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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; La jeunesse alg&#233;rienne a transform&#233; notre cynisme en espoir &#187;</title>
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		<dc:date>2019-04-14T12:41:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle, Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Nadjib Bouznad</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Printemps alg&#233;rien</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;cennie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec 1994 (Rivages, 2018), Adl&#232;ne Meddi exhumait le souvenir de la d&#233;cennie noire dans un thriller sentant le v&#233;cu. C'est dire si le journaliste et romancier alg&#233;rien a saisi combien le spectre des violences des ann&#233;es 1990 hante encore la m&#233;moire collective du pays. Un traumatisme qui explique la nature in&#233;dite du mouvement en cours contre le r&#233;gime. Entretien &#224; Alger, au lendemain de la manifestation du vendredi 15 mars. Quel est ton regard sur les manifestations actuelles ? &#171; Pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decennie-noire" rel="tag"&gt;d&#233;cennie noire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Printemps-algerien" rel="tag"&gt;Printemps alg&#233;rien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decennie" rel="tag"&gt;d&#233;cennie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;1994&lt;/i&gt; (Rivages, 2018), Adl&#232;ne Meddi exhumait le souvenir de la d&#233;cennie noire dans un thriller sentant le v&#233;cu. C'est dire si le journaliste et romancier alg&#233;rien a saisi combien le spectre des violences des ann&#233;es 1990 hante encore la m&#233;moire collective du pays. Un traumatisme qui explique la nature in&#233;dite du mouvement en cours contre le r&#233;gime. Entretien &#224; Alger, au lendemain de la manifestation du vendredi 15 mars.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/-1118-9567a.jpg?1768721488' width='500' height='334' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nadjib Bouznad
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est ton regard sur les manifestations actuelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour tout avouer, je pensais qu'&#224; la premi&#232;re marche du 22 f&#233;vrier il n'y aurait pas beaucoup de monde. Les Alg&#233;riens n'&#233;taient pas sortis en 2014 apr&#232;s la quatri&#232;me &#233;lection de Bouteflika. La r&#233;pression et l'achat de la paix sociale avaient compl&#232;tement neutralis&#233; la soci&#233;t&#233;. Aussi, le gouvernement jouait sur la peur en agitant le trauma de la d&#233;cennie noire et, pour celles et ceux qui n'ont pas connu ces ann&#233;es-l&#224;, les syndromes libyen et syrien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais sous-estim&#233; toute une nouvelle dynamique d'autonomie et de d&#233;sob&#233;issance civile, qui s'est exprim&#233;e avec le mouvement des ch&#244;meurs dans le Sud en 2013 ou encore lors les manifestations contre les gaz de schiste &#224; Ouargla en 2015. Une sorte d'archipel ext&#233;rieur aux structures de l'opposition classique &#8211; c'est-&#224;-dire la presse priv&#233;e, les partis et les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomisation vis-&#224;-vis de l'&#201;tat se traduit par des faits : des parents se saignent pour mettre leurs enfants dans le priv&#233;, des mosqu&#233;es refusent les pr&#234;ches officiels du gouvernement, des maisons d'&#233;dition osent sortir des livres qui peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme &#8220;dangereux&#8221;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi &#233;voquer les anciens militants communistes et trotskystes qui continuent &#224; former des jeunes et &#224; faire un travail de base. Sans parler des mouvements des femmes et des militants LGBT. M&#234;me dans la sph&#232;re islamiste, il existe des mouvements int&#233;ressants. Il y avait ainsi dans le pays un ensemble de flamm&#232;ches allum&#233;es depuis vingt ans et qui ont converg&#233; apr&#232;s ce choc de l'humiliation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'entends-tu par &#171; choc de l'humiliation &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 2014, les Alg&#233;riens pensaient que Bouteflika allait mourir. Ils se disaient : &#8220;&lt;i&gt;Il a bien servi le pays et ramen&#233; la s&#233;curit&#233;. S'il veut mourir pr&#233;sident, donnons-lui ce cadeau.&lt;/i&gt;&#8221; Il existait un large sentiment populaire d'indulgence. Mais l'annonce du cinqui&#232;me mandat a &#233;t&#233; per&#231;ue comme une humiliation insupportable. M&#234;me les pro-Bouteflika, ceux qui font partie de sa client&#232;le sociale, ou les plus &#226;g&#233;s qui ont toujours vot&#233; FLN pour &#8220;la stabilit&#233;&#8221;, se sont rebell&#233;s. En effet, les Alg&#233;riens, qui sont tr&#232;s fiers de leur image et attach&#233;s &#224; l'incarnation d'un pr&#233;sident fort, ont vu que les m&#233;dias &#233;trangers pr&#233;sentaient leur pr&#233;sident comme un vieil incontinent, faisant de Bouteflika une marque d'indignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, les cadres du FLN ou des partis proches des cercles du pouvoir ont eu des discours honteux, affirmant qu'en termes d'&#201;tat social, l'Alg&#233;rie &#233;tait plus avanc&#233;e que la Su&#232;de ou encore que Bouteflika &#233;tait en pleine possession de ses moyens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les oligarques sont devenus trop puissants : ils ont gangren&#233; tous les appareils de l'&#201;tat, les appareils s&#233;curitaires, les appareils juridiques, la primature. Les Alg&#233;riens tiennent beaucoup &#224; &#8220;l'&#201;tat papa&#8221; qui assure la redistribution de la rente. Sauf que ces oligarques corrompus ont capt&#233; tout l'argent public et fait s'effriter le mod&#232;le social alg&#233;rien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cennie noire est r&#233;guli&#232;rement brandie par le r&#233;gime pour op&#233;rer un chantage &#224; la peur et un possible retour du chaos. Pourquoi cet &#233;pouvantail n'a-t-il pas fonctionn&#233; cette fois-ci ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour la jeunesse d'aujourd'hui, l'&#201;tat n'a aucune l&#233;gitimit&#233; &#224; parler des ann&#233;es 1990 : ce ne sont pas les gouvernants et leurs enfants, alors exil&#233;s &#224; l'&#233;tranger, qui ont subi cette sale guerre, mais bien le peuple qui a pay&#233; le prix fort. Cette g&#233;n&#233;ration a par ailleurs v&#233;cu la d&#233;cennie noire par procuration. La mienne, celle des quadrag&#233;naires, est dans le m&#234;me cas vis-&#224;-vis de la guerre de lib&#233;ration. Nous n'avons pas connu les douleurs et les haines de l'&#233;poque. Mais nous avons h&#233;rit&#233; de l'id&#233;al d'&#233;mancipation et de libert&#233; de cette p&#233;riode. Les jeunes Alg&#233;riens ont la m&#234;me distance avec les ann&#233;es 1990. Ils n'ont pas connu le trauma, mais portent les le&#231;ons tir&#233;es de cette d&#233;cennie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont justement ces le&#231;ons ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'abord de toujours faire attention aux &#8220;barbus&#8221;. S'il y a eu des marches parall&#232;les, des pri&#232;res dans la rue, &#231;a ne prend pas pour le moment. Les Alg&#233;riens s'en m&#233;fient &#233;norm&#233;ment. D'autant que l'une des grandes le&#231;ons tir&#233;es des ann&#233;es 1990, c'est l'enjeu de la violence. C'est pour cela que le slogan &#8220;&lt;i&gt;Silmiya !&lt;/i&gt;&#8221; (pacifique) scand&#233; par les manifestants est tr&#232;s important. Les jeunes disent aux autres g&#233;n&#233;rations : &#8220;&lt;i&gt;N'ayez pas peur, soyez avec nous dans la rue, nous n'allons pas basculer dans la violence.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces immenses marches civiques et pacifiques sont l&#224; pour effacer le traumatisme des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et neutraliser la tentation de r&#233;pression de la part du pouvoir. Aujourd'hui encore, j'ai peur d'une instrumentalisation ou d'une provocation qui fasse d&#233;vier le mouvement. Surtout connaissant ce r&#233;gime, car il en est capable. Au tournant des ann&#233;es 1990, des &#8220;individus anonymes&#8221; &#8211; en fait des barbouzes de l'&#201;tat &#8211; fon&#231;aient dans les manifestations en voiture et tiraient dans la foule... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se transmet la m&#233;moire autour de la d&#233;cennie noire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Selon la version officielle de l'&#201;tat, les ann&#233;es 1990 ont &#233;t&#233; une &#8220;&lt;i&gt;trag&#233;die nationale&lt;/i&gt;&#8221;, une p&#233;riode de l'histoire alg&#233;rienne durant laquelle un groupe a utilis&#233; la religion &#224; des fins politiques, ce qui a men&#233; &#224; des assassinats et &#224; des attaques terroristes. L'article 46 de la &lt;i&gt;Charte pour la paix et la r&#233;conciliation nationale&lt;/i&gt; emp&#234;che toute remise en question de cette version &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il punit de trois &#224; cinq ans de prison quiconque, par &#171; ses d&#233;clarations, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Vot&#233;e en 2006, elle promeut l'amnistie pour les agents de l'&#201;tat et pour les terroristes ainsi que des indemnisations pour les familles de disparus. C'est une loi qui essaie de r&#233;parer ce qui s'est pass&#233; durant ces ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a cependant pas d'&#233;v&#233;nements officiels organis&#233;s et il existe juste un monument &#224; Alger, qui recense les journalistes assassin&#233;s. Parce que ce sont des Alg&#233;riens qui ont massacr&#233; d'autres Alg&#233;riens, la position de l'&#201;tat est de dire qu'il faut oublier assez vite cet &#233;pisode honteux de notre histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment peut-on se r&#233;approprier cette histoire, en dehors du r&#233;cit officiel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ce qui reste de ces ann&#233;es, ce sont les r&#233;cits familiaux. Pas une famille alg&#233;rienne n'a &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e. Ma propre tante, que j'ai crois&#233;e r&#233;cemment lors des manifestations du vendredi, est une victime du terrorisme. Une bombe lui a explos&#233; en plein visage lors de fun&#233;railles. Mais &#231;a reste encore assez tabou et beaucoup de jeunes disent que leurs parents ne leur parlent jamais de cette p&#233;riode. Elle est pourtant profond&#233;ment grav&#233;e dans notre inconscient collectif. Les attaques terroristes &#224; Paris ont &#233;t&#233; un vrai choc en Alg&#233;rie : elles ont r&#233;activ&#233; ce que nous avions v&#233;cu durant ces ann&#233;es de plomb. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;sc&gt;&#171; Avec la d&#233;cennie noire, c'est comme si le peuple avait l'exemple absolu de ce qu'il ne faut pas faire &#187;&lt;/sc&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir des ann&#233;es 2000, en Alg&#233;rie, il y a eu une explosion &#233;ditoriale des livres sur l'histoire de la guerre d'ind&#233;pendance. Les Alg&#233;riens ont &#233;t&#233; tellement surpris par la violence des ann&#233;es 1990 qu'ils se sont dit qu'il y avait s&#251;rement un &#233;l&#233;ment qui leur avait &#233;chapp&#233; dans leur histoire officielle, qu'ils ne se connaissaient pas assez bien. Ils sont rest&#233;s sur une grande interrogation : pourquoi tant de violence ? D'o&#249; &#231;a vient ? Il ne s'agit pas de savoir si elle est atavique. &#199;a, c'est le discours raciste et colonialiste. Mais de dire qu'il y a peut-&#234;tre des choses que nous n'avons pas r&#233;gl&#233;es entre nous et qui sont toujours l&#224;. Pour &#234;tre pr&#233;cis, c'est l'histoire des premi&#232;res ann&#233;es d'ind&#233;pendance. &#192; quel moment a d&#233;raill&#233; le beau projet qu'on avait construit collectivement, un projet &#233;mancipateur, d&#233;mocratique et progressiste, qui reconnaissait tous les enfants de l'Alg&#233;rie, musulmans, juifs, chr&#233;tiens et ath&#233;es ? Comme aurait dit l'&#233;crivain Rachid Mimouni, auteur du &lt;i&gt;Fleuve d&#233;tourn&#233;&lt;/i&gt; (1982), grand roman sur les d&#233;buts de l'ind&#233;pendance, il y a eu une puissance d&#233;tourn&#233;e par le parti unique et la dictature militaire, qui ont impos&#233; que tous les Alg&#233;riens soient bruns, musulmans et moustachus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1988, apr&#232;s le Printemps alg&#233;rien, tous les espoirs &#233;taient &#224; nouveau permis. Une loi sur le multipartisme a mis fin &#224; l'h&#233;g&#233;monie du FLN. Les communistes et les trotskystes sont sortis de la clandestinit&#233;, les islamistes sont apparus sur la sc&#232;ne politique et la t&#233;l&#233;vision publique n'&#233;tait plus sous le joug des militaires. Une p&#233;riode de libert&#233; incroyable. Mais lors de la d&#233;cennie 1990, toute diff&#233;rence est devenue un probl&#232;me. Cela a &#233;t&#233; le fondement de l'int&#233;grisme islamique : d&#233;truire tout ce qui est &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment ne pas retomber dans ce pi&#232;ge ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui se passe en ce moment dans les marches contre le r&#233;gime, ce c&#244;t&#233; non violent et joyeux tr&#232;s spectaculaire &#8211; nettoyage collectif des rues apr&#232;s les manifestations, pas de jets de pierre &#224; l'encontre des forces de l'ordre, voire sc&#232;nes de fraternisation avec les flics &#8211; affirme que contrairement aux ann&#233;es 1990, il est possible de faire de la politique proprement et pacifiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat a toujours dit aux Alg&#233;riens qu'ils &#233;taient des sauvages, des incultes. Et que, quand ils essayaient de se pencher sur la politique, ils cr&#233;aient du terrorisme et votaient pour des islamistes. L&#224;, au contraire, le peuple est en train de r&#233;pondre au r&#233;gime. Son propos : &#8220;&lt;i&gt;Vous, vous n'&#234;tes pas aptes &#224; faire de la politique. Or, nous savons fabriquer du politique autrement : sans violence, avec les familles qui sortent dans la rue et sans laisser les barbus faire ce qu'ils veulent.&lt;/i&gt;&#8221; Elle se situe l&#224; aussi, la le&#231;on de la d&#233;cennie noire. Comme si le peuple avait l'exemple absolu de ce qu'il ne faut pas faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma g&#233;n&#233;ration porte en elle les traces d'un monde englouti et terrible, qui nous avait pouss&#233;s au cynisme. Et la puissance de la jeunesse d'aujourd'hui, c'est qu'elle a transform&#233; notre cynisme en espoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela fait penser &#224; cette phrase tagu&#233;e sur un mur d'Alger : &#171; &lt;i&gt; Pour la premi&#232;re fois de ma vie, je n'ai pas envie de te quitter, mon Alg&#233;rie &lt;/i&gt; &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un vrai changement d'imaginaire ! Un dessin r&#233;cent du caricaturiste alg&#233;rien L'Andalou montre des requins en mer M&#233;diterran&#233;e r&#226;lant de ne plus avoir de &lt;i&gt;harragas&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeunes &#233;migrants ill&#233;gaux.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; se mettre sous la dent. Autre ph&#233;nom&#232;ne incroyable, des jeunes franco-alg&#233;riens viennent faire la marche le vendredi, et envisagent de rester d&#233;finitivement ici. &#192; leurs yeux, l'Alg&#233;rie devient un pays o&#249; l'avenir est possible et non plus le bled, cette terre des parents, chiante, o&#249; rien ne fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est le pouvoir qui a provoqu&#233; cela. Ce n'est pas une balle mais un obus que ce r&#233;gime s'est tir&#233; dans le pied. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-il se passer dans les semaines &#224; venir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat en est r&#233;duit &#224; attendre chaque semaine la mobilisation du vendredi pour r&#233;agir ensuite... Quant &#224; l'arm&#233;e, elle est coinc&#233;e. Le chef d'&#233;tat-major est li&#233; par un serment de fid&#233;lit&#233; au Pr&#233;sident [&lt;i&gt;quelques jours apr&#232;s cet entretien, le g&#233;n&#233;ral Ahmed Ga&#239;d Salah a tout de m&#234;me fini par l&#226;cher Bouteflika,&lt;/i&gt; &lt;i&gt;NDLR&lt;/i&gt;]. Mais les militaires sont aussi les garants de l'int&#233;r&#234;t public, de l'int&#233;grit&#233; et de la s&#233;curit&#233; du pays. L'arm&#233;e demande aux d&#233;cideurs de ne pas trop tirer sur la corde, pour ne pas faire basculer le mouvement dans une ligne plus conflictuelle et v&#233;h&#233;mente. Dans un de ses derniers discours, le chef de l'arm&#233;e parle de la relation exceptionnelle entre l'arm&#233;e et son peuple, du fait que les deux partagent une m&#234;me vision de l'avenir. C'est un dilemme terrible pour quelqu'un &#224; ce poste. Jamais il ne donnera l'ordre de tirer sur les manifestants, &#231;a rel&#232;ve de l'impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant, c'est que le rapport de force s'est invers&#233;. Il existe une multitude de revendications issues de divers groupes sociaux ou professionnels tels que les avocats, les enseignants, les femmes, les imams, les journalistes, qui tentent de grignoter des droits, des avanc&#233;es sociales et des mesures anti-corruption avant que le pouvoir ne reprenne la main d'une mani&#232;re ou d'une autre. Et pour s&#251;r, si chacun grignote de son c&#244;t&#233;, les attributs du syst&#232;me autoritaire d'aujourd'hui vont tomber demain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Micka&#235;l Correia &amp; Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;cennie noire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Fin 1988, apr&#232;s les &#233;meutes du Printemps alg&#233;rien, le multipartisme est autoris&#233;. Les islamistes s'engouffrent dans la br&#232;che. Au premier tour des l&#233;gislatives de 1991, le Front islamique du salut (Fis) arrive en t&#234;te. L'arm&#233;e interrompt le processus &#233;lectoral. S'ensuivent plusieurs ann&#233;es de guerre civile entre le gouvernement et divers groupes islamistes arm&#233;s. Chaque camp se rend responsable d'immenses massacres et de milliers de disparitions forc&#233;es. La guerre s'ach&#232;ve au d&#233;but des ann&#233;es 2000, peu apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika, qui fait voter plusieurs lois d'amnistie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat alg&#233;rien reconna&#238;t officiellement 60 000 victimes et pr&#232;s de 9 000 disparus, quand des estimations d'ONG &#233;voquent quelque 18 000 disparus et jusqu'&#224; 200 000 morts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cet entretien a &#233;t&#233; publi&#233; sur papier dans le n&#176;175 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, paru le 5 avril 2019, avec un dossier central consacr&#233; au Printemps alg&#233;rien. Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no175' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire d&#233;taill&#233;&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; du num&#233;ro complet.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Dans le dossier &#171; Alg&#233;rie &#187;&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; P. I : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Vous-ne-pouvez-pas-nous-tuer-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Vous ne pouvez pas nous tuer, vous &#234;tes d&#233;j&#224; morts ! &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Introduction &amp; analyse&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. II &amp; III : &lt;strong&gt;Un mois dans l'Alg&#233;rie des marches &gt;&lt;/strong&gt; Reportage au long cours entre Alger et B&#233;ja&#239;a&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. III : &lt;strong&gt;Le manifeste du rire &gt;&lt;/strong&gt; L'humour comme arme politique&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. IV : &lt;strong&gt;FLN d&#233;gage ! &gt; &lt;/strong&gt;Retour les origines historiques de l'h&#233;g&#233;monie du parti au pouvoir&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. V : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/En-Algerie-on-assiste-a-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On assiste &#224; une reconqu&#234;te po&#233;tique de la rue &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien avec la jeune &#233;crivaine libertaire et f&#233;ministe Sarah Haidar&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. VI &amp; VII : &lt;strong&gt;Alger United &gt;&lt;/strong&gt; Reportage aupr&#232;s des supporteurs de foot alg&#233;rois, &#224; la pointe de la contestation&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. VII &amp; IX : &lt;strong&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-jeunesse-algerienne-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La jeunesse alg&#233;rienne a transform&#233; notre cynisme en espoir &#187;&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Entretien sur la m&#233;moire de la d&#233;cennie noire avec le journaliste Adl&#232;ne Meddi, auteur du roman &lt;i&gt;1994&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; P. IX : &lt;strong&gt;&#171; Gaudin, Bouteflika, d&#233;gagez ! &#187; &gt;&lt;/strong&gt; Instantan&#233;s de Marseille, &#171; la 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; wilaya &#187;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il punit de trois &#224; cinq ans de prison quiconque, par &#171; &lt;i&gt;ses d&#233;clarations, &#233;crits ou tout autre acte, utilise ou instrumentalise les blessures de la trag&#233;die nationale &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jeunes &#233;migrants ill&#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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