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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Tepito : c&#339;ur palpitant de Mexico</title>
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		<dc:creator>Ernesto Ar&#233;chiga C&#243;rdoba</dc:creator>


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&lt;p&gt;Se promener dans le march&#233; de rue de Tepito est une exp&#233;rience unique. Au sein de l'immense ville, en plein XXIe si&#232;cle, se d&#233;ploie une sorte de caverne d'Ali Baba peupl&#233;e de mille et un m&#233;tiers, mille et une marchandises. Ici, les murs disent que &#171; tout est &#224; vendre, sauf la dignit&#233; &#187;. &#192; Tepito, tous les jours de la semaine, des dizaines de milliers de chalands fur&#232;tent &#224; la recherche de bonnes affaires, pour leur propre consommation ou pour garnir leur magasin. C'est un lieu haut en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Se promener dans le march&#233; de rue de Tepito est une exp&#233;rience unique. Au sein de l'immense ville, en plein XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, se d&#233;ploie une sorte de caverne d'Ali Baba peupl&#233;e de mille et un m&#233;tiers, mille et une marchandises. Ici, les murs disent que &#171; &lt;i&gt;tout est &#224; vendre, sauf la dignit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-976-8e112.jpg?1779939934' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ernesto Ar&#233;chiga C&#243;rdoba
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Tepito, tous les jours de la semaine&lt;/strong&gt;, des dizaines de milliers de chalands fur&#232;tent &#224; la recherche de bonnes affaires, pour leur propre consommation ou pour garnir leur magasin. C'est un lieu haut en couleur, avec des rues satur&#233;es de gens et de marchandises. Les v&#233;hicules &#224; deux ou quatre roues circulent difficilement parmi les stands m&#233;talliques qui s'&#233;talent de trottoir &#224; trottoir, voire d'une fa&#231;ade &#224; l'autre. Pour se prot&#233;ger de la pluie et du soleil, les marchands d&#233;ploient des auvents en toile ou en plastique. La lumi&#232;re les traverse et teinte l'air de rouge, de jaune, de rose ou de bleu. M&#234;me au rythme de la progression du pi&#233;ton, les yeux ont du mal &#224; s'habituer &#224; ces d&#233;grad&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans cette atmosph&#232;re bariol&#233;e&lt;/strong&gt;, le regard saute de produit en produit, assailli par leur vari&#233;t&#233; : v&#234;tements, outils, mixeurs, sac &#224; dos, jeux vid&#233;o, ballons, patins, klaxons, ordinateurs, disques, parfums, fripes, piles, montres, gros &#233;lectrom&#233;nager. Tout &#224; tr&#232;s bas prix, gr&#226;ce au grand volume de ventes &#8211; m&#234;me si les esprits chagrins sp&#233;culent souvent sur l'origine douteuse des marchandises. Il n'y a rien qu'on ne puisse trouver sur le march&#233; de Tepito, y compris des armes et de la drogue, si on cherche bien et en restant discret. L'offre est in&#233;puisable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une panoplie de sensations&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'oreille des clients est constamment sollicit&#233;e&lt;/strong&gt; ; c'est &#224; qui vante le plus fort la qualit&#233; des produits offerts : &#171; &lt;i&gt; Venez, venez !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Regardez par ici, jeune homme !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Prenez-le pour dix, emportez-le chez vous !&lt;/i&gt; &#187; En fond sonore, la musique, omnipr&#233;sente. &#192; mesure que l'on avance, une nouvelle chanson &#233;merge de la pr&#233;c&#233;dente. Puis c'est un nouvel appel, la projection de films ou de jeux sur des &#233;crans de toutes les tailles, le son toujours &#224; fond. Une arm&#233;e d'ambulants, poussant leurs carrioles ou charriant des paniers &#224; bout de bras, veut &#224; tout prix nourrir et d&#233;salt&#233;rer la Terre enti&#232;re, clients comme forains. Les odeurs qui s'entrem&#234;lent vont du Chanel &#224; prix cass&#233; au foie grill&#233; &#224; l'oignon, en passant par la puanteur des caniveaux : un d&#233;fi &#224; l'odorat, soumis &#224; toute une panoplie de sensations. Peu importe si tu manges debout ou en marchant : dans cette atmosph&#232;re qui attire et d&#233;go&#251;te, la faim et la soif sont les plus fortes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe des centaines de march&#233;s de rue au Mexique&lt;/strong&gt;, mais il n'y en a pas beaucoup, ou peut-&#234;tre aucun, semblable &#224; celui de Tepito. Ici, depuis des si&#232;cles, une symbiose inextricable unit quartier et march&#233;. La plupart des vendeurs&#8200;habitent dans des logements construits au-dessus ou&#8200;derri&#232;re le lieu o&#249; ils gagnent leur vie. Nombre d'objets sont fabriqu&#233;s sur place par des mains &lt;i&gt;tepite&#241;as&lt;/i&gt;. Les affaires se n&#233;gocient et se concluent au plus pr&#232;s du trottoir, m&#234;me si ces tractations locales ont aussi une port&#233;e globale, comme, par exemple, l'importation de produits chinois par voie directe, sous la houlette de regroupements de commer&#231;ants associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Tradition rebelle&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout, les habitants du quartier sont fiers de leur histoire&lt;/strong&gt;. Ils se consid&#232;rent comme les h&#233;ritiers du grand &lt;i&gt;tianguis&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;tianquiztli&lt;/i&gt; signifie &#171; march&#233; &#224; ciel ouvert &#187; en nahuatl) de Tlatelolco, ville jumelle de Tenochtitl&#225;n, &#233;picentre de l'empire conquis par Hernan Cort&#233;s en 1521. Les &lt;i&gt;conquistadores&lt;/i&gt; furent estomaqu&#233;s par ce grand march&#233;, sa taille et la vari&#233;t&#233; de ses marchandises, ses couleurs et le rituel des &#233;changes. C'&#233;tait de loin le plus grand de tous ceux qu'ils avaient jamais vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cependant, l'h&#233;ritage azt&#232;que&lt;/strong&gt;, pour ceux de Tepito, n'est pas uniquement le commerce de rue. C'est aussi une tradition rebelle : les derni&#232;res batailles entre guerriers &lt;i&gt;mexicas&lt;/i&gt; et troupes espagnoles ont eu lieu ici. Cuauht&#233;moc, le dernier &lt;i&gt;tlatoani &lt;/i&gt;(empereur) fut arr&#234;t&#233; non loin de ces rues. Depuis, les domin&#233;s y exercent l'art t&#234;tu de la r&#233;sistance. Entre le quartier des indig&#232;nes en p&#233;riph&#233;rie de la ville coloniale et le quartier populaire du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, se d&#233;roule un encha&#238;nement de r&#233;voltes pour la d&#233;fense du territoire. Ce qui a permis la survie d'une fa&#231;on d'&#234;tre, d'une culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Proximit&#233; du centre historique oblige&lt;/strong&gt;, les 57 rues de Tepito excitent les convoitises immobili&#232;res. Les autorit&#233;s consid&#232;rent que le prix du foncier est d&#233;valoris&#233; &#224; cause de la mauvaise r&#233;putation du march&#233;. Mais une solide organisation locale, la connaissance de leur propre histoire et la revendication d'une identit&#233; de quartier, ont pu jusqu'&#224; pr&#233;sent freiner les diff&#233;rentes tentatives d'&#233;radication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un mouvement culturel aux multiples expressions&lt;/strong&gt; (peinture murale, litt&#233;rature, communication sociale et th&#233;&#226;tre), appel&#233; &lt;i&gt;Tepito Arte Ac&#225;&lt;/i&gt;, a impuls&#233; la r&#233;sistance d&#232;s les ann&#233;es 1970. Il perdure jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que le tremblement de terre du 19 septembre 1985&lt;/strong&gt; avait provoqu&#233; l'effondrement de dizaines d'habitations collectives traditionnelles (&lt;i&gt;vecindades&lt;/i&gt;), les habitants lanc&#232;rent un cri de ralliement : &#171; &lt;i&gt;Changer de maison, mais pas de quartier !&lt;/i&gt; &#187; Le gouvernement a recul&#233; face &#224; la pression populaire et n'a pas put exproprier. Gr&#226;ce &#224; ce coup de force et &#224; la reconstruction qui suivit, les voisins sont devenus propri&#233;taires des logements collectifs qu'ils louaient auparavant. Une belle victoire, mais qui n'a pas autant mis fin aux menaces qui p&#232;sent sur le quartier et son march&#233; de rue.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mal vu et violent(&#233;)&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tepito a toujours &#233;t&#233; mal vu par les autorit&#233;s&lt;/strong&gt;. Dans ses rues, on vend des marchandises d'origine douteuse : articles d'occasion probablement vol&#233;s, &lt;i&gt;fayuca&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contrebande de produits manufactur&#233;s en provenance des &#201;tats-Unis.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ou contrefa&#231;ons, articles pirat&#233;s ou copies ill&#233;gales de films, ainsi que drogues et armes &#224; feu. Connu comme un quartier chaud, berceau de c&#233;l&#232;bres boxeurs, catcheurs, truands et voyous, de prostitu&#233;es et de trafiquants, Tepito a des rues qui peuvent &#234;tre dangereuses. Les interventions polici&#232;res y sont fr&#233;quentes et le gouvernement y a d&#233;j&#224; d&#233;ploy&#233; l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces &lt;i&gt;operativos&lt;/i&gt; sont men&#233;s avec brutalit&#233;&lt;/strong&gt;, sans aucun respect pour les gens. Ils ne visent pas &#224; faire respecter la loi, mais d&#233;coulent d'arrangements entre les pouvoirs politique et &#233;conomique, afin d'ouvrir la voie aux sp&#233;culateurs immobiliers. La r&#233;ponse des commer&#231;ants et des habitants &#224; cet arbitraire est souvent vive, parfois violente. Sporadique et impulsive au premier abord, elle se r&#233;v&#232;le &#224; plus long terme organis&#233;e et m&#233;thodique, gr&#226;ce au tissu associatif et populaire. Elle se nourrit de patience et de strat&#233;gies longuement m&#251;ries, de m&#233;moire et de culture locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi, le quartier de Tepito est un kal&#233;idoscope&lt;/strong&gt; d'expressions &#233;clat&#233;es mais pas toujours convergentes. Aux antipodes d'une solidarit&#233; profond&#233;ment ancr&#233;e dans le paysage, les r&#232;glements de comptes de bandes ennemies se disputant le march&#233; de la drogue se sont multipli&#233;s depuis quelques ann&#233;es. Ce trafic est l'une des plus lourdes menaces pesant sur Tepito. La rumeur parle de l'existence d'un cartel local, l'&lt;i&gt;Uni&#243;n Tepito&lt;/i&gt;, et m&#234;me d'un groupe rival, l'&lt;i&gt;Anti-Uni&#243;n&lt;/i&gt;&#8230; Effet le plus r&#233;cent de cette guerre sourde, un commando de tueurs d&#233;guis&#233;s en mariachis a d&#233;fouraill&#233; des fusils d'assaut hors d'&#233;tuis &#224; guitare avant de mitrailler la client&#232;le d'un bar &lt;i&gt;pulquer&#237;a&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On y sert du &#171; pulque &#187;, un alcool d'agave.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; sur la c&#233;l&#232;bre place Garibaldi. Seul le cin&#233;aste Robert Rodriguez aurait pu imaginer pareille sc&#232;ne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#224; pour durer&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l'esprit de Tepito a la vie dure&lt;/strong&gt;. D&#232;s l'aube, un artisan fabrique une paire de chaussures qu'il vendra sur le pas de porte de son atelier. Son voisin d&#233;balle des stocks de v&#234;tements d'occasion venus du Nord. Le suivant des produits import&#233;s de Chine. En face, ce sont des CD et DVD pirat&#233;s&#8230; Toutes ces activit&#233;s cohabitent et se m&#234;lent &#224; une &#233;conomie officielle incapable de donner du travail ou un salaire digne &#224; des millions de Mexicains. Les gens se d&#233;brouillent avec leurs propres moyens, vendent et ach&#232;tent, se logent et font la f&#234;te, c&#233;l&#232;brent leurs morts et montrent collectivement les muscles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout cela se d&#233;ploie largement en dehors des rouages de la soci&#233;t&#233; l&#233;gitime&lt;/strong&gt;. Et puisque peu de signaux annoncent des changements de fond, il n'y a aucune raison pour que ces dynamiques sociales disparaissent. Tepito est encore l&#224; pour longtemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contrebande de produits manufactur&#233;s en provenance des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On y sert du &#171; &lt;i&gt;pulque&lt;/i&gt; &#187;, un alcool d'agave.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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