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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Feu Le Caire</title>
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		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises. Samedi Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartecaire_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/1200cartecaire_resultat-c1baa.jpg?1779732403' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre que ce que je veux, c'est la politique &#8211; le faire parler et me nourrir de ses paroles. Il se pr&#234;te au jeu : &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement vole l'argent des gens.&lt;/i&gt; &#187; Je suis content, mais il ne me donnera pas davantage. Il met la musique &#224; fond. Il chante, bien et fort, toujours en avance d'une demi-seconde sur le chanteur libanais dont j'ai oubli&#233; le nom. Il roule comme un fou. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Je suis fou, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes arriv&#233;s. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Allez, tu es content, donne-moi 250.&lt;/i&gt; &#187; Je lui donne 240. Il prend sans compter. Il me demande une cigarette. Je lui en offre deux. Il refuse la seconde. J'oublie le paquet dans la voiture. Il me rattrape pour me le rendre. Il klaxonne. Il rit. Je ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution cherchait &#224; contourner l'argent pour jouir de la parole : j'aimerais, moi aussi, mais je ne peux pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tahrir n'est plus qu'un immense hub routier o&#249; personne ne s'attarde. Des policiers anti-&#233;meute arm&#233;s de fusils &#224; pompe y stationnent en permanence. La s&#233;curit&#233; d'&#201;tat, dit-on, surveille la place depuis les &#233;tages sup&#233;rieurs des immeubles environnants. Les caf&#233;s sont pleins d'indics. La menace, elle, ne donne aucun signe de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon amie Loubna m'a invit&#233; &#224; d&#238;ner chez elle, dans la banlieue sud. Elle a convi&#233; Youssef. Youssef est un universitaire francophone &#224; la carrure consid&#233;rable. Il est venu pour converser avec moi. Je suis intimid&#233; : j'ai peur des universitaires. Mais Youssef est int&#233;ress&#233; par le gratin de courgettes : me voil&#224; rassur&#233;. Il &#233;voque un nouveau travail, en sus de l'universit&#233;. Il est question d'un &#171; &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;autorit&#233; de tutelle&lt;/i&gt; &#187;. Je finis par comprendre que Youssef travaille pour les &lt;i&gt;mukhabarat al-&#8216;am&lt;/i&gt;, les renseignements g&#233;n&#233;raux. Youssef &#233;voque des g&#233;n&#233;raux ploucs et pieux ; des coups de fil d'amis re&#231;us &#224; l'aube pour faire lib&#233;rer des gens ; le pr&#233;sident, fantomatique et lointain. Voil&#224; le grand th&#233;&#226;tre du pouvoir. Quelque part, en coulisse : le grondement de la population. Ce n'est pas le moment de desserrer la vis, dit Youssef : les prix ont plus que doubl&#233; en cinq ans, et partout les Fr&#232;res musulmans sont en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#238;ner, on rentre ensemble en Uber : c'est la premi&#232;re fois pour moi. En &#201;gypte, les Uber sont plus chers que les taxis mais Youssef les pr&#233;f&#232;re car, dit-il, leurs chauffeurs se comportent bien : gr&#226;ce &#224; l'appli, ils peuvent &#234;tre signal&#233;s. Ainsi ont-ils peur &#8211; et la vis tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la voiture, Youssef est perturb&#233; : au cours de la soir&#233;e, Loubna a dit que les gens &#233;taient terrifi&#233;s par la police. Il en est surpris : il ne pensait pas que c'&#233;tait &#224; ce point. Il semble malheureux, perdu, seul. Je suis pris d'une horrible envie de le rassurer, de lui dire de ne pas s'inqui&#233;ter, que la police, &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je marche vers le nord du centre-ville. &#192; Boulaq et Choubra, tout n'est que souks. Les marchandises sont innombrables, et class&#233;es par th&#232;me : ici on circule au milieu de pi&#232;ces de voiture ; l&#224; des v&#234;tements recycl&#233;s ou des pi&#232;ces d'&#233;lectrom&#233;nager. Pourquoi exposer de tels amoncellements ? Sans doute sont-ce l&#224; des stocks &#8211; et il n'y a pas d'entrep&#244;ts pour les y fourrer. Ahmad, &#224; la r&#233;ception de l'h&#244;tel : &#171; &lt;i&gt;Pendant la crise du corona, les marchandises chinoises n'arrivaient plus. La ville &#233;tait vide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires, les quartiers de Boulaq et Choubra &#233;taient descendus sur le centre-ville, c&#339;ur d&#233;cr&#233;pi de la boh&#232;me intellectuelle et r&#233;volutionnaire et l'un des centres du pouvoir. Les gens venus de Boulaq et Choubra cr&#233;aient, me dit-on, de l'ins&#233;curit&#233;. Il y avait les manifestants (bons), mais aussi les vendeurs &#224; la sauvette et les voyous (mauvais). Ce ne sont pas seulement des paroles de bourgeois : Boulaq et Choubra, en plus d'effrayer ceux-ci, harcelaient les femmes circulant seules. Les voyous ont depuis &#233;t&#233; repouss&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; par la police. Le centre-ville a &#233;t&#233; sauv&#233; de l'assaut des pauvres par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canaliser la haine de classe sur les femmes ou d&#233;fendre les libert&#233;s des individus face &#224; l'islam des pauvres : la contre-r&#233;volution a toujours deux m&#226;choires. Y a-t-il eu autre chose ? J'ai le souvenir d'une femme en &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt;, seule, debout sur une caisse, haranguant la foule pour parler de justice sociale. Je ne comprenais que des bribes. C'&#233;tait en mars 2011 &#8211; ou peut-&#234;tre &#233;tait-ce en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au sud-est du centre-ville est le Caire dit &#171; islamique &#187; : la vieille ville et ses quartiers informels (&lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;), certains b&#226;tis sur des cimeti&#232;res m&#233;di&#233;vaux. C'est le Caire bord&#233;lique. Je me perds dans le quartier qui domine la mosqu&#233;e Ibn Touloun. Les ruelles sont de terre battue. On circule en touk-touk ; il y a des moutons, des volailles, des chevaux. J'interroge un vieux dans son &#233;choppe. Il est avenant, il se nomme Magdi, il d&#233;clare son amour pour le pr&#233;sident Abdel Fattah al-Sissi. Il m'informe que nous sommes dans une des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt; du quartier Khalifa. Le vieux Magdi m'offre un jus de goyave. Je veux payer, il refuse : il affirme avec assurance que je ferais pareil si nous &#233;tions chez moi en France. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r&lt;/i&gt; &#187;, dis-je, et je l'invite chez moi en France. Pas plus que l'argent, la n&#233;gation de l'argent ne lie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rejoint la place Sayyida-Zeinab. Dans un caf&#233;, le serveur me dit de rester un an en &#201;gypte, qu'alors je comprendrai le pays. Il s'appelle Hassan. Il me donne un surnom : Mouni. Vient la question &#171; &lt;i&gt;Tichrab moukhadarat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; bois-tu des drogues ? (ici, on dit qu'on boit les drogues). Je suis m&#233;fiant avec cette affaire : il y a dix ans, parti pour ce faire, je m'&#233;tais trouv&#233; chez d'habiles voleurs, face auxquels je ne savais pas quel bon droit faire valoir. &#171; &lt;i&gt;Bof&lt;/i&gt; &#187; dis-je &#224; Hassan,&lt;i&gt; j'ai arr&#234;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mais Hassan insiste ; il guette le fond de mes yeux et scanne mon &#226;me : lui, c'est haschisch &#224; fond.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vendredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pouss&#233; plus loin au sud, en lisi&#232;re du cimeti&#232;re sud. Quand je quitte la place Sayyida-Nafissa, tout est silence. Je longe un quartier qui, sur la carte, s'appelle Masakin Zeinhum. Le bric et broc des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat &lt;/i&gt;s'y transforme en d&#233;cr&#233;pitude urbaine : des barres grises qui imm&#233;diatement &#233;voquent l'&#201;tat. La mis&#232;re ici cesse d'&#234;tre active : les pauvres sont assis. De cette position ils me regardent, et ces yeux sont des miroirs plant&#233;s en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entame une descente vers Sayyida- Zeinab. Sur ma route, un monstre : un cube de b&#233;ton &#233;norme et tonitruant, prot&#233;g&#233; par tout un tas de fourgons-prisons. C'est le tribunal du district Sud du Caire. Voici la justice, la vraie, celle qui mange les pauvres &#8211; les mastique, les ingurgite, les chie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khan-al-Khalil : le Caire touristique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis au nord, pr&#232;s de la mosqu&#233;e Al-Hakim, au pied des remparts. La zone &#224; babioles s'est effiloch&#233;e doucement et la guerre pour l'espace bat son plein. Les boutiquiers s'affairent pour vendre des marchandises aux touristes. De jeunes prol&#233;taires font vrombir leurs deux-roues &#8211; ils sont d&#233;f&#233;rents et agressifs ; parfois ils font montre d'une sonore religiosit&#233;. Les touristes tra&#238;nent et attendent qu'on s'occupe d'eux. Ils sont &#233;gyptiens, golfiens, turcs, indon&#233;siens : musulmans, ils ne me renvoient nul reflet&#8230; c'est confortable. Les agents de la s&#233;curit&#233; semblent vivre une relation importante avec leurs matraques molles. Certains les trimballent par brass&#233;es enti&#232;res ; d'autres, alanguis sur des barri&#232;res, triturent leur bidule. On distribue l'objet et on fait connaissance avec lui : sans doute la matraque molle est-elle une nouveaut&#233; dans l'&#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oiseau a chi&#233; sur mon &#233;paule. Je vais devoir retourner &#224; l'h&#244;tel pour me changer. Je n'en bougerai plus aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi m'a inform&#233; que le quartier o&#249; le vieux Magdi m'a offert un jus de goyave est vou&#233; &#224; une destruction prochaine. &#201;voquant le destin futur des expuls&#233;s, il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;gypte est grande.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce moment, je n'ai su comment interpr&#233;ter son regard. Je suis &#224; l'aff&#251;t des fr&#233;missements de la haine &#8211; j'aimerais imaginer un face-&#224;-face secret entre l'&#201;tat et les &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;. Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police a, dans ces quartiers, &#233;t&#233; attaqu&#233;e partout. Les bulldozers sont-ils l'instrument d'une vengeance ? Je me raisonne : le capital court devant le temps, pas derri&#232;re. Le BTP, c'est les capitalistes militaires. Ils contractent avec l'&#201;tat, ils ravagent, ils se mettent le pognon dans les poches. Soixante pour cent du b&#226;ti au Caire n'est pas d&#233;clar&#233; &#8211; on peut d&#233;truire sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, quand je regagne le centre-ville en remontant la rue Talaat-Harb, la ville me semble sombre et vide. Je presse le pas. Je me rem&#233;more des slogans. &#171; &lt;i&gt;Thawra, thawra hatta an-nasr&lt;/i&gt; &#187; &#8211; R&#233;volution, r&#233;volution jusqu'&#224; la victoire ; &#171; &lt;i&gt;Yaskut, yaskut hakmat al-&#8216;askar&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Que tombe, que tombe le gouvernement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une &#233;meute du c&#244;t&#233; de la rue Mohamed-Mahmoud, fin 2012. Amar, supporter de l'&#233;quipe de foot d'Al-Ahly, m'avait abord&#233; : il &#233;tait anglophone. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des chiens, ils nous tuent, ils tuent mes fr&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Il parlait de la police &#8211; les ultras d'Al-Ahly &#233;taient alors omnipr&#233;sents dans les combats de rue. Avec Amar, nous sommes ensuite rest&#233;s en contact sur Facebook. Il a voulu fuir le pays, m'a demand&#233; des coups de main. Je n'avais pas grand-chose &#224; lui offrir. Sur sa page Facebook, il est d&#233;sormais mari&#233;. Je ne l'ai pas inform&#233; de mon retour au Caire. Le corona, dit-on, a tu&#233; l'activit&#233; des ultras.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233; au caf&#233; de Hassan &#224; Sayyida-Zeinab. Hassan m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Ah, Mouni, si nous parlions la m&#234;me langue, je t'expliquerais tant de choses sur cette ville et ce quartier&lt;/i&gt;. &#187; &#192; plusieurs reprises, il s'est pinc&#233; la glotte en pronon&#231;ant un mot que je n'ai pas compris. Cela veut dire qu'il en a marre. Il veut rester &#224; la maison, &#224; fumer du haschisch. Il a 31 ans et n'est pas mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi barbu. Sa dentition est pleine de trous ; il louche et grimace comme s'il voulait d&#233;crocher le r&#244;le de l'ogre. Il me m&#232;ne au parc Al-Azhar en passant par un &lt;i&gt;no-man's land&lt;/i&gt; entre le cimeti&#232;re sud et Manshiyat Nasr. C'est vide, c'est cass&#233;, les ordures forment des collines. Sous ses grimaces, le chauffeur semble joyeux de me faire passer l&#224;. Il &#233;voque les beaut&#233;s de l'Am&#233;rique et du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'existence du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision semble lui procurer une joie intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haut de la quatre-voies de Salah-Salem, il faut faire demi-tour. On croise une immense mosqu&#233;e enguirland&#233;e : la Mosqu&#233;e de la police &#8211; l'entr&#233;e, m'explique le chauffeur, en est interdite &#224; tous les non-flics. Et voil&#224; que l'homme est pris d'un cri strident et se met &#224; causer en anglais : &#171; &lt;i&gt;Police very very bad&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dans une phrase mal branl&#233;e, je marmonne le mot r&#233;volution (&lt;i&gt;thawra&lt;/i&gt;). Le chauffeur secoue la t&#234;te et il entrechoque le creux de ses poignets : il n'y aura pas de nouvelle r&#233;volution, seulement la prison, encore et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2011, au d&#233;tour d'un caf&#233;, un vieux. Il incarne la boh&#232;me intellectuelle du centre-ville : il est chevelu et sap&#233; comme en 1970. Je lui dis que je cherche la r&#233;volution. Il me r&#233;pond que je ne la trouverai pas car, dit-il, elle est cach&#233;e : elle se niche dans les mots secrets qu'en ce moment m&#234;me s'&#233;changent les travailleurs. Longtemps, loin du Caire, les paroles de ce vieux ont fa&#231;onn&#233; ma mythologie de la r&#233;volution : maintenant, tout &#231;a est caduc. Pour mes fantasmagories futures, je pense au cri strident sorti de la gorge du chauffeur de taxi orgiaque. Quelque chose y &#233;tait suspendu &#8211; mais on ne sait pas encore quoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minassian&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;gypte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteegypte_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200carteegypte_resultat-52b59.jpg?1779732404' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 100 millions d'habitant&#183;es, dont 23 millions au Caire. &#8226; une &#233;conomie de rentes : transferts de la diaspora, tourisme, redevances d'utilisation du canal de Suez, ventes d'hydrocarbures. &#8226; un tiers de la population sous le seuil de pauvret&#233;. un secteur informel qui repr&#233;senterait la moiti&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dynamique r&#233;volutionnaire (2011-2013) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police, partout assaillie, est physiquement vaincue par des dizaines de milliers de manifestant&#183;es. Au cours des deux semaines suivantes, l'occupation de la place Tahrir entra&#238;ne la dislocation du bloc dirigeant. Les g&#233;n&#233;raux d&#233;mettent le pr&#233;sident Hosni Moubarak et prennent le pouvoir. Mais ils ne peuvent ni ne veulent gouverner seuls : ils s'allient avec les Fr&#232;res musulmans et jouent l'ouverture d&#233;mocratique. Il y a plusieurs &#233;lections ouvertes en 2011 et 2012 : les Fr&#232;res les remportent toutes. Mais l'&#201;tat ne parvient pas &#224; absorber une &#233;bullition sociale qui n'a pas de traduction politique ni d'unit&#233; organisationnelle. Les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187;, concentr&#233;&#183;es au Caire, maintiennent une pression constante sur le terrain de la d&#233;mocratisation : ils sont durement r&#233;prim&#233;&#183;es. un puissant mouvement d'insubordination traverse les lieux de travail, entra&#238;nant nombre de gr&#232;ves sauvages. Les &#233;meutes contre la police et les pouvoirs locaux sont r&#233;currentes : la jeunesse du salariat informel se r&#233;pand dans les rues &#8211; ultras, &#171; black blocs &#187;, &#171; salafistes r&#233;volutionnaires &#187;. Le pouvoir orchestre plusieurs massacres, qui entra&#238;nent chaque fois des recompositions des forces politico-sociales : les alliances de rue se font et se d&#233;font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamiste Mohamed Morsi est &#233;lu pr&#233;sident en juin 2012 face au r&#233;sidu d'ancien r&#233;gime &#8211;&lt;i&gt; fouloul&lt;/i&gt; &#8211; Ahmed Chafiq. En d&#233;cembre, le bloc Fr&#232;res musulmans-militaires se disloque : les Fr&#232;res veulent pousser leurs pions trop loin au sein de l'&#201;tat. Au printemps 2013, alors que l'agitation sociale se poursuit, les militaires manipulent prix et p&#233;nuries. Le 3 juillet 2013, s'appuyant sur des manifestations massives et un soutien de la quasi-totalit&#233; des forces politiques non-fr&#233;ristes (y compris les salafistes), ils renversent Morsi, se revendiquant d'une &#171; deuxi&#232;me r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pelleteuses &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2016, suite &#224; un accord avec le Fonds mon&#233;taire international (FMI), la monnaie est d&#233;valu&#233;e et les subventions &#233;tatiques sur l'&#233;nergie et les produits alimentaires sont partiellement lev&#233;es : les prix s'envolent. L'&#233;conomie &#233;gyptienne tourne &#224; grands coups d'emprunts : les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;gyptiens sont parmi les plus attractifs sur le march&#233; mondial. L'afflux de capitaux finance de grands projets d'infrastructures : doublement du canal de Suez, construction de villes nouvelles dans le d&#233;sert. &#192; 40 km du Caire, une nouvelle capitale est en construction. Elle a pour nom &#171; Nouvelle capitale administrative &#187;. On attend d'ici peu le transfert en grande pompe de 50 000 fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les d&#233;penses publiques ont doubl&#233; en dix ans, le budget de l'&#201;tat ressemble &#224; une pyramide de Ponzi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
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&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#233;gime, domin&#233; par le chef d'&#233;tat-major Abdel Fattah al-Sissi, s'inaugure par un massacre d'une ampleur in&#233;dite : sur la place Rabia, en ao&#251;t 2013, les forces de s&#233;curit&#233; tuent au moins 800 manifestant&#183;es pro-Morsi. Les lib&#233;raux d&#233;mocrates, socialistes et autres syndicalistes r&#233;volutionnaires, qui soutiennent le gouvernement de transition, n'y trouvent rien &#224; redire. Dans les mois qui suivent, des dizaines de milliers de pr&#233;sum&#233;s islamistes, accus&#233;s d'appartenance terroriste, sont jet&#233;s en prison. Progressivement, les idiots utiles lib&#233;raux et salafistes sont &#233;cart&#233;s ; les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187; qui maintiennent une activit&#233; publique sont &#224; leur tour durement r&#233;prim&#233;&#183;es. Enfin, au cours de l'hiver 2013-2014, la discipline au travail est restaur&#233;e : le mouvement r&#233;volutionnaire est vaincu. Sissi est &#233;lu pr&#233;sident en 2014 et r&#233;&#233;lu en 2018, dans des bureaux de vote d&#233;serts. La pression polici&#232;re atteint des niveaux jamais vus : elle continue aujourd'hui de se resserrer. Les prisons &#233;gyptiennes sont surpeupl&#233;es. La moiti&#233; des prisonniers seraient &#171; politiques &#187; : 60 000, disent les ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
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&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'arm&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; d'autres secteurs capitalistes, l'arm&#233;e &#233;gyptienne est un &#171; capitaliste collectif &#187; fondu dans l'&#201;tat &#8211; un r&#233;sidu de socialisme des ann&#233;es 1960. La logique de rentabilit&#233; du capital est ici dissoute : dans les entreprises militaires, profits et subventions de l'&#201;tat sont confondus. L'arm&#233;e produit de l'agroalimentaire, du BTP, des m&#233;dicaments. Elle fait travailler gratuitement les bidasses ; elle emploie des salari&#233;s qui sont des militaires. Elle fournit &#224; ses employ&#233;s, s&#233;curit&#233; sociale, retraites, soins gratuits. L'arm&#233;e-entreprise est la grande orchestratrice des m&#233;gaprojets d'infrastructure : par ce biais, les capitaux achet&#233;s par la dette passent dans son budget. L'&#201;tat &#233;gyptien est ainsi tiraill&#233; entre la mainmise des militaires et les int&#233;r&#234;ts des capitalistes priv&#233;s : cette contradiction &#8211; parmi d'autres &#8211; menace de faire sauter le couvercle de la cocotte-minute sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les fronti&#232;res du dedans</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Jean-Baptiste Legars</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis le 9 juin 2015, la fronti&#232;re franco-italienne n'est plus du tout transparente. Alors que l'espace Schengen avait promis la libert&#233; de circulation au prix d'un blindage de sa p&#233;riph&#233;rie, le voil&#224; qui se craquelle comme un verre Duralex sur le point d'imploser. Dans les trains, aux p&#233;ages, les contr&#244;les au faci&#232;s sont devenus la r&#232;gle entre Vintimille (Italie) et Menton (Alpes-Maritimes). Ils sont des milliers &#224; butter contre des limites territoriales th&#233;oriquement ouvertes. En (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vintimille" rel="tag"&gt;Vintimille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Italie" rel="tag"&gt;Italie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Presidio" rel="tag"&gt;Presidio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 9 juin 2015, la fronti&#232;re franco-italienne n'est plus du tout transparente. Alors que l'espace Schengen avait promis la libert&#233; de circulation au prix d'un blindage de sa p&#233;riph&#233;rie, le voil&#224; qui se craquelle comme un verre Duralex sur le point d'imploser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans les trains, aux p&#233;ages, les contr&#244;les au faci&#232;s sont devenus la r&#232;gle entre Vintimille (Italie) et Menton (Alpes-Maritimes). Ils sont des milliers &#224; butter contre des limites territoriales th&#233;oriquement ouvertes. En r&#233;ponse, de petits groupes de soutien aux migrants organisent des convois, avec voiture-pilote pour &#233;viter les barrages. Ce qui n'emp&#234;che pas l'engorgement des lieux d'accueil c&#244;t&#233; italien, qu'ils soient informels, comme le Presidio, aujourd'hui d&#233;mantel&#233;, ou dans une &#233;glise de Vintimille. Clara et Rosie&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; font partie de ces anonymes qui aident comme elles peuvent. &lt;i&gt;&#171; Dans l'&#233;glise, les gens de Caritas ont voulu nous enr&#244;ler pour beurrer les tartines qu'ils distribuaient aux migrants. On a dit non, ils sont assez grands pour se les beurrer eux-m&#234;mes, parlons plut&#244;t avec eux. &#187; &lt;/i&gt;Charit&#233; et solidarit&#233; font une rime pauvre. Les activistes italiens interdits de s&#233;jour &#224; Vintimille sont souvent d&#233;nonc&#233;s par Caritas et la Croix-Rouge. &lt;i&gt;&#171; Certains d'entre nous n'&#233;taient pas tr&#232;s chauds, au d&#233;part, pour ramener des sans-paps en France, &lt;/i&gt;raconte Rosie. &lt;i&gt;Mais une fois qu'ils ont pu mettre des noms sur les visages des personnes r&#233;fugi&#233;es l&#224;, ils ont &#233;t&#233; les premiers &#224; vouloir leur faire une place dans les bagnoles. &#187; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#233;mant&#232;lement &lt;/strong&gt;du Presidio, les campements de fortune se sont d&#233;plac&#233;s dans la montagne. Dans la vall&#233;e frontali&#232;re de la Roya, o&#249; la m&#233;moire des migrations, de la contrebande et de la r&#233;sistance reste vive, certains autochtones ont tiss&#233; un r&#233;seau de &#171; justes &#187; qui h&#233;bergent et facilitent le passage&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Dans la vall&#233;e de la Roya, la solidarit&#233; des &#8220;passeurs-citoyens&#8221; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le 21 ao&#251;t, un juge ni&#231;ois a relax&#233; un passeur, arr&#234;t&#233; c&#244;t&#233; italien sur d&#233;nonciation de la police fran&#231;aise, alors qu'il embarquait une famille d'&#201;rythr&#233;ens. Cet &lt;i&gt;&#171; &#233;leveur de gallinac&#233;s &#187;, &lt;/i&gt;comme l'&#233;tiquette &lt;i&gt;Le Parisien, &lt;/i&gt;revendique avoir transport&#233; b&#233;n&#233;volement quelque 200 migrants. Mais les autorit&#233;s s'&#233;chinent &#224; contenir le vent. En juin, des militants italiens, rafl&#233;s dans une manif, ont &#233;t&#233; enferm&#233;s au Centre de r&#233;tention administrative de Nice&#8230; &lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t, &lt;/strong&gt;lors d'un camp No-Border, plusieurs dizaines de migrants ont pass&#233; la fronti&#232;re par la plage, vite nass&#233;s par un cordon de flics harnach&#233;s comme pour une &#233;meute. &#201;ric Ciotti, pr&#233;sident du d&#233;partement des Alpes-Maritimes, a balanc&#233; un &lt;i&gt;tweet &lt;/i&gt;outr&#233; : &lt;i&gt;&#171; En plein &#233;tat d'urgence le gouvernement laisse franchir clandestinement la fronti&#232;re &#224; 400 migrants &#224; Menton #irresponsabilit&#233;coupable. &#187; &lt;/i&gt;Une centaine d'entre eux a &#233;t&#233; refoul&#233;e vers l'Italie. L'absurde europ&#233;en confine &#224; la tragicom&#233;die. Le 20 septembre, deux policiers belges sont arr&#234;t&#233;s alors qu'ils rel&#226;chent en catimini treize Afghans, dont trois mineurs, sur une route fran&#231;aise. De quelles fronti&#232;res parle-t-on ? Pas celles que grille all&#232;grement Neelie Kroes, ex-commissaire europ&#233;enne charg&#233;e de la concurrence, d&#233;j&#224; &#233;pingl&#233;e pour son recrutement par Uber, et qui vient d'&#234;tre rattrap&#233;e par les Bahamas leaks &#8211; elle serait administratrice d'une soci&#233;t&#233; offshore. Ni celle franchie par Jos&#233; Manuel Barroso, ex-pr&#233;sident de la Commission europ&#233;enne, embauch&#233; par Goldman Sachs, banque impliqu&#233;e jusqu'au cou dans la banqueroute grecque&#8230; Ces fronti&#232;res-l&#224; sont sacr&#233;ment poreuses.
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Sarkozy, &lt;/strong&gt;Hollande a lanc&#233; sa campagne &#233;lectorale &#224; Calais en promettant l'&#233;radication de la &#171; jungle &#187; avant la fin de l'ann&#233;e. &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;a jug&#233; son &lt;i&gt;flow &lt;/i&gt;plut&#244;t &lt;i&gt;&#171; ferme &#187;, &#171; et m&#234;me policier &#187;&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;&#171; Il m'a rappel&#233; le discours de quelqu'un&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, s'est amus&#233;e Natacha Bouchart, la maire LR de la ville. Tout en avouant que 80 % des sept mille habitants de la jungle pourraient pr&#233;tendre au droit d'asile, et alors que les associations y ont recens&#233; pr&#232;s de mille mineurs isol&#233;s, le pr&#233;sident a promis l'enfer. &lt;i&gt;Lib&#233; &lt;/i&gt;se souvient de l'apr&#232;s Sangatte : &lt;i&gt;&#171; &#192; l'&#233;poque, on a vu une police chasser en hurlant les migrants des squats, r&#233;veiller les gens en plein sommeil, les arroser de gaz lacrymog&#232;ne sous leurs abris. &#187; &lt;/i&gt;On parle de 5 500 places dans divers Centres d'accueil et d'orientation (CAO), sortes de gares de triage pour demandeurs d'asile. &lt;i&gt;&#171; J'esp&#232;re qu'il a un plan, &lt;/i&gt;minaude Bouchart. &lt;i&gt;On va avoir une p&#233;riode un peu compliqu&#233;e. &#187; &lt;/i&gt;Elle regrette l'absence de vision globale, qui consisterait &#224; arr&#234;ter les gens&#8230; &#224; Vintimille, et pourquoi pas dans leur pays d'origine. Les discours se h&#233;rissent de barbel&#233;s, comme si l'Europe &#233;tait envahie par une &#233;tranget&#233; absolue, comme si nous n'avions rien &#224; voir avec le chaos r&#233;gnant en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak, en Afghanistan&#8230; &lt;i&gt;&#171; Au Liban, la population a doubl&#233; depuis le d&#233;but du conflit syrien, &lt;/i&gt;rappelle Clara. &lt;i&gt;Ici, on panique pour quelques milliers de d&#233;sesp&#233;r&#233;s qui frappent &#224; la porte. &#187; &lt;/i&gt;Le monde n'attend pas sagement dehors.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Expulsion de migrants : r&#233;quisition n'est pas raison&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;I&lt;/petitelettrine&gt;l a parlement&#233;, exig&#233; des explications, demand&#233; la pr&#233;sence d'un contr&#244;leur&#8230; Au point que, de guerre lasse, les policiers ont fini par jeter leur d&#233;volu sur un autre autocar. Le 5 ao&#251;t dernier, en gare routi&#232;re de Menton (Alpes-Maritimes) ce chauffeur de la soci&#233;t&#233; CarPostal Riviera et son v&#233;hicule ont fait l'objet d'une r&#233;quisition ordonn&#233;e par le pr&#233;fet des Alpes-Maritimes. L'objectif ? &lt;i&gt;&#171; Il s'agit de refouler en territoire italien des migrants, dans le contexte du r&#233;tablissement des contr&#244;les aux fronti&#232;res d&#233;cid&#233; apr&#232;s les attentats de novembre 2015, en lien avec l'instauration de l'&#233;tat d'urgence &#187;, &lt;/i&gt;explique le Groupe d'information et de soutien des travailleurs immigr&#233;s (Gisti) qui a d&#233;voil&#233; l'affaire. D'humeur faconde, et peu enclin &#224; collaborer avec les forces de l'ordre, le chauffeur a malicieusement esquiv&#233; la mainmise polici&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous ne voulons pas assurer le transport de passagers dont les destinations finales restent douteuses : reconduction dans des pays o&#249; leurs vies sont en danger, internement dans des camps o&#249; l'insalubrit&#233; est de mise et la Croix-Rouge impuissante &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt; &#187;, &lt;/i&gt;a tenu &#224; faire savoir &#224; l'employeur le syndicat du chauffeur, la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail &#8211; Solidarit&#233; ouvri&#232;re. Un tel acte d'insoumission, si salutaire soit-il, n'est cependant pas sans risque : CarPostal Riviera assure que tout salari&#233; &lt;i&gt;&#171; refusant d'ex&#233;cuter son travail &#187; &lt;/i&gt;et contrevenant au r&#232;glement int&#233;rieur risque des sanctions disciplinaires. Par ailleurs, d&#233;sob&#233;ir &#224; une r&#233;quisition expose &#224; une sanction p&#233;nale. Des menaces, des menaces&#8230; Ce chauffeur, il m&#233;rite la m&#233;daille du &lt;i&gt;&#171; j't'embrouille la police &#187; &lt;/i&gt;et de la solidarit&#233;, oui !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Legars&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Dans la vall&#233;e de la Roya, la solidarit&#233; des &#8220;passeurs-citoyens&#8221; &#187;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, 20 juin 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Royaume-Uni : God save the taxi drivers</title>
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		<dc:date>2018-02-19T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Emmanuel Sans&#233;au</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quoi de plus naturel pour Uber que de s'installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Apr&#232;s avoir cannibalis&#233; les fameux black cabs et impos&#233; son mod&#232;le de travailleur &#171; liquide &#187;, la firme californienne a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamn&#233;s au statut de travailleurs ind&#233;pendants, une poign&#233;e de mutins r&#233;clament des droits salariaux. Mark, chauffeur flexible, n'avait clairement pas conscience de ses privil&#232;ges. Pire, le nanti s'en plaignait ! Au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no144-juin-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;144 (juin 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quoi de plus naturel pour Uber que de s'installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Apr&#232;s avoir cannibalis&#233; les fameux &lt;i&gt;black cabs&lt;/i&gt; et impos&#233; son mod&#232;le de travailleur &#171; liquide &#187;, la firme californienne a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamn&#233;s au statut de travailleurs ind&#233;pendants, une poign&#233;e de mutins r&#233;clament des droits salariaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mark, chauffeur flexible, n'avait clairement pas conscience de ses privil&#232;ges. Pire, le nanti s'en plaignait ! Au volant de sa Skoda grise, deux gros autocollants Uber plaqu&#233;s sur les flancs, il enquillait les boulevards pollu&#233;s de Manchester en ronchonnant. Ce n'&#233;taient pas tellement les bouchons, ni la qualit&#233; discutable des routes, ni ses concurrents des compagnies de bus hors de prix qui l'aga&#231;aient. Non, Mark allait peut-&#234;tre manquer le match Manchester City - PSG, pr&#233;vu ce jour-l&#224; &#224; 19h45. &#171; &lt;i&gt;Si je fais une bonne journ&#233;e, je pourrai le voir. Sinon, il faudra travailler plus longtemps et je finirai trop tard. L&#224;, c'est mal parti.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2121 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH208/-396-435cc.jpg?1779602881' width='400' height='208' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est que la frustration footballistique du Mancunien - ici, un mal inconsolable - avait r&#233;veill&#233; une nature grincheuse. &#171; &lt;i&gt;On est tous &#224; notre compte, mon pote. Mais je me suis habitu&#233; &#224; &#231;a, j'ai &#233;t&#233; taxi pendant 9 ans. J'ai pas de cong&#233;s pay&#233;s. Si t'es malade, t'as le droit &#224; rien. Faut juste aller bosser. Je pars bient&#244;t. Je pars trois semaines. Alors quand tu reviens de vacances, t'es compl&#232;tement &#224; sec !&lt;/i&gt; &#187; Mark avait beau rester calfeutr&#233; dans l'habitacle confortable de sa voiture environ 12&#8239;heures par jour (y compris le week-end), il soutenait mordicus que &#171; &lt;i&gt;c'est vraiment difficile, mon pote, surtout depuis qu'ils ont baiss&#233; leurs tarifs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un &lt;i&gt;black pudding&lt;/i&gt; g&#226;t&#233;, sa mauvaise foi manifeste vous aurait presque retourn&#233; l'estomac. D'apr&#232;s son site, Uber n'&#233;tait-il pas plut&#244;t du genre &#224; bichonner ses chauffeurs ? &#171; &lt;i&gt;Transformez votre voiture en machine &#224; sous. Certains de nos chauffeurs-partenaires re&#231;oivent en moyenne 2 250 livres&lt;/i&gt; [2 870 euros] &lt;i&gt;par mois.&lt;/i&gt; &#187; Et puis la rutilante entreprise californienne mettait le paquet sur la &#171; &lt;i&gt;flexibilit&#233; ultime&lt;/i&gt; &#187; qui permet de &#171; &lt;i&gt;choisir&lt;/i&gt; [ses] &lt;i&gt;propres heures, bien gagner&lt;/i&gt; [sa] &lt;i&gt;vie et consacrer davantage de temps aux choses qui comptent le plus.&lt;/i&gt; &#187; Sauf que Mark n'y voyait l&#224; qu'un &#233;ni&#232;me attrape-couillon dans cette formidable terre d'opportunit&#233;s qu'est le Royaume-Uni. &#171; &lt;i&gt;Bah, c'est bien la flexibilit&#233;. Mais si &#231;a veut dire travailler 12&#8239;heures par jour pour gagner assez alors &#231;a veut pas dire grand chose.&lt;/i&gt; &#187; Pour une course de 2,57&#8239;km, vous aviez cr&#233;dit&#233; le compte de Mark de 3,59&#8239;livres (4,5&#8239;euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son lancement en 2012 au Royaume-Uni, la flottille Uber a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs. Voil&#224; que &#171; l'innovation disruptive &#187; allait enfin bousculer soixante-dix ann&#233;es de domination des &lt;i&gt;black cabs&lt;/i&gt;, remis&#233;s au placard comme on d&#233;localiserait Big Ben. Il a fallu jouer des coudes pour se faire une place sur un march&#233; estim&#233; &#224; 5&#8239;milliards de livres et o&#249; les chauffeurs &#171; traditionnels &#187;, cens&#233;s coiffer sur le poteau n'importe quel GPS, &#233;tudient au moins 2 ans les subtilit&#233;s routi&#232;res de la capitale britannique. Assis sur une lev&#233;e de fond colossale, Uber a inaugur&#233; l'offensive de march&#233; selon les modalit&#233;s fleuries de &#171; l'&#233;conomie du partage &#187;. Il a br&#251;l&#233; des centaines de milliers de livres pour d&#233;baucher ses chauffeurs, puis a &#233;cras&#233; ses prix pour cannibaliser la concurrence. Aujourd'hui, Uber ne paie aucun salaire ni mat&#233;riel de travail &#224; ses chauffeurs, r&#233;mun&#233;r&#233;s directement par leurs passagers &#224; chaque course. Toutes les semaines, pr&#232;s de 30 000 habitants de Londres t&#233;l&#233;chargent l'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des courses jusqu'&#224; deux fois moins ch&#232;res que les &lt;i&gt;black cabs&lt;/i&gt;, Uber a beau r&#233;p&#233;ter &#224; ses chauffeurs qu'ils sont &#171; &lt;i&gt;leurs propres patrons&lt;/i&gt; &#187;, le taulier ne s'est pas fait que des amis. &#171; &lt;i&gt;Les journ&#233;es sont trop courtes pour gagner assez d'argent&lt;/i&gt; &#187;, explique James Farrar, chez Uber depuis deux ans et co-fondateur du syndicat United Private Hire Drivers. &#171; &lt;i&gt;En moyenne, si j'enl&#232;ve les co&#251;ts, je gagne 5 livres de l'heure&lt;/i&gt; [6,50&#8239;euros, moins que le salaire minimum, Ndlr]. &lt;i&gt;Je vous laisse calculer comment on nourrit une famille &#224; Londres avec &#231;a. La seule flexibilit&#233; qu'on a avec un revenu aussi faible, c'est de travailler toujours plus. Maintenant, je travaille entre 14 et 16&#8239;heures par jour, sept jours sur sept. Uber dit que le chauffeur moyen travaille environ 43&#8239;heures par semaine et gagne 19&#8239;livres de l'heure. Prends &#231;a, retire les 25&#8239;% de commission pr&#233;lev&#233;s par Uber, retire 270&#8239;livres par semaine pour louer une Prius, 100&#8239;livres pour l'essence, 15&#8239;livres pour la nettoyer et le prix de l'assurance. Au bout du compte, il ne te reste pas grand chose. Le probl&#232;me, c'est qu'Uber est devenu une ic&#244;ne pour d'autres entreprises. S'ils s'en sortent en d&#233;truisant nos droits, ce n'est qu'une question de temps avant que les autres ne se mettent &#224; faire exactement la m&#234;me chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une poign&#233;e de mutins, James a lanc&#233; une plainte contre Uber pour requalifier leur statut d'ind&#233;pendants en celui de salari&#233;s et r&#233;clamer leurs droits : salaire minimum, cong&#233;s pay&#233;s, cong&#233;s maladie, etc. Comme en France, o&#249; l'Urssaf francilienne a r&#233;clam&#233; le paiement de millions d'euros de cotisations &#224; la bo&#238;te, et m&#234;me dans quelques &#201;tats am&#233;ricains o&#249; des &lt;i&gt;class actions&lt;/i&gt; [recours collectifs] ont &#233;t&#233; lanc&#233;es. La plainte vise Uber au c&#339;ur m&#234;me de son mod&#232;le &#233;conomique : si le travail doit &#234;tre aussi liquide qu'une action en bourse, il n'est pas question de reconna&#238;tre quelque lien de subordination que ce soit avec ses &#171; partenaires &#187;. En avril dernier, la firme a consenti &#224; verser pr&#232;s de 100&#8239;millions de dollars &#224; ses chauffeurs am&#233;ricains pour &#233;viter un tel renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le chauffeur est bais&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Steve Garelick, chauffeur et repr&#233;sentant du syndicat GMB coordonnant la plainte contre Uber, &#233;tait au volant &#171; e&lt;i&gt;ntre l'autoroute M3 et la M25, et ensuite la M40 et ensuite chez Renault pour r&#233;parer&lt;/i&gt; [sa] &lt;i&gt;caisse&lt;/i&gt; &#187;. Surtout, il &#233;tait hyper remont&#233;. &#171; &lt;i&gt;L'aspect pratique, c'est qu'en tant que chauffeur, ils attendent de toi que tu fasses le travail d'une certaine mani&#232;re. Sinon ils te d&#233;connectent&lt;/i&gt; [un chauffeur n'est pas licenci&#233;, mais &#8220;d&#233;sactiv&#233; de la plateforme&#8221;, NDLR]. &lt;i&gt;Leurs contrats sont &#224; sens unique. Sur cette base, parce que les chauffeurs n'ont pas la libert&#233; que pr&#233;tend Uber, ils devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des salari&#233;s. Une fois que vous avez prouv&#233; vos droits aux cong&#233;s pay&#233;s, tous les autres peuvent tomber comme des dominos. Ce que le juge va d&#233;cider en juillet, c'est dans quelle mesure Uber contr&#244;le ses chauffeurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, Steve a organis&#233; ce qui &#233;tait &#171; &lt;i&gt;probablement les premi&#232;res manifestations de chauffeurs priv&#233;s dans l'histoire du pays, et c'est important parce qu'en Angleterre, l'apathie est notre plus grande religion&lt;/i&gt; &#187;. Pendant ce temps-l&#224;, Uber d&#233;voilait le nouveau chapitre de &#171; l'&#233;conomie du partage &#187; : des taxis sans pilotes, exp&#233;riment&#233;s en ce moment-m&#234;me &#224; Pittsburgh, aux &#201;tats-Unis. Travis Kalanick, PDG d'Uber, adressait alors au monde un curieux dilemme : &#171; &lt;i&gt;Certaines villes vont l'autoriser, elles seront le bastion du futur. Les autres auront l'air d'appartenir au Moyen-&#226;ge.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vive ! Vive le Moyen-&#226;ge ! (Note du webmaster.)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vive ! Vive le Moyen-&#226;ge ! (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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&lt;p&gt;Quoi de plus naturel pour Uber que de s'installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Apr&#232;s avoir cannibalis&#233; les fameux black cabs et impos&#233; son mod&#232;le de travailleur &#171; liquide &#187;, la firme californienne a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamn&#233;s au statut de travailleurs ind&#233;pendants, une poign&#233;e de mutins r&#233;clament des droits salariaux. Mark, chauffeur flexible, n'avait clairement pas conscience de ses privil&#232;ges. Pire, le nanti s'en plaignait ! Au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quoi de plus naturel pour Uber que de s'installer au Royaume-Uni, pays du travail sans droit ? Apr&#232;s avoir cannibalis&#233; les fameux black cabs et impos&#233; son mod&#232;le de travailleur &#171; liquide &#187;, la firme californienne a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs de taxi en quatre ans. Condamn&#233;s au statut de travailleurs ind&#233;pendants, une poign&#233;e de mutins r&#233;clament des droits salariaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mark, chauffeur flexible, n'avait clairement pas conscience de ses privil&#232;ges. Pire, le nanti s'en plaignait ! Au volant de sa Skoda grise, deux gros autocollants Uber plaqu&#233;s sur les flancs, il enquillait les boulevards pollu&#233;s de Manchester en ronchonnant. Ce n'&#233;taient pas tellement les bouchons, ni la qualit&#233; discutable des routes, ni ses concurrents des compagnies de bus hors de prix qui l'aga&#231;aient. Non, Mark allait peut-&#234;tre manquer le match Manchester City - PSG, pr&#233;vu ce jour-l&#224; &#224; 19h45. &#171; &lt;i&gt;Si je fais une bonne journ&#233;e, je pourrai le voir. Sinon, il faudra travailler plus longtemps et je finirai trop tard. L&#224;, c'est mal parti.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la frustration footballistique du Mancunien - ici, un mal inconsolable - avait r&#233;veill&#233; une nature grincheuse. &#171; &lt;i&gt;&#8239;On est tous &#224; notre compte, mon pote. Mais je me suis habitu&#233; &#224; &#231;a, j'ai &#233;t&#233; taxi pendant 9 ans. J'ai pas de cong&#233;s pay&#233;s. Si t'es malade, t'as le droit &#224; rien. Faut juste aller bosser. Je pars bient&#244;t. Je pars trois semaines. Alors quand tu reviens de vacances, t'es compl&#232;tement &#224; sec !&lt;/i&gt; &#187; Mark avait beau rester calfeutr&#233; dans l'habitacle confortable de sa voiture environ 12&#8239;heures par jour (y compris le week-end), il soutenait mordicus que &#171; &lt;i&gt;c'est vraiment difficile, mon pote, surtout depuis qu'ils ont baiss&#233; leurs tarifs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel un &lt;i&gt;black pudding&lt;/i&gt; g&#226;t&#233;, sa mauvaise foi manifeste vous aurait presque retourn&#233; l'estomac. D'apr&#232;s son site, Uber n'&#233;tait-il pas plut&#244;t du genre &#224; bichonner ses chauffeurs ? &#171; &lt;i&gt;Transformez votre voiture en machine &#224; sous. Certains de nos chauffeurs-partenaires re&#231;oivent en moyenne 2 250 livres&lt;/i&gt; [2 870 euros] &lt;i&gt;par mois.&lt;/i&gt; &#187; Et puis la rutilante entreprise californienne mettait le paquet sur la &#171; &lt;i&gt;flexibilit&#233; ultime&lt;/i&gt; &#187; qui permet de &#171; &lt;i&gt;&#8239;choisir&lt;/i&gt; [ses] &lt;i&gt;propres heures, bien gagner&lt;/i&gt; [sa] &lt;i&gt;vie et consacrer davantage de temps aux choses qui comptent le plus.&lt;/i&gt; &#187; Sauf que Mark n'y voyait l&#224; qu'un &#233;ni&#232;me attrape-couillon dans cette formidable terre d'opportunit&#233;s qu'est le Royaume-Uni. &#171; &lt;i&gt;&#8239;Bah, c'est bien la flexibilit&#233;. Mais si &#231;a veut dire travailler 12&#8239;heures par jour pour gagner assez alors &#231;a veut pas dire grand chose.&lt;/i&gt; &#187; Pour une course de 2,57&#8239;km, vous aviez cr&#233;dit&#233; le compte de Mark de 3,59&#8239;livres (4,5&#8239;euros).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH208/-43-16294.jpg?1779602843' width='400' height='208' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis son lancement en 2012 au Royaume-Uni, la flottille Uber a recrut&#233; environ 25 000 chauffeurs. Voil&#224; que &#171; &lt;i&gt;l'innovation disruptive&lt;/i&gt; &#187; allait enfin bousculer soixante-dix ann&#233;es de domination des black cabs, remis&#233;s au placard comme on d&#233;localiserait Big Ben. Il a fallu jouer des coudes pour se faire une place sur un march&#233; estim&#233; &#224; 5&#8239;milliards de livres et o&#249; les chauffeurs &#171; traditionnels &#187;, cens&#233;s coiffer sur le poteau n'importe quel GPS, &#233;tudient au moins deux ans les subtilit&#233;s routi&#232;res de la capitale britannique. Assis sur une lev&#233;e de fond colossale, Uber a inaugur&#233; l'offensive de march&#233; selon les modalit&#233;s fleuries de &#171; &lt;i&gt;&#8239;l'&#233;conomie du partage&lt;/i&gt; &#187;. Il a br&#251;l&#233; des centaines de milliers de livres pour d&#233;baucher ses chauffeurs, puis a &#233;cras&#233; ses prix pour cannibaliser la concurrence. Aujourd'hui, Uber ne paie aucun salaire ni mat&#233;riel de travail &#224; ses chauffeurs, r&#233;mun&#233;r&#233;s directement par leurs passagers &#224; chaque course. Toutes les semaines, pr&#232;s de 30 000 habitants de Londres t&#233;l&#233;chargent l'application.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des courses jusqu'&#224; deux fois moins ch&#232;res que les black cabs, Uber a beau r&#233;p&#233;ter &#224; ses chauffeurs qu'ils sont &#171; &lt;i&gt;&#8239;leurs propres patrons&#8239;&lt;/i&gt; &#187;, le taulier ne s'est pas fait que des amis. &#171; &lt;i&gt;Les journ&#233;es sont trop courtes pour gagner assez d'argent&lt;/i&gt; &#187;, explique James Farrar, chez Uber depuis deux ans et co-fondateur du syndicat United Private Hire Drivers. &#171; &lt;i&gt;En moyenne, si j'enl&#232;ve les co&#251;ts, je gagne 5 livres de l'heure&lt;/i&gt; [6,50&#8239;euros, moins que le salaire minimum, Ndlr]. &lt;i&gt;Je vous laisse calculer comment on nourrit une famille &#224; Londres avec &#231;a. La seule flexibilit&#233; qu'on a avec un revenu aussi faible, c'est de travailler toujours plus. Maintenant, je travaille entre 14 et 16&#8239;heures par jour, sept jours sur sept. Uber dit que le chauffeur moyen travaille environ 43&#8239;heures par semaine et gagne 19&#8239;livres de l'heure. Prends &#231;a, retire les 25&#8239;% de commission pr&#233;lev&#233;s par Uber, retire 270&#8239;livres par semaine pour louer une Prius, 100&#8239;livres pour l'essence, 15&#8239;livres pour la nettoyer et le prix de l'assurance. Au bout du compte, il ne te reste pas grand chose. Le probl&#232;me, c'est qu'Uber est devenu une ic&#244;ne pour d'autres entreprises. S'ils s'en sortent en d&#233;truisant nos droits, ce n'est qu'une question de temps avant que les autres ne se mettent &#224; faire exactement la m&#234;me chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une poign&#233;e de mutins, James a lanc&#233; une plainte contre Uber pour requalifier leur statut d'ind&#233;pendants en celui de salari&#233;s et r&#233;clamer leurs droits : salaire minimum, cong&#233;s pay&#233;s, cong&#233;s maladie, etc. Comme en France, o&#249; l'Urssaf francilienne a r&#233;clam&#233; le paiement de millions d'euros de cotisations &#224; la bo&#238;te, et m&#234;me dans quelques &#201;tats am&#233;ricains o&#249; des &lt;i&gt;class actions&lt;/i&gt; [recours collectifs] ont &#233;t&#233; lanc&#233;es. La plainte vise Uber au c&#339;ur m&#234;me de son mod&#232;le &#233;conomique : si le travail doit &#234;tre aussi liquide qu'une action en bourse, il n'est pas question de reconna&#238;tre quelque lien de subordination que ce soit avec ses &#171; &lt;i&gt;partenaires&lt;/i&gt; &#187;. En avril dernier, la firme a consenti &#224; verser pr&#232;s de 100&#8239;millions de dollars &#224; ses chauffeurs am&#233;ricains pour &#233;viter un tel renversement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le chauffeur est bais&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Steve Garelick, chauffeur et repr&#233;sentant du syndicat GMB coordonnant la plainte contre Uber, &#233;tait au volant &#171; &lt;i&gt;entre l'autoroute M3 et la M25, et ensuite la M40 et ensuite chez Renault pour r&#233;parer&lt;/i&gt; [sa]&lt;i&gt; caisse&lt;/i&gt; &#187;. Surtout, il &#233;tait hyper remont&#233;. &#171; &lt;i&gt;&#8239;L'aspect pratique, c'est qu'en tant que chauffeur, ils attendent de toi que tu fasses le travail d'une certaine mani&#232;re. Sinon ils te d&#233;connectent &lt;/i&gt; [un chauffeur n'est pas licenci&#233;, mais &#8220;&lt;i&gt;d&#233;sactiv&#233; de la plateforme&lt;/i&gt;&#8221;, NDLR]. &lt;i&gt;Leurs contrats sont &#224; sens unique. Sur cette base, parce que les chauffeurs n'ont pas la libert&#233; que pr&#233;tend Uber, ils devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des salari&#233;s. Une fois que vous avez prouv&#233; vos droits aux cong&#233;s pay&#233;s, tous les autres peuvent tomber comme des dominos. Ce que le juge va d&#233;cider en juillet, c'est dans quelle mesure Uber contr&#244;le ses chauffeurs.&#8239;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois, Steve a organis&#233; ce qui &#233;tait &#171; &lt;i&gt;probablement les premi&#232;res manifestations de chauffeurs priv&#233;s dans l'histoire du pays, et c'est important parce qu'en Angleterre, l'apathie est notre plus grande religion&lt;/i&gt; &#187;. Pendant ce temps-l&#224;, Uber d&#233;voilait le nouveau chapitre de &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie du partage&lt;/i&gt; &#187; : des taxis sans pilotes, exp&#233;riment&#233;s en ce moment-m&#234;me &#224; Pittsburgh, aux &#201;tats-Unis. Travis Kalanick, PDG d'Uber, adressait alors au monde un curieux dilemme : &#171; &lt;i&gt;&#8239;Certaines villes vont l'autoriser, elles seront le bastion du futur. Les autres auront l'air d'appartenir au Moyen-&#226;ge.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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