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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Vendredi 4 janvier 1985, chez Jimmy</title>
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		<dc:creator>Thierry Pelletier</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Je ne m'assieds pas avec les hommes faux / Je ne vais pas avec les gens dissimul&#233;s / Je hais l'assembl&#233;e de ceux qui font le mal / Je ne m'assieds pas avec les m&#233;chants / Je lave mes mains dans l'innocence. &#187; (Psaume 26) ** &#192; Ronan, &#224; Jimmy. ** * Je ne sais m&#234;me plus qui jouait ce soir-l&#224; chez Jimmy. Jimmy et ses frangins tenaient ce petit troquet de la rue de Bagnolet, dans le 20e, pr&#232;s de la Petite Ceinture. Rascal, Ronan et Mickey y programmaient des groupes chaque semaine, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Je ne m'assieds pas avec les hommes faux / Je ne vais pas avec les gens dissimul&#233;s / Je hais l'assembl&#233;e de ceux qui font le mal / Je ne m'assieds pas avec les m&#233;chants / Je lave mes mains dans l'innocence. &#187; (Psaume 26)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2760 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH567/-1016-c575d.jpg?1779606181' width='400' height='567' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;**&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;&#192; Ronan, &#224; Jimmy.&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;**&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne sais m&#234;me plus&lt;/strong&gt; qui jouait ce soir-l&#224; chez Jimmy. Jimmy et ses frangins tenaient ce petit troquet de la rue de Bagnolet, dans le 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, pr&#232;s de la Petite Ceinture. Rascal, Ronan et Mickey y programmaient des groupes chaque semaine, cette entreprise de salubrit&#233; musicale se nommerait bient&#244;t &lt;i&gt;Les Barrocks&lt;/i&gt;. L'entr&#233;e y &#233;tait &#224; pas cher. On y croisait aussi bien les squatteurs de l'Usine, que des totos, des skins pas toujours tr&#232;s &#224; gauche, des punks, des rockers ou des habitants lambda du quartier. &#201;troit, le bistrot, avec son bar en enfilade tout du long d&#232;s l'entr&#233;e et sa petite sc&#232;ne en palettes tout au fond pr&#232;s des chiottes et de la cabine t&#233;l&#233;phonique. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T'arrivais fauch&#233;, &lt;/strong&gt;tu rentrais quand m&#234;me &#224; force de faire chier et tu ressortais ourd&#233; bien comme il faut. Tu d&#233;barquais &#224; l'aise, &#224; l'&#233;poque avec 100 francs (15 euros) t'&#233;tais le roi du p&#233;trole et tu d&#233;canillais tout aussi ourd&#233;, mais sans un&#8230; Entre l'exigu&#239;t&#233; des lieux, l'affluence et la faune, plut&#244;t fraternelle l'ambiance, c'&#233;tait. Comme c'&#233;tait vraiment tout petit, on allait fr&#233;quemment pisser juste &#224; c&#244;t&#233;, contre les portes des entrep&#244;ts de la Sernam, ou y discuter tout simplement, le grand porche nous gardait &#224; l'abri de la pluie. On s'y battait aussi, y avait l'espace suffisant pour y laver les affronts les plus impardonnables. &#199;a n'allait jamais bien loin, les grands, Sergio, Mickey, Schultz et Denis son frangin, Gros Fran&#231;ois qui officiait &#224; la sono, d&#233;boulaient g&#233;n&#233;ralement assez rapidement pour calmer les vell&#233;it&#233;s belliqueuses et nous faire la le&#231;on : ils nous rappelaient bien gentiment que la survie du lieu &#233;tait pr&#233;caire, que les cond&#233;s nous avaient au jus de mouscaille, qu'il nous fallait donc rester moelleux. Quand la p&#233;dagogie et l'appel au civisme rock'n'rollien ne suffisaient pas, Sergio mettait la beigne aux plus vindicatifs qui se voyaient de surcro&#238;t prestement raccompagn&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de l'avenue des Pyr&#233;n&#233;es. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bugs n'avait que 15 ans, &lt;/strong&gt;mais d&#233;j&#224; pas les deux pieds dans la m&#234;me rangeo. Ce manuel &#224; l'esprit vif n'aimait rien tant qu'&#224; bidouiller des trucs plein de cambouis pas toujours &#224; lui, ainsi qu'&#224; r&#233;cup&#233;rer des objets perdus avant que quelqu'un ne les vole. Il poursuivait une formation de plombier, lui il avait demand&#233; serrurier, mais le juge pour enfants n'avait pas voulu&#8230; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oeil ac&#233;r&#233; itou &lt;/strong&gt;qu'il avait le gar&#231;on. Sur le chemin du concert, dans une petite rue pas bien loin, qu'il m'explique, il a retapiss&#233; un rade &#224; l'abandon apr&#232;s avoir br&#251;l&#233;. &#201;paul&#233;s par le grand Luchien et sa R16, on y d&#233;carre illico. Quelques planches sont cens&#233;es remplacer la lourde, en deux coups de lattes on y est. Au rez-de-chauss&#233;e, c'est noir de suie, bien cram&#233;, alors on descend &#224; la cave, elle est intacte. On en d&#233;cambute avec deux f&#251;ts de bi&#232;res et trois caisses de rhum. De retour chez Jimmy avec notre tr&#233;sor, on nous f&#234;te comme des h&#233;ros, nous on est pas peu fiers, &#231;a nous change de notre habituel statut de petits merdeux fouteurs de merde. Grands seigneurs, nous offrons les f&#251;ts &#224; Jimmy, de toute fa&#231;on on n'a pas l'appareillage &#224; pression&#8230; Bon prince, Jimmy pr&#233;pare en retour des grogs avec le rhum, tout le monde est bient&#244;t archi-bitur&#233;. Dehors il neige, et pas qu'un peu, No&#235;l est pass&#233; depuis peu, n'emp&#234;che qu'on est vachement bien, de vrais pachas ! &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ressort pourtant &lt;/strong&gt;avec Alain Wampas, Bugs et Serdar Daltons se poster de l'autre c&#244;t&#233; de la rue et on attaque &#224; coups de boules de neige la troupe qui braille et s'agglutine devant l'entr&#233;e du bar. On vise particuli&#232;rement le grand Schultz et sa cr&#234;te, en face &#231;a tarde pas &#224; r&#233;pliquer m&#233;chamment, c'est la guerre ! Le Schultz on l'a loup&#233;, mais pas Efflam, le loupiot de Ronan (il a 5 ou 6 ans) qu'&#233;tait pos&#233; sur un capot de bagnole. Il en a ramass&#233; une en pleine bouille, il chiale et hurle au charron. Sa daronne, la belle Lysiane, surgit &#233;chevel&#233;e et, furibarde, se met &#224; tarter tout ce qui passe &#224; sa port&#233;e. &#199;a rigole plus du tout, n'&#233;coutant que leur courage, cuirs clout&#233;s, bombers ou fi&#232;res bananes s'esbignent subito pour &#233;chapper &#224; la fureur maternelle. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a embarqu&#233; le rhum &lt;/strong&gt;qui restait chez Didier Wampas, dans sa tour du 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement o&#249; il nous a confectionn&#233; des cocktails. &#192; partir de l&#224; &#231;a devient flou. On est mont&#233;s sur le toit, au dessus du 25&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#233;tage, Michel Daltons s'est suspendu dans le vide pour nous faire rigoler, on n'a pas tra&#238;n&#233;, la vue &#233;tait choucarde mais il faisait froid. Apr&#232;s, je ne sais plus&#8230; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon pote Faba, &lt;/strong&gt;le futur g&#233;nialissime tatoueur, a bien failli d&#233;visser son billard, ce soir-l&#224;. Lourdement post-bitur&#233; &#224; la fin du concert, il s'est &#233;croul&#233; dans un terrain vague alors qu'il tentait de rallier sa piaule. Kinaken, un skin m&#233;tis qui passait par l&#224;, a but&#233; dedans, il &#233;tait d&#233;j&#224; recouvert de neige. Il l'a transbahut&#233; chez lui, tout bleu. Devant une assiette de nouilles et une Kronenpils r&#233;paratrices, ils se sont aper&#231;us qu'ils avaient fait les paras dans le m&#234;me r&#233;giment, ce fut le d&#233;but d'une ind&#233;fectible amiti&#233; ainsi que d'une intense collaboration intellectuelle. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jimmy, par la suite, &lt;/strong&gt;est devenu avocat, a revendu son bar, puis a cass&#233; sa pipe, para&#238;t-il. Aujourd'hui, chez lui, &#231;a s'appelle le &lt;i&gt;Gambetta, &lt;/i&gt;c'est plus grand, plus confortable, &#231;a joue toujours un peu, mais c'est plus la m&#234;me limonade. &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Sernam, &lt;/strong&gt;c'est devenu &lt;i&gt;La Fl&#232;che d'or, &lt;/i&gt;un faux truc pr&#233;tendument alterno qui a connu son heure de branchitude, une usine &#224; fric qui tourne toujours, merci pour elle. &#199;a me ferait mal d'y jouer ou d'y &#233;couter un groupe, d'y boire un godet ou m&#234;me d'aller y pisser.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thierry &#171; Cochran &#187; Pelletier&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Thierry Pelletier est l'auteur de &lt;i&gt;La Petite Maison dans la zermi &lt;/i&gt;(2007) et &lt;i&gt;Les Rois du rock &lt;/i&gt;(2013) aux &#233;ditions Libertalia.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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