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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fillols : deux bars sinon rien</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne. ** * Un dimanche &#224; la campagne. La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars. Ailleurs, c'est tout le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH567/-1016-c575d.jpg?1782656571' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;**&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dimanche &#224; la campagne.&lt;/strong&gt; La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ailleurs&lt;/strong&gt;, c'est tout le contraire : les villages ont vendu leur &#226;me au tout b&#233;ton pavillonnaire et commercial. Au fur et &#224; mesure qu'ils &#233;tendent leur artificielle superficie, leur coeur se n&#233;crose. Cern&#233;es par les terminaux de cuisson, les boulangeries abdiquent tandis que les derniers bistrots baissent le rideau devant des rues d&#233;sertiques. Sur un bout de parking, d'irr&#233;ductibles soiffards &#233;clusent des 8.6 achet&#233;es au Carrefour Market. Vous avez dit glauque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fillols donc. &lt;/strong&gt;La place du village et son tilleul majestueux. Au bas, terrasse nich&#233;e contre l'&#233;glise, le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;qui fait aussi restau depuis peu. En haut, le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt;et sa fa&#231;ade ocre. Bar du jour en bas, bar du soir en haut. Peau burin&#233;e et poil blanc, Serge entre &#224; &lt;i&gt;L'Union &lt;/i&gt;et commande un whisky glace. 42 ans qu'il vient l&#224;. Il a fait partie de ces n&#233;oruraux venus coloniser l'arri&#232;re-pays. Fillols &#233;tait alors un village de mineurs-paysans. La fermeture des mines dans les ann&#233;es 50 avait donn&#233; un coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; l'exode rural. Le maire avait compris qu'il avait tout int&#233;r&#234;t &#224; int&#233;grer les babos pour que le village survive. Entre chevelus et prolos, tout ne s'est pas fait dans la douceur, mais le ciment a pris et est &#224; l'origine de cette ferveur culturelle qui irrigue encore le village aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Dans ce bistrot, on conna&#238;t tout le monde, c'est familial. Avant, &lt;/i&gt;L'Union, &lt;i&gt;c'&#233;tait le bar de droite et &lt;/i&gt;Le Canigou, &lt;i&gt;le bar de gauche. Les gens ne se m&#233;langeaient pas. Moi, &#224; l'&#233;poque, j'avais les cheveux longs et on m'avait dit : tu vas pas boire en bas. &#187; L'Union &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; repris en Scop par trois filles m&#234;me s'il y a un gars qui est venu donner la main pour remplacer un cong&#233; maternit&#233;. Pas trop dur pour ce m&#226;le minoritaire ? &lt;i&gt;&#171; Son nom c'est Timoth&#233;e, avec un &#8220;e&#8221; &#224; la fin, donc &#231;a va ! &#187;, &lt;/i&gt;l&#226;che S&#233;verine en souriant. Plonge, compta, cuisine, tout le monde tourne sur les t&#226;ches. Les filles insistent sur le fait qu'elles sont salari&#233;es et non pas simples g&#233;rantes. Les d&#233;cisions se prennent de mani&#232;re coll&#233;giale. Derri&#232;re la tireuse, Marie cherche ses mots : &lt;i&gt;&#171; Ce caf&#233; marche car il n'y a pas d'anonymat. On se retrouve entre copains. &lt;/i&gt;L'Union &lt;i&gt;a un r&#244;le social, une fonction d'espace collectif o&#249; la fronti&#232;re publicpriv&#233; n'est pas tr&#232;s claire. C'est une sorte de lieu neutre o&#249; l'on se d&#233;couvre, on se parle. Si un gars a besoin d'un coup de main pour monter sa serre, il vient ici. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'automne ne mettra peut-&#234;tre pas de roux dans les feuillages des ch&#234;nes&lt;/strong&gt; en raison du manque de pluie, mais les cheveux d'Aline en offrent une palette flashy. Cette ancienne prof d'arts plastiques poss&#232;de les murs du &lt;i&gt;bar du Canigou. &#171; &#192; Fillols, c'&#233;tait &#233;vident d'avoir deux bars, &lt;/i&gt;confie Aline. &lt;i&gt;C'est mon grand-p&#232;re qui a cr&#233;&#233; &lt;/i&gt;Le bar du Canigou. &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, tu ouvrais un bar sans besoin d'une licence. &#187; &lt;/i&gt;Son p&#232;re a repris l'affaire par la suite, puis son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle-m&#234;me&lt;/strong&gt; s'est retrouv&#233;e un temps derri&#232;re le comptoir. &lt;i&gt;&#171; Du temps de mon p&#232;re, c'&#233;tait un vrai tripot, on jouait de l'argent. Avec ces mineurs qui venaient de toute l'Europe, fallait voir les loustics ! C'&#233;tait un bar &#224; forte personnalit&#233;. Quand mon fr&#232;re l'a repris en 1977, c'&#233;tait un des rares bistrots o&#249; les n&#233;oruraux &#233;taient bien accueillis. Tous les vendredis et samedis, des hippies venaient des bleds voisins ! Y a eu tout ce ferment qui a fait de ce lieu, un lieu fort, un lieu habit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;Membre du foyer la&#239;que, Hubert pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. Mais c'est gr&#226;ce &#224; la volont&#233; de la famille d'Aline, que le second bar a &#233;t&#233; maintenu. Il marche parce que les frais fixes &#8211; les murs et la licence &#8211; sont quasi inexistants et parce que le caf&#233; fait une partie consid&#233;rable de son chiffre d'affaires avec la f&#234;te. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La notori&#233;t&#233; de la f&#234;te du village&lt;/strong&gt; &#8211; &#233;tal&#233;e sur cinq jours ! &#8211; est une des acm&#233;s du calendrier fillolois qui pr&#233;sente une kyrielle de manifestations culturelles et festives tout au long de l'ann&#233;e. Un planning qui assure une dynamique coh&#233;sion au village mais demande aussi beaucoup. S&#233;verine : &lt;i&gt;&#171; C'est tr&#232;s dur de tenir un bar. Surtout quand tu sers essentiellement des potes. &#192; partir du moment o&#249; tu te mets au service des gens, tu te rends compte de leur personnalit&#233;. Il y a quelque chose qui change. &lt;/i&gt;[Elle r&#233;fl&#233;chit.] &lt;i&gt;Les gens ont soudain des exigences, peut-&#234;tre sous pr&#233;texte qu'ils payent. &#187; &lt;/i&gt;Aline parle aussi des r&#233;flexions et des reproches durs &#224; encaisser. Puis S&#233;verine remarque : &lt;i&gt;&#171; Normalement dans les bleds isol&#233;s, quand une n&#233;nette rentre dans un bar, elle rentre dans un milieu de mecs et se sent largement mal &#224; l'aise. Ici pff&#8230; &#187; &#171; Ici c'est les mecs qui sont mal &#224; l'aise ! &#187;, &lt;/i&gt;blague Hubert les mains dans la vaisselle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Publi-replantage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;ela rel&#232;ve de l'exploit : comment multiplier bourdes, indiscr&#233;tions malvenues et faux pas en faisant un article sur un endroit familier. Dans l'article &#171; Fillols : deux bars sinon rien &#187; (&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 148), le tilleul de la place du village est en fait un acacia et le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;ne fait pas restau &lt;i&gt;&#171; depuis peu &#187; &lt;/i&gt;mais depuis des d&#233;cennies. Plus grave, pour d'obscures raisons mat&#233;rielles, les g&#233;rantes du &lt;i&gt;Caf&#233; del Canig&#243; &lt;/i&gt;(et non le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt; !), Pauline et &#201;milie, n'ont &#233;t&#233; ni rencontr&#233;es, ni cit&#233;es. Nous publions un extrait de leur courrier et leur pr&#233;sentons nos excuses les plus plates, ainsi qu'au vibrionnant peuple de Fillols.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#233;tiez venu nous rencontrer en personne, comme cela avait &#233;t&#233; convenu, vous sauriez que depuis trois ans nous organisons tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des concerts gratuits, proposant des groupes de styles et d'horizons vari&#233;s. Que le caf&#233;, tout au long de l'ann&#233;e, diffuse des matchs, accueille des anniversaires, parfois m&#234;me des soir&#233;es &#8220;ann&#233;es 80&#8221; improvis&#233;es, des ap&#233;ros &#224; la bonne franquette... Tout ce qui fait de cet endroit un lieu de rencontre et d'&#233;change, appr&#233;ci&#233; des gens du village et des environs. Et pas uniquement le bar de nuit, simple passage de relais d'un &#233;tablissement &#224; l'autre, migration froide et anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ici aiment leurs deux bistrots, font valoir et font vivre cette singularit&#233;. Ce sont ces activit&#233;s et cette client&#232;le r&#233;guli&#232;re qui permettent de &lt;i&gt;&#8220;g&#233;n&#233;rer une part cons&#233;quente de notre chiffre d'affaires&#8221;, &lt;/i&gt;si &#224; un instant donn&#233;, il faut r&#233;sumer tout cela &#224; une dimension purement &#233;conomique &#8211; pour r&#233;pondre &#224; la question que vous posez dans le chapeau. Mais le maintien de deux bistrots rel&#232;ve aussi d'un point important, le choix de revenus modestes de la part des tenancier(e)s, &#224; aucun moment &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture du titre, nous nous attendions &#224; autre chose qu'un article vendant la chanson r&#233;currente de &#8220;Fillols, le village d'irr&#233;ductibles aux deux bistrots, un pour les hippies un pour les chasseurs&#8221;. Cet historique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; dans un article paru dans &lt;i&gt;Pyr&#233;n&#233;es Magazine &lt;/i&gt;(n&#176; 164, mars avril 2016). Malgr&#233; l'aspect touristique et non subversif de cette revue, le journaliste, lui, s'est donn&#233; le temps et la peine de rencontrer en personne, les principaux sujets de son papier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pauline et &#201;milie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le troquet de la derni&#232;re chance</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-troquet-de-la-derniere-chance</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Alexis Berg</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; La port&#233;e de vos analyses rel&#232;ve souvent d'un sympathique caf&#233; du commerce, cela dit sans aucun m&#233;pris de ma part vis-&#224;-vis des propos de comptoirs &#187;, nous &#233;crivait r&#233;cemment un aimable lecteur. Avec le dossier du mois, nous pouvons enfin pleinement assumer ce qui suscitait, hier encore, de terribles complexes et justifiait l'indiff&#233;rence ou l'embarras &#224; notre &#233;gard de la part de la presse s&#233;rieuse. Fin d'une civilisation Six mille d&#233;bits de boisson sous licence IV disparaissent chaque (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fin" rel="tag"&gt;fin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cafe" rel="tag"&gt;caf&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bistrot" rel="tag"&gt;Bistrot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bistrots" rel="tag"&gt;bistrots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mauvais" rel="tag"&gt;mauvais&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cafes" rel="tag"&gt;caf&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La port&#233;e de vos analyses rel&#232;ve souvent d'un sympathique caf&#233; du commerce, cela dit sans aucun m&#233;pris de ma part vis-&#224;-vis des propos de comptoirs&lt;/i&gt; &#187;, nous &#233;crivait r&#233;cemment un aimable lecteur. Avec le dossier du mois, nous pouvons enfin pleinement assumer ce qui suscitait, hier encore, de terribles complexes et justifiait l'indiff&#233;rence ou l'embarras &#224; notre &#233;gard de la part de la presse s&#233;rieuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1764 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH216/-78-e65b4.jpg?1784059898' width='500' height='216' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fin d'une civilisation&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Six mille d&#233;bits de boisson sous licence IV disparaissent chaque ann&#233;e en France. La fr&#233;quentation a m&#234;me chut&#233; de 50 % depuis 2006. Vers 1900, &#224; Roubaix, ville ouvri&#232;re par excellence, on trouvait plus de 3 000 estaminets pour 120 000 habitants, contre &#224; peine soixante bars recens&#233;s aujourd'hui pour moins de 100 000 Roubaisiens. 79 % des communes rurales ne poss&#232;dent plus aucun bistrot. Plus au nord, la situation des pubs britanniques n'est pas meilleure : pr&#232;s de trente pubs ferment chaque semaine et on est pass&#233; de 67 800 en 1982 &#224; 50 800 en 2015.
Les causes de la fermeture des caf&#233;s et de la chute de la fr&#233;quentation sont identifiables. D'un c&#244;t&#233;, les usages ont chang&#233; : la tendance au pantouflage devant sa t&#233;l&#233; et l'excitation sur le Net, la multiplication des loisirs, les caf&#233;t&#233;rias int&#233;gr&#233;es &#224; l'entreprise, etc. De l'autre, l'extension de la biopolitique : la lutte draconienne contre l'alcoolisme et le tabac (loi de 2007), la gentrification, la d&#233;sertification rurale, la d&#233;sindustrialisation, les restructurations urbaines, le harc&#232;lement pr&#233;fectoral, etc. Ou plus prosa&#239;quement, la baisse des revenus et l'augmentation du co&#251;t de la vie&#8230; La pratique des bistrots tend &#224; devenir un sport de riches !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant que les &#233;crans ne capturent les esprits, les bistrots &#233;taient le lieu de sociabilit&#233; le plus commun. Depuis les tavernes ch&#232;res &#224; Villon, on s'y retrouve pour conspirer (&#233;tymologiquement &#171; respirer ensemble &#187;) et maudire les figures de l'autorit&#233;, mais aussi pour rel&#226;cher la pression, comme c'est souvent le cas de le dire. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle, &#224; Belleville, &#171; &lt;i&gt;le d&#233;bit de vin a si mauvaise presse&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;que ceux qui le fr&#233;quentent semblent constituer une soci&#233;t&#233; &#224; l'oppos&#233; des valeurs bourgeoises : mauvais maris et mauvais p&#232;res de famille, mauvais soldats et mauvais citoyens, mauvais producteurs mais bons r&#233;volutionnaires.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fabien Th&#233;ofilakis, &#171; &#192; l'ombre du comptoir : d&#233;bitants et d&#233;bits de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; &#192; la maxime de Guizot, &#171; &lt;i&gt;Enrichissez-vous par le travail et l'&#233;pargne&lt;/i&gt; &#187;, les classes dangereuses parisiennes r&#233;torquaient : &#171; &lt;i&gt;Amusons-nous par le bal et le chahut !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; On est loin de la vision mis&#233;rabiliste du roman L'Assommoir, ressentie &#224; l'&#233;poque comme une v&#233;ritable insulte par le prol&#233;tariat du faubourg r&#233;duit &#224; sa soulographie par Zola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la diff&#233;rence du distributeur automatique de boissons, le caf&#233; peut correspondre &#224; une affiliation territoriale, affinitaire, voire politique. Peu avant la Commune, &lt;i&gt;Le Caf&#233; de la Renaissance&lt;/i&gt;, boulevard Saint-Michel, fut un temps le rendez-vous des blanquistes et, &#224; deux pas, &#224; &lt;i&gt;La Salamandre&lt;/i&gt;, on croisait Jules Vall&#232;s et Vermorel. Le soir, toutes les tendances r&#233;volutionnaires se frottaient &#224; la brasserie &lt;i&gt;Glaser&lt;/i&gt;. Le r&#244;le des estaminets durant la Commune a d'ailleurs incit&#233; la bourgeoisie &#224; renforcer les mesures contre l'alcoolisme et pour le contr&#244;le des d&#233;bits de boisson. C'est aussi souvent au bistrot que les ouvriers s'organisent &#224; la fin du XIXe si&#232;cle. Dans le Nord, de nombreux ouvriers renvoy&#233;s de l'usine ou de la mine pour agitation se firent cabaretiers et accueillaient des groupes syndicaux, anticl&#233;ricaux ou socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait d'autre part la place sociale que prend la brasserie ou le caf&#233; pour la boh&#232;me artistique et les avant-gardes. Toutes ces exp&#233;riences collectives auraient-elles &#233;t&#233; possibles sans le caf&#233; ? Dans les ann&#233;es 1920, &lt;i&gt;Le Cyrano&lt;/i&gt;, du c&#244;t&#233; de la place Blanche, fr&#233;quent&#233; par les filles et leurs souteneurs, les trafiquants de coco, les gens de th&#233;&#226;tre et toute la faune de Montmartre, a servi de premier QG aux surr&#233;alistes, qui pr&#233;f&#233;raient alors le m&#233;lange interlope &#224; l'endogamie socio-culturelle des brasseries de la Rive gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Quartier latin a connu aussi de belles heures nocturnes jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1960. Au fond du boui-boui &lt;i&gt;Chez Moineau&lt;/i&gt; &#224; Mabillon, la clique lettriste s'assommait jusqu'&#224; tard dans la nuit en imaginant disperser les &#339;uvres des mus&#233;es dans les bars. Et c'est depuis les caf&#233;s arabes de la rue Xavier-Privat jusqu'aux rades de mariniers du canal d'Aubervilliers que les situationnistes exp&#233;rimentaient l'art de la d&#233;rive psychog&#233;ographique. Un ami bouquiniste &#233;voquait encore la fin des ann&#233;es 1970, &#233;poque d'&#171; argent facile &#187;, quand les voyous politis&#233;s et les radicaux flambaient au bar &lt;i&gt;L'Aveyronnaise&lt;/i&gt; dans le quartier des Halles, tenu par une ancienne prostitu&#233;e, lui prodiguant ainsi les capitaux n&#233;cessaires pour une retraite confortable.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1762 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-76.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/-76-7b7ad.jpg?1784059898' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Alexis Berg, Paris, 2016
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;tro boulot bistrot&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Le bistrot est &#224; la fois espace de libert&#233;, poste d'observation sur le monde et th&#233;&#226;tre du pauvre, une respiration entre la contrainte du boulot et l'ennui domestique. &#171; &lt;i&gt;On s'y confie ses petits et grands soucis, que les copains auront vite fait de placer au diapason le plus juste&lt;/i&gt;, &#233;crit Jacques Yonnet. &lt;i&gt;On s'y raconte des choses &#8220;h&#233;naurmes&#8221;. En trois coups de cuiller &#224; pot, on y r&#233;sout des tas de probl&#232;mes, m&#234;me et surtout scabreux, sur lesquels se penchent &#8211; vainement &#8211; de malheureux bougres de savants souffrant de macroc&#233;phalite, de sociologues retranch&#233;s (volontairement) de l'immense confr&#233;rie des &#8220;gens de tous les jours&#8221;, de politicards de toutes ob&#233;diences, bard&#233;s de m&#233;pris &#224; l'&#233;gard de la tr&#232;s impertinente &#8220;pl&#232;be bistroti&#232;re&#8221;, sauf pendant le temps consacr&#233; &#224; solliciter leur mandat. En un mot : au comptoir, on FRATERNISE. Plus de hi&#233;rarchies, de classes sociales, de &#8220;complexes&#8221;, pas d'&#233;pate, pas d'esbrouffe : on est ce que l'on est, sans plus, mais on l'est pleinement&#8230;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Yonnet, Troquets de Paris, L'&#233;chapp&#233;e, 2016.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'ivresse joue le r&#244;le d'un puissant d&#233;sinhibiteur, on ne peut pour autant r&#233;duire le bistrot &#224; un simple espace d'ivrognerie. D'ailleurs, les boissons alcoolis&#233;es repr&#233;sentent moins du quart des boissons consomm&#233;es et le caf&#233; reste le roi ind&#233;tr&#244;nable du caf&#233;. Les multiples usages du bistrot rythment tout simplement le quotidien : le petit bruit de l'&#339;uf dur cass&#233; sur un comptoir d'&#233;tain, la lecture de la &lt;i&gt;Pravda&lt;/i&gt; locale quotidienne, les jeux (belote, dominos, jadis le flipper, le billard, le 421, les boules, le PMU, etc.), le rendez-vous du march&#233;, la r&#233;union politique, le match, le rencard amoureux, l'entretien d'embauche, l'ap&#233;ro de d&#233;bauche, les nouvelles du quartier, l'apr&#232;s-spectacle, le petit concert, le pot des anciens, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Serions-nous en train d'id&#233;aliser la centralit&#233; sociale du troquet qu'il a perdue vraisemblablement, et de le mythifier dans la nostalgie ? Bien &#233;videmment, tous les troquets ne m&#233;ritent pas d'&#233;loge, loin de l&#224;. On peut parfois y entendre les pires propos racistes ou sexistes. Ces bars-l&#224; sont &#233;videmment &#224; fuir (de pr&#233;f&#233;rence sans payer). Les troquets ne sont pas toujours des havres d'humanit&#233; et de solidarit&#233;, ils peuvent &#234;tre des lieux d'exploitation et de cupidit&#233;. Ce sont aussi des lieux d'&#233;chouage d'existences en panne s&#232;che, que des litres de bibine ne remettront pas &#224; flot. Bien souvent encore aujourd'hui, c'est une atmosph&#232;re masculine qui pr&#233;vaut. Signe de la rel&#233;gation sociale des femmes &#8211; &#224; l'exception du statut particulier de tauli&#232;re &#8211;, longtemps, le bistrot ne fut pas un lieu convenable pour elles, par crainte de passer pour des &#171; filles de mauvaise vie &#187; ou d'&#234;tre per&#231;ues comme des proies. Apr&#232;s 1968, les bistrots se sont largement ouverts aux jeunes et &#224; la mixit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est d&#233;plorable dans le temps pr&#233;sent, c'est l'avanc&#233;e du d&#233;sert et la perte des pratiques populaires. Face &#224; la prolif&#233;ration des lieux de non-vie labellis&#233;s et standardis&#233;s, un certain pessimisme nous incline &#224; penser que la perte du brassage social et du bavardage universel, li&#233;s aux bistrots, risque de rendre cette soci&#233;t&#233; encore plus invivable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisque nous avons choisi de traiter du bistrot aussi sous un angle litt&#233;raire, affirmons d&#233;sormais qu'un rade qui ferme, c'est une biblioth&#232;que qui br&#251;le ! C'est bien ce sentiment qu'exprime un camarade Tr&#233;gorois, dans chaque bar o&#249; il observe le rayonnage des alcools : &#171; &lt;i&gt;Je vois que vous avez une bien belle biblioth&#232;que.&lt;/i&gt; &#187; Puis, portant son regard sur les sirops : &#171; &lt;i&gt;Il y a m&#234;me de la litt&#233;rature enfantine !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fabien Th&#233;ofilakis, &#171; &#192; l'ombre du comptoir : d&#233;bitants et d&#233;bits de boissons &#224; Belleville (1860-1914) &#187;, &lt;i&gt;Revue d'histoire du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, n&#176;26/27, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jacques Yonnet, &lt;i&gt;Troquets de Paris&lt;/i&gt;, L'&#233;chapp&#233;e, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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