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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'irr&#233;gularit&#233; enferme les sans-papiers dans une position de fragilit&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat. Pendant plusieurs ann&#233;es, le sociologue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sasha-Wizel" rel="tag"&gt;Sasha Wizel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200lecourant_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/1200lecourant_resultat-81d14.jpg?1783149108' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Sasha Wizel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;endant plusieurs ann&#233;es, le sociologue Stefan Le Courant a enqu&#234;t&#233; dans un local de r&#233;tention administrative (LRA) et recueilli les t&#233;moignages de centaines de personnes en attente de r&#233;gularisation. Dans son livre &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;, paru au Seuil au mois d'avril, il d&#233;crit des existences sur le qui-vive en permanence. Des vies emprisonn&#233;es dans leur condition clandestine, emp&#234;ch&#233;es de se projeter vers l'avenir et, souvent, de tisser des liens solides avec leur environnement. Des existences invisibilis&#233;es, oubli&#233;es, soumises &#224; une implacable et absurde politique du chiffre des expulsions. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre sur la condition des sans-papiers en France s'intitule &lt;i&gt;Vivre sous la menace&lt;/i&gt;. Quelles sont celles qui p&#232;sent sur les personnes exil&#233;es en attente de r&#233;gularisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re menace &#224; laquelle on pense est &#233;videmment celle de l'expulsion vers le pays d'origine, mais en r&#233;alit&#233; elle se concr&#233;tise assez rarement : moins de 20 % des obligations de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sont ex&#233;cut&#233;es. En r&#233;alit&#233;, le seul fait de s&#233;journer irr&#233;guli&#232;rement en France &#233;tend la menace &#224; d'autres sph&#232;res : le risque quotidien, c'est alors d'&#234;tre contr&#244;l&#233;, arr&#234;t&#233;, enferm&#233;&#8230; avec toutes les cons&#233;quences que l'on suppose sur la vie de tous les jours, le travail, le logement, les relations personnelles&#8230; L'irr&#233;gularit&#233; enferme aussi les personnes dans une position de fragilit&#233; qui les expose &#224; toutes sortes d'abus de la part d'autres personnes qui exploiteraient leur faiblesse : employeurs, interm&#233;diaires ou logeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vivre dans l'attente&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation passe par un v&#233;ritable parcours du combattant de plusieurs ann&#233;es, dont les personnes sortent souvent essor&#233;es, physiquement et psychologiquement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant mon enqu&#234;te dans un local de r&#233;tention administrative (LRA), antichambre des centres de r&#233;tention administrative (CRA), j'ai en effet rencontr&#233; beaucoup de personnes dont la sant&#233; semblait d&#233;t&#233;rior&#233;e. Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e, du fait des conditions de vie pr&#233;caire, de travail et de logement&#8230; La sant&#233; mentale est aussi affect&#233;e ; c'est pour cela que j'ai tenu &#224; ce que le livre se termine sur ma rencontre avec un homme qui me semblait &#8220;fou&#8221;. Il r&#233;pondait &#224; c&#244;t&#233; de mes questions. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'&#224; mes interrogations juridiques &#8211; je remplissais en r&#233;tention une mission d'assistance juridique &#8211; il r&#233;pondait par une &#233;vocation, parfois confuse, de ses conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les vies que j'ai observ&#233;es sont des existences sur le qui-vive, les personnes sont toujours en train de se demander o&#249; le danger va surgir, comment s'en pr&#233;munir, en qui elles peuvent avoir confiance&#8230; Les circonstances les conduisent &#224; se m&#233;fier d'un peu tout, au point que certaines d'entre elles d&#233;veloppent des obsessions. Un de mes interlocuteurs m'a dit un jour : &#8220;&lt;i&gt;Au moins, la prison, on sait quand &#231;a s'arr&#234;te&lt;/i&gt;.&#8221; Les personnes vivent suspendues dans un &#233;ternel pr&#233;sent, dans l'attente de la r&#233;gularisation, et nourrissent un sentiment d'incapacit&#233;, d'impuissance&#8230; Elles se retrouvent prises dans un monde o&#249; il est impossible de savoir quand l'irr&#233;gularit&#233; prendra fin, un monde dans lequel il est difficile de se projeter, tant l'avenir est conditionn&#233; par l'obtention des papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie sans papiers impacte aussi les relations personnelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait partie des choses qui m'ont surpris : jusqu'o&#249; l'irr&#233;gularit&#233; exerce ses effets chez certains. Beaucoup de personnes en couple avec une ou un sans-papiers se rendent compte, par exemple, du pouvoir que celui des deux qui a la nationalit&#233; fran&#231;aise finit par acqu&#233;rir (&#224; son corps d&#233;fendant) sur son conjoint. Les autorit&#233;s fran&#231;aises impliquent les deux conjoints dans les d&#233;marches administratives, demandent des preuves de la r&#233;alit&#233; de la relation et poussent les couples &#224; envisager rapidement le mariage puisqu'il s'agit de la seule union v&#233;ritablement reconnue&#8230; Des sentiments de l'un peut ainsi d&#233;pendre le s&#233;jour de l'autre.
C'est pourquoi beaucoup de sans-papiers h&#233;sitent &#224; dire qu'ils sont en situation irr&#233;guli&#232;re au d&#233;but d'une relation. Car ils ont int&#233;rioris&#233; la figure d&#233;pr&#233;ciative du sans-papiers qui serait un manipulateur ou un profiteur &#8211; tandis que son conjoint serait forc&#233;ment une victime, ou trop na&#239;f. En 2009, le ministre de l'Immigration &#201;ric Besson avait d&#233;nonc&#233; les &#8220;&lt;i&gt;mariages gris&lt;/i&gt;&#8221;, o&#249; l'un des &#233;poux abuse l'autre afin d'obtenir des papiers. C'est absurde : comment prouver devant un juge la r&#233;alit&#233; d'un sentiment ? Mais ce genre de d&#233;clarations a un impact politique, elles renforcent les clich&#233;s sur les sans-papiers et p&#232;sent sur la vie des personnes concern&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans le labyrinthe administratif&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail interroge beaucoup la question de l'acc&#232;s &#224; l'administration&#8230; Les rapports avec une bureaucratie &#233;trang&#232;re sont n&#233;cessairement compliqu&#233;s et anxiog&#232;nes, mais vous &#233;voquez aussi une &#171; &lt;i&gt;ins&#233;curit&#233; juridique&lt;/i&gt; &#187; li&#233;e aux fr&#233;quents changements des lois et des r&#232;glements, et aussi &#224; un certain arbitraire dans leur application. Comment &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'application du droit des &#233;trangers rel&#232;ve moins de l'&lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;, au sens o&#249; il s'exercerait ind&#233;pendamment de lois et r&#232;glements existants, que du &lt;i&gt;discr&#233;tionnaire&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; leur application est soumise &#224; l'interpr&#233;tation de l'administration. C'est d'ailleurs sa sp&#233;cificit&#233; : il y a tellement de lois et de circulaires qui se superposent, de pratiques possibles, que les agents en pr&#233;fecture ont la possibilit&#233; de s'appuyer sur des textes tr&#232;s diff&#233;rents qui leur permettent de justifier des d&#233;cisions souvent peu coh&#233;rentes. Ce pouvoir discr&#233;tionnaire fait partie de leurs attributions, il leur est explicitement confi&#233; par la pr&#233;fecture, par exemple lorsqu'elle leur demande d'&#233;valuer le niveau de langue d'un demandeur avant de lui d&#233;livrer un titre, alors qu'ils n'ont pas de comp&#233;tences sp&#233;cifiques pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'impression, chez beaucoup de sans-papiers, qu'il y a des incoh&#233;rences, que les choses ne marchent pas comme elles devraient. S'impose alors l'id&#233;e que la loi et le droit ne sont pas stables, qu'ils ne permettent pas r&#233;ellement de comprendre la situation ni de s'orienter concr&#232;tement. L'exemple typique, c'est quand un demandeur apprend que quelqu'un qui est arriv&#233; en France apr&#232;s lui a re&#231;u des papiers avant lui. Les sans-papiers passent beaucoup de temps &#224; s'interroger sur les d&#233;cisions de l'administration, &#224; essayer de se rep&#233;rer dans leurs m&#233;andres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout que la r&#233;gularisation ne passe pas forc&#233;ment par les formes l&#233;gales...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce labyrinthe, il n'est pas toujours facile de distinguer voies l&#233;gales et ill&#233;gales. On peut prendre l'exemple de cette ancienne employ&#233;e de pr&#233;fecture que j'ai nomm&#233;e Sabrina, qui monnaye ses comp&#233;tences en pr&#233;parant des dossiers de demande de r&#233;gularisation. Certains de mes interlocuteurs qui avaient eu affaire &#224; elle ne savaient pas si son intervention &#233;tait tout &#224; fait l&#233;gale &#8211; d'autant qu'en effet, ses comp&#233;tences tiennent sans doute autant &#224; son savoir-faire en mati&#232;re de constitution des dossiers qu'&#224; ses contacts &#224; la pr&#233;fecture ! Tout le monde sait ce qu'est une &#8220;vraie&#8221; carte de s&#233;jour mais les voies pour l'obtenir sont moins &#233;videntes : les sans-papiers ont donc l'impression d'errer dans un univers opaque o&#249; ils cherchent des interstices. Ce sont des qu&#234;tes tr&#232;s solitaires, qui n'encouragent pas &#224; mettre en commun le savoir. Beaucoup ont int&#233;gr&#233; le discours du &#8220;seuil&#8221;, de la &#8220;capacit&#233; maximale d'accueil des &#233;trangers sur le territoire&#8221; &#8211; discours qui rel&#232;ve du politique et pas d'une quelconque r&#233;alit&#233; d&#233;mographique. Les demandeurs s'estiment ainsi souvent en comp&#233;tition les uns contre les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation signifie-t-elle au moins la fin des probl&#232;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la grande d&#233;sillusion de beaucoup de mes interlocuteurs. Dans leur esprit, le jour o&#249; ils obtiendront des papiers sera aussi celui o&#249; ils pourront retourner voir leurs parents &#8211; quand je leur demandais ce qu'ils feraient quand ils seraient r&#233;gularis&#233;s, &#231;a venait toujours en premier &#8211; et travailler normalement. Mais en r&#233;alit&#233;, m&#234;me avec des papiers, ils ne sont pas forc&#233;ment qualifi&#233;s, ils subissent le racisme et se retrouvent en fait cantonn&#233;s aux m&#234;mes t&#226;ches subalternes qu'avant, au moins les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s leur r&#233;gularisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez une &#171; &lt;i&gt;politique d'expulsion qui n'expulse pas&lt;/i&gt; &#187;. C'est absurde&#8230; Quelle est selon vous la finalit&#233; de ce syst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela part du constat que les &#201;tats n'arrivent pas &#224; appliquer leur souverainet&#233; dans le sens d'un contr&#244;le effectif des personnes qui entrent sur leur territoire. Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'encadrement des populations jug&#233;es ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'entendre pour accueillir les migrants, les pays europ&#233;ens se livrent &#224; une concurrence par le bas dans l'espoir qu'ils se rabattront sur celui d'&#224; c&#244;t&#233;, o&#249; les conditions de vie seraient un peu moins hostiles, o&#249; le harc&#232;lement policier serait un peu moins syst&#233;matique. Mais ces politiques n'ont pas beaucoup d'influence sur les parcours individuels : les circulations ne sont pas fonction des l&#233;gislations mais des liens familiaux ou communautaires, des histoires coloniales&#8230; Calais en est un bon exemple : aussi ferm&#233;e que paraisse la fronti&#232;re, les gens continuent de vouloir passer en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Travailler sans papiers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le maintien de travailleurs sans-papiers dans l'ill&#233;galit&#233; fournit &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre particuli&#232;rement corv&#233;able et docile, qui ne jouit d'aucun droit social. Dans quelle mesure ce march&#233; du travail &lt;i&gt;bis &lt;/i&gt;constitue-t-il une &#171; finalit&#233; cach&#233;e &#187; de la politique migratoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains chercheurs voudraient trouver une fonction &#224; ces politiques r&#233;pressives, avec l'id&#233;e que l'&#201;tat fournirait ainsi &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre corv&#233;able. C'est s&#233;duisant en th&#233;orie : en effet, les travailleurs sans-papiers sont cantonn&#233;s &#224; des t&#226;ches peu r&#233;mun&#233;ratrices et se comportent souvent en employ&#233;s mod&#232;les afin de ne pas attirer l'attention. Mais pour un patron, il n'est pas toujours avantageux d'employer un sans-papiers qui risque en permanence de se faire arr&#234;ter et de quitter son poste du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture est donc un peu r&#233;ductrice. Entre le patron exploiteur et celui qui aide son employ&#233; &#224; obtenir ses papiers, entre les sans-papiers travaillant dans des conditions proches de l'esclavage moderne (priv&#233;s de passeport, vivant au domicile de leurs patrons, pas ou rarement pay&#233;s) et d'autres qui jouissent des conditions normales d'un travail r&#233;gulier avec cong&#233;s pay&#233;s et paiement des heures suppl&#233;mentaires, les situations sont tr&#232;s vari&#233;es. Le &#8220;travail au noir&#8221; n'est pas l'apanage des seuls sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement, qui d&#233;bouchent parfois sur la r&#233;gularisation d'une partie des gr&#233;vistes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;but de mon travail correspond avec les grandes gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers de 2006-2009. Les chercheurs qui les ont suivies de pr&#232;s ont montr&#233; comment le droit au travail a pu servir de support au droit au s&#233;jour&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Avec ces mobilisations, on s'est rendu compte que beaucoup de travailleurs sans-papiers &#233;taient en fait r&#233;guliers, avaient des fiches de paie, payaient des imp&#244;ts, etc., en utilisant les papiers d'autres personnes. Les gr&#232;ves ont ainsi permis de faire exister la figure du travailleur sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation g&#233;n&#233;rale des sans-papiers a longtemps fait partie des revendications traditionnelles de la gauche, qui l'a d'ailleurs partiellement mise en &#339;uvre en 1981 et 1997. Or vous signalez que cette question s'est aujourd'hui d&#233;politis&#233;e, au point de dispara&#238;tre du d&#233;bat public. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut &#233;videmment signaler le glissement du champ politique vers la droite, dans un contexte o&#249; l'&#201;tat est de moins en moins capable d'intervenir sur l'&#233;conomie et se concentre d'autant plus sur ses pouvoirs r&#233;galiens, notamment autour des questions migratoires. Un tournant important a &#233;t&#233; celui de la politique du chiffre, mise en place suite &#224; la loi organique de 2001 relative aux lois de finances, qui organise le budget de l'&#201;tat en fonction de missions et d'objectifs &#224; atteindre, et que Nicolas Sarkozy a mise en application &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait ministre de l'Int&#233;rieur (2002-2004 et 2005-2007). D&#232;s lors, toute la cha&#238;ne du contr&#244;le, du policier de terrain au pr&#233;fet, est soumise &#224; des obligations de r&#233;sultat chiffr&#233;es. Cette politique exerce donc des effets concrets sur les sans-papiers. Depuis 2012, il n'existe officiellement plus d'objectifs chiffr&#233;s. En r&#233;alit&#233;, toute la politique n'est &#233;valu&#233;e qu'en fonction du nombre de personnes expuls&#233;es ; c'est l&#224;-dessus que communique le ministre de l'Int&#233;rieur. Or, &#224; partir du moment o&#249; le chiffre devient une finalit&#233;, l'impact social ou politique, ou l'efficacit&#233; d'une politique, ne sont plus interrog&#233;s. La politique du chiffre exclut du d&#233;bat public la question de la pertinence ou de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en voit le r&#233;sultat aujourd'hui : au d&#233;but des ann&#233;es 1980, quand un r&#233;gime de r&#233;tention sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour les &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, cela a suscit&#233; d'&#233;normes d&#233;bats. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout discut&#233;, y compris par la gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette, &lt;i&gt;On bosse ici, on reste ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#8211; La Gr&#232;ve des sans-papiers : une aventure in&#233;dite&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Les pays europ&#233;ens se sont habitu&#233;s &#224; la violence contre les migrants &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-pays-europeens-se-sont</link>
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		<dc:date>2022-05-06T10:50:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec le sp&#233;cialiste des migrations et g&#233;ographe Olivier Clochard, qui retrace des d&#233;cennies de faillite g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'Europe concernant l'accueil des migrants. Olivier Clochard est g&#233;ographe au CNRS, sp&#233;cialiste des migrations. Depuis des ann&#233;es, il op&#232;re un travail critique des politiques europ&#233;ennes en la mati&#232;re, et a notamment publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 la premi&#232;re carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe. Il a &#233;galement dirig&#233; l'impressionnant travail de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politiques-europeennes" rel="tag"&gt;politiques europ&#233;ennes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec le sp&#233;cialiste des migrations et g&#233;ographe Olivier Clochard, qui retrace des d&#233;cennies de faillite g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'Europe concernant l'accueil des migrants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4532 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;202&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200clochard1_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200clochard1_resultat-2-9a01f.jpg?1782853070' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photographie de Louis Witter. L&#233;gende : Des jeunes marocains tentent de franchir les barri&#232;res du port de Ceuta, qui m&#232;nent aux ferries &#224; destination de l'Espagne. Le 17 f&#233;vrier 2019 &#224; Ceuta, Espagne.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;livier Clochard est g&#233;ographe au CNRS, sp&#233;cialiste des migrations. Depuis des ann&#233;es, il op&#232;re un travail critique des politiques europ&#233;ennes en la mati&#232;re, et a notamment publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 la premi&#232;re carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe. Il a &#233;galement dirig&#233; l'impressionnant travail de documentation qu'est l'&lt;i&gt;Atlas des migrants en Europe&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Atlas des migrants en Europe &#8211; Approche critique des politiques migratoires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Dans cet entretien, il dresse le portrait d'une Europe toujours plus cadenass&#233;e, semant violence et mort &#224; l'encontre des personnes en exil tentant de la rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les politiques europ&#233;ennes en mati&#232;re de migration donnent l'impression d'un processus de durcissement acc&#233;l&#233;r&#233;, tout en s'inscrivant dans un temps long&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette situation s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1990, avec la mise en place de l'espace Schengen et la communautarisation des politiques d'asile et d'immigration. Il y a eu &#224; partir de cette &#233;poque un renforcement des contr&#244;les, notamment aux fronti&#232;res ext&#233;rieures de cet espace. Une politique qui ne concernait plus seulement l'int&#233;rieur de l'Europe mais &#233;galement l'espace m&#233;diterran&#233;en, provoquant de plus en plus de d&#233;c&#232;s : noyades dans des rivi&#232;res et fleuves frontaliers comme l'&#201;vros &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque, morts par hypothermie dans les massifs montagneux ; et puis de nombreux naufrages, devenus malheureusement une banalit&#233;. Cela a men&#233; &#224; cette s&#233;quence terrible en 2015, o&#249; plusieurs bateaux charg&#233;s de centaines de personnes ont sombr&#233; en M&#233;diterran&#233;e. De 2014 &#224; 2016, le bilan dans la partie centrale de cette mer s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 12 000 personnes noy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;currence des naufrages est d&#233;sormais entr&#233;e dans une forme de normalit&#233;, tr&#232;s inqui&#233;tante. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les pays europ&#233;ens se sont habitu&#233;s &#224; la violence &#224; l'encontre des migrants. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, c'&#233;tait plus discret mais pas moins violent, &#224; l'image de policiers marocains crevant avec des couteaux des bateaux pneumatiques en pleine mer. Aujourd'hui, nous avons affaire &#224; une violence assum&#233;e. Par exemple avec le cas des 19 migrants morts de froid apr&#232;s avoir &#233;t&#233; refoul&#233;s et d&#233;pouill&#233;s de leurs habits &#224; la fronti&#232;re grecque, en f&#233;vrier dernier. Des cas graves qui ne suscitent pas de r&#233;action &#8211; hormis de la part de certains m&#233;dias, ONG et militants tentant d'interpeller les responsables, sans effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tout cas acter qu'il y a d&#233;sormais une certaine acceptation de la brutalit&#233;. Certes, cela ne se voit pas vraiment dans les textes europ&#233;ens, o&#249; la question des renvois et des refoulements s'exprime de mani&#232;re feutr&#233;e, euph&#233;mis&#233;e. Sur le terrain, par contre, &#231;a se d&#233;cline de mani&#232;re tr&#232;s brutale. Il y a de multiples cas. Par exemple les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt; en mer &#201;g&#233;e, o&#249; des agents des forces de l'ordre tapent avec des perches sur les personnes dans les navires. Nous pourrions aussi mentionner ce qui se passe &#224; Calais, avec des expulsions presque quotidiennes et o&#249;, devant l'important renforcement des contr&#244;les frontaliers, les exil&#233;s tentent la travers&#233;e du d&#233;troit sur de fr&#234;les embarcations, conduisant l&#224; aussi &#224; de nombreux naufrages. Ce sont des choses que je croyais impensables jusqu'il y a peu. En 2015 encore, il y avait une certaine attention &#224; ces questions, bien symbolis&#233;e par le film &lt;i&gt;Welcome&lt;/i&gt; de Vincent Lindon (2009), mettant en sc&#232;ne une approche humaniste de la question calaisienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble qu'il aurait pu y avoir un changement de cap en 2015, avec l'Allemagne ouvrant ses portes et la m&#233;diatisation de la mort du petit Aylan Kurdi. Or c'est l'inverse qui s'est pass&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;tant donn&#233; la guerre en Syrie qui durait depuis quatre ans, on aurait certes pu penser qu'il y aurait une v&#233;ritable prise de conscience, similaire &#224; ce qu'on a r&#233;cemment vu avec l'Ukraine. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Et on s'est content&#233; de poursuivre la politique s&#233;curitaire li&#233;e &#224; la communautarisation des politiques europ&#233;ennes d'asile et d'immigration, avec notamment une augmentation importante des barri&#232;res (Ceuta, Melilla, fronti&#232;res entre la Turquie et la Gr&#232;ce ou la Bulgarie, etc.) et des moyens de contr&#244;le technologiques (drones, enregistrement des empreintes digitales, etc.). Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, des entreprises priv&#233;es sont &#224; la man&#339;uvre pour profiter de ce march&#233; juteux. La Commission europ&#233;enne a ainsi propos&#233; d&#232;s 2002 la mise en place d'un groupe de recherche europ&#233;en sur la s&#233;curit&#233;, charg&#233; de travailler sur &#8220;&lt;i&gt;la gestion int&#233;gr&#233;e des fronti&#232;res&lt;/i&gt;&#8221; des &#233;tats membres. Et en 2004, on a fait appel &#224; diverses entreprises comme Airbus et Thales en France, Ericsson en Su&#232;de ou Indra en Espagne, qui participent &#224; la conception des technologies &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Tous participent &#224; ces recherches, promeuvent intens&#233;ment l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'un contr&#244;le renforc&#233;, avec un fort lobbying aupr&#232;s des instances europ&#233;ennes. Et tout cela est men&#233; de mani&#232;re relativement opaque. Cela conduit &#224; un effet boucle, avec application de ces mesures dans tout l'espace europ&#233;en, sans aucune prise en compte des recherches sur les migrations. La critique n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, comme le montre l'exemple de la situation migratoire autour du mur entre la Serbie et la Hongrie, les gens passent quand m&#234;me. Au fond, les murs et leur attirail technologique ne sont pas tr&#232;s efficaces, et contribuent simplement &#224; rendre encore plus dure l'existence des personnes exil&#233;es. Je me souviens d'avoir particip&#233; en 2015-2016 &#224; un groupe de travail diligent&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur Bernard Cazeneuve et cens&#233; proposer des pistes pour am&#233;liorer la situation migratoire &#224; Calais. Avec la sociologue Karen Akoka, nous avions pos&#233; cette question : est-ce qu'il ne faudrait pas commencer par faire un bilan des politiques men&#233;es depuis pr&#232;s de quinze ans, notamment sur le plan financier ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Au fond, les murs et leur attirail technologique ne sont pas tr&#232;s efficaces, et contribuent simplement &#224; rendre encore plus dure l'existence des personnes exil&#233;es. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notre requ&#234;te n'a pas &#233;t&#233; accept&#233;e. Et c'est pareil dans toute l'Europe : on investit &#233;norm&#233;ment d'argent dans des dispositifs de contr&#244;le sans se soucier des effets, notamment sur les principaux concern&#233;s, mais aussi sur la constitution de r&#233;seaux de passeurs toujours plus puissants &#8211; plus il y a d'obstacles, plus ils sont n&#233;cessaires. On ne prend jamais &#231;a en compte. Ni l'aspect moral, ni l'aspect financier. Et on poursuit la mise en place de ces dispositifs, alors m&#234;me que les gens continuent d'arriver et sont maintenus dans des conditions tr&#232;s difficiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;314&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200clochard2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200clochard2_resultat-73b76.jpg?1782853070' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photographie de Louis Witter. L&#233;gende : Dans les blocs de b&#233;ton du port dorment tous ceux qui ne vont ni au centre pour mineurs, ni au centre pour majeurs. Zakaria se r&#233;veille aux alentours de huit heures. Pour se laver un peu, il r&#233;cup&#232;re de l'eau de mer dans un petit seau. Le 22 f&#233;vrier 2019 &#224; Ceuta, Espagne.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re &#233;volution inqui&#233;tante, la d&#233;cision du Royaume-Uni d'externaliser les demandes d'asile au Rwanda...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, c'est une id&#233;e ancienne. En 1986, le Danemark avait d&#233;j&#224; avanc&#233; une proposition similaire devant les Nations unies, reprise en 1994 par les Pays-Bas dans un cadre intergouvernemental. Mais ces deux intentions &#233;taient rest&#233;es &#224; l'&#233;tat de projet. Cette volont&#233; de d&#233;l&#233;guer le traitement de l'asile &#224; d'autres pays que celui o&#249; est la personne trouve aussi ses origines dans la convention de Dublin de 1990, transform&#233;e en r&#232;glement en 2003. Ses dispositions r&#233;pondent &#224; l'obsession des &#201;tats de renvoyer les requ&#233;rants dans le pays par lequel ils sont entr&#233;s en Europe. Cette r&#233;glementation engendre un fort d&#233;s&#233;quilibre entre &#201;tats et prend tr&#232;s peu en compte les projets de vie des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, remise &#224; l'ordre du jour par le Royaume-Uni, a &#233;t&#233; plusieurs fois propos&#233;e par le pass&#233;, notamment en 2003, avec d&#233;j&#224; les Britanniques aux manettes, sugg&#233;rant que les migrants soient renvoy&#233;s dans des camps &#224; l'ext&#233;rieur de l'Union europ&#233;enne (UE). En 2004, les ministres italien et allemand de l'Int&#233;rieur ont cherch&#233; eux aussi &#224; externaliser la proc&#233;dure de demande d'asile, en utilisant l'euph&#233;misme &#8220;&lt;i&gt;guichet europ&#233;en de l'immigration&lt;/i&gt;&#8221;. Aucune de ces tentatives n'a &#233;t&#233; suivie. Mais elles correspondaient &#224; des coups de boutoir dans les politiques d'asile, de plus en plus forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le Rwanda, il y a aussi eu une construction progressive de son r&#244;le. Je vous renvoie notamment &#224; une note d'actualit&#233; du r&#233;seau Migreurop, &#8220;Prot&#233;ger et contr&#244;ler, les deux visages du HCR&#8221; &lt;i&gt;[mai 2020]&lt;/i&gt;. On y montrait que l'Europe n'accueillait pas de r&#233;fugi&#233;s touch&#233;s par le conflit libyen et que le Rwanda jouait un r&#244;le notable dans le dispositif mis en place par l'UE pour accueillir les &#233;trangers en tr&#232;s grande difficult&#233; dans le pays, en &#233;change de millions de dollars. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a de plus en plus d'acteurs impliqu&#233;s et des ramifications d'une complexit&#233; assez effarante...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, les cas sont multiples. De la Libye que l'on paye pour retenir les migrants dans les conditions que l'on sait aux pays dits de &#8220;transit&#8221;, comme la Serbie, somm&#233;s de s'impliquer davantage en &#233;change notamment d'une politique de visas plus favorable pour leurs ressortissants. En tout cas, on s'oriente de plus en plus vers les pays frontaliers de l'UE. Avec une politique europ&#233;enne de voisinage &#224; partir de 2001. Ou les partenariats pour la mobilit&#233; (PPM) mis en place avec la Tunisie, la Moldavie, etc., qui visent &#224; favoriser certaines &#8220;migrations choisies&#8221;, ce qui induit &#233;galement l'id&#233;e de formaliser davantage l'approche europ&#233;enne restrictive des migrations. Ou bien l'enchev&#234;trement d'accords bilat&#233;raux et multilat&#233;raux entre &#201;tats de l'UE et pays africains. L'id&#233;e, c'est qu'on facilite certaine mobilit&#233;s &#8220;choisies&#8221; et que, de l'autre c&#244;t&#233;, on renforce les contr&#244;les migratoires vis-&#224;-vis d'autres personnes qualifi&#233;es d'ind&#233;sirables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce paysage vient s'ajouter le pacte europ&#233;en sur la migration et l'asile de 2020, que la chercheuse Claire Rodier qualifiait r&#233;cemment d' &#171; usine &#224; gaz &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce pacte fourre-tout vient renforcer l'id&#233;e de mettre en place de grands centres de transit, comme en Gr&#232;ce par exemple avec les &lt;i&gt;hotspots&lt;/i&gt;, pour op&#233;rer des tris entre, d'un c&#244;t&#233;, celles et ceux que les &#201;tats consentent &#224; accepter et, de l'autre, celles et ceux que les autorit&#233;s rejettent, soit en les expulsant de l'UE, soit en laissant les personnes enferm&#233;es dans des situations d&#233;gradantes et inhumaines. Il est certes rappel&#233; dans ce pacte le &#8220;&lt;i&gt;plein respect du principe de non-refoulement&lt;/i&gt;&#8221; ou plus largement le &#8220;&lt;i&gt;respect des droits fondamentaux&lt;/i&gt;&#8221;. Mais dans le m&#234;me temps est annonc&#233; le renforcement des contr&#244;les policiers. Si ce pacte n'est pas encore appliqu&#233;, il s'inscrit en tout cas dans la droite ligne des politiques de ces trente derni&#232;res ann&#233;es. Et il ne va clairement pas vers davantage de simplification&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'on en parle moins depuis le d&#233;but de la guerre en Ukraine, qui a mis en lumi&#232;re la dimension diff&#233;renci&#233;e des politiques men&#233;es &#8211; et le racisme latent des mesures appliqu&#233;es &lt;i&gt;[lire p. VIII]&lt;/i&gt;. Si les dispositifs europ&#233;ens mis en place pour les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens soulignent la n&#233;cessit&#233; de venir en aide aux personnes en qu&#234;te de protection, ces m&#233;canismes &#233;voquent &#233;galement des formes de racisme profond&#233;ment ancr&#233;es dans nos soci&#233;t&#233;s. Par exemple &#224; Calais, la maire Natacha Bouchart (ex-LR qui vient de rallier le pr&#233;sident de la R&#233;publique) et la sous-pr&#233;fecture ont mis &#224; disposition l'auberge de jeunesse pour les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens, alors qu'ils appliquent depuis des ann&#233;es une politique tr&#232;s restrictive &#224; l'encontre des migrants en transit sur leur territoire (&#233;vacuation de squats, d&#233;mant&#232;lement de camps informels, interdiction &#224; certaines associations de fournir de la nourriture, etc.). On a entendu des d&#233;clarations &#233;c&#339;urantes sur les&lt;i&gt; bons&lt;/i&gt; r&#233;fugi&#233;s ukrainiens. Un journaliste britannique de la BBC a &#233;voqu&#233; &#8220;&lt;i&gt;des gens avec des yeux bleus et des cheveux blonds&lt;/i&gt;&#8221;. En tout cas, la proc&#233;dure de r&#233;ponse &#224; un &#8220;afflux massif&#8221; a &#233;t&#233; mise en place pour l'Ukraine. Ce qui est une tr&#232;s bonne chose. Mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas dans le pass&#233;, par exemple en 2011 avec le Printemps arabe, alors que Malte et l'Italie faisaient des demandes en ce sens. Ni en 2015 avec la crise syrienne ou en 2021 avec l'Afghanistan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tableau trac&#233; est noir. Y a-t-il des lueurs d'espoirs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il convient d&#233;j&#224; de rappeler qu'il y a beaucoup de gens et d'associations qui m&#232;nent un travail critique et humanitaire. On peut esp&#233;rer qu'&#224; un moment cela produise des effets sur la soci&#233;t&#233;, qu'il y ait une vraie r&#233;flexion. Et l'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut. Mais ces questions ne sont pour l'instant pas prises en compte par les responsables politiques, les seuls sans doute &#224; m&#234;me de faire changer de cap les politiques migratoires des pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il y a beaucoup d'outils que l'on peut mobiliser. De mon c&#244;t&#233;, c'est la g&#233;ographie. Spatialiser les questions migratoires permet de rassembler des informations et des &#233;l&#233;ments dispers&#233;s dans un texte, de faire prendre conscience d'une situation dont on entend parler par intermittence. Pour la question des morts aux fronti&#232;res, des camps, des accords, &#231;a apporte quelque chose, &#231;a appuie le d&#233;veloppement des analyses critiques. La carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe que j'avais r&#233;alis&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2000 est toujours actualis&#233;e aujourd'hui, notamment par le g&#233;ographe Nicolas Lambert&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; Les damn&#233;&#183;es de la mer &#187;, sur le site de Migreurop (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, rappelant le co&#251;t humain terrible des politiques europ&#233;ennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Atlas des migrants en Europe &#8211; Approche critique des politiques migratoires&lt;/i&gt;, Armand Colin, 2017, sous l'impulsion du r&#233;seau Migreurop.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3026.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les damn&#233;&#183;es de la mer &#187;&lt;/a&gt;, sur le site de Migreurop (05/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maltraitance des exil&#233;&#183;es : &#224; Calais, l'&#201;tat se donne en spectacle</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Bonnevalle</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 11 f&#233;vrier dernier, un squat de Calais &#233;tait expuls&#233; par le Raid, dans une mise en sc&#232;ne quasi th&#233;&#226;trale. Spectaculaire, l'&#233;v&#233;nement n'a pourtant rien d'&#233;tonnant : depuis trente ans, les gouvernements successifs reproduisent inlassablement les m&#234;mes d&#233;monstrations de force pour mieux masquer la d&#233;faillance de l'&#201;tat quant &#224; l'accueil des personnes exil&#233;es. Le 6 f&#233;vrier dernier, &#224; Calais, un hommage &#233;tait rendu aux 347 personnes exil&#233;es mortes depuis 1999 &#224; la fronti&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no208-avril-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;208 (avril 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Interieur" rel="tag"&gt;l'Int&#233;rieur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camp" rel="tag"&gt;Camp&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Calais" rel="tag"&gt;Calais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/exilees" rel="tag"&gt;exil&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/exilees-mortes" rel="tag"&gt;exil&#233;es mortes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pirrik-18127" rel="tag"&gt;Pirrik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sangatte" rel="tag"&gt;Sangatte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif-Calais" rel="tag"&gt;collectif Calais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/calais-a3b38.jpg?1782879112' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 11 f&#233;vrier dernier, un squat de Calais &#233;tait expuls&#233; par le Raid, dans une mise en sc&#232;ne quasi th&#233;&#226;trale. Spectaculaire, l'&#233;v&#233;nement n'a pourtant rien d'&#233;tonnant : depuis trente ans, les gouvernements successifs reproduisent inlassablement les m&#234;mes d&#233;monstrations de force pour mieux masquer la d&#233;faillance de l'&#201;tat quant &#224; l'accueil des personnes exil&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH461/1200calais-brianapon_resultat-84af7-05da7.jpg?1782879112' width='500' height='461' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Pirikk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 6 f&#233;vrier dernier, &#224; Calais, un hommage &#233;tait rendu aux 347 personnes exil&#233;es mortes depuis 1999 &#224; la fronti&#232;re franco-britannique &#8211; et aux disparu&#183;es, non recens&#233;&#183;es. Le lendemain, le collectif Calais logement pour toustes annon&#231;ait la r&#233;quisition d'une maison inoccup&#233;e et d'un immeuble d'habitation vacant de 10 &#233;tages, vou&#233; &#224; la d&#233;molition. Le but : en faire un lieu d'accueil et de protection pour les personnes exil&#233;es, qui subissent quotidiennement la violence des forces de l'ordre&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Communiqu&#233; : un toit c'est un droit, m&#234;me &#224; Calais &#187; (07/02/2022).&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de l'occupation de l'immeuble, situ&#233; rue d'Ajaccio, dans le quartier populaire du Fort-Nieulay, d&#233;clenche une mobilisation disproportionn&#233;e de moyens policiers. Plusieurs compagnies de CRS et de gendarmes mobiles sont envoy&#233;es sur place et organisent un v&#233;ritable si&#232;ge. Elles entourent l'immeuble, coupent l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, emp&#234;chent tout ravitaillement, repoussant et gazant soutiens, voisins et enfants qui approchent de la zone. Quant &#224; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Muriel Ruef, l'avocate d'un des occupants, elle n'est pas inform&#233;e de la proc&#233;dure d'expulsion en cours malgr&#233; ses relances aupr&#232;s du tribunal : l'ordonnance est rendue sans respecter le principe du contradictoire&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le Raid &#224; Calais : une disproportion &#224; la hauteur de notre inaction &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le 11 f&#233;vrier, le ministre de l'Int&#233;rieur sort les grands moyens : le Raid intervient pour r&#233;tablir l'ordre et emp&#234;cher toute forme de solidarit&#233;. H&#233;licopt&#232;re, fusils d'assaut, d&#233;tonations&#8230; un arsenal digne d'une sc&#232;ne de guerre. Pour d&#233;busquer de dangereux terroristes ? Non : pour d&#233;loger 20 militant&#183;es d&#233;fendant le droit au logement pour toutes et tous.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le probl&#232;me Sangatte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Calais, cette &#171; expulsion-spectacle &#187; n'est pas un &#233;v&#233;nement isol&#233; : la loi interdit de renvoyer dans leurs pays les personnes exil&#233;es qui fuient la guerre, une dictature ou encore des pers&#233;cutions, et depuis trente ans, faute de parvenir &#224; &#171; vider Calais &#187;, les gouvernements successifs tentent de sauver la face &#224; travers la mise en sc&#232;ne des expulsions. L'opinion publique peut &#234;tre rassur&#233;e : l'&#201;tat maintient l'ordre et n'accueille pas &#8211; tandis que les personnes exil&#233;es font les frais de cette politique mortif&#232;re et cynique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Les gouvernements successifs tentent de sauver la face &#224; travers la mise en sc&#232;ne des expulsions.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1999, l'&#233;dification du camp de Sangatte, situ&#233; &#224; quelques kilom&#232;tres &#224; l'ouest de Calais, avait d&#233;j&#224; pour objectif de concentrer les personnes exil&#233;es en un m&#234;me lieu &#8211; mani&#232;re de les invisibiliser. Durant les trois ann&#233;es d'existence du camp, pr&#232;s de 70 000 personnes y sont comme assign&#233;es &#224; r&#233;sidence. En mai 2002, nouvellement nomm&#233; &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, Nicolas Sarkozy met &#224; l'agenda le &#171; &lt;i&gt;probl&#232;me Sangatte&lt;/i&gt; &#187;, selon lui &#171; &lt;i&gt;symbole de l'appel d'air&lt;/i&gt; &#187; que constituerait une politique migratoire trop &#171; g&#233;n&#233;reuse &#187;. En d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, le camp est d&#233;truit. La machine &#224; expulser est actionn&#233;e : l'Int&#233;rieur met sur pied le dispositif Ulysse, qui mobilise plusieurs centaines de policiers charg&#233;s de harceler et d'expulser les personnes exil&#233;es pr&#233;sentes &#224; Calais. Celles-ci sont envoy&#233;es dans divers centres de r&#233;tention ou d'h&#233;bergement hors du Nord-Pas-de-Calais &#8211; pour mieux revenir, dans des conditions toujours plus pr&#233;caires. Co&#251;teux et inefficace, le dispositif ne r&#233;pond pas davantage aux objectifs politiques du gouvernement, &#224; savoir la publicisation de sa fermet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La com&#233;die de l' &#187; humanit&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Abandonn&#233; en 2007, Ulysse c&#232;de la place &#224; des expulsions plus espac&#233;es et largement m&#233;diatis&#233;es. Le 22 septembre 2009, le ministre de l'Immigration &#201;ric Besson se d&#233;place &#224; Calais &#224; l'occasion de la liquidation de la &#171; Jungle &#187; pachtoune. Accompagn&#233; d'une centaine de CRS et devant plusieurs dizaines de journalistes et photographes, il d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Nous avons restaur&#233; l'&#201;tat de droit sans violence&lt;/i&gt; &#187;, tout en pr&#233;cisant avoir agi &#171; &lt;i&gt;avec humanit&#233; et d&#233;licatesse&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#201;ric Besson assume la fermeture de &#8220;la jungle&#8221; &#187;, Le Figaro (23/09/2009).&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, le gouvernement socialiste reproduit un dispositif analogue &#224; celui du camp de Sangatte avec le centre Jules-Ferry. Un espace sous-dimensionn&#233; et insalubre, &#224; proximit&#233; duquel se d&#233;veloppe un bidonville : la &#171; Grande Jungle &#187;. En parall&#232;le, les forces de l'ordre d&#233;truisent syst&#233;matiquement les espaces de vie situ&#233;s &#224; Calais, contraignant plus de 10 000 personnes &#224; s'entasser &#224; l'&#233;t&#233; 2016 dans la Jungle &#8211; preuve visible que l'&#201;tat ne peut emp&#234;cher la migration et qu'il refuse d'organiser un accueil d&#233;cent. Le gouvernement pr&#233;voit donc sa destruction, promettant aux journalistes un &lt;i&gt;show&lt;/i&gt; dantesque. Un &#171; p&#244;le accueil &#187; est m&#234;me mis en place &#224; destination de plus de 700 journalistes et technicien&#183;nes et permet l'organisation de visites guid&#233;es. Pendant quatre jours, les m&#233;dias rendent compte de l'expulsion et de la destruction m&#233;thodique du bidonville. Pour le ministre de l'Int&#233;rieur Bernard Cazeneuve (qui conduit l'op&#233;ration), il s'agit d'affirmer la pr&#233;sence d'un &#201;tat fort : un &#201;tat qui ma&#238;trise son territoire, mais qui agit avec &#171; &lt;i&gt;humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Il y avait l&#224; une v&#233;ritable urgence humanitaire, qui nous dictait d'&#234;tre &#224; la hauteur des valeurs port&#233;es par la France&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Remerciements aux personnes engag&#233;es sur le d&#233;mant&#232;lement du campement de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, affirme alors le ministre, rejouant la partition de Besson.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Donner corps &#224; l'inhospitalit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La destruction du bidonville de Calais d&#233;bouche imm&#233;diatement sur la politique dite &#171; z&#233;ro point de fixation &#187;. L'objectif ? &#201;loigner et invisibiliser les personnes exil&#233;es par l'expulsion quotidienne des lieux de vie et en les emp&#234;chant d'acc&#233;der &#224; la nourriture et aux soins. Encore une preuve d' &#187; &lt;i&gt;humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise en place en 2016, cette politique a provoqu&#233; une explosion du nombre d'expulsions : de 452 en 2018, elles sont pass&#233;es &#224; 1 226 en 2021. Ces op&#233;rations, reproduites quotidiennement, sont devenues la routine : d&#232;s 6 heures du matin, les forces de l'ordre d&#233;barquent en nombre, bouclent la zone, expulsent les habitant&#183;es des lieux de vie, avant que les services de la ville, accompagn&#233;s d'une entreprise de nettoyage, ne d&#233;truisent ces derniers, confisquant au passage les effets personnels des exil&#233;&#183;es. Dans les minutes qui suivent, le camp est reconstitu&#233; et tient jusqu'&#224; la nouvelle expulsion, qui survient dans les 48 heures. Malgr&#233; cette politique de harc&#232;lement syst&#233;matique, le nombre de personnes pr&#233;sentes sur le littoral oscille toujours entre 1 000 et 2 500, qui survivent dans des conditions toujours plus pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#201;tat, il s'agit de &#171; &lt;i&gt;donner un sentiment d'ordre&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait du rapport men&#233; par l'auteur de cet article pour la Plateforme des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;, tout en d&#233;montrant une &#171; &lt;i&gt;ma&#238;trise [des] flux migratoires&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, l'expulsion devient un spectacle, qui n&#233;cessite &#224; la fois l'existence de lieux de vie, t&#233;moignages visibles des conditions d'existence indignes des exil&#233;&#183;es, et la m&#233;diatisation de leur destruction. Selon Lucie T., haute fonctionnaire au minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, images et vid&#233;os fonctionnent comme autant de &#171; &lt;i&gt;preuves&lt;/i&gt; &#187; de l'action de l'&#201;tat : &#171; &lt;i&gt;&#199;a participe de la strat&#233;gie de l'Int&#233;rieur, &#231;a envoie deux messages.&lt;/i&gt; &#187; Et de pr&#233;ciser : &#187; &lt;i&gt;Un, l'&#201;tat agit contre les migrants&#8230; c'est cynique, mais c'est moins co&#251;teux politiquement d'agir ainsi que de respecter leurs droits fondamentaux. Deux, &#231;a envoie un signe aux migrants qui seraient tent&#233;s de venir &#224; Calais&lt;/i&gt; : &#8220;&lt;i&gt;Regardez ce qu'il va vous arriver si vous venez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, depuis 1998, plus d'un milliard d'euros ont &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;s pour prot&#233;ger la fronti&#232;re : barbel&#233;s, murs b&#233;tonn&#233;s, cam&#233;ras infrarouges et thermiques, drones&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8230; Ces dispositifs s&#233;curitaires, dont l'objet est d'entraver les personnes exil&#233;es dans leurs d&#233;placements, ne les emp&#234;chent pas pour autant de passer. Le message est ainsi toujours le m&#234;me : l'&#201;tat agit &#8211; tandis que les camps de fortune continuent de donner corps &#224; l'inhospitalit&#233;. Lire Calais comme un d&#233;cor, ce n'est pas nier les violences orchestr&#233;es par les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; depuis trente ans. Mais au contraire montrer comment cette politique manifeste &#224; la fois la toute-puissance de l'&#201;tat et son inaction envers les personnes exil&#233;es, devenues les otages d'une politique de non-accueil confinant &#224; l'inhumain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pierre Bonnevalle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4500 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/220329_cqf_nat_men_009_01.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 2.9 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1786527710' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;PDF de notre infographie &#034;30 ans de violences d'&#233;tats &#224; la fronti&#232;re franco-britannique&#034;
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd208.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH659/cqfd208-3b6c4.jpg?1782879112' width='500' height='659' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.infolibertaire.net/communique-un-toit-cest-un-droit-meme-a-calais/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Communiqu&#233; : un toit c'est un droit, m&#234;me &#224; Calais &#187;&lt;/a&gt; (07/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/110222/le-raid-calais-une-disproportion-la-hauteur-de-notre-inaction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le Raid &#224; Calais : une disproportion &#224; la hauteur de notre inaction &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mediapart &lt;/i&gt;(11/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/politique/2009/09/23/01002-20090923ARTFIG00373-eric-besson-assume-la-fermeture-de-la-jungle-.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#201;ric Besson assume la fermeture de &#8220;la jungle&#8221; &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; (23/09/2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://mobile.interieur.gouv.fr/Archives/Archives-ministres-de-l-Interieur/Archives-Bernard-Cazeneuve-avril-2014-decembre-2016/Interventions-du-ministre/Remerciements-aux-personnes-engagees-sur-le-demantelement-du-campement-de-la-Lande&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Remerciements aux personnes engag&#233;es sur le d&#233;mant&#232;lement du campement de la Lande &#187;&lt;/a&gt; (07/11/2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Extrait du rapport men&#233; par l'auteur de cet article pour la Plateforme des soutiens aux migrants et migrantes et intitul&#233; : &lt;a href=&#034;https://www.lacimade.org/publication/rapport-letat-francais-et-la-gestion-de-la-presence-des-personnes-exilees-dans-la-frontiere-franco-britannique-harceler-expulser-disperser/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'&#201;tat fran&#231;ais et la gestion de la pr&#233;sence des personnes exil&#233;es &#224; la fronti&#232;re franco-britannique &#8211; Harceler, expulser et disperser &#187;&lt;/a&gt; (04/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Ce cirque qui consiste &#224; voter pour nos ma&#238;tres &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Ce-cirque-qui-consiste-a-voter</link>
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		<dc:date>2022-04-08T12:05:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Simone Sittwe</dc:creator>


		<dc:subject>C&#233;cile Kiefer</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;cile Kiefer</dc:subject>
		<dc:subject>politiques</dc:subject>
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		<dc:subject>Francis Dupuis-D&#233;ri</dc:subject>
		<dc:subject>voter</dc:subject>
		<dc:subject>pouvoir politique</dc:subject>
		<dc:subject>directe</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s Les Black blocs &#8211; La libert&#233; et l'&#233;galit&#233; se manifestent (Lux, 2003) ou L'Anarchie expliqu&#233;e &#224; mon p&#232;re (Lux, 2014), Francis Dupuis-D&#233;ri, chercheur en sciences politiques et auteur prolixe, commet en 2019 un essai vivifiant : Nous n'irons plus aux urnes &#8211; Plaidoyer pour l'abstention (Lux). O&#249; il est question de critique radicale du syst&#232;me &#233;lectoral, de subversion du jeu et de pistes d'&#233;mancipation. Si on ne se hasardera dans ces pages &#224; aucun pronostic quant au r&#233;sultat de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no208-avril-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;208 (avril 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cecile-Kiefer-227" rel="tag"&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cecile-Kiefer-830" rel="tag"&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politiques" rel="tag"&gt;politiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/democratie" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/democratie-directe" rel="tag"&gt;d&#233;mocratie directe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vote" rel="tag"&gt;vote&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Francis-Dupuis-Deri" rel="tag"&gt;Francis Dupuis-D&#233;ri&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voter" rel="tag"&gt;voter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pouvoir-politique" rel="tag"&gt;pouvoir politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/directe" rel="tag"&gt;directe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/1200votervomir_2-8ea74.jpg?1783149109' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s &lt;i&gt;Les Black blocs &#8211; La libert&#233; et l'&#233;galit&#233; se manifestent &lt;/i&gt;(Lux, 2003) ou &lt;i&gt;L'Anarchie expliqu&#233;e &#224; mon p&#232;re&lt;/i&gt; (Lux, 2014), Francis Dupuis-D&#233;ri, chercheur en sciences politiques et auteur prolixe, commet en 2019 un essai vivifiant : &lt;i&gt;Nous n'irons plus aux urnes &#8211; Plaidoyer pour l'abstention&lt;/i&gt; (Lux). O&#249; il est question de critique radicale du syst&#232;me &#233;lectoral, de subversion du jeu et de pistes d'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200votervomir_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/1200votervomir_resultat-2-63a80.jpg?1783149109' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;i on ne se hasardera dans ces pages &#224; aucun pronostic quant au r&#233;sultat de la pr&#233;sidentielle, ce qu'on peut en revanche affirmer sans trop de risque, c'est que Francis Dupuis-D&#233;ri n'ira pas voter les 10 et 24 avril. D'une, parce qu'il est Qu&#233;b&#233;cois ; de deux, parce que mettre un bulletin dans une urne, c'est pas franchement sa came. Chercheur et professeur de sciences politiques et d'&#233;tudes f&#233;ministes &#224; l'Universit&#233; du Qu&#233;bec &#224; Montr&#233;al (Uqam), ce sp&#233;cialiste des mouvements sociaux est aussi l'auteur d'un essai qui fleure bon la s&#233;dition : &lt;i&gt;Nous n'irons plus aux urnes&lt;/i&gt;, sous-titr&#233; &lt;i&gt;Plaidoyer pour l'abstention&lt;/i&gt;, paru chez Lux en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on l'interroge sur l'int&#233;r&#234;t politique de s'abstenir, Francis Dupuis-D&#233;ri ne fait pas dans la dentelle : &#171; &lt;i&gt;Pour ne pas participer au choix de nos ma&#238;tres ; ne pas cautionner un syst&#232;me fondamentalement in&#233;galitaire qui maintient au pouvoir un monarque &#233;lu (le pr&#233;sident) et une aristocratie &#233;lue (les parlementaires) ; parce qu'on a si souvent &#233;t&#233; d&#233;&#231;us ; qu'on n'en peut plus de voter &#8220;contre&#8221; ; qu'aucune candidature ne correspond &#224; nos priorit&#233;s, nos valeurs, nos espoirs et nos int&#233;r&#234;ts&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; parce que la vie est ailleurs...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une diatribe &#224; l'emporte-pi&#232;ce ? On en est loin, l'opuscule de Francis Dupuis-D&#233;ri reposant en grande partie sur des &#233;l&#233;ments d'histoire politique solides et des r&#233;flexions inspirantes, impr&#233;gn&#233;es entre autres de la pens&#233;e de grandes figures de l'anarchisme, de Louise Michel &#224; Errico Malatesta en passant par Voltairine de Cleyre et Pierre Kropotkine. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez du vote comme d'un outil de &#171; &lt;i&gt;d&#233;possession&lt;/i&gt; &#187;, voire &#171; &lt;i&gt;d'usurpation&lt;/i&gt; &#187; de notre pouvoir politique par les &#233;lites. C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le fait est que les exp&#233;riences de d&#233;mocratie r&#233;elle, ou directe, ne connaissaient pas le vote ni d'&#233;lites &#233;lues. C'&#233;tait vrai &#224; Ath&#232;nes mais aussi chez les Premi&#232;res Nations autochtones en Am&#233;rique du Nord, avant que les puissances coloniales anglaise et fran&#231;aise ne d&#233;truisent leur syst&#232;me politique, et en bien d'autres endroits du monde o&#249; les d&#233;cisions se prenaient collectivement dans des assembl&#233;es de villages, y compris au Moyen &#194;ge en Europe &#8211; et parfois dans des assembl&#233;es non mixtes de femmes, comme chez les Igbo au Nig&#233;ria, avant que le colonisateur anglais ne les interdise au d&#233;but des ann&#233;es 1930. Lors de la fondation des premi&#232;res r&#233;publiques modernes &#224; la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, d'abord aux &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique apr&#232;s la guerre d'ind&#233;pendance contre l'Angleterre, puis en France et &#224; Ha&#239;ti, les &#233;lites r&#233;volutionnaires n'ont pas propos&#233; d'instaurer la d&#233;mocratie directe et elles ne se d&#233;finissaient m&#234;me pas comme &#8220;d&#233;mocrates&#8221; &#8211; mot repoussoir qui &#233;voquait le chaos et la tyrannie des pauvres. Elles ne visaient qu'&#224; remplacer l'ancienne aristocratie coloniale et monarchiste, en instaurant un r&#233;gime &#233;lectoral, qui n'est rien d'autre qu'une aristocratie &#233;lective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que plus tard, dans les ann&#233;es 1820 aux &#201;tats-Unis et en 1848 en France, que certains candidats vont commencer &#224; se pr&#233;tendre d&#233;mocrates, par pur calcul &#233;lectoral (car c'est un discours qui s&#233;duit le peuple), sans pour autant proposer d'abolir le parlement ni d'instaurer un syst&#232;me de d&#233;mocratie directe dans lequel ils se retrouveraient d'ailleurs au ch&#244;mage ! &#201;videmment, cette aristocratie &#233;lue se gargarise de beaux principes comme &#8220;la souverainet&#233; du peuple&#8221; et &#8220;la d&#233;mocratie&#8221;, mais c'est elle qui d&#233;tient et exerce le v&#233;ritable pouvoir politique, qu'elle partage avec le monarque &#233;lu, le pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, non seulement nous sommes d&#233;poss&#233;d&#233;s du pouvoir politique r&#233;el par une &#233;lite qui pr&#233;tend nous gouverner pour notre bien, mais on nous culpabilise&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Francis Dupuis-D&#233;ri explique cela en d&#233;tail dans son livre D&#233;mocratie : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; si on refuse de participer &#224; ce cirque qui consiste &#224; voter pour nos ma&#238;tres&#8230;. sans parler de l'imbrication entre les &#233;lites politiques, &#233;conomiques et m&#233;diatiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On rappelle souvent aux abstentionnistes que certaines personnes sont mortes pour le droit de vote. Or, vous &#233;crivez que &#171; &lt;i&gt;rendre hommage avec insistance aux personnes mortes pour le droit de vote contribue souvent &#224; occulter la m&#233;moire de celles qui d&#233;fendaient [&#8230;] l'autogestion, l'autonomie, l'anarchie &#187;&lt;/i&gt;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des gens sont morts pour toutes les causes : pour d&#233;fendre la monarchie ou le fascisme et aussi, il est vrai, pour obtenir le droit de vote. Ces derniers ont permis &#224; la nouvelle &#233;lite lib&#233;rale-r&#233;publicaine d'acc&#233;der au pouvoir. Mais une fois instaur&#233;, ce r&#233;gime parlementaire est aussi inflexible que le pr&#233;c&#233;dent et ne permet certainement pas son remplacement par la vraie d&#233;mocratie, la d&#233;mocratie directe. Dans les faits, des d&#233;fenseurs du parlementarisme ont aussi, de leur c&#244;t&#233;, assassin&#233; et massacr&#233; des partisans de la d&#233;mocratie directe, par exemple conseillistes ou anarchistes. M&#234;me les Communes ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;es par le r&#233;gime parlementaire centralisateur, comme vous le savez tr&#232;s bien en France&#8230; Bref, &#224; chacun ses h&#233;ros, &#224; chacun ses martyrs, &#224; chacun ses bourreaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez l'histoire des suffragettes de Grande-Bretagne dont on c&#233;l&#232;bre encore aujourd'hui la victoire, tout en &#233;ludant les modes d'action qui l'ont rendue possible...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement anglais du droit pour les femmes de voter &#8211; et d'&#234;tre &#233;lues &#8211; s'est divis&#233; entre les suffragistes et les suffragettes. Les premi&#232;res ont commenc&#233;, vers la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#224; pratiquer le lobbying aupr&#232;s de d&#233;put&#233;s favorables &#224; leur cause, &#224; lancer des p&#233;titions, &#224; publier des journaux, &#224; organiser des meetings et &#224; parader avec des banni&#232;res frapp&#233;es du slogan &#171; &lt;i&gt;Law Abiding Suffragists&lt;/i&gt; &#187; [Suffragistes respectueuses de la loi]. Les secondes, apparues au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ont pour leur part d&#233;cid&#233; de passer &#224; l'action directe apr&#232;s avoir constat&#233; qu'une quarantaine d'ann&#233;es &#224; demander poliment le droit de vote n'avait abouti &#224; rien. Comme en France et ailleurs, les hommes n'avaient pas &lt;i&gt;oubli&#233;&lt;/i&gt; d'accorder aux femmes le droit de voter et d'&#234;tre &#233;lues : ils le leur refusaient r&#233;guli&#232;rement, votant contre des dizaines de projets de lois en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les suffragettes ont donc convenu qu'il fallait d&#233;ranger le plus possible. En 1903, elles forment la &lt;i&gt;Women's Social and Political Union &lt;/i&gt;(WSPU), qui publie un journal (&lt;i&gt;Vote for Women&lt;/i&gt;) et organise des meetings et des manifestations. Elles se mettent aussi &#224; perturber les rassemblements des partis politiques, &#224; tel point que les femmes s'y voient par la suite refoul&#233;es &#224; l'entr&#233;e. Qu'importe, les suffragettes ripostent. En se postant sur les toits avoisinants pour lancer des tuiles sur la foule. Ou bien en organisant des manifestations devant le Parlement, qui virent parfois &#224; l'&#233;meute, certaines militantes parvenant &#224; p&#233;n&#233;trer dans le b&#226;timent. Elles manifestent aussi dans le centre-ville de Londres, o&#249; elles saccagent &#224; coups de marteaux ou de pierres les vitrines de bureaux gouvernementaux, de grands magasins et de journaux antisuffragistes comme le &lt;i&gt;Daily Mail&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Daily News&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Qu'importe, les suffragettes ripostent. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des centaines d'entre elles sont arr&#234;t&#233;es. Leur dirigeante Emmeline Pankhurst d&#233;clare alors que &#8220;&lt;i&gt;l'argument du carreau bris&#233; est l'argument qui a le plus de valeur en politique moderne&lt;/i&gt;&#8221;. Et elles ne s'arr&#234;tent pas l&#224; : les suffragettes saccagent des terrains de golf, coupent des fils t&#233;l&#233;graphiques et vandalisent des &#339;uvres d'art, si bien que la National Gallery, la Tate Gallery et la Wallace Collection ferment leurs portes et que le British Museum n'accepte les femmes que si elles s'engagent formellement &#224; rester calmes. Des centaines d'entre elles sont ensuite emprisonn&#233;es et entament des gr&#232;ves de la faim avant d'&#234;tre gav&#233;es de force. Elles vont enfin perp&#233;trer plus de 300 attentats &#224; la bombe ou incendies en 1913 et 1914, prenant pour cibles des &#233;glises, des trains, des r&#233;sidences secondaires de ministres antisuffragistes. Raconter cette histoire permet de r&#233;fl&#233;chir &#224; la pertinence de l'action directe et des actions de perturbation, &#224; la l&#233;gitimit&#233; des black blocs&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet : Francis Dupuis-D&#233;ri, Les Black blocs &#8211; La libert&#233; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un si&#232;cle plus tard, on observe un taux d'abstention &#233;lev&#233; chez les classes populaires ainsi que dans les territoires fran&#231;ais d'Outre-mer, comme chez les populations autochtones du Qu&#233;bec. Comment l'expliquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, le taux d'abstention est g&#233;n&#233;ralement plus &#233;lev&#233; dans les cat&#233;gories de la population les plus pauvres ou les plus marginalis&#233;es, et on en conclut souvent que cela repr&#233;sente un d&#233;ficit d'int&#233;gration. On pense aussi, &#224; l'inverse, que les cat&#233;gories sup&#233;rieures, chez lesquelles le taux de vote est le plus &#233;lev&#233;, sont plus responsables, mieux &#233;duqu&#233;es, mieux int&#233;gr&#233;es. Le choix des mots est important. Pour ma part, je pr&#233;f&#232;re dire que ces derni&#232;res ont &#233;t&#233; bien &#233;lev&#233;es, qu'elles sont bien endoctrin&#233;es, bien assimil&#233;es au syst&#232;me &#8211; qui d'ailleurs sert tr&#232;s bien leurs int&#233;r&#234;ts, en particulier mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;La question importante n'est pas pourquoi les Mohawks refusent de voter, mais pourquoi devraient-ils voter ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, il suffit de demander aux cat&#233;gories d&#233;favoris&#233;es pourquoi elles votent si peu pour obtenir des r&#233;ponses tr&#232;s claires : aucune &#233;lite politique ne les repr&#233;sentant vraiment, c'est toujours la m&#234;me mis&#232;re, quelles que soient les promesses. Dans le cas plus sp&#233;cifique d'&#201;tats coloniaux comme le Qu&#233;bec et la France, une part importante des populations indig&#232;nes ne se reconnaissent tout simplement pas dans les institutions coloniales, ni dans les &#233;lites de la m&#233;tropole. Par exemple &lt;i&gt;[lors des &#233;lections g&#233;n&#233;rales qu&#233;b&#233;coises de 2014]&lt;/i&gt;, pr&#232;s de Montr&#233;al, on a observ&#233; dans la communaut&#233; mohawk (iroquoise) un taux d'abstention de 98 % ! Comme le disait Steve Bonspiel, un Mohawk de Kahnawake : &#8220;&lt;i&gt;La question importante n'est pas pourquoi les Mohawks refusent de voter, mais pourquoi devraient-ils voter&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portez-vous sur les combats de ceux qui veulent r&#233;former le syst&#232;me, &#224; l'instar des Gilets jaunes qui demandent notamment la mise en place du referendum d'initiative citoyenne (RIC) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plusieurs parmi nous sont &#224; la recherche de solutions pour am&#233;liorer ou refonder le syst&#232;me politique. On pourrait aussi &#233;voquer l'&#233;lection proportionnelle, le tirage au sort, etc. J'admets qu'il y a certainement place &#224; l'am&#233;lioration pour rendre les syst&#232;mes &#233;lectoraux plus participatifs et moins corrompus. Ainsi, il vaut assur&#233;ment mieux avoir un contr&#244;le public sur les d&#233;penses &#233;lectorales, par exemple, ou une dose de proportionnalit&#233;, ou encore la possibilit&#233; de lancer un r&#233;f&#233;rendum populaire, comme en Californie ou en Suisse. Dans ce dernier cas, les autorit&#233;s politiques ont l'obligation de faire approuver par r&#233;f&#233;rendum des projets qui touchent des enjeux fondamentaux, comme une r&#233;vision de la Constitution. La demande peut aussi venir du peuple : il faut alors, selon les cas, 50 000 ou 100 000 signatures pour imposer la consultation du vote populaire sur des sujets aussi diff&#233;rents que la mise en place d'un revenu de base inconditionnel, ou d'une journ&#233;e de r&#233;flexion obligatoire pour les femmes avant un avortement, ou encore l'achat d'avions de combat (il s'agit d'exemples r&#233;cents).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la Suisse est-elle pour autant une soci&#233;t&#233; si diff&#233;rente de celles des autres r&#233;gimes lib&#233;raux-r&#233;publicains ? C'est que les forces de la soci&#233;t&#233; civile et surtout les puissances &#233;conomiques savent influencer ces dispositifs &#8220;d&#233;mocratiques&#8221;, et les parlementaires savent faire tra&#238;ner les projets qui les d&#233;rangent. Cette d&#233;mocratie &#8220;directe&#8221; a aussi un effet pervers : les manifestations sont moins bien per&#231;ues, car on consid&#232;re que le syst&#232;me permet de s'exprimer sans descendre dans la rue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains consid&#232;rent qu'il est important de se rendre aux urnes tout en maintenant la pression sur les politiques en participant aux mobilisations sociales. Une strat&#233;gie du &#171; &lt;i&gt;juste milieu&lt;/i&gt; &#187; qui ne vous convainc pas...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;penses de la gauche et de l'extr&#234;me gauche lors de la campagne pr&#233;sidentielle de 2017 se sont &#233;lev&#233;es &#224; pr&#232;s de 30 millions d'euros, avec quasi 1 million pour Lutte ouvri&#232;re et plus de 700 000 euros pour le Nouveau parti anticapitaliste. Voil&#224; des sommes consid&#233;rables pour des candidatures non seulement vaincues, mais qui n'avaient aucune chance de l'emporter. Et je ne prends pas ici en compte les &#233;lections l&#233;gislatives, europ&#233;ennes ou r&#233;gionales. Imaginez tout ce que l'extr&#234;me gauche pourrait faire, concr&#232;tement, avec de telles sommes&#8230; Sachant qu'il y aussi des milliers de militantes et militants mobilis&#233;s pendant des semaines, voire des mois, pour cette campagne &#233;lectorale. Quel gaspillage de temps, d'&#233;nergie et de ressources...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, cette strat&#233;gie du &#8220;juste milieu&#8221; est aussi une &#8220;force n&#233;gative&#8221; car, tr&#232;s souvent, les partis politiques s'invitent plus ou moins ouvertement dans les mouvements sociaux en pr&#233;tendant les aider, alors qu'ils ont la tr&#232;s mauvaise habitude d'essayer de les contr&#244;ler, pour favoriser justement leur prochaine campagne &#233;lectorale. Tout cela au pr&#233;texte que les mobilisations sociales et populaires auraient absolument besoin d'un relais politique. Cette excuse sert en fait selon moi &#224; mieux arrimer les mouvements sociaux, leurs mobilisations, leurs &#233;v&#233;nements, car le parti cherche toujours au final &#224; mettre le mouvement social au service de ses int&#233;r&#234;ts, et non l'inverse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour autant, vous estimez que l'abstention ne peut &#234;tre f&#233;conde que si elle s'articule avec les luttes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous aurez compris que ma position n'est pas celle de l'h&#233;doniste qui vit sur son &#238;le, m&#234;me si cela m'appara&#238;t comme un id&#233;al merveilleux. Je suis pour l'engagement &#8220;citoyen&#8221; ou social ; pour le militantisme au sens noble, les mobilisations collectives, l'action de groupe avec des proches, dans son quartier, au travail, etc. C'est ainsi que nous sommes le plus libres, m&#234;me si je ne suis pas na&#239;f et que je sais bien que ces efforts sont eux aussi souvent vains, que l'on accumule les d&#233;ceptions et les d&#233;faites. Mais c'est seulement l&#224; que se trouve ce que j'appelle la politique &#8211; et m&#234;me la d&#233;mocratie ou l'anarchie, deux termes qui peuvent &#234;tre synonymes, si on les comprend bien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Simone Sittwe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Francis Dupuis-D&#233;ri explique cela en d&#233;tail dans son livre &lt;i&gt;D&#233;mocratie : histoire politique d'un mot&lt;/i&gt; (Lux, 2013), et plus rapidement dans &lt;i&gt;Nous n'irons plus aux urnes&lt;/i&gt; ainsi que dans son article &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-tumultes-2017-2-page-139.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; D&#233;mocratie m&#233;di&#233;vale &#187;&lt;/a&gt;, paru dans le n&#176; 49 de la revue &lt;i&gt;Tumultes &lt;/i&gt;(2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet : Francis Dupuis-D&#233;ri, &lt;i&gt;Les Black blocs &#8211; La libert&#233; et l'&#233;galit&#233; se manifestent&lt;/i&gt;, Lux, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Michel Agier : &#171; La condition migrante nous concerne tous &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Entretien avec l'anthropologue Michel Agier autour de la question des fronti&#232;res, et de celles et ceux qui en font les frais. Lequel oppose au r&#232;gne des barbel&#233;s l'urgente n&#233;cessit&#233; d'une hospitalit&#233; europ&#233;enne. &#171; On a le nez dans la crise, mais aussi l'envie de livrer un regard renouvel&#233; sur la condition migrante aujourd'hui. &#187; C'est ainsi que l'anthropologue Michel Agier d&#233;finit l'ambition de la &#171; Biblioth&#232;que des fronti&#232;res &#187;, collection publi&#233;e sous sa direction aux &#233;ditions Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no206-fevrier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;206 (f&#233;vrier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Louis-Witter" rel="tag"&gt;Louis Witter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Louis-Witter-17950" rel="tag"&gt;Louis Witter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Agier" rel="tag"&gt;Michel Agier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec l'anthropologue Michel Agier autour de la question des fronti&#232;res, et de celles et ceux qui en font les frais. Lequel oppose au r&#232;gne des barbel&#233;s l'urgente n&#233;cessit&#233; d'une hospitalit&#233; europ&#233;enne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200agier_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200agier_resultat-886fd.jpg?1782650874' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo de Louis Witter
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;On a le nez dans la crise, mais aussi l'envie de livrer un regard renouvel&#233; sur la condition migrante aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; C'est ainsi que l'anthropologue Michel Agier d&#233;finit l'ambition de la &#171; Biblioth&#232;que des fronti&#232;res &#187;, collection publi&#233;e sous sa direction&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et celle de Stefan Le Courant.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; aux &#233;ditions Le Passager clandestin et versant livresque du programme de recherche Babels&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui regroupait une quarantaine de chercheurs et a &#339;uvr&#233; de 2015 &#224; 2018.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Soit sept titres en forme de tour d'horizon des parcours migratoires dans une Europe forteresse toujours plus hostile aux personnes exil&#233;es. Les constats tir&#233;s sont &#233;videmment accablants, tant murs, barbel&#233;s, camps indignes, naufrages et harc&#232;lement quotidien s'imposent comme horizons d'accueil europ&#233;ens (lire notamment &lt;i&gt;La Police des migrants &#8211; Filtrer, disperser, harceler&lt;/i&gt; ainsi que &lt;i&gt;De Lesbos &#224; Calais &#8211; Comment l'Europe fabrique des camps&lt;/i&gt;). En gros : des d&#233;cennies de nivellement par le bas condens&#233;es en de petits ouvrages aussi document&#233;s qu'&#233;difiants&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces sept volumes seront regroup&#233;s dans un seul ouvrage qui para&#238;tra en poche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, la &#171; Biblioth&#232;que des fronti&#232;res &#187; met &#233;galement l'accent sur les diverses formes de solidarit&#233; qui se d&#233;veloppent dans les vents contraires, de Vintimille &#224; Calais en passant par Lampedusa ou Brian&#231;on&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citons notamment dans cette m&#234;me collection Hospitalit&#233; en France &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et c'est &#233;galement la position de Michel Agier, auteur de nombreux ouvrages sur la question migratoire et l' &#187; encampement du monde &#187;&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre autres : G&#233;rer les ind&#233;sirables &#8211; Des camps de r&#233;fugi&#233;s aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Selon lui, la vague de repli identitaire ne serait pas un horizon ind&#233;passable. Et cette Europe qui, de la M&#233;diterran&#233;e centrale aux rivages de la Manche, ne cesse de s'enfoncer dans un criminel d&#233;ni d'humanit&#233;, pourrait encore s'amender. On a fait le point avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le harc&#232;lement policier des migrants et la destruction de leurs lieux de vie &#224; Calais sont une triste r&#233;alit&#233; qui ne date pas d'hier. C'est ce que rappelle &lt;i&gt;La Police des migrants&lt;/i&gt; (2019). Mais il semble que depuis 2016 et la destruction de la &#171; grande jungle &#187;, la situation n'a cess&#233; d'empirer&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Calais comme dans tous les lieux o&#249; sont bloqu&#233;es des personnes d&#233;sirant passer une fronti&#232;re, il y a une question fondamentale : celle de la visibilit&#233; ou non des personnes migrantes. Alors que chercheurs et militants veulent faire en sorte que la situation soit connue, les autorit&#233;s &#8211; l'&#201;tat, la police, les pouvoirs locaux &#8211; font tout pour qu'elle reste loin des regards. Les &#8220;ind&#233;sirables&#8221; doivent rester &#224; l'&#233;cart. Mais cette approche est abandonn&#233;e d&#232;s lors que les personnes exil&#233;es se retrouvent trop visibles au quotidien, dans la rue ou dans les camps, avec mise en lumi&#232;re m&#233;diatique et r&#233;pression visant &#224; montrer qu'ils sont &#8220;surnum&#233;raires&#8221; et qu'il faut les &#233;vacuer.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; C'est toute la probl&#233;matique des ind&#233;sirables : celle qui am&#232;ne &#224; dire &#8220; Votre histoire ne nous int&#233;resse pas, restez loin&#8221;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, j'ai particip&#233; &#224; un ouvrage collectif intitul&#233; &lt;i&gt;La Jungle de Calais&lt;/i&gt; (PUF, 2018), dans lequel on a cherch&#233; &#224; mettre la situation en perspective historique. L'histoire ne commence pas lors de l'expulsion de 2016 mais plut&#244;t en 1999, suite aux accords de Schengen, avec de premi&#232;res r&#233;glementations sur la gestion des fronti&#232;res entre la France et l'Angleterre. C'est cette ann&#233;e-l&#224; qu'a ouvert le camp de Sangatte (Pas-de-Calais), plac&#233; sous la responsabilit&#233; de la Croix Rouge. Parfait exemple de politique &#224; courte vue, le camp est ferm&#233; d&#232;s 2002, parce qu'il donnait de la visibilit&#233; &#224; une situation bloqu&#233;e. Suite &#224; cette fermeture, dans les ann&#233;es 2000 et 2010, un grand nombre de petits campements se sont organis&#233;s. Je m'y &#233;tais rendu en 2009, notamment pour enqu&#234;ter sur la &#8220;jungle pachtoune&#8221;, habit&#233;e principalement par des Afghans de cette ethnie. Et il y avait cette &#233;vidence d'un lieu situ&#233; dans l'entre-deux, entre stabilisation et mobilit&#233;, visibilit&#233; et invisibilit&#233;. Il a finalement &#233;t&#233; &#233;vacu&#233; tr&#232;s violemment en septembre 2009. C'est d'ailleurs &#224; la m&#234;me p&#233;riode qu'a &#233;t&#233; brutalement d&#233;truit le camp grec de Patras, qui &#233;tait aussi un lieu de blocage &#224; une fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire s'est r&#233;p&#233;t&#233;e avec la &#8220;grande jungle&#8221;, expuls&#233;e en 2016. Il faut rappeler que ce lieu de rel&#233;gation &#233;tait au d&#233;part n&#233; d'une d&#233;cision municipale et pr&#233;fectorale. Une situation r&#233;currente en mati&#232;re de camps : on vous tol&#232;re si vous vous mettez &lt;i&gt;l&#224;&lt;/i&gt;, mais seulement jusqu'&#224; ce que vous deveniez trop visibles. C'est toute la probl&#233;matique des ind&#233;sirables : celle qui am&#232;ne &#224; dire &#8220;&lt;i&gt;Votre histoire ne nous int&#233;resse pas, restez loin&lt;/i&gt;&#8221;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Il s'agit toujours de mise &#224; l'&#233;cart. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; grande jungle &#187; &#233;tait un espace moins r&#233;prim&#233; que ceux o&#249; survivent les personnes exil&#233;es aujourd'hui. D'autant que cette forme de mise &#224; l'&#233;cart collective permettait des entraides communautaires. C'est cela que l'&#201;tat veut d&#233;truire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les camps de ce type, la r&#233;sistance passe d'abord par la r&#233;organisation d'une forme de vie sociale et culturelle. Et c'est ce qui s'est pass&#233; &#224; Calais. Si on analyse les choses avec cynisme, on peut dire qu'il y a une contradiction dans le fait de mettre les gens &#224; l'&#233;cart en disant &#8220;&lt;i&gt;Not in my backyard&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus ou moins : &#171; N'importe o&#249;, mais pas chez moi. &#187;&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&#8221; et celui de ne pas assumer la v&#233;ritable invisibilisation, &#224; savoir la disparition pure et simple des concern&#233;s. C'est ce qui se passe par exemple en Alg&#233;rie quand on met les migrants dans des camions, qu'on leur fait passer la fronti&#232;re du Mali et qu'on les abandonne dans le d&#233;sert. Or en Europe, on ne peut pas faire &#231;a car on a encore la pr&#233;tention d'&#234;tre des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques dot&#233;es de garde-fous. Cette mise &#224; l'&#233;cart est donc paradoxale car on sait tr&#232;s bien, dans le monde politique comme dans celui de la recherche, que chaque nouvelle expulsion va au final recr&#233;er un espace o&#249; une forme de vie sociale et culturelle r&#233;&#233;mergera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la &#8220;grande jungle&#8221;, il y avait avant l'expulsion une &#233;mergence de formes de vie urbaines, une sorte de &lt;i&gt;brouillon de ville&lt;/i&gt;, avec des rues, des restaurants, des &#233;coles, des &#233;glises, un th&#233;&#226;tre, une mosqu&#233;e... C'&#233;tait tr&#232;s pr&#233;caire mais investi, avec des abris de fortune et des tentes laissant progressivement la place &#224; des constructions en dur. Ici, les solidarit&#233;s avaient jou&#233; un grand r&#244;le, venant d'associations ou de simples b&#233;n&#233;voles issus de toute l'Europe, qui tissaient des liens avec les personnes en exil. C'est cela qu'il fallait d&#233;truire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hormis le travail essentiel des associations et militants &#224; Calais, il n'y a aujourd'hui plus rien de comparable, ni construction ni possibilit&#233; de bricoler une vie collective autrement. Et la moindre tentative m&#232;ne &#224;&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#8230; &#224; un harc&#232;lement syst&#233;matique, oui. On me pose souvent cette question : &#8220;Qu'est-ce qui a chang&#233; avec Macron ?&#8221; La r&#233;ponse est simple : rien n'a chang&#233; sur le fond de la politique migratoire, ou plut&#244;t de la non-politique migratoire. Par contre, la r&#233;pression polici&#232;re est devenue beaucoup plus syst&#233;matique et violente. &#199;a a commenc&#233; avec le minist&#232;re de G&#233;rard Collomb &lt;i&gt;[ministre de l'Int&#233;rieur de 2017 &#224; 2018]&lt;/i&gt;. Et &#231;a s'est &#233;videmment intensifi&#233; avec celui de G&#233;rald Darmanin. S'il y a eu quelques mises en lumi&#232;re m&#233;diatiques, notamment sur la question des tentes d&#233;truites, on se demande aujourd'hui quelle est la prochaine &#233;tape. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France comme en Europe, il y a une instrumentalisation toujours plus pouss&#233;e de la figure du migrant. Au point d'en arriver &#224; des situations terribles, comme &#224; la fronti&#232;re Pologne-Bi&#233;lorussie, o&#249; les personnes concern&#233;es meurent en tant que pions d'un jeu g&#233;opolitique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, et ce n'est pas un cas isol&#233;. Il suffit de voir les accords pass&#233;s par l'Europe avec la Libye ou le Maroc pour externaliser la gestion des fronti&#232;res. Mais c'est un drame r&#233;cent &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque qui a pouss&#233; en Europe m&#234;me le curseur encore plus loin, ouvrant la voie &#224; un marchandage cynique, qu'on pourrait traduire par : &#8220;&lt;i&gt;Attention ou je vous l&#226;che mes r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; Rappelons que dans un accord de 2016, les pays europ&#233;ens se sont entendus avec la Turquie pour qu'elle retienne les exil&#233;s moyennant un gros financement. Sauf qu'il y a eu une brouille en 2020, parce que la Turquie voulait intervenir en Syrie et demandait le soutien d'une Europe r&#233;ticente. Pour faire pression, Erdogan a menac&#233; d'ouvrir les fronti&#232;res, agitant le chiffre fantaisiste d'un million de migrants sur le point de d&#233;barquer. Au bout du compte, les autorit&#233;s turques sont parvenues &#224; d&#233;nicher 10 000 personnes en une semaine et &#224; les amener &#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait alors un climat particulier, qu'on retrouvera dans le cas de la crise &#224; la fronti&#232;re Pologne-Bi&#233;lorussie. Soit une panique g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; propos de la pand&#233;mie et une confusion entre angoisse immunitaire et s&#233;curitaire, avec des fronti&#232;res partout ferm&#233;es. Les gouvernements europ&#233;ens ont donc affirm&#233; soutenir le gouvernement grec contre le passage des migrants, faisant de la Gr&#232;ce le bouclier de l'Europe. Avec ce message, assum&#233; par les autorit&#233;s europ&#233;ennes : &#8220;&lt;i&gt;Si vous faites un pas de plus&#8230;&lt;/i&gt;&#8221; Cons&#233;quence : le 4 mars &lt;i&gt;[2020]&lt;/i&gt;, les forces grecques ont ouvert le feu, tuant un migrant et en blessant plusieurs autres, un &#233;pisode tr&#232;s bien analys&#233; par le pr&#233;cieux groupe de recherche &lt;i&gt;[sur les violences d'&#201;tat]&lt;/i&gt; Forensic Architecture&lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; The Killing of Muhammad Gulzar &#187;, &#224; lire sur le site de Forensic (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Ce moment &#233;tait pour l'Europe un basculement : on n'&#233;tait plus dans le &lt;i&gt;laisser mourir&lt;/i&gt;, comme disait Foucault, mais dans le &lt;i&gt;faire mourir&lt;/i&gt;, de mani&#232;re assum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ces &#233;pisodes se pose une question gravissime : jusqu'&#224; quel point les &#201;tats et f&#233;d&#233;rations d'&#201;tats sont-ils pr&#234;ts &#224; ne pas respecter les conventions internationales ? En France, il y a par exemple le cas de la fronti&#232;re franco-italienne, notamment &#224; Menton, o&#249; les r&#232;gles en mati&#232;re de traitement du droit d'asile ne sont clairement pas appliqu&#233;es, dans l'indiff&#233;rence absolue, avec des personnes refoul&#233;es avant toute prise en charge. Reste qu'un palier a &#233;t&#233; franchi. Et que les conventions internationales semblent de plus en plus lettre morte d&#232;s lors qu'il est question de migrations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si l'on prend le cas de la M&#233;diterran&#233;e centrale et des naufrages caus&#233;s par la d&#233;mission de l'Italie ou de Malte, le droit maritime semble lui aussi bafou&#233; depuis un certain temps, non ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est effectivement une &#233;volution inqui&#233;tante. Si l'on prend le cas de l'Italie, c'est d'abord pass&#233; par l'abandon de l'op&#233;ration &lt;i&gt;[militaire et humanitaire] Mare Nostrum&lt;/i&gt;, lanc&#233;e en 2013 suite &#224; un naufrage meurtrier pr&#232;s de Lampedusa. La remise en cause de l'assistance aux migrants s'est aggrav&#233;e avec l'arriv&#233;e au pouvoir &lt;i&gt;[en 2018]&lt;/i&gt; de Matteo Salvini, qui a instaur&#233; la p&#233;nalisation du secours maritime. Il y a ainsi eu des marins p&#234;cheurs condamn&#233;s pour leur aide, tandis que les bateaux de sauvetage d'associations, de type SOS M&#233;diterran&#233;e, &#233;taient emp&#234;ch&#233;s de faire leur travail et immobilis&#233;s. Autre exemple : l'inculpation de la capitaine du &lt;i&gt;Sea-Watch 3 &lt;/i&gt;Carola Rackete, accus&#233;e d'avoir d&#233;barqu&#233; des migrants &#224; Lampedusa. Dans le cas italien, il est s&#251;r que l'&#233;vidence du droit maritime international s'est largement perdue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela s'inscrit dans un climat politique europ&#233;en de plus en plus r&#233;actionnaire&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est clair qu'un discours d'extr&#234;me droite a envahi le champ politique, centr&#233; sur la figure de l'ind&#233;sirable. Prononcer l'expression &#8220;droits de l'homme&#8221; fait d&#233;sormais de vous la cible de critiques railleuses. Une forme de d&#233;l&#233;gitimation confinant &#224; la d&#233;mission, au nom d'un principe qui ne s'inscrit plus dans une &#8220;politique monde&#8221;. Or les conventions internationales d&#233;velopp&#233;es depuis l'apr&#232;s-guerre &#233;taient des &#233;difices b&#226;tis pour que le monde trouve des moyens de fonctionner sans s'entre-tuer. C'&#233;tait aussi bien humanitaire que diplomatique. Et voil&#224; que toutes ces conventions, allant des droits de l'enfant &#224; ceux des travailleurs migrants, sont syst&#233;matiquement remises en cause. Derri&#232;re cette critique et cette ironie envers les droits de l'homme, on en revient &#224; la position &#8220;&lt;i&gt;Not in my backyard&lt;/i&gt;&#8221;. C'est une question qui au fond d&#233;passe largement celle des migrants et concerne la politique au sens large. Car ce que proclame ce rejet de l'alt&#233;rit&#233;, c'est un message de repli absolu : &#8220;&lt;i&gt;Votre trajectoire ne m'int&#233;resse pas, je ne veux vivre qu'avec des gens qui me ressemblent.&lt;/i&gt;&#8221; Et c'est dans cette logique que l'espace interdit aux ind&#233;sirables ne cesse de s'&#233;tendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi une dimension symbolique de la fronti&#232;re, une th&#233;&#226;tralit&#233; s'exer&#231;ant aux d&#233;pens des personnes en exil...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a clairement une mise en sc&#232;ne des fronti&#232;res et de leurs environs. On peut d'ailleurs s'interroger sur les naufrages en M&#233;diterran&#233;e, se dire que chacun d'eux se d&#233;roule sur une forme de fronti&#232;re invisible, avec des &#201;tats qui mettent litt&#233;ralement en sc&#232;ne ce spectacle de la M&#233;diterran&#233;e o&#249; &lt;i&gt;on ne passe pas&lt;/i&gt;. Et on retrouve partout cette th&#233;&#226;tralit&#233; de la fronti&#232;re. Dans les canons &#224; son install&#233;s &#224; la fronti&#232;re hongroise. Dans les effets d'annonce concernant Calais et la relation avec la Grande-Bretagne, dont la France est le garde-fronti&#232;re depuis les accords du Touquet &lt;i&gt;[2003]&lt;/i&gt;. Ou dans la traque nocturne en motoneige des migrants et de leurs soutiens vers Montgen&#232;vre (Hautes-Alpes). C'est pour les autorit&#233;s une mani&#232;re de dire qu'elles font quelque chose. Mais c'est tout sauf une politique migratoire. Sachant qu'il y a une certitude, rab&#226;ch&#233;e par tous les sp&#233;cialistes : on n'emp&#234;chera pas les personnes de passer. Simplement : elles le feront plus dangereusement, au risque de leur vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; cette instrumentalisation et &#224; ses cons&#233;quences, il est difficile de rester optimiste. Quels sont les motifs d'espoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question pos&#233;e est celle-ci : est-ce qu'on va vers le pire ? Et je n'arrive pas &#224; trancher, car on peut l'appr&#233;hender &#224; diff&#233;rents niveaux. D'abord, le sujet est tr&#232;s largement politique et m&#233;diatique. &#192; l'heure actuelle, on parle en fait de tr&#232;s peu de gens, d&#233;mographiquement parlant. Si bien que cette omnipr&#233;sence du sujet s'inscrit dans une r&#233;flexion plus large. Dans quel monde veut-on vivre ? Un monde hospitalier ou referm&#233; sur lui-m&#234;me ? Ceux qu'on appelle les migrants font lourdement les frais d'une crise de la mondialisation et de l'individualisme, o&#249; les solidarit&#233;s au sens large sont pos&#233;es comme non essentielles, voire n&#233;fastes. Je pense m&#234;me que les &#201;tats-nations profitent de ce rejet de l'alt&#233;rit&#233; pour capitaliser sur les fronti&#232;res. Avec cette petite musique en arri&#232;re-fond : &#8220;&lt;i&gt;Si des gens meurent comme &#231;a, ou sont expuls&#233;s comme &#231;a, c'est bien qu'on est prot&#233;g&#233;s.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on se d&#233;centre de ce niveau politico-m&#233;diatique pour s'int&#233;resser au terrain, il se passe beaucoup de choses positives. Il y a des engagements citoyens, des associations qui font un travail monstre, des relations qui se nouent entre personnes exil&#233;es et habitants, des gens en lutte. D'autant qu'il y a tout un pan des migrations, moins m&#233;diatique, qui se fait dans l'ombre, via le rapprochement familial ou les sph&#232;res professionnelles. La soci&#233;t&#233; fran&#231;aise n'a jamais arr&#234;t&#233; de se transformer et continue &#224; le faire. Et les agitations de l'extr&#234;me droite sur le &#8220;grand remplacement&#8221; sont au fond des causes perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc ces deux forces existent en m&#234;me temps, la soci&#233;t&#233; se transformant, mais oscillant entre inclusion et exclusion. C'est vrai qu'il y a clairement omnipr&#233;sence de cette force pr&#244;nant la privatisation d'un chez-soi. C'est l'une des options. Mais d'autres forces agissent dans l'autre sens. Le monde social ne correspond pas aux plateaux t&#233;l&#233; et aux sondages, qui repr&#233;sentent peu de la r&#233;alit&#233; sociale. Alors oui, les voix de droite et d'extr&#234;me droite ont l'air d'&#234;tre plus entendues, surtout avec le d&#233;labrement g&#233;n&#233;ral de la gauche, mais je ne le vois pas comme vraiment repr&#233;sentatif.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le monde social ne correspond pas aux plateaux t&#233;l&#233; et aux sondages, qui repr&#233;sentent peu de la r&#233;alit&#233; sociale.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; la d&#233;marche initiale du programme Babels et de la &#8220;Biblioth&#232;que des fronti&#232;res&#8221;, un constat s'est impos&#233; au fil de nos recherches : la condition migrante est quelque chose qui nous traverse, qu'on pourrait tous vivre &#8211; et donc qui nous concerne tous. Ce n'est pas une identit&#233; ou une cat&#233;gorie, mais une condition que chacun de nous peut &#234;tre amen&#233; &#224; partager. Sous sa forme la plus radicale et dramatique, c'est celle de ces migrants bloqu&#233;s aux fronti&#232;res, qui meurent en M&#233;diterran&#233;e ou dans la Manche. Mais c'est aussi la condition plus g&#233;n&#233;rale des gens &lt;i&gt;en mobilit&#233;&lt;/i&gt;. &#201;videmment, il y a des forces de fermeture, d'enfermement, qui combattent cette r&#233;alit&#233;. Mais elles ne vont pas forc&#233;ment l'emporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Babels, on donne une place importante &#224; l'engagement citoyen, local, individuel comme collectif &#8211; en qu&#234;te de ce qui cherche l'hospitalier contre l'enfermement. Une mani&#232;re de ne pas sombrer dans le pessimisme. &#192; un niveau symbolique, je pense par exemple &#224; ces nombreuses personnes qui en Pologne, &#224; proximit&#233; de la fronti&#232;re, affichent une lumi&#232;re verte pour dire que leur maison est pr&#234;te &#224; accueillir les personnes en exil de passage. Une fa&#231;on de dire : &#8220;&lt;i&gt;Vous ne serez pas trait&#233; en ennemi.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et celle de Stefan Le Courant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui regroupait une quarantaine de chercheurs et a &#339;uvr&#233; de 2015 &#224; 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces sept volumes seront regroup&#233;s dans un seul ouvrage qui para&#238;tra en poche chez Points en avril : &lt;i&gt;Babels, enqu&#234;te sur la condition migrante&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Citons notamment dans cette m&#234;me collection &lt;i&gt;Hospitalit&#233; en France &#8211; Mobilisations intimes et politiques &lt;/i&gt;(2019) et &lt;i&gt;Le Man&#232;ge des fronti&#232;res &#8211; Criminalisation des migrants et solidarit&#233; dans les Alpes-Maritimes&lt;/i&gt; (2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entre autres :&lt;i&gt; G&#233;rer les ind&#233;sirables &#8211; Des camps de r&#233;fugi&#233;s aux gouvernements humanitaires&lt;/i&gt; (Flammarion, 2008), &lt;i&gt;Un Monde de camps&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2014) et &lt;i&gt;L'&#201;tranger qui vient &#8211; Repenser l'hospitalit&#233;&lt;/i&gt; (Le Seuil, 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus ou moins : &#171; &lt;i&gt;N'importe o&#249;, mais pas chez moi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://forensic-architecture.org/investigation/the-killing-of-muhammad-gulzar&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; The Killing of Muhammad Gulzar &#187;&lt;/a&gt;, &#224; lire sur le site de Forensic Architecture (08/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Pour une politique des soul&#232;vements terrestres</title>
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		<dc:date>2021-12-30T16:01:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ernest London</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>monde</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Antoine Chopot, co-auteur de Nous ne sommes pas seuls ! Politique des soul&#232;vements terrestres. O&#249; il est question de cohabitation plut&#244;t que de destruction &#8211; &#171; L'humain n'a pas besoin d'&#234;tre au centre et de dominer pour bien vivre &#187;. S'ils ne postulent pas tous la possibilit&#233; d'un effondrement, la plupart des ouvrages traitant d'&#233;cologie &#233;tablissent un constat d&#233;sesp&#233;r&#233; et se montrent timides, si ce n'est pessimistes, quant aux perspectives envisageables. Nous ne sommes pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rien-que-pour-le-web" rel="directory"&gt;Rien que pour le web&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres-vivants" rel="tag"&gt;d'autres vivants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH150/-1771-7b764-57251-44422.jpg?1782943525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Antoine Chopot, co-auteur de &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls ! Politique des soul&#232;vements terrestres&lt;/i&gt;. O&#249; il est question de cohabitation plut&#244;t que de destruction &#8211; &#171; &lt;i&gt;L'humain n'a pas besoin d'&#234;tre au centre et de dominer pour bien vivre &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-7b764-93b6e.jpg?1782943525' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;'ils ne postulent pas tous la possibilit&#233; d'un effondrement, la plupart des ouvrages traitant d'&#233;cologie &#233;tablissent un constat d&#233;sesp&#233;r&#233; et se montrent timides, si ce n'est pessimistes, quant aux perspectives envisageables. &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; s'inscrit dans une approche clairement diff&#233;rente. Paru ce printemps aux &#233;ditions du Seuil&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne sommes pas seuls. Politique des soul&#232;vements terrestres, L&#233;na Balaud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, il propose de r&#233;viser notre culture du vivant pour ouvrir nos pratiques politiques &#224; d'autres alli&#233;s et ainsi nous extraire de nos impasses. On en parle avec Antoine Chopot, co-auteur de ce manifeste pour une insurrection adoss&#233;e aux poils, aux plumes, aux &#233;cailles et aux feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton approche de l'&#233;cologie ne s'exempte pas de la question sociale. Comment concilies-tu les deux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les enseignements de l'&#233;thologie, de l'&#233;cologie, de l'anthropologie contemporaines, ainsi que les combats autochtones, paysans, &#233;cof&#233;ministes et les mouvements pour une Terre habitable nous disent que l'humain n'a pas besoin d'&#234;tre au centre et de dominer pour bien vivre. Il y a un monde vivant qu'il faut habiter en commun, avec d'autres &#234;tres, d'autres besoins et points de vue que ceux des humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le difficile enjeu est de trouver dans ce &#034;tournant non-humain&#034; une autre politique, qui n'efface pas les asym&#233;tries sociales entre humains. Il faut veiller &#224; ce que la mise en avant de nos interd&#233;pendances avec la plan&#232;te ne devienne pas une mode au service du renouvellement de l'&#233;conomie et de son imaginaire. Cette c&#233;l&#233;bration des liens avec les animaux, arbres, oiseaux, etc., doit pouvoir requalifier la politique elle-m&#234;me, dans tout ce qu'elle a de cr&#233;atif et de conflictuel, et nous aider &#224; placer des obstacles r&#233;els sur la voie du ravage &#233;cologique. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc quelque chose qui me g&#234;ne profond&#233;ment dans certaines critiques formul&#233;es par certains courants de la gauche anticapitaliste. D&#232;s lors que l'on s'int&#233;resserait aux plantes, aux arbres, aux oiseaux et &#224; leur mani&#232;re d'habiter, on se d&#233;sint&#233;resserait des rapports sociaux de domination entre humains. Avec &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; nous voulons montrer que l'on a tout &#224; perdre en dressant les anticapitalistes contre ce qui peut permettre de renforcer les sensibilit&#233;s &#224; la Terre, et inversement. Car le capitalisme est justement une mani&#232;re de mettre au travail les &#233;l&#233;ments, les &#233;nergies, et les socialit&#233;s des autres vivants, pour le projet d'accumulation, de circulation et de domination mondiale du capital &#8211; et pas seulement les humains.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Il faut veiller &#224; ce que la mise en avant de nos interd&#233;pendances avec la plan&#232;te ne devienne pas une mode au service du renouvellement de l'&#233;conomie et de son imaginaire.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le colonialisme europ&#233;en et le mouvement des enclosures, il y a eu appropriation &#224; vis&#233;e h&#233;g&#233;monique de pans entiers des &#233;cosyst&#232;mes, du fait de leurs propri&#233;t&#233;s et capacit&#233;s sp&#233;cifiques de croissance, de rendement, de clonabilit&#233;, etc. Des milieux ont &#233;t&#233; remplac&#233;s pour cr&#233;er une seconde nature profitable. La canne &#224; sucre, le charbon, le p&#233;trole, les atomes d'uranium ont &#233;t&#233; extraits ; les bl&#233;s modernes, les vaches holstein, les OGM ont &#233;t&#233; mis au point ; sans oublier tous les espaces dits naturels qu'il faut mettre au travail pour engendrer des ordinateurs, des voitures, des immeubles, des data centers, etc. Tous ces &#233;l&#233;ments se trouvent enr&#244;l&#233;s dans la vis&#233;e de croissance infinie. Et sans eux il n'y aurait tout simplement pas (eu) de domination capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'exploitation des pr&#233;caires et sans papiers dans les serres du mara&#238;chage industriel ne peut avoir lieu sans l'enr&#244;lement de vivants &#034;non-humains&#034; dans la production d'une nourriture &#224; bas co&#251;t. Sortir de cette &#233;cologie de la mise au travail, c'est alors n&#233;cessairement s'int&#233;resser &#224; nouveau aux vivants et aux collaborations, et se demander s&#233;rieusement, avec toutes les formes de savoirs disponibles, comment mieux cohabiter dans une autre organisation de l'activit&#233; commune. C'est donc apprendre &#224; prendre le point de vue des abeilles, des sols et des champignons, comme il faut le faire avec celui des travailleur&#183;euses. Apprendre &#224; conna&#238;tre pr&#233;cis&#233;ment ce qu'ils subissent, ce qui les tuent, et ce vers quoi ils tendent comme autre vie, avec ou sans nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au nom de cette convergence d'int&#233;r&#234;ts, tu pr&#233;conises des &#171; alliances intersp&#233;cifiques &#187;, contre un ennemi commun. Qu'entends-tu par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Humains et non-humains sont plac&#233;s dans un continuum de conditions, celui de la mise au travail pour le capital. De l&#224; on peut penser et agir dans un seul et m&#234;me cadre, celui des luttes multisp&#233;cifiques, m&#234;lant r&#233;sistances et alliances politiques, associant diff&#233;rentes esp&#232;ces, contre cet ennemi qui nous est commun &#8211;&#8198;&#034;nous&#034; qui partageons cette condition d'&#234;tre vivant sur une Terre mouvement&#233;e et violent&#233;e. Une alliance terrestre, cela consiste &#224; amplifier les actions de r&#233;sistances d'autres vivants pour composer avec eux un monde plus habitable, et &#224; opposer des obstacles aux adversaires de cette habitabilit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu nous donner des exemples d'une telle alliance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prenons en deux. Certaines plantes sauvages deviennent massivement r&#233;sistantes aux herbicides et sabotent le rendement dans les champs d'OGM aux USA et en Am&#233;rique du Sud, entra&#238;nant des pertes de millions de dollars. En m&#234;me temps des paysan&#183;nes luttent pour sauver leurs pratiques et leurs champs contre les monocultures. Des activistes ont alors cherch&#233; &#224; amplifier le pouvoir de nuisance des plantes r&#233;sistantes, en collectant leurs graines et en confectionnant des &#034; bombes &#224; graines&#034; pour diss&#233;miner la r&#233;sistance ; ils remettent aussi en culture certaines de ces plantes dites invasives lorsqu'elles sont nutritivement int&#233;ressantes (comme l'amarante de Palmer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, certains animaux sauvages reviennent occuper des anciennes mines, carri&#232;res ou friches et red&#233;marrent des nouveaux &#233;cosyst&#232;mes. Des collectifs de quartiers d&#233;fendent ces nouveaux lieux sauvages, contre la construction d'immeubles dans le moindre espace vacant. Ils disent que ces lieux sont aussi des habitats, pour d'autres vivants venus l&#224; spontan&#233;ment, mais aussi qu'il y a par ailleurs un grand nombre de logements vides inoccup&#233;s, o&#249; des humains pourraient &#234;tre install&#233;s sans avoir besoin d'artificialiser des milieux vivants (c'est ce qui se passe &#224; Bruxelles au Marais Wiels ou &#224; Rome avec le lac Ex SNIA). Tous ces collectifs en lutte nous aident &#224; saisir que la crise &#233;cologique est en r&#233;alit&#233; une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du logement &#8211; une crise des habitats humains et non-humains, mis &#224; mal par des logiques hors-sol (les biotechnologies, la m&#233;tropolisation, la b&#233;tonnisation&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; &#224; t'int&#233;resser &#224; ces alliances ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la rencontre entre d'un c&#244;t&#233; un trajet personnel, une sensibilit&#233; aux &#234;tres vivants, forg&#233;e &#224; la ferme, qui s'est transform&#233;e en d&#233;fense de la d&#233;croissance, en d&#233;couverte du potager, de la for&#234;t, etc., et de l'autre un trajet de politisation assez fort et radical, &#224; travers les luttes &#233;tudiantes &#224; Rennes 2 et la rencontre du mouvement &#034;autonome&#034;. J'ai commenc&#233; &#224; comprendre comment coupler ces deux trajets d&#232;s lors que j'y ai per&#231;u un m&#234;me enjeu existentiel : celui de la communaut&#233;. Dans ma rencontre avec l'autonomie il y avait ce d&#233;sir de communisme, de puissance collective qui d&#233;cuple ton pouvoir d'agir et de penser. Et dans ma rencontre avec l'&#233;cologie il y avait cette reconnaissance d'une communaut&#233; qui nous d&#233;borde, nous les humains. J'&#233;tais affect&#233; par une impression forte mais peu consciente encore d'appartenance &#224; autre chose que le seul monde social, langagier, etc., de mes cong&#233;n&#232;res humains. Il m'a donc fallu comprendre, avec d'autres, comment on pouvait non pas sortir de la politique pour rejoindre la communaut&#233; plus grande de la Terre, mais comment on pouvait &#233;largir la communaut&#233; politique pour y introduire la Terre. Une lutte contre un projet d'artificialisation d'une belle zone de jardins potagers urbains, il y a une dizaine d'ann&#233;es &#224; Rennes, a notamment &#233;t&#233; d&#233;terminante pour moi dans la conciliation de ces deux dispositions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faire pour &#171; d&#233;centrer &#187; le regard des humains, les aider &#224; d&#233;passer leur anthropocentrisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au lieu d'opposer domination sociale et &#233;cologie, posons-nous cette question : si la fabrication du capitalisme repose sur une s&#233;rie d'agencements &#233;cologiques h&#233;g&#233;moniques, quels sont &#224; l'inverse les agencements d'humains et de non-humains propices et propres &#224; une politique d'&#233;mancipation d&#233;sirable, soutenable, offensive, socialiste, communiste, f&#233;ministe, etc. ? Ces agencements n'ont rien d'abstrait : ce sont des potagers urbains et des espaces plus sauvages et moins min&#233;ralis&#233;s dans des quartiers populaires ; une s&#233;curit&#233; sociale de l'alimentation, saine, &#233;cologique et autonomisante, pour toutes et tous ; des territoires de montagnes ou de for&#234;ts moins pressuris&#233;s et laiss&#233;s &#224; un r&#233;ensauvagement r&#233;parateur pour les milieux eux-m&#234;mes ; une agriculture, une p&#234;cherie et une foresterie paysannes, populaires et &#233;cologiques lib&#233;r&#233;es du dogme du rendement &#224; l'hectare et de la production &#224; bas co&#251;ts, avec le moins de gens possibles et le plus de machines possibles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Si la fabrication du capitalisme repose sur une s&#233;rie d'agencements &#233;cologiques h&#233;g&#233;moniques, quels sont &#224; l'inverse les agencements d'humains et de non-humains propices et propres &#224; une politique d'&#233;mancipation d&#233;sirable, soutenable, offensive, socialiste, communiste, f&#233;ministe, etc. ?&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, l'&#233;cologie n'a pas non plus &#224; &#234;tre absorb&#233;e totalement par l'agenda militant : c'est aussi un mouvement de lib&#233;ration de la perception, de prise de connaissance et de contact avec le monde qui nous entoure. Il n'est jamais trop tard pour s'int&#233;resser &#224; l'histoire de la for&#234;t, de la friche, du volcan ou de la rivi&#232;re pr&#232;s de chez nous ! Un bon exercice peut &#234;tre d'y voir comment cet espace cristallise une histoire humaine tout en incarnant une histoire g&#233;ologique, &#233;cologique, biologique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre d&#233;gage un r&#233;el optimisme. Restes-tu confiant dans nos capacit&#233;s &#224; agir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a toutes les raisons du monde d'&#234;tre du c&#244;t&#233; du pessimisme. On voit une fascisation et une lib&#233;ration de tous les affects r&#233;actionnaires, racistes, antif&#233;ministes. Une &#233;lection pr&#233;sidentielle o&#249; tous les coups vont &#234;tre permis. Une COP 26 que l'on peut r&#233;sumer &#224; &#034;&lt;i&gt;bla bla bla&lt;/i&gt;&#034;. Une Terre en surchauffe avec des points de bascule ultra-rapides dans un horizon proche, avec ces bombes &#224; retardement que sont les poches de m&#233;thane ou bien l'arr&#234;t du Gulf Stream. Un Elon Musk qui veut quitter la Terre pour conqu&#233;rir l&#224;-haut d'autres espaces d'accumulation infinie et un Mark Zuckerberg qui d&#233;veloppe son Metaverse pour continuer ici-bas &#224; accumuler dans un monde pr&#233;tendument &#034;virtuel&#034; et sans cons&#233;quence &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la formule de Gramsci : &#034;&lt;i&gt;Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volont&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Oui il nous faut du volontarisme face &#224; tout cela, et notamment face &#224; une classe dominante qui fait s&#233;cession et ne compte plus du tout sur une Terre apais&#233;e comme son habitat premier, pr&#234;te &#224; faire le choix de la guerre civile, climatique et &#233;conomique permanente. Mais je crois qu'il nous faut aussi beaucoup de cr&#233;ativit&#233; intellectuelle et collective, de lieux pour habiter, et du travail de perception, pour apprendre &#224; voir comment le monde non-humain r&#233;agit lui aussi autour de nous, tout en se tenant &#224; l'&#233;coute des perc&#233;es dans les luttes. C'est important de parler de &#034;confiance&#034; dans nos capacit&#233;s d'agir : sans cette confiance en nous et dans les vivants qui nous entourent, sans cette foi dans un monde gorg&#233; de possibles et de relations diff&#233;rentes, nous perdrons le go&#251;t de l'action. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis pas Ernest London&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls. Politique des soul&#232;vements terrestres&lt;/i&gt;, L&#233;na Balaud et Antoine Chopot, &#233;ditions du Seuil, mars 2021.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/pas_seuls.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/pas_seuls.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;1085&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Au sommaire du n&#176; 202 (en kiosque)</title>
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		<dc:date>2021-11-12T22:39:33Z</dc:date>
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		<dc:subject>&#201;ric Louis</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au menu de ce num&#233;ro, un dossier sur le complotisme. Mais aussi : la relaxe des &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;, Bure et sa poubelle nucl&#233;aire, un guide pratique sur la masturbation f&#233;minine... Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner... En couverture : &#034;Le complotisme nuit gravement &#224; la lutte (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no202-octobre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;202 (octobre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/-20100-" rel="tag"&gt;20100&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-Viot" rel="tag"&gt;Martin Viot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une_focus" rel="tag"&gt;une_focus&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-extreme-droite" rel="tag"&gt;l'extr&#234;me droite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity-2134" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/complot" rel="tag"&gt;complot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/complotisme" rel="tag"&gt;complotisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Roberto-Bui" rel="tag"&gt;Roberto Bui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eric-Louis-17714" rel="tag"&gt;&#201;ric Louis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au menu de ce num&#233;ro, un dossier sur le complotisme. Mais aussi : la relaxe des &#171; 7 de Brian&#231;on &#187;, Bure et sa poubelle nucl&#233;aire, un guide pratique sur la masturbation f&#233;minine...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques articles seront mis en ligne &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-cri-du-possum' class=&#034;spip_in&#034;&gt;au cours du mois&lt;/a&gt;. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ou-nous-trouver' class=&#034;spip_in&#034;&gt;votre marchand de journaux&lt;/a&gt; ou de &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vous abonner&lt;/a&gt;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En couverture : &#034;Le complotisme nuit gravement &#224; la lutte sociale&#034;, de &lt;a href=&#034;https://marinesummercity.wixsite.com/serigraphie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Actualit&#233;s d'ici &amp; d'ailleurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Brest-la-gentrification-se-pare-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;D&#233;chets nucl&#233;aires : &#224; Bure, le d&#233;bat public six pieds sous terre&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; La future poubelle nucl&#233;aire de Bure (Meuse) fait actuellement l'objet d'une enqu&#234;te publique. N'y voyant qu'une simple formalit&#233; pr&#233;alable &#224; la d&#233;claration d'utilit&#233; publique du projet, les opposants d&#233;noncent un &#171; simulacre de d&#233;mocratie &#187;. Reportage.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4075 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH465/600px_bure-70919.jpg?1782717397' width='500' height='465' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Martin Viot
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-variant-asiatique-du-fado' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; 7 de Brian&#231;on &#187; : et &#224; la fin, c'est la solidarit&#233; qui gagne (ou presque)&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Condamn&#233;s en 2018 apr&#232;s une manifestation antifasciste et antifronti&#232;res, les &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; ont &#233;t&#233; relax&#233;s en appel. L'un d'eux &#233;cope tout de m&#234;me de quatre mois de prison avec sursis pour &#171; r&#233;bellion &#187;. Dans les Hautes-Alpes, l'accueil des exil&#233;s s'organise plus que jamais sans l'&#201;tat, voire malgr&#233; lui. Reportage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-retour-de-l-Abrege-du-Capital' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Cordistes morts au travail : sucre amer&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Les amis socialistes de Poutine au pays du fado (ballade lusitanienne 2/2)&lt;/strong&gt; &#8211; Seconde &#233;tape d'un retour r&#233;cent * sur les rives du Tage, o&#249; l'on plonge dans le pass&#233; colonial refoul&#233; du Portugal, avant d'examiner la l&#233;thargie d'une soci&#233;t&#233; que gouverne toujours le Parti socialiste, d&#233;fenseur historique de l'ordre capitaliste. Mais des &#233;clats d'insubordination brillent ici et l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Graines d&#233;viantes pour fleurs du futur&lt;/strong&gt; &#8211; Cy Lecerf Maulpoix vient de publier &lt;i&gt;&#201;cologies d&#233;viantes&lt;/i&gt;, un essai sous-titr&#233; &#171; Voyage en terres queers &#187;. Il y propose une singuli&#232;re travers&#233;e des temps pour conjuguer au pr&#233;sent &#233;cologie politique et luttes LGBT. Rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_introcomplotisme-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH686/600px_introcomplotisme-2-ab8b0.jpg?1782717397' width='500' height='686' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier &#171; La grande choucroute complotiste &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Faire-chanter-la-revolution-Joe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le complot complotiste&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Super intro de notre dossier consacr&#233; &#224; l'analyse des ph&#233;nom&#232;nes complotistes qui font tant de mal jusque dans nos rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-seul-little-grain-de-sable-mec' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Entretien avec Roberto Bui, alias Wu Ming 1 : &#171; Le complotisme est toujours la traduction d'un malaise r&#233;el &#187;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Membre des collectifs d'&#233;criture italiens d'extr&#234;me gauche Luther Blissett Project puis Wu Ming, Roberto Bui vient de sortir en Italie un livre intitul&#233; &lt;i&gt;La Q di Qomplotto&lt;/i&gt; (&#171; Q comme Qomplot &#187;). Il y revient sur l'imaginaire complotiste d&#233;velopp&#233; par le mouvement QAnon, qui a bouscul&#233; l'actualit&#233; am&#233;ricaine et mondiale et particip&#233; &#224; l'assaut du Capitole en janvier dernier, repla&#231;ant ce moment d&#233;lirant dans un champ historique et politique &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-bien-se-passer' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'extr&#234;me droite italienne et la m&#233;moire des &lt;i&gt;foibe&lt;/i&gt; : &#171; Un fantasme de complot devenu v&#233;rit&#233; d'Etat &#187;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; &#192; la fin de la Seconde Guerre mondiale, les partisans yougoslaves auraient massacr&#233; des milliers d'Italiens innocents. Diffus&#233;e par les nazis, reprise par l'extr&#234;me droite italienne, cette &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e au rang de v&#233;rit&#233; officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Castel-fait-picoler-l-Afrique-puis' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le &#171; complotisme &#187; a-t-il bon dos ?&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; De Marseille, on a l'impression d'un glissement vers la &#171; confusion &#187; et l'extr&#234;me droite des cort&#232;ges oppos&#233;s &#224; la politique sanitaire liberticide du gouvernement. Un tableau &#224; nuancer...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4078 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_grandremplacement-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_grandremplacement-2.jpg' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Collage de 20100
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/spip.php?page=article&amp;id_article=3398'&gt;Grand remplacement : les racines du fiel&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Apparu sous la plume de Renaud Camus, le &#171; concept &#187; raciste de Grand remplacement &#8211; &#224; savoir le remplacement des populations europ&#233;ennes par des populations &#233;trang&#232;res issues d'une immigration massive et &#171; organis&#233;e &#187; &#8211; trace une ligne inqui&#233;tante entre complotisme identitaire et politique &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;. Des terroristes supr&#233;macistes blancs s'en sont r&#233;clam&#233;s, la fachosph&#232;re l'agite comme une oriflamme et des politiques l'&#233;voquent franchement dans leurs discours. Depuis dix ans, il infuse tant que ses relents imposent de questionner ses racines complotistes et ses relais m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/spip.php?page=article&amp;id_article=3405'&gt;De l'Internationale au complot juif&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; En 1871, pour faire diversion de leur responsabilit&#233; dans le massacre de la population parisienne, les vainqueurs de la Commune d&#233;signent la main de l'Internationale derri&#232;re l'insurrection. Cette s&#233;quence constitue un passage dans l'histoire du conspirationnisme, entre les th&#232;ses antima&#231;onniques et la jud&#233;ophobie obsessionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;La mystification des &#171; Protocoles &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; La mauvaise graine du conspirationnisme essaime au gr&#233; des vents de l'histoire. Le parcours du livre &lt;i&gt;Les Protocoles des sages de Sion&lt;/i&gt;, c&#233;l&#232;bre faux antis&#233;mite, en est une bien sinistre d&#233;monstration.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C&#244;t&#233; culture&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Ma Plaine, ma bataille&lt;/strong&gt; &#8211; Symbole de la r&#233;volte des habitants contre les projets d'urbanisme &#224; haut potentiel gentrificateur, la lutte contre la requalification de la tr&#232;s marseillaise place Jean-Jaur&#232;s (&lt;i&gt;aka&lt;/i&gt; La Plaine) aura fait couler beaucoup d'encre. Elle a depuis peu son film : &lt;i&gt;La Bataille de La Plaine&lt;/i&gt;, qui sortira en salles le 13 octobre. Un docu au doux fumet communaliste qui porte haut les couleurs de l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4079 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_batailledelaplaine.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_batailledelaplaine.jpg' width='500' height='363' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Fragments de turbin&lt;/strong&gt; &#8211; Pourfendeur acharn&#233; des responsables d'accidents du travail (jusqu'en pages 6 et 7 de ce num&#233;ro) et auteur du tr&#232;s bon &lt;i&gt;Chroniques sur cordes&lt;/i&gt; (Le Cordiste en col&#232;re, 2019), &#201;ric Louis livre un nouveau bouquin : &lt;i&gt;Mes trente (peu) glorieuses &#8211; Autoprolographie&lt;/i&gt;, tout juste paru aux &#233;ditions Les Imposteurs. Un r&#233;cit sensible et caustique d'une vie d'int&#233;rimaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Marx et la journ&#233;e de travail&lt;/strong&gt; &#8211; Alter ego de CQFD dans le monde du livre, les &#233;ditions du Chien rouge ont publi&#233; le 24 septembre une nouvelle &#233;dition de l'&lt;i&gt;Abr&#233;g&#233; du Capital de Karl Marx&lt;/i&gt;. R&#233;dig&#233; en 1878 depuis une cellule de prison par l'anarchiste italien Carlo Cafiero, ce petit livre est un r&#233;sum&#233; accessible du livre I du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt;, ouvrage complexe quoiqu'ayant marqu&#233; l'histoire. Extrait.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Cap sur l'utopie : Sabre aux poings et poignards aux dents !&lt;/strong&gt; &#8211; Le livre &#224; faucher du trimestre, c'est la r&#233;&#233;dition, dans la collection du CNRS Biblis, du tr&#232;s dodu (1 014 pages) &lt;i&gt;Dictionnaire des corsaires et des pirates&lt;/i&gt; orchestr&#233; par les valeureux profs d'histoire de la vie maritime Gilbert Buti et Philippe Hrodej &#8211; initialement publi&#233; en 2013. Comme on pouvait s'y attendre, vu le sujet, on y trouve plein d'infos excitantes sur les flibustiers orgueilleux au grand c&#339;ur qui refusaient d'&#234;tre, &#224; l'instar des corsaires, des spadassins abrutis de l'ordre monarchico-marchand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Sur la route de l'abolitionnisme p&#233;nal&lt;/strong&gt; &#8211; Comment imaginer un monde sans flics, sans juges et sans prisons ? Paru au printemps, le petit livre &lt;i&gt;Crimes et peines&lt;/i&gt; donne la parole &#224; des penseurs ayant tr&#232;s s&#233;rieusement envisag&#233; la question.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les chroniques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad, &#233;pisode 11 : &#171; On va nous prendre pour des Gitans ! &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Nouvel &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Pratikopratik : Explorer sa vulve &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Premier &#233;pisode d'une chronique r&#233;guli&#232;re, le &#171; pratikopratik &#187; dans lequel on aborde des sujets par le c&#244;t&#233; le plus concret possible. Cette fois-ci, on y parle en images de masturbation f&#233;minine.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et aussi...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;dito&lt;/strong&gt; &#8211; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-deteste-Fabien' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Tout le monde d&#233;teste Fabien Roussel&lt;/a&gt; / &lt;strong&gt;&#199;a br&#251;le !&lt;/strong&gt; &#8211; Un complot postal / &lt;strong&gt;Les bonnes nouvelles du mois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Horoscope&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Abonnement&lt;/strong&gt; (&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_4080 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/launedecqfdn202.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1786527710' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La une du n&#176; 202 en PDF
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand soulagement : &#171; Au gr&#233; des d&#233;sirs &#187; </title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;La France fr&#233;mit. Et avec elle le monde. D'&#233;tranges affiches aux messages radicaux ont en effet &#233;t&#233; placard&#233;es sur les murs de plusieurs villes hexagonales. Sous l'intitul&#233; &#171; Le Grand soulagement &#187;, elles proposent de drastiquement reconsid&#233;rer notre quotidien. Avec des intitul&#233;s fort all&#233;chants. Au choix : &#171; Remplacer Macron par de petites pelures de cl&#233;mentines &#187;. Ou &#171; Remplacer la 5G par le point G &#187;. Voire : &#171; Remplacer le capitalisme par une bonne sieste &#187;. Comme on adh&#232;re pleinement &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grand-soulagement" rel="tag"&gt;Grand soulagement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-a-Lyon" rel="tag"&gt;qu'&#224; Lyon&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Darmanin" rel="tag"&gt;Darmanin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La France fr&#233;mit. Et avec elle le monde. D'&#233;tranges affiches aux messages radicaux ont en effet &#233;t&#233; placard&#233;es sur les murs de plusieurs villes hexagonales. Sous l'intitul&#233; &#171; Le Grand soulagement &#187;, elles proposent de drastiquement reconsid&#233;rer notre quotidien. Avec des intitul&#233;s fort all&#233;chants. Au choix : &#171; &lt;i&gt;Remplacer Macron par de petites pelures de cl&#233;mentines&lt;/i&gt; &#187;. Ou &#171; &lt;i&gt;Remplacer la 5G par le point G&lt;/i&gt; &#187;. Voire : &#171; &lt;i&gt;Remplacer le capitalisme par une bonne sieste&lt;/i&gt; &#187;. Comme on adh&#232;re pleinement &#224; ce programme, on a voulu en savoir plus. Et on a donc demand&#233; &#224; Quentin Faucompr&#233;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui a par ailleurs particip&#233; &#224; CQFD, nous offrant au passage l'une de nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ce que porte cette &#233;nigmatique campagne d'affichage, instigu&#233;e avec l'auteur de BD Cyril Pedrosa et lanc&#233;e en avril dernier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/-1848-275e3.jpg?1782959346' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le programme du Grand soulagement est pour l'instant placard&#233; dans l'Est parisien, ainsi qu'&#224; Lyon, Rennes, Biarritz, Nantes et Bordeaux. Peut-il devenir universel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce programme a vocation &#224; se r&#233;pandre, oui. Pas dans un esprit de conqu&#234;te, mais plut&#244;t comme un souffle, un petit vent frais, qui se glisserait dans les fissures d'un monde en ruine (rires). Sans doute parce qu'il &#233;mane d'un inconscient collectif, auquel finalement plus de gens qu'il ne semble aspirent et pourraient adh&#233;rer&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Grand soulagement est un programme de relaxation politique &#224; objectif tendrement insurrectionnel&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivez-vous. Est-il vraiment possible de concilier &#171; &lt;i&gt;tendresse&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;insurrection&lt;/i&gt; &#187; ? Le &#171; &lt;i&gt;remplacement&lt;/i&gt; &#187; de G&#233;rald Darmanin par un &#171; &lt;i&gt;bouquet de persil&lt;/i&gt; &#187;, par exemple, ne passe-t-il pas forc&#233;ment par la case guillotine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous souhaitons avant tout provoquer un &#233;lan de douceur. Peut-&#234;tre qu'une douceur amplifi&#233;e, face &#224; l'abjection d'un pion comme Darmanin, peut par contraste se r&#233;v&#233;ler offensive. Pas question de guillotine, donc. L'un des objectifs du Grand soulagement est d'ailleurs de remplacer la peine de mort par des bisous dans le cou. Je ne pense pas pour autant que nous soyons des &#8220;bisounours&#8221;, cette insulte ch&#232;re &#224; l'extr&#234;me droite qualifiant les gens qui seraient &#8220;en dehors des r&#233;alit&#233;s&#8221; et ne verraient pas que le monde est &#224; feu et &#224; sang... Une extr&#234;me droite qui consid&#232;re qu'il serait alors naturel de r&#233;primer &#224; coup de LBD 40 des contestataires &#233;colos, de matraquer &#224; mort des gens de &#8220;&lt;i&gt;pas-la-bonne-couleur&lt;/i&gt;&#8221; ou de pi&#233;tiner Genevi&#232;ve Legay qui &#233;tait l&#224; o&#249; il ne fallait pas, sans doute afin de prot&#233;ger les honn&#234;tes-citoyens-qui-n'ont-rien-&#224;-se-reprocher, et qui, eux, auraient conscience des r&#233;alit&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Darmanin, il est possible que des bouquets de persil fleurissent &#224; chacune de ses apparitions. Pourquoi pas ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/-1849-4b4ed.jpg?1782959346' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'agit-il de l&#226;cher prise ou plut&#244;t de reprendre prise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit de d&#233;river. Dans l'espace public et politique. De donner &#224; voir et entendre d'autres perspectives que celles impos&#233;es et finalement admises &#8211; par r&#233;signation ou adh&#233;sion. De se d&#233;barrasser de ce qui nous semble toxique, mais qui pourtant monopolise l'attention. Et de sugg&#233;rer qu'une d&#233;rive serait &#233;minemment bienvenue et surtout : envisageable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#232;s les premiers r&#233;sultats obtenus, vous pourrez d&#233;velopper votre m&#233;thode autonome en inventant vos propres gestes apaisants &#187;, promettez-vous sur les affiches. C'est donc un programme visant &#224; &#233;radiquer les programmes ? Et une campagne politique visant &#224; &#233;radiquer les campagnes politiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un programme politique, oui. Concernant les promesses, il n'y en a aucune, nous sommes plut&#244;t pour l'effet boule de neige, ou m&#234;me l'effet papillon &#8211; nous souhaitons secr&#232;tement que les gens se r&#233;approprient les pistes &#233;vocatrices de ce programme. Peut-&#234;tre ne sommes-nous pas si loin du &#8220;pas de c&#244;t&#233;&#8221; propos&#233; par G&#233;b&#233; avec [sa bande dessin&#233;e] &lt;i&gt;L'An 01&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre campagne, si c'en est une, s'annonce en tout cas comme diff&#233;rente d'une campagne politique classique, bien souvent paternaliste et verticale, se concentrant sur la figure d'une personne, autour de laquelle gravite une masse de croyants et d'opportunistes &#8211; pardon, de militants. Il s'agit aussi de d&#233;tourner ce concept d'extr&#234;me droite qu'est le grand remplacement, of course. Nous avons pour objectif, accessoirement, de remplacer le grand remplacement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es membre actif de L'Arm&#233;e noire, groupe d'artistes dynamitant de mani&#232;re fort punk la po&#233;sie, le dessin et la politique&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voire notamment, concoct&#233;s par Charles Pennequin et Quentin Faucompr&#233; aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Ce r&#233;jouissant contingent boiteux va-t-il rejoindre la campagne lanc&#233;e en fanfare ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;coute de mon petit doigt, je dirais : peut-&#234;tre. La revue &lt;i&gt;Mon Lapin quotidien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trimestriel publi&#233; par la maison d'&#233;dition l'Association et dont Quentin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est &#233;galement complice du Grand soulagement.
Si notre campagne prend en premier lieu la forme d'affiches, des actions diff&#233;rentes sont pr&#233;vues dans les prochains mois. Ce sera au gr&#233; des d&#233;sirs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1850.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-1850-634e1.jpg?1782959346' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui a par ailleurs particip&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, nous offrant au passage l'une de nos couvertures embl&#233;matiques, d&#233;peignant Manuel Valls en &#171; &lt;i&gt;chef des casseurs&lt;/i&gt; &#187; (n&#176;144, juin 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voire notamment, concoct&#233;s par Charles Pennequin et Quentin Faucompr&#233; aux &#233;ditions Al Dante, les volumineux et hallucin&#233;s livres de L'Arm&#233;e noire, Tome 1 (2010), et Tome 2 (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Trimestriel publi&#233; par la maison d'&#233;dition l'Association et dont Quentin Faucompr&#233; est depuis 2020 co-r&#233;dacteur en chef.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Le fascisme a mut&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans La Possibilit&#233; du fascisme &#8211; France, la trajectoire du d&#233;sastre, publi&#233; en 2018 &#224; La D&#233;couverte, Ugo Palheta dressait un tableau alarmant de la situation politique hexagonale, sonnant l'alerte brune. Depuis, c'est peu de dire que les choses ont empir&#233;. Entretien. &#171; Il faut attirer violemment l'attention sur le pr&#233;sent tel qu'il est si on veut le transformer. Pessimisme de l'intelligence. Optimisme de la volont&#233;. &#187; C'est en conclusion de son ouvrage La Possibilit&#233; du fascisme, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jeremy-Boulard-Le-Fur" rel="tag"&gt;Jeremy Boulard Le Fur&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/repression" rel="tag"&gt;r&#233;pression&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Possibilit&#233; du fascisme &#8211; France, la trajectoire du d&#233;sastre&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2018 &#224; La D&#233;couverte, Ugo Palheta dressait un tableau alarmant de la situation politique hexagonale, sonnant l'alerte brune. Depuis, c'est peu de dire que les choses ont empir&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH511/-1790-65499.jpg?1782886881' width='500' height='511' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut attirer violemment l'attention sur le pr&#233;sent tel qu'il est si on veut le transformer. Pessimisme de l'intelligence. Optimisme de la volont&#233;.&lt;/i&gt; &#187; C'est en conclusion de son ouvrage&lt;i&gt; La Possibilit&#233; du fascisme&lt;/i&gt;, intitul&#233;e &#171; Conjurer le d&#233;sastre &#187;, que le sociologue Ugo Palheta mobilise cette citation du th&#233;oricien politique italien Antonio Gramsci. Et elle dit beaucoup de l'approche d&#233;ploy&#233;e dans son livre, publi&#233; un peu plus d'un an apr&#232;s l'accession au pouvoir d'un certain Macron et plus que jamais d'actualit&#233;. Il ne s'agit pas pour lui de c&#233;der au catastrophisme ni &#224; la comparaison au forceps, mais de poser un regard lucide sur l'escalade en cours, pour mieux en combattre le morbide aboutissement se profilant &#224; l'horizon &#8211; &lt;i&gt;optimisme de la volont&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Fascisation&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Protofascisme&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;N&#233;ofascisme en gestation&lt;/i&gt; &#187;. C'est comme on veut. Ugo Palheta ne cherche pas &#224; imposer une &#233;tiquette. Il se contente de pointer les facteurs conduisant &#224; cette d&#233;sagr&#233;gation politique, guid&#233; par une triple impulsion &#8211; autoritarisme galopant, crise du n&#233;olib&#233;ralisme et explosion du racisme &#8211; dont les stigmates s'accumulent. Son constat : &#171; &lt;i&gt;Sous des formes disparates et encore embryonnaires, mais dont la seule &#233;num&#233;ration dit la scl&#233;rose de la politique fran&#231;aise &#224; l'&#226;ge n&#233;olib&#233;ral, c'est le fascisme qui s'annonce, non comme une hypoth&#232;se abstraite, mais comme une possibilit&#233; concr&#232;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pourtant pas de plaquer sur le pr&#233;sent un pass&#233; qui, par d&#233;finition, ne se r&#233;p&#233;tera jamais &#224; l'identique, explique-t-il : &#171; &lt;i&gt;L'usage du concept de fascisme charrie &#224; l'&#233;vidence un danger d'anachronisme, du moins si l'on pense la r&#233;surgence du fascisme comme une r&#233;p&#233;tition trait pour trait ou comme le produit d'une continuit&#233; revendiqu&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ne pas chercher le fac-simil&#233; du nazisme ou du r&#233;gime mussolinien, donc, mais l'adaptation contemporaine et hexagonale de cette b&#234;te politique immonde qu'est le fascisme, qu'il d&#233;finit ainsi : &#171; &lt;i&gt;Mouvement de masse qui pr&#233;tend &#339;uvrer &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration d'une &#8220;communaut&#233; imaginaire&#8221; consid&#233;r&#233;e comme organique (nation, &#8220;race&#8221; et/ou civilisation), par la purification ethno-raciale, par l'an&#233;antissement de toute forme de conflit social et de toute contestation.&lt;/i&gt; &#187; D'aucuns diront que le danger reste lointain. D'autres, qu'il est d&#233;j&#224; l&#224;. Il semble en tout cas fondamental d'en pointer les contours pour mieux en contrer les avanc&#233;es. Dont acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a souvent d&#233;bat sur la d&#233;signation du fascisme, terme qu'on rechigne en g&#233;n&#233;ral &#224; utiliser. Comment le cerner ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a au moins trois difficult&#233;s, au-del&#224; de la question de l'usage plus ou moins pol&#233;mique des concepts. L'une tient au d&#233;bat historiographique et &#224; l'absence de consensus sur la d&#233;finition du fascisme, avec, &#224; un p&#244;le, les historien&#183;nes qui r&#233;duisent le fascisme au fascisme italien des ann&#233;es 1920-1930 et, &#224; un autre, celles et ceux qui d&#233;veloppent un concept plus g&#233;n&#233;rique du fascisme o&#249; il s'agit de distinguer des vari&#233;t&#233;s de fascisme (et j'adh&#232;re &#233;videmment &#224; cette vision). Il y a ensuite le fait que le fascisme peut &#234;tre envisag&#233; soit sous l'angle de son id&#233;ologie (son projet), soit sous l'angle des mouvements portant cette id&#233;ologie, soit sous l'angle des r&#233;gimes, des &#201;tats. Il faut donc pr&#233;ciser &#224; chaque fois de quoi on parle : il n'y a pas de r&#233;gime fasciste en France actuellement, mais il y a des mouvements politiques qui propagent diverses id&#233;ologies fascistes. Enfin, il y a le fait que le fascisme a toujours &#233;t&#233; divers et opportuniste (notamment en mati&#232;re de doctrine &#233;conomique), m&#234;me s'il y a bien une matrice commune : un projet de r&#233;g&#233;n&#233;ration nationale ou civilisationnelle par purification ethno-raciale et politique du corps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &lt;i&gt;[l'historien]&lt;/i&gt; Zeev Sternhell quand il dit que le fascisme n'est pas n&#233; dans les tranch&#233;es de 14-18 et qu'il n'est pas mort dans un bunker de Berlin en 1945. Le fascisme a mut&#233;, il s'est adapt&#233; &#224; un nouveau contexte, a appris &#224; se rendre indiscernable, &#224; se mouler dans l'id&#233;ologie dominante (la &#8220;d&#233;fense de la R&#233;publique&#8221;, par exemple, autrefois honnie par l'extr&#234;me droite fran&#231;aise). Et un peu partout il engrange des succ&#232;s &#224; mesure que le capitalisme s'enfonce dans la crise, que les gauches d&#233;&#231;oivent ou trahissent, et que les mouvements d'&#233;mancipation se montrent incapables de faire &#233;merger une alternative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre est sorti en 2018, peu avant le d&#233;but du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, entre r&#233;pression et d&#233;rive autoritaire, la d&#233;confiture politique semble se confirmer... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sous-titre de mon livre &#233;tait &#8220;la trajectoire du d&#233;sastre&#8221;. Chacun&#183;e pourra constater qu'on n'a pas d&#233;vi&#233; d'un pouce de cette trajectoire ; au contraire, on s'y enfonce de mani&#232;re de plus en plus &#233;vidente. Oui, la situation est pire aujourd'hui qu'en 2018 et il ne pouvait en &#234;tre autrement &#233;tant donn&#233; le projet n&#233;olib&#233;ral qu'incarne et que porte Macron : une refonte de l'ensemble des rapports sociaux et m&#234;me des subjectivit&#233;s dans le but d'accro&#238;tre les profits par une intensification de l'exploitation. Ce qui suppose la destruction des conqu&#234;tes sociales des classes populaires, une remise en cause des acquis d&#233;mocratiques fondamentaux (notamment les libert&#233;s publiques), et une surench&#232;re raciste permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression du mouvement des Gilets jaunes a &#233;t&#233; &#224; la hauteur de la violence sociale intrins&#232;que &#224; ce projet, mais aussi de la perte de l&#233;gitimit&#233; du pouvoir politique et du projet n&#233;olib&#233;ral qu'ont port&#233; tous les gouvernements depuis les ann&#233;es 1980. Quand vous n'&#234;tes dispos&#233; &#224; rien conc&#233;der de s&#233;rieux &#224; la classe travailleuse, quand vous brisez m&#233;thodiquement les &#233;l&#233;ments du &#8220;compromis social&#8221; d'apr&#232;s-guerre et quand vous m&#233;prisez les mouvements sociaux (notamment les organisations syndicales), la domination politique peut de moins en moins s'exercer pacifiquement, en particulier face &#224; un mouvement qui n'accepte pas de se plier aux r&#232;gles habituelles de la conflictualit&#233; sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;pendance toujours plus marqu&#233;e du r&#233;gime envers ses forces de r&#233;pression, police et arm&#233;e, n'a-t-elle pas ouvert la porte &#224; une d&#233;rive s&#233;curitaire d&#233;cupl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; ces vingt derni&#232;res ann&#233;es ont tous contribu&#233; &#224; l'autonomisation de la police et &#224; la puissance politique dont b&#233;n&#233;ficient les syndicats de police aujourd'hui, dont les positions sont relay&#233;es largement &#8211; ce qui est un fait nouveau &#8211; par des m&#233;dias ultra-complaisants. L'intensification de la r&#233;pression est une spirale tr&#232;s difficile &#224; stopper : la substitution progressive de l'&#201;tat p&#233;nal &#224; l'&#201;tat social, pour reprendre les termes de Lo&#239;c Wacquant, ne peut qu'aboutir &#224; toujours plus de criminalisation de la pauvret&#233; et d'in&#233;galit&#233;s. Ce sont de parfaits ingr&#233;dients pour maintenir ou accro&#238;tre la petite d&#233;linquance (en sachant par ailleurs que, sur le temps long, la criminalit&#233; la plus grave a baiss&#233;), justifiant aux yeux des m&#233;dias et des gouvernements l'intensification de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut voir &#233;galement que les appareils de r&#233;pression poussent leur avantage et en particulier, en leur sein, les secteurs les plus r&#233;actionnaires, gagn&#233;s ou en passe d'&#234;tre gagn&#233;s au projet n&#233;ofasciste : il suffit de lire les tribunes des militaires dans &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; pour voir que c'est tout le langage et toute la vision du monde propre &#224; la fachosph&#232;re qui y sont repris. Je ne crois pas du tout &#224; un coup d'&#201;tat militaire, mais ce que tout cela signale, c'est un processus de fascisation de l'&#201;tat qui fait que l'extr&#234;me droite, si elle parvenait au pouvoir, trouverait un soutien massif du c&#244;t&#233; des appareils de r&#233;pression pour faire ce qui est au c&#339;ur de son projet : instaurer un r&#233;gime d'apartheid racial sous couvert de &#8220;d&#233;fense de la France&#8221; ; &#233;craser toute capacit&#233; d'action politique des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crise du Covid aidant, nous sommes encore plus profond&#233;ment entr&#233;s dans un &#233;tat d'exception permanent &#8212; &#233;tat d'urgence s&#233;curitaire, &#233;tat d'urgence sanitaire, etc. Est-ce qu'il n'y a pas l&#224; tous les ferments d'un pouvoir d&#233;j&#224; autoritaire glissant vers le fascisme &#224; la faveur d'une crise sanitaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le chemin vers le fascisme n'est le produit ni d'une lente involution sans secousses (un simple glissement progressif, graduel), ni d'un coup de force des fascistes leur permettant de conqu&#233;rir le pouvoir une fois pour toutes et d'appliquer leur programme. La d&#233;rive de la classe dominante et de son personnel politique fournit un terrain sur lequel peut prosp&#233;rer le fascisme, mais il faut que le prol&#233;tariat subisse toute une s&#233;rie de d&#233;faites sociales et politiques d&#233;cisives pour que les fascistes parviennent au pouvoir et soient en capacit&#233; de transformer profond&#233;ment l'&#201;tat et les rapports sociaux dans un sens v&#233;ritablement &lt;i&gt;fasciste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il n'y a rien d'automatique : des reculs profonds se sont op&#233;r&#233;s et des batailles ont &#233;t&#233; perdues, mais d'autres sont &#224; venir, qu'il nous faut pr&#233;parer et engager en cherchant les voies (difficiles) de la radicalit&#233; et de l'unit&#233;. Il n'y aura pas d'issue hors de cette combinaison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;l&#233;ment est peu pr&#233;sent dans votre livre : la dimension num&#233;rique de cette propagande, celle qui a fait &#233;lire Trump et fait d&#233;sormais prosp&#233;rer les complotistes de type QAnon. Les nouveaux avatars du fascisme passeront-ils forc&#233;ment par ces nouvelles formes de propagande ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est d&#233;j&#224; le cas et, dans la mesure o&#249; les fascistes n'ont aucun probl&#232;me &#224; user du mensonge, l'&#233;volution du paysage politique et m&#233;diatique leur est &#233;minemment favorable. Quand un ministre dit se foutre des statistiques de la d&#233;linquance et pr&#233;f&#233;rer &#8220;&lt;i&gt;le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing&lt;/i&gt;&#8221;, quand les cha&#238;nes d'info en continu donnent sans cesse la parole &#224; des producteurs industriels de fausses informations (Zemmour n'&#233;tant qu'un exemple parmi d'autres), quand tout est r&#233;gi par la maximisation de l'audimat, des clics et des retweets, les fascistes sont &#224; leur aise pour d&#233;velopper leur propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait le plus d&#233;cisif &#224; mon sens est celui qui est le moins aper&#231;u : c'est d'abord la faiblesse du niveau d'organisation des classes populaires qui peut rendre une partie d'entre elles et eux perm&#233;able &#224; la propagande raciste d'id&#233;ologues dominants (et appartenant aux classes dominantes), voire aux th&#233;ories d&#233;lirantes d&#233;velopp&#233;es par les courants conspirationnistes. Ce qu'a offert pendant longtemps le mouvement ouvrier, &#224; une &#233;chelle de masse, ce sont non seulement des solidarit&#233;s collectives et un espoir de transformation sociale, mais c'est aussi une grille de lecture rationnelle du monde &#224; partir notamment des antagonismes sociaux fondamentaux : des classes et des luttes de classes. C'est tout cela qui s'est effiloch&#233; et qu'il nous faut reconstruire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; notre &#233;poque (en int&#233;grant des enjeux dont certains sont relativement nouveaux, comme l'environnement, et d'autres non, tels que le racisme et le patriarcat), parce que, quand vous ne croyez plus en rien, vous &#234;tes pr&#234;ts &#224; croire n'importe qui et n'importe quoi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il tente de se racheter une image, le Rassemblement national (RN) est selon vous porteur d'un fascisme &#171; en gestation &#187;. Quels sont les outils &#224; d&#233;ployer pour que cette gestation n'aille pas &#224; son terme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;ponse qui vient tout de suite &#224; l'esprit, c'est le d&#233;veloppement de l'antifascisme, aspect imp&#233;ratif, mais qui n'est malheureusement pas suffisant (surtout si l'on focalise l'antifascisme sur la lutte contre le RN, ce qui me semble une erreur). Si le d&#233;veloppement du fascisme est un produit de la crise du capitalisme en g&#233;n&#233;ral, et en particulier ici d'une crise du capitalisme fran&#231;ais (y compris dans sa dimension imp&#233;rialiste, dont on n'a pas parl&#233;, mais qui est importante), on ne peut vaincre le fascisme sans que s'impose une alternative &#233;mancipatrice au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule gagnante est facile &#224; formuler, beaucoup plus difficile &#224; mettre en pratique : d&#233;velopper les organisations, coalitions, id&#233;es et pratiques antifascistes ; intensifier et &#233;largir les mobilisations sociales, en cherchant notamment &#224; reconstruire &#224; la base (sur les lieux de travail et les lieux de vie) ; mener la bataille des id&#233;es en cherchant non pas &#224; se satisfaire de petites niches, mais &#224; s'adresser au plus grand nombre ; et b&#226;tir une organisation anticapitaliste de masse, ayant son centre de gravit&#233; dans les luttes sociales, mais capable de se d&#233;velopper, y compris sur le terrain &#233;lectoral et institutionnel. La barre est tr&#232;s haute, mais ce n'est pas parce que les objectifs paraissent inatteignables qu'ils ne doivent pas &#234;tre poursuivis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les cond&#233;s de la Commune</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-condes-de-la-Commune</link>
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		<dc:date>2021-03-10T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre La Proclamation de la Commune (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ? &#171; La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie &#187;, d&#233;clarait le blanquiste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible&lt;/i&gt; &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre &lt;i&gt;La Proclamation de la Commune&lt;/i&gt; (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait le blanquiste &#201;douard Vaillant le 19 avril au Conseil de la Commune.
Comment la Commune a-t-elle g&#233;r&#233; son &#171; volet s&#233;curitaire &#187; ? Explications avec les historiens Quentin Deluermoz&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et Maxime Jourdan&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3589 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L407xH720/-1732-96afc.jpg?1782641581' width='407' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la Commune, le sentiment d'hostilit&#233; des classes populaires vis-&#224;-vis de la police est manifeste &#8211; et ne se d&#233;mentira pas par la suite. &#171; &lt;i&gt;Le sergot est un trouble-f&#234;te&lt;/i&gt; &#187;, rapporte dans ses notes&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; le commissaire Adolphe Gronfier, en fonction &#224; la pr&#233;fecture de police de Paris de 1866 &#224; 1893 (sauf durant la Commune). Il y dresse, non sans ironie, le constat sans appel du foss&#233; entre les agents de la paix et le peuple parisien, peu sensible &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une force publique : &#171; &lt;i&gt;Cette haine du sergent de ville est particuli&#232;re &#224; la populace de Paris&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; celle-ci la pousse m&#234;me jusqu'&#224; un tel degr&#233; d'exag&#233;ration qu'elle ne perd pour ainsi dire pas une occasion de prendre parti pour le filou arr&#234;t&#233;, contre les agents qui l'arr&#234;tent. Cette mani&#232;re de voir et d'agir fait partie du cat&#233;chisme nouveau, et, dans peu d'ann&#233;es, nul ne sera certainement parfait citoyen, s'il ne r&#233;clame l'abolition de la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin Deluermoz, dont la th&#232;se de doctorat est consacr&#233;e aux &lt;i&gt;&#171; policiers en tenue dans l'espace parisien entre 1854 et 1913 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dit&#233;e sous le titre Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, explique que &lt;i&gt;&#171; le Second Empire avait mis en place une r&#233;forme de la police municipale, fond&#233;e sur l'exemple londonien (le fameux &#8220;Bobby&#8221;), qui visait &#224; faire davantage appr&#233;cier la police &#224; la population&lt;/i&gt; &#187;. Il ajoute que, si &lt;i&gt;&#171; les situations dans les quartiers sont tr&#232;s diverses, les tensions &#233;taient &#233;videmment plus dures dans les quartiers ouvriers. Mais la pr&#233;sence polici&#232;re finit par s'implanter peu &#224; peu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, pr&#233;cise-t-il, &#171; &lt;i&gt;l'image &#8220;noire&#8221; de la police parisienne (brutale, proche des malfaiteurs), n&#233;e de la figure de Vidocq, n'a jamais vraiment disparu. La r&#233;pression polici&#232;re lors des grandes manifestations de la fin des ann&#233;es 1860 a rallum&#233; la logique de confrontation. Et avec la Commune tout se pr&#233;cipite : les sergents de ville &#8211; renomm&#233;s &#8220;gardiens de la paix&#8221; depuis l'av&#232;nement de la R&#233;publique en septembre 1870 &#8211; deviennent les symboles du &#8220;monde d'avant&#8221;, du r&#233;gime imp&#233;rial despotique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La police politique imp&#233;riale concentre en effet toute la d&#233;testation de l'extr&#234;me gauche de l'&#233;poque qui d&#233;nonce ses mouchards, sa brigade des m&#339;urs, ses fameuses &#171; blouses blanches &#187; (provocateurs d&#233;guis&#233;s en ouvriers et infiltr&#233;s dans les manifestations &#8211; leur importance r&#233;elle est sujette &#224; caution), sa censure, les complots de son cabinet noir, etc. L'historien Maxime Jourdan souligne quant &#224; lui le &#171; &lt;i&gt;pouvoir consid&#233;rable&lt;/i&gt; &#187; dont elle dispose alors : &#171; &lt;i&gt;Sous la f&#233;rule du pr&#233;fet Joseph Pietri et &#224; l'instigation du &#8220;commissaire sp&#233;cial&#8221; Michel Lagrange, redoutable chef de la police politique, une pluie de condamnations s'abat sur les r&#233;publicains socialistes, au premier rang desquels se trouvent les pugnaces blanquistes. Aussi ces derniers adoptent-ils une attitude ambivalente &#224; l'endroit de l'institution polici&#232;re : s'ils font chorus avec les r&#233;publicains r&#233;clamant son abolition, ils identifient &#8211; &#224; raison &#8211; la pr&#233;fecture de police comme le centre n&#233;vralgique du pouvoir dont ils subissent les foudres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourchass&#233;s sous l'Empire, les blanquistes ne cachent pas leur volont&#233; de revanche, &#224; l'instar de Th&#233;ophile Ferr&#233; qui, jug&#233; &#224; Blois durant l'&#233;t&#233; 1870, invective la cour en des termes peu &#233;quivoques : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes aujourd'hui la force, usez-en ! Mais quand je l'aurai, gare &#224; vous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, il n'est pas &#233;tonnant que lorsque l'insurrection &#233;clate le 18 mars, la plupart des agents de police quittent Paris par crainte de repr&#233;sailles. Dans ce moment de vacance du pouvoir et de d&#233;sorganisation, les revendications communalistes s'expriment le 23 mars dans la bouche de l'internationaliste Eug&#232;ne Varlin au sein du Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements : &#171; &lt;i&gt;Nous voulons un conseil municipal &#233;lu. Nous voulons des franchises municipales s&#233;rieuses pour Paris, la suppression de la pr&#233;fecture de police, le droit pour la Garde nationale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;de nommer tous les officiers y compris le commandant en chef, la remise enti&#232;re des loyers &#233;chus au-dessous de 500 francs, une loi &#233;quitable sur les &#233;ch&#233;ances&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; enfin nous demandons que l'arm&#233;e se retire &#224; vingt lieues de Paris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre t&#233;moignage direct de la mentalit&#233; ouvri&#232;re, dans une lettre adress&#233;e &#224; sa s&#339;ur en province, D&#233;sir&#233; Lapie, menuisier insurg&#233; du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, explique : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons ni le pillage ni le vol, ni grandeurs. Voil&#224; ce que nous voulons, rien de plus : R&#233;publique une et indivisible ; s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; instruction gratuite et obligatoire pour les instituteurs la&#239;ques ; suppression enti&#232;re des arm&#233;es permanentes, que tout citoyen soit soldat, mais dans son pays, c'est-&#224;-dire garde national. Suppression des sergents de ville et tout argoussin&lt;/i&gt; [sic] &lt;i&gt;ainsi que des gendarmes.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Voil&#224; notre programme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une page de l'histoire du blanquisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais dans un contexte r&#233;volutionnaire, la police est d'&#233;vidence un enjeu politique majeur. Le 20 mars, un des chefs du courant blanquiste, Raoul Rigault, devient d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la S&#251;ret&#233; &#224; 25 ans seulement et prend le pouvoir de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#171; l'ex-pr&#233;fecture &#187;. Dans ses m&#233;moires, intitul&#233;es &lt;i&gt;La Commune v&#233;cue,&lt;/i&gt; son secr&#233;taire Gaston Da Costa affirme que la &#171; &lt;i&gt;faute irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#187; de Rigault a &#233;t&#233; de couler l'organisation polici&#232;re de la Commune dans le &#171; &lt;i&gt;moule malpropre&lt;/i&gt; &#187; de celle de l'Empire &#8211;, un moule qui, n&#233;anmoins, &#171; &lt;i&gt;avait l'avantage d'&#234;tre tout fait&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#201;crire l'histoire de la police sous la Commune revient peu ou prou &#224; &#233;crire une page de l'histoire du blanquisme &#187;, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Maxime Jourdan. Les blanquistes semblaient avoir quelque app&#233;tence pour ces fonctions. Pour l'historien, ils &#171; &lt;i&gt;sont &#233;pris d'ordre, imbus d'autorit&#233; et de centralisme ; ils ne ren&#226;clent pas devant la coercition et sont m&#234;me adeptes de la Terreur, de la dictature d'une minorit&#233; d'avant-garde. Tous ces traits ne les pr&#233;disposent pas &#224; la suppression de la pr&#233;fecture de police ni &#224; sa &#8220;d&#233;mocratisation&#8221;. D'autant que Raoul Rigault, dont Blanqui dit qu'il &#8220;est n&#233; pr&#233;fet de police&#8221;, s'est fait une sp&#233;cialit&#233; du contre-espionnage politique ; il conna&#238;t la rue de J&#233;rusalem (si&#232;ge de la pr&#233;fecture sur l'&#238;le de la Cit&#233;) comme sa poche. Il attend son heure&#8230; Au lendemain de l'insurrection communaliste, c'est tout naturellement qu'il s'installe &#224; la pr&#233;fecture de police. Ses camarades r&#233;tablissent les 80 commissariats de Paris qu'ils s'efforcent de confier &#224; des amis de leur sensibilit&#233; politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le volet s&#233;curitaire sous la Commune englobe plusieurs r&#233;alit&#233;s. Selon Maxime Jourdan, il va s'op&#233;rer &lt;i&gt;&#171; une dichotomie qui se voulait stricte &#8211; et qui fut moins nette et plus poreuse qu'envisag&#233; &#8211; entre maintien de l'ordre public (droit commun) et r&#233;pression des opposants au nouveau r&#233;gime (police politique)&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on voir s'esquisser dans la confusion l'&#233;mergence d'une &#171; police citoyenne &#187; ? Quentin Deluermoz dresse un tableau qui varie selon les quartiers : &#171; [Les postes de commissaires vacants] &lt;i&gt;sont occup&#233;s par des militants &#224; l'instigation de &#8220;l'ex-pr&#233;fecture de police&#8221; ou des municipalit&#233;s qui peuvent se trouver alors en conflit. D'autres le sont par des habitants ou des figures de confiance du quartier. Aussi y a-t-il beaucoup &#8220;d'ordres&#8221; en vigueur dans le Paris insurg&#233;. Dans le 17 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, le commissaire du quartier des &#201;pinettes applique le &#8220;bon droit&#8221; des ouvriers fond&#233; sur la n&#233;gociation et la conciliation. Celui du quartier de l'Od&#233;on&lt;/i&gt; [6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;] &lt;i&gt;en revanche peine &#224; faire respecter les r&#232;glements par les populations de la rue&#8230; Enfin il ne faut pas oublier que les gardes nationales sont un autre acteur de l'ordre essentiel, ni que, dans cette p&#233;riode qui affirme rendre le pouvoir aux citoyens, les interventions de ces derniers sont plus nombreuses et fr&#233;quentes. Le rapport &#224; l'ordre et &#224; la loi est ainsi compl&#232;tement chamboul&#233; pendant la Commune.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Maxime Jourdan d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Tel commissaire va se montrer humain, voire magnanime, dans l'application des ordres ; tel autre va abuser de son autorit&#233;, multipliant les perquisitions, les brimades, les arrestations, se comportant en v&#233;ritable terreur de quartier. La t&#226;che des commissaires est d'autant plus malais&#233;e que, g&#233;n&#233;ralement, la population regimbe &#224; collaborer avec la police, f&#251;t-elle r&#233;volutionnaire. Le peuple de Paris a conserv&#233; une m&#233;fiance instinctive envers les forces de l'ordre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En outre, les communards n'ont pas &#233;t&#233; laxistes avec les d&#233;linquants et se sont voulus vertueux sur le plan des m&#339;urs. Maxime Jourdan nous explique qu'ils &#171; &lt;i&gt;vont faire preuve d'un rigorisme, d'un moralisme et d'une pudibonderie r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ainsi s'expliquent le respect affich&#233;, proclam&#233;, assum&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#8211; on leur reprochera bien suffisamment, par la suite, de n'avoir pas fait main basse sur la &#8220;forteresse capitaliste&#8221; qu'&#233;tait la Banque de France &#8211;, et les d&#233;crets r&#233;primant les jeux de hasard, la mendicit&#233;, la prostitution, le vagabondage, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il faut rappeler qu'&#224; la fin de l'Empire, &#171; &lt;i&gt;les r&#233;volutionnaires toutes tendances confondues n'ont cess&#233; de vitup&#233;rer &#8220;la f&#234;te imp&#233;riale&#8221; &lt;/i&gt;[et] &lt;i&gt;la d&#233;cadence morale du r&#233;gime qui a transform&#233; Paris en un &#8220;vaste lupanar international&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Non sans une certaine hypocrisie d'ailleurs, car certains jeunes blanquistes, Rigault en t&#234;te, ont eux-m&#234;mes une r&#233;putation de noceurs et de &#171; coureurs de grisettes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, il n'y a pas de discontinuit&#233; majeure en ce qui concerne les missions de s&#233;curit&#233; publique. Dans ses m&#233;moires&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune, Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, Philippe Cattelain, chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune qui se voit charg&#233; des affaires de droit commun, rappelle que Th&#233;ophile Ferr&#233; estimait que &#171; &lt;i&gt;les lois r&#233;volutionnaires ne seront jamais trop dures pour les voleurs de profession&lt;/i&gt; &#187;. D'ailleurs, &lt;i&gt;&#171; les observateurs louent la s&#251;ret&#233; des rues de Paris, &lt;/i&gt;rappelle Maxime Jourdan&lt;i&gt;. &#201;lie Reclus, t&#233;moin critique envers la Commune&lt;/i&gt; [qui l'a nomm&#233; directeur de la Biblioth&#232;que nationale]&lt;i&gt;, note &#224; la date du dimanche 14 mai que &#8220;jamais ville ne fut plus rang&#233;e, plus paisible &#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commune de Paris au jour le jour, 1908.&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une police politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cattelain, fonctionnaire atypique peu politis&#233; au c&#339;ur de la machine r&#233;pressive, souligne les contradictions du nouvel ordre r&#233;volutionnaire avec un peu d'amertume : &#171; &lt;i&gt;Il faut constater une chose, c'est que les gens au pouvoir, tout en critiquant ce qui a pu exister avant eux, finissent par trouver utile ce qu'ils ont mis tant d'acharnement &#224; d&#233;molir, et se contentent de mettre un nom d'ami &#224; la place d'un nom d'adversaire, pour continuer d'administrer avec les m&#234;mes habitudes, et souvent les m&#234;mes abus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une &#171; autre police &#187;, communale et d&#233;mocratique, se heurte &#224; la bri&#232;vet&#233; de l'&#233;v&#233;nement et au contexte de guerre civile, contamin&#233; par l'espionnite et la &#171; fi&#232;vre obsidionale &#187;. Toutefois des protestations ne manquent pas de s'&#233;lever au sein de la Commune face aux tendances dictatoriales de Rigault &#8211; quand on lui reprochait ses m&#233;thodes ill&#233;gales, il s'exclamait : &#171; &lt;i&gt;Nous ne faisons pas de la l&#233;galit&#233;, nous faisons la r&#233;volution.&lt;/i&gt; &#187; Par exemple, il pr&#233;pare, d&#232;s le lendemain de l'adoption du Comit&#233; de salut public&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, les mandats d'arr&#234;t destin&#233;s aux minoritaires qui avaient vot&#233; contre. Mais, dans les rangs des n&#233;o-jacobins et des blanquistes m&#234;me, on s'insurge contre cette &#171; folie &#187;. Pour contrebalancer certains effets de l'arbitraire en vigueur, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Justice Protot (un blanquiste) et des &#233;lus du Conseil communal (Arnould et Vermorel) tentent d'obtenir l'interdiction des perquisitions sans mandat, le droit de visite aux d&#233;tenus par les membres de la Commune et la lev&#233;e du secret auquel &#233;taient soumis les prisonniers jug&#233;s dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rigault, moins aust&#232;re que sa l&#233;gende noire le laisse entendre, est d&#233;crit par Cattelain comme &#171; &lt;i&gt;un r&#233;volutionnaire ardent, quelques fois brutal, mais toujours accessible aux sentiments d'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui mettait un point d'honneur &#224; offrir un bon traitement &#224; ses ennemis incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan avance quelques circonstances att&#233;nuantes : &#171; &lt;i&gt;S'ils &#233;taient nombreux &#224; r&#233;criminer contre Rigault, force est de constater que sa t&#226;che &#233;tait si rude, si complexe, si ingrate, qu'il y avait peu de candidats &#224; sa succession &#8211; et c'est un doux euph&#233;misme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien, &#171; &lt;i&gt;le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le nombre d'arrestations (entre 1 000 et 4 000, selon les sources), qui peuvent se justifier dans un &#233;tat de guerre, que dans leur nature, dans la qualit&#233; des personnes incarc&#233;r&#233;es. En la mati&#232;re, le manque de discernement fut patent : on frappait &#8220;&#224; tort et &#224; travers&#8221;, reconna&#238;t Da Costa. Cependant que les eccl&#233;siastiques et les policiers du r&#233;gime d&#233;chu polarisaient l'attention de Rigault et de Ferr&#233; et subissaient leur vindicte, des espions et des tra&#238;tres av&#233;r&#233;s s&#233;vissaient, sans qu'on les inqui&#233;t&#226;t, dans les minist&#232;res, les &#233;tats-majors et les bataillons de la Garde nationale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on alors parler d'une tentative de mise en place d'une police politique ? Maxime Jourdan r&#233;pond par l'affirmative tout en mettant en garde vis-&#224;-vis des comparaisons anachroniques avec les r&#233;gimes totalitaires et policiers du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; &lt;i&gt;En raison de la polycratie &#224; l'&#339;uvre sous la Commune, des nombreuses autorit&#233;s rivales ou concurrentes, du caract&#232;re &#8220;anarchique&#8221; du mouvement communaliste, il me semble excessif de parler de &#8220;pouvoir policier&#8221;. Cette police politique, redoutable en th&#233;orie, il ne faut en exag&#233;rer ni la capacit&#233; ni l'importance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lendemains qui saignent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai, en pleine Semaine sanglante, on pouvait lire dans le journal r&#233;publicain mod&#233;r&#233; &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;La terreur blanche succ&#232;de d&#233;j&#224; dans Paris &#224; la terreur rouge ; il n'y a l&#224; rien de surprenant.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La police des rues pacifi&#233;es est remise depuis hier aux agents de ville, lesquels sont charg&#233;s d'arr&#234;ter les gens suspects, pourvu qu'ils n'abusent pas de ce droit, comme au temps de l'Empire !&lt;/i&gt; &#187; Vaine pr&#233;caution de journaliste : les pav&#233;s sont tout sanglants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3590 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L499xH720/-1733-a4002.jpg?1782700103' width='499' height='720' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;&#201;change de plaisanteries devant le cadavre d'un communard&#034;, tableau anonyme, 1871
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t le sort de Rigault abattu sans jugement par les Versaillais le 24 mai aux abords du jardin du Luxembourg et celui de Th&#233;ophile Ferr&#233;, bravache devant la sentence du 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; conseil de guerre et fusill&#233; le 28 novembre. Cons&#233;quence des fusillades, des d&#233;nonciations massives (400 000 lettres de d&#233;lation), des emprisonnements, de l'exil et la proscription : &#224; l'automne 1871, l'industrie parisienne enregistre une perte de 100 000 ouvriers par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan souligne que Versailles, qui traitait les communards comme &#171; &lt;i&gt;un ramassis de voleurs et d'assassins&lt;/i&gt; &#187;, avait la volont&#233; &#171; &lt;i&gt;de d&#233;nier tout caract&#232;re politique aux actes de la Commune, en les criminalisant &#187;&lt;/i&gt;. Cela vaudra &#233;galement pour les fonctionnaires qui auront servi la Commune, m&#234;me en effectuant des t&#226;ches administratives subalternes : ils seront jug&#233;s pour usurpation de fonctions publiques. &lt;i&gt;&#171; Quant &#224; ceux qui auront montr&#233; dans l'exercice de leurs fonctions une adh&#233;sion politique au r&#233;gime nouveau, ils seront jug&#233;s par un conseil de guerre et encourront la d&#233;portation ou les travaux forc&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels changements s'op&#232;rent dans l'organisation de la police au lendemain de la Commune ? La cons&#233;quence imm&#233;diate est la dissolution de la Garde nationale afin d'&#233;viter un prochain &#233;pisode de peuple en armes. &lt;i&gt;&#171; Surtout, &lt;/i&gt;observe Quentin Deluermoz, &lt;i&gt;Thiers fait passer l'effectif de la police municipale de 5 700 &#224; 6 800 agents. Cette augmentation correspond &#224; une tentative de militarisation des forces de police. Cette orientation est cependant vite abandonn&#233;e. La presse r&#233;publicaine et lib&#233;rale a vivement r&#233;agi au nom de l'id&#233;e, croissante depuis les ann&#233;es 1860, d'une police proche du public. Surtout, le Conseil municipal de Paris, situ&#233; &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, a men&#233; au m&#234;me moment une tentative de municipalisation. L'opposition avec la pr&#233;fecture de police dure quatre ans, de 1874 &#224; 1878. La remise en cause de l'&#233;tatisation de la police municipale parisienne ne va pas plus loin : les pr&#233;fets de police et les gouvernements refusent de se priver du contr&#244;le d'une telle force de police dans la capitale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;fecture de police devenue le laboratoire du maintien de l'ordre en France et dont on conna&#238;t le r&#244;le lors de la rafle du V&#233;l'd'Hiv' et du 17 octobre 1961 &#8211; son pouvoir semble aujourd'hui intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (1848-1871),&lt;/i&gt; 2012 et de &lt;i&gt;Commune(s) 1870-1871. Une travers&#233;e des mondes au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de &lt;i&gt;Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de la Commune, de l'exil et du retour)&lt;/i&gt; de Lucien Descaves, La D&#233;couverte, 2019. Il est l'auteur des articles &#171; La police sous la Commune &#187; et &#171; Les blanquistes sous la Commune &#187; dans le dictionnaire coordonn&#233; par Michel Cordillot, &lt;i&gt;La Commune de Paris 1871 : Les Acteurs, l'&#233;v&#233;nement, les lieux,&lt;/i&gt; L'atelier, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre &lt;i&gt;Dictionnaire de la racaille. Manuscrit secret d'un commissaire de police parisien au XIX &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;dit&#233;e sous le titre &lt;i&gt;Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre public &#224; Paris (1854-1914),&lt;/i&gt; Publications de la Sorbonne, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une arm&#233;e de r&#233;serve de citoyens. La guerre contre la Prusse de 1870 a vu leurs rangs gonfler jusqu'&#224; 590 000 hommes. La F&#233;d&#233;ration de la Garde nationale parisienne a constitu&#233; le bras arm&#233; de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune,&lt;/i&gt; Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Commune de Paris au jour le jour,&lt;/i&gt; 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le Conseil de Commune vote les pleins pouvoirs &#224; un ex&#233;cutif restreint sur le mod&#232;le du Comit&#233; de salut public de 1793. Une minorit&#233;, compos&#233;e de socialistes anti-autoritaires, d&#233;plore que la Commune ait &lt;i&gt;&#171; abdiqu&#233; son pouvoir entre les mains d'une dictature&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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