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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Taksim, place de l'oubli</title>
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		<dc:creator>&#201;tienne Copeaux</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Autrefois carrefour des minorit&#233;s orthodoxe et arm&#233;nienne, puis lieu de contestation en 2013, la place Taksim voit d&#233;sormais sa m&#233;moire recouverte d'une dalle en b&#233;ton. En balade &#224; Istanbul, l'historien &#201;tienne Copeaux revient sur le processus de turquisation d'un lieu qui semble avoir cess&#233; de r&#233;sister. *** En ce d&#233;but d'octobre, Istanbul para&#238;t insouciante. En fl&#226;nant &#224; proximit&#233; de la place Taksim, il y a toujours foule dans les rues : les bars, les restaurants sont pleins malgr&#233; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no170-novembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;170 (novembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autrefois carrefour des minorit&#233;s orthodoxe et arm&#233;nienne, puis lieu de contestation en 2013, la place Taksim voit d&#233;sormais sa m&#233;moire recouverte d'une dalle en b&#233;ton. En balade &#224; Istanbul, l'historien &#201;tienne Copeaux revient sur le processus de turquisation d'un lieu qui semble avoir cess&#233; de r&#233;sister.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2748 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH342/-1005-115fc.jpg?1782836687' width='500' height='342' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ce d&#233;but d'octobre, Istanbul para&#238;t insouciante&lt;/strong&gt;. En fl&#226;nant &#224; proximit&#233; de la place Taksim, il y a toujours foule dans les rues : les bars, les restaurants sont pleins malgr&#233; la s&#233;v&#232;re crise &#233;conomique. Pas d'affiches, pas de graffitis protestataires. On n'imagine pas que trois des plus importants journalistes du pays (Ahmet Altan, Mehmet Altan et Nazli Ilicak) viennent d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; la prison &#224; vie. Depuis l'&#233;t&#233; 2016, la vague r&#233;pressive a &#233;t&#233; tellement large et impitoyable qu'il semble que les gens rentrent la t&#234;te dans les &#233;paules et g&#232;rent les probl&#232;mes du quotidien sans chercher d'histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; sont ces milliers de personnes &#233;vinc&#233;es de leur emploi, priv&#233;es de passeport, interdites de compte en banque ? M&#233;decins faisant le taxi clandestin, enseignants vendeurs de salades, il faut avoir l'&#339;il pour les reconna&#238;tre &#8211; tel ce vendeur de lunettes de soleil, d'&#226;ge m&#251;r, &#224; la t&#234;te d'intello bien mise, qui n'a certainement pas pass&#233; sa vie &#224; colporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insouciance apparente ne masque pas l'omnipr&#233;sence de la police, elle en est peut-&#234;tre la cons&#233;quence... Tr&#232;s visibles avec leurs canons &#224; eau et leurs blind&#233;s, qui bloquent les passages et occupent l'espace, pr&#234;ts &#224; intervenir, les agents contr&#244;lent : les mendiants, les jeunes et les groupes un peu trop nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce samedi 6 octobre, il s'agit d'emp&#234;cher le &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; hebdomadaire des m&#232;res et proches des personnes &#171; disparues &#187; qui se tenait depuis mai 1995 devant le lyc&#233;e de Galatasaray. Protestation silencieuse, assise, qui par l'exhibition de leurs portraits maintenait vivante la m&#233;moire des disparus, et questionnait les passants et le pouvoir sur leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la plus ancienne, la plus obstin&#233;e des protestations. Mais le 25 ao&#251;t dernier, les autorit&#233;s ont d&#233;cid&#233; d'en finir. Les manifestants ont &#233;t&#233; gaz&#233;s, y compris Emine Ocak, 82 ans, initiatrice du mouvement. Depuis la tentative du 29 septembre, la police met en place son dispositif par avance, chaque samedi, et l'acc&#232;s au lieu du &lt;i&gt;sit-in&lt;/i&gt; est impossible : le 13 octobre, la 707&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; manifestation n'aura pas lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche &#224; enterrer la m&#233;moire de ces centaines de disparus, comme a &#233;t&#233; enterr&#233;e la m&#233;moire de tous les &#233;v&#233;nements survenus sur Taksim, et dans le quartier attenant de Beyoglu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour en arri&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusque dans les ann&#233;es 1920&lt;/strong&gt;, &#171; Taksim &#187; &#233;tait le territoire de casernes et de champs de man&#339;uvre. C'&#233;tait aussi le plus grand quartier &#171; grec &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Grec &#187; d&#233;signe ici une population de religion orthodoxe et de langue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de la ville, Pera (aujourd'hui Beyoglu), o&#249; vivaient &#233;galement de tr&#232;s nombreux Arm&#233;niens. Leurs &#233;glises pars&#232;ment encore le quartier. L&#224; se trouvait aussi le cimeti&#232;re arm&#233;nien de Surp Agop, o&#249; les Arm&#233;niens de la ville avaient projet&#233; d'&#233;riger un monument comm&#233;moratif de ce qu'on n'appelait pas encore le g&#233;nocide. En 1939, le cimeti&#232;re a &#233;t&#233; expropri&#233;, puis le terrain utilis&#233; pour la construction de la Maison de la Radio et de grands h&#244;tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur ce terrain vague, et en bordure imm&#233;diate du quartier grec, qu'on a choisi de construire, en 1927, le monument de la R&#233;publique. L'emplacement est &#233;trange puisqu'il ne s'agit nullement, &#224; l'&#233;poque, du centre de la ville. Mais en 1923, la r&#233;publique a &#233;t&#233; fond&#233;e &#224; la suite de la victoire sur l'arm&#233;e grecque : &#224; la limite de Pera, entre un cimeti&#232;re arm&#233;nien et la grande &#233;glise de la Sainte-Trinit&#233;, il vise &#224; rappeler &#224; ces deux &#171; minorit&#233;s &#187; qui est ma&#238;tre du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proximit&#233; du monument et du quartier grec est explosive. En septembre 1955, en pleine crise de Chypre, une foule manipul&#233;e par l'extr&#234;me droite se rassemble autour du monument, puis investit le quartier, frappe, viole, incendie, pille et saccage les magasins, les &#233;glises, les habitations. &#192; la suite de cet immense pogrom, la population grecque de la ville passe de 100 000 &#224; quelques milliers. Apr&#232;s le g&#233;nocide de 1915, c'est la seconde grande phase du nettoyage ethnique. La place et le quartier sont devenus &#171; turcs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense place devient un lieu id&#233;al de manifestation, et son contr&#244;le un enjeu entre les forces politiques. C'est l&#224; qu'en 1976 se d&#233;roule le premier meeting syndical du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Mai. &#192; nouveau, en 1977, une foule immense se rassemble sur la place, o&#249; la fa&#231;ade du centre culturel est recouverte d'une gigantesque toile repr&#233;sentant un ouvrier se lib&#233;rant de ses cha&#238;nes. Mais le meeting tourne au drame : des snipers tirent sur les manifestants. La foule s'engouffre dans la petite rue Kazanc&#305; qui descend en pente raide vers le Bosphore ; 32 personnes d&#233;c&#232;dent &#233;touff&#233;es ou &#233;cras&#233;es, en plus de cinq morts par balles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune plaque comm&#233;morative ne rappelle ce drame de l'histoire de la gauche turque. La fonction m&#234;me de la place, lieu de rassemblement, a &#233;t&#233; gomm&#233;e : jusqu'en 2010, son acc&#232;s est ferm&#233; aux manifestations autres que patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Effacer Gezi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfin, en 2013, le mouvement de Gezi&lt;/strong&gt;, du nom du jardin public attenant &#224; la place, est d&#233;clench&#233; par la volont&#233; des autorit&#233;s d'y construire un centre commercial. D&#232;s la premi&#232;re tentative de couper les arbres, une foule se r&#233;unit, monte la garde. La protestation se r&#233;pand et s'&#233;largit en un mouvement social et politique qui va toucher toute la Turquie au cours du mois de juin. Un mouvement in&#233;dit par son ampleur et son autonomie par rapport &#224; la vie politique traditionnelle. Le jardin, la place et le centre culturel sont occup&#233;s par une &#171; commune &#187; o&#249; tout est gratuit. Durant trois semaines, la fa&#231;ade du Centre culturel Atat&#252;rk, occup&#233;, devient un immense panneau d'affichage r&#233;volutionnaire. Mais le 15 juin, la police a &#171; nettoy&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quelques ann&#233;es, les murs du quartier furent des pages sur lesquelles se perp&#233;tua la m&#233;moire de Gezi, et celle des victimes de la police : &#171; R&#233;siste, Istanbul ! Boucle-la, Tayyip [Erdo&#287;an] ! &#187; ; &#171; Turcs, Kurdes, Arm&#233;niens, tous en r&#233;volte ! Ne pliez pas ! &#187; Puis le r&#233;gime s'est durci, sans cesse &#8211; et particuli&#232;rement apr&#232;s le coup d'&#201;tat manqu&#233; du 15 juillet 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les premi&#232;res heures qui suivent cette tentative, la place est investie par les manifestations de soutien &#224; Erdo&#287;an, dans une atmosph&#232;re de reconqu&#234;te, avec des slogans de revanche explicites sur le mouvement de Gezi : &#171; &lt;i&gt;Ne laissons pas cette place &#224; une poign&#233;e de vandales&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Un portrait d'Erdogan est suspendu &#224; la fa&#231;ade du centre culturel, la presse pro-gouvernement commente : &#171; &lt;i&gt;Ceux de Gezi pr&#233;tendaient&lt;/i&gt; &#8220;Taksim est notre forteresse&#8221;&lt;i&gt;, voil&#224; qui va les rendre fous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Avons-nous r&#234;v&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;, doivent se demander les personnes qui ont v&#233;cu la r&#233;volte du parc Gezi. Aujourd'hui, plus rien n'&#233;voque cet &#233;pisode. Le jardin est toujours l&#224;, il est m&#234;me mieux entretenu qu'avant. Le Centre culturel Atat&#252;rk, premier op&#233;ra et plus belle salle de spectacle de Turquie, a &#233;t&#233; d&#233;moli. En face, un th&#233;&#226;tre historique, la &#171; Sc&#232;ne de Taksim &#187;, avait &#233;t&#233; ferm&#233; en 2007 et d&#233;truit en 2008 pour laisser place &#224; un centre commercial. Ainsi il n'y a plus rien de culturel sur Taksim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place &#233;tait devenue turque, il fallait qu'elle soit musulmane. Le pouvoir, s'il a sembl&#233; reculer pour le jardin, a impos&#233; la construction d'une immense mosqu&#233;e. D&#233;sormais, elle domine la place, et, si elle n'est encore qu'&#224; l'&#233;tat de chantier, les haut-parleurs sont d&#233;j&#224; install&#233;s ; l'espace sonore de Taksim, lieu embl&#233;matique de la r&#233;publique &#171; la&#239;que &#187; et de la gauche, est &#233;cras&#233; par de tonitruants appels &#224; la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les flux de circulation sont d&#233;sormais souterrains : la place, qui &#233;tait jadis un enfer de bruit et de gaz d'&#233;chappement, a &#233;t&#233; recouverte d'une dalle de b&#233;ton. Elle est calme, mais sans caract&#232;re. Le monument de la R&#233;publique, ridiculement petit par rapport &#224; la nouvelle mosqu&#233;e toute proche, reste le seul vestige comm&#233;moratif. Tout le reste, tout ce qui s'est pass&#233; ici, a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;, &#233;touff&#233;, recouvert.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Copeaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Pour aller plus loin&lt;/strong&gt; sur Istanbul et Gezi, voir le blog &lt;a href=&#034;http://www.susam-sokak.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Susam-sokak&lt;/a&gt;. Du m&#234;me auteur, lire aussi &#171; Taksim, lieu de rien, lieu &#224; conqu&#233;rir &#187;, &lt;/i&gt;in&lt;i&gt; Magali Boumaza, &lt;/i&gt;Faire m&#233;moire : regards crois&#233;s sur les mobilisations m&#233;morielles (France, Allemagne, Ukraine, Turquie, &#201;gypte)&lt;i&gt;, L'Harmattan, 2018.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Grec &#187; d&#233;signe ici une population de religion orthodoxe et de langue grecque, reliquat de l'ancienne population de Constantinople, prise par les Turcs en 1453. Ces &#171; Grecs &#187; sont citoyens de la r&#233;publique de Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En Turquie : Des pulls sans patron</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Aristide Bostan</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
		<dc:subject>Colloghan</dc:subject>
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		<dc:subject>parc Gezi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mai et juin 2013, un mouvement de contestation parti du parc Gezi&#224; Istanbul secouait l'ensemble de la soci&#233;t&#233; turque. Au m&#234;me moment, dans le quartier de Bomonti, une filature &#233;tait occup&#233;e par les ouvriers. Pr&#232;s de deux ans plus tard, &#214;zg&#252;r Kazova (&#171; Kazova la libre &#187;) peut commencer &#224; envisager sereinement son avenir de coop&#233;rative autog&#233;r&#233;e. Ezgi Bak&#231;ay, militante stambouliote, a bien voulu raconter &#224; CQFD la belle histoire d'un des plus forts h&#233;ritages de Gezi. CQFD : En f&#233;vrier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no130-mars-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;130 (mars 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parc-Gezi" rel="tag"&gt;parc Gezi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mai et juin 2013, un mouvement de contestation parti du &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-Turquie-une-revolte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;parc Gezi&lt;/a&gt;&#224; Istanbul secouait l'ensemble de la soci&#233;t&#233; turque. Au m&#234;me moment, dans le quartier de Bomonti, une filature &#233;tait occup&#233;e par les ouvriers. Pr&#232;s de deux ans plus tard, &lt;a href=&#034;http://ozgurkazova.org/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#214;zg&#252;r Kazova&lt;/a&gt; (&#171; Kazova la libre &#187;) peut commencer &#224; envisager sereinement son avenir de coop&#233;rative autog&#233;r&#233;e. Ezgi Bak&#231;ay, militante stambouliote, a bien voulu raconter &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; la belle histoire d'un des plus forts h&#233;ritages de Gezi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH575/p14-pullsanspatron-colloghan-dd95f.png?1782646795' width='400' height='575' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Colloghan.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : En f&#233;vrier 2013, le patron de la filature se faisait la malle en laissant derri&#232;re lui quatre mois de salaires impay&#233;s. Peux-tu nous raconter ce qu'il s'est pass&#233; depuis ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ezgi Bak&#231;ay : &lt;/strong&gt; En apprenant que le patron &#233;tait parti, les ouvriers se sont pr&#233;cipit&#233;s &#224; l'usine &#224; l'improviste pour r&#233;cup&#233;rer leur argent, mais c'&#233;tait trop tard. Ce qu'ils y ont trouv&#233;, en revanche&#8200;&#8211;&#8200;une cha&#238;ne de production &#224; l'arr&#234;t, des pulls pas termin&#233;s&#8200;&#8211;&#8200;leur a donn&#233; l'id&#233;e de reprendre la production et de vendre les v&#234;tements eux-m&#234;mes, avec pour objectif imm&#233;diat la compensation des salaires perdus. Kazova &#233;tait donc d'abord une usine occup&#233;e ; apr&#232;s plus d'un an et demi de lutte et de r&#233;organisation, l'usine est devenue une coop&#233;rative en novembre 2014. La derni&#232;re bonne nouvelle, c'est l'acquisition des machines par les ouvriers, d&#233;but f&#233;vrier. L'objectif, maintenant, c'est de r&#233;ussir &#224; survivre sans patron tout en &#233;tant cr&#233;atif et libre dans la production, de travailler pour &#171; gagner du temps libre &#187; et de tisser des liens avec d'autres structures en lutte, que ce soit ici ou ailleurs dans le monde&#8200;&#8211;&#8200;nous nous consid&#233;rons comme un petit &#233;l&#233;ment d'un mouvement d'&#233;mancipation global des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les liens avec le mouvement de Gezi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le combat de l'usine a commenc&#233; avant, &#214;zg&#252;r Kazova est un des plus importants h&#233;ritages de la r&#233;sistance du parc Gezi de Taksim. La lutte s'est trouv&#233;e renforc&#233;e par le soutien des mobilisations de Gezi, notamment &#224; travers les &#171; forums de quartier &#187; qui ont continu&#233; un certain temps, m&#234;me apr&#232;s l'arr&#234;t du mouvement &#224; Taksim. La tente de r&#233;sistance des ouvriers de Kazova a servi de clinique pour les manifestants attaqu&#233;s par la police. Et puis il reste l'exp&#233;rience collective d'un espace-temps r&#233;volutionnaire pendant les semaines d'occupation du parc Gezi : le Kazova d'aujourd'hui refl&#232;te naturellement les valeurs et les int&#233;r&#234;ts de Gezi, autour par exemple de la cr&#233;ation de nouveaux biens communs ou de nouveaux types de relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et toi, comment tu te situes par rapport au projet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, mon travail est plut&#244;t du c&#244;t&#233; du d&#233;veloppement du r&#233;seau, que ce soit pour la vente ou plus largement : on est en relation avec d'autres coop&#233;ratives et d'autres mouvements sociaux&#8200;&#8211;&#8200;la fabrique autog&#233;r&#233;e de produits d'entretiens VioMe en Gr&#232;ce, par exemple. Je travaille beaucoup sur la &#171; communication &#187;&#8200;&#8211;&#8200;r&#233;pondre aux messages, animer les r&#233;seaux sociaux, etc. Au total, nous sommes onze &#224; Kazova : quatre ouvriers sont l&#224; depuis le premier jour, une autre a rejoint le groupe depuis trois mois, et il y a six &#171; militants &#187; impliqu&#233;s quasiment &#224; temps plein. Pour le moment, seuls les ouvriers sont pay&#233;s mais si tout va bien, d&#232;s l'an prochain, nous arriverons &#224; tous nous r&#233;mun&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, que va-t-il se passer dans un avenir proche ? Les perspectives sont-elles positives ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile &#224; dire, on est un peu au jour le jour. &#214;zg&#252;r Kazova est une &#233;cole de la soci&#233;t&#233; &#233;galitaire et non hi&#233;rarchique : chaque jour est important, chaque d&#233;cision est critique. Nous essayons d'&#234;tre un exemple de victoire dans l'histoire du mouvement ouvrier international. Concr&#232;tement, pour cet &#233;t&#233;, nous allons produire des T-shirts et des sweat-shirts : les illustrations s&#233;rigraphi&#233;es sur les T-shirts seront dessin&#233;es par cinq artistes turcs &#224; l'occasion d'un workshop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;conomiquement, comment &#231;a se passe ? Faut-il recr&#233;er des r&#233;seaux de vente depuis z&#233;ro ? Sur quoi vous appuyez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la coop&#233;rative s'inscrit dans un mod&#232;le de coop&#233;ration &#233;conomique &#233;galitaire, &#224; l'image des principes de &lt;a href=&#034;http://ica.coop/en/whats-co-op/co-operative-identity-values-principles&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'alliance internationale des coop&#233;ratives&lt;/a&gt;. C&#244;t&#233; r&#233;sultats, pour le moment, le bilan est plut&#244;t positif ! Les ventes d&#233;collent bien, sur Internet surtout. On a cinq points de vente &#224; Istanbul et un &#224; Ankara. L'objectif est de les multiplier, autant en Turquie qu'&#224; l'&#233;tranger : nous avons des contacts en Gr&#232;ce et en Catalogne, par exemple. Une campagne de vente est en cours aux &#201;tats-Unis, une tourn&#233;e des grandes villes vient de se terminer en Italie&#8230; On ne ch&#244;me pas ! Et plus globalement, l'objectif est quand m&#234;me de sortir d'une &#233;conomie uniquement de solidarit&#233; : l'enjeu est maintenant de d&#233;velopper des strat&#233;gies de p&#233;rennisation de l'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au moment m&#234;me de cet entretien, le 21 f&#233;vrier, Selaatin Demirtas, pr&#233;sident kurde du parti pour la paix et la d&#233;mocratie (HDP) &#233;tait &#224; Kazova. Quant &#224; Ezgi, elle s'est empress&#233;e de retourner discuter avec les futurs relais romains de Kazova. Elle &#233;tait d'ailleurs pr&#233;sente &#224; Marseille, &#224; l'&#201;quitable Caf&#233; les 24 et 25 mars, pour raconter Kazova. Chapeau bas, les tricoteurs !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Carsi est contre tout, m&#234;me contre lui-m&#234;me ! &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Carsi-est-contre-tout-meme-contre</link>
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		<dc:date>2014-09-06T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Banderoles humoristiques dans les stades, barricades place Taksim ou solidarit&#233; avec les luttes populaires et &#233;cologiques&#8230; Les Carsi, groupe de supporters d'Istanbul, sont r&#233;put&#233;s pour leur esprit contestataire. Reportage sur ce ph&#233;nom&#232;ne social et footballistique dans le quartier de Besiktas. C'est une image devenue symbole des protestations qui ont secou&#233; la place Taksim l'an dernier. En pleine manifestation, un bulldozer s'&#233;lance fi&#232;rement vers les policiers m&#233;dus&#233;s. Aux manettes de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no123-juin-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;123 (juin 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/supporters" rel="tag"&gt;supporters&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Banderoles humoristiques dans les stades, barricades place Taksim ou solidarit&#233; avec les luttes populaires et &#233;cologiques&#8230; Les Carsi, groupe de supporters d'Istanbul, sont r&#233;put&#233;s pour leur esprit contestataire. Reportage sur ce ph&#233;nom&#232;ne social et footballistique dans le quartier de Besiktas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est une image devenue symbole des protestations qui ont secou&#233; la &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-Turquie-une-revolte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;place Taksim&lt;/a&gt; l'an dernier. En pleine manifestation, un bulldozer s'&#233;lance fi&#232;rement vers les policiers m&#233;dus&#233;s. Aux manettes de l'engin d&#233;tourn&#233;, des Carsi, reconnaissables &#224; leurs &#233;charpes ou maillots &#224; bandes noires et blanches, retoqu&#233;s d'un A d'anarchie rouge vif.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/foot-carsi-4-8c300.jpg?1782655106' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photos : Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fers de lance de l'occupation du parc Gezi, les Carsi, supporters du club de foot de Besiktas issu du quartier &#233;ponyme, ont rejoint les jeunes protestataires dans le mouvement initi&#233; en mai 2013 contre le Premier ministre islamo-conservateur Erdogan. &#171; &lt;i&gt;En Turquie, les clubs de supporters de foot sont les rares groupes sociaux qui savent affronter la police&lt;/i&gt;, analyse Tan Morg&#252;l, animateur d'une &#233;mission sur le football alternatif pour une radio stambouliote. &lt;i&gt;Durant Gezi, les Carsi sont venus organiser la d&#233;fense de l'occupation du parc. Ils ont &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne face aux forces de l'ordre et une vingtaine d'entre eux ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s en juin dernier. Deux proc&#232;s, dont un o&#249; les Carsi sont accus&#233;s d'&#234;tre un gang criminel, sont actuellement en cours.&lt;/i&gt; &#187; Le soutien des Carsi &#224; la protestation de Gezi a attir&#233; les autres groupes de supporters, notamment ceux des clubs du Galatasaray et du Fenerbah&#231;e &#8211; pourtant fr&#232;res ennemis &#8211;, les deux &#233;quipes phares d'Istanbul. Et fr&#232;res ennemis est un faible mot&#8230; &#171; &lt;i&gt;On a cr&#233;&#233; le groupe en 1982, quand on avait &#224; peine 15 ans. On &#233;tait une bande de 7 ou 8 copains. Des gars du Fenerbah&#231;e sont venus dans notre quartier accrocher un drapeau de leur &#233;quipe pour nous provoquer et on leur a fait vite comprendre qu'ils devaient s'arracher&lt;/i&gt;, raconte, l'air roublard, Nizam&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les fondateurs du Carsi rencontr&#233;s ont souhait&#233; rester anonymes en raison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un des fondateurs du Carsi. &lt;i&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque, lors de matchs contre le Fenerbah&#231;e, on avait besoin de se d&#233;fendre physiquement face &#224; leurs supporters qui voulaient nous tabasser et nous emp&#234;cher d'entrer au stade pour soutenir notre &#233;quipe. On s'est alors tout simplement appel&#233;s les Carsi&lt;/i&gt; [march&#233; central, bazar en turc]&lt;i&gt;, parce qu'on venait du bazar de Besiktas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1984 et le milieu des ann&#233;es 90, la violence est de mise entre les trois clubs d'Istanbul, Besiktas, Galatasaray et Fenerbah&#231;e. Les rixes &#224; coups de couteau et les morts sont l&#233;gions, la r&#233;pression de la police est rude. Les rangs de la bande de potes du quartier s'&#233;toffent alors, en vue de l'autod&#233;fense. &#171; &lt;i&gt;On dormait m&#234;me la nuit dans le stade, la veille du match, pour avoir les meilleures places pour notre groupe et &#234;tre le plus visible possible&lt;/i&gt;, ajoute Nizam. &lt;i&gt;On se bastonnait s&#233;v&#232;re toute la nuit avec les supporters des autres &#233;quipes.&lt;/i&gt; &#187; Mais les Carsi acqui&#232;rent surtout leur r&#233;putation pour leur fervent soutien &#224; l'&#233;quipe au maillot &#224; bandes noires et blanches et pour leurs banderoles d&#233;ploy&#233;es dans les stades. Arguant d'un jeu de mot entre Carsi et &lt;i&gt;karsi&lt;/i&gt; (&#171; contre &#187; en turc), leur message se veut tant&#244;t antifasciste, &#233;cologiste ou antisexiste. &#171; &lt;i&gt;Carsi contre le nucl&#233;aire&lt;/i&gt; &#187; quand le gouvernement turc d&#233;cide de doter le pays de centrales, ou encore &#171; &lt;i&gt;Carsi contre la construction du barrage d'Hasankeyf&lt;/i&gt; &#187;, un projet de m&#233;gabarrage en Anatolie. &#171; &lt;i&gt;Le A d'anarchie, c'est parce qu'il y a quelques anars parmi les Carsi, mais surtout parce qu'on est contre tout, m&#234;me contre nous-m&#234;me !&lt;/i&gt; &#187;, ironise Fahir, membre du Carsi depuis 1992 et rugueux colosse qu'on n'aimerait ne pas croiser lors d'une fin de match.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; de cet esprit contestataire, les Carsi sont aussi connus pour leur humour potache, comme quand, &#224; la mort de Michael Jackson, ils d&#233;ploient au stade une banderole caustique en hommage au &lt;i&gt;king of pop&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Une moiti&#233; de ta vie en noir, l'autre en blanc, repose en paix Michael, en grand fan de Besiktas&lt;/i&gt; &#187;. Quand les scientifiques d&#233;pouillent Pluton, &#224; cause de sa petite taille, de son statut de neuvi&#232;me plan&#232;te du syst&#232;me solaire, ils affichent au stade une banderole clamant que les Carsi soutiennent Pluton, car &#171; &lt;i&gt; ce n'est pas la taille qui compte&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH625/foot-carsi-3-73ef4.jpg?1782666240' width='500' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photos : Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Mais au del&#224; de ces banderoles, Fahir insiste sur le fait que les Carsi participent ainsi &#224; de nombreuses luttes turques : soutien &#224; la gr&#232;ve des ouvriers de Tekel en 2010, actions sociales au sein de leur quartier, envoi de bus pour soutenir les mineurs de la r&#233;cente catastrophe de Soma. &#171; &lt;i&gt; Lors du tremblement de terre de 2011 &#224; Van, des milliers de supporters du Besiktas ont lanc&#233; sur la pelouse leur &#233;charpe et leur maillot en don aux victimes du d&#233;sastre et pour d&#233;noncer l'inaction du gouvernement&lt;/i&gt; &#187;, raconte Cevat, 45 ans et lui aussi &#224; l'origine des Carsi. Le nez fra&#238;chement ab&#238;m&#233;, pin's du Besiktas en boutonni&#232;re, il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Carsi est un mouvement pluriel, h&#233;t&#233;roclite, o&#249; on peut avoir des id&#233;es politiques diff&#233;rentes &#8211; on y trouve m&#234;me des supporters de droite &#8211;, mais qui au final s'exprime d'une seule voix, avec un esprit de solidarit&#233; entre ses membres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne sait combien les Carsi comptent de membres. Aucune carte officielle, un simple maillot et la participation aux matchs, scander chants et slogans suffit pour &#234;tre un Carsi. Pas de r&#233;el dirigeant non plus, juste quelques figures de proue, tel Alen Markaryan, alias &#171; Amigo &#187;, un Turc arm&#233;nien qui fait figure de visage public des Carsi, un v&#233;ritable symbole dans un pays o&#249; la communaut&#233; arm&#233;nienne est &#226;prement marginalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Carsi poss&#232;de un r&#244;le social. Il existe une tradition de gauche dans le quartier de Besiktas, o&#249; il y a beaucoup de pr&#233;caires, de prolos&lt;/i&gt;, insiste Fahir. &lt;i&gt;Participer &#224; Gezi l'ann&#233;e derni&#232;re a &#233;t&#233; comme une &#233;vidence. Carsi a dans un premier temps particip&#233; de fa&#231;on simple et directe au mouvement : se d&#233;fendre face &#224; la police, organiser les barricades et puis, avec nos maillots, on peut &#224; la fois se retrouver et faire masse facilement, se rep&#233;rer les uns les autres, mais aussi dispara&#238;tre dans la foule ais&#233;ment en enlevant notre maillot. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant le mouvement, les Carsi militent aussi au stade en scandant toutes les 34e minutes de match (34 &#233;tant le code postal d'Istanbul) &#171; &lt;i&gt;Taksim partout ! R&#233;sistance partout !&lt;/i&gt; &#187;. De nombreux chants de supporters seront aussi repris par les manifestants de Gezi et les clubs ennemis d'Istanbul iront jusqu'&#224; clamer &#171; &lt;i&gt; Nous soutenons le club du Galatasaray&lt;/i&gt; [ou du Fenerbah&#231;e], &lt;i&gt;mais les Carsi sont nos leaders ! &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nizam plaisante : &#171; &lt;i&gt;On a bien d&#233;fendu la plan&#232;te Pluton, alors on &#233;tait oblig&#233;s de d&#233;fendre la place Taksim, qui est &#224; peine &#224; un quart d'heure de notre quartier ! On a retrouv&#233; dans ce mouvement l'esprit des stades, o&#249; on est tous unis, quelque soit la classe sociale, l'origine. Mais nous avons aussi &#233;t&#233; touch&#233;s par tous ces jeunes qui, pour le premi&#232;re fois, luttaient contre l'autoritarisme du gouvernement. Pour moi, ce sont eux les v&#233;ritables h&#233;ros de Taksim, et non pas les Carsi, comme les m&#233;dias ont tent&#233; de le faire croire pour nous criminaliser. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Carsi bataillent dans la rue, ils luttent aussi dans les stades, quitte &#224; ruer dans les brancards en critiquant s&#233;v&#232;rement les d&#233;rives mercantiles et manag&#233;riales de leur propre club. Affaires de corruption, construction d'un m&#233;gastade flambant neuf, augmentation du prix des places&#8230; Fahir s'insurge : &#171; &lt;i&gt;On assiste &#224; une gentrification des stades &#224; Istanbul, o&#249; on voudrait &#233;vincer les plus pauvres et laisser place aux supporters les plus riches, ceux qui consomment et se comportent sagement durant les matchs.&lt;/i&gt; &#187; Cheval de bataille de nombreux Carsi depuis peu, le boycott des tickets &#233;lectroniques d'acc&#232;s au stade, forfaits exp&#233;riment&#233;s &#224; maintes reprises lors du dernier championnat. Pour chaque place ou forfait achet&#233;, les supporters doivent livrer un ensemble de donn&#233;es personnelles, leur si&#232;ge dans le stade, leur adresse postale, etc. &#171; &lt;i&gt;C'est une fa&#231;on de fliquer les supporters, de retrouver plus facilement les perturbateurs mais aussi de s&#233;curiser et contr&#244;ler les entr&#233;es et sorties des stades&lt;/i&gt; &#187;, explique Fahir. &#171; &lt;i&gt; Sans oublier que la soci&#233;t&#233; qui a mis en place ce syst&#232;me &#233;lectronique de s&#233;curit&#233; des stades est dirig&#233;e par le propre gendre du Premier ministre Erdogan&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Cevat.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH500/foot-carsi-16-6ca79.jpg?1782666240' width='400' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photos : Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dernier pied-de-nez &#224; l'actuel gouvernement et ses tentatives pour discr&#233;diter les supporters, les Carsi ont appel&#233; le 31 mai dernier &#224; manifester pour comm&#233;morer le mouvement de la place Taksim &#224; 19 h 03 &#8211; 1903 &#233;tant la date de cr&#233;ation du club de Besiktas. Malgr&#233; les 25 000 policiers d&#233;ploy&#233;s pour l'occasion, c'est tout un cort&#232;ge, banderole des Carsi en t&#234;te &#8211; et partis et syndicats derri&#232;re &#8211;, qui a d&#233;ambul&#233; dans les rues de Besiktas, au son des applaudissements et des bruits de casseroles. Un certain esprit de la place Taksim se retrouvait ainsi ce soir-l&#224; dans le quartier, et si les jets de lacrymos ont &#233;t&#233; une fois de plus de la partie, ils n'ont en rien calm&#233; l'ardeur anti-Erdogan des groupes de supporters, car comme disent les Carsi : &#171; &lt;i&gt;Les gaz lacrymos de Gezi ? Pour nous, c'&#233;tait comme du parfum ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1146 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH500/foot-carsi-9-e5690.jpg?1782666240' width='400' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photos : Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les fondateurs du Carsi rencontr&#233;s ont souhait&#233; rester anonymes en raison des proc&#233;dures judiciaires engag&#233;es contre eux par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Turquie, une &#171; r&#233;volte sentimentale &#187;</title>
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		<dc:date>2013-09-19T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Par Morgan Fache/Collectif Item</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Reportage &#224; Istanbul Pendant les quinze premiers jours de juin, un large pan de la soci&#233;t&#233; turque s'est oppos&#233;, dans la rue, &#224; la politique et au m&#233;pris du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. CQFD a envoy&#233; un de ses ch&#244;meurs heureux sur le Bosphore prendre le pouls de cette r&#233;volte inattendue, et recueillir les impressions &#224; chaud de manifestants ayant flirt&#233; avec la solidarit&#233; et l'auto-organisation. S'ils n'ont pas chang&#233; le monde, ils en ont modifi&#233; leur vision. Attabl&#233; devant un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no113-juillet-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;113 (juillet 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Par-Morgan-Fache-Collectif-Item" rel="tag"&gt;Par Morgan Fache/Collectif Item&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/troquet-alternatif" rel="tag"&gt;troquet alternatif&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Reportage &#224; Istanbul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les quinze premiers jours de juin, un large pan de la soci&#233;t&#233; turque s'est oppos&#233;, dans la rue, &#224; la politique et au m&#233;pris du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a envoy&#233; un de ses ch&#244;meurs heureux sur le Bosphore prendre le pouls de cette r&#233;volte inattendue, et recueillir les impressions &#224; chaud de manifestants ayant flirt&#233; avec la solidarit&#233; et l'auto-organisation. S'ils n'ont pas chang&#233; le monde, ils en ont modifi&#233; leur vision.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Attabl&#233; devant un th&#233; dans un troquet alternatif du quartier de Beyoglu, &#224; Istanbul, Cem &#8211; prononcez &#171; Djem &#187; &#8211;, turc d'une quarantaine d'ann&#233;es, est cat&#233;gorique : &#171; &lt;i&gt;C'est le moment le plus fort de ma vie ! &lt;/i&gt; &#187; Il s'interrompt un court instant, et conc&#232;de : &#171; &lt;i&gt;Bon, apr&#232;s la naissance de mon fils. Mais quand m&#234;me, pour nous tous, c'est une r&#233;volution mentale, une v&#233;ritable lib&#233;ration !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p06-07-occupy-gezi_istanbul_turquie015-de320.jpg?1782650565' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Morgan Fache/Collectif Item
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours apr&#232;s l'expulsion muscl&#233;e des occupants du parc Gezi et de Taksim &#8211; place centrale du quartier europ&#233;en d'Istanbul &#8211;, il est inutile de s'embarrasser de questions. Cem, comme toutes les personnes rencontr&#233;es ayant particip&#233; &#224; ce grand mouvement populaire qui a secou&#233; la Turquie en juin dernier, parle comme on enfile ici un masque &#224; gaz : tout naturellement. Raconter, d&#233;crire, commenter semblent m&#234;me &#234;tre une obligation, comme s'il fallait &#233;vacuer le trop-plein d'&#233;motions engrang&#233;es pendant ces deux semaines de &#171; luttes magnifiques &#187;. Chacun oscille entre l'euphorie des journ&#233;es et des nuits pass&#233;es &#171; &lt;i&gt;&#233;paule contre &#233;paule, contre le fascisme&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Slogan entendu place Taksim le samedi 22 juin.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, la petite d&#233;pression post-r&#233;volution et la crainte du coup de sonnette policier &#224; 6 heures du mat'. &#171; &lt;i&gt;Je suis en sevrage de lacrymo,&lt;/i&gt; plaisante Sonia&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, une Espagnole vivant &#224; Istanbul depuis 4 ans. &lt;i&gt;C'est un peu comme si j'&#233;tais en descente.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Difficile de pr&#233;dire quelles cons&#233;quences aura cette contestation in&#233;dite au pays de Mustapha Kemal Atat&#252;rk sur les instances gouvernementales. Mais il est certain que ces &#233;v&#233;nements marqueront de fa&#231;on ind&#233;l&#233;bile tous ceux qui ont &#233;t&#233; acteurs d'une r&#233;volte solidaire, spontan&#233;e et h&#233;t&#233;roclite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin mai, un campement est dress&#233; dans le parc Gezi pour protester contre le projet de reconstruction d'une ancienne caserne ottomane devant abriter un centre commercial. Le 31 mai, les forces de l'ordre interviennent violemment pour &#233;vacuer les militants, provoquant une immense vague de solidarit&#233; populaire et transformant le petit rassemblement &#233;colo en un large mouvement de contestation contre le gouvernement islamo-conservateur. Pendant plus de quinze jours, &#224; Istanbul comme dans nombre d'autres villes du pays, la vie est rythm&#233;e par les prises de parole, l'auto-organisation &#8211; repas, soins, biblioth&#232;que, jardin, m&#233;dias ind&#233;pendants &#8211; et de m&#233;chants affrontements avec la police. Deux semaines pendant lesquelles les manifestants ont tenu la drag&#233;e haute au Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Le 15 juin, le campement est finalement d&#233;truit et le rassemblement de la place Taksim expuls&#233; &#224; grand renfort de lacrymos et des d&#233;sormais c&#233;l&#232;bres Toma &#8211; engins blind&#233;s &#233;quip&#233;s de lances &#224; eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 18 juin. Sur la place Taksim restent des stigmates du mouvement : depuis la veille se rassemblent des &#171; hommes debout &#187; qui, immobiles et sto&#239;ques, d&#233;fient le pouvoir et d&#233;noncent les violences perp&#233;tr&#233;es par les forces de l'ordre. Le parc Gezi est ferm&#233;, des cars de police sont gar&#233;s &#231;&#224; et l&#224;, et des hommes en uniforme poireautent &#224; l'ombre le cul sur une chaise, en bouquinant. Mais, lorsqu'on d&#233;boule &#224; Istanbul, on ne trouve pas traces de l'agitation qui a frapp&#233; la ville, et plus sp&#233;cialement ce quartier europ&#233;en : les murs sont d&#233;pourvus de tags, les barricades ont disparu et la foule d&#233;ambule a priori comme d'ordinaire. Cependant, qui conna&#238;t les lieux ressent une ambiance particuli&#232;re, ne serait-ce que par quelques d&#233;tails &#233;chappant &#224; l'&#233;tranger de passage. &#171; &lt;i&gt;Tu vois, les bars, &#224; Beyoglu, ont sorti leurs terrasses, ce qu'ils ne pouvaient plus faire&lt;/i&gt; &#187;, explique une habitu&#233;e de ce quartier de f&#234;tards. Un peu plus loin, on croisera un couple de jeunes d&#233;ambulant une bi&#232;re &#224; la main. La l&#233;gislation sur la consommation d'alcool fait partie des d&#233;cisions gouvernementales qui ont transform&#233; un mouvement de d&#233;fense de quelques arbres en r&#233;volte collective. &#171; &lt;i&gt;On en a assez qu'Erdogan nous dise comment vivre&lt;/i&gt; &#187;, peste un jeune Turc crois&#233; &#224; proximit&#233; du parc Gezi. Vente d'alcool interdite apr&#232;s 22 heures dans les &#233;piceries, politique d'urbanisation agressive&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet qui a &#233;t&#233; finalement annul&#233; par la justice turque le 6 juin dernier.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, interdiction pour les syndicats de manifester sur Taksim le 1er mai, attaques r&#233;p&#233;t&#233;es contre le droit &#224; l'avortement ou la limitation d'acc&#232;s &#224; la pilule du lendemain, injonctions r&#233;p&#233;t&#233;es aux couples turcs de &#171; &lt;i&gt;faire au moins trois enfants&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Il a m&#234;me &#233;t&#233; interdit aux h&#244;tesses de l'air de se vernir les ongles&lt;/i&gt; &#187;, avance Ezgi, jeune professeure aux Beaux-Arts et collaboratrice de la revue &lt;i&gt;Express&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Merci, &#244; merci, &#224; Ulus, d'Express, ainsi qu'&#224; &#201;milie, pour l'accueil, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sont les violences polici&#232;res qui ont &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur de la r&#233;action populaire : des centaines de manifestants ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, et l'on compte pr&#232;s de 7 500 bless&#233;s &#224; travers le pays, ainsi que cinq morts. &#171; &lt;i&gt;Cela a touch&#233; quelque chose de tr&#232;s intime chez les Turcs&lt;/i&gt;, explique Sonia. &lt;i&gt;Et la r&#233;action a &#233;t&#233; visc&#233;rale. Tout le monde se disait : &#8220;J'aurais pu &#234;tre ce mort&#8221;. On a vu les gens convaincus, forts, persuad&#233;s d'&#234;tre capables d'aller jusqu'au bout. Jour apr&#232;s jour, on a hallucin&#233; de voir une telle r&#233;sistance, on ne pensait pas &#231;a possible ici.&lt;/i&gt; &#187; Ezgi fait le m&#234;me constat : &#171; &lt;i&gt;D'un coup, le possible, l'impossible et le r&#233;el ont chang&#233; de place. On ne pensait pas que le peuple pouvait se r&#233;volter ainsi. Il y a un sentiment d'irr&#233;alit&#233;, et on se demande parfois si nous n'avons pas r&#234;v&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mais Cem ne dormait pas quand, &#171; &lt;i&gt;apr&#232;s une nuit de bataille&lt;/i&gt;, [il] &lt;i&gt;a vu les flics reculer. C'&#233;tait une victoire, c'&#233;tait euphorique&lt;/i&gt; &#187;. De fa&#231;on &#233;ph&#233;m&#232;re, mais intens&#233;ment v&#233;cue, tous ont touch&#233; du doigt un autre possible : &#171; &lt;i&gt;Pendant quelques jours&lt;/i&gt;, avance Cem, &lt;i&gt;le parc et le quartier fonctionnaient sans &#201;tat. C'&#233;tait une Commune, et tout &#233;tait nickel ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force de ce mouvement a &#233;t&#233; sa grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, et l'union de diff&#233;rents pans de la soci&#233;t&#233; contre des agressions gouvernementales ressenties comme profond&#233;ment injustes. Dans les manifestations se retrouvaient au coude &#224; coude des k&#233;malistes, des Kurdes, des communistes, des &#233;colos, des f&#233;ministes, des artistes, des mouvements d'extr&#234;me gauche, des musulmans anticapitalistes, des jeunes au mode de vie occidental comme des personnes plus &#226;g&#233;es aux m&#339;urs traditionnelles&#8230; M&#234;me les supporters des trois grands clubs d'Istanbul, Be&#64258;ikta&#64258;, Galatasaray et Fenerbah&#231;e, qui entretiennent au quotidien des relations conflictuelles, &#233;taient de concert sur les barricades pour r&#233;pondre aux forces de l'ordre : organis&#233;s en petits groupes, ils partaient dans les nuages de fum&#233;e, sous les tirs de la police, pour &#233;teindre les lacrymos dans leurs seaux d'eau. De plus, nombre d'individus jusqu'alors peu ou pas engag&#233;s dans la vie politique ont d&#251; faire face &#224; la r&#233;pression : &#171; &lt;i&gt;Je suis apolitique, je n'avais rien contre l'AKP&lt;/i&gt; [Parti de la justice et du d&#233;veloppement d'Erdogan] &lt;i&gt;et n'avais jamais manifest&#233;&lt;/i&gt;, confie une jeune toubib stambouliote &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Mais lorsque j'ai appris que la police attaquait violemment des manifestants, je me suis rendue place Taksim avec d'autres m&#233;decins b&#233;n&#233;voles pour porter les premiers secours aux bless&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Un engagement quotidien qui dura deux semaines, et qui lui laisse penser que &#171; &lt;i&gt;avant, tout le monde vivait dans la crainte, mais tout a chang&#233;. Maintenant, les gens n'ont plus peur&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;, Jean-Fran&#231;ois P&#233;rouse, directeur de l'Institut fran&#231;ais d'&#233;tudes anatoliennes (Ifea), la temp&#232;re quelque peu : &#171; &lt;i&gt;Il y a eu une fusion, une alliance momentan&#233;e en opposition &#224; la r&#233;action violente et autoritaire de l'&#201;tat. Mais il manquait d'une part les principales organisations kurdes, qui n&#233;gocient un processus de paix &#224; l'Est avec Erdogan, et d'autre part les masses sunnites populaires. Certains syndicats ont essay&#233; de raccrocher le mouvement, en mettant en avant leurs probl&#233;matiques &#8211; conditions de travail, salaires &#8211; mais cela n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Effectivement, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale lanc&#233;e le 17 juin par la Conf&#233;d&#233;ration syndicale des ouvriers r&#233;volutionnaires (Disk) et de la Conf&#233;d&#233;ration syndicale des salari&#233;s du secteur public (Kesk) n'a &#233;t&#233; que peu suivie.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p06-07-occupy-gezi_istanbul_turquie029-87dc9.jpg?1782646161' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Morgan Fache/Collectif Item
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais ce b&#233;mol, formul&#233; et regrett&#233; par toutes les personnes rencontr&#233;es, n'entame pas leur optimisme : &#171; &lt;i&gt;C'est la premi&#232;re fois que nous vivons un sentiment de solidarit&#233; aussi intense. Et la joie de se sentir sujet de la vie politique, c'&#233;tait magnifique&lt;/i&gt;, insiste Ezgi. &lt;i&gt;La vie urbaine, dans cette soci&#233;t&#233; capitaliste, &#233;tait anesth&#233;siante. Nous &#233;tions enferm&#233;s dans nos vies, dans nos probl&#232;mes personnels. Nous nous sommes r&#233;veill&#233;s, et avons partag&#233; un v&#233;ritable sentiment d'&#233;mancipation que l'on a trouv&#233; dans la rue, et qu'on ne peut pas obtenir &#224; travers les institutions. On a fait de l'art sans artistes, de l'art pur et total. Quand les gens ont form&#233; de longues cha&#238;nes pour se passer des pav&#233;s de main en main afin d'&#233;riger les barricades, j'en ai pleur&#233;. Et de savoir qu'une foule immense tentait de traverser &#224; pied le Bosphore &#8211; il faut 6 heures de marche ! &#8211; pour venir nous soutenir&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Cem tente une interpr&#233;tation : &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me de la soci&#233;t&#233; turque, c'est la famille. On ne parvenait pas &#224; s'en affranchir, notamment du p&#232;re. C'est ce qui a chang&#233; dans une partie de la population, celle qui a os&#233; s'opposer au p&#232;re-Premier ministre.&lt;/i&gt; &#187; Comme pour lui donner raison, le pr&#233;fet d'Istanbul a fortement conseill&#233; aux parents de venir reprendre en main leurs enfants qui manifestaient dans le centre d'Istanbul. Sans succ&#232;s : des m&#232;res de famille se sont rassembl&#233;es en cort&#232;ge et se sont rendues place Taksim en scandant : &#171; &lt;i&gt;Les mamans sont l&#224;. O&#249; es-tu, toi, Erdogan ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ezgi pousse la comparaison plus loin encore, assimilant les manifestants &#224; des minots enfin d&#233;barrass&#233;s de la domination paternelle. &#171; &lt;i&gt;Il y a eu une rupture dans la vie quotidienne, elle est devenue fantastique&lt;/i&gt;, commente-t-elle. J&lt;i&gt;usqu'alors, les gens jouaient le jeu de l'&#201;tat. Mais dans des rues d&#233;pourvues de toute autorit&#233;, les gens, comme des enfants, ont jou&#233; avec les gaz, les pav&#233;s, des camions, un tractopelle.&lt;/i&gt; &#187; Les manifestants ont effectivement charg&#233; des Toma avec un engin de chantier &#171; emprunt&#233; &#187;. Dans un espace urbain devenu enfin espace public, la vie &#171; &lt;i&gt; fantastique&lt;/i&gt; &#187; s'est affich&#233;e sur les murs et dans les slogans &#224; travers des r&#233;f&#233;rences &#233;loign&#233;es du champ politique. &#171; &lt;i&gt;Le vocabulaire utilis&#233; lors du mouvement provient de la culture populaire&lt;/i&gt;, poursuit Ezgi. &lt;i&gt;Les manifestants s'inspiraient de jeux vid&#233;o ou de films tels que&lt;/i&gt; Transformers &lt;i&gt;ou&lt;/i&gt; Le Seigneur des anneaux.&lt;i&gt; On a pu lire sur les murs : &#8220;C'est d&#233;j&#224; le cinqui&#232;me jour. Il faut regarder &#224; l'Est. Gandalf, o&#249; es-tu ?&#8221; Ou encore : &#8220;Le matin, on bosse, on est Clark Kent. Le soir, on se bat, on est Superman&#8221;. &lt;/i&gt; &#187; Des r&#233;f&#233;rences qui n'ont rien de surprenant puisque 60 % de la population du pays a moins de 35 ans, et que de tr&#232;s nombreux jeunes ont particip&#233; aux actions de rue. De quoi mettre &#224; mal les vieilles assertions selon lesquelles les nouvelles g&#233;n&#233;rations seraient abruties par leurs consoles de jeux. Loin d'&#234;tre annihil&#233;es, elles prouvent qu'elles sont capables de r&#233;agir &#233;nergiquement et instinctivement, hors cadre politique classique, quand l'oppression devient trop pr&#233;gnante. &#171; &lt;i&gt;Ne lancez pas des gaz qui font pleurer, nous sommes d&#233;j&#224; des enfants sentimentaux&lt;/i&gt; &#187;, entendait-on dans les rues d'Istanbul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photos : &#169; Morgan Fache/Collectif Item
11 juin et 12 juin 2013, Sc&#232;nes vues sur la place Taksim et dans le parc Gezi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Slogan entendu place Taksim le samedi 22 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Projet qui a &#233;t&#233; finalement annul&#233; par la justice turque le 6 juin dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Merci, &#244; merci, &#224; Ulus, d'&lt;i&gt;Express&lt;/i&gt;, ainsi qu'&#224; &#201;milie, pour l'accueil, l'h&#233;bergement, les discussions, les contacts&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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