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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Fillols : deux bars sinon rien</title>
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		<dc:date>2019-01-23T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne. ** * Un dimanche &#224; la campagne. La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars. Ailleurs, c'est tout le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un petit village pyr&#233;n&#233;en qui r&#233;ussit &#224; conserver ses deux bars. H&#233;r&#233;sie &#233;conomique ? Enqu&#234;te dans les bas-fonds de la moyenne montagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH567/-1016-c575d.jpg?1779606181' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;**&lt;/div&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un dimanche &#224; la campagne.&lt;/strong&gt; La route qui serpente depuis Prades, sous-pr&#233;fecture des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, allonge ses lacets entre les bourrelets bois&#233;s du massif du Canigou. Un panneau annonce le village de Fillols. On est venu ici pour percer le myst&#232;re : comment un bled de 170 &#226;mes a pu maintenir vivants ses deux bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ailleurs&lt;/strong&gt;, c'est tout le contraire : les villages ont vendu leur &#226;me au tout b&#233;ton pavillonnaire et commercial. Au fur et &#224; mesure qu'ils &#233;tendent leur artificielle superficie, leur coeur se n&#233;crose. Cern&#233;es par les terminaux de cuisson, les boulangeries abdiquent tandis que les derniers bistrots baissent le rideau devant des rues d&#233;sertiques. Sur un bout de parking, d'irr&#233;ductibles soiffards &#233;clusent des 8.6 achet&#233;es au Carrefour Market. Vous avez dit glauque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fillols donc. &lt;/strong&gt;La place du village et son tilleul majestueux. Au bas, terrasse nich&#233;e contre l'&#233;glise, le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;qui fait aussi restau depuis peu. En haut, le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt;et sa fa&#231;ade ocre. Bar du jour en bas, bar du soir en haut. Peau burin&#233;e et poil blanc, Serge entre &#224; &lt;i&gt;L'Union &lt;/i&gt;et commande un whisky glace. 42 ans qu'il vient l&#224;. Il a fait partie de ces n&#233;oruraux venus coloniser l'arri&#232;re-pays. Fillols &#233;tait alors un village de mineurs-paysans. La fermeture des mines dans les ann&#233;es 50 avait donn&#233; un coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; l'exode rural. Le maire avait compris qu'il avait tout int&#233;r&#234;t &#224; int&#233;grer les babos pour que le village survive. Entre chevelus et prolos, tout ne s'est pas fait dans la douceur, mais le ciment a pris et est &#224; l'origine de cette ferveur culturelle qui irrigue encore le village aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Serge :&lt;/strong&gt; &lt;i&gt;&#171; Dans ce bistrot, on conna&#238;t tout le monde, c'est familial. Avant, &lt;/i&gt;L'Union, &lt;i&gt;c'&#233;tait le bar de droite et &lt;/i&gt;Le Canigou, &lt;i&gt;le bar de gauche. Les gens ne se m&#233;langeaient pas. Moi, &#224; l'&#233;poque, j'avais les cheveux longs et on m'avait dit : tu vas pas boire en bas. &#187; L'Union &lt;/i&gt;a &#233;t&#233; repris en Scop par trois filles m&#234;me s'il y a un gars qui est venu donner la main pour remplacer un cong&#233; maternit&#233;. Pas trop dur pour ce m&#226;le minoritaire ? &lt;i&gt;&#171; Son nom c'est Timoth&#233;e, avec un &#8220;e&#8221; &#224; la fin, donc &#231;a va ! &#187;, &lt;/i&gt;l&#226;che S&#233;verine en souriant. Plonge, compta, cuisine, tout le monde tourne sur les t&#226;ches. Les filles insistent sur le fait qu'elles sont salari&#233;es et non pas simples g&#233;rantes. Les d&#233;cisions se prennent de mani&#232;re coll&#233;giale. Derri&#232;re la tireuse, Marie cherche ses mots : &lt;i&gt;&#171; Ce caf&#233; marche car il n'y a pas d'anonymat. On se retrouve entre copains. &lt;/i&gt;L'Union &lt;i&gt;a un r&#244;le social, une fonction d'espace collectif o&#249; la fronti&#232;re publicpriv&#233; n'est pas tr&#232;s claire. C'est une sorte de lieu neutre o&#249; l'on se d&#233;couvre, on se parle. Si un gars a besoin d'un coup de main pour monter sa serre, il vient ici. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'automne ne mettra peut-&#234;tre pas de roux dans les feuillages des ch&#234;nes&lt;/strong&gt; en raison du manque de pluie, mais les cheveux d'Aline en offrent une palette flashy. Cette ancienne prof d'arts plastiques poss&#232;de les murs du &lt;i&gt;bar du Canigou. &#171; &#192; Fillols, c'&#233;tait &#233;vident d'avoir deux bars, &lt;/i&gt;confie Aline. &lt;i&gt;C'est mon grand-p&#232;re qui a cr&#233;&#233; &lt;/i&gt;Le bar du Canigou. &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, tu ouvrais un bar sans besoin d'une licence. &#187; &lt;/i&gt;Son p&#232;re a repris l'affaire par la suite, puis son fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Elle-m&#234;me&lt;/strong&gt; s'est retrouv&#233;e un temps derri&#232;re le comptoir. &lt;i&gt;&#171; Du temps de mon p&#232;re, c'&#233;tait un vrai tripot, on jouait de l'argent. Avec ces mineurs qui venaient de toute l'Europe, fallait voir les loustics ! C'&#233;tait un bar &#224; forte personnalit&#233;. Quand mon fr&#232;re l'a repris en 1977, c'&#233;tait un des rares bistrots o&#249; les n&#233;oruraux &#233;taient bien accueillis. Tous les vendredis et samedis, des hippies venaient des bleds voisins ! Y a eu tout ce ferment qui a fait de ce lieu, un lieu fort, un lieu habit&#233;. &#187; &lt;/i&gt;Membre du foyer la&#239;que, Hubert pr&#233;cise : &lt;i&gt;&#171; Si la logique &#233;conomique avait pr&#233;valu, il y aurait au maximum un bar dans le village. Mais c'est gr&#226;ce &#224; la volont&#233; de la famille d'Aline, que le second bar a &#233;t&#233; maintenu. Il marche parce que les frais fixes &#8211; les murs et la licence &#8211; sont quasi inexistants et parce que le caf&#233; fait une partie consid&#233;rable de son chiffre d'affaires avec la f&#234;te. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La notori&#233;t&#233; de la f&#234;te du village&lt;/strong&gt; &#8211; &#233;tal&#233;e sur cinq jours ! &#8211; est une des acm&#233;s du calendrier fillolois qui pr&#233;sente une kyrielle de manifestations culturelles et festives tout au long de l'ann&#233;e. Un planning qui assure une dynamique coh&#233;sion au village mais demande aussi beaucoup. S&#233;verine : &lt;i&gt;&#171; C'est tr&#232;s dur de tenir un bar. Surtout quand tu sers essentiellement des potes. &#192; partir du moment o&#249; tu te mets au service des gens, tu te rends compte de leur personnalit&#233;. Il y a quelque chose qui change. &lt;/i&gt;[Elle r&#233;fl&#233;chit.] &lt;i&gt;Les gens ont soudain des exigences, peut-&#234;tre sous pr&#233;texte qu'ils payent. &#187; &lt;/i&gt;Aline parle aussi des r&#233;flexions et des reproches durs &#224; encaisser. Puis S&#233;verine remarque : &lt;i&gt;&#171; Normalement dans les bleds isol&#233;s, quand une n&#233;nette rentre dans un bar, elle rentre dans un milieu de mecs et se sent largement mal &#224; l'aise. Ici pff&#8230; &#187; &#171; Ici c'est les mecs qui sont mal &#224; l'aise ! &#187;, &lt;/i&gt;blague Hubert les mains dans la vaisselle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Publi-replantage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;C&lt;/petitelettrine&gt;ela rel&#232;ve de l'exploit : comment multiplier bourdes, indiscr&#233;tions malvenues et faux pas en faisant un article sur un endroit familier. Dans l'article &#171; Fillols : deux bars sinon rien &#187; (&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 148), le tilleul de la place du village est en fait un acacia et le &lt;i&gt;Caf&#233; de l'Union &lt;/i&gt;ne fait pas restau &lt;i&gt;&#171; depuis peu &#187; &lt;/i&gt;mais depuis des d&#233;cennies. Plus grave, pour d'obscures raisons mat&#233;rielles, les g&#233;rantes du &lt;i&gt;Caf&#233; del Canig&#243; &lt;/i&gt;(et non le &lt;i&gt;Bar du Canigou &lt;/i&gt; !), Pauline et &#201;milie, n'ont &#233;t&#233; ni rencontr&#233;es, ni cit&#233;es. Nous publions un extrait de leur courrier et leur pr&#233;sentons nos excuses les plus plates, ainsi qu'au vibrionnant peuple de Fillols.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous &#233;tiez venu nous rencontrer en personne, comme cela avait &#233;t&#233; convenu, vous sauriez que depuis trois ans nous organisons tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des concerts gratuits, proposant des groupes de styles et d'horizons vari&#233;s. Que le caf&#233;, tout au long de l'ann&#233;e, diffuse des matchs, accueille des anniversaires, parfois m&#234;me des soir&#233;es &#8220;ann&#233;es 80&#8221; improvis&#233;es, des ap&#233;ros &#224; la bonne franquette... Tout ce qui fait de cet endroit un lieu de rencontre et d'&#233;change, appr&#233;ci&#233; des gens du village et des environs. Et pas uniquement le bar de nuit, simple passage de relais d'un &#233;tablissement &#224; l'autre, migration froide et anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens ici aiment leurs deux bistrots, font valoir et font vivre cette singularit&#233;. Ce sont ces activit&#233;s et cette client&#232;le r&#233;guli&#232;re qui permettent de &lt;i&gt;&#8220;g&#233;n&#233;rer une part cons&#233;quente de notre chiffre d'affaires&#8221;, &lt;/i&gt;si &#224; un instant donn&#233;, il faut r&#233;sumer tout cela &#224; une dimension purement &#233;conomique &#8211; pour r&#233;pondre &#224; la question que vous posez dans le chapeau. Mais le maintien de deux bistrots rel&#232;ve aussi d'un point important, le choix de revenus modestes de la part des tenancier(e)s, &#224; aucun moment &#233;voqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture du titre, nous nous attendions &#224; autre chose qu'un article vendant la chanson r&#233;currente de &#8220;Fillols, le village d'irr&#233;ductibles aux deux bistrots, un pour les hippies un pour les chasseurs&#8221;. Cet historique a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; dans un article paru dans &lt;i&gt;Pyr&#233;n&#233;es Magazine &lt;/i&gt;(n&#176; 164, mars avril 2016). Malgr&#233; l'aspect touristique et non subversif de cette revue, le journaliste, lui, s'est donn&#233; le temps et la peine de rencontrer en personne, les principaux sujets de son papier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pauline et &#201;milie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Coaching &#252;ber alles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Coaching-uber-alles</link>
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		<dc:date>2016-06-20T03:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Sillonnant &#171; les routes de la francophonie &#187;, John Harvey Marwanny &#233;tait en mai dans le village de Fillols (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales). Le temps d'une soir&#233;e, il r&#233;ussit le pari de convertir un peuple r&#233;tif et insoumis aux joies du D&#233;veloppement personnel sans douleur. Ambiance. Dans cinquante ans, lorsque des biographes patent&#233;s se pencheront sur le parcours hors norme de John Harvey Marwanny, ils se casseront la t&#234;te pour comprendre par quel caprice du destin, l'initiateur du D&#233;veloppement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Parce" rel="tag"&gt;Parce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est-parce" rel="tag"&gt;C'est parce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fillols" rel="tag"&gt;Fillols&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marwanny" rel="tag"&gt;Marwanny&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/John-Harvey" rel="tag"&gt;John Harvey&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Harvey-Marwanny" rel="tag"&gt;Harvey Marwanny&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/foyer-laique" rel="tag"&gt;foyer la&#239;que&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/seminaire-8983" rel="tag"&gt;s&#233;minaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sillonnant &#171; les routes de la francophonie &#187;, John Harvey Marwanny &#233;tait en mai dans le village de Fillols (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales). Le temps d'une soir&#233;e, il r&#233;ussit le pari de convertir un peuple r&#233;tif et insoumis aux joies du D&#233;veloppement personnel sans douleur. Ambiance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1707 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH410/-29-5dd88.jpg?1780009234' width='500' height='410' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans cinquante ans, lorsque des biographes patent&#233;s se pencheront sur le parcours hors norme de John Harvey Marwanny, ils se casseront la t&#234;te pour comprendre par quel caprice du destin, l'initiateur du D&#233;veloppement personnel sans douleur est all&#233; offrir, un 21&#8239;mai&#8239;2016, son digne s&#233;minaire &#224; une palanqu&#233;e de ploucs planqu&#233;s dans les contreforts du Canigou. &#192; Fillols pourtant, un signe ne trompe pas : l'&#233;glise, d&#233;finitivement f&#226;ch&#233;e avec le populo, tourne le dos &#224; la place du village, si&#232;ge de toutes les bacchanales et autres joyeuses conspirations. Ici, un peuple de moins de deux cents &#226;mes, &#233;prouve au jour le jour le tissu r&#234;che de sa nerveuse coh&#233;sion. Les murs des humbles b&#226;tisses racontent une histoire : au d&#233;part-village de mineurs-paysans extrayant le fer de la montagne, le lieu a surv&#233;cu &#224; la fermeture des mines et &#224; l'exode rural d'apr&#232;s-guerre, et sa d&#233;mographie a r&#233;ussi &#224; m&#233;taboliser les jeunes pousses n&#233;orurales issues de la flamb&#233;e soixante-huitarde. Alors que le village aurait d&#251; devenir, dans le meilleur des cas, un havre min&#233;ralis&#233; de r&#233;sidences secondaires et de g&#238;tes ruraux, il flamboie d'une vitalit&#233; insolente : on cultive des patates en commun, on multiplie les manifestations brouillant les lignes d'une culture tout &#224; tour locale, populaire et iconoclaste, on s'&#233;puise dans des f&#234;tes interminables, on s'engueule, on s'embrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attabl&#233; &#224; la terrasse du Caf&#233; de l'Union, Marwanny boit un caf&#233;. Puis un demi. Il fait beau, il s'impr&#232;gne du lieu. En face, Hubert&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour des raisons tactiques, le pr&#233;nom a &#233;t&#233; ub&#233;ris&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; s'est charg&#233; de la com' du s&#233;minaire. Canaille, il a maintenu jusqu'au bout l'aura ambigu&#235; du s&#233;minariste moustachu. Il montre une affiche scotch&#233;e sur un portail et se fait l'&#233;cho de la perplexit&#233; des villageois : &#171; &lt;i&gt;C'est quoi cette esp&#232;ce d'Hafez el-Assad sur un timbre-poste ? C'est s&#233;rieux ou quoi ? Parce que &#231;a se passe quand m&#234;me &#224; l'heure de l'ap&#233;ro.&lt;/i&gt; &#187; Hubert fait partie du foyer la&#239;que de Fillols, association n&#233;e dans les ann&#233;es 1950 en pleine pouss&#233;e d'&#233;ducation populaire. Le foyer la&#239;que est une sorte d'organe vital qui irrigue toute la vie culturelle du village. &#171; &lt;i&gt;Foyer la&#239;que &#252;ber alles !&lt;/i&gt; &#187;, germanise-t-on avec malice dans l'enclave catalane. &#192; 18 heures, la salle des f&#234;tes est pr&#234;te. Des draps noirs couvrent les fen&#234;tres pour maintenir une fra&#238;che obscurit&#233; : c'est que le s&#233;minaire de Marwanny ne serait rien sans le support de son p&#233;tillant PowerPoint. Face &#224; un public aux aguets, le roi du coaching jaillit de sa chrysalide : son torse poilu est couvert d'une chemise blanche, le garrot d'une cravate vient soutenir la glotte et une main secourable l'aide &#224; noircir le poivre et sel de ses bacchantes. Marwanny ajuste le postiche brun sur son cr&#226;ne ras&#233; de pr&#232;s. Le voil&#224; pr&#234;t. Un violent riff de guitare l&#233;zarde et fige la salle. Le s&#233;minaire musical commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INSULTER DANS LES R&#200;GLES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes-vous d&#233;j&#224; demand&#233; pourquoi, Madame, vous avez rat&#233; votre vie ? Non ? Ben il serait temps, non ?
&#8211; Pourquoi vous n'avez pas le succ&#232;s escompt&#233; aupr&#232;s du sexe oppos&#233; ?
&#8211; Pourquoi vous ne roulez pas en 4x4 comme le monsieur sur la photo ?
&#8211; Pourquoi vous &#234;tes petit, gros et mal habill&#233; alors que vous pourriez &#234;tre riche, c&#233;l&#232;bre et incroyablement sexy&#8230; comme moi ! Pourquoi ? Vous ne savez pas ? Pourtant la r&#233;ponse est simple : c'est parce que vous n'avez pas b&#233;n&#233;fici&#233; des enseignements de la Marwanny Corporation&lt;/i&gt;&#8239;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://marwanny.biz&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187; &#192; savoir : le D&#233;veloppement personnel sans douleur. Un concept qui permet &#224; tout un chacun d'&#233;vacuer &#171; &lt;i&gt;frustrations&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;pollutions&lt;/i&gt; &#187; pour atteindre pl&#233;nitude int&#233;rieure et r&#233;ussite sociale. Parmi les nombreux outils propos&#233;s par Marwanny, on trouve ses recueils de lettres d'insultes &#224; adresser &#224; son banquier, son conseiller P&#244;le emploi, liste non limitative. Sauf qu'on n'insulte pas n'importe qui n'importe comment. Il y a des r&#232;gles. Marwanny s'approche d'un homme : &#171; &lt;i&gt;Gros p&#233;d&#233; !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Monsieur, pourquoi est-ce que je ne peux pas vous traiter de gros p&#233;d&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; L'insult&#233; h&#233;site tandis qu'autour &#231;a pouffe de rire. &#171; &lt;i&gt;Non j'ai pas le droit, parce que c'est une insulte homophobe.&lt;/i&gt; &#187; &#192; une femme : &#171; &lt;i&gt;Sale pute ? Non, j'ai pas le droit non plus parce que c'est prostituphobe. &#199;a sous-tend que les personnes qui se prostituent sont moins bien que moi et &#231;a, on n'a pas le droit. Vous comprenez ?&lt;/i&gt; &#187; Jamais &#224; cours de carburant, l'homme adresse &#224; un p&#233;kin : &#171; &lt;i&gt;Trou du cul ? &#199;a, j'ai le droit, pas parce que c'est vous, mais parce que je ne d&#233;nigre personne en particulier. Tout le monde en a un.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vulgaire. Outrancier. Provocateur. Soyons honn&#234;tes : Marwanny nous malm&#232;ne. L'impression de revivre ces &#233;pisodes de fin de banquet o&#249; l'alcool aidant, les blagues fusent dans une surench&#232;re galopante. Au mal de c&#244;te et aux crampes des zygomatiques suivent immanquablement des moments de r&#233;flexivit&#233;. De qui ou de quoi rit-on ? Et surtout avec qui ? Si le rire est avant tout affaire de connivence et si on ne rit jamais autant que lorsqu'on &#233;gratigne les tabous, o&#249; situer les bornes dans une France post-Charlie avec des tristes sires de la trempe de Dieudonn&#233; ? Sexisme, p&#233;dophilie, racisme. Marwanny fout les mains dans le cambouis, aligne les path&#233;tiques trombines de S&#233;gu&#233;la, Elkabbach, Sarkozy et de&#8230; sa tante qui a vot&#233; Robert M&#233;nard &#224; B&#233;ziers. Plus tard, la bande annonce du blockbuster Socialiste Holocauste, nous clouera sur nos si&#232;ges. Imaginez un pastiche de Walking Dead avec un Jospin d&#233;figur&#233; en chef zombie pr&#244;nant une premi&#232;re r&#233;publique sociale-lib&#233;rale des tr&#233;pass&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Un monde o&#249; la croissance pourrait enfin &#234;tre &#233;ternelle, puisque tout est d&#233;j&#224; d&#233;truit !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Mon travail&lt;/i&gt;, plaide Marwanny, &lt;i&gt;c'est de d&#233;construire les discours du marketing, de la politique, de la publicit&#233;. Je joue beaucoup avec l'absurde, c'est moins plombant et puis surtout &#231;a me permet d'aller vers des gens qui ne sont pas forc&#233;ment des convaincus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;TYRANNIES NARCISSIQUES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus globalement, les salves marwannesques &#233;pinglent un ph&#233;nom&#232;ne en pleine expansion : le &lt;i&gt;coaching&lt;/i&gt;. Dans un essai vivifiant, les chercheurs Carl Cederstr&#246;m et Andr&#233; Spicer dressent l'anatomie de ce qu'ils appellent &#171; &lt;i&gt;le syndrome du bien-&#234;tre&lt;/i&gt;&#8239;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le syndrome du bien-&#234;tre, Carl Cederstr&#246;m et Andr&#233; Spicer, &#233;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Non contents d'&#234;tre atomis&#233;s par le tsunami n&#233;olib&#233;ral, les individus seraient les proies d'une biomorale faisant du bien-&#234;tre un objectif que tout un chacun est somm&#233; d'atteindre, un &#171; &lt;i&gt;imp&#233;ratif moral&lt;/i&gt; &#187;. Les d&#233;pressifs, les mangeurs de gras, les ch&#244;meurs et autres fumeurs constituent autant de marges parasitaires. Surtout : ils sont responsables de leur propre rel&#233;gation, incapables qu'ils sont &#224; mobiliser leur &#171; &lt;i&gt;potentiel int&#233;rieur&lt;/i&gt; &#187; pour &#171; &lt;i&gt;s'am&#233;liorer&lt;/i&gt; &#187;. Que la qu&#234;te du bonheur ne soit plus affaire d'&#233;mancipation collective, et la voil&#224; sous-trait&#233;e par des arm&#233;es de coaches cens&#233;s piloter des vies &#224; la recherche d'un perfectionnement absurde. 45 000&#8239;coaches fourmillent dans le monde pour un chiffre d'affaires de 2&#8239;milliards d'euros annuels. C'est comment le proverbe d&#233;j&#224; ? Le bonheur ne fait pas l'argent ?
&#171; &lt;i&gt;Surveiller sa vie comme s'il s'agissait d'une v&#233;ritable entreprise correspond &#224; tous points de vue &#224; la mentalit&#233; de &#8220;l'agent id&#233;al du n&#233;olib&#233;ralisme&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sument les chercheurs qui mettent &#224; nu une &#233;poque o&#249; l'exacerbation des narcissismes fait figure de nouvelles tyrannies. Jouant avec les codes de la beaufitude, Marwanny nous invite &#224; d&#233;nouer les fils de ces intimes ali&#233;nations. Ceux qui ne pigeront pas le second degr&#233; s'&#233;clipseront en douce de la salle. &#192; Fillols, ils furent rares. Pass&#233; le spectacle, le public colonisait la terrasse du bar du Canigou o&#249; on peut profiter jusque tard des ultimes rayons de soleil. De quoi ou de qui avions-nous ri ? On n'&#233;tait s&#251;r de rien. &#192; part d'une chose : la bi&#232;re &#233;tait fra&#238;che et le maire &#8211; socialiste &#8211; coinc&#233; dans un public d&#233;sinhib&#233;, en avait pris pour son grade.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour des raisons tactiques, le pr&#233;nom a &#233;t&#233; ub&#233;ris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://marwanny.biz&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://marwanny.biz&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le syndrome du bien-&#234;tre&lt;/i&gt;, Carl Cederstr&#246;m et Andr&#233; Spicer, &#233;ditions L'&#201;chapp&#233;e, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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