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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Sucre amer</title>
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		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


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&lt;p&gt;En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis* nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale. Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no202-octobre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;202 (octobre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Carrard" rel="tag"&gt;Carrard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2012, deux cordistes perdaient la vie dans un silo de sucre. Condamn&#233;s en premi&#232;re instance il y a deux ans, leur employeur et son donneur d'ordre, le groupe Cristal Union, ont &#233;t&#233; rejug&#233;s en appel le 21 septembre. Lui-m&#234;me ancien cordiste, &#201;ric Louis* nous raconte ce proc&#232;s charg&#233; de violence sociale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4086 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_cordistes.jpg' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Pole Ka
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Arthur Bertelli, 23 ans, et Vincent Dequin, 33 ans, tous deux cordistes, descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne). Arriv&#233;s sur le sucre, ils s'emploient &#224; d&#233;gager une porte lat&#233;rale, situ&#233;e &#224; 7 m&#232;tres au-dessus du niveau du sol. Mais au bout de dix minutes, la mati&#232;re se d&#233;robe sous leurs pieds. Deux trappes de vidage ont &#233;t&#233; ouvertes juste en dessous de l'endroit o&#249; ils travaillent. Erreur fatale : aspir&#233;s, les deux cordistes meurent ensevelis sous le sucre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;taire du silo, Cristal Union est un mastodonte de l'agroalimentaire, poss&#233;dant les marques Daddy ou encore Erstein. Arthur et Vincent avaient &#233;t&#233; embauch&#233;s par un de ses prestataires, Carrard Services. En 2019, les deux entreprises sont condamn&#233;es &#224; 100 000 &#8364; d'amende et deux ans de mise sous surveillance judiciaire. Les chefs d'&#233;tablissement au moment du drame, Michel Mangion pour Cristal Union et David Duval pour Carrard Services, &#233;copent de six mois de prison avec sursis et 15 000 &#8364; d'amende. Les pr&#233;venus font appel de ce jugement. Une nouvelle audience s'est donc tenue le 21 septembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Devant la cour d'appel de Reims, ce 21 septembre, il y a du monde. Il est 11 heures. M&#234;me si l'audience ne commence qu'&#224; 14 heures, c'est l'effervescence. Une large banderole se d&#233;ploie sur les grilles attenantes au b&#226;timent : &#171; &lt;i&gt;Pour Arthur, Vincent et Quentin&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Zaraoui-Bruat est mort en juin 2017, enselevi sous 370 tonnes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, tu&#233;s au travail chez Cristal Union. Pour tous les coll&#232;gues aux vies d&#233;truites par leurs profits. Plus jamais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux tables de camping charg&#233;es de tracts, d'affiches, de bouquins. Mais aussi de victuailles. Il faut prendre des forces, l'apr&#232;s-midi va &#234;tre longue. Tr&#232;s longue. Et &#233;prouvante. Mais ceux qui sont l&#224; ne sont pas &#224; &#231;a pr&#232;s. Ces femmes et ces hommes ont attendu sept longues ann&#233;es avant que la justice leur accorde une premi&#232;re audience. Elle avait dur&#233; douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans plus tard, &#224; l'entr&#233;e du tribunal, la responsable de la s&#233;curit&#233; s'arrache les cheveux. Fait l'appel des nombreuses parties civiles. Pas une ne manque. La jauge impos&#233;e par les mesures sanitaires risque de ne pas suffire. D'autant que de nombreux cordistes sont l&#224;, en soutien. Il faut &#233;galement caser les journalistes. La reporter de France Bleu confie : &#171; &lt;i&gt;C'est rare de voir autant de proches pr&#233;sents en appel. D'habitude, m&#234;me s'ils sont nombreux en premi&#232;re instance, ils se d&#233;couragent.&lt;/i&gt; &#187; Pour Arthur et Vincent, la mobilisation est intacte. Elle a m&#234;me grandi au fil des ann&#233;es. Comme une r&#233;ponse &#224; la lenteur de la justice. Comme un d&#233;fi au m&#233;pris des pr&#233;venus.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Enlis&#233;s dans le d&#233;ni&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Il serait tentant de faire un copi&#233;-coll&#233; du compte-rendu de l'audience de premi&#232;re instance&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un silo de sucre et de d&#233;dain &#187;, CQFD n&#176; 175 (avril 2019).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour relater celle du 21 septembre. Tant l'ent&#234;tement dans le d&#233;ni, le rejet de la faute des uns sur les autres, le rab&#226;chage d'arguments techniquement faux se sont r&#233;p&#233;t&#233;s. Dans les m&#234;mes termes. Sur le m&#234;me ton. Leitmotiv d&#233;sesp&#233;rant. La m&#233;thode Cou&#233; en guise de d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, Maurice Lombard. Le repr&#233;sentant l&#233;gal de Cristal Union. L'entreprise compara&#238;t en tant que personne morale. Pour un directeur industriel &#8211; d'un groupe qui comporte une dizaine d'usines employant au total pr&#232;s de 2 000 salari&#233;s, Maurice Lombard est balbutiant, confus, h&#233;sitant. Mais il campe sur ses positions. &#192; son sens, Cristal Union est un parangon de s&#233;curit&#233; &#8211; six ouvriers sont pourtant morts dans ses usines entre 2010 et 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan de pr&#233;vention ne mentionne pas le terme &#171; &lt;i&gt;ensevelissement&lt;/i&gt; &#187;, cause de la mort de Vincent et Arthur ? Tout le monde sait qu'un silo encore empli de plus de 5 000 tonnes de sucre pr&#233;sente des risques d'ensevelissement, voyons. Pourquoi faire redondance et &#233;crire cette &#233;vidence ? En revanche, le tout premier risque mentionn&#233; sur ledit plan de pr&#233;vention est &#171; &lt;i&gt;la pollution du produit&lt;/i&gt; &#187;. La priorit&#233; est clairement &#233;tablie. Le sucre fait l'objet de beaucoup plus d'attention que les travailleurs qui viennent y piocher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordistes n'ont pas pu entrer par la porte des 7 m&#232;tres, en bas du silo, parce que le niveau de sucre &#233;tait anormalement haut ? Ce n'est pas un probl&#232;me. R&#233;pondant &#224; la pr&#233;sidente de la cour, Maurice Lombard en est s&#251;r, l'accident serait arriv&#233; m&#234;me si les cordistes avaient pu acc&#233;der au fond du silo par cette porte des 7 m&#232;tres et donc travailler sur une masse r&#233;duite de mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Jean N&#233;ret, avocat de Cristal Union, la hauteur de sucre n'influe aucunement sur le travail &#224; fournir, ni sur les risques pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Il suffisait de d&#233;siler&lt;/i&gt; [vider le silo] &lt;i&gt;comme d'habitude selon la m&#233;thode des portions de camembert, sauf que l&#224;, les portions &#233;taient plus hautes. Et apr&#232;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Et apr&#232;s ? Faut-il rappeler &#224; M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret que le sucre culminait &#224; 15 m&#232;tres ? C'est la taille d'un immeuble de six &#233;tages ! Effectivement, pas de quoi s'inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Les cris en guise d'alerte &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Michel Mangion, le directeur de la sucrerie au moment des faits (il compara&#238;t en tant que personne physique), vient &#224; son tour &#224; la barre. Cristal Union a refus&#233; que son prestataire Carrard Services fournisse des talkies-walkies aux cordistes descendant au fond du silo ? Pas grave. Ceux-ci n'avaient qu'&#224; hurler &#224; l'attention de la vigie, 40 m&#232;tres plus haut. &#192; elle de courir au t&#233;l&#233;phone du monte-charge (&#224; condition qu'il soit bloqu&#233; au dernier &#233;tage du silo) et d'appeler la responsable des installations qui se trouve dans la cave. Si elle entend la sonnerie &#224; travers le fracas de la machinerie, il lui faudra alors tenter de comprendre le message au milieu du bruit ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233; au cours de l'audience que le jour de l'accident, entre le moment o&#249; les cordistes informent du danger et la fermeture des trappes de vidage, 16 longues minutes se sont &#233;coul&#233;es. Ce d&#233;lai semble satisfaire Michel Mangion. Lui qui pr&#233;conise &#171; &lt;i&gt;les cris en guise d'alerte&lt;/i&gt; &#187;.
La question de ces talkies-walkies devait &#234;tre abord&#233;e lors de l'accueil s&#233;curit&#233; des ouvriers, pr&#233;vu &#224; 13 h 30. Arthur et Vincent sont morts aux alentours de 11 h 30...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; par les avocats, Michel Mangion est mis en difficult&#233;. &#192; ce moment, survient un &#233;pisode surr&#233;aliste. Maurice Lombard se l&#232;ve sans g&#234;ne du banc des pr&#233;venus et vient &#224; la barre au secours de son subordonn&#233;. Prend la parole, explique. La cour laisse faire. Les choses mises au point, Maurice Lombard retourne s'asseoir. Cette libert&#233; est r&#233;v&#233;latrice. Les gens de Cristal Union, pachyderme de l'agro-industrie dans la r&#233;gion, s'affranchissent des r&#232;gles en vigueur pour le commun des mortels dans l'enceinte du palais de justice. Pourquoi d&#232;s lors se soumettraient-ils aux lois applicables &#224; tout un chacun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de nouveau sous le soleil r&#233;mois. Cristal Union, imbue de ses milliards, &#233;tale sa suffisance. Rejette la faute sur son prestataire Carrard Services. Qui lui rend la pareille. Le d&#233;ni de responsabilit&#233; est total.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Pr&#233;judice commercial &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;
&lt;/strong&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maria-Claudette Aulon-Ponton, qui repr&#233;sente le SFETH, le Syndicat fran&#231;ais des entreprises de travaux en hauteur, est pr&#233;sente. Mais ne participe pas aux d&#233;bats. Ne pose pas une seule question aux pr&#233;venus, ni aux t&#233;moins. Le syndicat regroupe 43 des 600 entreprises de travaux sur cordes en France. Les plus importantes. En termes de chiffre d'affaires, s'entend. C'est un peu le Medef de la corde. D'ailleurs, il y est affili&#233;. Pas de hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le SFETH cherche &#224; se constituer partie civile. Comme en premi&#232;re instance, o&#249; sa demande avait &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e irrecevable &#224; l'&#233;nonc&#233; du jugement. Heureusement. Quel est le pr&#233;judice subi par un groupement d'entreprises millionnaires &#224; l'occasion de la mort de deux travailleurs pay&#233;s &#224; peine au-dessus du Smic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plaidoirie de l'avocate, seul moment o&#249; elle s'animera, donne la pleine mesure des revendications de son client : &#171; &lt;i&gt;La concurrence d&#233;loyale des entreprises comme Carrard Services nuit &#224; la r&#233;putation et &#224; la confiance tant des donneurs d'ordres que de l'Inspection du travail qui est devenue extr&#234;mement m&#233;fiante sur ce type de travaux, du fait des actions et des pratiques qui sont aujourd'hui tr&#232;s clairement expos&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Ah, le bon vieux temps de l'opacit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a eu beaucoup d'articles de presse lors de l'audience en premi&#232;re instance. On a beaucoup parl&#233; des travaux sur cordes.&lt;/i&gt; &#187; Sous-entendu : des articles pas &#224; la gloire de ce m&#233;tier-passion, hors-norme (hors l&#233;gislation ?), qui fait r&#234;ver tout &#234;tre normalement constitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur d'un proc&#232;s traitant de la mort atroce de deux jeunes hommes, devant les souffrances endur&#233;es par leurs proches pendant pr&#232;s de dix ans en l'absence de r&#233;ponse de la justice, l'avocate des patrons de la corde vient parler r&#233;putation, concurrence, &#171; &lt;i&gt;pr&#233;judice commercial&lt;/i&gt; &#187;. Business, en un mot. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Aulon-Ponton ne tiendra aucun propos sur le fond de l'affaire. N'aura aucune parole &#224; l'adresse des victimes et de leur famille. Elle r&#233;clame, au nom des pr&#233;judices subis par son client, 105 000 &#8364; de dommages et int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&#171; Corde tendue ! &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;La seule diff&#233;rence notable avec l'audience de premi&#232;re instance, c'est la pr&#233;sence de Julien Rivollet, cit&#233; en tant que t&#233;moin par les parties civiles. Il est cordiste, formateur, membre et pr&#233;sident de jurys d'examen. C'est l'un des professionnels les plus certifi&#233;s de France. Il a apport&#233; son expertise au groupe de travail sur les interventions en milieu confin&#233;, initi&#233; par le minist&#232;re du Travail, la MSA (la S&#233;curit&#233; sociale agricole) et l'Inspection du travail, &#224; la suite du d&#233;c&#232;s de Quentin, enseveli en 2017 dans un silo appartenant, l&#224; encore, &#224; Cristal Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant pr&#232;s d'une heure, il explique. Il pr&#233;cise. Fait la lumi&#232;re sur des zones d'ombre. R&#233;pond aux avocats. &#192; la cour. Ce point de vue technique est pr&#233;cieux. Cependant, il ne semble pas &#233;branler la conviction des avocats des pr&#233;venus. Surtout pas celle des conseils des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret, en petite forme, ne plaidera qu'une heure, contre 1 h 45 en premi&#232;re instance. Ce qui ne l'emp&#234;chera pas de psalmodier son antienne favorite : &#171; &lt;i&gt;corde tendue&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'avocat de Cristal Union a utilis&#233; l'expression dix-huit fois en soixante minutes. Soit une fois toutes les trois minutes environ, restant imperm&#233;able aux explications de Julien. Ce dernier a pourtant longuement pr&#233;cis&#233; que piocher et pelleter le sucre en suspension, au bout d'une corde de 40 m&#232;tres, est mat&#233;riellement impossible. L'&#233;lasticit&#233; fait monter et descendre le cordiste comme un yoyo, et le fait accessoirement tourner sur lui-m&#234;me comme une toupie, puisqu'il n'a aucun point d'appui. Arthur et Vincent n'avaient donc d'autre choix que de travailler camp&#233;s sur la montagne de sucre. Qu'importe : M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; N&#233;ret reproche aux travailleurs de n'avoir pas appliqu&#233; une consigne inapplicable. Rejetant ainsi la faute sur les victimes apr&#232;s l'avoir rejet&#233;e sur Carrard Services. La boucle est boucl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Olivier Bernheim, avocat de Carrard Services, sera fid&#232;le au m&#234;me sch&#233;ma. Il interroge Julien : &#171; &lt;i&gt;Selon vous, la mentalit&#233; du cordiste est d'&#234;tre plut&#244;t ob&#233;issant aux consignes, ou au contraire il a une certaine id&#233;e de son ind&#233;pendance&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Sous-entendu, l'ouvrier serait un irresponsable ing&#233;rable bafouant les ordres et consignes de ses encadrants pour se mettre d&#233;lib&#233;r&#233;ment en danger. La r&#233;ponse de Julien fuse, sans &#233;quivoque : &#171; &lt;i&gt;Le cordiste demande des consignes claires.&lt;/i&gt; &#187; Mieux que tout autre, lui sait que le m&#233;tier souffre d'un manque de supervision et d'encadrement. Trop souvent, l'ouvrier cordiste est livr&#233; &#224; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la mati&#232;re, Carrard Services est loin d'&#234;tre exemplaire. Le document unique d'&#233;valuation des risques (DUER) pr&#233;sent&#233; aux enqu&#234;teurs n'avait pas &#233;t&#233; mis &#224; jour depuis 2006, soit six ans avant le drame. Ce document n'&#233;voquait &#224; aucun endroit les risques d'enlisement et d'ensevelissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cynisme de l'entreprise envers les victimes, et donc envers leurs proches assistant &#224; l'audience, atteindra ensuite un sommet d'ind&#233;cence. Rescap&#233; de l'accident, Fr&#233;d&#233;ric Soulier est dans la salle. Il d&#233;crira comment il a vu mourir ses deux coll&#232;gues. Ces longues minutes d'horreur, de peur, de cris inentendus. Le sentiment d'isolement au fond de ce pi&#232;ge. Il expliquera &#224; son tour l'impossibilit&#233; de travailler en suspension. Il affirmera fermement &#224; la cour qu'il n'&#233;tait pas au courant que des trappes pr&#233;vues pour permettre au sucre de s'&#233;couler &#233;taient ouvertes sous ses pieds. Avocat de Carrard Services, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Bernheim pr&#233;tendra sans ciller, reprenant la fixette de son confr&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Comme dans tout accident du travail, les victimes ont oubli&#233; les consignes. Elles ont oubli&#233; de travailler sur corde tendue.&lt;/i&gt; &#187; Puis, d&#233;signant Fr&#233;d&#233;ric dans la salle : &#171; &lt;i&gt;Tout comme Monsieur Soulier a oubli&#233; qu'on l'avait inform&#233; que des trappes &#233;taient ouvertes.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s cette affirmation lumineuse d'humanit&#233;, tout commentaire serait vain. Toute insulte inutile.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Pour 1 200 &#8364; par mois&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Comme en premi&#232;re instance, les pr&#233;venus se d&#233;faussent les uns sur les autres. Petite nouveaut&#233; tout de m&#234;me, les avocats des assurances des deux soci&#233;t&#233;s sont pr&#233;sents. Il faut savoir que les dommages et int&#233;r&#234;ts &#233;ventuels accord&#233;s aux parties civiles seront r&#233;gl&#233;s par les assurances. Il ne faudrait pas que ces sommes dues au titre de la r&#233;paration des pr&#233;judices subis par toutes ces personnes &#233;plor&#233;es viennent &#233;corner les bilans financiers des entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cristal Union, 1 milliard d'euros de chiffre d'affaires, accable Carrard Services, 60 millions d'euros de chiffre d'affaires, qui le lui rend bien. Puis les deux bo&#238;tes fondent comme un seul vautour sur les d&#233;pouilles d'Arthur et Vincent, les pr&#233;tendant fautifs de leur propre mort. Michel Mangion, directeur de la sucrerie de Bazancourt &#224; l'&#233;poque, 7 000 &#8364; net par mois, se joint &#224; la cur&#233;e. David Duval, chef d'&#233;tablissement du sous-traitant, 5 000 &#8364; net par mois, charge son subalterne, responsable du chantier sur site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arthur et Vincent sont descendus sans sourciller au fond de ce silo pour environ 10 &#8364; brut de l'heure. Soit approximativement 1 200 &#8364; net par mois. Sans la moindre prime de risque, de p&#233;nibilit&#233; ou de confinement. Maurice Lombard, Michel Mangion et David Duval n'auront aucun mot &#224; l'attention des victimes. Ni &#224; l'attention des familles pr&#233;sentes dans la salle. Si la valeur d'un homme se mesure davantage &#224; sa probit&#233; et &#224; son courage qu'&#224; son compte en banque, ceux-l&#224; ne sont assur&#233;ment pas dignes d'estime.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt; &#171; Une peine de tristesse &#224; perp&#233;tuit&#233; &#187;&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;L'estime est &#224; porter au cr&#233;dit de la maman de Vincent. Grave et droite, elle s'exprime &#224; la barre en quelques mots clairs et lourds de sens : &#171; &lt;i&gt;Je m'appelle Chantal Dequin, je suis toujours la maman de Vincent. Cette histoire, c'est celle du pot de terre contre le pot de fer. Mais ces messieurs doivent l'entendre, tant que je serais vivante, je ne les l&#226;cherai pas. Ils ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de sursis. Moi j'ai pris une peine &#224; perp&#233;tuit&#233; de tristesse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avocate g&#233;n&#233;rale requiert les m&#234;mes peines qu'en premi&#232;re instance. Les avocats des pr&#233;venus plaident tous sans honte la relaxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est presque 23 heures. Apr&#232;s quasi neuf heures d'audience, la pr&#233;sidente de la cour met son arr&#234;t en d&#233;lib&#233;r&#233;. R&#233;ponse de la justice le 24 novembre. Deux mois de pression suppl&#233;mentaires pour les proches. Quelle va &#234;tre la d&#233;cision de la cour d'appel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, plane la menace du pourvoi en cassation des pr&#233;venus. Au lendemain de l'audience, je re&#231;ois ce message d'une personne bien renseign&#233;e sur les pratiques locales : &#171; &lt;i&gt;On me dit que Cristal Union ira jusqu'au bout pour ne pas cr&#233;er de pr&#233;c&#233;dent sur son site et qu'elle essaie d'actionner de nombreux leviers&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;ric Louis *&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Membre fondateur de l'association Cordistes en col&#232;re, cordistes solidaires, l'auteur a travaill&#233; dans les m&#234;mes silos que Vincent et Arthur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Zaraoui-Bruat est mort en juin 2017, enselevi sous 370 tonnes de grain, sur ce m&#234;me site de Bazancourt, o&#249; Arthur et Vincent ont perdu la vie. Il avait 21 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-silo-de-sucre-et-de-dedain' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Un silo de sucre et de d&#233;dain &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 175 (avril 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un silo de sucre et de d&#233;dain</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-silo-de-sucre-et-de-dedain</link>
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		<dc:date>2019-04-10T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eric Louis</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Union</dc:subject>
		<dc:subject>cristal</dc:subject>
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		<dc:subject>Michel Mangion</dc:subject>
		<dc:subject>Cristal Union</dc:subject>
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		<dc:subject>Vincent</dc:subject>
		<dc:subject>Mangion</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Vincent Dequin, 33 ans, et Arthur Bertelli, 23 ans, cordistes, meurent ensevelis sous des tonnes de sucre. Le 11 janvier 2019 s'ouvre le proc&#232;s de leur accident au tribunal correctionnel de Reims. Sur le banc des pr&#233;venus, deux personnes physiques : Michel Mangion et David Duval, respectivement chefs d'&#233;tablissement des entreprises Cristal Union et Carrard Services, son prestataire. Et deux personnes morales, ces m&#234;mes entreprises, repr&#233;sent&#233;es par leurs avocats. Apr&#232;s sept (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Union" rel="tag"&gt;Union&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cristal" rel="tag"&gt;cristal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Arthur-2347" rel="tag"&gt;Arthur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Mangion" rel="tag"&gt;Michel Mangion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cristal-Union" rel="tag"&gt;Cristal Union&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/David-Duval" rel="tag"&gt;David Duval&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent" rel="tag"&gt;Vincent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mangion" rel="tag"&gt;Mangion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Vincent Dequin, 33 ans, et Arthur Bertelli, 23 ans, cordistes, meurent ensevelis sous des tonnes de sucre. Le 11 janvier 2019 s'ouvre le proc&#232;s de leur accident au tribunal correctionnel de Reims. Sur le banc des pr&#233;venus, deux personnes physiques : Michel Mangion et David Duval, respectivement chefs d'&#233;tablissement des entreprises Cristal Union et Carrard Services, son prestataire. Et deux personnes morales, ces m&#234;mes entreprises, repr&#233;sent&#233;es par leurs avocats. Apr&#232;s sept ans d'instruction, la lumi&#232;re sera-t-elle faite sur les circonstances de ce drame ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L442xH400/-1119-1643b.jpg?1768651825' width='442' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; Q&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ui est le responsable du plan de pr&#233;vention, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Le chef d'&#233;tablissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Donc en tant que chef d'&#233;tablissement, Monsieur, vous avez lu ce plan de pr&#233;vention ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Et vous l'avez sign&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Monsieur, n'avez-vous pas vu que le nom qui appara&#238;t en bas de ce document n'est pas le v&#244;tre ? Mais celui de votre pr&#233;d&#233;cesseur ? Que c'est donc un mauvais copi&#233;-coll&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout empreint de son calme olympien, le jeune substitut du procureur se rassoit. Il n'attend pas de r&#233;ponse &#224; ces derni&#232;res questions. &#192; la barre, Michel Mangion, le directeur de la sucrerie Cristal Union de Bazancourt (Marne) au moment de l'accident, reste tourn&#233; vers lui. L'air &#233;gar&#233;. Le corps &#224; la d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident reprend la main. Les r&#233;ponses de Michel Mangion sont bredouill&#233;es plus que d&#233;clam&#233;es. Les mots s'entrechoquent, se bousculent, se chevauchent, h&#233;sitent. &#192; cet instant, il est o&#249; le directeur d'usine dynamique ? L'in&#233;branlable d&#233;cideur, &#224; l'assurance conf&#233;r&#233;e par les pr&#233;rogatives d'une hi&#233;rarchie protectrice ? Ici, il est le mauvais &#233;l&#232;ve pris en faute, face &#224; ses ma&#238;tres. S'effor&#231;ant de minimiser ses responsabilit&#233;s, ses manquements. Les rejetant m&#234;me sur l'autre pr&#233;venu, David Duval, directeur de Carrard Services, entreprise de nettoyage qui envoyait des cordistes chez Cristal Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs cette audience ne sera que cela. Le rejet de la faute les uns sur les autres. M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Busy, avocat au c&#244;t&#233; des victimes, aura cette parole, r&#233;sumant la pens&#233;e de tous : &#171; &lt;i&gt; C'est pas moi, c'est lui !&lt;/i&gt; &#187; David Duval, mis en cause par Michel Mangion, son client, n'aura de cesse d'invoquer Francis Petit, un de ses employ&#233;s, chef de chantier, absent au proc&#232;s. Pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la multinationale aux 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires tape sur son prestataire qui ne p&#232;se que 92 millions, et lui-m&#234;me d&#233;signe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;un de ses employ&#233;s, chef de chantier. S'il avait &#233;t&#233; l&#224;, aurait-il &#224; son tour incrimin&#233; les ouvriers salari&#233;s de Carrard Services, qui eux-m&#234;mes auraient mis en cause les int&#233;rimaires ? &#192; leur tour, ceux-ci se seraient retourn&#233;s vers&#8230; ah non, en dessous il n'y a plus personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quel titre comparaissent Michel Mangion et David Duval ? Ils ne sont ni les propri&#233;taires des usines qui les emploient, ni les PDG. O&#249; sont les gens qui tr&#244;nent au sommet de ces pyramides ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez eux, au chaud. Tranquilles comme Baptiste. &#192; 21 h, quand enfin l'audience se termine, laissant tout le monde sonn&#233; par ces douze heures de d&#233;bats, il d&#233;gustent s&#251;rement un whisky irlandais hors d'&#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'ils ont pris bien soin de faire signer &#224; leurs directeurs d'usines des d&#233;l&#233;gations de pouvoir. Leur laissant le loisir de repr&#233;senter physiquement l'entreprise aupr&#232;s des tribunaux en cas d'accident grave. Olivier de Bohan, h&#233;ritier de la lign&#233;e du m&#234;me nom, assis tout en haut de la pyramide Cristal Union, ne verra jamais dans la presse son prestigieux patronyme associ&#233; &#224; ce genre d'affaire. Embarrassante, il faut bien le dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des coop&#233;rateurs de Cristal Union, Olivier de Bohan, titill&#233; au sujet des ouvriers d&#233;c&#233;d&#233;s sur ses sites de production, l&#226;chera un brin fataliste : &#171; &lt;i&gt;&#201;videmment que je suis au courant. &#201;videmment qu'on a&#8230; manifest&#233; des soutiens et&#8230; Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Dans la vie des entreprises, y a ce type d'accident, &#231;a peut arriver, malheureusement, &#231;a peut arriver.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de rassurer son auditoire sur l'humanit&#233; qui anime au quotidien la direction de son entreprise, il ment sans honte ni scrupule, &#233;videmment. Les pontes de Cristal Union n'ont jamais esquiss&#233; le moindre geste, manifest&#233; la moindre compassion &#224; l'endroit des proches des victimes tomb&#233;es pour leur production, pour leur chiffre d'affaires, malheureusement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2876 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1120-da2cb.jpg?1768667982' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L. L. de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la barre, face &#224; la cour, ce sont bien deux lampistes qui r&#233;pondent aux questions, au nom de leurs mentors. Car &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des contributeurs, Michel Mangion, tout directeur d'usine qu'il puisse &#234;tre, n'est pas sur sur le podium. Sous-fifre. &#192; ce titre, le parquet requiert contre lui huit mois de prison avec sursis et 15 000 &#8364; d'amende &#8211; pour blessures et homicides involontaires &#171; &lt;i&gt;par violation manifestement d&#233;lib&#233;r&#233;e d'une obligation de s&#233;curit&#233; ou de prudence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de David Duval est encore plus parlant. &#201;voquant la responsabilit&#233; que conf&#232;re un tel transfert de pouvoir, le substitut du procureur lui demande en point d'orgue de sa d&#233;monstration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous gagniez combien &#224; l'&#233;poque, Monsieur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; 3 000 euros. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il se rassoit lentement, secouant la t&#234;te de droite &#224; gauche, un sourire tristement d&#233;sol&#233; aux l&#232;vres. Il vient de faire prendre conscience &#224; David Duval du march&#233; de dupe dont il est aujourd'hui le grand perdant. Sous-fifre. &#192; ce titre, le parquet demande contre lui 15 000 &#8364; d'amende et un an de prison avec sursis.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Profession cordiste&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour le cordiste, la corde n'est pas une finalit&#233;, ce n'est qu'un moyen d'acc&#232;s. Pour aller travailler dans les endroits difficilement ou peu accessibles. Cela quand les moyens traditionnels ne peuvent &#234;tre mis en place, comme les &#233;chafaudages ou les nacelles. Selon les cas, le cordiste descend, pour travailler debout sur ses pieds, ou alors, le plus souvent, suspendu, quand la configuration l'impose. C'est fou ce qu'il est possible de faire, au bout d'une corde d'un centim&#232;tre de diam&#232;tre : d&#233;calaminer des fours d'incin&#233;rateurs &#224; la barre &#224; mine, passer le nettoyeur haute pression, poser des adh&#233;sifs de signalisation, remplacer une descente de goutti&#232;re, taper au marteau-piqueur, d&#233;poussi&#233;rer des silos &#224; grain, remplacer des v&#233;rins, poser des filets anti-pigeons&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En urbain, le cordiste se trimballe une tonne de matos accroch&#233; au cul. Perforateur, marteau, planches, pied de biche, seau d'eau, seau de mortier, truelles, taloche... En faisant attention de ne pas bousculer les jardini&#232;res de g&#233;ranium suspendues aux balcons, de ne pas mettre les pieds sur les vitres, de ne pas couper la corde sur une ar&#234;te vive en b&#233;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En industrie, les exigences sont autres. Combien de temps faut-il bosser dans ces fours d'incin&#233;ration de produits ultimes (solvants, graisses, huiles&#8230;) avant de choper un cancer ? Qui rembourse les godasses qui ont fondu sur les parois de cet incin&#233;rateur chauff&#233;es &#224; 220 degr&#233;s ? Comment descendre de cette charpente cuite &#224; 50 degr&#233;s par la canicule, quand un &#233;tat de d&#233;shydratation avanc&#233; transforme le moindre geste en crampe ? C'est un boulot o&#249; on s'ennuie rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 mars 2012, Arthur, Vincent, Fr&#233;d&#233;ric et un autre coll&#232;gue descendent en rappel les 53 m&#232;tres du silo n&#176; 4 de la sucrerie Cristal Union, &#224; Bazancourt. Arriv&#233;s sur le sucre, ils s'emploient &#224; d&#233;gager la porte lat&#233;rale, situ&#233;e &#224; 7 m&#232;tres au-dessus du niveau du sol. Au bout de 10 minutes, la mati&#232;re se d&#233;robe sous leurs pieds. Deux trappes de vidange ont &#233;t&#233; ouvertes juste en dessous de l'endroit o&#249; ils travaillent. Erreur fatale. Arthur est enseveli tout de suite dans ce sablier g&#233;ant. Vincent ne parvient pas non plus &#224; se d&#233;gager. Il sera emport&#233; &#224; son tour. Fr&#233;d&#233;ric ne peut rien pour ses deux coll&#232;gues. Il se maintient &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt;, et se raccroche sur une autre corde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cordistes sont l&#224;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au c&#244;t&#233; des familles de Vincent et Arthur, au c&#244;t&#233; de Fanny et Marion, leurs compagnes au moment du drame, assises c&#244;te &#224; c&#244;te comme deux s&#339;urs unies dans le malheur, les cordistes sont l&#224;. &#192; l'&#233;nonc&#233; de certaines inexactitudes, leur sang de professionnels ne fait qu'un tour. R&#233;duits au silence, les corps se tendent, les mains s'agitent. Trop tard. Les d&#233;bats sont clos, le r&#233;quisitoire a &#233;t&#233; prononc&#233;. Ce sont maintenant les plaidoiries des avocats de la d&#233;fense qui d&#233;roulent implacablement leur lot d'erreurs, d'approximations, propres &#224; instiller le doute dans l'esprit des juges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette carence, les cordistes pr&#233;sents la rel&#232;vent. Ce sera une r&#233;flexion de plus &#224; mener au sein de l'association &#171; &lt;a href=&#034;https://cordistesencolere.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cordistes en col&#232;re, cordistes solidaires&lt;/a&gt; &#187;, fra&#238;chement constitu&#233;e &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'auteur de ces lignes en est un membre actif. Il a travaill&#233; comme cordiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cette association a pris corps dans la peine qu'a suscit&#233;e la mort d'un autre cordiste, Quentin. Lui a p&#233;ri le 21 juin 2017, enseveli dans un silo appartenant &#224; une filiale de Cristal Union &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proc&#232;s de son accident devait d&#233;buter &#224; Reims ce vendredi 5 avril, mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. La mobilisation est aussi n&#233;e de la prise de conscience des risques d'un m&#233;tier, dont il est fr&#233;quemment et un peu rapidement dit qu'il n'est pas plus accidentog&#232;ne qu'un autre. Depuis 2006, Ludwig, Mathieu, Lionel R., Arthur, Vincent, Daniel, Joshua, Farid, Quentin, Micka&#235;l, Fran&#231;ois, R&#233;gis, Bruno, Lionel D., Pierre-Ange, Dimitri, tous cordistes, sont morts d'accidents de travail. Et d'autres, dont on peine &#224; trouver les noms. Dix-neuf morts en treize ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cordistes sont environ 8 500 &#224; travailler chaque jour &#224; travers la France. Appliqu&#233; &#224; l'&#201;ducation nationale, qui compte un million de salari&#233;s, ce ratio aurait men&#233; &#224; constater 2 235 morts dans les salles de classe dans le m&#234;me laps de temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;tier n'ayant pas de convention collective propre, les travailleurs sur cordes sont rattach&#233;s &#224; la f&#233;d&#233;ration du b&#226;timent. Et les statistiques relatives &#224; ces accidents sont noy&#233;es dans les d&#233;clarations de celle-ci. M&#234;me la liste des d&#233;c&#232;s n'est peut-&#234;tre pas exhaustive. Comment d&#232;s lors alerter sur le taux d'accidents, sur leurs causes, sur les mesures correctives &#224; mettre en place, s'il n'existe pas de liste pr&#233;cise synth&#233;tisant ces &#233;l&#233;ments ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des axes de travail de l'association. R&#233;colter les informations, les recenser, pour alerter, pr&#233;venir. Mais aussi, au passage, &#233;couter les histoires de chacun. C'est de soutien qu'a besoin la personne accident&#233;e, isol&#233;e face &#224; l'adversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; C'est mon tour &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On venait &#224; peine de commencer qu'il s'est cr&#233;&#233; un entonnoir et on a &#233;t&#233; attir&#233;s vers le bas. J'ai vu Arthur glisser lentement vers le bas, entra&#238;n&#233; par ses mat&#233;riels, d&#233;j&#224; recouvert de sucre. Rapidement il a &#233;t&#233; &#233;touff&#233; par un amas de sucre qui glissait des parois. Vincent a suivi le m&#234;me chemin en essayant de se d&#233;gager. Il a maintenu sa t&#234;te le plus longtemps possible vers le haut, mais le sucre a continu&#233; &#224; l'ensevelir. Il s'est adress&#233; &#224; moi en disant &lt;/i&gt;&#8220;C'est mon tour.&#8221;&lt;i&gt; J'ai essay&#233; de le rassurer. Mais je ne pouvais rien faire. &#192; mon tour, mon mat&#233;riel &#233;tait pris dans le sucre. Je me suis retrouv&#233; dans un c&#244;ne &#224; 2 m&#232;tres environ de la surface. Je me suis vu mourir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;d&#233;ric Soulier est un survivant. Ce 13 mars 2012, &#224; 11 h 45, il vient de voir dispara&#238;tre deux coll&#232;gues sous ses yeux. Arthur Bertelli avait 23 ans. Vincent Dequin en avait 33.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept ann&#233;es apr&#232;s, l'&#233;motion de Fr&#233;d&#233;ric demeure enti&#232;re lorsqu'il raconte sobrement le d&#233;roul&#233; de ce douloureux &#233;pisode. Ses s&#233;quelles psychologiques s'estomperont au fil du temps. Sans jamais dispara&#238;tre, toutefois. C'est un homme marqu&#233; &#224; vie qui se tient malgr&#233; tout digne et droit &#224; la barre du tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il prendra part aux deux jours de rencontres organis&#233;es par l'association, &#224; la suite de l'audience. Lui plus que tout autre conna&#238;t la valeur du soutien humain. Et c'est baign&#233; de cette chaleur qu'il repartira le dimanche apr&#232;s-midi. &#201;tourdi par le vacarme du repas partag&#233; par les 43 convives, impr&#233;gn&#233; de l'envie survolt&#233;e de b&#226;tir quelque chose face &#224; ce genre de drame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus rien ne ram&#232;nera Vincent et Arthur. Les familles, qui voient sept ann&#233;es de leur vie ramass&#233;es en quelques heures d'audience, le savent. Elles sont venues chercher la v&#233;rit&#233;. Voir les responsabilit&#233;s assum&#233;es. Elles n'auront que le spectacle pitoyable d'hommes qu'aucun regret ne semble effleurer. Des avocats &#224; la solde et &#224; l'unisson de leurs clients, se rejetant la balle de cette responsabilit&#233;. Tout ce beau monde bafouant la v&#233;rit&#233; au pr&#233;texte qu'elle n'est pas &#224; leur avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courage, la droiture, ils auront l'occasion d'en apprendre quelques notions, quand le p&#232;re d'Arthur s'adressera &#224; la cour. Il n'avait qu'un gar&#231;on parmi cinq filles. Il a perdu son seul fils au moment o&#249; celui-ci s'avan&#231;ait confiant au devant de sa vie future. &#192; peine &#233;mancip&#233;, d&#233;j&#224; fauch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous resteront interdits devant le calme avec lequel il d&#233;crit la violence de l'aspiration qui a entra&#238;n&#233; Arthur vers le fond. &#171; &lt;i&gt;Quand je suis all&#233; &#224; la gendarmerie voir les affaires d'Arthur, la corde ne mesurait plus que 5 ou 6 millim&#232;tres de diam&#232;tre. &#192; l'origine, elle en faisait entre 11 et 13.&lt;/i&gt; &#187; C'est dire la puissance de la d&#233;pression qui a entra&#238;n&#233; Arthur, sachant qu'une telle corde est con&#231;ue pour r&#233;sister &#224; une traction de 2,3 tonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re de Vincent marche doucement, &#224; petits pas, vers la barre. L'atmosph&#232;re dit qu'il va se passer quelque chose. Dans la salle d'audience r&#232;gne un silence s&#233;pulcral. Tous les regards suivent son tranquille cheminement. Ne r&#233;sonnent que ses pas sur la carrelage. C'est une toute petite femme aux cheveux depuis longtemps blanchis qui s'arr&#234;te devant le micro. La diction claire, le d&#233;bit pos&#233; et r&#233;gulier, elle raconte Vincent. Elle fait revivre son fils l'espace de quelques minutes. Consciente qu'elle n'aura peut-&#234;tre jamais plus l'occasion de le faire. Face &#224; la justice en tout cas. Face &#224; ceux qui portent la responsabilit&#233; de la mort de Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis sa voix se charge du tremblement du chagrin. &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait sept ans. Depuis, je fais souvent des cauchemars. Je vois mon fils qui s'enfonce. Pendant les quelques secondes o&#249; il s'est senti tir&#233; irr&#233;m&#233;diablement vers le bas, &#224; quoi il a pens&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Il a pens&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : &lt;/i&gt;&#8220;Je suis foutu, je vais mourir.&#8221;&lt;i&gt; Il pens&#233; peut-&#234;tre &#224; Fanny, avec qui il voulait construire sa vie. Peut-&#234;tre avoir un enfant. Il a peut-&#234;tre pens&#233; &#224; nous. Et puis&#8230; quelques secondes, et voil&#224;, c'est fini.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur sa droite, &#224; quelques m&#232;tres de sa fragile silhouette, Michel Mangion et David Duval sont prostr&#233;s sur leur banc. P&#233;trifi&#233;s. Elle ne les d&#233;signe m&#234;me pas. Elle est la dignit&#233; m&#234;me. Elle est la force. Celle qui l'a port&#233;e toutes ces ann&#233;es d'attente. Celle qui l'a pouss&#233;e &#224; venir prononcer ces quelques mots sans haine et sans col&#232;re. &#192; deux doigts des sanglots, elle ne flanchera finalement pas. Elle se reprend, sa main mart&#232;le la barre, ses paroles ricochent contre les hauts plafonds : &#171; &lt;i&gt;J'ai entendu tout le d&#233;roulement du proc&#232;s. C'est des r&#232;glements. C'est des lois... MAIS LA VIE D'UN HOMME ! La vie de deux hommes. Il y a deux familles. &#199;a on n'en parle pas. Et c'est bien dommage. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mars, le d&#233;lib&#233;r&#233; tombe, suivant peu ou prou les r&#233;quisitions du procureur. Six mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende pour Michel Mangion et David Duval ; deux ans de placement sous surveillance et 100 000 &#8364; d'amende pour les deux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre d&#233;fendeurs ont interjet&#233; appel de cette d&#233;cision. Fid&#232;les &#224; leur ligne de conduite &#224; l'&#233;gard des proches d'Arthur et Vincent depuis l'accident. Exempte de respect, d'humanit&#233; et de la moindre parole de soutien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;ric Louis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'auteur de ces lignes en est un membre actif. Il a travaill&#233; comme cordiste dans les m&#234;mes silos que Vincent et Arthur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le proc&#232;s de son accident devait d&#233;buter &#224; Reims ce vendredi 5 avril, mais il a &#233;t&#233; renvoy&#233; au 4 octobre prochain. Le journaliste Franck D&#233;pretz a consacr&#233; une enqu&#234;te &#224; ce drame : &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Si-vous-n-y-allez-pas-vous-n-etes-pas-des-hommes-enquete-sur-la-mort-de-Quentin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Si vous n'y allez pas, vous n'&#234;tes pas des hommes ! &#187;&lt;/a&gt; (&lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt;, 04/01/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>ZAD : Le plus grand champ d'exp&#233;rimentation sociale de France</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le dernier continent, film documentaire de Vincent Lapize sur Notre-Dame-des-Landes, sort en salle le 11&#8200;novembre (2015). Le film de Vincent Lapize poss&#232;de une grande qualit&#233; : montrer les changements humains dans la lutte, celle qui oppose Vinci et son partenaire docile, l'&#201;tat, aux valeureux opposants &#224; l'a&#233;roport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). En filmant pendant deux ans les protagonistes dress&#233;s contre l'a&#233;roport voulu par l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, il regarde (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Culture" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zad" rel="tag"&gt;Zad&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent" rel="tag"&gt;Vincent&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent-Lapize" rel="tag"&gt;Vincent Lapize&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le dernier continent&lt;/i&gt;, film documentaire de Vincent Lapize sur Notre-Dame-des-Landes, sort en salle le 11&#8200;novembre (2015).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2160 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-433.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/-433-5e03e.jpg?1768732018' width='500' height='750' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le film&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dernier continent. Film de Vincent Lapize. Long m&#233;trage documentaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Vincent Lapize poss&#232;de une grande qualit&#233; : montrer les changements humains dans la lutte, celle qui oppose Vinci et son partenaire docile, l'&#201;tat, aux valeureux opposants &#224; l'a&#233;roport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). En filmant pendant deux ans les protagonistes dress&#233;s contre l'a&#233;roport voulu par l'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, il regarde avec tendresse les relations entre squatteurs et habitants du cru. Dans un champ, deux retrait&#233;s ramassent des ch&#233;nopodes bon-henri, une vari&#233;t&#233; d'&#233;pinards sauvages : &#171; &lt;i&gt;C'est les squatteurs qui nous ont appris tout &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Les squatteurs ? Ces nouveaux venus sur la ZAD (Zone &#224; d&#233;fendre), vus comme autant de sympathiques marginaux : &#171; &lt;i&gt; Ils ne veulent pas travailler, ils ne veulent pas de patrons.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;changes dans le bocage vont bon train : fumier contre travaux de jardinage, &#233;leveurs &#171; tueurs &#187; discutant avec vegans &#171; horribles &#187; ; un commercial ne peut plus remettre son costume le lundi matin, des jeunes d&#233;couvrent l'entraide. Tout un monde retrouve les valeurs du collectif, du travail commun. Cela donne de magnifiques cabanes, des habitats dans les arbres &#224; faire r&#234;ver les gosses, des chemins sans voitures qui serpentent dans le bocage. Du silence et du temps, loin des machines et des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vieille femme qui fume sur un bord de route pr&#233;f&#232;re la morsure du froid sur la barricade que d'&#234;tre enferm&#233;e chez elle entre quatre murs. Des plus jeunes sont venus s'endurcir. Combien sont venus chercher une parcelle d'humanit&#233; &#224; NDDL ? Un sens &#224; leur vie. Les paysans avouent qu'ils ont os&#233; bloquer les ponts sur La Loire parce que les zadistes leur avaient montr&#233; les chicanes sur les routes o&#249; serpente la cam&#233;ra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis en 2013, tout change et recommence avec l'op&#233;ration d'expulsion nomm&#233;e C&#233;sar. La violence des destructions provoque le soul&#232;vement de centaines de comit&#233;s de soutien &#224; travers l'Europe. Les Gaulois sont de retour. 40 000 personnes reconstruisent ce que les bulldozers et la gendarmerie ont &#233;cras&#233;. Vincent Lapize ne force pas le trait sur le d&#233;roulement des op&#233;rations. Il raconte avec sobri&#233;t&#233; l'histoire des gens. &#171; &lt;i&gt;J'ai chang&#233; de cadre&lt;/i&gt; &#187;, avoue un ancien entrepreneur. Et le cadre a &#233;t&#233; boulevers&#233; aussi ; la boulangerie devient mobile, la guerre contre l'&#201;tat se transforme tant&#244;t en une guerre de mouvement tant&#244;t de position. Les squatteurs se m&#233;tamorphosent en tacticiens. L'horizontalit&#233; r&#232;gne en ma&#238;tre, le faire ensemble explose, l'union fait la force simplement. La lutte contre l'a&#233;roport et son monde est surtout la lutte contre son monde. Vincent Lapize a tourn&#233; durant deux ans et v&#233;cu une ann&#233;e sur cette terre lib&#233;r&#233;e. Il a particip&#233; &#224; des constructions. &#171; &lt;i&gt;Il y a un conflit syst&#233;mique entre collectifs&lt;/i&gt;, reconna&#238;t-il, &lt;i&gt;mais mon propos &#233;tait de montrer les raisons d'agir des opposants, ce que &#231;a a d&#233;clench&#233; dans la t&#234;te des gens.&lt;/i&gt; &#187; La ZAD est un formidable creuset de discussions. &#171; &lt;i&gt;C'est aussi un r&#233;ceptacle d'un courant plus global.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent Lapize a con&#231;u son film en s'inspirant d'un sc&#233;nario bas&#233; sur l'ouvrage &lt;i&gt;Utopia&lt;/i&gt; de Thomas More, un des p&#232;res de l'humanisme anglais : &#171; &lt;i&gt;Un monde avec des r&#232;gles qui changent, un mouvement d'espoir face &#224; la r&#233;signation.&lt;/i&gt; &#187; C'est lors d'un covoiturage que le r&#233;alisateur a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; NDDL. Il y est rest&#233; une semaine et y a rencontr&#233; des opposants qui lui ont fait confiance pour ce film. D'autres ont refus&#233; l'image. L'un d'eux, &#224; l'accent espagnol, pense sans acrimonie qu'ils vont perdre cette lutte. &#171; &lt;i&gt;L'espoir n'est pas de la gagner, mais de la vivre&lt;/i&gt; &#187;, confirme Vincent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, les &#233;ditions L'insomniaque &#233;ditaient &lt;i&gt;ZAD partout&lt;/i&gt;, recueil de textes collectifs&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ZAD partout, l'Insomniaque, Paris, 2013.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Parmi les nombreuses proclamations d'habitants de NDDL, l'une d'elles notait l'angoisse climatique. C'est contre l'am&#233;nagement capitaliste du territoire que la lutte a f&#233;d&#233;r&#233;. Des No Tav italiens &#224; ceux qui refusent les ouvertures de mines de charbon en Rh&#233;nanie, les industriels et les d&#233;veloppeurs trouvent sur leur chemin des chicanes humaines. En cette ann&#233;e 2015, un appel &#224; converger vers Paris pour la COP 21 a &#233;t&#233; lanc&#233; depuis toutes les zones &#224; d&#233;fendre. En outre les photographies de &lt;i&gt;ZAD Partout&lt;/i&gt; montrent la cr&#233;ativit&#233; sans limites des auto-constructeurs : pour preuve la chicane Tour de guet dite Bison Fut&#233;, qui fait penser aux &#233;l&#233;phants d&#233;sirants de Dali ou encore la tranch&#233;e sur la route des Fosses noires. A-t-on vu une telle &#233;nergie et tant de cr&#233;ativit&#233; dans la d&#233;fense d'une terre ? Certes, il y eut la boue, mais de cette glaise est n&#233;e la plus courageuse des r&#233;sistances.
Christophe Goby
1. &lt;i&gt;ZAD partout&lt;/i&gt;, l'Insomniaque, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le dernier continent&lt;/i&gt;. Film de Vincent Lapize. Long m&#233;trage documentaire, sorti le 11 novembre 2015, 1 h 17.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le dernier continent&lt;/i&gt;. Film de Vincent Lapize. Long m&#233;trage documentaire, sorti le 11 novembre 2015, 1 h 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ZAD partout&lt;/i&gt;, l'Insomniaque, Paris, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cin&#233;ma : Loi du march&#233;, impasse totale</title>
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		<dc:creator>Marl&#232;ne Benquet</dc:creator>


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&lt;p&gt;Sorti en salle en juin 2015, La Loi du march&#233; de St&#233;phane Briz&#233; retrace en quelques tranches de vie le parcours de Thierry, ch&#244;meur puis vigile dans un supermarch&#233;. La sociologue Marl&#232;ne Benquet l'a vu ; sous la fiction, un seul paradigme : le contr&#244;le social. Thierry Taugourdeau (Vincent Lindon &#224; l'&#233;cran) a perdu son emploi et peine &#224; en retrouver un. Le film se pr&#233;sente d'abord comme le r&#233;cit de la centralit&#233; du travail. La cam&#233;ra suit Thierry au sein de P&#244;le emploi, puis avec ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no134-juillet-aout-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;134 (juillet-ao&#251;t 2015)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sorti en salle en juin 2015, &lt;i&gt;La Loi du march&#233;&lt;/i&gt; de St&#233;phane Briz&#233; retrace en quelques tranches de vie le parcours de Thierry, ch&#244;meur puis vigile dans un supermarch&#233;. La sociologue Marl&#232;ne Benquet&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auteure notamment de Encaisser ! Enqu&#234;te en immersion dans la grande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; l'a vu ; sous la fiction, un seul paradigme : le contr&#244;le social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2155 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH412/-428-27537.jpg?1768649881' width='400' height='412' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferri.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Thierry Taugourdeau (Vincent Lindon &#224; l'&#233;cran) a perdu son emploi et peine &#224; en retrouver un. Le film se pr&#233;sente d'abord comme le r&#233;cit de la centralit&#233; du travail. La cam&#233;ra suit Thierry au sein de P&#244;le emploi, puis avec ses anciens coll&#232;gues de travail pr&#234;ts &#224; poursuivre la lutte alors que lui pr&#233;f&#232;re tourner la page. Tr&#232;s vite, d'autres tranches de son existence sont livr&#233;es : &#224; la banque o&#249; sa conseill&#232;re financi&#232;re lui sugg&#232;re de vendre sa maison pour renflouer son compte, dans son bungalow pr&#232;s de la mer avec un autre couple qui souhaite l'acqu&#233;rir ou aupr&#232;s de son fils handicap&#233; dont l'avenir scolaire est soudainement menac&#233;, non par le handicap, mais par la baisse des revenus de son p&#232;re. Parce que le travail n'est pas une activit&#233; sociale comme les autres, parce qu'il est aujourd'hui le mode d'int&#233;gration quasi unique des individus dans la soci&#233;t&#233;, parce que pour ceux qui ne disposent pas de capital, il est la seule source de revenus &#233;conomiques n&#233;cessaires pour vivre. Dans le monde capitaliste, le salariat, qu'on ait un emploi ou qu'on l'ait perdu, est un rapport social qui surd&#233;termine tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la psychologie de Thierry on ne saura rien ou tr&#232;s peu. Le film ne s'embarque pas dans l'int&#233;riorit&#233; de son personnage central, il donne &#224; voir, par une s&#233;rie de s&#233;quences, comment s'articulent et se r&#233;pondent les institutions cens&#233;es g&#233;rer les priv&#233;s d'emploi. La sc&#232;ne inaugurale o&#249; Thierry tente de comprendre pourquoi son conseiller P&#244;le emploi l'a encourag&#233; &#224; suivre une formation de grutier&#8200;&#8211;&#8200;un m&#233;tier impossible &#224; exercer pour Thierry&#8200;&#8211;&#8200;exhibe la nature ubuesque de l'institution : v&#233;ritable miroir aux alouettes, P&#244;le emploi g&#232;re les ch&#244;meurs tout en sachant qu'il n'est pourvoyeur d'aucun emploi. D'un point de vue pratique, sa mission n'a aucun sens. Mais d'un point de vue id&#233;ologique, le film montre comment un probl&#232;me collectif d'insuffisance d'offres d'emplois se transforme en un probl&#232;me d'inadaptation individuelle. Cons&#233;quence d'un tel tour de passe-passe : on fait porter aux ch&#244;meurs eux-m&#234;mes la responsabilit&#233; du ch&#244;mage. Somm&#233;s de se r&#233;former int&#233;rieurement, les aspirants salari&#233;s sont appel&#233;s par l'institution &#224; engager un travail introspectif sur les d&#233;terminants de leur employabilit&#233;. Pour aider Thierry &#224; am&#233;liorer sa prestation, le conseiller P&#244;le emploi le filme durant une simulation d'entretien, puis demande aux autres participants de commenter son comportement. Du contenu de ses r&#233;ponses au ton de sa voix ou sa mani&#232;re de marcher, tout ce qui fait de lui un &#234;tre singulier est critiqu&#233; comme pour d&#233;montrer publiquement qu'il est bien la cause de ce qui lui arrive. Enjoint, comme l'avait soulign&#233; Michel Foucault, &#224; devenir entrepreneur de lui-m&#234;me&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Foucault utilise cette formule dans Naissance de la biopolitique : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, consid&#233;r&#233; comme responsable d'une situation sur laquelle il n'a pourtant aucune prise, Thierry est laiss&#233; seul face &#224; la loi du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, dans ce monde anomique o&#249; chacun lutte pour devenir ou rester employable, il n'est en r&#233;alit&#233; pas de bonne position. Lorsque Thierry trouve enfin un emploi de vigile dans un hypermarch&#233;, le spectateur est priv&#233; du soulagement attendu. Car voil&#224; que de sujet des dispositifs de contr&#244;le, il en devient l'agent. Il n'est plus film&#233;, il tient la cam&#233;ra. Il int&#232;gre le groupe de ceux qui traquent les autres pour pr&#233;server l'int&#233;grit&#233; du syst&#232;me et ici les profits du magasin. Le monde pr&#233;sent&#233; par St&#233;phane Briz&#233; appara&#238;t finalement comme un empilement de dispositifs au sein desquels surveillants et surveill&#233;s coexistent. La sc&#232;ne o&#249; Thierry lui-m&#234;me interroge l'une des salari&#233;s ayant vol&#233; des bons d'achat pour palier ses faibles revenus fait &#233;cho &#224; celle o&#249; le conseiller P&#244;le emploi s'assure de sa motivation ; situation qui renvoie &#224; son tour &#224; celle o&#249; l'enseignant de son fils le convoque pour demander des explications sur la baisse de ses notes ou &#224; celles o&#249; la banqui&#232;re v&#233;rifie l'&#233;tat des comptes de Thierry. Toutes ces situations se r&#233;pondent les unes aux autres, tous les dispositifs bancaire, scolaire, professionnel qu'elles mettent en sc&#232;ne se ressemblent et se superposent pour enserrer les individus dans un r&#233;seau de surveillance dont ils p&#226;tissent tout en y participant. St&#233;phane Briz&#233; filme d'ailleurs les acteurs &#224; la d&#233;rob&#233;e, &#224; la mani&#232;re de la cam&#233;ra de surveillance de l'hypermarch&#233;, comme pour placer les spectateurs &#224; leur tour dans la position de surveillants. Il n'y a bien qu'une loi : celle qui permet &#224; une minorit&#233; de vivre confortablement pendant qu'une majorit&#233; vit avec la crainte perp&#233;tuelle de perdre ce minimum qui permet &#224; tout un chacun de survivre. Si bien qu'on se demande, une fois le film termin&#233;, s'il est tout simplement possible de penser un en-dehors du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car St&#233;phane Briz&#233; ne nous indique pas l'issue du labyrinthe. A part mourir ou imiter l'inqui&#233;tante fuite finale de Thierry, il nous condamne &#224; un repli de plus en plus &#233;triqu&#233;. L'ailleurs unique que propose le film, c'est la famille, petite et nucl&#233;aire. Lorsque Thierry tient sa femme par la taille ou qu'ils dansent dans le salon avec leurs fils, ils semblent pour un court instant pr&#233;serv&#233;s de la loi du march&#233;. Mais en coupant ainsi ses personnages de toute autre forme de socialisation, en les privant d'amis, de voisins, de familles &#233;largies, d'investissements associatifs, sportifs ou syndicaux, le r&#233;alisateur les inscrit dans un monde sans refuge ni r&#233;sistance possible. Par l&#224; m&#234;me, il &#233;choue &#224; faire de la question&#8200;&#8211;&#8200;comment rendre ce monde un peu plus hospitalier ? &#8211; un probl&#232;me non seulement moral mais aussi politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Auteure notamment de &lt;i&gt;Encaisser ! Enqu&#234;te en immersion dans la grande distribution&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Michel Foucault utilise cette formule dans &lt;i&gt;Naissance de la biopolitique : Cours au coll&#232;ge de France (1978-1979)&lt;/i&gt;, Gallimard, Seuil, Paris, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Quand la radiation devient une fonctionnalit&#233; du logiciel</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Quand-la-radiation-devient-une</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<dc:subject>P&#244;le</dc:subject>
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		<dc:subject>conseiller P&#244;le</dc:subject>
		<dc:subject>sert P&#244;le</dc:subject>
		<dc:subject>emploi sert</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le pr&#233;c&#233;dent quinquennat ne les a pas &#233;pargn&#233;s. Et si les trois millions de ch&#244;meurs ont cru souffler avec le d&#233;but de l'&#232;re hollandaise, les derni&#232;res &#233;volutions de P&#244;le emploi en mati&#232;re de num&#233;rique d&#233;multiplient les possibilit&#233;s du flicage. Au nom bien s&#251;r de la lutte contre le ch&#244;mage. &#10146;	P&#244;le emploi 2015 Sur la porte d'entr&#233;e de l'agence P&#244;le-emploi de Toulouges (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), une affiche informe que Disneyland recrute. Dedans, une dizaine de ch&#244;meurs font la queue. Pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no115-octobre-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;115 (octobre 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole-emploi-3341" rel="tag"&gt;P&#244;le emploi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole" rel="tag"&gt;P&#244;le&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/emploi" rel="tag"&gt;emploi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chomeurs" rel="tag"&gt;ch&#244;meurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent" rel="tag"&gt;Vincent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-emploi" rel="tag"&gt;d'emploi&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sert-Pole" rel="tag"&gt;sert P&#244;le&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/emploi-sert" rel="tag"&gt;emploi sert&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;c&#233;dent quinquennat ne les a pas &#233;pargn&#233;s. Et si les trois millions de ch&#244;meurs ont cru souffler avec le d&#233;but de l'&#232;re hollandaise, les derni&#232;res &#233;volutions de P&#244;le emploi en mati&#232;re de num&#233;rique d&#233;multiplient les possibilit&#233;s du flicage. Au nom bien s&#251;r de la lutte contre le ch&#244;mage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#10146;	P&#244;le emploi 2015
Sur la porte d'entr&#233;e de l'agence P&#244;le-emploi de Toulouges (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), une affiche informe que Disneyland recrute. Dedans, une dizaine de ch&#244;meurs font la queue. Pas d'oreilles de Mickey ni de ricanement &#224; la Picsou, les mines sont plut&#244;t sinistres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un par un, les conseillers surgissent d'un espace feutr&#233; pour venir chercher les convoqu&#233;s. Les gens attendent leur tour avec une patience qui confine au fatalisme. Dans un recoin, le panneau r&#233;serv&#233; aux offres d'emploi ne contient aucune offre d'emploi. &#224; la place, un avis de concours de la fonction publique territoriale et un article des pages &#233;conomie du Figaro du 17 septembre qui annonce le chiffre faramineux de 170 000 projets d'embauches pour 2013. En t&#234;te des 140 recruteurs, McDonald's et la force de frappe de ses 1 228 restaurants. A quoi sert P&#244;le emploi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vincent, conseiller P&#244;le emploi &#224; Lorient (Morbihan) depuis 2005, a un d&#233;but de r&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;P&#244;le emploi sert &#224; trois choses : primo, il sert &#224; indemniser les gens qui ont leurs droits ouverts &#224; l'assurance ch&#244;mage. On peut consid&#233;rer que, bon gr&#233; mal gr&#233;, ce service-l&#224; est &#224; peu pr&#232;s rendu. Secundo, et plus politiquement, P&#244;le emploi sert &#224; culpabiliser les ch&#244;meurs et &#231;a, &#231;a marche impeccablement. C'est m&#234;me l'objectif num&#233;ro un. Quand tu fais culpabiliser les gens, tu arrives &#224; ce que des offres d'emploi de merde soient pourvues : des temps partiels, CDD, contrats d'apprentissage et de professionnalisation. Sachant que la moiti&#233; des gamins en contrat d'apprentissage ne vont jamais jusqu'au dipl&#244;me, que l'employeur les paie en dessous du Smic et touche une montagne d'aides. Un r&#234;ve de patrons. Enfin dernier aspect : P&#244;le emploi est l&#224; pour faire baisser les chiffres du ch&#244;mage. Non seulement avec les radiations, mais en misant aussi sur cette masse de gens compl&#232;tement d&#233;courag&#233;s de trouver un emploi d&#233;cent et qui ne s'inscrivent plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cent imbroglio m&#233;diatique impliquant l'op&#233;rateur SFR au sujet de la &#171; vraie-fausse &#187; baisse spectaculaire des demandeurs d'emploi pour le mois d'ao&#251;t t&#233;moigne parfaitement de cette obsession statistique chez nos gouvernants. L'emploi, celui-l&#224; m&#234;me que l'on d&#233;truit, d&#233;localise ou pr&#233;carise, reste ce r&#233;f&#233;rent ultime, ce moule unique dans lequel chacun est somm&#233; de glisser sa couenne de peur de rejoindre la cohorte grandissante des parias. Les stigmates du ch&#244;meur &#171; canap&#233; &#187;, mis &#224; vif par le quinquennat sarkozyste, sont toujours d'actualit&#233;. C&#233;cile, tour &#224; tour pigiste et ch&#244;meuse, membre du blog &#171; &lt;a href=&#034;http://www.chomage.gouv.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Minisph&#232;re du ch&#244;mage et des id&#233;es re&#231;ues&lt;/a&gt; &#187; t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;On l'entend peut-&#234;tre un peu moins maintenant qu'on a chang&#233; de pr&#233;sidence mais les gens au ch&#244;mage souffrent toujours des id&#233;es re&#231;ues, de cette image du gars qui n'en branle pas une et qu'on d&#233;nonce comme un profiteur du syst&#232;me.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la douloureuse fusion de l'ANPE et des Assedic, P&#244;le emploi a sign&#233; en 2012 une nouvelle convention tripartite avec l'&#233;tat et l'Unedic nomm&#233;e P&#244;le emploi 2015. Dans cette novlangue creuse o&#249; la premi&#232;re qualit&#233; des mots employ&#233;s est leur interchangeabilit&#233;, Jean Bass&#232;res, directeur g&#233;n&#233;ral, annon&#231;ait la couleur : &#171; &lt;i&gt;P&#244;le emploi &lt;/i&gt; [doit devenir] &lt;i&gt;un service public de r&#233;f&#233;rence, capable de faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin ; d'innover, d'agir en plus grande proximit&#233; encore avec nos partenaires ; de simplifier son organisation et d'&#234;tre plus attentif aux r&#233;sultats de son action.&lt;/i&gt; &#187; Au titre des innovations apport&#233;es par le dispositif, il faut noter une attention particuli&#232;re au d&#233;veloppement du num&#233;rique dans l'&#171; accompagnement &#187; des ch&#244;meurs, avec son pr&#233;alable : la suppression du suivi mensuel. Ouf ! pourrait-on dire, voil&#224; un progr&#232;s qu'on ne peut que mettre au cr&#233;dit de la gauche hollandaise. C&#233;cile de s'&#233;touffer : &#171; &lt;i&gt;La suppression du suivi mensuel ? Mais il n'a jamais exist&#233; dans les faits ! Je peux en t&#233;moigner &#224; titre personnel. &#199;a fait deux ans que je suis inscrite &#224; P&#244;le emploi et je n'ai vu qu'une fois mon conseiller. J'ai &#233;t&#233; convoqu&#233;e une autre fois pour une esp&#232;ce de truc collectif o&#249; on nous a dit de signer un papier, histoire de dire youpi c'est cool on est venus&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Assertion confirm&#233;e par Vincent : &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait notoire que personne n'&#233;tait suivi de fa&#231;on mensuelle &#224; part quelques personnes &#224; la marge ; il y avait une souplesse malgr&#233; tout qui s'&#233;tait install&#233;e. Avec l'abandon du suivi mensuel personnalis&#233; physique, tout va se passer &#224; distance &#224; travers les spams sur t&#233;l&#233;phone portable, &#224; travers les plates-formes de traitement de contr&#244;le des ch&#244;meurs qui se sont implant&#233;es de fa&#231;on exp&#233;rimentale sur plusieurs r&#233;gions. L'avenir, c'est de ne plus recevoir les gens dans les agences, &#224; part la premi&#232;re fois pour leur expliquer leur droit &#224; indemnisation. Apr&#232;s on les bascule sur le flicage num&#233;rique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre sa casquette de conseiller P&#244;le emploi, Vincent fait partie de la CGT &#171; &lt;a href=&#034;http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ch&#244;meurs rebelles&lt;/a&gt; &#187; du Morbihan. D&#233;but juillet 2013, le site publie un d&#233;cryptage kafka&#239;en du nouveau site Internet pole-emploi.fr. Outre le casse-t&#234;te concernant les crit&#232;res &#224; renseigner, le bridage de la machine dont les r&#233;ponses sont limit&#233;es &#224; 150 offres, l'analyse met en exergue cette obligation faite au ch&#244;meur de se connecter une fois par mois et de mettre r&#233;guli&#232;rement ses donn&#233;es &#224; jour afin de rester en &#171; &lt;i&gt; &#8220;t&#234;te de liste&#8221; de la consultation des patrons, comme sur &#8220;leboncoin.fr&#8221;&lt;/i&gt; &#187;. Tandis que de l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;cran, les &#171; &lt;a href=&#034;http://cgtchomeursrebelles56.blogspot.fr/2013/06/pole-emploifr-quand-la-recherche&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;flics de l'emploi&lt;/a&gt; &#187;, install&#233;s dans le QG de leur plate-forme de contr&#244;le num&#233;rique, veillent au grain et n'h&#233;siteront pas &#224; intervenir si les d&#233;marches virtuelles du ch&#244;meur r&#233;el ne font pas montre d'une volont&#233; active de retrouver du taf. Une tra&#231;abilit&#233; qui fait basculer le contr&#244;le du ch&#244;meur en mode &#171; industriel &#187; selon les termes de Vincent. &#171; &lt;i&gt;Si le demandeur d'emploi ne va jamais aux r&#233;unions d'informations collectives, ne r&#233;pond jamais aux offres d'emploi qu'on lui envoie sur son portable par SMS, le conseiller qui a directement acc&#232;s &#224; son dossier lui demandera des comptes. Et m&#234;me s'il ne le re&#231;oit pas, quelqu'un sur une plate-forme de traitement des ch&#244;meurs aura acc&#232;s &#224; son dossier de fa&#231;on al&#233;atoire et pourra lui demander pourquoi il n'a pas r&#233;pondu &#224; toutes les &#8220;magnifiques&#8221; propositions qu'on lui a faites. Avec ce nouveau dispositif de spams num&#233;riques, on intensifie plus encore le potentiel de radiations ou, a minima, la pression sur les ch&#244;meurs pour qu'ils acceptent des emplois que j'appelle &#8220;d&#233;grad&#233;s&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Rappelons au passage que la radiation pour un allocataire &#233;quivaut &#224; la suppression de deux mois d'indemnisation ch&#244;mage. &#171; &lt;i&gt;P&#244;le emploi 2015 ? C'est de l'humain dans la merde face &#224; la machine&lt;/i&gt;, r&#233;sume C&#233;cile. &lt;i&gt;On d&#233;personnalise encore plus les rapports entre le service et les demandeurs d'emploi. Ils ont d&#233;j&#224; fait quelques tests, comme d'installer des bornes dans des agences.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi sert P&#244;le emploi ? C&#233;cile encore : &#171; &lt;i&gt; Un jour, un communiquant de P&#244;le emploi m'a dit clairement que son r&#244;le n'est pas d'aider les gens &#224; trouver du travail. &lt;/i&gt; &#187; Forc&#233;ment puisque le susdit travail n'existe plus. Le r&#244;le de P&#244;le emploi est d'obliger les demandeurs d'emploi &#224; justifier en permanence leurs &#171; actes positifs de recherche d'emploi &#187;. A ce petit jeu du sadisme de masse, la d&#233;ferlante num&#233;rique ouvre des perspectives insoup&#231;onn&#233;es. Reste un moyen d'&#233;chapper &#224; ce flicage num&#233;rique, Vincent l&#226;che la combine : &#171; &lt;i&gt;Il faut indiquer d&#232;s le d&#233;part lors du premier entretien qu'on ne souhaite recevoir aucune proposition de P&#244;le emploi ni par mail ni par SMS. Mais combien de gens sont au courant ?&lt;/i&gt; &#187; D&#233;sormais toi, camarade lecteur, et bient&#244;t la terre enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_811 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH314/p03-pole-emploi-cqfd-0d516.jpg?1768650127' width='500' height='314' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nardo.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dans ta face</title>
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		<dc:date>2012-05-29T04:33:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Juliette Volcler</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Sardon, d'abord, c'est Vincent : rien &#224; voir avec l'Internationale sardonique qui regroupait les bouffeurs de journalistes aux ordres et qui animait feus PLPL et le Plan B. Vincent Sardon, donc, petit-fils d'anarchiste espagnol et co-inventeur du fanzine Ego comme X. Rien &#224; voir ? Quoique. Sardon a bien connu le petit milieu de la presse comme celui, tout aussi born&#233;, de l'&#233;dition : il dessinait &#224; Lib&#233;, il montrait ses BD &#224; Angoul&#234;me. Et puis, &#231;a l'a &#233;nerv&#233;. C'est comme &#231;a qu'il est devenu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no99-avril-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;99 (avril 2012)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sardon, d'abord, c'est Vincent : rien &#224; voir avec l'Internationale sardonique qui regroupait les bouffeurs de journalistes aux ordres et qui animait feus &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt;. Vincent Sardon, donc, petit-fils d'anarchiste espagnol et co-inventeur du fanzine &lt;i&gt;Ego comme X&lt;/i&gt;. Rien &#224; voir ? Quoique. Sardon a bien connu le petit milieu de la presse comme celui, tout aussi born&#233;, de l'&#233;dition : il dessinait &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;, il montrait ses BD &#224; Angoul&#234;me. Et puis, &#231;a l'a &#233;nerv&#233;. C'est comme &#231;a qu'il est devenu tampographe, qu'il s'est mis, comme il l'explique lui-m&#234;me, &lt;i&gt;&#171; &#224; fabriquer des tampons par dizaines d'abord, puis par centaines, puis par milliers, au point d'habiter d&#233;sormais un atelier puant le caoutchouc br&#251;l&#233;, le pneu, la chimie, le garage et le laboratoire &#187;&lt;/i&gt;. Des tampons dans lesquels la Presse, l'&#201;dition, l'Art et la Culture&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; Lole, notre correctrice : Lole, on sait, c'est dur, mais ne retire pas ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; se font f&#233;rocement ratiboiser les majuscules. Aujourd'hui, Sardon bosse pour &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et a recommenc&#233; &#224; faire des signatures dans les librairies,&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH506/99tampographe-f87ee.png?1768659145' width='400' height='506' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;mais il s'est depuis arm&#233; d'une foule de tampons qui gueulent haut et fort ce qu'il pense de tout &#231;a : &lt;i&gt;&#171; Le tampon est une forme d'imprimerie rapide, portative, qui se pr&#234;te bien &#224; reproduire des messages rentre-dedans&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;William Buren, &#171; Bon &#224; tirer (&#224; vue) &#187;, entretien avec Sardon, gonzai.com, 7 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tampographe, donc, membre du Coll&#232;ge de Pataphysique, tient un &lt;a href=&#034;http://le-tampographe-sardon.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt; et, depuis peu, en a tir&#233; un bouquin, son &lt;i&gt;&#171; journal de cr&#233;ation &#187;&lt;/i&gt; sur quatre ann&#233;es. Un travail d'&#233;criture autant qu'un travail graphique : le texte d&#233;tourne l'autobiographie d'artiste pendant que les images s'en prennent &#224; l'iconographie populaire, administrative ou savante. Il y a des &#171; bons points &#187; pas du tout polis, de tr&#232;s r&#233;publicaines cartes &#171; de feignasse &#187;, des graffitis, des photomatons perdus, des gaufrettes qui incitent au suicide et des safaris-photos de colliers de barbes gauchistes ou po&#233;tiques. Et puis il y a des tampons d'insectes articul&#233;s ou du Saint Suaire dans toutes les positions, de &#171; Louis Ferdinand C&#233;line Dion &#187;, du &#171; minist&#232;re des vieilles qui ont peur des Arabes &#187;, de &#171; Fr&#233;d&#233;ric Kadhafi &#187; ou &#171; Fr&#233;d&#233;ric Hitler &#187;, de &lt;i&gt;&#171; vingt-quatre &#233;l&#233;ments permettant de fabriquer tr&#232;s facilement et &#224; moindres frais de fausses &#339;uvres de Dubuffet &#187;&lt;/i&gt;, d'insultes polyglottes ou de gravures anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier de Sardon est une machine &#224; mouliner l'esprit de s&#233;rieux, une petite usine &lt;i&gt;&#171; garantie 100 % chimique &#187;&lt;/i&gt; qui ridiculise l'officiel et qui officialise l'absurde. Images sacralis&#233;es, maladroites, autoritaires, pornographiques, pompeuses, enfantines, le tampon fait jeu de tout, jubile de tout : une parodie d'arbitraire qui donne du statut &#224; ce qui n'en avait pas et qui d&#233;boulonne ce qui en avait trop. Le tampon de Sardon est sa petite balance de justice personnelle, un sceau rigolard pour rabattre le caquet &#224; nos maigres importances : ici j'ai ri, l&#224; j'ai &#233;t&#233; touch&#233; &#8211; maintenant, regardez-vous en face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sardon, &lt;a href=&#034;http://www.lassociation.fr/fr_FR/#!catalogue/auteurs/s/open-auteur/3791/open/5833&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Tampographe Sardon&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, L'Association, 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; Lole, notre correctrice : Lole, on sait, c'est dur, mais ne retire pas ces majuscules incongrues !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;William Buren, &lt;a href=&#034;http://gonzai.com/le-tampographe-sardon-bon-a-tirer-a-vue/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Bon &#224; tirer (&#224; vue) &#187;&lt;/a&gt;, entretien avec Sardon, gonzai.com, 7 novembre 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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