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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Travailleurs migrants en Italie : &#171; L'impression d'&#234;tre de la marchandise &#187;</title>
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		<dc:creator>Aboubakar Soumahoro</dc:creator>


		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
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		<dc:subject>Villa Literno</dc:subject>
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		<dc:subject>journ&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>jour</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ivoirien arriv&#233; en Italie &#224; l'&#226;ge de 19 ans pour travailler comme bracciante, ces travailleurs agricoles journaliers du sud du pays, Aboubakar Soumahoro est aujourd'hui devenu un syndicaliste de premier plan et une voix qui compte en Italie. En 2019, il y publiait Umanit&#224; in rivolta, r&#233;cit de son parcours individuel et r&#233;flexion sur le sort des travailleurs migrants et leurs aspirations &#224; l'&#233;mancipation. Un livre traduit en fran&#231;ais par Marie Causse et publi&#233; le 28 janvier aux &#233;ditions Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/heures" rel="tag"&gt;heures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Villa-Literno" rel="tag"&gt;Villa Literno&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naples" rel="tag"&gt;Naples&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Melito" rel="tag"&gt;Melito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rond-point" rel="tag"&gt;rond-point&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/journee" rel="tag"&gt;journ&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ivoirien arriv&#233; en Italie &#224; l'&#226;ge de 19 ans pour travailler comme &lt;i&gt;bracciante&lt;/i&gt;, ces travailleurs agricoles journaliers du sud du pays, Aboubakar Soumahoro est aujourd'hui devenu un syndicaliste de premier plan et une voix qui compte en Italie. En 2019, il y publiait &lt;i&gt;Umanit&#224; in rivolta&lt;/i&gt;, r&#233;cit de son parcours individuel et r&#233;flexion sur le sort des travailleurs migrants et leurs aspirations &#224; l'&#233;mancipation. Un livre traduit en fran&#231;ais par Marie Causse et publi&#233; le 28 janvier aux &#233;ditions Les &#201;taques sous le titre &lt;i&gt;L'Humanit&#233; en r&#233;volte &#8211; Notre lutte pour le travail et le droit au bonheur&lt;/i&gt;. Extrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bonnesfeuilles_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH670/1200bonnesfeuilles_resultat-2-a52ae.jpg?1768731388' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Albert Foolmoon (d&#233;tail de la couverture)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J'&lt;/span&gt;ai d'abord fait &#233;tape &#224; Aversa, une petite ville &#224; mi-chemin entre Naples et Caserte, &#224; quelques kilom&#232;tres de Villa Literno. C'est une ville dens&#233;ment peupl&#233;e en grande banlieue de Naples. C'est
l&#224; que, dans un premier temps, je devais &#234;tre h&#233;berg&#233; par un lointain parent. Mais en arrivant dans l'appartement, j'ai d&#233;couvert que nous &#233;tions quinze. Je suis entr&#233;, j'ai essay&#233; d'allumer, mais il n'y avait
pas d'&#233;lectricit&#233;. Pas mal, comme entr&#233;e en mati&#232;re ! Jamais je n'aurais imagin&#233; trouver une habitation sans
&#233;lectricit&#233; dans un des pays les plus riches du monde. Le lendemain, quand j'ai d&#233;cid&#233; d'aller chercher du travail, j'ai fait de nouvelles d&#233;couvertes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; aux bras&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les intertitres sont de CQFD&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai su par ceux avec qui je partageais mon logement qu'il fallait se lever &#224; cinq heures chaque matin pour se rendre sur le rond-point de Melito, dans l'arri&#232;re-pays de Naples. On y arrive &#224; pied ou &#224; v&#233;lo et on attend que quelqu'un passe &#224; la recherche de bras, pour travailler comme d&#233;m&#233;nageur, ma&#231;on ou ouvrier agricole. Voil&#224; comment &#231;a fonctionne : celui qui a du boulot &#224; proposer s'arr&#234;te, il jette un &#339;il aux hommes pr&#233;sents et fait son choix, sans d&#233;finir ni horaires, ni paye, ni lieu de travail. On a la sensation d'&#234;tre de la marchandise expos&#233;e au march&#233; aux bras, d&#233;pouill&#233;e de toute humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que je suis arriv&#233; au rond-point, il y avait des Asiatiques et des migrants de toute l'Afrique en train d'attendre. La sc&#232;ne &#233;tait irr&#233;elle : des centaines de personnes &#233;taient l&#224;, pr&#234;tes &#224; accepter n'importe quel job, &#224; n'importe quelles conditions. Quand on ne trouvait pas de travail, il n'y avait d'autre choix que de rester debout pendant des heures &#224; attendre, apr&#232;s s'&#234;tre lev&#233; &#224; l'aube, avant de finalement rentrer chez soi le ventre vide et sans un sou en poche.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Patrons racistes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on subit la pr&#233;carit&#233; de petits boulots occasionnels, on vit au jour le jour, impossible de faire le moindre projet. Quand j'entends des discours sur la paresse des migrants, qui voudraient vivre aux crochets des Italiens sans rien faire, je pense &#224; tous ces gens qui chaque matin se l&#232;vent &#224; cinq heures pour se rendre au rond-point de Melito, dans l'espoir de d&#233;crocher pour une journ&#233;e au moins un travail harassant pour un salaire de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand j'entends des discours sur la paresse des migrants, qui voudraient vivre aux crochets des Italiens sans rien faire, je pense &#224; tous ces gens qui chaque matin se l&#232;vent &#224; cinq heures pour se rendre au rond-point de Melito, dans l'espoir de d&#233;crocher pour une journ&#233;e au moins un travail harassant pour un salaire de mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Bien vite, j'ai moi aussi commenc&#233; &#224; travailler sans rel&#226;che. Je passais d'un travail &#224; un autre : la pr&#233;carit&#233; m'interdisait de refuser la moindre proposition. Je pla&#231;ais tous mes espoirs dans l'employeur du moment, ou peut-&#234;tre serait-il plus juste de l'appeler &#171; patron &#187;, bien que le mot aujourd'hui ne semble plus &#224; la mode&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En italien, le mot &#171; padrone &#187; pr&#233;sente un sens plus fort qu'en fran&#231;ais, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour beaucoup, parler d'exploitation signifie glisser vers un discours id&#233;ologique. Au contraire, je crains qu'il ne soit &#171; id&#233;ologique &#187; de refuser de voir les formes d'organisations sociales et du march&#233; qui permettent &#224; une poign&#233;e de gens de disposer de la vie des autres. Souvent, je me demande combien d'hommes qui exploitent en priv&#233; les personnes migrantes affirment en public que &#171; &lt;i&gt;les Noirs doivent partir d'ici&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Horreur ordinaire...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mes conditions de vie difficiles, j'avais l'espoir que quelque chose changerait, et que t&#244;t ou tard je parviendrais &#224; revenir au centre du ring. Je me souviens de ce jour o&#249; un vieil homme s'est arr&#234;t&#233; au feu rouge et m'a &#171; choisi &#187;. C'&#233;tait un mardi, jour de march&#233; &#224; Palma Campania, une petite ville &#224; une trentaine de kilom&#232;tres d'Aversa. Les journ&#233;es de travail y &#233;taient &#233;reintantes, &#224; charger et d&#233;charger la marchandise d'un fourgon. Je ne sais pour quelle raison il avait d&#233;cid&#233; de m'appeler Davide, peut-&#234;tre qu'Aboubakar c'&#233;tait trop compliqu&#233;. &#192; la fin de la journ&#233;e, le &#171; patron &#187; &#233;tait content de moi et de mon travail, alors sur le chemin du retour, je lui ai demand&#233; de me payer. Il m'a r&#233;pondu qu'il &#233;tait tr&#232;s satisfait et que d&#232;s le lendemain je travaillerais pour lui, pour toujours. Puis il a ajout&#233; en dialecte napolitain que je ne devais pas m'inqui&#233;ter pour le salaire du jour, qu'il r&#233;glerait tout en m&#234;me temps. Cette journ&#233;e avait &#233;t&#233; une sorte d'essai, pour tout le reste, m'a-t-il assur&#233;, toujours en dialecte, &#171; &lt;i&gt;m' 'o vvech' je&lt;/i&gt; &#187; : je m'occupe de tout. Puis il a conclu par ces mots : &#171; &lt;i&gt;Ne t'inqui&#232;te pas, on se retrouve ici demain &#224; la m&#234;me heure.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en revenais pas, j'&#233;tais fou de joie. De retour chez moi, j'ai dit &#224; mes amis qu'on venait de m'embaucher et j'ai offert une tourn&#233;e de pizza. Le lendemain, je me suis r&#233;veill&#233; &#224; l'aube, je ne voulais pas arriver en retard &#224; mon rendez-vous. J'ai enfourch&#233; mon v&#233;lo et j'ai p&#233;dal&#233; de bon c&#339;ur. Je suis arriv&#233; sur place avant six heures, j'&#233;tais parmi les premiers. J'ai attendu jusqu'&#224; sept heures, rien. Huit heures, neuf heures, dix heures, toujours rien. Je refusais de croire que &#171; le patron &#187; s'&#233;tait moqu&#233; de moi, sans me payer ma journ&#233;e et en me faisant miroiter un travail. Pour quelle raison aurait-il fait cela ? &#201;conomiser si peu d'argent ne risquait pas de le rendre plus riche. Et pourtant il n'est plus jamais revenu, ni ce jour-l&#224;, ni un autre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;... Et absurde normalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses ann&#233;es ont pass&#233; depuis cet &#233;pisode, mais le rond-point de Melito est aujourd'hui encore un
endroit o&#249; on attend une chance de d&#233;crocher un travail, ou plut&#244;t, &#171; &lt;i&gt;a fatica&lt;/i&gt; &#187;, comme on dit en napolitain. Tous ces hommes qui attendent, tous ces bras pleins d'espoir, sont devenus une pr&#233;sence &#224; laquelle tout le monde est habitu&#233;, une partie int&#233;grante du paysage. Tout comme, &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224;, le long des routes qui m&#232;nent d'Aversa &#224; Caserte ou &#224; Lago Patria, des dizaines de femmes migrantes attendent des hommes qui les paieront pour se servir de leur corps. Je me suis toujours demand&#233; quel &#233;tait le prix de cette absurde normalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de rapport de travail formel et de protection syndicale est une pratique tr&#232;s r&#233;pandue, surtout dans les secteurs du b&#226;timent, de l'agriculture, de la logistique et du travail domestique. L'exp&#233;rience syndicale m'a fait conna&#238;tre des contextes de production vari&#233;s et des dynamiques plus complexes par rapport au mod&#232;le d'exploitation qui se perp&#233;tue dans certaines zones. Ce mod&#232;le semble d&#233;couler d'un principe qui est devenu la norme : les immigr&#233;s ne sont que des bras, le moindre de leurs droits est subordonn&#233; &#224; leur capacit&#233; de travail et &#224; la loi du march&#233;. Voil&#224; l'engrenage qui broie les vies des personnes. Un travailleur, du simple fait qu'il est migrant, per&#231;oit g&#233;n&#233;ralement pour la m&#234;me t&#226;che un salaire inf&#233;rieur &#224; son coll&#232;gue italien. En plus de cette in&#233;galit&#233; salariale, le travailleur &#233;tranger est plus expos&#233; aux licenciements et soumis &#224; un ensemble de pressions. Si cette diff&#233;rence de traitement &#233;chappe &#224; notre attention, tout discours sur les droits des migrants devient un solidarisme st&#233;rile n'ayant d'autre but que le tourisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Par Aboubakar Soumahoro (extrait de &lt;i&gt;L'Humanit&#233; en r&#233;volte&lt;/i&gt;)&lt;br class='manualbr' /&gt;Traduit de l'italien par Marie Causse&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L333xH500/9782490205127-475x500-1-b6231.jpg?1768713746' width='333' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les intertitres sont de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En italien, le mot &#171; padrone &#187; pr&#233;sente un sens plus fort qu'en fran&#231;ais, car c'est le m&#234;me mot que l'on utilise pour le propri&#233;taire d'un animal. Dans le langage courant, on lui pr&#233;f&#232;re donc souvent celui d'&#171; employeur &#187;. [&lt;i&gt;Ndlt.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Il vasto mondo degli ambulanti &#187; (Naples contre la gentrification)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Il-vasto-mondo-degli-ambulanti</link>
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		<dc:date>2019-01-18T11:47:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Giulia Beatrice Filpi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Claire Favre-Taylaz</dc:subject>
		<dc:subject>Alors</dc:subject>
		<dc:subject>ici</dc:subject>
		<dc:subject>Marche</dc:subject>
		<dc:subject>Grandi Stazioni</dc:subject>
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		<dc:subject>gare</dc:subject>
		<dc:subject>gare centrale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au pied du V&#233;suve, la vente de rue et ses bancarelle escamotables sont vieilles comme le monde. Les pauvres y ont invent&#233; des codes, des gestes et une langue qui clament une richesse entrevue. Dans ce &#171; vaste monde des ambulants &#187;, Africains et autochtones se c&#244;toient aujourd'hui. Mais ce n'est pas du go&#251;t de certains&#8230; *** &#171; On nous &#233;loigne, on nous oblige &#224; fermer &#224; 15 heures, la police municipale nous harc&#232;le, alors qu'on est des braves gens. &#187; Debout derri&#232;re son stand, l'homme l'a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no169-octobre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;169 (octobre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Claire-Favre-Taylaz" rel="tag"&gt;Claire Favre-Taylaz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ici" rel="tag"&gt;ici&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marche" rel="tag"&gt;Marche&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/braves-gens" rel="tag"&gt;braves gens.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bologna" rel="tag"&gt;Bologna&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naples" rel="tag"&gt;Naples&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bons-voleurs" rel="tag"&gt;bons voleurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gare" rel="tag"&gt;gare&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gare-centrale" rel="tag"&gt;gare centrale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au pied du V&#233;suve, la vente de rue et ses &lt;i&gt;bancarelle &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stands, &#233;tals.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt; escamotables sont vieilles comme le monde. Les pauvres y ont invent&#233; des codes, des gestes et une langue qui clament une richesse entrevue. Dans ce &#171; vaste monde des ambulants &#187;, Africains et autochtones se c&#244;toient aujourd'hui. Mais ce n'est pas du go&#251;t de certains&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH376/-992-3202c.jpg?1768744430' width='500' height='376' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Claire Favre-Taylaz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;On nous &#233;loigne, on nous oblige &#224; fermer &#224; 15 heures&lt;/strong&gt;, la police municipale nous harc&#232;le, alors qu'on est des braves gens.&lt;/i&gt; &#187; Debout derri&#232;re son stand, l'homme l'a am&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Parce que je vais te dire : si nous on est encore ici &#224; vendre nos babioles, c'est que nous ne sommes pas des bons voleurs !&lt;/i&gt; &#187; Antonio a toujours gagn&#233; sa vie dans la rue, en vendant de la quincaillerie, des bijoux et des montres bon march&#233;. Et quand il parle de &#171; bons voleurs &#187;, on ne sait pas s'il pense aux pickpockets qui, eux, continuent &#224; pulluler autour de la gare centrale, d'o&#249; le march&#233; informel a &#233;t&#233; refoul&#233; au nom de la r&#233;novation. Ou s'il vise plut&#244;t les enseignes Burger King, 100 Montaditos, Foot Locker et Desigual qui ont pris sa place, dans la nouvelle galerie marchande&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce petit homme brun&lt;/strong&gt;, la cinquantaine costaude, a travaill&#233; sans patente sur l'esplanade de la gare centrale de Naples jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1990. &#171; &lt;i&gt;Comme mon p&#232;re et mon grand-p&#232;re avant moi. Ce sont eux qui m'ont appris le m&#233;tier. &lt;/i&gt; &#187; Il y a maintenant dix-huit ans qu'il a &#233;t&#233; d&#233;plac&#233; avec ses coll&#232;gues 200 m&#232;tres plus loin, sur ce qu'on appelle aujourd'hui &#171; le march&#233; inter-ethnique de la &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; Bologna &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#233;poque&lt;/strong&gt;, Antonio, avec quelques dizaines d'autres commer&#231;ants ambulants, en majorit&#233; s&#233;n&#233;galais, a entam&#233; ce qu'il appelle &#171; &lt;i&gt;une longue lutte&lt;/i&gt; &#187;, faite de n&#233;gociations avec la mairie et de manifestations au c&#244;t&#233; d'associations s&#233;n&#233;galaises et antiracistes. Ils ont obtenu la r&#233;gularisation de leur petit march&#233; &#8211; quelques dizaines de stands. Pas assez pr&#232;s de la gare pour retrouver le succ&#232;s d'antan, alors que la place centrale est aujourd'hui investie en grande partie par des restaurants et des boutiques de grandes cha&#238;nes nationales et multinationales.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Requalifier et valoriser &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voil&#224; le r&#233;sultat&lt;/strong&gt; du projet &#171; Grandi Stazioni &#187;, qui a pour but, selon son site internet, de &#171; &lt;i&gt; requalifier, valoriser et g&#233;rer les quatorze principales gares italiennes&lt;/i&gt; &#187;. Gr&#226;ce &#224; la societ&#233; &lt;i&gt;Grandi Stazioni Retail&lt;/i&gt;, contr&#244;l&#233;e par un consortium italo-fran&#231;ais (Antin-Borletti-Icamap), la gare de Naples h&#233;berge maintenant les enseignes internationales cit&#233;es plus haut. C&#244;t&#233; pl&#233;b&#233;ien, seuls les vendeurs &#224; la sauvette et les arnaqueurs de touristes hantent encore le parvis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; On &#233;tait mieux sur la place Garibaldi&lt;/strong&gt;, il y avait plus de passage&lt;/i&gt; &#187;, regrette Antonio, en s'effor&#231;ant de camoufler son dialecte napolitain : &#171; &lt;i&gt;Je vends des petits objets de rien du tout, alors pourquoi les gens devraient faire un d&#233;tour pour venir jusqu'ici, alors qu'on peut acheter ces marchandises n'importe o&#249; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les projets de &#171; Grandi Stazioni &#187;&lt;/strong&gt; sont vus comme une menace suppl&#233;mentaire pour les march&#233;s populaires. &#192; raison. Les plans pour les futurs environs de la gare indiquent que la &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; Bologna devrait &#234;tre d&#233;gag&#233;e toute la journ&#233;e pour permettre aux voitures de se diriger sans encombres vers un parking mitoyen. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, on a trouv&#233; des m&#233;diations, et la mairie s'est content&#233;e de resserrer les horaires d'ouverture, alors qu'auparavant, ils &#233;taient bien plus flexibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pierre, repr&#233;sentant de la communaut&#233; s&#233;n&#233;galaise&lt;/strong&gt;, est lui aussi inquiet : &#171; &lt;i&gt;Les patentes pour le march&#233; de la via Bologna ont expir&#233; depuis quelques semaines&lt;/i&gt; &#187;, informe-t-il dans un italien impeccable qui lui vient &#224; la fois de sa d&#233;j&#224; longue existence ici, mais &#233;galement de ses &#233;tudes universitaires en lettres modernes : &#171; &lt;i&gt; On va souvent solliciter les assesseurs du maire, ils nous disent de patienter, mais on ne doit pas s'endormir, sinon&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Agressions racistes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon le syndicat CGIL, en une semaine, d&#233;but ao&#251;t, une dizaine d'agressions&lt;/strong&gt; ont cibl&#233; des Africains entre Naples et Caserta, dans la r&#233;gion de Campanie. Parmi les victimes, Ciss&#233;, un ambulant s&#233;n&#233;galais bless&#233; par balle &#224; la jambe le soir du 6 ao&#251;t, &#224; proximit&#233; de la&lt;i&gt; via&lt;/i&gt; Bologna. Tir&#233; comme un lapin par des jeunes Blancs en scooter, alors qu'il discutait sur le trottoir avec des amis. Certains parlent d'agression raciste, d'autres &#233;voquent des repr&#233;sailles contre les dealers africains. Les tireurs se seraient tromp&#233;s de cible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est possible que des camorristes&lt;/strong&gt; aient cibl&#233; mon neveu et ses amis en croyant que c'&#233;tait quelqu'un d'autre. L'enqu&#234;te est en cours &lt;/i&gt; &#187;, explique Omar, l'oncle de Ciss&#233;, rencontr&#233; &#224; la sortie de la mosqu&#233;e, fort &#233;l&#233;gant dans son kamis de p&#232;lerinage bleu ciel. Il est m&#233;diateur culturel et habite Naples depuis plus de vingt ans. &#171; &lt;i&gt;Mais ce qui est s&#251;r, c'est que si &#231;a arrive maintenant, ce n'est pas par hasard. On assiste &#224; une vague de violences contre les migrants. Et ce climat de haine contre les &#233;trangers dans le pays, c'est clairement le gouvernement qui en est responsable. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &lt;i&gt;via&lt;/i&gt; Bologna traverse le quartier populaire du Vasto&lt;/strong&gt;, o&#249; les tensions entre certains Italiens et une partie des immigr&#233;s africains &#8211; pr&#233;sents depuis longtemps et plus nombreux ici qu'ailleurs &#8211; se sont accrues ces derniers mois. L'arriv&#233;e d'un petit millier de jeunes demandeurs d'asile, entass&#233;s dans une dizaine d'h&#244;tels malfam&#233;s, tous situ&#233;s dans un &#233;troit p&#233;rim&#232;tre et convertis &#224; la va-vite par la pr&#233;fecture en &#171; Centres d'accueil extraordinaire pour migrants &#187; (Cas), a inqui&#233;t&#233; bon nombre d'habitants. D'autant plus que l'opinion est soumise depuis des ann&#233;es &#224; des campagnes de la droite locale contre les musulmans et les clandestins. Ce qui, en s'ajoutant aux &#233;conomies criminelles de toutes les origines, tr&#232;s vivaces dans la zone, ainsi qu'&#224; la banalisation politique du racisme apr&#232;s l'arriv&#233;e au gouvernement d'un parti d'extr&#234;me droite tel que la Ligue de Matteo Salvini, a fait du quartier un ghetto chaud bouillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Le parti n&#233;o-fasciste Casapound a pris la t&#234;te du comit&#233; de quartier&lt;/strong&gt;. Du coup, certains membres ont fui ce noyautage politique et fond&#233; une autre association qui se d&#233;finit &#8220; non-raciste &#8221;, mais pas non plus &#8220; antiraciste &#8221;&lt;/i&gt; &#187;, explique Cesare, un militant de la gauche libertaire qui habite &#224; proximit&#233; du march&#233;. En jetant un &#339;il sur la page Facebook de ce groupe &#171; non-raciste &#187;, nomm&#233; Comit&#233; &lt;i&gt;Orgoglio Vasto&lt;/i&gt; (&#171; Fiert&#233; Vasto &#187;), on tombe sur des commentaires d'internautes se r&#233;jouissant des op&#233;rations de police contre les &#171; extracommunautaires &#187; et qui brandissent le slogan &#171; Loi, civisme et s&#233;curit&#233; &#187;. Un message encourage les gens &#224; &#171; &lt;i&gt;parcourir la rue plusieurs fois en voiture apr&#232;s 15 h, pour d&#233;ranger les ambulants&lt;/i&gt; &#187;. Un autre remercie le policier municipal qui lui a assur&#233; qu'il &#171; &lt;i&gt; s'occuperait de faire respecter la fermeture du march&#233; &#224; 15 h pile&lt;/i&gt; &#187;. Le m&#234;me internaute s'adresse aussi aux &#171; &lt;i&gt; amis s&#233;n&#233;galais &lt;/i&gt; &#187;, souhaitant qu'ils respectent les r&#232;gles &#171; &lt;i&gt; pacifiquement &lt;/i&gt; &#187;, en attendant la r&#233;alisation du &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s beau projet du march&#233; des couleurs&lt;/i&gt; &#187;. Ce &#171; march&#233; des couleurs &#187; est le dernier avatar de la stabilisation du march&#233; promise &#224; maintes reprises par la Mairie, puis oubli&#233;e ou &#233;cart&#233;e. Car, &#224; terme, certains &#233;lus aimeraient bien que tout cela disparaisse, balay&#233; par un mauvais coup de vent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ici, je suis bien &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V&#234;tue d'une robe bleue &#224; fleurs orange&lt;/strong&gt;, une vendeuse de via Bologna, Merit &#8211; &#171; &lt;i&gt;comme la marque de cigarettes &lt;/i&gt; &#187; &#8211;, s'entend &#224; merveille avec ses clients. Ils lui ach&#232;tent du beurre de karit&#233;, des brosses &#224; dents, des graines de melon, du poisson s&#233;ch&#233;, des perruques de tresses afro. Ils viennent ici expr&#232;s, parfois de loin, d'autres quartiers, pour lui acheter les produits qu'elle ram&#232;ne de ses voyages au pays. Une petite Gitane s'approche en l'appelant &#171; maman &#187; et mendie &#171; &lt;i&gt;un petit cadeau&lt;/i&gt; &#187;. Un jeune couple s'arr&#234;te pour s'offrir, &#224; cr&#233;dit, de la cr&#232;me pour blanchir la peau. D'autres passent juste pour saluer et bavarder un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Merit se souvient de ce qui l'a amen&#233;e ici&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Je suis partie en avion du Nig&#233;ria il y a 23 ans et je suis arriv&#233;e en Allemagne, puis j'ai pris un train pour la France, puis j'ai chang&#233; pour Rome et enfin j'ai d&#233;barqu&#233; ici, &#224; Naples. Comme j'avais fini tous mes sous&#8230; je suis rest&#233;e. Au d&#233;part, je voulais aller &#224; Turin, mais je ne connaissais pas la route. Ici, &#224; Naples, je suis bien. &lt;/i&gt;Perfect ! &#187; Un large sourire fend son visage rondelet. Tout autour, le march&#233; de Vasto bruisse et fourmille. Il est bient&#244;t 15 heures et les flics municipaux commencent &#224; s'impatienter.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Giulia Beatrice Filpi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Stands, &#233;tals.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La famille napolitaine</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;CQFD a un petit cousin &#224; Naples, un mensuel nomm&#233; [Napoli Monitor-&gt;http://www.napolimonitor.it. Ce canard examine la ville et la culture, et pr&#244;ne l'ind&#233;pendance et l'autonomie comme exp&#233;rience. La rencontre s'imposait&#8230; L&#8216;escalier qui rejoint la via Bartolomeo Carracolio &#224; la via Fontanelle descend en pente douce entre les immeubles et maisonnettes abusives. Luca attend en bas des marches. Quelques m&#232;tres dans cette vall&#233;e au c&#339;ur de la ville, et la rue devient volcan. Sir&#232;nes de flics et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no88-avril-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;88 (avril 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naples" rel="tag"&gt;Naples&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carracolio" rel="tag"&gt;Carracolio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a un petit cousin &#224; Naples, un mensuel nomm&#233; &lt;a href=&#034;http://www.napolimonitor.it/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Napoli Monitor&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;. Ce canard examine la ville et la culture, et pr&#244;ne l'ind&#233;pendance et l'autonomie comme exp&#233;rience. La rencontre s'imposait&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#8216;escalier qui rejoint&lt;/strong&gt; la via Bartolomeo Carracolio &#224; la via Fontanelle descend en pente douce entre les immeubles et maisonnettes abusives. Luca attend en bas des marches. Quelques m&#232;tres dans cette vall&#233;e au c&#339;ur de la ville, et la rue devient volcan. Sir&#232;nes de flics et d'ambulances, foule sur les trottoirs &#233;troits, bousculades motoris&#233;es, bavards immobiles obstruant le passage, observateurs statiques perdus dans leurs pens&#233;es, boutiques d&#233;bordant sur la rue&#8230; &lt;i&gt;&#171; J'habite ici. C'est le quartier de La Sanit&#224; &#187;&lt;/i&gt;, dit Luca, un des initiateurs du mensuel ind&#233;pendant &lt;i&gt;Napoli Monitor&lt;/i&gt;. Entre les 14 et 19 mars, l'&#233;quipe de ce journal napolitain a organis&#233; une s&#233;rie de rencontres, expositions et projections sur la ville autour des th&#232;mes &#171; &#233;couter, observer et se souvenir &#187;. Et pour l'occasion a choisi d'inviter &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, afin d'&#233;changer et de partager nos exp&#233;riences respectives, et aussi, &#233;videmment, bi&#232;res et l'&#233;prouvante pizza fritta&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; En 2006, nous avons publi&#233; deux num&#233;ros z&#233;ro avant de nous lancer v&#233;ritablement en 2007 &#187;&lt;/i&gt;, explique Luca, en feuilletant ce canard de seize pages, imprim&#233; en bichromie et publiant quantit&#233; d'illustrations. Viola, une des participantes de la r&#233;daction, raconte : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes environ dix personnes. Aucun d'entre nous ne se reconna&#238;t dans les groupes politiques existants. Chacun, selon ses comp&#233;tences, a un r&#244;le essentiel. Nous sommes tous tr&#232;s diff&#233;rents. Il y a des personnes qui ont une exp&#233;rience journalistique et d'autres plus tourn&#233;es vers la litt&#233;rature. Certaines participent &#224; des associations actives sur le terrain politique et social. D'autres sont des &#233;tudiants curieux et ouverts. Mais notre intention est de pouvoir &#234;tre capables de tout faire, depuis la r&#233;daction &#224; la maquette en passant par la gestion du site qui depuis septembre n'est plus seulement destin&#233; &#224; mettre en ligne les anciens num&#233;ros. &#187; &#171; La r&#233;union de r&#233;daction que l'on fait une fois par mois est assez informelle. On se parle, on se croise tous les jours&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, continue Luca. Chaque mois, le journal &#8211; qui compte cent cinquante abonn&#233;s &#8211; est imprim&#233; &#224; 1 000 exemplaires et est distribu&#233; dans une trentaine de lieux &#224; Naples et sa province, mais aussi dans quelques librairies &#224; Rome, Florence, Bologne et Milan. &lt;i&gt;&#171; Ce qui fait notre point v&#233;ritablement commun, c'est le Monitor &#187;&lt;/i&gt;, reprend Viola. Luca : &lt;i&gt;&#171; C'est un moyen et une occasion de changer un mod&#232;le de penser, pour nous et pour nos lecteurs. Pour moi, c'est un instrument politique destin&#233; &#224; la transformation des rapports sociaux. On y parle de la ville, des immigr&#233;s, de l'urbanisme, de la rue, d'exp&#233;riences culturelles&#8230; M&#234;me si je ne suis pas tr&#232;s optimiste sur ce qu'on peut apporter&#8230; C'est vrai que parfois j'ai le sentiment que pour les lecteurs, ce journal est un luxe qu'ils ach&#232;tent comme des collectionneurs, parce qu'ils le trouvent beau&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Il continue : &lt;i&gt;&#171; On n'a pas de vis&#233;es explicites. Je pense que la militance politique part du local et que, pour nous qui vivons &#224; Naples, parler d'ici et depuis ici est essentiel. &#187;&lt;/i&gt; Viola : &lt;i&gt;&#171; On veut donner une image plus r&#233;elle de Naples, ce mouton noir pr&#233;sent&#233; partout. Pour nous, Naples est bien s&#251;r le centre du monde. C'est notre r&#233;f&#233;rence. Mais on ne fait pas que le dire, on veut casser les images, parler de la vie et des humains, en se battant contre les caricatures qui sont donn&#233;es de cette ville. &#187; &#171; Si la criminalit&#233; organis&#233;e et la Camorra sont des questions importantes, pas question pour nous de participer au cirque dont se r&#233;galent les m&#233;dias &#187;&lt;/i&gt;, dit Luca qui s'occupe aussi de gamins dans les quartiers. Il rappelle toutes ces fois o&#249; des journalistes lui ont demand&#233; de leur faire rencontrer des baby killers, jeunes proches de la Camorra, pour faire un article pittoresque et vendeur sur la ville&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'immense place du Pl&#233;biscite, une voiture de carabiniers s'avance au milieu des pi&#233;tons dispers&#233;s. Un imposant chien noir, paisiblement allong&#233; sur le pav&#233;, se dresse, aboie vigoureusement et se rue &#224; l'avant du v&#233;hicule bleu qui ne peut plus avancer au risque de le bousculer. Les passants s'amusent de la situation. Andrea, autre participant du Napoli Monitor, d&#233;signe le cerb&#232;re courrouc&#233; : &lt;i&gt;&#171; Nous aussi, on a un chien &#233;nerv&#233; &#224; Naples. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entretien avec Roberto Saviano, auteur de Gomorra</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Andrea Bottalico, Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>organisations</dc:subject>

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&lt;p&gt;N&#233; en 1979 &#224; Naples, Roberto Saviano est &#233;crivain et journaliste. Il a particip&#233; &#224; l'Observatoire de la Camorra. En mars 2006, il publie un &#171; roman nofiction &#187;, Gomorra, dans l'empire de la Camorra. Dans la lign&#233;e de Truman Capote, il m&#233;lange litt&#233;rature, essai et reportage pour raconter le pouvoir du crime organis&#233; en Italie et dans le monde. L'ouvrage se vend &#224; deux millions d'exemplaires en Italie et trois millions dans le reste du monde. Face &#224; ce succ&#232;s, plusieurs chefs mafieux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; en 1979 &#224; Naples, Roberto Saviano est &#233;crivain et journaliste. Il a particip&#233; &#224; l'Observatoire de la Camorra. En mars 2006, il publie un &lt;i&gt;&#171; roman nofiction &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Gomorra&lt;/i&gt;, dans l'empire de la Camorra. Dans la lign&#233;e de Truman Capote, il m&#233;lange litt&#233;rature, essai et reportage pour raconter le pouvoir du crime organis&#233; en Italie et dans le monde. L'ouvrage se vend &#224; deux millions d'exemplaires en Italie et trois millions dans le reste du monde. Face &#224; ce succ&#232;s, plusieurs chefs mafieux incrimin&#233;s par Saviano l'ont condamn&#233; &#224; mort, ce qui l'oblige &#224; vivre depuis le 13 octobre 2006 sous escorte polici&#232;re. Son second livre, &lt;i&gt;Le contraire de la mort&lt;/i&gt;, vient de sortir en France aux &#233;ditions Robert Laffont. Depuis sa semi-clandestinit&#233;, il a accept&#233; de r&#233;pondre aux questions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : L'&#201;tat italien est historiquement et culturellement moins implant&#233; dans sa soci&#233;t&#233; que l'&#201;tat fran&#231;ais. Est-ce encore un &#233;l&#233;ment utile pour expliquer l'enracinement mafieux et son d&#233;veloppement actuel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roberto Saviano :&lt;/strong&gt; Ici, il ne faut pas r&#233;fl&#233;chir en terme de bipolarit&#233;, &#201;tat contre anti-&#201;tat. &#199;a n'existe pas. Les mafias font partie de l'&#201;tat et l'&#201;tat fait partie des mafias. Il existe une remarquable corr&#233;lation entre l'&#233;volution du pouvoir mafieux et celle du pouvoir &#233;tatique. Sans aucun doute, la Camorra a &#233;t&#233; bien plus capable que l'&#201;tat de p&#233;n&#233;trer le tissu social. Voil&#224; la grande diff&#233;rence : sa capacit&#233; &#224; donner des r&#233;ponses aux demandes, aux besoins des gens comme aux attentes du march&#233;. Les officines mafieuses sont bien plus efficaces pour trouver un boulot ou un salaire &#224; celui qui en a besoin que les &#171; P&#244;le Emploi &#187; &#233;tatiques. Pourquoi se poser la question d'&#233;changer et d'agir de mani&#232;re l&#233;gale,quand il est bien plus ais&#233; d'obtenir une situation en tirant un trait sur sa propre moralit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de se fondre dans l'&#233;conomie de march&#233;, qu'&#233;tait la Camorra ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait guapparia, c'est-&#224;-dire une sorte d'organisation secr&#232;te qui levait un imp&#244;t sur toutes les activit&#233;s ill&#233;gales. Une bourgeoisie de la mis&#232;re. Aujourd'hui, ce n'est plus &#231;a. Depuis un demi-si&#232;cle, ce n'est plus &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s modernes, la politique est toujours en retard par rapport au temps impos&#233; par l'&#233;conomie. Les organisations mafieuses semblent capables d'interpr&#233;ter la r&#233;alit&#233; et les d&#233;fis de la mondialisation avec une plus grande agilit&#233;. Pourquoi ? Et &#224; quel prix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique a l'&#233;norme d&#233;faut de ne pas avoir les pieds sur terre. La criminalit&#233; organis&#233;e vit, elle, en contact &#233;troit avec le quotidien : elle ne craint pas d'y tremper les mains et respire l'air de la n&#233;cessit&#233;. Elle l'&#233;value, le mastique et le transforme en business. Elle exploite tout ce qu'elle peut. &#192; tel point que les organisations criminelles sont aujourd'hui sutur&#233;es sous la peau de la vie &#233;conomique. Elles sont plus comp&#233;titives et r&#233;actives que n'importe quelle multinationale. Elles font preuve d'une capillarit&#233; mercantile &#224; faire p&#226;lir d'envie les grandes entreprises. Elles savent ce qu'elles veulent,connaissent bien la demande et imposent une offre imbattable. &#192; quel prix ? Le co&#251;t est pay&#233; en &#226;mes damn&#233;es, massacres, corps cram&#233;s dans des carcasses de voiture, exploitation au noir et chantages auxquels il devient tr&#232;s difficile de r&#233;sister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as publi&#233; les noms et pr&#233;noms des &#171; boss &#187; camorristes et de leurs complices dans le monde des affaires,mais tu as &#233;t&#233; plus prudent sur l'infiltration mafieuse dans le monde politique. C'est le prix &#224; payer pour ton actuelle protection ? Es-tu encore libre de parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas un homme qu'on fait chanter. Cette protection m'a &#233;t&#233; offerte pour me permettre de continuer &#224; parler au plus de monde possible. Mais les noms en politique sont plus difficiles &#224; donner, pour la simple raison que c'est plus compliqu&#233; d'avoir des certitudes sur les culpabilit&#233;s. Et tu ne peux pas te permettre de faire des erreurs, parce que sinon tu deviens un Savonarole&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dominicain du XVe si&#232;cle rendu c&#233;l&#232;bre par ses pr&#234;ches v&#233;h&#233;ments.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de l'antimafia, qui en accusant tout le monde d'&#234;tre des mafieux finit par donner l'impression que personne n'est mafieux. La pr&#233;sence des mafias &#224; l'int&#233;rieur du monde politique est de plus en plus forte,mais c'est difficile &#224; prouver. Je donne des noms quand je suis s&#251;r de la consistance des accusations, comme dans le cas de Nicola Cosentino, vice-ministre dont les services antimafia de Naples ont demand&#233; l'arrestation. Parce qu'un appel d'offres, une concession de march&#233; ou un mandat de comparution sont des documents tangibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les anticorps g&#233;n&#233;r&#233;s par la soci&#233;t&#233; italienne pour r&#233;sister au pouvoir mafieux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'en vient deux &#224; l'esprit : un de type aristocratique, comme le cas de Sorrento ou de la c&#244;te amalfitaine, o&#249; les vieilles familles bourgeoises ou nobles,quand elles sont en crise,vendent leurs propri&#233;t&#233;s seulement &#224; leurs pareils et aux locaux pour &#233;viter toute infiltration mafieuse. L'autre, c'est l'id&#233;e lib&#233;rale de rendre la l&#233;galit&#233; plus avantageuse pour permettre &#224; la libre entreprise de grandir hors du contr&#244;le mafieux, et esp&#233;rer ainsi d&#233;truire le crime organis&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paraphrasant Robert Kaplan (&lt;i&gt;&#171; Regarde le z&#233;ro et tu ne verras rien, regarde &#224; travers le z&#233;ro et tu verras l'infini &#187;&lt;/i&gt;), tu as &#233;crit &lt;i&gt;&#171; Regarde la coca&#239;ne et tu verras juste de la poudre, regarde &#224; travers elle et tu verras le monde &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vi racconto l'impero della cocaina &#187;, article paru dans L'Espresso du 8 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;. L'&#233;conomie criminelle est devenue une composante essentielle du march&#233; mondial. Dans sa crise perp&#233;tuelle, le capitalisme n'est-il pas tent&#233; de recourir de plus en plus souvent &#224; de tels proc&#233;d&#233;s d'accumulation primitive ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accumulation originaire &#8211;ou primitive,comme tu dis&#8211; est n&#233;cessaire dans un march&#233; de plus en plus domin&#233; par des monopoles. Dans une p&#233;riode de crise comme celle-ci, seules de consid&#233;rables disponibilit&#233;s d'argent liquide permettent de faire de gros investissements pour r&#233;sister &#224; la concurrence et, a fortiori, gagner de nouvelles parts de march&#233;. N'oublie jamais : business, business, business.Voil&#224; les trois mots-cl&#233;s de la p&#232;gre. Tout doit converger dans le business, y compris l'imagination et la cr&#233;ativit&#233; pour trouver de nouveaux domaines d'activit&#233;s et augmenter ses gains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on dire alors que l'activit&#233; mafieuse agit aujourd'hui comme un acc&#233;l&#233;rateur de l'&#233;conomie l&#233;gale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment, oui. En r&#233;alit&#233;, l'&#233;conomie criminelle se pr&#233;sente sur les nouveaux march&#233;s avec des propositions avantageuses : prix comp&#233;titifs, main-d'&#339;uvre corv&#233;able. Cela devrait &#234;tre des signaux alarmants pour les entrepreneurs honn&#234;tes ayant affaire &#224; ce genre d'offre : le risque encouru est bien pire que le b&#233;n&#233;fice obtenu initialement. Ces timides entr&#233;es dans le march&#233; se transforment rapidement en d&#233;g&#233;n&#233;rescence incontr&#244;lable, comme une m&#233;tastase : celui qui au d&#233;but t'offrait une main-d'oeuvre &#224; bas co&#251;t devient ensuite ton premier concurrent, capable de rafler les appels d'offres et disposant d'&#233;normes quantit&#233;s d'argent &#224; blanchir. Seconder ou demander un soutien &#224; cette &#233;conomie souterraine revient &#224; lui ouvrir les portes et renoncer &#224; reprendre un jour le contr&#244;le de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les groupes mafieux ne semblent pas souffrir de la crise. Au contraire, ils arrivent &#224; en tirer profit, en v&#233;ritable avant-garde de l'&#233;conomie globale. Dans quelles circonstances pourraient-ils faire faillite ou,tout au moins, subir la crise &#233;conomique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esp&#233;rer qu'ils &#233;chouent reviendrait &#224; attendre la faillite des multinationales comme Nestl&#233;, Henkel&#8230; Il faut savoir que la criminalit&#233; organis&#233;e est versatile : elle op&#232;re dans plusieurs domaines, avec une capacit&#233; d'adaptation incomparable, cam&#233;l&#233;onesque. Les groupes criminels sont aujourd'hui g&#233;r&#233;s par des personnes cultiv&#233;es, bien pr&#233;par&#233;es, avec un haut degr&#233; de professionnalisme. Les &#171; boss &#187; investissent dans des &#339;uvres d'art, publient des livres, dissertent sur la psychanalyse et envoient leurs fils dans de grandes universit&#233;s. Il ne s'agit plus seulement de sang, de brutalit&#233; et de puissance militaire. Il ne faut pas se laisser pi&#233;ger par l'imaginaire du mafieux &#224; chapeau mou : ceux d'aujourd'hui sont toujours des individus sans scrupule,mais ils ont plusieurs dipl&#244;mes en poche, &#224; cot&#233; du flingue. Et cette formation sert &#224; tuer autant, sinon plus, que les armes. Il ne s'agit pas de personnages folkloriques. Ce sont des fils de propri&#233;taires terriens et d'entrepreneurs de la construction. Eux-m&#234;mes se d&#233;finissent comme des entrepreneurs. Plus que sur une faillite, il faut miser sur une nouvelle culture. Je crois beaucoup aux jeunes, aux changements qu'ils peuvent apporter. Je comprends et j'approuve leur envie d'&#233;migrer, mais j'esp&#232;re aussi qu'une fois qu'ils auront connu d'autres pays, ils auront la volont&#233; de retourner dans le Sud pour y introduire des exp&#233;riences positives et d&#233;montrer qu'une autre Italie est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certaines grandes marques de l'industrie du luxe passent des accords avec le crime organis&#233; pour inonder le march&#233; avec des contrefa&#231;ons &#8211;moins ch&#232;res&#8211; de leurs propres produits&#8230; On en trouve jusqu'&#224; Istanbul. Quelles sont les relations des mafias italiennes avec les r&#233;seaux de commer&#231;ants orientaux qui transitent sur ces m&#234;mes routes commerciales ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports sont tr&#232;s vari&#233;s. Une enqu&#234;te des services de l'antimafia de Naples a r&#233;v&#233;l&#233; par exemple des relations du clan Mazzarella avec des Arabes li&#233;s au fondamentalisme islamique. Le clan leur a permis de vivre en toute tranquillit&#233; &#224; Naples sous de fausses identit&#233;s et munis de fausses cartes de s&#233;jour. En &#233;change, les Arabes ont fourni du haschisch &#224; prix cass&#233;, mais surtout ils lui ont ouvert un march&#233; au Maghreb pour leur production contrefaite de chaussures, de v&#234;tements, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans Gomorra, tu d&#233;cris longuement la pr&#233;sence chinoise &#224; Naples. Quel est son r&#244;le dans la fabrication de contrefa&#231;ons textiles au sein des fabriques sous contr&#244;le camorriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, les triades chinoises ont tiss&#233; des rapports d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec la Camorra. Le port de Naples est aujourd'hui sous contr&#244;le chinois, c'est-&#224;dire de capitaux chinois &#8211; pas forc&#233;ment de la mafia chinoise, m&#234;me si souvent la limite entre capital l&#233;gal et capital mafieux est difficile &#224; situer. La volont&#233; des clans est de renforcer toujours plus le lien entre la Chine et Naples. C'est, parmi d'autres, un moyen de compter sur une main-d'&#339;uvre sp&#233;cialis&#233;e &#224; bas co&#251;t. La communaut&#233; chinoise est discr&#232;te et laborieuse, deux qualit&#233;s tr&#232;s appr&#233;ci&#233;es par les organisations criminelles de la zone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as affirm&#233; que le probl&#232;me n'est pas seulement italien, mais europ&#233;en. Quelles sont les organisations qui investissent en France ? Dans quels secteurs et quelles affaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, il y a des clans calabrais, siciliens et de Casal di Principe [Campanie]. Ils investissent dans le ciment, les boutiques de luxe, les restaurants, les h&#244;tels, les transports, la distribution, les denr&#233;es alimentaires&#8230; Mais en France, le gouvernement s'int&#233;resse peu &#224; la criminalit&#233; organis&#233;e et pr&#233;f&#232;re se focaliser sur la criminalit&#233; sociale. La p&#232;gre corse est int&#233;ressante, capable de se structurer avec des m&#233;canismes similaires au milieu italien. Le gang de la Brise de mer est toujours l&#224;, m&#234;me si l'&#201;tat fran&#231;ais fait semblant de le croire mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ces temps de mondialisation, qu'est-ce qui diff&#233;rencie les organisations mafieuses russes, bulgares, nig&#233;rianes,mexicaines ou colombiennes des syst&#232;mes mafieux italiens ? Ce qui se passe &#224; Naples ne semble pas tr&#232;s diff&#233;rent de ce qu'on voit dans les m&#233;tropoles d'Am&#233;rique du Sud&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s criminels op&#232;rent des mutations rapides et les mafias aussi. Chacune selon ses propres d&#233;clinaisons, mais au fond, les organisations deviennent comparables. Ce qui est frappant, c'est que presque toutes se structurent sur le mod&#232;le des organisations criminelles italiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu d&#233;fini le Mexique comme une &#171; narcod&#233;mocratie &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il subsiste encore une structure d&#233;mocratique au Mexique : des &#233;lections plus ou moins libres,un march&#233; plus ou moins libre, des ministres, un syst&#232;me de sant&#233;. Mais le narcotrafic tire les ficelles. L'&#201;tat mexicain existe encore parce que les narcos ont besoin qu'un &#201;tat existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel type de menace repr&#233;sente aujourd'hui la 'Ndrangheta calabraise, apr&#232;s les r&#233;cents attentats perp&#233;tr&#233;s comme autant de messages d'intimidation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme s'ils voulaient se faire de la publicit&#233; : quand une entreprise planifie des campagnes de pub, elle le fait parce qu'elle a besoin de r&#233;cup&#233;rer ou de r&#233;affirmer ses parts de march&#233;. C'est aussi le cas avec la 'Ndrangheta. C'est comme s'ils avaient affich&#233; des panneaux publicitaires pour confirmer leur position dans le monde. C'est parce qu'elle a besoin de s'imposer &#224; nouveau, y compris sur le plan m&#233;diatique, public,symbolique. &#199;a signifie qu'un court-circuit a eu lieu, qui met en crise leur cr&#233;dibilit&#233;. Et &#231;a, c'est un &#233;l&#233;ment positif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de la r&#233;volte des ouvriers agricoles immigr&#233;s de Rosarno, d&#233;signer la 'Ndrangheta comme seule responsable n'emp&#234;che-t-il pas de prendre en compte la responsabilit&#233; des propri&#233;taires terriens, des politiciens locaux et de la politique agricole europ&#233;enne ?
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces gens-l&#224; ont sans doute des responsabilit&#233;s, mais je crois qu'il est important de maintenir les projecteurs sur les vrais protagonistes, sur ceux qui g&#232;rent la vraie trame de cette histoire d'exploitation &#233;hont&#233;e. Les autres sont des seconds couteaux, des comparses. La gestion de ce secteur de l'&#233;conomie est &#224; l'heure actuelle entre les mains de la 'Ndrangheta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains disent que la 'Ndrangheta et le racisme sont des alibis de &lt;i&gt;&#171; jeunes journalistes en mal de scoop &#187;&lt;/i&gt;, l'arbre qui cache la for&#234;t des rapports de production capitalistes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des enqu&#234;tes importantes sont men&#233;es et que les v&#233;ritables responsabilit&#233;s sont d&#233;busqu&#233;es, c'est facile d'accuser leurs auteurs de se prendre pour des divas. Mais les m&#233;canismes criminog&#232;nes naissent et sont g&#233;r&#233;s d'en bas. C'est l&#224; qu'il faut commencer &#224; observer et &#224; raconter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contre l'emprise mafieuse,est-on condamn&#233; &#224; militer pour la restauration d'un hypoth&#233;tique &#233;tat de droit ou bien existe-t-il des formes de r&#233;sistance g&#233;n&#233;r&#233;es par la soci&#233;t&#233; locale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui s'est pass&#233; &#224; Rosarno est un exemple extraordinaire de r&#233;sistance. Les immigr&#233;s de Rosarno ont de fait d&#233;fendu des droits que nous, les Italiens, avons renonc&#233; &#224; d&#233;fendre. Eux ont accept&#233; initialement de venir se faire exploiter, ils ont repeupl&#233; des zones abandonn&#233;es, ils s'installent de mani&#232;re pacifique, ils s'ins&#232;rent dans la soci&#233;t&#233; locale et, au fur et &#224; mesure, deviennent autosuffisants en cherchant des syst&#232;mes d'&#233;conomie alternatifs, honn&#234;tes, le plus &#233;loign&#233;s possible de la mafia, pour &#233;chapper &#224; l'emprise de son syst&#232;me de repr&#233;sailles. Ils sont pr&#234;ts &#224; se faire exploiter pour vingt euros par jour, ils troquent leur vie contre un travail &#233;puisant, mais, avec en contrepartie, la construction d'une nouvelle vie sur des territoires que les Italiens n'habitent plus. Ils se r&#233;approprient la dignit&#233; qui accompagne l'accomplissement de travaux humbles. Les immigr&#233;s ont &#233;t&#233; les seuls, ces derni&#232;res ann&#233;es, &#224; se r&#233;volter ouvertement contre les pouvoirs criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, les mafias ont sans doute &#233;t&#233; un m&#233;canisme de r&#233;sistance, puis un moyen de survie pour les plus pauvres. Aujourd'hui, alors qu'elles sont devenues parties int&#233;grantes du syst&#232;me, quelles sont les &#233;chappatoires pour les gens simples qui ne sont ni affili&#233;s aux clans ni fonctionnaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas qu'il y ait d'&#233;chappatoire. Naples est une ville populeuse. Une grande partie des Napolitains ne sont li&#233;s ni aux clans, ni &#224; une activit&#233; l&#233;gale. Ce sont des gens que les clans ne peuvent pas int&#233;grer, ou qui ne veulent pas &#234;tre int&#233;gr&#233;s. Seuls les plus habiles et les plus mall&#233;ables finissent par s'affilier. L'&#233;conomie informelle, les vols &#224; la tire, les braquages, le vol de voitures permettent &#224; beaucoup de survivre sans &#234;tre pris en charge par les clans. Il existe une sorte de loi non &#233;crite qui fait que ceux qui commettent ces petites arnaques doivent demander l'autorisation aux clans. Il arrive aussi qu'ils soient punis par la Camorra quand ils exag&#232;rent ou touchent &#224; qui ils n'auraient pas d&#251; toucher. Mais la plupart des Napolitains ne vivent ni gr&#226;ce &#224; la Camorra, ni gr&#226;ce &#224; l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Albert Camus, que tu aimes beaucoup, donnait une place importante &#224; l'id&#233;e d'honneur. Le concept, dans le sud de l'Italie, a &#233;t&#233; habilement manipul&#233; par les mafieux pour le mettre au service de leur propre grammaire, de leur propre pouvoir&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je d&#233;sire par-dessus tout, c'est qu'on puisse se r&#233;approprier les mots. Le crime organis&#233; a d&#233;tourn&#233; la signification noble de l'honneur. L'honneur, c'est sentir sa propre dignit&#233; offens&#233;e quand on est face &#224; une injustice grave. La fiert&#233; d'&#234;tre un homme d'honneur n'a pas sa place dans le syst&#232;me mafieux. Elle a sa place dans l'id&#233;e de d&#233;fendre son droit au bonheur et de croire dans des valeurs communes sans calculer les cons&#233;quences. Je veux retrouver la fiert&#233; de ce mot. Sa signification comme le mot en lui-m&#234;me. Je veux r&#233;cup&#233;rer tout notre vocabulaire. Le seul mot que je leur abandonne avec plaisir, c'est la l&#226;chet&#233;. Celui-l&#224; ne nous sera d'aucune utilit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dominicain du XVe si&#232;cle rendu c&#233;l&#232;bre par ses pr&#234;ches v&#233;h&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Vi racconto l'impero della cocaina &#187;, article paru dans &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt; du 8 mars 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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