<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=4734&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Fumer son taf</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Fumer-son-taf</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Fumer-son-taf</guid>
		<dc:date>2019-04-14T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>P&#233;n&#233;loppe Lepaon</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'on</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>petit</dc:subject>
		<dc:subject>patron</dc:subject>
		<dc:subject>production</dc:subject>
		<dc:subject>mal</dc:subject>
		<dc:subject>Finlande</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>l'animation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;t&#233; 2017, nous sommes trois potes &#224; travailler dans l'animation, en colo en Finlande. On n'est pas tr&#232;s bien pay&#233;s, comme presque tout le temps dans l'animation. Alors, quand on s'aper&#231;oit &#224; la fin du s&#233;jour qu'il reste pas mal de fric sur l'enveloppe destin&#233;e aux menues d&#233;penses des ados, on d&#233;cide de l'utiliser pour se faire plaisir. Histoire d'avoir l'impression qu'on s'en sort le moins mal possible et qu'on roule un peu le patron dans la farine. Sauf qu'on s'y prend comme des manches. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/petit" rel="tag"&gt;petit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/patron" rel="tag"&gt;patron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/production" rel="tag"&gt;production&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mal" rel="tag"&gt;mal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Finlande" rel="tag"&gt;Finlande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-animation" rel="tag"&gt;l'animation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2862 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH242/-796-36f53.jpg?1779602979' width='225' height='242' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#201;&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;t&#233; 2017&lt;/strong&gt;, nous sommes trois potes &#224; travailler dans l'animation, en colo en Finlande. On n'est pas tr&#232;s bien pay&#233;s, comme presque tout le temps dans l'animation. Alors, quand on s'aper&#231;oit &#224; la fin du s&#233;jour qu'il reste pas mal de fric sur l'enveloppe destin&#233;e aux menues d&#233;penses des ados, on d&#233;cide de l'utiliser pour se faire plaisir. Histoire d'avoir l'impression qu'on s'en sort le moins mal possible et qu'on roule un peu le patron dans la farine. Sauf qu'on s'y prend comme des manches. Qu'on se met en retard. Et qu'on finit dans un petit supermarch&#233; de seconde zone, o&#249; rien ne nous fait vraiment envie. De d&#233;pit, et abandonnant nos r&#234;ves de champagne et de renne s&#233;ch&#233;, on finit par acheter une dizaine de cartes postales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maigre larcin&lt;/strong&gt;, qu'on se partage quand m&#234;me fi&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma vie est remplie&lt;/strong&gt; de petits butins du travail. J'&#233;cris ce papier sur mon ordinateur du boulot, je poss&#232;de une quantit&#233; astronomique de crayons de couleur et de stylos bleus, j'ai regard&#233; pas mal de s&#233;ries sur un vid&#233;oprojecteur &#171; emprunt&#233; &#187; au taf et j'ai imprim&#233; des tas de brochures sur des photocopieuses professionnelles - en y oubliant parfois l'original, ce qui a d&#233;clench&#233; d'int&#233;ressantes discussions politiques...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je ne suis pas la seule&lt;/strong&gt;. Au contraire : piquer au boulot, du marqueur &#224; l'ordinateur, est l'une des choses les plus r&#233;pandues au monde. Il me semble d'ailleurs, quand j'en parle avec des gens, qu'ils &#233;prouvent une joie presque enfantine &#224; raconter leurs histoires de vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le monde du travail, tout est proc&#233;dure&lt;/strong&gt;. Il faut toujours aller dans le sens de la production, de la norme. Tes mouvements, tes pens&#233;es, la mani&#232;re dont tu organises ta journ&#233;e appartiennent au patron. Modifier un brin ton planning pour choper une ramette de papier dans le local &#224; mat&#233;riel ne se r&#233;sume pas tant que &#231;a &#224; te fournir gratuitement en feuilles blanches. Ce qui importe, c'est que tu as r&#233;fl&#233;chi &#224; autre chose qu'&#224; ton boulot. Que tu as organis&#233; ton temps non pas pour le patron et pour la production, mais contre eux. Ou du moins, malgr&#233; eux. Au final, c'est moins l'objet de la choure qui compte que la marge de libert&#233; qu'il induit. Et puis, un outil vol&#233; au travail, c'est toujours un outil de moins que tu auras &#224; utiliser pour un chantier de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand je chaparde au travail&lt;/strong&gt;, j'ai l'impression que &#231;a rend ma journ&#233;e bien plus supportable. Me voil&#224; avec un petit butin, plus ou moins arrach&#233; au capital. Victoire. Sauf que toute m&#233;daille a son revers. Ici, c'est ce sentiment qu'il serait plus supportable de passer cinquante heures par semaine au turbin pour peu qu'on puisse y choper gratos quelques fournitures. Au fond, je me fais avoir : ce vol est d&#233;j&#224; int&#233;gr&#233; au processus de production. C'est un dommage collat&#233;ral qui a &#233;t&#233; anticip&#233;. Pis, il concourt &#224; me rendre plus disponible, z&#233;l&#233;e. &lt;i&gt;Corporate&lt;/i&gt;, en somme : je me sens plus &#171; appartenir &#224; ma bo&#238;te &#187; parce que je peux y r&#233;cup&#233;rer une machine me permettant de fabriquer des &#233;tag&#232;res le week-end...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce faisant, je ne cours &#224; peu pr&#232;s aucun risque&lt;/strong&gt;. Rien &#224; voir avec ces caissi&#232;res d'hypermarch&#233;s licenci&#233;es pour avoir r&#233;cup&#233;r&#233; un bon de r&#233;duction qui tra&#238;nait ou piqu&#233; un bout de fromage. Si je me fais surprendre par mon patron en plein photocopillage d'affiches, j'&#233;coperai peut-&#234;tre d'une gueulante paternaliste sur l'&#233;tat financier de l'association dans laquelle je travaille. Mais je ne me ferai s&#251;rement pas licencier. Parce que j'exerce une profession intellectuelle, mieux plac&#233;e dans l'&#233;chelle de la production que caissi&#232;re &#224; Carrefour. Et parce que mon geste sera vu comme un petit &#224;-c&#244;t&#233;, et non comme une attaque directe contre la structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis, il y a ces situations&lt;/strong&gt; dans lesquelles je me mets parfois pour chourer des trucs au boulot. Me planquer pendant la pause d&#233;jeuner des coll&#232;gues. Revenir le week-end pour faire des photocopies. Ne pas assumer devant les autres salari&#233;s. Le vol au travail reste ainsi un geste individuel, une petite d&#233;merde quotidienne qui rend les choses moins pourries. Mais il n'abolit ni les longues journ&#233;es de taf, ni les humiliations quotidiennes. Au fond, la d&#233;brouille au boulot, cette marge qu'elle peut ouvrir dans le quotidien, et tous les b&#233;n&#233;fices qu'on peut en tirer, eh ben c'est d&#233;j&#224; &#231;a. Mais &#231;a n'est que &#231;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand la rue r&#233;pond &#224; Macron</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Quand-la-rue-repond-a-Macron</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Quand-la-rue-repond-a-Macron</guid>
		<dc:date>2018-01-08T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen, Julien Tewfiq</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>Alors</dc:subject>
		<dc:subject>Macron</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>gr&#232;ve</dc:subject>
		<dc:subject>riches</dc:subject>
		<dc:subject>jaloux</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>N'&#234;tre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les sorties pr&#233;sidentielles sur les fain&#233;ants en T-shirt qui foutent le bordel se sont multipli&#233;es depuis l'accession au tr&#244;ne d'Emmanuel 1er. Elles ne laissent pas le bon peuple indiff&#233;rent. Propos ramass&#233;s dans et autour de la manif du 19 octobre &#224; Marseille. 10 h, &#224; proximit&#233; du Vieux-Port. Le fond de l'air est plus frais que rouge : le manifestant est encore rare. Sur le trottoir, une fille, plut&#244;t jeune, lance : &#171; Ho, tu vas travailler un jour dans ta vie ? &#187; Un gars, du m&#234;me &#226;ge, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Macron" rel="tag"&gt;Macron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/greve" rel="tag"&gt;gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/riches" rel="tag"&gt;riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jaloux" rel="tag"&gt;jaloux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/N-etre" rel="tag"&gt;N'&#234;tre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les sorties pr&#233;sidentielles sur les fain&#233;ants en T-shirt qui foutent le bordel se sont multipli&#233;es depuis l'accession au tr&#244;ne d'Emmanuel 1er. Elles ne laissent pas le bon peuple indiff&#233;rent. Propos ramass&#233;s dans et autour de la manif du 19 octobre &#224; Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1944 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-235.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH846/-235-96f53.jpg?1779604538' width='500' height='846' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;10 h, &#224; proximit&#233; du Vieux-Port. Le fond de l'air est plus frais que rouge : le manifestant est encore rare. Sur le trottoir, une fille, plut&#244;t jeune, lance : &#171; &lt;i&gt;Ho, tu vas travailler un jour dans ta vie ?&lt;/i&gt; &#187; Un gars, du m&#234;me &#226;ge, lui r&#233;torque : &#171; &lt;i&gt;Je m'en fous, de leur manif. Moi, je veux &#234;tre patron !&lt;/i&gt; &#187; &#199;a commence sur les chapeaux de roue, ce stylo-trottoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fain&#233;ants, cyniques, extr&#234;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge tarde toujours &#224; s'&#233;paissir. Nicole, une petite dame aux cheveux blancs, assise sur un man&#232;ge, accepte de jouer les cobayes. &#171; &lt;i&gt;Oh &#231;a non, alors ! J'ai 71 ans, je suis au PCF depuis que j'ai 16 ans. Je fais toutes les manifestations, mais maintenant c'est surtout pour mes enfants et petits-enfants. Je veux qu'ils aient une vie pas pire que la mienne, avec un vrai code du travail, la S&#233;cu. Je ne suis pas du tout satisfaite de ce gouvernement pour les riches.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julia, une longue pancarte en carton sur laquelle elle a inscrit en une trentaine de lignes tout ce qu'elle reproche &#224; Macron, et son pote J&#233;r&#233;mie, affili&#233; &#224; la CNT, prennent davantage &#224; la rigolade l'interpellation de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ouais, on est deux grosses feignasses, c'est s&#251;r !&lt;/i&gt; &#187; Tout comme Valentina, trentenaire et insoumise, qui d&#233;veloppe un peu sa pens&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Fain&#233;ante, mais pas cynique. Le cynisme, c'est un fl&#233;au ! Je crois au contraire qu'on peut agir collectivement. Se bouger pour que &#231;a aille mieux&#8230; mais dans longtemps ! Et je ne pense pas du tout &#234;tre extr&#233;miste, m&#234;me si je dois sans doute le para&#238;tre aux yeux de Macron ou du Point&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que conteste Lucie, jeune militante au syndicat Sud-Asso : &#171; O&lt;i&gt;ui, je suis une dangereuse extr&#233;miste ! Puisque je suis en manif ! Rien que &#231;a, c'est d&#233;j&#224; hyper extr&#234;me, non ?&lt;/i&gt; &#187; Un coll&#232;gue de la CNT-SO, crois&#233; &#224; la terrasse d'un caf&#233;, tente un r&#233;sum&#233; saisissant : &#171; &lt;i&gt;Je suis extr&#234;mement fain&#233;ant !&lt;/i&gt; &#187; Tandis qu'un copain de l'union syndicale Solidaires, en premi&#232;re ligne dans la bagarre pour sauver les Moulins Maurel&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La minoterie des Moulins Maurel, &#224; Marseille, a ferm&#233; en 2013 &#8211; depuis, les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, serre, lui, les dents : &#171; &lt;i&gt;Je me sens extr&#234;mement mod&#233;r&#233; par rapport &#224; l'extr&#234;me lib&#233;ralisme du camp d'en face.&lt;/i&gt; &#187; Autour de la table, un militant de la CGT-&#201;duc ajoute son grain de sucre. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; licenci&#233; apr&#232;s cinq ans de taf dans une start-up dirig&#233;e par un soutien de Macron &#224; la pr&#233;sidentielle. Et je crois que ses insultes portent finalement quelque chose d'utile : &#224; travers le m&#233;pris exprim&#233; par le pr&#233;sident, les gens prennent conscience de leur appartenance de classe. L&#224; o&#249; je bosse maintenant, des salari&#233;s d'habitude peu mobilis&#233;s se sont mis en gr&#232;ve parce qu'ils se sentaient insult&#233;s. &#199;a a radicalis&#233; du monde - tant mieux !&lt;/i&gt; &#187; Alors que nous rejoignons les manifestants qui s'&#233;branlent, un fameux libertaire corse surgit de nulle part : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r que je suis fain&#233;ant et extr&#234;me ! Et cynique ? Seulement quand j'ai bu, mais je ne m'en rappelle pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gagner de l'argent pour se payer un costard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La (petite) manif remonte tranquillement La Canebi&#232;re. Du c&#244;t&#233; des anars de tous bords, on se montre tant&#244;t un tantinet fataliste &#8211; &#171; &lt;i&gt;Faut croire que l'argent ne m'aime pas, je bosse toujours pour pas grand-chose. De toute fa&#231;on, je n'ai jamais r&#233;ussi &#224; trouver un costard &#224; ma taille...&lt;/i&gt; &#187; &#8211; tant&#244;t sale gosse qui saccage sa cage : &#171; &lt;i&gt;Je n'aime pas les costards mais j'ai rien contre un peu d'argent.&lt;/i&gt; &#187; Chez les cocos, le ton n'est pas le m&#234;me, il se fait mi-s&#233;rieux mi-rageur. &#171; &lt;i&gt;Le costard, c'est un outil de travail pour certains &#8211; dans ma famille, il y avait un VRP qui n'&#233;tait rien d'autre qu'un prolo en costard. Ce n'est pas mon cas : je travaille avec des enfants, je peux aller au boulot en T-shirt. Mais pas celui avec la faucille et le marteau...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#234;tre rien (dans une gare ou ailleurs) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accompagn&#233; par l'inextinguible BO des manifs, nous empruntons le virage qui permet de rejoindre le cours Lieutaud. Direction Pr&#233;fecture ou Castellane, on ne sait pas encore. &#192; la CGT-&#201;duc, on embraye direct : &#171; &lt;i&gt;Nous ne sommes rien, soyons tout !&lt;/i&gt; &#187; Mais &#231;a laisse l&#233;g&#232;rement r&#234;veurs les camarades de la CNT &#8211; &#171; &lt;i&gt;C'est bien utile parfois de n'&#234;tre rien. On peut m&#234;me le rechercher quand les flics sont un peu trop proches, quand notre patron nous demande de faire un sale boulot, quand nous avons envie de ne voir personne, d'&#234;tre anonymes, seuls dans la masse&lt;/i&gt; &#187;. De m&#234;me pour ceux de Solidaires : &#171; &lt;i&gt;La vie de ceux qui ont tout ne me fait pas r&#234;ver. Et je pr&#233;f&#232;re n'&#234;tre rien que passer tout mon temps &#224; veiller sur mon magot...&lt;/i&gt; &#187; Le libertaire corse, lui, ferme la marche avec son petit fanion : &#171; &lt;i&gt;N'&#234;tre rien, c'est surtout ne pas &#234;tre comme eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jaloux des riches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, ce sera Castellane pour les 20 000 manifestants revendiqu&#233;s par les organisateurs. L'endroit parfait pour leur demander s'ils se sentent jaloux des riches. Alors ? La CNT-SO ne connaissait pas cette &#233;ni&#232;me saillie pr&#233;sidentielle. &#171; &lt;i&gt; Pour sortir un truc pareil, il faut vraiment appartenir &#224; un autre monde ! Nous ne sommes pas jaloux, non. On voudrait juste choper ce qu'ils ont pour que &#231;a passe de main en main. Il faudrait leur arracher tout ce confort pour le partager. Ou le jeter. &lt;/i&gt; &#187; Du c&#244;t&#233; de la CGT-&#201;duc, &#231;a d&#233;marre au quart de tour : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas jaloux des riches, je veux juste les &#233;liminer ! Comme disait Thomas Sankara, c'est soit champagne pour quelques-uns, soit eau potable pour tous.&lt;/i&gt; &#187; Idem pour les libertaires de Corse et du continent : &#171; &lt;i&gt;C'est tr&#232;s con d'&#234;tre jaloux des riches. Il faut juste les guillotiner parce que ce sont eux qui font chier.&lt;/i&gt; &#187; Solidaires se r&#233;v&#232;le plus philosophe, presque &#233;sot&#233;rique... &#171; &lt;i&gt;C'est pas beau d'&#234;tre jaloux des riches, je suis d'accord avec le pr&#233;sident. &#201;prouver un sentiment de possession envers les possesseurs, c'est m&#234;me un peu &#233;trange.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Foutre le bordel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'on s'approche du terminus, nous retrouvons Julia. &#171; &lt;i&gt;Ben ouais, c'est plus agr&#233;able de faire du bordel ! M&#234;me au boulot, je fous le bordel.&lt;/i&gt; &#187; Et la porteuse de pancarte d'encha&#238;ner : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, je suis assistante maternelle &#224; domicile. L'une de celles que les parents engagent pour garder leur gamin justement parce qu'elles ne font pas gr&#232;ve&#8230; Alors que moi, si ! Quand les parents s'en rendent compte, ils tirent une de ces tronches&#8230; Ils me demandent : &#8216;&#8216; Et comment on garde le petit ? '' Je leur r&#233;ponds : &#8216;&#8216; Ben, faites gr&#232;ve aussi ! '' Mais ils travaillent dans le social, c'est compliqu&#233; pour eux de se mettre en gr&#232;ve parce qu'ils sont tr&#232;s impliqu&#233;s dans leur boulot. Des gens ont besoin d'eux, ils ne peuvent pas se permettre de les abandonner, m&#234;me pour une journ&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Et J&#233;r&#233;mie d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Dans ma bo&#238;te, nous ne sommes que deux en gr&#232;ve. Sur 20 salari&#233;s ! Et pourtant, on travaille dans l'&#233;ducation populaire&#8230; Ce n'est pas forc&#233;ment simple de se mettre en gr&#232;ve quand on aime son boulot et que des jeunes comptent sur toi. Et pourtant, c'est n&#233;cessaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiens, revoil&#224; Valentina ! Est-ce qu'elle s'est mise en gr&#232;ve, elle aussi ? &#171; &lt;i&gt;Pas tout &#224; fait&#8230; Je suis free-lance, donc je peux me permettre de prendre la matin&#233;e pour venir manifester, faire nombre.&lt;/i&gt; &#187; Oh, Lucie ! &#171; &lt;i&gt;Dans mon cas, c'est encore pire ! Je travaille pour le syndicat ! Je suis pay&#233;e pour foutre le bordel ! &lt;/i&gt; &#187; Nous traversons une derni&#232;re fois le cort&#232;ge et nous tombons sur Pierre, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical CGT &#224; l'h&#244;pital de La Timone, en service de pharmacie. &#171; &lt;i&gt;Nous, on est l&#224; pour protester contre nos conditions de travail. Surtout dans le secteur hospitalier ! Pour la pharma, par exemple, on doit faire toujours plus avec moins de moyens. &#199;a s'est tellement d&#233;grad&#233; qu'il devient difficile de bosser s&#233;rieusement. La direction fait ce qu'elle peut, mais il n'y a plus d'argent pour remplacer le personnel. Venez faire un tour &#224; La Timone l'apr&#232;s-midi et vous ne verrez personne en blanc dans les couloirs. C'est vide. Les patients ne sont pas totalement abandonn&#233;s, hein. Mais pas loin&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partant, nous demandons &#224; un passant, la quarantaine, s'il pense que les manifestants, qu'il regarde d'un air un peu s&#233;v&#232;re, constituent un rassemblement de fain&#233;ants. &#171; &lt;i&gt; On peut pas dire &#231;a. Moi, je ne suis pas d'accord avec eux. Mais je ne le suis pas non plus avec Macron : ce ne sont pas les fain&#233;ants qu'on retrouve en manif. Il y a des retrait&#233;s, des gens qui bossent et qui font l'effort de venir d&#233;filer. Regarde, les fain&#233;ants, l&#224;, ce sont les gars qui ne bougent pas leur cul des terrasses des caf&#233;s, qui regardent les manifestants en rigolant.&lt;/i&gt; &#187; Mais n'en pensent pas forc&#233;ment moins...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La minoterie des Moulins Maurel, &#224; Marseille, a ferm&#233; en 2013 &#8211; depuis, les salari&#233;s se battent pour relancer l'activit&#233;. Voir &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Usine-occupee-Les-ouvriers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Usine occup&#233;e : les ouvriers prennent de la graine&lt;/a&gt; &#187;, article publi&#233; dans le n&#176; 126 de &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; (novembre 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le travail mort-vivant</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-travail-mort-vivant</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-travail-mort-vivant</guid>
		<dc:date>2016-10-07T15:50:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>dit</dc:subject>
		<dc:subject>boulots</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>ch&#244;mage</dc:subject>
		<dc:subject>merde</dc:subject>
		<dc:subject>socialement</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;tier socialement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Le travail mort-vivant&#034;, &#224; retrouver dans le num&#233;ro 147 (octobre 2016) de CQFD. Le ch&#244;mage fait partie de CQFD. C'est comme &#231;a, c'est notre histoire : celle d'un d&#233;sir d'ind&#233;pendance qui nous a fait proscrire publicit&#233; et subvention. Sans pognon, il a fallu nous mettre au boulot, nous, les r&#233;fractaires qui aurions pu nous d&#233;finir avec ces mots d'Albert Londres : &#171; Ces novateurs se sont dit, avec l'&#233;ccl&#233;siaste, que le travail &#233;tant la punition de l'homme, ils ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit" rel="tag"&gt;dit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulots" rel="tag"&gt;boulots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chomage" rel="tag"&gt;ch&#244;mage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/merde" rel="tag"&gt;merde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/socialement" rel="tag"&gt;socialement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/metier-socialement" rel="tag"&gt;m&#233;tier socialement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Le travail mort-vivant&#034;, &#224; retrouver dans le num&#233;ro 147 (octobre 2016) de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le ch&#244;mage fait partie de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. C'est comme &#231;a, c'est notre histoire : celle d'un d&#233;sir d'ind&#233;pendance qui nous a fait proscrire publicit&#233; et subvention. Sans pognon, il a fallu nous mettre au boulot, nous, les r&#233;fractaires qui aurions pu nous d&#233;finir avec ces mots d'Albert Londres : &#171; &lt;i&gt; Ces novateurs se sont dit, avec l'&#233;ccl&#233;siaste, que le travail &#233;tant la punition de l'homme, ils ne travailleraient pas. Pour eux, la question est d'honneur. S'ils ne font rien, ce n'est pas uniquement par paresse, c'est tout juste pour la m&#234;me raison que l'honn&#234;te homme ne vole pas, afin de ne pas avoir de remords de conscience&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Albert Londres, Le Chemin de Buenos Aires (La Traite des Blanches), 1927.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Bon... Londres, ici, &#233;voque le milieu des marlous. Attention, pas d'amalgame, ne nous faites pas dire ce que l'on n'a pas dit ! &#192; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, on est davantage Liabouviste &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1910, injustement accus&#233; par des ripoux de la police des m&#339;urs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; que souteneur... et gare &#224; quiconque dira le contraire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, &#233;videmment, ne souhaitant ni exploiter, ni &#234;tre exploit&#233;, on se retrouve, une fois le ch&#244;mage termin&#233;, oblig&#233; de passer par un certain nombre de boulots de merde : restauration, pigiste, vacataire &#224; droite &#224; gauche, ma&#231;on ou peintre au black, graphiste pay&#233; au lance-pierre, etc. Et nous sommes bien loin d'&#234;tre une exception. En France, 3,2 millions de personnes ont un emploi pr&#233;caire (CDD, int&#233;rim, etc.), et la loi Travail n'apportera rien d'autre qu'une pr&#233;carisation de l'emploi consid&#233;r&#233; comme stable (CDI). La v&#233;rit&#233;, c'est qu'aujourd'hui, le ch&#244;mage n'est plus qu'un moment du travail perdu dans un oc&#233;an de boulots de merde ! Et c'est le grand m&#233;rite du livre de Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au trader. Enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte) &#8211; dont vous trouverez, en exclusivit&#233;, un bref aper&#231;u en pages 12 et 13 &#8211; de nous exposer cette condition commune faite de maux sourds, tol&#233;rables qui font partie de notre train-train quotidien et qui nous sapent lentement, aussi consciencieusement qu'un accident de travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1748 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH263/-65-8ab10.jpg?1779602784' width='400' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LL de Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais un boulot de merde, c'est quoi au juste ? Eh bien, il &#171; &lt;i&gt;se reconna&#238;t souvent &#224; cette condition humiliante qui consiste &#224; devoir se mettre &#8220;au service d'individus que l'on aimerait &#233;trangler &#224; deux mains&#8221;, comme le dit une amie anciennement femme de chambre dans un h&#244;tel&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Julien Brygo et Olivier Cyran, Boulots de merde ! Du cireur au Trader. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; . &#187; Pr&#233;carit&#233;, flexibilit&#233;, r&#233;p&#233;tition et duret&#233; de la t&#226;che, isolement, humiliation, discrimination, despotisme patronal, etc. Celui-l&#224;, on le conna&#238;t tous et toutes. Mais il y a un autre crit&#232;re d'importance : un boulot de merde doit aussi s'appr&#233;hender &#224; l'aune de son utilit&#233; ou de sa nuisance potentielle. Comment mesure-t-on cette nuisance ? &#171; &lt;i&gt;Il fait un boulot de merde, pourrait-on dire, parce qu'il &#8220;fait de la merde&#8221; &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. p. 25.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Nous sommes tent&#233;s d'avancer ainsi avec Brygo et Cyran. Apr&#232;s tout, dans un monde o&#249; tout est quantifiable, nous pourrions bien &#171; &lt;i&gt;quantifier la valeur d'un m&#233;tier en fonction de ses effets positifs ou n&#233;gatifs sur la collectivit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, comme l'ont fait ces chercheurs anglais en 2009&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, &#171; A bit rich. Calculating the (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; . Le r&#233;sultat de leur enqu&#234;te pourrait se r&#233;sumer ainsi : &#171; &lt;i&gt;Pour les uns, leur boulot de merde est le corollaire d'un m&#233;tier socialement noble, pour les autres, le tas d'or sur lequel ils s'ennuient (ou pas) r&#233;compense un m&#233;tier socialement n&#233;faste. &lt;/i&gt; &#187; Traduction : agente de nettoyage ou ouvrier du recyclage &#8211; tous deux pay&#233;s a minima &#8211; fournissent un travail socialement utile et noble, alors qu'un publicitaire, par exemple, est socialement nuisible &#8211; augmentation de la consommation et donc de l'endettement, de l'ob&#233;sit&#233;, de la pollution, de l'enlaidissement de nos espaces de vie, etc. En faisant du travail de publicitaire le pire boulot de merde existant et en valorisant les deux premiers, peut-&#234;tre arr&#234;terions-nous le cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons&#8230; Reste le cas, pas si rare, du boulot de merde dans lequel on se retrouve contraint &#224; faire de la merde. Ainsi de l'agent de s&#233;curit&#233;. Pour ces boulots-l&#224;, il n'y a d'autre solution que leur &#233;radication pure et simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous n'en sommes pas &#8211; encore &#8211; l&#224;. Actuellement, le travail lui-m&#234;me est un produit &#224; fabriquer. Sa production est devenue, depuis les ann&#233;es 1970, le leitmotiv des risibles, et inutiles, politiques de luttes contre le ch&#244;mage. Pour fabriquer du travail, rien de plus simple &#8211; et notre publicitaire merdeux est un des rouages de la machine : cr&#233;er des produits interm&#233;diaires qui deviendront de nouveaux besoins gr&#226;ce au savoir-faire des publicitaires. Une fois produits ces nouveaux besoins, un nouveau travail est rendu possible et n&#233;cessaire. Ici et maintenant, l'&#233;norme r&#233;servoir de boulots de merde &#224; utilit&#233; sociale z&#233;ro se trouve dans le secteur des services. C'est d'ailleurs &#171; &lt;i&gt;sous l'angle de la compl&#233;mentarit&#233; entre les industries et les services&lt;/i&gt; &#187; que doit &#234;tre analys&#233;e la comp&#233;titivit&#233; de &#171; &lt;i&gt;notre &#233;conomie&lt;/i&gt; &#187; &#8211; peut-on lire sur le site de la Direction g&#233;n&#233;rale des entreprises (DGE). Alors que le salariat est en voie de pr&#233;carisation, que l'on veut faire de nous des entreprises adaptables au cours aveugle de la concurrence &#8211; au risque de se voir corriger par la logique de rentabilit&#233; &#8211;, on se demande bien comment faire entendre raison &#224; ces malades qui nous gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de solutions miracles, ni de v&#339;ux pieux dans ce dossier. Juste un modeste &#233;tat des lieux &#224; travers des t&#233;moignages. Une volont&#233; de donner la parole au travail pour illustrer cette c&#233;sure fondamentale qui nous traverse tous, celle qui &#171; &lt;i&gt;se situe par l&#224;, entre travailler sous la contrainte ou esquiver avec obstination tout encasernement du corps et de l'esprit&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nicolas Arraitz, &#171; &#201;loge du d&#233;busqueur andalou &#187;, Manifeste des ch&#244;meurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Albert Londres, &lt;i&gt;Le Chemin de Buenos Aires (La Traite des Blanches)&lt;/i&gt;, 1927.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1910, injustement accus&#233; par des ripoux de la police des m&#339;urs (pl&#233;onasme) pour prox&#233;n&#233;tisme, Jean-Jacques Liabeuf d&#233;cida de se venger munit de brassards clout&#233;s, d'une lame et d'un flingue. Le proc&#232;s du &#171; tueur de flics &#187; divisa l'opinion et son ex&#233;cution donna lieu &#224; l'une des plus incroyables &#233;meutes populaires du xxe si&#232;cle. cf. Yves Pag&#232;s, &lt;i&gt;L'homme h&#233;riss&#233;. Liabeuf, tueur de flics&lt;/i&gt;, L'Insomniaque et La Baleine (r&#233;&#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Julien Brygo et Olivier Cyran, &lt;i&gt;Boulots de merde ! Du cireur au Trader. Enqu&#234;te sur l'utilit&#233; et la nuisance sociales des m&#233;tiers&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, p. 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ibid. p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Eilis Lawlor, Helen Kersley et Susan Steed, &#171; A bit rich. Calculating the real value to society of different professions &#187;, New Economic Foundation, Londres, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nicolas Arraitz, &#171; &#201;loge du d&#233;busqueur andalou &#187;, &lt;i&gt;Manifeste des ch&#244;meurs heureux&lt;/i&gt;, Le Chien rouge, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Travailler plus pour gagner moins &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Travailler-plus-pour-gagner-moins</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Travailler-plus-pour-gagner-moins</guid>
		<dc:date>2016-09-26T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>statut</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>TAD</dc:subject>
		<dc:subject>CDI</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#233;dition</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En plein mouvement contre la loi Travail, des correcteurs et correctrices ont d&#233;cid&#233; de lancer une offensive contre les patrons de l'&#233;dition soit-disant de gauche. Avec une revendication des plus &#233;l&#233;mentaires : ne plus &#234;tre pay&#233; &#224; la t&#226;che et b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes garanties que les autres travailleurs. Apr&#232;s une fin de non-recevoir, la bataille recommence en septembre. Entretien avec le collectif des correcteurs pr&#233;caires de Paris. CQFD : Comment est n&#233; le collectif ? Cerise : Avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/statut" rel="tag"&gt;statut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/TAD" rel="tag"&gt;TAD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CDI" rel="tag"&gt;CDI&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-edition" rel="tag"&gt;l'&#233;dition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En plein mouvement contre la loi Travail, des correcteurs et correctrices ont d&#233;cid&#233; de lancer une offensive contre les patrons de l'&#233;dition soit-disant de gauche. Avec une revendication des plus &#233;l&#233;mentaires : ne plus &#234;tre pay&#233; &#224; la t&#226;che et b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes garanties que les autres travailleurs. Apr&#232;s une fin de non-recevoir, la bataille recommence en septembre. Entretien avec le collectif des correcteurs pr&#233;caires de Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment est n&#233; le collectif ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cerise :&lt;/strong&gt; Avec l'obligation l&#233;gale d'offrir une mutuelle &#224; chaque salari&#233; institu&#233;e en janvier 2016, le statut des Travailleurs &#224; domicile (TAD) est devenu probl&#233;matique pour les patrons de l'&#233;dition, car ils se sont demand&#233; que faire des TAD en CDI qui travaillent tr&#232;s peu. Ceux-ci leur auraient co&#251;t&#233; de l'argent avec la part patronale obligatoire qu'ils doivent payer pour la mutuelle. Le SNE (Syndicat national de l'&#233;dition &#8211; les patrons de l'&#233;dition) a donc cherch&#233; &#224; cr&#233;er une &#171; cat&#233;gorie objective &#187; de salari&#233;s aupr&#232;s de la S&#233;curit&#233; sociale, c'est-&#224;-dire un statut sp&#233;cial pour nous extraire du r&#233;gime des mutuelles et l&#233;galiser un r&#233;gime &#224; part. Heureusement, les syndicats ont refus&#233; la proposition, et la S&#233;cu n'a tout simplement pas r&#233;pondu. Mais cela a permis de reparler en r&#233;union mixte paritaire du statut des TAD, qui &#233;taient jusque-l&#224; plut&#244;t mis de c&#244;t&#233; par les syndicats. Depuis, une TAD syndiqu&#233;e assiste &#224; ces r&#233;unions, ce qui permet d'aborder les questions nous concernant. Cette repr&#233;sentante syndicale a ensuite d&#233;cid&#233; de r&#233;unir des correcteurs TAD pour discuter point par point des termes de l'annexe IV de la Convention collective de l'&#233;dition &#224; laquelle nous sommes rattach&#233;s. Parall&#232;lement, les syndicats se r&#233;unissaient aussi pour faire leurs propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc organis&#233; des r&#233;unions entre correcteurs, sans que personne ne soit juriste, pour d&#233;cortiquer les choses et voir ce qu'on pouvait changer dans nos conditions de travail. TAD, c'est une position particuli&#232;re, car travailler chez soi offre une grande libert&#233;, mais on doit la n&#233;gocier contre une grande pr&#233;carit&#233;. C'est un m&#233;tier dans lequel les gens peuvent travailler ensemble &#224; distance sans jamais se croiser pour un caf&#233; ou une r&#233;union de travail en chair et en os. Nous rencontrer et partager nos exp&#233;riences a permis d'&#233;tablir une s&#233;rie de propositions pour la r&#233;vision de l'annexe IV aupr&#232;s du SNE, qui nous a r&#233;pondu que le statut devait &#171; &lt;i&gt; rester attractif pour tout le monde&lt;/i&gt; &#187;. Sous-entendu pour les patrons, car o&#249; est l'attractivit&#233; pour nous ? Cette r&#233;ponse nous ayant passablement &#233;nerv&#233;s, nous avons lanc&#233; une p&#233;tition en ligne pour faire conna&#238;tre nos probl&#233;matiques et avoir du soutien ext&#233;rieur. Le fait que le mouvement social contre la Loi travail soit actif &#224; ce moment-l&#224; a s&#251;rement aid&#233; &#224; la visibilit&#233; de notre lutte, puisque ce ne sont pas seulement des gens du milieu de l'&#233;dition qui ont sign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les conditions de travail d'un correcteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, cela fait une dizaine d'ann&#233;es que je suis correctrice. Comme beaucoup de mes coll&#232;gues, j'ai longtemps &#233;t&#233; pay&#233;e en droits d'auteur. Les &#233;diteurs utilisaient tr&#232;s largement ce mode de paiement &#8211; en toute ill&#233;galit&#233;, puisque nous ne sommes pas auteurs &#8211;, car &#231;a leur permet de ne pas payer de charges. Aujourd'hui, les patrons de l'&#233;dition ont de plus en plus recours au statut d'autoentrepreneur, qui leur permet de ne pas salarier leurs employ&#233;s, tout en &#233;tant relativement conformes au droit du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me demeure : m&#234;me en &#233;tant salari&#233;, comme c'est mon cas, en TAD, nous avons un statut tr&#232;s pr&#233;caire. Je n'ai pas de contrat de travail, je suis en CDI de fait, car je travaille depuis longtemps avec le m&#234;me employeur. Nous sommes tous tr&#232;s &#233;clat&#233;s, tr&#232;s peu au courant de nos droits, et j'ai pour ma part appris par hasard que j'&#233;tais en CDI. Il n'y a donc aucune clause sp&#233;cifique dans mon emploi, aucune n&#233;gociation pr&#233;alable, aucun document sign&#233;. L'annexe IV nous garantit un statut de salariat, avec les avantages li&#233;s au Comit&#233; d'entreprise, et une mutuelle largement prise en charge par l'employeur dans la maison pour laquelle je travaille, ce qui n'est par exemple pas le cas d'un autoentrepreneur qui doit se d&#233;brouiller seul pour les soins. Cependant, l'annexe IV ne nous garantit pas le nombre d'heures travaill&#233;es dans le mois. Nous sommes donc en CDI, mais sans assurance d'un salaire en fin de mois, car nous sommes pay&#233;s &#224; la t&#226;che, c'est-&#224;-dire au nombre de signes relus.
Notre revendication principale &#8211; mais il y en a bien d'autres &#8211; porte donc sur ce syst&#232;me de paiement al&#233;atoire, et nous aimerions qu'&#224; partir d'un calcul des heures travaill&#233;es &#224; l'ann&#233;e, le salaire soit liss&#233;. Avoir un revenu minimum garanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on ne sait jamais d'un mois &#224; l'autre ce qu'on va gagner. Il arrive donc qu'en milieu de mois, on se retrouve &#224; courir apr&#232;s les boulots pour payer son loyer, car on voit que l'entreprise ne va pas nous donner assez de boulot cette fois-ci.
Cela dit, ce statut est comme un privil&#232;ge par rapport &#224; celui d'autoentrepreneur (AE), car on peut alors se faire &#233;jecter du jour au lendemain sans pr&#233;avis. C'est du salariat d&#233;guis&#233; : le travail est le m&#234;me que pour un salari&#233; en CDI en TAD, les deux n'ont aucune garantie de retravailler d'un livre &#224; l'autre, mais le TAD est plus prot&#233;g&#233; en cas de licenciement effectif. Pour l'AE, la question n'est m&#234;me pas celle d'&#234;tre vir&#233; ou pas, puisqu'il n'est jamais vraiment engag&#233;, mais de continuer &#224; &#234;tre r&#233;-engag&#233; d'un boulot &#224; l'autre. Ce qui impose bien s&#251;r une grande docilit&#233; dans l'ex&#233;cution des t&#226;ches demand&#233;es par l'employeur. Et cela met aussi la pression aux travailleurs en CDI, car si on rechigne &#224; faire quelque chose, l'employeur peut trouver un AE pour s'en charger, et le boulot nous file sous le nez. Or le recours aux AE est de plus en plus fr&#233;quent. Dans notre collectif, certains ont le double statut : TAD et AE pour pouvoir travailler les mois o&#249; l'employeur principal ne donne pas assez de boulot. Malheureusement, nous avons du mal &#224; f&#233;d&#233;rer une population &#233;clat&#233;e, habitu&#233;e &#224; devoir dire oui &#224; tout pour pouvoir gagner sa vie, pas du tout habitu&#233;e au collectif du fait m&#234;me de notre statut de travailleur &#224; domicile. Et dans tout &#231;a, personne ne peut vraiment faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le travail en lui-m&#234;me change-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est devenu plus rapide pour r&#233;duire les co&#251;ts humains avec des d&#233;lais sans cesse plus serr&#233;s, et moins bien structur&#233;. Il n'y a par exemple qu'un seul passage de correction sur les livres, alors qu'avant il y en avait deux &#8211; ou bien, on fait l'impasse sur la pr&#233;paration de copie&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pr&#233;paration de copie consiste non seulement &#224; corriger orthographe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, et le correcteur se retrouve &#224; faire deux boulots en un. On nous demande souvent de bosser pour les jours f&#233;ri&#233;s ou les week-ends sans augmentation de taux horaire. C'est un travail en montagnes russes, avec des p&#233;riodes de ch&#244;mage technique impos&#233; et de grands coups d'acc&#233;l&#233;ration tr&#232;s stressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boulot du pr&#233;parateur, comme celui du correcteur, demande un niveau de qualification assez &#233;lev&#233;, il faut v&#233;rifier les sources, parfois r&#233;&#233;crire des passages en s'adaptant au style et &#224; l'univers de l'auteur, avoir une culture g&#233;n&#233;rale extr&#234;mement vaste pour pointer les incoh&#233;rences techniques ou culturelles. &#202;tre en mesure de faire des allers-retours avec l'auteur tout en restant cordial et judicieux dans les &#233;changes. On a aussi pris une partie du boulot du maquettiste, en pr&#233;parant les feuilles de style de sa composition. Bref, avec le m&#234;me salaire, plut&#244;t bas et sans augmentation, on a une feuille de mission qui ne cesse de s'allonger, et il nous faut garder l'esprit ouvert en permanence. Or la pr&#233;carit&#233;, &#231;a ne lib&#232;re pas l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous travaillez dans une grande maison d'&#233;dition de gauche, cela facilite les rapports avec l'employeur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maisons d'&#233;dition, m&#234;me si leur politique &#233;ditoriale est orient&#233;e &#224; gauche, appartiennent souvent &#224; des groupes, et sont fatalement prises dans des logiques d'entreprise, avec des actionnaires, qui rattrapent bien vite leurs grands id&#233;aux affich&#233;s. Les petites maisons ind&#233;pendantes, souvent par manque de fonds, ont recours &#224; des AE (ou &#224; du droit d'auteur), mais comment peut-on &#234;tre militant et pr&#233;cariser ceux qui travaillent pour vous, appliquer la politique salariale la plus lib&#233;rale et favoriser l'exploitation ? On peut faire tous les beaux discours qu'on veut, la politique est finalement la m&#234;me partout : travailler plus pour gagner moins. Et cette r&#232;gle est en vigueur dans les maisons qui publient les livres les plus critiques du syst&#232;me et les plus r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment envisagez-vous la continuation de votre collectif et de votre lutte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait un avenant &#224; l'annexe IV, mais ce que le SNE s'est pour l'instant content&#233; de proposer, c'est un rappel des bonnes pratiques. Bref, quelque chose qui ne sera jamais appliqu&#233;. Du coup, on ne va pas l&#226;cher, et on pr&#233;pare des rassemblements et des journ&#233;es d'action d&#232;s septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://correcteurs.wesign.it/fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Signer la p&#233;tition !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 451&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; L'Appel des 451 publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en septembre 2012, ce groupe a men&#233; plusieurs enqu&#234;tes sur l'&#233;conomie du livre, et organis&#233; des rencontres en France, en Espagne ou en Italie visant &#224; r&#233;unir des travailleur/euses des diff&#233;rents m&#233;tiers de la cha&#238;ne. Le texte &lt;i&gt;La querelle des modernes et des modernes&lt;/i&gt; permet notamment de mieux comprendre le livre comme une marchandise prise dans l'&#233;conomie lib&#233;rale contemporaine, et donne des pistes de lutte. L'id&#233;e principale est de ne pas s&#233;parer l'&#233;dition critique de l'agir r&#233;volutionnaire : publier de belles id&#233;es peut s'accompagner de pratiques coh&#233;rentes. Les 451 (temp&#233;rature &#224; laquelle br&#251;lent les livres dans le roman de science-fiction &lt;i&gt;Farenheit 451&lt;/i&gt; de Bradbury) sont en sommeil depuis mars 2014. Jusqu'au grand incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes disponibles &lt;a href=&#034;https://les451.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pr&#233;paration de copie consiste non seulement &#224; corriger orthographe, grammaire, syntaxe, mais &#233;galement &#224; v&#233;rifier les faits &#233;nonc&#233;s, &#224; contr&#244;ler la logique du texte, ou encore &#224; s'assurer de l'unit&#233; dans les noms propres. Dans cette phase, le correcteur est souvent amen&#233; &#224; proposer des reformulations. La correction est l'&#233;tape d'apr&#232;s : traque des coquilles et probl&#232;mes de typographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;carit&#233; : Une col&#232;re &#224; contenir ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Precarite-Une-colere-a-contenir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Precarite-Une-colere-a-contenir</guid>
		<dc:date>2015-02-09T03:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Thumann</dc:creator>


		<dc:subject>Malika Moine</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>L'ADJ</dc:subject>
		<dc:subject>C'est vivant</dc:subject>
		<dc:subject>C'est dur</dc:subject>
		<dc:subject>coll&#232;gue</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mardi 9&#8200;d&#233;cembre, 7&#8200;h&#8200;15, &#231;a caille s&#233;v&#232;re &#224; Marseille. Devant le portail de l'Accueil de jour Marceau (ADJ), pr&#232;s de la Porte d'Aix, une petite foule de &#171; sans &#187;&#8200;&#8211;&#8200;sans-abri, sans-emploi, sans-S&#233;cu, sans-papiers, sans-famille, etc.&#8200;&#8211;&#8200;attend patiemment l'ouverture de la grille. &#171; Certains ont dormi dehors, d'autres &#233;taient &#224; la Madrague, un foyer d'urgence qui ferme &#224; 7 h 30. Le froid commence &#224; g&#233;n&#233;rer des tensions &#187;, s'inqui&#232;te Juliette, monitrice &#233;ducatrice, en avalant cul sec un (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no128-janvier-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;128 (janvier 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Malika-Moine" rel="tag"&gt;Malika Moine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-ADJ" rel="tag"&gt;L'ADJ&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est-vivant" rel="tag"&gt;C'est vivant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est-dur" rel="tag"&gt;C'est dur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collegue" rel="tag"&gt;coll&#232;gue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mardi 9&#8200;d&#233;cembre, 7&#8200;h&#8200;15, &#231;a caille s&#233;v&#232;re &#224; Marseille. Devant le portail de l'Accueil de jour Marceau (ADJ), pr&#232;s de la Porte d'Aix, une petite foule de &#171; sans &#187;&#8200;&#8211;&#8200;sans-abri, sans-emploi, sans-S&#233;cu, sans-papiers, sans-famille, etc.&#8200;&#8211;&#8200;attend patiemment l'ouverture de la grille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Certains ont dormi dehors, d'autres &#233;taient &#224; la Madrague, un foyer d'urgence qui ferme &#224; 7 h 30. Le froid commence &#224; g&#233;n&#233;rer des tensions&lt;/i&gt; &#187;, s'inqui&#232;te Juliette&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les pr&#233;noms de cet article ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, monitrice &#233;ducatrice, en avalant cul sec un gobelet de caf&#233; avant l'ouverture des portes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/p03-malika-accueil-de-jour-porte-d_aix-6f440.jpg?1779603815' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Malika Moine.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rapidement, le hall d'accueil est envahi. Quelques hommes r&#226;lent, d'autres ont encore les yeux &#224; moiti&#233; r&#233;veill&#233;s. Quand on me pr&#233;sente comme journaliste, des appr&#233;hensions bien l&#233;gitimes fusent : &#171; &lt;i&gt;Elle va nous envoyer aux Baumettes si on lui parle !&lt;/i&gt; &#187;. Je me faufile vers un ancien, bonnet viss&#233; sur le cr&#226;ne, les yeux bleus ravageurs. &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes bien souriante. Si j'avais 20&#8200;ans, je vous &#233;pouserais. Mais je n'ai que 19 ans et demi&lt;/i&gt; &#187;, blague Joseph, de passage pour r&#233;cup&#233;rer son courrier. On papote de ses gal&#232;res, &#171; &lt;i&gt; choisies&lt;/i&gt; &#187;, apr&#232;s une carri&#232;re dans l'arm&#233;e. Il m'offre une m&#233;daille du r&#233;giment du 5e Pacifique. &#171; &lt;i&gt;Dans quelques ann&#233;es, elle vaudra 20 000 euros&lt;/i&gt; &#187;, chuchote-t-il l'air taquin. Je refuse poliment, mais il me r&#233;torque : &#171; &lt;i&gt;Si tu n'acceptes pas mon cadeau, je ne lis pas ton journal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s du radiateur, Benjamin, 44 ans, v&#234;tu d'un sweat du groupe de m&#233;tal Carcass, a envie de bavarder. &#171; &lt;i&gt;Je suis une pipelette. Je les saoule tous, j'te pr&#233;viens. Je suis moiti&#233; corse, moiti&#233; italien, d'un c&#244;t&#233; je suis un gros macho, de l'autre un gros brancheur&lt;/i&gt; &#187;, annonce-t-il sans chichis. SDF depuis 2007, cet ancien cuistot qui ne boit ni ne fume, est tomb&#233; trois fois pour stup&#233;fiants. Sa derni&#232;re peine de prison, 24&#8200;mois, il l'a finie cet &#233;t&#233;. L&#226;ch&#233; par une famille d&#233;cim&#233;e, il a repris le chemin des foyers d'urgence, de l'ADJ, de la d&#233;brouille. &#171; &lt;i&gt;J'ai pass&#233; mon dipl&#244;me de cariste niveau 3 en prison, j'esp&#232;re trouver du boulot dans cette branche. Je ne veux pas rester les bras crois&#233;s. Tu trouves que j'ai la p&#234;che ? Ben oui, les m&#233;talleux, c'est pas des mecs mous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'&#233;clipse pour aller de l'autre c&#244;t&#233; du miroir, vers l'&#233;quipe des employ&#233;s de l'ADJ. Entre deux rendez-vous, &#201;milie, l'assistante sociale, m'explique son boulot : &#171; &lt;i&gt; Il faut souvent repartir de z&#233;ro parce qu'ils perdent leurs papiers ou se les font voler. Il y a aussi la barri&#232;re de la langue.&lt;/i&gt; &#187; Et la S&#233;cu, P&#244;le emploi, tout &#231;a, ils ne sont pas un peu plus tol&#233;rants avec eux ? &#171; &lt;i&gt;Non, c'est la m&#234;me merde pour tout le monde.&lt;/i&gt; &#187;, tranche-t-elle. &#201;liane, monitrice &#233;ducatrice, m'invite &#224; passer dans la salle d'&#224; c&#244;t&#233; pour le &#171; &lt;i&gt;rituel du 115&lt;/i&gt; &#187;, le num&#233;ro d'appel pour trouver des places d'h&#233;bergement. Elle semble contrari&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Il y a un gars, il s'est lev&#233; &#224; 4&#8200;h du matin pour &#234;tre ici &#224; 7&#8200;h. Et il n'a pas de rendez-vous. Il a pourtant fait tout ce qu'il fallait. On manque cruellement de structures comme la n&#244;tre&lt;/i&gt; &#187;, regrette-t-elle. Chaque jour, entre 150 et 200&#8200;personnes passent par le petit local de l'ADJ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clara, une coll&#232;gue, d&#233;croche le t&#233;l&#233;phone. Elle a quatre demandes de nuit au chaud &#224; satisfaire. Il est 8 h&#8200;45. Sa partenaire du 115 l'informe qu'il ne reste que trois places. Ce sera donc la loterie. Lui on le prend, lui non. Et apr&#232;s, c'est elle qui se fade l'annonce de la nouvelle aux personnes concern&#233;es. &#171; &lt;i&gt;C'est impressionnant le nombre de gens qui dorment dehors en ce moment&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore &#201;liane. &#171; &lt;i&gt; Eh oui, le foyer Forbin est complet, il n'y a plus que la Madrague et ses 300&#8200;places&lt;/i&gt; &#187;, compl&#232;te sa coll&#232;gue, &#233;c&#339;ur&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Cette impuissance, cet abandon des politiques publiques, faut voir la rage que &#231;a peut d&#233;clencher&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Clara qui, ce soir, ira sans doute boire des coups pour d&#233;compresser. &#171; &lt;i&gt;On va tous finir alcooliques ou sportifs extr&#234;mes &#224; l'ADJ !&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-elle en plaisantant. Sa coll&#232;gue Juliette a trouv&#233; la guitare comme refuge apr&#232;s le boulot. &#171; &lt;i&gt;Il est tellement dur, notre m&#233;tier, qu'on a besoin de prendre du recul, de couper. Des fois je mens sur mon travail, quand je n'ai pas envie que ce soit l'objet de discussion d'une soir&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Peu reconnus en termes de salaire ou m&#234;me socialement, les moniteurs &#233;ducateurs se concentrent sur l'essentiel : leur relation avec un public extr&#234;mement vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour dans la salle. Un jeune dort le dos recroquevill&#233; sur la table. Il a gard&#233; son sac qui semble l'&#233;craser. Dans un coin, une bande de messieurs chaleureux m'invitent dans leur conciliabule. &#171; &lt;i&gt;Nourris, log&#233;s, hamdoulilah ! On ne se plaint pas&lt;/i&gt; &#187;, lance tout sourire, Yahia, un Marseillais d'origine alg&#233;rienne. Son comp&#232;re oranais Lakhdar, sans-papiers, en rajoute : &#171; &lt;i&gt;Les gens qui travaillent ici sont serviables et accueillants. C'est tr&#232;s bien. Il manque juste de place. Ici, c'est mieux que rester dehors. On est tranquilles au chaud, on passe le temps.&lt;/i&gt; &#187; Vivant avec son fils pr&#232;s du Vieux-Port, Lakhdar touche 35&#8200;euros par mois de la Caf, pour un loyer de 460&#8200;euros. Mais son plus gros souci, c'est de ne pas avoir la carte Vitale. &#171; &lt;i&gt;J'ai une pension pour accident de travail. Mais j'ai des probl&#232;mes avec la S&#233;cu. Ils ne veulent pas me la donner, je ne sais pas pourquoi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis pr&#232;s de la biblioth&#232;que, Meliani Jamal, 40&#8200;ans, m'interpelle aussi sur la sant&#233;. Lui a les deux jambes paralys&#233;es, des proth&#232;ses. &#171; &lt;i&gt;C'est de naissance. Je suis pauvre. Quand mes parents adoptifs sont morts en Alg&#233;rie, je suis venu en France en me disant, c'est le pays des droits de l'homme. Ils vont me soigner. Mais j'attends depuis sept ans des papiers. Et je suis handicap&#233;. C'est dur, dur, beaucoup.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les t&#233;moignages de d&#233;tresse de ce type sont l&#233;gions &#224; l'ADJ. L'ambiance n'y est pourtant pas pesante, en tout cas pas ce mardi matin de d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;C'est difficile, bien s&#251;r, mais il faut voir ce qu'on partage avec ces hommes et ces femmes. On peut parler de culture, de politique, de la vie. C'est tr&#232;s riche&lt;/i&gt; &#187;, souligne Juliette, qui parle arabe avec un accueilli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vrai que ce n'est pas glauque, contrairement &#224; ce qu'on pourrait imaginer. C'est vivant, plein d'humanit&#233;s &#233;corch&#233;es, ravag&#233;es, d&#233;boussol&#233;es, mais rassembl&#233;es autour d'une table ou du comptoir. Joseph, le papi accueillant du d&#233;but, a parcouru &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Dis-donc, il est bien politique ton canard. Tu peux me donner une d&#233;finition de la politique ?&lt;/i&gt; &#187; Flairant la question pi&#232;ge, je me d&#233;bine avec une phrase sans grand int&#233;r&#234;t. Il r&#233;agit : &#171; &lt;i&gt;Archi faux ! La politique, c'est un chantage exerc&#233; par l'impr&#233;vu sur les imb&#233;ciles. Quand vous allez voter, c'est comme si vous mangiez une bo&#238;te de haricots. Vous ne savez jamais lequel va vous faire p&#233;ter. Haha !&lt;/i&gt; &#187; Tout le monde se poile. Il conclut, revissant son bonnet sur le chef :&#8200;&#171; &lt;i&gt;C'est&#8200;pas beau ? C'est de moi ! &lt;/i&gt; &#187; On a envie d'applaudir, de lui tendre un micro, de l'embarquer dans une manif pour qu'il la hurle, sa vision de la politique. On se dit que tous, l&#224;, s'ils avaient de l'&#233;nergie &#224; mettre dans autre chose que dans la survie, ils en auraient, des messages &#224; faire entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant Malika, coll&#232;gue dessinatrice qui croque tranquillement l'ambiance de l'ADJ, s'installe un quadrag&#233;naire avec &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. A sa mani&#232;re d'ouvrir le journal, on sent qu'il le conna&#238;t. Je m'approche et lui demande s'il l'a d&#233;j&#224; lu. &#171; &lt;i&gt;Et comment ! Je suis m&#234;me venu le plier quelques fois, il y a des ann&#233;es de &#231;a&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A cette &#233;poque, votre journal &#233;tait pli&#233; par des copains et des copines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Je connais bien aussi &lt;a href=&#034;http://www.millebabords.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mille B&#226;bords&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ils ont une biblioth&#232;que formidable.&lt;/i&gt; &#187; Mais que fait-il ici, cet ancien b&#233;n&#233;vole ? &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais charg&#233; de production culturelle pendant plus de dix ans. J'ai perdu mon boulot. J'ai eu une rupture familiale. Un accident de la route dramatique. J'ai commenc&#233; &#224; encha&#238;ner des sous-locations, la vie dans les squats. Et puis un jour, je me suis retrouv&#233; &#224; la rue. Pendant six mois. J'ai dormi sous des voitures, dans des terrains vagues, sous les cages d'escalier ou dans les greniers.&lt;/i&gt; &#187; Actuellement en train de remonter la pente, Fran&#231;ois s'est vu attribuer un T1 en HLM. Soutenu par une allocation adulte handicap&#233;, il compte malgr&#233; tout chercher du boulot. &#171; &lt;i&gt;C'est quelque chose qui peut arriver &#224; tout le monde, de devenir SDF&lt;/i&gt; &#187;, conclut simplement Juliette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de sa journ&#233;e de boulot, &#201;liane s'interroge &#224; voix haute : &#171; &lt;i&gt; Parfois, j'ai l'impression d'&#234;tre le dernier rempart de la paix sociale. Je ne sais pas toujours si ce que je fais a du sens, si on est l&#224; pour aider ou pour contenir une col&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les pr&#233;noms de cet article ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A cette &#233;poque, votre journal &#233;tait pli&#233; par des copains et des copines b&#233;n&#233;voles tous les mois, dans notre local, puis exp&#233;di&#233; par nos soins. Avec le &#034;succ&#232;s&#034;, cette tache est devenue bien trop lourde. Note du webmaster.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>SOS m&#233;decins du travail</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/SOS-medecins-du-travail</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/SOS-medecins-du-travail</guid>
		<dc:date>2012-11-26T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Fritz Kahn</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>salari&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>lieux</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;decin</dc:subject>
		<dc:subject>tenir</dc:subject>
		<dc:subject>essaie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans chaque usine, on essaie de se garder quelques &#238;lots pour tenir. Ce sont les vestiaires, les fumoirs, les r&#233;fectoires&#8230; Des lieux o&#249; l'encadrement se pointe tr&#232;s rarement, sous peine de se faire envoyer balader. Il y a aussi d'autres lieux, plus institu&#233;s, comme les locaux du comit&#233; d'&#233;tablissement ou, lorsque c'est possible, les locaux syndicaux. Ce sont des lieux presque hors du temps de l'exploitation, et l'on s'y attarde en fonction des rapports qu'on entretient avec la hi&#233;rarchie ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no104-octobre-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;104 (octobre 2012)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fritz-Kahn" rel="tag"&gt;Fritz Kahn&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/salaries" rel="tag"&gt;salari&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lieux" rel="tag"&gt;lieux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/medecin" rel="tag"&gt;m&#233;decin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tenir" rel="tag"&gt;tenir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/essaie" rel="tag"&gt;essaie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH797/104kahn-599c4.jpg?1779604467' width='400' height='797' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Fritz Kahn
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque usine, on essaie de se garder quelques &#238;lots pour tenir. Ce sont les vestiaires, les fumoirs, les r&#233;fectoires&#8230; Des lieux o&#249; l'encadrement se pointe tr&#232;s rarement, sous peine de se faire envoyer balader. Il y a aussi d'autres lieux, plus institu&#233;s, comme les locaux du comit&#233; d'&#233;tablissement ou, lorsque c'est possible, les locaux syndicaux. Ce sont des lieux presque hors du temps de l'exploitation, et l'on s'y attarde en fonction des rapports qu'on entretient avec la hi&#233;rarchie ou avec le boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste un autre lieu de plus en plus fr&#233;quent&#233; par les coll&#232;gues, c'est l'infirmerie. D'autant plus lorsque l'infirmi&#232;re a tendance &#224; consid&#233;rer le personnel, majoritairement masculin, comme ses enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant un lieu qui se r&#233;tr&#233;cit, car il repr&#233;sente souvent un co&#251;t et parfois un contre-pouvoir dont les patrons voudraient se passer. Depuis des ann&#233;es, la m&#233;decine du travail est attaqu&#233;e par le Medef. Les visites m&#233;dicales sont espac&#233;es et il existe m&#234;me des entreprises o&#249; les salari&#233;s n'ont qu'une visite m&#233;dicale d'embauche. Les postes de m&#233;decins du travail, quant &#224; eux, se r&#233;duisent, ou sont occup&#233;s par des m&#233;decins int&#233;rimaires qui ne connaissent pas toujours tous les tenants et aboutissants de l'usine, les produits utilis&#233;s, les &#233;missions nocives, les rythmes de travail, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, vu les risques chimiques et industriels, la pr&#233;sence d'un m&#233;decin et d'une infirmi&#232;re est obligatoire. Quand je suis rentr&#233; dans la bo&#238;te, le m&#233;decin &#233;tait un ancien militaire en retraite avec tout ce que cela comporte. En plus, &#224; chaque visite il nous citait un morceau de la Bible ou des &#233;vangiles (si, si). Ensuite on a eu une femme, fille d'un directeur r&#233;put&#233; d'un secteur psychiatrique de la r&#233;gion. Elle ne faisait ce boulot que &lt;i&gt;&#171; pour son argent de poche &#187;&lt;/i&gt;, comme elle disait. Elle avait &#233;galement la haine des prolos qui, pour elle, &#233;taient tous des alcooliques. Du coup, pour supprimer ce vilain vice, elle a fait installer des distributeurs de sirop de menthe et de grenadine partout (ce qui a permis &#224; certains de se concocter quelques savoureux m&#233;langes &#224; l'heure de l'ap&#233;ro).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on a eu droit &#224; un vrai militant. Faut dire qu'&#234;tre m&#233;decin du travail peut se rapprocher d'un v&#233;ritable sacerdoce : une paye moindre et une position, entre le patron et les salari&#233;s, pas toujours simple &#224; n&#233;gocier. N'emp&#234;che qu'en travaillant avec les &#233;lus au CHS-CT, il a pu mettre en place des protocoles, monter des dossiers pour des salari&#233;s ayant c&#244;toy&#233; l'amiante, parler de la souffrance au travail, etc. Il a &#233;t&#233; un appui important pour les syndicats lorsque ceux-ci ont voulu interdire l'emploi de certains produits canc&#233;rig&#232;nes. Il a fait son boulot, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va sans dire que lorsqu'il y a eu le plan de restructuration et que l'effectif est pass&#233; &#224; moins de 500, ce m&#233;decin a d&#251; trouver une autre usine pour emmerder un autre patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes retrouv&#233;s alors avec une m&#233;decin &#224; mi-temps venant d'une entreprise sous-traitante. Issue d'un milieu qu'on dira &#171; favoris&#233; &#187;, elle s'est d'abord montr&#233;e plut&#244;t timor&#233;e en suivant &#224; la lettre les directives patronales (son entreprise d&#233;pend directement du Medef). Mais, t&#233;moin de nos conditions de travail, elle a fini par changer de camp. Ce qu'elle me dit c'est que plus &#231;a va et plus les gens viennent se plaindre de leur travail. Mais ce qui l'horripile particuli&#232;rement, ph&#233;nom&#232;ne qui s'est accentu&#233; depuis l'annonce du report de l'&#226;ge de la retraite, c'est le nombre de &lt;i&gt;&#171; s&#233;niors dans l'usine &#187;&lt;/i&gt; (comme elle dit), qu'elle doit d&#233;clarer inaptes au travail de nuit, ou &#224; d'autres travaux particuli&#232;rement physiques. &lt;i&gt;&#171; Je suis aussi choqu&#233;e par le nombre de cancers, d'hypertensions, de maladies musculo-squelettiques, et autres. Il me semble que la maladie a remplac&#233; la bagarre. Avant les salari&#233;s s'engueulaient avec leurs chefs et &#231;a allait mieux apr&#232;s. Maintenant les gens courbent le dos, subissent et du coup c'est le corps qui prend. &#187;&lt;/i&gt; Elle sourit et, sachant &#224; qui elle s'adresse, elle ajoute : &lt;i&gt;&#171; Il me semble qu'avant, il y avait plus souvent des gr&#232;ves aussi. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le chom' d&#251;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-chom-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Le-chom-du</guid>
		<dc:date>2011-02-25T09:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ra&#250;l Guill&#233;n</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>C'&#233;tait</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>Charles</dc:subject>
		<dc:subject>bureau</dc:subject>
		<dc:subject>raconte Charles</dc:subject>
		<dc:subject>rencontre Antoine</dc:subject>
		<dc:subject>peinard</dc:subject>
		<dc:subject>raconte</dc:subject>
		<dc:subject>poser souci</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ing&#233;nieur en hydraulique et m&#233;canique, Charles s'&#233;panouit aujourd'hui derri&#232;re le comptoir d'une cantine-&#233;picerie-librairie &#224; Grenoble, bien content d'avoir laiss&#233; tomber son CDI chez Siemens. T&#233;moignage d'un ch&#244;meur heureux &#8211; et indemnis&#233; ! &#8211; en ces temps de souffrance au travail. &#171; &#171; Mon boulot, c'&#233;tait plut&#244;t peinard &#187;, raconte Charles. J'&#233;tais &#224; dix minutes &#224; v&#233;lo de chez moi, le taf &#233;tait plut&#244;t int&#233;ressant, mes coll&#232;gues plut&#244;t sympathiques, la cantine pas trop d&#233;gueulasse et, quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no82-octobre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;82 (octobre 2010)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ma-cabane-pas-au-Canada" rel="tag"&gt;Ma cabane pas au Canada&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charles" rel="tag"&gt;Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bureau" rel="tag"&gt;bureau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/raconte-Charles" rel="tag"&gt;raconte Charles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rencontre-Antoine" rel="tag"&gt;rencontre Antoine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/peinard" rel="tag"&gt;peinard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/raconte" rel="tag"&gt;raconte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/poser-souci" rel="tag"&gt;poser souci&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ing&#233;nieur en hydraulique et m&#233;canique, Charles s'&#233;panouit aujourd'hui derri&#232;re le comptoir d'une cantine-&#233;picerie-librairie &#224; Grenoble, bien content d'avoir laiss&#233; tomber son CDI chez Siemens. T&#233;moignage d'un ch&#244;meur heureux &#8211; et indemnis&#233; ! &#8211; en ces temps de souffrance au travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#171; Mon boulot, c'&#233;tait plut&#244;t peinard &#187;, raconte Charles. &lt;i&gt;J'&#233;tais &#224; dix minutes &#224; v&#233;lo de chez moi, le taf &#233;tait plut&#244;t int&#233;ressant, mes coll&#232;gues plut&#244;t sympathiques, la cantine pas trop d&#233;gueulasse et, quand t'as 28 ans et que tu touches 1 800 euros par mois, la vie est plut&#244;t chouette. &#187;&lt;/i&gt; Pour autant, il ne laisse pas son cerveau au vestiaire apr&#232;s le boulot, et certains sujets &#8211; le nucl&#233;aire, les nanotechnologies&#8230; &#8211; commencent &#224; lui poser souci. Il rencontre Antoine, bac plus huit en micro-&#233;lectronique et auteur du texte &#171; Pourquoi j'ai quitt&#233; le CEA &#187;, qui a tout bazard&#233; pour monter l'&#233;picerie qu'ils cog&#232;rent actuellement. &lt;i&gt;&#171; &#192; force, &#231;a devenait un peu schizophr&#233;nique, je me retrouvais &#224; differ des tracs contre le r&#233;acteur EPR le week-end et &#224; en dessiner les pi&#232;ces la semaine. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution ? La d&#233;mission ! Mais Charles pr&#233;f&#232;rerait bidouiller une sortie permettant de toucher des indemnit&#233;s ch&#244;mage, lesquelles seraient imm&#233;diatement r&#233;investies dans sa nouvelle activit&#233;. Il met donc son chef au parfum de ses projets, plut&#244;t confiant puisqu'&lt;i&gt;&#171; ils arrivent &#224; licencier 3 000 personnes qui ne demandent rien,alors une personne qui le demande, ils vont bien r&#233;ussir ! &lt;/i&gt; &#187; Mais non, la bo&#238;te fait la sourde oreille et laisse tra&#238;ner le dossier. Charles d&#233;laisse alors peu &#224; peu ses t&#226;ches, et sa hi&#233;rarchie, pensant sa d&#233;mission prochaine, lui en confie de moins en moins. Jusqu'&#224; le mettre au placard&#8230; Exc&#233;d&#233;, le DRH du site finit par le convoquer dans son bureau. Il commence par lui faire la morale, &lt;i&gt;&#171; mais l&#224;,je me rappelle, je m'en foutais, je n'avais qu'une envie : qu'il m'explique comment je pouvais faire pour me barrer. &#187;&lt;/i&gt; Tout vient &#224; point&#8230; &lt;i&gt;&#171; Il me dit qu'il ne va pas s'amuser &#224; me licencier pour de faux [de peur de se retrouver aux prud'hommes] et qu'il ne voit qu'une solution :&#8220;Vous vous en allez, vous ne revenez plus et ce sera un abandon de poste, c'est une faute grave mais pas une faute lourde, on vous licenciera et vous aurez vos indemnit&#233;s&#8221;. Je m'&#233;tais renseign&#233;, je savais que c'&#233;tait le cas. Vraiment tr&#232;s content, je me suis lev&#233; et me suis cass&#233; ! &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s quelques recommand&#233;s auxquels il ne r&#233;pond pas, il re&#231;oit enfin sa lettre de licenciement, o&#249; un proc&#232;s verbal, tr&#232;s soigneusement r&#233;dig&#233; dans l'impayable style bureaucratique, fait &#233;tat de son attitude lors de sa rencontre avec l'homme de main de la direction : &lt;i&gt;&#171; &#192; l'issue de cet entretien, vous entrez dans le bureau de M. X, votre chef, avec une attitude euphorique, en disant &#8220;&#199;a y est, je m'en vais&#8221;. Vous lui pr&#233;cisez ensuite que &#8220;C'est fini, j'arr&#234;te&#8221;et que la meilleure fa&#231;on d'arr&#234;ter de travailler, c'&#233;tait de ne plus r&#233;pondre aux lettres qui vous seraient adress&#233;es. Selon les termes de M. X, vous quitteriez son bureau enthousiaste, en le saluant,ainsi que vos coll&#232;gues. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Charles d'ajouter : &lt;i&gt;&#171; J'invite tout le monde &#224; faire de m&#234;me. Je r&#234;ve que tous ceux qui veulent en finir avec leur boulot n'y aillent tout simplement plus, qu'ils restent chez eux et se disent : on a mis de l'argent de c&#244;t&#233;, &#231;a s'appelle pr&#233;cis&#233;ment &#8220;l'assurance ch&#244;mage&#8221;. Mais, maintenant &#8211; pas si b&#234;tes &#8211;, ils ne l'appellent plus comme &#231;a, ils l'appellent &#8220;P&#244;le emploi&#8221;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ambiance ambiance</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Ambiance-ambiance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Ambiance-ambiance</guid>
		<dc:date>2009-09-07T06:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>juin</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>jour</dc:subject>
		<dc:subject>Nord</dc:subject>
		<dc:subject>boulot</dc:subject>
		<dc:subject>plan</dc:subject>
		<dc:subject>DERNIER JOUR</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;DERNIER JOUR DE JUIN, il flotte sur l'usine un dr&#244;le de climat. Outre la chaleur &#233;touffante, c'est une ambiance particuli&#232;re qui r&#232;gne. Le nouvel atelier de fabrication d'acide nitrique (construit par des Tch&#232;ques) va d&#233;marrer dans les heures &#224; venir, avec l'habituel retard de plusieurs mois. Tous les salari&#233;s de l'usine et du groupe savent que cet atelier va entra&#238;ner des bouleversements : l'arr&#234;t de trois autres &#224; Rouen et dans le Nord ainsi que diverses restructurations. Donc, en cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no69-juillet-aout-2009" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;69 (juillet-ao&#251;t 2009)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/juin" rel="tag"&gt;juin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nord" rel="tag"&gt;Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/boulot" rel="tag"&gt;boulot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plan-6124" rel="tag"&gt;plan&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/DERNIER-JOUR" rel="tag"&gt;DERNIER JOUR&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;DERNIER JOUR DE JUIN, il flotte sur l'usine un dr&#244;le de climat. Outre la chaleur &#233;touffante, c'est une ambiance particuli&#232;re qui r&#232;gne. Le nouvel atelier de fabrication d'acide nitrique (construit par des Tch&#232;ques) va d&#233;marrer dans les heures &#224; venir, avec l'habituel retard de plusieurs mois. Tous les salari&#233;s de l'usine et du groupe savent que cet atelier va entra&#238;ner des bouleversements : l'arr&#234;t de trois autres &#224; Rouen et dans le Nord ainsi que diverses restructurations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, en cette veille de vacances, on est dans l'expectative. Il est &#233;vident qu'il va y avoir un plan de suppression d'emplois avec concentrations de services, de surveillances d'atelier et, peut-&#234;tre, fermeture du site dans le Nord. Le travail va peser davantage sur ceux qui restent en complexifiant et augmentant encore plus leurs t&#226;ches. Sur l'usine, l'activit&#233; ne va pas baisser, au contraire, mais, petit &#224; petit, tout va se trouver transf&#233;r&#233; &#224; des entreprises sous-traitantes multipliant les emplois d'int&#233;rimaires : chargement et d&#233;chargement de bateaux et de trains d'ammoniaque, maintenance m&#233;canique et &#233;lectronique et tout un tas de boulots importants et parfois risqu&#233;s. Alors que le proc&#232;s d'AZF a montr&#233; les dangers de sous-traiter (personnel pas assez form&#233; ou qui change souvent), la direction s'enfonce encore plus dans cette nouvelle organisation du travail. D'ailleurs la direction de GPN r&#234;ve de produire des engrais en n'ayant plus de salari&#233;s &#224; statut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment &#231;a joue sur l'&#233;tat d'esprit des copains. Entre r&#233;signation, attente d'un d&#233;part pr&#233;coce, calculs du nombre de d&#233;parts, etc. &#199;a discute ferme. &lt;i&gt;&#171; Est-ce que ce ne seront que ceux qui sont n&#233;s en 1953 qui partiront ? Ou 1954 ? &#187;&lt;/i&gt; On prendrait presque les paris. Si les rumeurs de plan dans l'usine reviennent cycliquement, cette fois, &#231;a semble r&#233;el. Reste &#224; savoir quand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc le climat est plut&#244;t morose. La combativit&#233; est en berne dans les divers secteurs de l'usine et les derni&#232;res journ&#233;es d'action intersyndicales foireuses n'ont pas arrang&#233; les choses. On pourrait penser que, vu la p&#233;riode estivale, tout le monde pense &#224; la plage plut&#244;t qu'au boulot, mais m&#234;me pas. D'autant que pas mal de copains ne partiront pas en vacances cet &#233;t&#233;. Bon bref, vous voyez l'ambiance qui r&#232;gne dans l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait c'est pas du tout de &#231;a que je voulais vous entretenir, mais maintenant c'est trop tard. Je voulais vous raconter que le dernier plan avait &#233;t&#233; tellement efficace qu'il y avait eu plus de d&#233;parts en pr&#233;retraite que pr&#233;vu. Il avait fallu embaucher et, pire, il a &#233;t&#233; fait appel &#224; certains pr&#233;retrait&#233;s pour qu'ils reviennent bosser. La plupart ont refus&#233; de revenir, se faisant m&#234;me un plaisir de dire merde au patron, mais il y en a quand m&#234;me trois qui ont accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est un ancien contrema&#238;tre qui &#233;tait tr&#232;s mal vu dans son service et qui a &#233;t&#233; pris pour une mission d'un an (tr&#232;s bien pay&#233;e) pour essayer de trouver un roulement unique pour les travailleurs post&#233;s du site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est un prolo des plus serviles. S'emmerdant chez lui, semble-t-il, il a accept&#233; tout de suite. Et depuis bient&#244;t six mois qu'il est l&#224;,il accumule les heures suppl&#233;mentaires. D&#232;s qu'un chef le siffle alors qu'il devrait &#234;tre de repos, il accourt. Il est devenu pire qu'avant. Lorsqu'il est dans l'atelier, il ne se m&#234;le pas aux autres, ne parle pas et reste face &#224; ses &#233;crans. Hormis le fric, on se demande pourquoi il est revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est plus probl&#233;matique. Il est revenu depuis un an et g&#232;re les entreprises sous-traitantes qui interviennent dans l'usine. Comme, avant de partir en pr&#233;retraite, il fut un militant syndicaliste (CFDT) plut&#244;t honn&#234;te et en pointe sur l'am&#233;lioration des conditions de travail, alors, bien s&#251;r, &#231;a fait jaser. Sans &#234;tre un boute-en-train, il discutait facilement et ne disait jamais non &#224; un ap&#233;ro ou &#224; un verre de ros&#233; (voire deux ou trois). Depuis qu'il est revenu, il fait juste son boulot. Il ne parle plus &#224; personne et reste dans son coin. Il ne retourne m&#234;me pas voir ses excamarades c&#233;d&#233;tistes. Le passage vers le cot&#233; obscur a d&#251; entra&#238;ner une culpabilit&#233; qu'un salaire plus important ne semble pas suffire &#224; faire dig&#233;rer. Quelle id&#233;e de revenir au boulot quand une pension suffisante permet de faire d'autres choses plus enthousiasmantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, c'est tout pour ce mois-ci, bonnes vacances et rendez-vous dans ces pages et dans les rues &#224; la rentr&#233;e (soyons fous).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
