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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La fus&#233;e d&#233;colle, mais la Guyane reste au sol</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Au printemps 2017, un vaste mouvement social oblige le gouvernement Hollande &#224; promettre des investissements publics. Mais ses engagements s'av&#232;rent bien en de&#231;&#224; des besoins de la population. Un an plus tard, les retards de d&#233;veloppement restent ahurissants. *** Dans les bo&#238;tes de nuit de Cayenne, Despacito, le tube de Luis Fonsi, tourne en boucle tel un hymne ironique. &#171; Tout doucement &#187; : ainsi avance la Guyane. On raconte qu'en 1985, m&#234;me Fran&#231;ois Mitterrand s'&#233;tait pos&#233; la question : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Surinam" rel="tag"&gt;Surinam&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2017, un vaste mouvement social oblige le gouvernement Hollande &#224; promettre des investissements publics. Mais ses engagements s'av&#232;rent bien en de&#231;&#224; des besoins de la population. Un an plus tard, les retards de d&#233;veloppement restent ahurissants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2788 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-1043-edd6a.jpg?1779606065' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Guyane, hiver 2018 - Photo Caroline Thirion
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les bo&#238;tes de nuit de Cayenne&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;Despacito&lt;/i&gt;, le tube de Luis Fonsi, tourne en boucle tel un hymne ironique. &#171; Tout doucement &#187; : ainsi avance la Guyane. On raconte qu'en 1985, m&#234;me Fran&#231;ois Mitterrand s'&#233;tait pos&#233; la question : &#171; &lt;i&gt;Comment pouvons-nous lancer des fus&#233;es sur fond de bidonvilles ?&lt;/i&gt; &#187; Trois d&#233;cennies plus tard, Kourou demeure le &#171; port spatial de l'Europe &#187; : une merveille technologique d'o&#249; s'envolent la fus&#233;e Ariane et ses pr&#233;cieux satellites. Mais la Guyane, elle, est rest&#233;e &#224; quai. Les bidonvilles sont toujours l&#224;. Les autorit&#233;s les d&#233;truisent parfois, mais la mis&#232;re doit bien se loger quelque part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce bout fran&#231;ais d'Am&#233;rique du Sud, le taux de ch&#244;mage atteint les 22 %. Le r&#233;seau &#233;lectrique est peu fiable, les liaisons t&#233;l&#233;phoniques al&#233;atoires. Une grande partie du territoire n'est accessible qu'en pirogue. Les services de sant&#233; sont d&#233;bord&#233;s, les &#233;tablissements scolaires aussi. L'&#233;conomie locale n'a pas grand-chose &#224; offrir &#224; la jeunesse, gu&#232;re dipl&#244;m&#233;e : chaque jour, des &#171; mules &#187; prennent l'avion pour Paris charg&#233;es de coca&#239;ne. Et le taux d'homicides est l'un des plus &#233;lev&#233;s de France.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On y a cru &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors, en 2017, les Guyanais ont dit &#171; &lt;i&gt;Nou bon k&#233; sa&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;On en a marre&lt;/i&gt; &#187;, en langue cr&#233;ole. Ras le bol d'&#234;tre trait&#233;s &#171; &lt;i&gt;comme des citoyens de seconde zone&lt;/i&gt; &#187;. Entre le 16 mars et le 21 avril, une col&#232;re g&#233;n&#233;ralis&#233;e s'empare du d&#233;partement. Se font d'abord entendre les revendications des milieux patronaux &#8211; fatigu&#233;s des contraintes r&#233;glementaires, qu'ils jugent inadapt&#233;es, et des retards de paiement des collectivit&#233;s locales, aux finances exsangues. Puis le collectif des 500 Fr&#232;res contre la d&#233;linquance entre dans la danse : las des faits divers sordides, ces hommes cagoul&#233;s veulent plus d'ordre et plus de police. Non sans d&#233;rives x&#233;nophobes : le 17 mars, ils bloquent les consulats du Surinam et d'Ha&#239;ti pour que ces &#201;tats &#171; &lt;i&gt; reprennent leurs d&#233;linquants &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mouvement ne s'arr&#234;te pas l&#224;. D'autres acteurs, aux id&#233;es plus progressistes, donnent de la voix. La contestation fait converger patrons et salari&#233;s, Cr&#233;oles et Am&#233;rindiens, x&#233;nophobes et antiracistes&#8230; Et c'est la gr&#232;ve. Les ronds-points sont bloqu&#233;s par la foule : m&#234;me le centre spatial doit renoncer &#224; un lancement de fus&#233;e. Sur les barrages routiers, on se prend &#224; r&#234;ver, on d&#233;bat, on imagine une autre Guyane. &#192; l'h&#244;pital de Cayenne, c'est pareil : &#171; &lt;i&gt;On y a cru,&lt;/i&gt; se souvient le m&#233;decin Lo&#239;c Epelboin.&lt;i&gt; Il y avait un vrai engouement, on &#233;tait l&#224;, avec les gens des syndicats, des associations, &#224; faire un &#233;tat des lieux id&#233;al de ce dont on aurait besoin en Guyane. Le peuple avait pris le pouvoir&lt;/i&gt; [...]. &lt;i&gt;C'&#233;tait beau. &lt;/i&gt; &#187; Le 28 mars, Cayenne conna&#238;t la plus grande manifestation de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En catastrophe, le gouvernement de Fran&#231;ois Hollande, en toute fin de mandat, adopte un Plan d'urgence pour la Guyane. Chiffr&#233; &#224; 1,086 milliard d'euros sur plusieurs ann&#233;es, il comporte une trentaine de mesures pour la s&#233;curit&#233;, la sant&#233;, l'&#233;ducation, l'&#233;conomie&#8230; Insuffisant pour les contestataires, r&#233;unis dans le collectif Pou Lagwiyann d&#233;kol&#233; (&#171; Pour que la Guyane d&#233;colle &#187;, comme la fus&#233;e), qui demandent deux milliards suppl&#233;mentaires. Cependant, min&#233; par les dissensions internes, le mouvement finit par exploser : il n'obtiendra rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, la visite d'Emmanuel Macron en Guyane fait l'effet d'une douche froide : le nouveau pr&#233;sident prend certes quelques nouveaux engagements, mais il affirme surtout qu'il n'est &#171; &lt;i&gt; pas le p&#232;re No&#235;l&lt;/i&gt; &#187;. Pendant son mandat, on ne construira pas d'h&#244;pital &#224; Maripasoula. Dans cette ville enclav&#233;e du sud-ouest guyanais, inaccessible par voie terrestre, les femmes enceintes sont &#233;vacu&#233;es par avion, un mois avant terme, vers l'h&#244;pital de Cayenne.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'eau potable attendra&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s le mouvement, o&#249; en est-on ? &#192; la pr&#233;fecture de Cayenne, Philippe Loos, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral aux affaires r&#233;gionales, assure que la plupart des mesures promises ont &#233;t&#233; soit r&#233;alis&#233;es, soit engag&#233;es. La ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, parle d'un taux de concr&#233;tisation de 80 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains dossiers ont avanc&#233;, c'est vrai. L'argent vers&#233; &#224; la collectivit&#233; territoriale de Guyane lui a permis d'acquitter moult factures en retard, soulageant un peu le monde &#233;conomique local. L'escadron de gendarmerie promis est arriv&#233;. Sur les 400 000 hectares &#224; r&#233;troc&#233;der aux Am&#233;rindiens, &#171; &lt;i&gt;l'&#201;tat joue le jeu&lt;/i&gt; &#187;, et les discussions avancent, indique le juriste kali'na Alexis Tiouka. Mais la reconnaissance de droits autochtones, via la ratification de la Convention n&#176; 169 de l'Organisation internationale du travail, n'est pas pour demain.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2789 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-1044-68b4c.jpg?1779651762' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Cayenne (Guyane), janvier 2018 - Photo Caroline Thirion
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En v&#233;rit&#233;, les promesses &#233;tatiques &#233;taient largement en dessous des besoins. Dans les deux milliards d'euros suppl&#233;mentaires demand&#233;s par le collectif Pou Lagwyann D&#233;kol&#233;, il y avait des mesures aussi essentielles qu'un programme d'adduction d'eau pour tous&#8230; &#171; &lt;i&gt;Il s'agissait de projets structurants, qui auraient permis d'assurer le d&#233;veloppement du territoire. Sauf que &#231;a, l'&#201;tat l'a balay&#233; d'un revers de main&lt;/i&gt; &#187;, regrette Davy Rimane, l'un des leaders du mouvement. &#192; la pr&#233;fecture, Philippe Loos ne pr&#233;tend pas que le Plan d'urgence &#233;tait suffisant. Il reconna&#238;t que l'&#201;tat a encore bien des efforts &#224; faire avant de rattraper le &#171; &lt;i&gt; retard structurel&lt;/i&gt; &#187; en termes de d&#233;veloppement. Mais il plaide une circonstance att&#233;nuante : &#171; &lt;i&gt;l'accroissement tr&#232;s fort de la population, qui double tous les vingt ans &lt;/i&gt; &#187;, du fait d'une natalit&#233; &#233;lev&#233;e et d'une importante immigration originaire du Br&#233;sil et du Surinam, ou encore d'Ha&#239;ti et du Guyana.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lyc&#233;ens sans lyc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, les services publics restent d&#233;faillants. Le monde de la sant&#233; est toujours en souffrance. &#192; l'h&#244;pital de Cayenne, &#171; &lt;i&gt;le sous-effectif engendre des dysfonctionnements permanents,&lt;/i&gt; t&#233;moigne le m&#233;decin Lo&#239;c Epelboin. &lt;i&gt;Il n'y a pas de service de neurochirurgie, pas de chirurgie vasculaire, pas de cardiologie interventionnelle, pas d'unit&#233; de soins intensifs. Donc on doit faire beaucoup d'&#233;vacuations sanitaires vers les Antilles ou la m&#233;tropole &lt;/i&gt; &#187;. Depuis l'an dernier, les millions effectivement vers&#233;s par l'&#201;tat ont &#224; peine permis d'&#233;ponger les dettes envers les fournisseurs. Les p&#233;nuries de petit mat&#233;riel m&#233;dical perdurent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole ne va pas tellement mieux. L'&#201;tat a d&#233;bloqu&#233; de l'argent pour construire de nouveaux &#233;tablissements, mais cela prendra des ann&#233;es. En attendant, &#171; &lt;i&gt;des &#233;l&#232;ves sortent du coll&#232;ge sans avoir de place au lyc&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce le syndicaliste UTG (Union des travailleurs guyanais) Vincent Touchaleaume. Et l'enseignant d'&#233;voquer une &#171; &lt;i&gt;construction structurelle de l'&#233;chec scolaire&lt;/i&gt; &#187;, avec une &#233;cole encore inadapt&#233;e aux r&#233;alit&#233;s culturelles et linguistiques locales &#8211; malgr&#233; des progr&#232;s r&#233;cents, comme le doublement du nombre d'intervenants en langue maternelle, qui aident les (nombreux) &#233;l&#232;ves non francophones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des investissements permettant aux Guyanais de disposer de services publics dignes de ce nom, tel est l'autre d&#233;fi auquel l'&#201;tat doit r&#233;pondre en Amazonie : savoir s'adapter au contexte. Centralisateur comme il est, peut-il y arriver ? Dans l'absolu, est-ce seulement possible ? Pour Gauthier Horth, l'une des figures de proue de la contestation, la question de l'ind&#233;pendance sera in&#233;luctable &#224; terme : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas administrer un territoire &#224; 7 000 kilom&#232;tres de distance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En Amazonie, des allumettes su&#233;doises&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis quatre si&#232;cles, la Guyane est enferr&#233;e dans une d&#233;pendance &#233;conomique &#224; la M&#233;tropole. Pour en sortir, certains r&#234;vent de montagnes d'or.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas besoin&lt;/strong&gt; d'avoir fait de longues &#233;tudes d'&#233;conomie pour comprendre qu'aujourd'hui, quelque chose cloche gravement en Guyane. Sur les &#233;tals des supermarch&#233;s, presque tout est import&#233; de m&#233;tropole ou d'Europe. Dans un territoire recouvert de for&#234;t, m&#234;me les allumettes viennent de Su&#232;de. Que produit la Guyane ? Pas grand-chose. Les &#233;changes avec les pays voisins, le Br&#233;sil et le Surinam ? Presque inexistants, notamment parce que leurs produits ne r&#233;pondent pas aux normes europ&#233;ennes. Paradoxe : alors qu'elle souffre d'un manque criant d'investissements publics qui l'emp&#234;che de se d&#233;velopper, la Guyane tient le coup gr&#226;ce &#224; l'argent de Paris, via les fonctionnaires et les aides sociales.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Plantations absurdes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les d&#233;buts de la colonisation, la Guyane a connu l'absurdit&#233; &#233;conomique. &#171; &lt;i&gt; Quand les Fran&#231;ais sont arriv&#233;s ici au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ils ont fait la guerre aux Indiens, et ils se sont install&#233;s. Ils ont lanc&#233; une &#233;conomie de plantation : produire des choses ici pour les exporter en m&#233;tropole. Les revenus enrichissaient les ports de France, et ici quelques familles de planteurs blancs,&lt;/i&gt; relate l'historien Denis Lamaison. &lt;i&gt;C'&#233;tait artificiel, puisqu'on ne faisait que les denr&#233;es coloniales, des denr&#233;es d'exportations &#8211; par exemple du sucre, du cacao. On ne cr&#233;ait donc rien pour les gens ici. Et on en est arriv&#233;s &#224; ce que les pauvres, les esclaves, cr&#232;vent de faim. Parce qu'en fait on ne voulait pas leur donner de la nourriture. D'o&#249; des syst&#232;mes compl&#232;tement ridicules, o&#249; les gouverneurs essayaient de faire des lois, des d&#233;crets, pour demander &#224; leurs planteurs de cultiver pour nourrir leurs esclaves puis leurs engag&#233;s. Mais ils ne l'ont pas fait, ils pr&#233;f&#233;raient importer la nourriture. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me a fini par s'&#233;crouler, achev&#233; par l'abolition de l'esclavage en 1848, et une premi&#232;re ru&#233;e vers l'or. Alors, Napol&#233;on III eut une id&#233;e magnifique : on allait d&#233;velopper la Guyane en y envoyant des bagnards. &#201;chec &#233;conomique, d&#233;sastre humain. L'installation du centre spatial, voulue par le g&#233;n&#233;ral de Gaulle dans les ann&#233;es 1960, demeure la seule r&#233;ussite &#233;conomique de la France en Amazonie. Mais ce bijou technologique n'a rien d'endog&#232;ne, et se fait largement sans les Guyanais (qui remarquent au passage que la fus&#233;e b&#233;n&#233;ficie d'importantes exemptions fiscales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2018, le mod&#232;le &#233;conomique autonome n'est toujours pas trouv&#233;. Aujourd'hui encore, &#171; &lt;i&gt;on est le seul territoire qui n'est pas ind&#233;pendant de toute l'Am&#233;rique du Sud,&lt;/i&gt; remarque Denis Lamaison. &lt;i&gt;Ce n'est pas parce qu'en 1946, on a ray&#233; le terme de colonie pour le remplacer par celui de d&#233;partement que &#231;a a chang&#233; quelque chose : on est toujours dans un syst&#232;me h&#233;rit&#233; de la colonisation&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Demain l'autonomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une situation que les autonomistes d&#233;noncent avec force. Pour eux, c'est la mainmise de Paris qui emp&#234;che le territoire de d&#233;coller. &#171; &lt;i&gt;La Guyane est bloqu&#233;e parce que le statut ne convient pas,&lt;/i&gt; d&#233;nonce l'avocate Lucie Louz&#233;-Donzenac.&lt;i&gt; &#192; chaque fois qu'on veut faire quelque chose pour la Guyane, il faut demander &#224; Paris.&lt;/i&gt; &#187; Et l'ancienne b&#226;tonni&#232;re de militer pour un statut permettant d'&#233;tablir des &#171; &lt;i&gt;lois pays&lt;/i&gt; &#187;, comme en Nouvelle-Cal&#233;donie, qui seraient plus adapt&#233;es &#224; la r&#233;alit&#233; et &#224; l'environnement local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Guyane, l'id&#233;e est assez partag&#233;e, mais tout le monde n'en attend pas forc&#233;ment de miracle : &#171; &lt;i&gt; Pour eux, le cadre va tout changer. Moi, je ne crois pas que &#231;a r&#233;soudra tout comme d'un coup de baguette magique &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;plique Isabelle Patient, vice-pr&#233;sidente de la Collectivit&#233; territoriale de Guyane, domin&#233;e par Rodolphe Alexandre &#8211; un ralli&#233; &#224; Emmanuel Macron. Sans &#234;tre n&#233;cessairement oppos&#233;e &#224; une &#233;volution statutaire, cette femme politique rappelle qu'en 2010, les Guyanais avaient rejet&#233; par r&#233;f&#233;rendum une r&#233;forme donnant davantage d'autonomie aux &#233;lus locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit ans plus tard, le verdict des urnes serait-il diff&#233;rent ? Le mouvement du printemps dernier aura-t-il fait bouger les lignes ? &#171; &lt;i&gt; Pour moi, les Guyanais ont pris conscience qu'ils sont un peuple&lt;/i&gt; &#187;, estime Gauthier Horth, exploitant minier tr&#232;s actif dans le mouvement du printemps dernier, et &#171; &lt;i&gt;clairement pour la souverainet&#233; de la Guyane&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'or et le cyanure&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir vers quel d&#233;veloppement pourrait se tourner une Guyane autonome ou ind&#233;pendante. &#171; &lt;i&gt;Nous avons tout ce qu'il faut : l'or, le bois, la p&#234;che &lt;/i&gt; &#187;, expose Lucie Louz&#233;-Donzenac. Un mod&#232;le bas&#233; sur l'extractivisme ? De quoi laisser songeur quand on sait les ravages que l'industrie mini&#232;re a g&#233;n&#233;r&#233;s au Surinam voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autonomie ou pas, la classe politique guyanaise, dans sa majorit&#233;, soutient un m&#233;ga-projet minier industriel : la Montagne d'or. Port&#233;e par un consortium russo-canadien, l'id&#233;e est d'extraire en douze ans plus de 80 tonnes d'or. Ceci &#224; moins de 500 m&#232;tres d'une r&#233;serve biologique int&#233;grale. La fosse ferait 2,5 kilom&#232;tres de long et aurait le volume de 32 Stades de France. D'apr&#232;s ses promoteurs, la mine permettrait de cr&#233;er 750 emplois directs et quelque 3 000 autres induits. Argument choc au vu du taux de ch&#244;mage sur le territoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les nombreux opposants au projet, la Montagne d'or g&#233;n&#233;rerait surtout un risque industriel &#233;norme, par le stockage de tonnes et de tonnes de boues cyanur&#233;es. Elle provoquerait une augmentation de 20 % de la consommation &#233;lectrique guyanaise, et capterait d'importants fonds publics, au titre de l'aide aux entreprises. Un argent qui serait mieux d&#233;pens&#233; &#224; promouvoir le tourisme durable ou l'&#233;conomie de la biodiversit&#233;. Le d&#233;bat fait rage en Guyane. Mais la d&#233;cision finale sera prise &#224; Paris, o&#249; Emmanuel Macron s'est montr&#233; jusqu'ici favorable au projet&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er f&#233;vrier 2019, prenant un peu de distance avec son enthousiasme du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C.R.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Laboratoire de l'anti-droit d'asile&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#212; Vous&lt;/strong&gt;, demandeurs d'asile, avez-vous aim&#233; la loi Collomb ? Du c&#244;t&#233; de Cayenne, vous pourrez en go&#251;ter une version piment&#233;e. Avant, quand vous arriviez sur le territoire fran&#231;ais, vous aviez 120 jours pour vous manifester aupr&#232;s de la pr&#233;fecture &#8211; sous peine de passer en &#171; proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e &#187; et de voir votre cas examin&#233; de mani&#232;re beaucoup plus exp&#233;ditive. Gr&#226;ce &#224; la loi sur l'asile vot&#233;e en avril, vous n'aurez plus que 90 jours&#8230; en m&#233;tropole. En Guyane, ce ne sera que 60 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mieux encore : une fois enregistr&#233; &#224; la pr&#233;fecture, vous aviez 21 jours pour rendre votre dossier &#224; l'Office fran&#231;ais de protection des r&#233;fugi&#233;s et des apatrides (Ofpra). D&#233;sormais, en Guyane, vous n'aurez plus qu'une semaine ! Ce n'est pas tout : avant, vous pouviez envoyer ce dossier par La Poste. Termin&#233; ! D&#233;sormais, dans ce d&#233;partement o&#249; les transports en commun n'existent quasiment pas, il vous faudra l'amener en personne &#224; l'Ofpra. Laquelle administration devra statuer sous&#8230; quinze jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces dispositions sont contenues dans un projet de d&#233;cret r&#233;v&#233;l&#233; par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, qui le qualifie &#224; juste titre de &#171; &lt;i&gt;machine de guerre contre le droit d'asile&lt;/i&gt; &#187;. L'objectif est clair : r&#233;duire la demande d'asile ha&#239;tienne, qui repr&#233;sentait l'an dernier 88,9 % des requ&#234;tes d&#233;pos&#233;es en Guyane. Au niveau national, Ha&#239;ti &#233;tait le troisi&#232;me pays d'origine, avec 4 939 premi&#232;res demandes, pour un taux de r&#233;ponses positives de&#8230; 3,2 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce d&#233;cret exp&#233;rimental, qui devrait entrer en application d'ici quelques mois, faisait ses preuves en Amazonie, il pourrait bien &#234;tre &#233;tendu &#224; l'ensemble du territoire fran&#231;ais, via une future loi Collomb 2.0. On n'arr&#234;te pas le progr&#232;s...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; f&#233;vrier 2019, prenant un peu de distance avec son enthousiasme du pass&#233;, Emmanuel Macron a indiqu&#233; qu'en l'&#233;tat, ce projet n'&#233;tait &#171; &lt;i&gt;pas &#224; la hauteur&lt;/i&gt; &#187;. Mais les opposants, prudents, ne crient pas victoire pour autant. &lt;i&gt;[Note du webmaster.]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autochtones, mais irr&#233;guliers</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Autochtones-mais-irreguliers</link>
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		<dc:date>2014-11-18T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>P&#233;pito Pinas</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>
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		<dc:subject>Surinam</dc:subject>
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		<dc:subject>At&#233;ni voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Gendarmerie nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Vient ensuite</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Guyane, o&#249; les manies de la bureaucratie coloniale ont toujours cours, tout est fait pour que les indig&#232;nes ne se sentent pas chez eux. La politique du chiffre en mati&#232;re d'expulsions a encore de beaux jours devant elle. La dignit&#233; et la malice des autochtones aussi. At&#233;ni voyage dans un taxi collectif qui doit le ramener chez lui, sur le fleuve Maroni, fronti&#232;re naturelle entre la Guyane et le Surinam. Il approche de la ville d'Iracoubo, sachant pertinemment ce qui l'attend juste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no125-octobre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;125 (octobre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bertoyas" rel="tag"&gt;Bertoyas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fleuve" rel="tag"&gt;fleuve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Surinam" rel="tag"&gt;Surinam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fleuve-Maroni" rel="tag"&gt;fleuve Maroni&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/taxi-collectif" rel="tag"&gt;taxi collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere-naturelle" rel="tag"&gt;fronti&#232;re naturelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maroni" rel="tag"&gt;Maroni&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gendarmerie" rel="tag"&gt;Gendarmerie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ateni-voyage" rel="tag"&gt;At&#233;ni voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gendarmerie-nationale" rel="tag"&gt;Gendarmerie nationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vient-ensuite" rel="tag"&gt;Vient ensuite&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Guyane, o&#249; les manies de la bureaucratie coloniale ont toujours cours, tout est fait pour que les indig&#232;nes ne se sentent pas chez eux. La politique du chiffre en mati&#232;re d'expulsions a encore de beaux jours devant elle. La dignit&#233; et la malice des autochtones aussi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1235 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH460/p12-cqfguyane-48412.jpg?1779603203' width='400' height='460' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Bartoyas.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;At&#233;ni voyage dans un taxi collectif qui doit le ramener chez lui, sur le fleuve Maroni, fronti&#232;re naturelle entre la Guyane et le Surinam. Il approche de la ville d'Iracoubo, sachant pertinemment ce qui l'attend juste apr&#232;s le pont, un pr&#233;fabriqu&#233; blanc fatigu&#233; et des hommes en uniforme &#224; la rengaine &#233;ternelle : &#171; &lt;i&gt;Gendarmerie nationale, papiers d'identit&#233;s svp !&lt;/i&gt; &#187; Vient ensuite le changement de v&#233;hicule, le &#171; taxi bleu &#187;, nom donn&#233; au fourgon de gendarmerie qui lui fera parcourir les 112 km restants jusqu'&#224; la fronti&#232;re surinamaise &#8211;&#8200;autant d'&#233;conomis&#233; sur le taxico de d&#233;part. Depuis 2007, deux barrages routiers permanents aux extr&#233;mit&#233;s du d&#233;partement permettent &#224; la gendarmerie de contr&#244;ler tous les allers-retours sur les deux routes nationales qui longent la c&#244;te&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;troites bandes de terre o&#249; r&#233;sident en fait plus de 90 % de la population.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;J'ai l'habitude de tout ce cirque. Je connais quelqu'un qui s'est d&#233;j&#224; fait expulser trois fois la m&#234;me semaine. Leur soi-disant contr&#244;le des fronti&#232;res, c'est une blague. On est expuls&#233; au Surinam, et en dix minutes de pirogue sur le Maroni on est de retour en France&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Guyane partage 1 240&#8200;km de fronti&#232;res perm&#233;ables avec ses voisins (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Le contr&#244;le fixe sert juste &#224; &#233;carter du littoral les populations du fleuve. Si on veut vraiment &#233;viter le barrage, on passe 500 m&#232;tres plus loin, dans la for&#234;t.&lt;/i&gt; &#187; Les agents de la PAF de Saint-Laurent-du-Maroni confirment officieusement l'inutilit&#233; de leur t&#226;che : &#171; &lt;i&gt;Sous Sarko, on nous obligeait &#224; douze reconduites par jour, Valls nous en exige huit par jour, &#231;a reste la politique du chiffre, sans aucune autre logique ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces contr&#244;les de gendarmerie aux barrages sont ill&#233;gaux. Ils sont renouvel&#233;s tous les six mois par des arr&#234;t&#233;s pr&#233;fectoraux, explique le communiqu&#233; des associations&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aides, la Cimade, le Collectif Ha&#239;ti de France, le Comede, la Fasti, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui ont d&#233;cid&#233; de porter l'affaire devant la justice. &#171; &lt;i&gt;Ces postes fixes, syst&#233;matisant les contr&#244;les d'identit&#233;, impactent directement les droits des &#233;trangers en situation administrative pr&#233;caire et des peuples autochtones d&#233;pourvus de preuves de leur identit&#233; et/ou de leur nationalit&#233; fran&#231;aise en entravant leur acc&#232;s &#224; la pr&#233;fecture, &#224; certains tribunaux, &#224; des formations professionnelles ou universitaires et &#224; plusieurs services &#173;hospitaliers et consultations sp&#233;cialis&#233;es&lt;/i&gt; &#187;, indiquent-elles. Les professionnels de sant&#233; de l'Ouest guyanais constatent notamment, pour ces seuls patients, &#171; &lt;i&gt;des retards au diagnostic, des retards voire une absence de prise en charge, des urgences mal trait&#233;es ou de mani&#232;re inad&#233;quate, des ruptures dans la continuit&#233; des soins. Les proc&#233;dures complexes requises, m&#234;me pour raisons m&#233;dicales, pour franchir le barrage d'Iracoubo, retardent en effet les examens compl&#233;mentaires ou dissuadent de les demander&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; At&#233;ni. Il est apatride, n&#233; sur une des nombreuses &#238;les du fleuve Maroni, entre France et Surinam, il n'a pas d'&#233;tat civil&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme des milliers d'autres personnes ici, principalement &#224; cause des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Les populations am&#233;rindiennes et noires-marrones du fleuve Maroni, d&#233;finies comme autochtones par des conventions internationales et des jugements de la Cour am&#233;ricaine des droits de l'Homme, sont rendues juridiquement &#233;trang&#232;res &#224; leurs propres territoires et g&#233;n&#233;alogie. Au regard du droit fran&#231;ais, certains de leurs membres sont ainsi consid&#233;r&#233;s comme des &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re ; et d'autres personnes sans &#233;tat civil au Surinam ou en Guyane sont apatrides, sans que ce statut, qui leur ouvrirait des droits civiques et politiques, ne leur soit reconnu&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s le choc p&#233;trolier de 1973, les lois relatives &#224; l'immigration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux habitants du Maroni vivent entre les deux rives. Ils sillonnent le fleuve entre leur foyer, l'&#233;cole ou le commerce, r&#233;partis de mani&#232;re disparate selon les diff&#233;rents endroits du fleuve entre le Surinam et la Guyane, sans se poser la question de leur l&#233;gitimit&#233; &#224; vivre dans deux pays diff&#233;rents. Ici, c'est chez eux. Ils &#233;taient l&#224; les premiers, comme l'a rappel&#233; un &#233;pisode, pr&#233;sent dans toutes les m&#233;moires, au sujet d'un chef de village am&#233;rindien &#171; surinamais &#187; de Galibi, qui s'&#233;tait fait arr&#234;ter sur le march&#233; de Saint-Laurent avant d'&#234;tre reconduit de l'autre c&#244;t&#233; du fleuve. Les notions d'&#201;tats ou de fronti&#232;res impos&#233;es par les derniers arriv&#233;s n'ont aucun sens pour eux. Ils sont Alukus, Ndjukas, Kali'nas ou Wayanas. Ils n'ont pas besoin de papiers pour savoir qui ils sont, ni de policiers pour leur dire o&#249; leur pirogue peut aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Am&#233;rindiens, depuis une dizaine d'ann&#233;es, la situation devient intenable. Certains se voient octroyer des titres de s&#233;jour d'un an. Leur statut de peuple autochtone n'&#233;tant pas reconnu par la France, ils cherchent au moins &#224; &#234;tre en r&#232;gle pour se d&#233;placer o&#249; bon leur semble. L'exemple de cet autre chef coutumier d'un village indien proche de Saint-Laurent-du-Maroni, qui a servi dans l'arm&#233;e fran&#231;aise et a pris conscience en Afghanistan de la place de rel&#233;gation dans laquelle il se trouve, laisse pr&#233;sager des possibles changements. &#171; &lt;i&gt;J'ai saign&#233; pour la France, je saignerai pour mon peuple&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clare-t-il impassible. Il se pr&#233;sente &#224; l'accueil de la sous-pr&#233;fecture de Saint-Laurent-du-Maroni o&#249; il est re&#231;u par un peu affable &#171; &lt;i&gt;Faites la queue ! &lt;/i&gt; &#187;, auquel il r&#233;torque, calme mais ferme : &#171; &lt;i&gt;Chez moi on dit bonjour. Je suis chef coutumier, vous &#234;tes ici sur mes terres. Vous n'avez pas &#224; me parler ainsi, j'exige de parler au sous-pr&#233;fet.&lt;/i&gt; &#187; Les revendications sont pos&#233;es : une r&#233;gularisation globale du peuple dont on n'entend pas la voix. La balle est dans le camp de la bureaucratie, pendant que l'&#233;quipe jouant &#224; domicile s'&#233;chauffe progressivement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;troites bandes de terre o&#249; r&#233;sident en fait plus de 90 % de la population.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Guyane partage 1 240&#8200;km de fronti&#232;res perm&#233;ables avec ses voisins br&#233;silien et surinamais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aides, la Cimade, le Collectif Ha&#239;ti de France, le Comede, la Fasti, le Gisti, la Ligue des droits de l'Homme, M&#233;decins du Monde.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme des milliers d'autres personnes ici, principalement &#224; cause des m&#233;canismes d&#233;faillants d'enregistrement de l'&#233;tat civil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Apr&#232;s le choc p&#233;trolier de 1973, les lois relatives &#224; l'immigration s'opposent aux quatre figures de l'&#233;tranger telles que Paul Ric&#339;ur les a analys&#233;es. &#192; ces quatre figures qui sont celles du visiteur, de l'immigr&#233;, du r&#233;fugi&#233; et du &#171; suppliant &#187;, Catherine Benoit (anthropologue au Connecticut College) propose d'ajouter celle de l'autochtone en situation irr&#233;guli&#232;re pour la Guyane.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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