage &lt;/i&gt; &#187;, commis par des hommes &#171; &lt;i&gt;encagoul&#233;s et d&#233;tenteurs d'armes blanches&lt;/i&gt; &#187;, selon les mots du procureur, aurait fait trois bless&#233;s, dont une femme enceinte. Une exp&#233;dition effectu&#233;e vraisemblablement &#224; la demande de riverains se plaignant d'incivilit&#233;s multiples, menaces, tapage, prostitution et trafic de stup&#233;fiants. &#171; &lt;i&gt;Arr&#234;tez de prendre en compte la mis&#232;re des squatteurs, vous rejetez la mis&#232;re des riverains&lt;/i&gt; &#187;, dira &#224; une autre occasion Zadkiel Saint-Orice, porte-parole des Grands Fr&#232;res&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Rassemblement au 18 rue Barrat &#224; la m&#233;moire de Raymond Gaye [...] &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les forums des sites d'actualit&#233;s guyanais, on trouve bien des internautes critiquant le co&#251;t des proc&#233;dures d'expulsion pour les propri&#233;taires d&#233;sargent&#233;s. Certains n'h&#233;sitent aucunement &#224; &#233;tablir un lien entre squats, ins&#233;curit&#233; et&#8230;immigration.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; 350 squats &#233;vacu&#233;s et il faut s'en satisfaire ?! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 17 octobre, dans cette ambiance d&#233;l&#233;t&#232;re et farouchement anti-squat, la t&#233;l&#233;vision publique Guyane La Premi&#232;re consacre une &#233;mission sp&#233;ciale &#224; la probl&#233;matique. &#171; &lt;i&gt;Le pr&#233;fet a mis en place une cellule de suivi qui a permis d'&#233;vacuer en un an plus de 350 occupations ill&#233;gales&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;, ce qui correspond &#224; 1 200 personnes &lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;fend le repr&#233;sentant de la pr&#233;fecture. &#171; &lt;i&gt;&#199;a para&#238;t, pour certains, pas assez, pas assez vite&#8230; &lt;/i&gt; &#187;, fait observer la journaliste. &#171; &lt;i&gt; J'aimerais quand m&#234;me rappeler qu'un squat, c'est une occupation sans titre et sans droit, &lt;/i&gt;encha&#238;ne Yvane Goua, de l'association Tr&#242;p Violans.&lt;i&gt; On s'est appropri&#233; le lieu d'une personne. Donc c'est ill&#233;gal et il y a un probl&#232;me &#224; r&#233;gler. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;350 squats &#233;vacu&#233;s en un an et il faut s'en satisfaire ?! En 2014, il y en avait 31 000 en Guyane !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici pr&#233;ciser qu'en Guyane, le terme &#171; squat &#187; renvoie &#224; deux r&#233;alit&#233;s : les occupations urbaines de b&#226;timents, mais surtout les nombreux bidonvilles. Ces derniers, la loi &#201;lan&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Loi anti-pauvres &#8211; &#201;lan : droit dans le mur &#187;, CQFD n&#176;170, novembre 2018.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; ne les a pas oubli&#233;s : un article pr&#233;voit qu'&#224; Mayotte comme en Guyane, le pr&#233;fet pourra d&#233;sormais les faire d&#233;truire sans d&#233;cision de justice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plateau de Guyane La Premi&#232;re, on s'en f&#233;licite. Et il faut se fader 34 minutes de surench&#232;re avant d'entendre une voix dissonante. Celle de Marius Florella, de l'antenne guyanaise du Dal (Droit au logement) : &#171; &lt;i&gt;Je suis d'accord, on peut d&#233;molir toute la Guyane, les maisons construites sans permis. Seulement, il faut me donner une solution de relogement. L'&#201;tat et les communes fuient leur responsabilit&#233; : le manque de logement. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;On ne peut pas d&#233;loger les gens puis les l&#226;cher dans la nature.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les 500 Fr&#232;res (collectif cr&#233;&#233; d&#233;but 2017 apr&#232;s un &#233;ni&#232;me assassinat, pour protester contre les violences et l'ins&#233;curit&#233;, notamment par des op&#233;rations &#171; coup de poing &#187; effectu&#233;es encagoul&#233;s), l'association Tr&#242;p Violans et les Grands Fr&#232;res (scission des 500 Fr&#232;res).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Le squat de la rue Madame Pay&#233; &#233;vacu&#233; sous la pression populaire &#224; Cayenne &#187;, Guyaweb.com, 25 septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Rassemblement au 18 rue Barrat &#224; la m&#233;moire de Raymond Gaye &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt; &#187;, Guyaweb.com, 29 septembre. Selon le quotidien &lt;i&gt;France Guyane&lt;/i&gt;, Raymond Gaye a &#233;t&#233; mortellement poignard&#233; le 26 septembre dans sa maison familiale, qu'il avait l'habitude de visiter &#171; &lt;i&gt;pour &#233;viter qu'elle ne soit squatt&#233;e ou pour faire sortir les squatteurs &lt;/i&gt; &#187;. Certains soup&#231;onnent donc un crime commis par un occupant ill&#233;gal &#8211; ce que rien ne prouve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Loi anti-pauvres &#8211; &#201;lan : droit dans le mur &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170, novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les &#233;l&#233;phants se battent, c'est l'&#201;gypte qui souffre</title>
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		<dc:creator>Youssef El-Chazli</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Confusion, chaos, haine, inqui&#233;tude, col&#232;re et d&#233;ception, tels sont les sentiments qui parcourent aujourd'hui les rues &#233;gyptiennes. Plusieurs semaines apr&#232;s l'&#233;viction des Fr&#232;res musulmans et le retour en force de l'arm&#233;e, l'universitaire Youssef El-Chazli rapporte ce qu'il a vu et entendu sur place. Youssef El-Chazli est doctorant en sciences politiques aux universit&#233;s de Lausanne et de Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne. Il a contribu&#233; &#224; l'ouvrage collectif Au c&#339;ur des r&#233;voltes arabes, (Armand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no114-septembre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;114 (septembre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Youssef-El-Chazli-12188" rel="tag"&gt;Youssef El-Chazli&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lausanne" rel="tag"&gt;Lausanne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Confusion, chaos, haine, inqui&#233;tude, col&#232;re et d&#233;ception, tels sont les sentiments qui parcourent aujourd'hui les rues &#233;gyptiennes. Plusieurs semaines apr&#232;s l'&#233;viction des Fr&#232;res musulmans et le retour en force de l'arm&#233;e, l'universitaire Youssef El-Chazli rapporte ce qu'il a vu et entendu sur place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://youssefelchazli.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Youssef El-Chazli&lt;/a&gt; est doctorant en sciences politiques aux universit&#233;s de Lausanne et de Paris 1 Panth&#233;on-Sorbonne. Il a contribu&#233; &#224; l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Au c&#339;ur des r&#233;voltes arabes&lt;/i&gt;, (Armand Colin, 2013), dirig&#233; par Amin Allal et Thomas Pierret.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_770 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH337/p03-egypte-77503.jpg?1782689787' width='500' height='337' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie des &#201;gyptiens semblent aujourd'hui pointer du doigt, m&#233;chamment, les Fr&#232;res musulmans. Le 8 ao&#251;t 2013, dans une ruelle de la ville industrielle de Kafr Ed-Dawar, o&#249; le vote islamiste a &#233;t&#233; massif, un jeune homme avoue sa d&#233;ception &#224; l'&#233;gard de la confr&#233;rie : &#171; &lt;i&gt; Je ne perdrai plus mon temps &#224; aller voter, il est temps qu'un militaire remette l'ordre.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Ils ont menti, on a fait tout ce qu'ils nous ont dit de faire&#8230; pour rien.&lt;/i&gt; &#187; Son fr&#232;re n'est pas d'accord. Il l&#232;ve les yeux au ciel, affirme que le &#171; &lt;i&gt;courant islamiste n'a pas eu sa chance&lt;/i&gt; &#187; et en appelle aux cieux pour maudire tous les &#171; &lt;i&gt;putschistes&lt;/i&gt; &#187;. N&#233;anmoins, il reproche quand m&#234;me aux Fr&#232;res musulmans leurs multiples &#171; &lt;i&gt;erreurs&lt;/i&gt; &#187; ayant d&#233;l&#233;gitim&#233; le &#171; &lt;i&gt;projet islamique&lt;/i&gt; &#187;. Deux rues plus loin, une fillette de 10 ans affirme haut et fort soutenir la &#171; &lt;i&gt;l&#233;gitimit&#233;&lt;/i&gt; &#187; contre la &#171; &lt;i&gt;militarisation&lt;/i&gt; &#187;. Son p&#232;re, un modeste menuisier et un r&#233;volutionnaire de la premi&#232;re heure, est all&#233; plusieurs fois soutenir les siens &#224; Rabaa Al-Adawiya, pacifiquement. Quant &#224; l'oncle de la fillette, il a mis la photo du g&#233;n&#233;ral al-Sissi en fond d'&#233;cran de son t&#233;l&#233;phone portable. Dans chaque quartier, rue, maison, le ton monte et les esprits s'&#233;chauffent. Une minorit&#233; continue de soutenir et de d&#233;fendre le pr&#233;sident d&#233;chu sous les regards hostiles de la majorit&#233; pro-militaire. Cette ville n'est pas une exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de dix jours et plusieurs centaines de morts plus tard, une bande de jeunes hommes arm&#233;s traverse un quartier commer&#231;ant d'Alexandrie. Ils font un bruit spectaculaire et effrayant, criant et tapant sur les r&#233;verb&#232;res avec des pierres. Les habitants angoiss&#233;s sortent, pour se constituer en comit&#233;s populaires d'autod&#233;fense, s'attendant au pire. Mais les jeunes passent sans rien faire. Ils disent aux riverains, mi-rigolards mi-nerveux, qu'ils vont &#171; &lt;i&gt;chercher les &#8220;Fr&#232;res&#8221; pour leur faire la peau&lt;/i&gt; &#187;. Un des leurs &#8211; continuent-ils &#8211; a &#233;t&#233; tu&#233; par des &#171; &lt;i&gt; milices Fr&#232;res&lt;/i&gt; &#187; ; la vengeance, cette fois, sera un plat mang&#233; bouillant. La veille, des militants islamistes ont violemment bloqu&#233; les art&#232;res de la ville c&#244;ti&#232;re suscitant l'ire des passants. Dans un autre quartier, une bataille rang&#233;e entre militaires et des soutiens pr&#233;sum&#233;s de la &#171; &lt;i&gt;l&#233;gitimit&#233; d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187; avait fait des dizaines de morts, les rafales des armes automatiques &#8211; des deux camps &#8211; ne s'arr&#234;tant pas pendant plusieurs heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en sommes-nous arriv&#233;s l&#224; ? Au cours des derni&#232;res semaines, il est devenu quasiment impossible de faire entendre une position non manich&#233;enne, critiquant aussi bien la strat&#233;gie de la terre br&#251;l&#233;e des Fr&#232;res musulmans que les pratiques s&#233;curitaires extr&#234;mement violentes de l'&#201;tat. Les positions sont d&#233;sormais radicalis&#233;es, grav&#233;es dans les esprits et dans les corps. La lutte est devenue existentielle. Ce processus, commenc&#233; au d&#233;but de la r&#233;volution, a continu&#233; apr&#232;s le d&#233;part de Moubarak. Il est aujourd'hui arriv&#233;, de mani&#232;re tr&#232;s inqui&#233;tante, &#224; son paroxysme. Cette radicalisation est le produit d'une simplification des identit&#233;s personnelles. On tend d&#233;sormais &#224; se d&#233;finir et &#224; &#234;tre d&#233;fini par une facette (r&#233;elle ou fantasm&#233;e) de son identit&#233; : &#171; islamiste &#187; ou &#171; pro-arm&#233;e &#187;, puis &#171; terroriste &#187; ou &#171; infid&#232;le &#187;. &#192; mesure que les camps et que les positions se solidifient, il devient de plus en plus difficile et co&#251;teux de revenir en arri&#232;re, de dialoguer, de faire des compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette polarisation s'est accentu&#233;e depuis la d&#233;claration constitutionnelle par laquelle, en novembre 2012, le pr&#233;sident Morsi s'&#233;tait arrog&#233; d'importants pouvoirs et avait d&#233;clench&#233; contre lui une mobilisation de grande ampleur. La multiplication des affrontements, &#224; chaque fois plus violents et plus meurtriers, a introduit et normalis&#233; la violence dans les rapports entre diff&#233;rents acteurs. Apr&#232;s chaque &#233;pisode meurtrier, avec son lot de &#171; martyrs &#187; et de bless&#233;s, l'&#233;cart entre les formations politiques n'a cess&#233; de grandir. Les Fr&#232;res musulmans, enfin au pouvoir et, semble-t-il, pris par la folie des grandeurs, campaient sur leurs positions et tentaient de tout faire passer en force. Se sachant les plus organis&#233;s, ils se crurent les plus forts et oubli&#232;rent le pouvoir d'autres groupes. Ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; s'allier &#224; l'&#201;tat l&#233;gu&#233; par Moubarak plut&#244;t que de se lancer dans les r&#233;formes auxquelles appelait le camp r&#233;volutionnaire. &#192; la premi&#232;re occasion, les alli&#233;s de la veille devinrent les ennemis du jour. La mobilisation populaire anti-Fr&#232;res du 30 juin 2013, qui fut savamment r&#233;appropri&#233;e par les militaires et les r&#233;seaux client&#233;listes de l'ancien r&#233;gime, se pr&#233;senta comme une occasion en or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, comme le fait remarquer le chercheur &#233;gyptien Amr Adly, la situation ressemble moins &#224; une guerre civile qu'&#224; une &#171; &lt;i&gt;&#233;puration &lt;/i&gt; &#187;. Avec une majorit&#233; incontestable d'&#201;gyptiens derri&#232;re l'appareil s&#233;curitaire et contre les Fr&#232;res musulmans, avec des m&#233;dias officiels et priv&#233;s appelant ouvertement &#224; la chasse &#224; l'islamiste, avec un climat violemment cliv&#233;, c'est moins deux camps qui s'affrontent qu'une majorit&#233; qui souhaite &#233;radiquer politiquement (mais aussi, souvent, physiquement) la minorit&#233; qui &#233;tait jusque-l&#224; au pouvoir. Les institutions s&#233;curitaires, se sentant d&#233;sormais soutenues par la population, ne s'interdisent plus rien. Enfin, du c&#244;t&#233; des militants r&#233;volutionnaires les plus progressistes, le dilemme est paralysant. Incapables de soutenir les militaires, ils ne peuvent accepter de d&#233;fendre les Fr&#232;res musulmans, dont ils ont subi la r&#233;pression durant toute l'ann&#233;e derni&#232;re. Ils se situent aujourd'hui majoritairement contre les Fr&#232;res, mais sans soutenir ouvertement l'arm&#233;e. Ils sont devenus spectateurs, ne se sentant plus li&#233;s &#224; la bataille en cours. Le temps pass&#233; enferm&#233;s, observant le couvre-feu impos&#233; par le gouvernement int&#233;rimaire, &#224; regarder les m&#233;dias entonner &#224; l'unisson l'antienne des &#171; Fr&#232;res terroristes &#187;, ils m&#233;ditent le vieux proverbe : &#171; &lt;i&gt;Quand les &#233;l&#233;phants se battent, c'est l'herbe qui souffre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que demande le peuple ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Que-demande-le-peuple</link>
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		<dc:date>2013-06-17T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>jeunes</dc:subject>
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		<dc:subject>Ben Ali</dc:subject>
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		<dc:subject>exploration radicale</dc:subject>
		<dc:subject>salafistes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s les soul&#232;vements qui ont secou&#233; le monde arabe, les esprits frileux avaient pr&#233;dit un &#171; hiver islamiste &#187; comme triste cons&#233;quence du &#171; printemps d&#233;mocratique &#187;. Dans son dernier ouvrage, Le Peuple veut (Actes sud, 2013), Gilbert Achcar en offre une autre lecture, mettant le prisme sur les contradictions du capitalisme et la question sociale dans ces r&#233;gions. CQFD : Votre livre est sous-titr&#233; Une exploration radicale du soul&#232;vement arabe. Il s'agit d'une analyse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salafistes" rel="tag"&gt;salafistes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s les soul&#232;vements qui ont secou&#233; le monde arabe, les esprits frileux avaient pr&#233;dit un &#171; hiver islamiste &#187; comme triste cons&#233;quence du &#171; printemps d&#233;mocratique &#187;. Dans son dernier ouvrage, &lt;i&gt;Le Peuple veut&lt;/i&gt; (Actes sud, 2013), Gilbert Achcar en offre une autre lecture, mettant le prisme sur les contradictions du capitalisme et la question sociale dans ces r&#233;gions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Votre livre est sous-titr&#233; &lt;i&gt;Une exploration radicale du soul&#232;vement arabe&lt;/i&gt;. Il s'agit d'une analyse mat&#233;rialiste des rapports sociaux et &#233;conomiques qui ont jou&#233; un r&#244;le dans ces insurrections populaires. En quoi est-elle radicale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gilbert Achcar&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Professeur en &#233;tudes du d&#233;veloppement et en relations internationales &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : Les m&#233;dias ont insist&#233; sur l'aspect le plus imm&#233;diat et le plus visible, ce vers quoi ces soul&#232;vements ont culmin&#233; avec le d&#233;part de Ben Ali et Moubarak, pour finalement l'inscrire dans une perspective d&#233;mocratique, rassurante pour l'Occident. Qualifi&#233; de &#171; printemps arabe &#187;, de &#171; r&#233;volution de jasmin &#187; ou de &#171; r&#233;volution Facebook &#187;, il s'agirait d'un seul &#233;v&#233;nement qui se terminerait par des &#233;lections et o&#249; tout rentrerait dans l'ordre. C'&#233;tait refuser de voir le profond mouvement social qui porte ce processus r&#233;volutionnaire &#224; long terme. En premier lieu, l'accumulation des tensions sociales a conduit la situation &#224; son point explosif, et s'inscrit dans un contexte &#233;conomique de blocage du d&#233;veloppement, de lib&#233;ralisation des prix, de privatisations, de hausse des prix des denr&#233;es alimentaires, de crise mondiale. Les pays arabes d&#233;tiennent depuis plusieurs d&#233;cennies les records mondiaux de taux de ch&#244;mage. On a vu aussi la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res en Tunisie et en &#201;gypte, qui portaient toutes sur des revendications sociales pour l'emploi, le pain, la justice. Le ras-le-bol des Tunisiens et la fuite de Ben Ali ont produit un formidable effet boule de neige, qui a contribu&#233; &#224; l'&#233;mergence d'une parole nouvelle pour ces pays &#8211; &#171; &lt;i&gt;Le peuple veut renverser le r&#233;gime&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, qui elle-m&#234;me a chang&#233; la donne. Il n'y a pas eu un seul pays arabe qui n'ait pas &#233;t&#233; affect&#233; par cette vague.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH649/p04_dessin_achcar-e6bda.png?1782644062' width='500' height='649' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Benoit Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dressez un portrait de la jeunesse arabe, acteur de premier plan des mobilisations, et la d&#233;crivez comme une jeunesse de dipl&#244;m&#233;s pr&#233;caires qui ma&#238;trisent les derni&#232;res technologies de communication, finalement plus proches des &#171; indign&#233;s &#187; du monde occidental que de leurs compatriotes salafistes. N'y a-t-il pas un clivage social entre les jeunes modernes et les couches populaires plus traditionnalistes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une id&#233;e re&#231;ue et erron&#233;e. Il n'y a pas d'un c&#244;t&#233; les pauvres salafistes et de l'autre les riches progressistes. Le ch&#244;mage massif touche principalement les jeunes, les femmes &#8211; en g&#233;n&#233;ral et comme cat&#233;gorie de la jeunesse &#8211;, et les dipl&#244;m&#233;s. La proportion de jeunes dipl&#244;m&#233;-e-s au ch&#244;mage est plus &#233;lev&#233;e que dans le reste de la population active. Il faut prendre en compte la d&#233;mocratisation de l'enseignement, qui fait que le taux des dipl&#244;m&#233;s a consid&#233;rablement augment&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es : ce n'est pas un enseignement r&#233;serv&#233; aux nantis. De m&#234;me, les plus pauvres ne sont pas n&#233;cessairement salafistes. Ni Mohamed Bouazizi &#8211; le jeune ch&#244;meur et vendeur ambulant qui s'est immol&#233; le 17 d&#233;cembre 2010 &#8211; ni les jeunes de Sidi Bouzi qui se sont r&#233;volt&#233;s n'&#233;taient salafistes. Les salafistes n'ont surgi sur la sc&#232;ne qu'apr&#232;s les mobilisations de masse. Ils n'ont jamais constitu&#233; l'&#226;me du mouvement, ils s'y sont greff&#233;s comme une fraction sectaire tr&#232;s minoritaire et repr&#233;sentent une forme de frustration sociale d&#233;voy&#233;e. En Tunisie, la majorit&#233; des jeunes r&#233;volutionnaires sont souvent militants de base du syndicat UGTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#201;gypte, si les formes d'expression religieuse sont plus pr&#233;sentes, cela ne signifie pas pour autant une emprise r&#233;elle des salafistes. Les signes ext&#233;rieurs de religiosit&#233; n'expriment pas forc&#233;ment une conception religieuse de la lutte politique. Le Mouvement de la jeunesse du 6-Avril s'est d'abord constitu&#233; comme jonction entre la jeunesse &#233;tudiante et les ouvriers de El-Mahalla El-Kubra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Fr&#232;res musulmans, loin d'incarner la contestation populaire, constituent une nouvelle classe affairiste, dont le puritanisme est compatible avec le n&#233;olib&#233;ralisme. Comment expliquer que dans certains milieux anti-imp&#233;rialistes, on continue &#224; leur conc&#233;der un blanc-seing malgr&#233; un programme socio-&#233;conomique hostile au changement social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces soul&#232;vements, les Fr&#232;res musulmans ont aussi pris le train en marche. En r&#233;alit&#233;, les instances dirigeantes de la confr&#233;rie se sont consid&#233;rablement embourgeois&#233;es : sa direction est aujourd'hui compos&#233;e de richissimes capitalistes comme Khairat Al-Shater ou Hassan Malek. Leur opposition &#224; l'ancien r&#233;gime se pla&#231;ait sur le terrain de la critique du n&#233;potisme qui faussait le jeu du march&#233;, mais pas d'une remise en cause de l'ordre socio-&#233;conomique. Quant au volet anti-imp&#233;rialiste, Morsi a d&#233;montr&#233; qu'il pouvait faire pire que Moubarak en laissant l'arm&#233;e inonder les tunnels qui relient l'&#201;gypte &#224; Gaza, alors m&#234;me que le Hamas au pouvoir &#224; Gaza est une branche de la Confr&#233;rie. Aujourd'hui, les Fr&#232;res musulmans sont les garants de l'ordre dans la r&#233;gion et le capitalisme mondial mise sur eux pour se conformer aux exigences du FMI, m&#234;me s'ils n'en ont pas encore tout &#224; fait les moyens politiques. Le 16 juin 2012, la revue britannique &lt;i&gt;The Economist&lt;/i&gt;, qui est la r&#233;f&#233;rence en mati&#232;re de discours lib&#233;ral, avait clairement pris parti pour Morsi lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles &#233;gyptiennes en titrant son &#233;ditorial &#171; &lt;i&gt;Vote for the Brother&lt;/i&gt; &#187;. Voir en eux un mouvement anti-imp&#233;rialiste et anticapitaliste est absurde. Une chose est de se battre contre l'islamophobie et le racisme en France, o&#249; il existe une discrimination &#224; l'encontre des musulmans ; une autre chose est de d&#233;guiser en progressistes des courants qui sont purement r&#233;actionnaires tant sur le plan social que culturel et moral. D'autant qu'ils sont aujourd'hui au pouvoir et utilisent la religion comme moyen d'oppression sociale, notamment &#224; l'encontre de la minorit&#233; copte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On a vu dans la r&#233;gion le Qatar jouer le r&#244;le de bailleur de fonds de ces nouveaux pouvoirs. Quelle est sa strat&#233;gie selon vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il joue un r&#244;le de m&#233;diateur oblig&#233; avec les Fr&#232;res musulmans vis-&#224;-vis des &#201;tats-Unis, dont il est le suppl&#233;tif dans la r&#233;gion, mais il n'y a pas d'explication mat&#233;rialiste &#224; la politique du Qatar. Elle est li&#233;e aux extravagances de l'&#233;mir et &#224; sa passion pour les affaires &#233;trang&#232;res, qui l'a conduit &#224; faire de grands &#233;carts entre les relations qu'il a nou&#233;es aussi bien avec Al-Qa&#239;da ou l'Iran qu'avec Isra&#235;l. Aujourd'hui, avec la principale base militaire r&#233;gionale des &#233;tats-Unis sur son territoire et son r&#244;le de sponsor des Fr&#232;res musulmans, il appara&#238;t comme une pi&#232;ce ma&#238;tresse dans le dispositif am&#233;ricain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez aussi les th&#233;ories du complot qui ne manquent jamais de fleurir lors de bouleversements de cet ordre et qui trouvent une grande proportion d'&#171; &lt;i&gt;adeptes chez les anti-imp&#233;rialistes et les Moyen-Orientaux&lt;/i&gt; &#187;. Le mythe d'un complot pour d&#233;stabiliser la r&#233;gion et asseoir les int&#233;r&#234;ts &#171; am&#233;ricano-sionistes &#187; est &#233;videmment au c&#339;ur de tous les fantasmes, notamment concernant la Syrie&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Caract&#233;riser ces prises de position de &#171; th&#233;ories du complot &#187; c'est d&#233;j&#224; les condamner. L'id&#233;e que Washington puisse tout man&#339;uvrer est grotesque. D&#232;s le d&#233;part du soul&#232;vement syrien, qui est rest&#233; pendant plusieurs mois un mouvement populaire et pacifique tout en subissant une r&#233;pression des plus f&#233;roces, Bachar al-Assad a d&#233;sign&#233; Al-Qa&#239;da comme responsable de la contestation&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bachar tient toujours le m&#234;me discours, mais accuse d&#233;sormais l'Occident de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; ce qu'a fait aussi Kadhafi en Libye. C'&#233;tait clairement un discours destin&#233; &#224; l'Occident, avec lequel ils n'&#233;taient pas en si mauvais termes, pour leur signifier : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes vos alli&#233;s, sans nous, vous aurez Al-Qa&#239;da !&lt;/i&gt; &#187; Washington soutient une n&#233;gociation au sommet pour le d&#233;part de Bachar dans de bonnes conditions et refuse de donner son feu vert &#224; des livraisons d'armes &#171; qualitatives &#187; pour les insurg&#233;s syriens. Ils craignent &#233;videmment que ces armes ne tombent dans les mains d'Al-Qa&#239;da, qui est une composante av&#233;r&#233;e de l'insurrection. Or, plus on temporise, plus c'est ce qui risque d'arriver. Je suis pour ma part hostile &#224; toute forme d'intervention militaire directe dans le conflit syrien, mais favorable &#224; une aide &#224; l'armement de l'insurrection syrienne dans sa composante majoritaire. En refusant l'aide &#224; cette insurrection, on privil&#233;gie les milieux les plus fanatiques qui, eux, re&#231;oivent un financement des monarchies p&#233;troli&#232;res. Si l'Occident continue &#224; laisser faire le massacre [qui, depuis mars 2011, a co&#251;t&#233; la vie &#224; plus de 70 000 personnes, 6 000 rien qu'au mois de mars dernier, et fait 2,5 millions de d&#233;plac&#233;s &#8211; ndlr], tandis que l'Iran et la Russie continuent &#224; approvisionner Bachar en mat&#233;riel militaire, elle portera en partie la responsabilit&#233; de crimes contre l'humanit&#233;. Quant &#224; Isra&#235;l, si l'autodestruction de la Syrie est une aubaine pour le gouvernement d'extr&#234;me droite de Netanyahou, il craint aussi les d&#233;bordements du conflit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir aux soul&#232;vements arabes, vous parliez d'un &#171; &lt;i&gt;processus r&#233;volutionnaire &#224; long terme &lt;/i&gt; &#187;. Est-ce que la polarisation entre la&#239;cs et cl&#233;ricaux ne risque pas de couper l'&#233;lan des mouvements sociaux ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si ce clivage existe, je ne crois pas en effet qu'il soit le plus important. C'est certes important de lutter contre l'ing&#233;rence du religieux dans le politique, mais la question sociale doit rester pr&#233;dominante. En Tunisie, la capacit&#233; du mouvement ouvrier &#224; se porter &#224; l'avant-sc&#232;ne politique doit &#234;tre l'aiguillon du changement. Il ne faut pas oublier que c'est sa force d'organisation [l'UGTT r&#233;unit 750 000 adh&#233;rents sur une population active de 3,6 millions de personnes &#8211; ndlr] qui a &#233;t&#233; le moteur du soul&#232;vement qui a culmin&#233; avec la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 14 janvier 2011, pr&#233;cipitant ainsi la fuite de Ben Ali. En revanche, le pouvoir d'attraction de l'extr&#234;me gauche en tant que force politique et ind&#233;pendamment de la centrale syndicale est tr&#232;s limit&#233; &#8211; parce qu'elle est trop fragment&#233;e et porte les tares de son origine &#233;tudiante. Face &#224; une opposition politique encore peu cr&#233;dible, le pr&#233;sident Marzouki s'enfonce dans l'opportunisme politique le plus flagrant, &#224; la fois marionnette d'Ennahdha et m&#251; par ses ambitions personnelles. En &#201;gypte, la situation est diff&#233;rente. Le mouvement ouvrier organis&#233; est plus jeune et m&#234;me si la F&#233;d&#233;ration des syndicats ind&#233;pendants r&#233;unit aujourd'hui la somme consid&#233;rable de deux millions d'adh&#233;rents, elle n'a pas, compte tenu de la taille et de l'histoire du pays, le poids de l'UGTT. L'opposition politique, elle, se discr&#233;dite aussi par des alliances entre la gauche, les n&#233;olib&#233;raux et des anciens complices des r&#233;gimes renvers&#233;s. Seul le nass&#233;rien Hamdeen Sabahi a acquis une cr&#233;dibilit&#233; aupr&#232;s des jeunes r&#233;volutionnaires, notamment au Caire et &#224; Alexandrie. Il s'est oppos&#233; aux conditions du FMI et a refus&#233; de rencontrer John Kerry en mars dernier. Pour voir &#233;merger une r&#233;elle alternative, les r&#233;volutionnaires devront se distinguer autant des oppositions compos&#233;es de lib&#233;raux ou pire d'ex-partisans de l'ancien r&#233;gime, que du pouvoir islamiste, qui ont en commun de n'avoir rien &#224; proposer sur le terrain social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Professeur en &#233;tudes du d&#233;veloppement et en relations internationales &#224; l'&#233;cole des &#233;tudes orientales et africaines (SOAS) de l'Universit&#233; de Londres, il est notamment l'auteur de &lt;i&gt;Les Arabes et la Shoah&lt;/i&gt; (Actes Sud, 2009) et, avec Noam Chomsky, de &lt;i&gt;La Poudri&#232;re du Moyen-Orient&lt;/i&gt; (Fayard, 2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bachar tient toujours le m&#234;me discours, mais accuse d&#233;sormais l'Occident de financer Al-Qa&#239;da : &#171; &lt;i&gt;Les Occidentaux combattent Al-Qa&#239;da au Mali et le soutiennent en Syrie. C'est la politique de deux poids deux mesures&lt;/i&gt; &#187;, a-t-il d&#233;clar&#233; le 18 avril.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Quand t'es dans le d&#233;sert&#8230;</title>
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		<dc:date>2012-03-29T07:04:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le Sud alg&#233;rien, les hommes et les dieux ont d&#233;laiss&#233; les sabres au profit des arrosoirs. Sous le regard n&#233;anmoins vigilant de l'arm&#233;e. On ne sait jamais&#8230; &#171; Vous voyez, sur ce socle en argile au milieu de la cour, il y avait une croix. Le temps, le vent&#8230; l'ont fait tomber &#187;, dit Bernard, un des trois fr&#232;res de la Confr&#233;rie de Charles de Foucault. Depuis huit ans maintenant, il a rejoint, dans la ville saharienne de Beni-Abb&#232;s, l'ermitage construit en 1901 par Charles de Foucault (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no97-fevrier-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;97 (f&#233;vrier 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ma-cabane-pas-au-Canada" rel="tag"&gt;Ma cabane pas au Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remy-Comment" rel="tag"&gt;R&#233;my Comment&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le Sud alg&#233;rien, les hommes et les dieux ont d&#233;laiss&#233; les sabres au profit des arrosoirs. Sous le regard n&#233;anmoins vigilant de l'arm&#233;e. On ne sait jamais&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_273 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH260/97_comment_Beni-Abbes-7bccb.png?1782641307' width='400' height='260' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;my Comment
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vous voyez, sur ce socle en argile au milieu de la cour, il y avait une croix. Le temps, le vent&#8230; l'ont fait tomber &#187;&lt;/i&gt;, dit Bernard, un des trois fr&#232;res de la Confr&#233;rie de Charles de Foucault. Depuis huit ans maintenant, il a rejoint, dans la ville saharienne de Beni-Abb&#232;s, l'ermitage construit en 1901 par Charles de Foucault alors pris d'une irr&#233;pressible et mystique envie &lt;i&gt;&#171; d'un retour au d&#233;sert &#187;&lt;/i&gt;, &#224; l'image de son h&#233;ros J&#233;sus de Nazareth.&lt;i&gt; &#171; Cette croix, on ne la remettra pas. C'est mieux ainsi&#8230; Et comme pour balayer d'un sourire deux mille ans d'histoire : parce, quand m&#234;me, cet objet-symbole est avant tout un instrument de torture&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Et lentement d'expliquer, avec une malice quasi-blasph&#233;matoire : &lt;i&gt;&#171; On attachait les gens par les bras et l'on posait leurs pieds en appui sur une cale afin qu'ils aient les jambes fl&#233;chies. Leur corps partait alors en avant et la tension provoquait une compression pulmonaire que les supplici&#233;s devaient compenser en poussant sur les jambes jusqu'&#224; ce que la fatigue les prenne. Et ainsi de suite&#8230; La mort venait par asphyxie. Le calvaire pouvait durer une semaine&#8230; Et c'est cet objet-l&#224; que l'on v&#233;n&#232;re ? &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus d'un si&#232;cle, la distance qui s&#233;parait la ville de Beni-Abb&#232;s de ce b&#226;timent d'argile et de troncs fibreux de palmiers, a &#233;t&#233; r&#233;duite &#224; peau de chagrin. &lt;i&gt;&#171; Quand Charles de Foucault s'est install&#233; sur le plateau, le ksar&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1957, alors que se d&#233;veloppe la r&#233;sistance arm&#233;e contre l'occupant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#8211; l'ancienne ville fortifi&#233;e &#8211; &#233;tait dans la vall&#233;e, au bord de l'oued de la Saoura&lt;/i&gt;, explique Bernard. &lt;i&gt;Nous, les trois fr&#232;res qui vivons ici, avons de tr&#232;s bonnes relations avec tous les habitants. Souvent des touristes occidentaux de passage nous demandent avec un air de connivence si on &#8220;a r&#233;ussi&#8221; &#224; en convertir quelques-uns ! Nous leur r&#233;pondons que ce n'est pas du tout notre intention, que nous ne sommes pas l&#224; pour &#233;vang&#233;liser qui que ce soit. &#187;&lt;/i&gt; Il poursuit sur un ton tr&#232;s monoth&#233;iste : &lt;i&gt;&#171; La religion, ce n'est pas qu'une question de foi. C'est une histoire de culture. Je suis chr&#233;tien parce que je suis n&#233; en France &#224; une certaine &#233;poque. Je serais, sans aucun doute, musulman si j'&#233;tais n&#233; en Alg&#233;rie&#8230; &#187;&lt;/i&gt; De l'arri&#232;re du b&#226;timent, un bruissement d'eau s'&#233;l&#232;ve de la palmeraie qui, en arc de cercle, s'&#233;tire en direction du sud. &lt;i&gt;&#171; Nous vivons au milieu des gens. Ceux qui m'ont pr&#233;c&#233;d&#233; ici ont toujours travaill&#233;. Ils ont &#233;t&#233; ma&#231;ons, instituteurs, ou encore ouvriers dans une usine locale aujourd'hui ferm&#233;e. Quand je suis arriv&#233;, il n'y avait m&#234;me plus de travail pour les gens du coin ; nous avons alors plant&#233; des l&#233;gumes et des fruits et &#233;lev&#233; quelques poules dans la palmeraie. &#187;&lt;/i&gt; L'eau puis&#233;e &#224; une dizaine de m&#232;tres irrigue des plants de pommes de terre, d'oignons, de salades ou de carottes, au milieu des orangers, figuiers, grenadiers et dattiers. &lt;i&gt;&#171; Avec ce que nous produisons, nous avons largement de quoi vivre. Les exc&#233;dents, on les donne ou on les vend &#224; tr&#232;s petits prix aux habitants. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques dizaines de m&#232;tres au nord de l'ermitage, un petit baraquement m&#233;tallique est pos&#233; sur un promontoire. Depuis plus d'une dizaine d'ann&#233;es, deux militaires s'y relaient pour prot&#233;ger, disent-ils, ces fr&#232;res contre d'autres fr&#232;res au syst&#232;me pileux affirm&#233;. Le temps passant, un mur de briques et quelques arbustes fam&#233;liques sont venus agr&#233;menter les contours de cet abri soumis aux violences du climat saharien, et duquel sortent de puissants d&#233;cibels d'un rythme gnawa. &lt;i&gt;&#171; S'ennuyer ? On fait notre travail, c'est tout&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, dit le galonn&#233;, laissant pendre nonchalamment au bout de son bras une kalachnikov. Silence et immensit&#233; qui semblent dissoudre le sabre et le goupillon&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1957, alors que se d&#233;veloppe la r&#233;sistance arm&#233;e contre l'occupant fran&#231;ais, les troupes coloniales tournent leurs armes lourdes sur ce village traditionnel fortifi&#233; et exigent son &#233;vacuation dans les vingt-quatre heures. Les habitants reconstruiront la cit&#233; sur les hauteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; la barbe de la d&#233;mocratie</title>
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		<dc:date>2012-02-06T07:23:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Gilles Lucas, Mina Zapatero</dc:creator>


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&lt;p&gt;Rencontr&#233; fin octobre au Caire, Ayman a particip&#233; d&#233;but 2011 aux manifestations de la place Tahrir qui ont conduit &#224; la chute de Hosni Moubarak. En novembre, il &#233;tait &#224; nouveau au front pour exiger le d&#233;part du Conseil supr&#234;me des forces arm&#233;es. Ing&#233;nieur, ath&#233;e, ce vaillant r&#233;volutionnaire nous livre son regard sur la situation politique &#233;gyptienne &#224; l'heure o&#249; les islamistes d&#233;crochent la majorit&#233; des si&#232;ges au sein du nouveau Parlement. CQFD : Que s'est-il pass&#233; le 18 novembre et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no95-decembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;95 (d&#233;cembre 2011)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rencontr&#233; fin octobre au Caire, Ayman a particip&#233; d&#233;but 2011 aux manifestations de la place Tahrir qui ont conduit &#224; la chute de Hosni Moubarak. En novembre, il &#233;tait &#224; nouveau au front pour exiger le d&#233;part du Conseil supr&#234;me des forces arm&#233;es. Ing&#233;nieur, ath&#233;e, ce vaillant r&#233;volutionnaire nous livre son regard sur la situation politique &#233;gyptienne &#224; l'heure o&#249; les islamistes d&#233;crochent la majorit&#233; des si&#232;ges au sein du nouveau Parlement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Que s'est-il pass&#233; le 18 novembre et les jours suivants, lors de cette nouvelle occupation de Tahrir ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ayman :&lt;/strong&gt; Au soir du 18, il y avait environ deux cents personnes r&#233;unies sur la place : des gens bless&#233;s lors des manifestations de janvier et f&#233;vrier, ainsi que des parents de jeunes d&#233;c&#233;d&#233;s. Ils faisaient un sit-in car ils n'avaient pas re&#231;u d'aides du gouvernement. La police est intervenue tr&#232;s brutalement, et beaucoup ont &#233;t&#233; bless&#233;s. En r&#233;action, de nombreuses manifestations ont &#233;clat&#233;, m&#234;me dans des villes o&#249; il n'y en avait pas eu, ou tr&#232;s peu, jusqu'alors. La police a &#233;t&#233; tr&#232;s violente, et a commenc&#233; &#224; tirer. Des vid&#233;os montrant des cadavres jet&#233;s sur des tas d'ordures ont provoqu&#233; une grande col&#232;re et, sur la place, la foule a grossi. Les gens venaient de partout, du Caire et de province. Pendant les cinq jours d'affrontements rue Mohammed-Mahmoud, la moiti&#233; des personnes qui se battaient contre la police &#233;tait des supporters de football. Des mecs tr&#232;s durs, qui ont &#233;t&#233; de tous les combats. Pendant ces journ&#233;es, la lutte a &#233;t&#233; beaucoup plus intense que lors de la chute de Moubarak. Il y avait beaucoup plus de col&#232;re et, surtout, beaucoup plus de monde. On voulait tous le d&#233;part imm&#233;diat du Conseil supr&#234;me des forces arm&#233;es (CSFA). Mais reste le probl&#232;me de savoir quoi inventer &#224; la place&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre une r&#233;pression sauvage, quelle a &#233;t&#233; la r&#233;action du CSFA ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les &#233;lections, le CSFA et la presse n'ont cess&#233; de r&#233;p&#233;ter que la majorit&#233; des &#201;gyptiens &#233;tait contre les r&#233;volutionnaires. Ils esp&#232;rent que ces &#233;lections vont officiellement discr&#233;diter la rue. Mais il ne faut pas oublier qu'en janvier et f&#233;vrier, nous &#233;tions d&#233;j&#224; minoritaires par rapport &#224; l'ensemble de la population &#233;gyptienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment va le moral, apr&#232;s le r&#233;sultat des &#233;lections ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des Fr&#232;res musulmans et des Salafistes n'est pas la fin du monde. &#199;a ne fait finalement que 60 % du Parlement&#8230; Le CSFA l'a dit et redit : ce Parlement n'a aucun pouvoir, ni celui de former un gouvernement, ni celui de lui &#244;ter sa confiance. Le seul dont il dispose est de choisir vingt personnes qui r&#233;digeront une nouvelle constitution.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_246 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH420/95_JMB_Egypte-51882.jpg?1782643535' width='400' height='420' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce sont donc les islamistes qui vont &#233;crire la nouvelle constitution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est inqui&#233;tant, ce n'est pas qu'ils soient musulmans, c'est qu'ils aient la charia en t&#234;te. Mais il faut comprendre qu'il y a beaucoup de charias diff&#233;rentes, chacun a la sienne. C'est juste un empilement de lois dont chacun pr&#233;tend qu'elles viennent du Coran.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portes-tu sur ces islamistes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quiconque r&#233;fl&#233;chit au d&#233;veloppement d'une soci&#233;t&#233; vous dira que pour mettre fin &#224; la pauvret&#233;, il faut que les femmes soient autonomes. Ces islamistes [Fr&#232;res musulmans et Salafistes, ndlr] sont la lie de la culture islamique. Ils ne pensent qu'&#224; une seule chose : le sexe. Dans ce pays, o&#249; 40 % de la population est analphab&#232;te, o&#249; le taux de personnes atteintes de l'h&#233;patite C est le plus important au monde, sans parler des millions de personnes vivant sous le seuil de pauvret&#233;, de quoi parlent les islamistes ? Des bikinis ! Une probl&#233;matique vraiment prioritaire, comme on peut l'imaginer&#8230; Ensuite, nous ne sommes pas un pays musulman. Il y a des musulmans, des chr&#233;tiens, des juifs, qui m&#234;me s'il y en a que huit sont &#233;galement l&#224;. Et des ath&#233;es, aussi. On ne peut pas cr&#233;er une soci&#233;t&#233; moderne en imposant une croyance, m&#234;me si elle est majoritaire. On ne peut pas raisonner avec des gens qui portent la tenue islamiste du xive si&#232;cle et dont le programme &#233;conomique tient du lib&#233;ralisme le plus radical, avec leur argent venu des pays du Golfe et leur business avec les Chinois. Cela dit, pendant ces journ&#233;es de novembre, j'ai pu constater que de tr&#232;s nombreux Fr&#232;res musulmans et Salafistes n'ob&#233;issaient plus &#224; leurs directions qui avaient appel&#233; &#224; cesser les manifestations. Beaucoup de jeunes Fr&#232;res ont d&#233;missionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont, selon toi, les solutions &#224; cette situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons profiter des avantages que nous offre la d&#233;mocratie m&#234;me si, pour l'instant, elle joue contre nous ! Il ne faut pas oublier que ces &#233;lections se sont tenues rapidement apr&#232;s la chute de Moubarak. La plupart des partis lib&#233;raux &#8211; au sens politique, pas &#233;conomique &#8211;, se sont form&#233;s en &#224; peine deux mois, alors que les Fr&#232;res musulmans sont en place depuis plus de huit ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Restes-tu optimiste malgr&#233; tout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses vont quand m&#234;me dans la bonne direction. On sait maintenant que les &#201;gyptiens ne laisseront plus personne manipuler les &#233;lections. Nous aurons probablement de nombreux revers, mais nous sommes sur la bonne voie m&#234;me si, aujourd'hui, il y a des frileux et des inquiets qui ne voient rien qu'autre que de demander au CSFA de prot&#233;ger l'&#201;gypte des islamistes. De toute fa&#231;on, &#224; la diff&#233;rence du CSFA qui ne sera chass&#233; que par la force, les islamistes devront partir par les &#233;lections. En fin de compte, bien s&#251;r, la d&#233;mocratie n'est pas la m&#233;thode infaillible : c'est un moindre mal, h&#233;las, et tant mieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que se passe-t-il depuis les &#233;lections ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;norm&#233;ment de gr&#232;ves et de manifestations, partout. Ce n'est pas tr&#232;s visible, mais le pays est toujours en &#233;bullition. Si le CSFA fait encore une grossi&#232;re erreur, la place Tahrir va s&#251;rement se remplir &#224; nouveau. Et peut-&#234;tre que cette fois, il n'y aura pas de retour possible&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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