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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Toscana Soude Syst&#232;me</title>
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		<dc:creator>Marie Causse</dc:creator>


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&lt;p&gt;Sur la c&#244;te toscane, d'&#233;tonnantes plages aux allures de Cara&#239;bes attirent chaque ann&#233;e des centaines d'estivants. Elles n'ont rien de naturel et sont le r&#233;sultat des rejets d'une usine chimique toute proche. Enqu&#234;te sur l'envers de la carte postale. *** C'est une longue plage blanche qui d&#233;tonne sur un littoral o&#249; le sable est gris. L'eau est d'un bleu azur, presque fluorescent : on dirait de l'encre de surligneur. Un petit paradis artificiel que l'on surnomme parfois &#171; la Miami des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur la c&#244;te toscane, d'&#233;tonnantes plages aux allures de Cara&#239;bes attirent chaque ann&#233;e des centaines d'estivants. Elles n'ont rien de naturel et sont le r&#233;sultat des rejets d'une usine chimique toute proche. Enqu&#234;te sur l'envers de la carte postale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-972-c7a3e.jpg?1768731397' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alberto Prunetti
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une longue plage blanche&lt;/strong&gt; qui d&#233;tonne sur un littoral o&#249; le sable est gris. L'eau est d'un bleu azur, presque fluorescent : on dirait de l'encre de surligneur. Un petit paradis artificiel que l'on surnomme parfois &#171; la Miami des pauvres &#187;. Quelques locaux dorent au soleil encore chaud de septembre, tandis que des touristes barbotent sans le savoir dans une eau souill&#233;e de cadmium, de plomb, de mercure et d'arsenic. &#192; l'arri&#232;re-plan, une usine de produits chimiques d&#233;verse ses rejets dans la mer via un canal d'&#233;vacuation, recouvrant la gr&#232;ve de carbonate de calcium d'un blanc &#233;clatant. Bienvenue &#224; Rosignano Solvay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis plus d'un si&#232;cle&lt;/strong&gt;, la Toscane vit de l'industrie. Et en meurt, lentement. La population paysanne est devenue ouvri&#232;re en quelques g&#233;n&#233;rations. Aujourd'hui, l'emploi s'y r&#233;partit &#224; parts &#233;gales entre agriculture, industrie et tourisme. Souvent, les trois sont profond&#233;ment imbriqu&#233;s. Mais peut-&#234;tre nulle part autant qu'&#224; Rosignano Solvay. &#192; 30 km de Livourne, la ville porte le nom de l'usine qui s'y est implant&#233;e au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, marquant durablement le territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce d&#233;but septembre&lt;/strong&gt;, il fait encore assez chaud pour se baigner. Malgr&#233; les panneaux d'interdiction plant&#233;s pr&#232;s du &lt;i&gt;fosso bianco&lt;/i&gt;, le canal d'&#233;vacuation qui s&#233;pare la plage en deux, certains s'y risquent, d'ailleurs : des touristes que la pr&#233;sence de l'usine ne rebute pas. Un p&#232;re de famille hollandais, dont les enfants en bas &#226;ge pataugent dans le liquide blanch&#226;tre, affirme s'&#234;tre renseign&#233; avant de venir : l'usine produit du bicarbonate de soude, et le bicarbonate, ce n'est pas dangereux &#8211; il en met m&#234;me dans ses g&#226;teaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce n'est peut-&#234;tre pas un hasard&lt;/strong&gt; si les services de communication de l'industriel belge, leader mondial de la chimie dont le chiffre d'affaires global s'&#233;l&#232;ve &#224; 12 milliards d'euros, mettent en avant ce produit et l'image inoffensive qui y est g&#233;n&#233;ralement associ&#233;e. Et puis, tout ce blanc qui recouvre la plage, ce n'est que du carbonate de calcium &#8211; de la craie en somme. Mais la fabrication du bicarbonate, comme de tout d&#233;riv&#233; de la soude, n'est pas sans danger [&lt;i&gt;lire l'encadr&#233;&lt;/i&gt;]. Une usine comme celle de Rosignano a un impact &#224; deux niveaux : ce qu'elle prend au territoire et ce qu'elle y rejette, structurellement et accidentellement.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Main basse sur les ressources&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solvay jette son d&#233;volu&lt;/strong&gt; sur la Toscane au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, parce que s'y trouve un r&#233;seau de chemins de fer et de routes, mais surtout des mati&#232;res premi&#232;res en abondance : carri&#232;res de calcaire et mines de sel. Pour extraire ce sel, il faut de l'eau, beaucoup d'eau. Ce qui d&#233;clenche une forte mobilisation &#224; Cecina, o&#249; l'industriel pr&#233;voyait initialement de s'implanter : les agriculteurs font bloc pour emp&#234;cher l'arriv&#233;e de l'usine par crainte de la voir ass&#233;cher leurs terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La commune de Rosignano&lt;/strong&gt;, elle, se montre dispos&#233;e &#224; l'accueillir, offrant m&#234;me une exon&#233;ration de taxe contre la promesse d'embaucher au moins 30 personnes. En 1913, les travaux commencent, par la cr&#233;ation d'un haut fourneau pour fabriquer les briques n&#233;cessaires &#224; la construction de l'usine et de la petite ville qui accueillera ses employ&#233;s. Ici, tout est Solvay. La rue principale mais aussi le th&#233;&#226;tre, les deux &#233;coles, le stade, la gare et, ironie am&#232;re, l'ancien h&#244;pital. Autrefois appel&#233;e &#171; &lt;i&gt;Paese Nuovo&lt;/i&gt; &#187;, cette&lt;i&gt; frazione&lt;/i&gt; de Rosignano Marittimo prend en 1917 le nom de l'usine. Il y a des petits logements pour les ouvriers, des immeubles plus grands pour les employ&#233;s, plus spacieux encore pour les cadres et, surtout, le &#171; manoir &#187; du directeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'usine passe avant tout&lt;/strong&gt; et la r&#233;gion p&#226;tit de sa gourmandise en eau. La demande est all&#233;e croissant : d'apr&#232;s les d&#233;clarations de Solvay, on passe d'une consommation annuelle de 28 000 m&#179; dans les ann&#233;es 1920 &#224; plus de 14 millions en 1996. L'eau douce est pr&#233;lev&#233;e aux fleuves Cecina et Fine pour l'extraction du sel gemme &#224; Volterra. Cette saumure satur&#233;e est achemin&#233;e vers l'usine de Rosignano via des canalisations longues de plusieurs kilom&#232;tres, puis rejet&#233;e dans la mer. Le proc&#233;d&#233; Solvay requiert &#171; &lt;i&gt;une concentration d'environ 350 grammes de sel par litre&lt;/i&gt; &#187;, explique Giacomo Luppichini, ex-conseiller municipal de la ville (Rifondazione communista) et militant &#233;cologiste &#8211; une concentration bien sup&#233;rieure &#224; celle de l'eau de mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des mouvements citoyens&lt;/strong&gt; ont sugg&#233;r&#233; &#224; Solvay la cr&#233;ation d'un dessalinisateur, qui permettrait d'utiliser l'eau de mer. Mais l'industriel a fait savoir que le projet ne verrait pas le jour : trop cher. Pour Maurizio Marchi, membre de Medicina Democratica&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de lutte pour la sant&#233; n&#233;e dans les ann&#233;es 1970.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le probl&#232;me n'est pas le prix du dessalinisateur, mais le co&#251;t d&#233;risoire de l'eau : environ 7 centimes du m&#232;tre cube. Un beau cadeau &#224; l'industrie de la part de la collectivit&#233;, qui brade aussi ses mines de sel. La concession de Solvay pour leur exploitation est encore valable trente ans, mais d'ici l&#224; que restera-t-il &#224; en tirer ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-973-34869.jpg?1768731397' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alberto Prunetti
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carbonate de calcium et m&#233;taux lourds&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis il y a ce que l'usine rejette&lt;/strong&gt;, &#224; commencer par le plus voyant : le carbonate de calcium d&#233;class&#233;. D'apr&#232;s l'Arpat&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agenzia regionale per la protezione ambientale della Toscana : agence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, l'usine &#233;vacue 120 000 tonnes par an de mati&#232;res solides en suspension&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : rapport Arpat 2014.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, soit 13 millions de tonnes depuis sa cr&#233;ation. C'est ce qui a cr&#233;&#233; les fameuses &#171; plages blanches &#187;. Le sable n'a pas &#233;t&#233; blanchi par des produits chimiques, mais recouvert par ce s&#233;diment, &#233;touffant compl&#232;tement le littoral et causant la disparition d'un herbier de posidonies de M&#233;diterran&#233;e. Ces plantes marines constituent la base d'un &#233;cosyst&#232;me tr&#232;s riche o&#249; vit une importante faune aquatique. Elles sont aussi un formidable pi&#232;ge &#224; carbone et, enfin, leurs racines entrem&#234;l&#233;es luttent efficacement contre l'&#233;rosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2003, un accord&lt;/strong&gt; pass&#233; entre Solvay et l'administration italienne pr&#233;voyait de limiter les &#233;missions de mati&#232;res solides en suspension &#224; 60 000 tonnes par an &#224; partir de 2008. Dix ans plus tard, la limite est largement d&#233;pass&#233;e : chaque ann&#233;e, les &#233;missions sont deux &#224; trois fois sup&#233;rieures &#224; ce qui &#233;tait pr&#233;vu par l'accord. En 2009, la soci&#233;t&#233; Solvay a fait savoir qu'elle &#233;tait dans l'impossibilit&#233; technique et &#233;conomique de le respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le carbonate de calcium&lt;/strong&gt; sert aussi de mat&#233;riau d'absorption de produits dangereux, dont les m&#233;taux lourds, que l'usine rejette en grande quantit&#233; dans la mer. Outre des d&#233;riv&#233;s de la soude, le complexe industriel produit du chlorure de calcium, du chlore, de l'acide chlorhydrique, du chlorom&#233;thane, des mati&#232;res plastiques, de l'eau oxyg&#233;n&#233;e et de l'&#233;lectricit&#233;. Tout cela implique l'utilisation et le rejet de divers produits polluants. Les chiffres communiqu&#233;s par Solvay donnent le vertige. En 2014, l'usine a recrach&#233; 52 kilos de mercure, 248 kilos de cadmium, 900 kilos de zinc, 2,67 tonnes d'arsenic, 2,4 tonnes de cuivre, 1,82 tonne de nickel, 8,96 tonnes de plomb&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : The European Pollutant Release and Transfer Register.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2013, une enqu&#234;te&lt;/strong&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; que des canaux de rejet ill&#233;gaux avaient &#233;t&#233; ouverts par Solvay : afin de rester dans les normes autoris&#233;es, qui s'int&#233;ressent au taux de produits polluants dans l'eau, l'entreprise les avait simplement dilu&#233;s davantage. Solvay a choisi de passer un accord pour obtenir une condamnation plus l&#233;g&#232;re, ce qui en droit italien revient &#224; reconna&#238;tre sa faute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans son dernier rapport&lt;/strong&gt;, l'Arpat rel&#232;ve surtout la trop grande pr&#233;sence de mercure dans les s&#233;diments, et pas seulement au niveau du canal d'&#233;vacuation. Les courants entra&#238;nent les mati&#232;res en suspension, si bien que la plage de Castiglioncello, &#224; 5 km de la plage blanche, est plus pollu&#233;e au mercure que celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et la sant&#233; ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les premiers &#224; s'inqui&#233;ter&lt;/strong&gt; de l'impact de ces rejets sur la sant&#233; ont &#233;t&#233; les ouvriers de l'usine. Avant 1947 existait une indemnit&#233; de nocivit&#233;. Gr&#226;ce au travail syndical, on passera d'une mon&#233;tisation des risques &#224; leur r&#233;duction. &#192; partir de 1955, l'entreprise prend en charge la sant&#233; des employ&#233;s et leur impose leur m&#233;decin de famille. La situation est inacceptable pour les syndicats, qui vont mener des enqu&#234;tes internes. En 1967, &#224; la suite des travaux du professeur Viola, m&#233;decin de l'usine, un groupe de surveillance de la sant&#233; des travailleurs est cr&#233;&#233;, mais toujours avec Solvay &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le docteur alerte&lt;/strong&gt; sur les dommages li&#233;s au mercure : les fortes concentrations causent des malformations osseuses et des tumeurs de la peau, des poumons et des os. Depuis que Solvay n'utilise plus l'&#233;lectrolyse dans la fabrication du chlore (2008), le mercure rejet&#233; est &#171; inactif &#187;, mais il reste sur la plage 500 tonnes de mercure des d&#233;versements pr&#233;c&#233;dents. La plage blanche d&#233;gage 164 nanogrammes de mercure par m&#232;tre carr&#233; aux heures les plus chaudes&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : CNR (Consiglio nazionale delle ricerche) de Pise.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travailleurs ont &#233;t&#233; expos&#233;s&lt;/strong&gt; &#224; d'autres produits dangereux, dont le chlorure de vinyle monom&#232;re (CVM), si meurtrier qu'il a provoqu&#233; la fermeture d'une partie du site en 1978. Le CVM d&#233;clenche l'angiosarcome du foie, cancer tr&#232;s rare qui a emport&#233; la plupart des trente employ&#233;s de ce secteur de l'usine. Triste anecdote : le CVM reste &#224; l'&#233;tat liquide &#224; basse temp&#233;rature et les ouvriers, ignorant son pouvoir canc&#233;rig&#232;ne, y conservaient leurs past&#232;ques pour les garder au frais. Quand, en 1988, Solvay a voulu rouvrir cette partie du site, l'industriel s'est heurt&#233; au refus de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Medicina Democratica&lt;/strong&gt; a lanc&#233; un r&#233;f&#233;rendum dont tout le monde pensait qu'il ne servirait &#224; rien. Maurizio Marchi se souvient : &#171; &lt;i&gt;L'institution communale ne pr&#233;voyait pas de r&#233;f&#233;rendum, m&#234;me pas consultatif, alors abrogatif, n'en parlons pas ! Le maire l'a permis parce qu'il &#233;tait convaincu de le remporter. Il y avait &#224; l'&#233;poque deux pouvoirs &#224; Rosignano : Solvay et le Parti communiste. Les opposants &#233;taient vus comme une petite minorit&#233;. Contre toute attente, leur victoire fut &#233;crasante : 55,5 % contre l'usine de CVM.&lt;/i&gt; &#187; Pour Marchi, le r&#233;f&#233;rendum a chang&#233; la donne : Solvay n'est plus vu comme la m&#232;re nourrici&#232;re de la ville, mais comme une mar&#226;tre. On ose s'y opposer, y r&#233;sister ; le chantage &#224; l'emploi ne marche plus vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH335/-974-f58f8.jpg?1768731398' width='500' height='335' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Alberto Prunetti
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cachez cette pollution que je ne saurais voir&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec seulement 800 employ&#233;s&lt;/strong&gt; dans la r&#233;gion &#8211; bien peu compar&#233; aux 4 000 des ann&#233;es 1970 &#8211;, Solvay n'est plus le premier pourvoyeur d'emplois. M&#234;me si tout est encore au nom de Solvay, Rosignano est devenue une ville p&#233;riurbaine, dont la population va travailler &#224; Livourne. Le tourisme remplace progressivement l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais cela ne simplifie pas le probl&#232;me&lt;/strong&gt; : que faire de la pollution ? La cacher sous le tapis, pour ne pas effrayer les touristes ? C'est ce que d&#233;plore Claudio Marabotti, cardiologue lanceur d'alerte qui a men&#233; une premi&#232;re &#233;tude &#233;pid&#233;miologique. Il a &#233;tudi&#233; les maladies potentiellement li&#233;es &#224; la pollution : les tumeurs, les maladies cardiovasculaires de type infarctus ou AVC et les maladies neurod&#233;g&#233;n&#233;ratives, comme Parkinson ou Alzheimer. Les r&#233;sultats mettent en avant sur la commune de Rosignano une mortalit&#233; importante de 2001 &#224; 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tude a suscit&#233; un certain int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt; dans la population, mais on a eu tendance &#224; la minimiser. Apr&#232;s sa publication dans une revue scientifique internationale, la municipalit&#233; de Rosignano a organis&#233; des rencontres o&#249; le docteur Marabotti n'a &#233;t&#233; invit&#233; qu'en tant qu'auditeur, sans qu'on le laisse exposer ses donn&#233;es. Il a propos&#233; un approfondissement de ce travail, en vain. Faute de moyens, le lien entre mortalit&#233; et pollution reste &#224; d&#233;montrer formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les maladies &#233;voqu&#233;es&lt;/strong&gt; ne se rencontrent pas que chez les travailleurs, mais dans l'ensemble de la population. Pour Claudio Marabotti, les trois causes possibles sont : les m&#233;taux lourds pr&#233;sents dans la mer, l'a&#233;rosol marin (ph&#233;nom&#232;ne m&#233;t&#233;orologique) qui ram&#232;ne ces m&#234;mes m&#233;taux lourds &#224; terre, ainsi que l'ozone et les particules fines &#233;mises par l'usine. Il ajoute qu'on ne peut pas compter sur la bonne volont&#233; d'un industriel : &#171; &lt;i&gt;Une entreprise, m&#234;me si elle suit une ligne de conduite &#233;thique, fait tout pour maximiser le profit et tend &#224; ne pas prot&#233;ger l'environnement dans lequel elle travaille. Mais on peut avoir une influence l&#224;-dessus. Il faut la contraindre &#224; s'am&#233;liorer et &#224; nettoyer ce qu'elle a pollu&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; cela s'ajoutent les rejets accidentels&lt;/strong&gt;. Comme &#224; l'&#233;t&#233; 2017, quand une fuite d'ammoniaque a provoqu&#233; une h&#233;catombe de poissons. Ce n'&#233;tait pas la premi&#232;re fois&#8230; Officiellement, on ne sait pas ce qui s'est pass&#233; : les sp&#233;cimens pr&#233;lev&#233;s pour analyse n'ont pas &#233;t&#233; conserv&#233;s dans des conditions satisfaisantes, et l'autopsie n'a pas pu avoir lieu. Ce qui d&#233;montre, au mieux, un certain manque de professionnalisme de la part des agences de contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'impossible fermeture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De son c&#244;t&#233;, Solvay&lt;/strong&gt; affirme se tourner r&#233;solument vers le d&#233;veloppement durable, un secteur plein de nouveaux march&#233;s &#224; conqu&#233;rir. L'industriel ne manque jamais de r&#233;p&#233;ter que la qualit&#233; de l'eau mesur&#233;e sur la plage blanche est la m&#234;me que sur toute la c&#244;te toscane. Il oublie d'ajouter que ce littoral est largement souill&#233; par l'industrie depuis un si&#232;cle. Car Solvay n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, peut-&#234;tre seulement le plus visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la plage obtient chaque ann&#233;e le drapeau bleu&lt;/strong&gt;, c'est parce que les tests n'y recherchent que la pr&#233;sence de mati&#232;res f&#233;cales. Et le lien qui unit l'usine au territoire n'est pas pr&#232;s de se rompre : un d&#233;part signifierait une obligation d'assainissement au co&#251;t faramineux. Alors on continue &#224; exploiter la nature, tant qu'il y a du sel &#224; creuser, de l'eau &#224; puiser et des touristes heureux de profiter d'une belle plage immacul&#233;e. Et morte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marie Causse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La soude et ses d&#233;riv&#233;s : des produits &#233;colos ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cuisine, au potager&lt;/strong&gt;, en dentifrice, pour faire le m&#233;nage&#8230; Le bicarbonate de soude est souvent pr&#233;sent&#233; comme un produit &#224; tout faire &#171; 100 % &#233;colo &#187;. Mais comment le fabrique-t-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soude v&#233;g&#233;tale s'obtient &#224; partir de la combustion de la salicorne, m&#233;thode traditionnelle aujourd'hui encore utilis&#233;e pour la fabrication du savon d'Alep. Mais la cendre de salicorne ne contient que 15 % de soude, ce qui, &#224; partir du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, est devenu bien insuffisant face &#224; la demande industrielle grandissante. On a alors utilis&#233; principalement la tr&#232;s polluante m&#233;thode Leblanc, qui g&#233;n&#232;re de l'acide chlorhydrique, responsable de pluies acides. Pour contrer ces effets d&#233;vastateurs, l'Angleterre vote en 1863 une des premi&#232;res lois de protection de l'environnement, l'Alkali Act.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me p&#233;riode, le chimiste belge Ernest Solvay invente un autre proc&#233;d&#233;. Moins polluant et surtout plus &#233;conomique, il d&#233;tr&#244;ne rapidement la m&#233;thode Leblanc. Mais pour fabriquer de la soude selon la m&#233;thode Solvay, il faut du sel et du calcaire en grande quantit&#233;, de l'eau, et des m&#233;taux lourds, tel le mercure. Une usine produisant des d&#233;riv&#233;s de la soude a donc n&#233;cessairement un impact sur son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette enqu&#234;te a &#233;galement fait l'objet d'un documentaire radiophonique de 54 minutes. &#171; &lt;a href=&#034;https://radiocanut.org/la-radio/news-de-la-radio/article/on-dirait-la-soude&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On dirait la soude&lt;/a&gt; &#187; (de Marie Causse &amp; Matthieu Adam) est disponible &#224; l'&#233;coute sur le site de Radio Canut.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de lutte pour la sant&#233; n&#233;e dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Agenzia regionale per la protezione ambientale della Toscana&lt;/i&gt; : agence publique de surveillance de l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : rapport Arpat 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : The European Pollutant Release and Transfer Register.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : CNR (&lt;i&gt;Consiglio nazionale delle ricerche&lt;/i&gt;) de Pise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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