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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Portrait &#224; la barbe fleurie</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me est parpagnas. Install&#233; &#171; pour voir &#187;, en 1991, sur une petite surface l&#233;gu&#233;e par son p&#232;re, il y a pris go&#251;t. Produisant des l&#233;gumes de qualit&#233;. &#201;cumant dans un premier temps les march&#233;s. Puis participant au lancement des premi&#232;res Amap locales. Entre n&#233;cessit&#233; de gagner sa vie et envie d'exp&#233;rimenter, rencontre avec un paysan pas fatigu&#233;. J&#233;r&#244;me Laplane a grandi dans la vall&#233;e de l'Huveaune, ce fleuve mince comme un ruisseau qui finit sa course sur la plage du Prado, &#224; Marseille. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no163-mars-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;163 (mars 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jerome-Laplane" rel="tag"&gt;J&#233;r&#244;me Laplane&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me est &lt;i&gt;parpagnas&lt;/i&gt;. Install&#233; &#171; pour voir &#187;, en 1991, sur une petite surface l&#233;gu&#233;e par son p&#232;re, il y a pris go&#251;t. Produisant des l&#233;gumes de qualit&#233;. &#201;cumant dans un premier temps les march&#233;s. Puis participant au lancement des premi&#232;res Amap locales. Entre n&#233;cessit&#233; de gagner sa vie et envie d'exp&#233;rimenter, rencontre avec un paysan pas fatigu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2813 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH521/-1067-0c0eb.jpg?1782640459' width='400' height='521' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Lo&#239;s
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;&#233;r&#244;me Laplane a grandi dans la vall&#233;e de l'Huveaune, ce fleuve mince comme un ruisseau qui finit sa course sur la plage du Prado, &#224; Marseille. Plus connue pour son pass&#233; industriel, gris et rouge, cette coul&#233;e verte &#224; l'est des Bouches-du-Rh&#244;ne conserve n&#233;anmoins la m&#233;moire d'une longue histoire agricole. Entre Pont-de-l'&#201;toile et Roquevaire, on cultivait autrefois les c&#226;pres. &#171; &lt;i&gt;On le sait, parce qu'en 1860, lors de la construction de la voie ferr&#233;e Aubagne-Gardanne, les cultures ont &#233;t&#233; r&#233;pertori&#233;es sur les plans cadastraux avant les expropriations.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mercredi, on est sur le march&#233; paysan du cours Julien, dans le centre de Marseille. J&#233;r&#244;me a pris le temps d'un caf&#233; pour r&#233;pondre aux questions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Et pour conter son parcours. &#171; &lt;i&gt;Mes parents &#233;taient paysans. J'ai fait un BTS en lyc&#233;e agricole, mais pas pour devenir agriculteur. Je me voyais technicien &#224; l'Inra&lt;/i&gt; [Institut national de la recherche agronomique, NDLR]&lt;i&gt;, sans doute pour &#233;viter les pesanteurs de l'enracinement&#8230; Mais bon, technicien, ce n'est pas tr&#232;s... glorieux, disons. Du coup, je suis rest&#233; sur les terres familiales.&lt;/i&gt; &#187; On confirme : J&#233;r&#244;me a le corps rond et musculeux de quelqu'un qui a gard&#233; les pieds sur terre. &#171; &lt;i&gt;J'ai boss&#233; sept ans avec mon p&#232;re, puis j'ai repris la ferme. Avec l'id&#233;e que j'allais r&#233;ussir &#224; m'en sortir, puisque Marseille est tout proche. Il n'y a pas si longtemps, la plaine d'Aubagne &#233;tait le centre nourricier, la ceinture verte de cette ville. Mais en cinquante ans, on a beaucoup perdu en auto-suffisance. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vendre, c'&#233;tait la gal&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, je travaillais seul avec mes parents. J'ai fait un march&#233;, puis deux, jusqu'&#224; cinq, dans une course &#224; la tr&#233;sorerie. Mais c'&#233;tait usant : quand tu reviens des march&#233;s, tu n'es plus tr&#232;s vaillant, c'est dur d'encha&#238;ner sur le travail &#224; la ferme et tu entres dans une mauvaise spirale&#8230; J'ai donc embauch&#233; quelqu'un pour m'aider, d'abord deux ou trois jours par semaine, puis &#224; temps complet.&lt;/i&gt; &#187; Vient alors la participation &#224; une premi&#232;re Amap, n&#233;e en octobre 2001. &#192; l'&#233;poque, les adh&#233;rents voulaient d'abord des produits locaux, puis ils ont r&#233;clam&#233; du bio. J&#233;r&#244;me a suivi : &#171; &lt;i&gt;La reconversion des sols prend bien plus de temps que la reconversion sur le papier. Il faut remettre les &#233;quilibres en place, &#231;a ne se fait pas en claquant des doigts.&lt;/i&gt; &#187; Le ton est jovial, l'accent du coin. &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, les Amap fleurissent, elles surfent sur une vague.&lt;/i&gt; &#187; Parfois, les effets de mode ont du bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si le succ&#232;s est au rendez-vous, le but n'est pas de &#171; &lt;i&gt; grossir jusqu'&#224; exploser&lt;/i&gt; &#187;. Plut&#244;t de se donner les moyens de recevoir des jeunes d&#233;sireux de se lancer. En dix ans, une dizaine de personnes se sont install&#233;es &#224; la suite d'un stage sur la ferme. Pas le choix de carri&#232;re le plus &#233;vident : &#171; &lt;i&gt;Pour les jeunes, ce n'est pas facile.&lt;/i&gt; &#187; Beaucoup vivent de peu, dorment en caravane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, un agriculteur sur trois touchait moins de 350 &#8364; par mois, selon les chiffres de la MSA, la S&#233;cu agricole. De quoi longuement r&#233;fl&#233;chir : &#171; &lt;i&gt;Mon fils travaille avec nous pour l'instant, mais il n'est pas s&#251;r de vouloir reprendre la ferme. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Amap se multiplient, se divisent quand elles grandissent (&#171; &lt;i&gt;Comme les amibes ! &lt;/i&gt; &#187;) et facilitent l'installation de nouveaux jeunes. Avance sur tr&#233;sorerie, partage de points de vue, accompagnement&#8230; &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, nous alimentons trois Amap. Une &#224; la ferme, la plus ancienne. Une autre &#224; Bonneveine, au sud de Marseille. Et une derni&#232;re sur Aubagne, avec un panier plus petit pour des gens ayant moins de moyens ou qui ne travaillent pas. Il s'agit d'un public moins &#8220;stabilis&#233;&#8221; que celui qui fr&#233;quente habituellement les Amap. C'est int&#233;ressant, parce que &#231;a fait boule de neige et que &#231;a cr&#233;e une dynamique dans les quartiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Produire pour qui ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous am&#232;ne &#224; une question &#233;pineuse : est-on condamn&#233; &#224; choisir entre mourir empoisonn&#233; par les pesticides en fr&#233;quentant le populeux march&#233; de Noailles et crever d'ennui chez les bobos du cours Julien pour acheter des produits de qualit&#233; ? J&#233;r&#244;me &#233;clate de rire. Formul&#233; autrement : le paysan bio est-il condamn&#233; &#224; vendre aux classes moyennes ? &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas faire endosser aux paysans la d&#233;tresse sociale qui existe en France. Mais nous devons en tenir compte, et nous efforcer de proposer des produits accessibles. En Amap, je distribue des l&#233;gumes bio au m&#234;me prix, ou pas loin, que des l&#233;gumes conventionnels. Je produis en quantit&#233; suffisante pour absorber le surco&#251;t de la production bio. Mais cela implique forc&#233;ment des contraintes pour les adh&#233;rents : en hiver, il n'y a jamais de tomates ; et en &#233;t&#233;, les amapiens en mangent matin, midi et soir !&lt;/i&gt; &#187; Le prix &#224; payer pour que des l&#233;gumes produits de fa&#231;on respectueuse soient accessibles au plus grand nombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion a cours dans certaines structures, pas toutes. Elle ne se limite d'ailleurs pas au r&#233;seau des Amap : le magasin Solid'Arles, dans la ville du m&#234;me nom, a ainsi sign&#233; des partenariats avec la S&#233;cu et la Caf pour proposer des l&#233;gumes de qualit&#233; &#224; prix r&#233;duit. Avant de lancer une carte &#171; aveugle &#187; permettant d'adapter la facture aux revenus des clients. &#171; &lt;i&gt;Dans ce cas pr&#233;cis, la soci&#233;t&#233; prend en charge l'&#233;cart de prix ; ce ne sont pas les paysans qui portent tout sur leurs &#233;paules. Ici, sur le march&#233;, la solidarit&#233; se joue de mani&#232;re informelle : les gens modestes passent &#224; la derni&#232;re heure, on s'arrange&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fois b&#233;tonn&#233;, c'est fini&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Membre de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, J&#233;r&#244;me est aussi impliqu&#233; dans la sauvegarde des terres arables : &#171; &lt;i&gt;On a fait des manifs dans les environs &#8211; &#224; Saint-Martin-de-Crau ou &#224; G&#233;menos. Un collectif d'Aubagne se charge de la veille fonci&#232;re, mettant la pression sur les municipalit&#233;s pour que les terrains restent agricoles. Ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas cultiv&#233;s aujourd'hui qu'on n'en aura pas besoin demain. Tandis qu'une fois b&#233;tonn&#233;, c'est fini : plus de retour en arri&#232;re possible.&lt;/i&gt; &#187; Objectif, peser face &#224; l'&#233;norme pression immobili&#232;re qui s'exerce sur la p&#233;riph&#233;rie de Marseille. Avec parfois le soutien des municipalit&#233;s : la commune de Gardanne pr&#233;empte ainsi des terrains pour les proposer en location &#224; des jeunes paysans qui s'installent. Mais cela co&#251;te cher, il faut une vraie volont&#233; politique. &#171; &lt;i&gt;La Conf' sert souvent d'&#233;tincelle, elle lance le mouvement. C'est d&#233;sormais plus facile qu'il y a quinze ans. On a fait du chemin et les mentalit&#233;s ont &#233;volu&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour la soif : sorbet et internationalisme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me a aussi tiss&#233; des liens avec des paysans de brousse au Cameroun. &#171; &lt;i&gt;Je participe &#224; une association qui creuse des puits d'eau potable dans des villages d&#233;laiss&#233;s par l'&#201;tat. On soutient aussi l'ouverture d'un centre de formation agricole, qui fait de l'alphab&#233;tisation et sensibilise &#224; la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server les cultures vivri&#232;res. La monoculture a fait des ravages, les gens se disaient&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : &#8220;&lt;/i&gt;Je gagne ma vie avec le cacao, puis j'ach&#232;te ce dont j'ai besoin avec les b&#233;n&#233;fices.&lt;i&gt;&#8221; &lt;/i&gt; &#187; Jusqu'&#224; ce que le cours international du cacao s'effondre&#8230; L&#224;-bas aussi, la culture de l'auto-alimentation avec son propre jardin conna&#238;t un regain. &#171; &lt;i&gt;J'ai rencontr&#233; un gars qui bossait pour la ville de Yaound&#233; comme conducteur d'engin, mais qui subissait de longues p&#233;riodes de ch&#244;mage technique. Il est retourn&#233; &#224; la terre et affirme que lui et sa famille sont d&#233;sormais bien plus heureux dans leur vie retrouv&#233;e de paysans. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais en panne d'id&#233;e, J&#233;r&#244;me s'est aussi lanc&#233; dans la production de glaces artisanales, des sorbets fabriqu&#233;s avec ses propres fruits. &#171; &lt;i&gt;Fraise, framboise, melon, et puis des choses plus surprenantes, comme le fenouil, le thym, la fleur de lavande sauvage.&lt;/i&gt; &#187; Une fa&#231;on d'ouvrir d'autres champs d'activit&#233; &#224; son fils. &#171; &lt;i&gt;J'ai longtemps d&#233;pendu des choix de mon p&#232;re, je ne veux pas que mon enfant subisse la m&#234;me chose. J'ai envie de le laisser exp&#233;rimenter, qu'il fasse ses choix en conscience.&lt;/i&gt; &#187; Mais ce n'est pas la seule raison : &#171; &lt;i&gt;Tu me connais, je suis gourmand...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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