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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Aux couleurs de la plan&#232;te Mars</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Emilien Bernard</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#192; Marseille, o&#249; les maisons et la mairie s'effondrent, la r&#233;volte des Gilets jaunes contre le roi Macron est venue se m&#234;ler &#224; la col&#232;re contre le commandant de cercle Gaudin. D&#233;but d&#233;cembre, cette confluence inesp&#233;r&#233;e a eu un effet d&#233;multiplicateur. Et dans la dur&#233;e ? Samedi 8 d&#233;cembre. Sur le cours Belsunce nimb&#233; de gaz lacrymog&#232;ne, les illuminations de No&#235;l sont dop&#233;es au feu de poubelle. Les acheteurs de cadeaux croisent des manifestants aux yeux rougis. Des chibanis bavardent avec des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, o&#249; les maisons et la mairie s'effondrent, la r&#233;volte des Gilets jaunes contre le roi Macron est venue se m&#234;ler &#224; la col&#232;re contre le commandant de cercle Gaudin. D&#233;but d&#233;cembre, cette confluence inesp&#233;r&#233;e a eu un effet d&#233;multiplicateur. Et dans la dur&#233;e ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2883 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1127-52ff2.jpg?1782828863' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo &#201;milien Bernard
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;amedi 8 d&#233;cembre. Sur le cours Belsunce nimb&#233; de gaz lacrymog&#232;ne, les illuminations de No&#235;l sont dop&#233;es au feu de poubelle. Les acheteurs de cadeaux croisent des manifestants aux yeux rougis. Des chibanis bavardent avec des gilets de diverses couleurs. Personne ne s'inqui&#232;te au passage de bandes de gremlins surexcit&#233;s. L'&#339;il est plut&#244;t aimant&#233; par l'avanc&#233;e de deux gros insectes bleut&#233;s, deux tanks &#233;crasant des barricades symboliques et la carcasse calcin&#233;e d'une voiture &#233;lectrique de location. Singulier contraste entre cette d&#233;monstration de force et le calme alentour. L&#224; o&#249; la police est absente, un flottement d&#233;licieux incite &#224; sourire, &#224; parler aux inconnus, &#224; arpenter l'entre-deux de l'&#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune homme portant un dossard fluo traverse ce paysage. Dans son dos, on lit : &#171; &lt;i&gt;Matgoulich gili jone&lt;/i&gt; &#187;. Apparition po&#233;tique entre le fortin commercial du Centre-Bourse, qui a relev&#233; son pont-levis par crainte des pillages, et les ruelles qui abritaient autrefois un florissant bazar. Veut-il tester la tol&#233;rance de Gilets jaunes arborant les gadgets cocardiers de la Coupe du monde ? Drapeaux, perruques tricolores... Fachos, les Gilets ? Au stade V&#233;lodrome, on brandit plus volontiers les couleurs du Maghreb, du Br&#233;sil ou de l'Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parenth&#232;se : &#224; la fin de l'&#233;t&#233;, le premier rond-point occup&#233; a &#233;t&#233; celui du Prado. Ce sont les forains du march&#233; de la Plaine, en lutte contre leur expulsion, qui l'ont tenu deux jours pour bloquer la foire de Marseille. Mais sans gilets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre nous a r&#233;gal&#233; de deux samedis magiques &#8212; bien que ce qui arrive &#224; cette ville n'ait rien d'un conte de No&#235;l. Une s&#233;rie de coups durs, plut&#244;t : &#233;radication du march&#233; populaire et arrachage de dizaines d'arbres sur la Plaine ; &#233;rection d'un mur de mille tonnes de b&#233;ton autour de cette m&#234;me place ; puis effondrement de la rue d'Aubagne : huit morts sous les d&#233;combres et des centaines de sinistr&#233;s. Le maire &#171; &lt;i&gt;ne regrette rien&lt;/i&gt; &#187;. Au contraire, il profite du chaos pour &#171; &lt;i&gt;d&#233;gager le secteur &lt;/i&gt; &#187;. Sous son balcon, la foule crie que c'est lui qui doit d&#233;gager.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quartiers populaires en col&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Samedi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre. Apr&#232;s la marche du deuil et celle de la Col&#232;re (10 et 14 novembre), une manifestation d'au moins 15 000 personnes &#171; pour le droit &#224; un logement digne &#187; est salu&#233;e par les contingents jaunes et rouges. Contrairement au reste du pays, o&#249; l'on constaterait l'absence des banlieues dans le soul&#232;vement actuel&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Constat contredit par l'appel du collectif Justice pour Adama Traor&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ce sont ici les quartiers en col&#232;re contre l'habitat insalubre et une morgue quasi coloniale qui entra&#238;nent derri&#232;re eux la jacquerie anti-taxes et le d&#233;fil&#233; syndical en direction de la mairie. En panique &#224; l'id&#233;e d'une prise de cette Bastille d'arrogance &#8212; et en accord avec la strat&#233;gie de la tension appliqu&#233;e partout &#8212;, la pr&#233;fecture l&#226;che ses CRS contre la foule, sans sommation. Comme lors de la marche de la Col&#232;re, les gens r&#233;pliquent : flamb&#233;e de sapins sur le march&#233; de No&#235;l, &#233;dification de barricades et incendie d'un v&#233;hicule de police devant le commissariat de Noailles &#8212; sc&#232;nes que n'avait plus v&#233;cues la ville depuis les gr&#232;ves sauvages de 1947. Ce soir-l&#224;, l'&#233;meute est multicolore : jaune par ses gilets, bleu ciel et orang&#233;e par les fumig&#232;nes des supporters, noire par la tenue des jeunes &#233;nerv&#233;s. Le rouge ou le mauve des chasubles syndicales se font, eux, plus discrets...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment de convergence a permis une coordination inusit&#233;e dans les locaux de Solidaires, o&#249; associations de quartier, syndicats, Emma&#252;s, compagnons b&#226;tisseurs et Droit au logement ont pos&#233; comme exigence centrale la r&#233;quisition de logements vides pour les &#233;vacu&#233;s, mais aussi pour les mineurs isol&#233;s et les sans-toit. Noailles et la Plaine y ont propos&#233; un &#171; Manifeste pour un Marseille vivant et populaire &#187; qui fut ensuite lu devant la mairie lors du conseil municipal du 20 d&#233;cembre. En guise de suite pratique, le Syndicat des quartiers populaires de Marseille pr&#233;conise dans un communiqu&#233; une &#171; &lt;i&gt;auto-organisation communale&lt;/i&gt; &#187; face aux politiques urbaines hostiles.&lt;i&gt; &#161; Vamos !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Faut pas laisser les Gilets seuls avec le FN ! &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 8 d&#233;cembre, la marche internationale pour le Climat tient le haut du pav&#233;. Loin de la caricature radical-boh&#232;me dans laquelle les &#233;lus veulent l'enfermer, la Plaine est ce jour-l&#224; au carrefour des luttes. Il y a des plainards dans le cort&#232;ge &#233;colo &#8212; ainsi que des Gilets jaunes &#8212;, et l'on voit un &#233;criteau en forme de dossard mi-jaune mi-vert affirmant que la plan&#232;te ne pourra &#234;tre sauv&#233;e sans justice sociale. D'autres plainards, infirmi&#232;res, postiers, retrait&#233;es, marchent dans le d&#233;fil&#233; syndical. Et les plus enflamm&#233;s se sont rassembl&#233;s sur le cours Julien pour un rendez-vous surprise : &#171; &lt;i&gt;Qui s&#232;me la mis&#232;re r&#233;colte la col&#232;re &lt;/i&gt; &#187;, proclamait une affichette apocryphe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, quatre cort&#232;ges diff&#233;rents ont fini par se m&#233;langer : la foule y a pris go&#251;t et aime se sentir forte. Dans les ruelles qui vont de l'Op&#233;ra &#224; Noailles, les escouades de flics casqu&#233;s, bard&#233;s de LBD, tonfas et gazeuses, sont lourdes de la fesse : le chass&#233;-crois&#233; d'une constellation de groupes affinitaires s'av&#232;re ing&#233;rable. Sur le port, le m&#234;me Gilet jaune qui palabrait avec les CRS leur balance un pav&#233; cinq minutes apr&#232;s, exc&#233;d&#233; par l'avanc&#233;e des blind&#233;s sur des gens &#224; genoux &#8212; &#224; genoux en hommage aux lyc&#233;ens de Mantes-la-Jolie, mais debout par l'esprit. Des discussions s'engagent &#224; m&#234;me le trottoir, entre le syndicaliste en butte &#224; des rapports de production d&#233;gueulasses, le Gilet jaune qui bloque un p&#233;age et critique en actes l'am&#233;nagement du territoire et le mal-log&#233;, s&#233;gr&#233;gu&#233; ou requalifi&#233; des quartiers marseillais. &#171; &lt;i&gt;Faut surtout pas laisser les Gilets seuls avec le FN !&lt;/i&gt; &#187;, plaide une militante de cit&#233;. Justice sociale est le mot de passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine plus t&#244;t, des CRS prot&#233;geaient le si&#232;ge de la Soleam&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soci&#233;t&#233; locale d'&#233;quipement et d'am&#233;nagement de l'aire m&#233;tropolitaine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8212; situ&#233; en face de l'immeuble o&#249; vivait Zineb Redouane, octog&#233;naire d&#233;c&#233;d&#233;e le dimanche 2 d&#233;cembre des suites d'un tir de grenade alors qu'elle fermait ses volets. Mais ce samedi, le gouvernement a mis le paquet pour prot&#233;ger les beaux quartiers parisiens et le reste du pays s'en trouve d&#233;garni. Les vitrines de la Soleam et de la mairie de secteur vont en souffrir. En face, la boutique de l'OM est &#233;nergiquement visit&#233;e. Un peu plus haut, le magasin Saint-Honor&#233; Paris, o&#249; les ca&#239;ds du shit se fournissent en fringues de marque, subit le m&#234;me sort : en un &#233;clair, le luxe se d&#233;mocratise.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;quisition de logements vides&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Samedi 15 d&#233;cembre. Blanc sur noir, une banderole exige &#171; Justice pour Zineb &#187; au coin du cours Saint-Louis. Ceux et celles de Noailles et de la Plaine, suivis des ultras de South Winners et MTP, prennent la t&#234;te de la manif. Pas longtemps. Les Gilets jaunes bifurquent sur la rue de Rome. Puis le cort&#232;ge CGT poursuit vers Castellane. Ces esquives mutuelles marquent le reflux &#8212; momentan&#233; ? &#8212; d'un mouvement social qui a surpris tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 d&#233;cembre, jour du conseil municipal annul&#233; par un maire aux abois, l'espace Culture, bel &#233;difice vacant de la Canebi&#232;re, a &#233;t&#233; bri&#232;vement occup&#233; par des activistes et des Africains expuls&#233;s de la cit&#233; d&#233;grad&#233;e du parc Corot&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le reportage &#171; R&#233;gler ses comptes &#224; OK Corot &#187;, CQFD n&#176; 164, avril 2018.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Occasion manqu&#233;e ? Port&#233;e par l'ensemble des signataires du manifeste, et rendue publique en conclusion d'une manif, la r&#233;quisition de ce lieu embl&#233;matique, situ&#233; &#224; deux pas du futur h&#244;tel 4 &#233;toiles des Feuillants et &#224; 100 m&#232;tres des immeubles effondr&#233;s, aurait peut-&#234;tre tenu plus longtemps. Qu'importe. Rebelote avec l'ouverture d'un vaste immeuble appartenant au dioc&#232;se, juste &#224; c&#244;t&#233; du Conseil d&#233;partemental, fautif dans la non-mise &#224; l'abri de dizaines de mineurs isol&#233;s &#233;trangers (MIE). &#192; cette heure, plus de 180 sans-logis s'y sont install&#233;s : des familles, mais aussi 46 MIE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 24 d&#233;cembre. Exigeant des solutions, des familles sinistr&#233;es, relog&#233;es depuis plusieurs semaines dans des h&#244;tels miteux, viennent occuper les bureaux du guichet unique cens&#233; assister et orienter les plus de 1 500 &#233;vacu&#233;s depuis le 5 novembre. Interrog&#233; &#224; propos de la lenteur avec laquelle est trait&#233;e l'urgence, Jean Montagnac, pr&#233;sident LR du Conseil de territoire, a r&#233;torqu&#233; : &#171; &lt;i&gt; Ils sont log&#233;s. Ils sont nourris matin, midi et soir. Alors peut-&#234;tre qu'ils ont des croissants et ils savent pas ce que c'est ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par Marsactu, 11 d&#233;cembre 2018.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Face &#224; autant de m&#233;pris et d'incurie, les quartiers s'organisent et se f&#233;d&#232;rent. Bient&#244;t Marseille ville ouverte ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* &#171; Matgoulich gili jone &#187; signifie &#171; Ne m'appelle pas gilet jaune &#187; en arabe dialectal d'Alg&#233;rie.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Constat contredit par l'appel du collectif Justice pour Adama Traor&#233; &#224; manifester aux c&#244;t&#233;s des Gilets jaunes le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soci&#233;t&#233; locale d'&#233;quipement et d'am&#233;nagement de l'aire m&#233;tropolitaine, charg&#233;e de la &#171; requalification &#187; de la Plaine et de Noailles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire le reportage &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Regler-ses-comptes-a-OK-Corot' class=&#034;spip_in&#034;&gt;R&#233;gler ses comptes &#224; OK Corot&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 164, avril 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; par &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt;, 11 d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; Marseille, un automne sous les gaz</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Marseille-un-automne-sous-les</link>
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		<dc:date>2019-03-03T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Kaba</dc:creator>


		<dc:subject>Patxi Beltzaiz</dc:subject>
		<dc:subject>Tomagnetik</dc:subject>
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		<dc:subject>col&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice. Zineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-echos-du-Chien-rouge" rel="directory"&gt;Les &#233;chos du Chien rouge&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patxi-Beltzaiz-118" rel="tag"&gt;Patxi Beltzaiz&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tomagnetik" rel="tag"&gt;Tomagnetik&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/manifestants" rel="tag"&gt;manifestants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/flics" rel="tag"&gt;flics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec les travaux de la Plaine, les effondrements de Noailles et les Gilets jaunes, la fin de l'ann&#233;e 2018 a &#233;t&#233; marqu&#233;e &#224; Marseille par les manifestations&#8230; et la r&#233;pression. Entre analyse des comportements policiers et t&#233;moignage de manifestant, ce texte, &#233;crit par un habitant du centre-ville, revient sur ces semaines de luttes et d'injustice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-943-bd922.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Z&lt;/span&gt;ineb Redouane, 80 ans, est morte le dimanche 2 d&#233;cembre 2018, pendant son op&#233;ration du visage. La veille, pendant la manifestation contre les logements indignes, elle s'&#233;tait pris une grenade lacrymog&#232;ne (ou l'un de ses plots) en pleine poire, alors qu'elle fermait les volets de son quatri&#232;me &#233;tage. Ce drame fut en un sens le paroxysme d'une mont&#233;e de violence qui s'est maintenue tout l'automne &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La col&#232;re qui monte&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re a commenc&#233; avec les travaux de requalification de la place de la Plaine&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d&#233;but&#233;s le 11 octobre sous bonne garde polici&#232;re, malgr&#233; pr&#232;s de trois ans de luttes contre ce projet municipal loin de faire l'unanimit&#233;. Dans les jours qui suivent, des habitants du quartier s'encha&#238;nent aux arbres, mais ils sont ma&#238;tris&#233;s, gaz&#233;s, re-gaz&#233;s et frapp&#233;s par les &#171; forces de l'ordre &#187;. Apr&#232;s une semaine de mobilisation, une manifestation rassemble le samedi 20 octobre plusieurs milliers de personnes. La marche finit en mode festif sur la Plaine. On chante, on danse, des &#233;l&#233;ments de bois sont amen&#233;s puis mont&#233;s : c'est une cabane, magnifique, d&#233;plac&#233;e depuis Notre-Dame-des-Landes. Le &lt;i&gt;Gourbi 8&lt;/i&gt;, c'est son nom, reste l&#224; le temps d'un week-end, comme un petit monument sous lequel on se retrouve, comme la premi&#232;re pierre d'un espoir, d'une autre Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on s'est bien dit que &#231;a n'allait pas durer&#8230; Dans la nuit du lundi au mardi, &lt;i&gt;bingo&lt;/i&gt; ! Op&#233;ration de police entre 3 h et 4 h du mat'. &#192; la tron&#231;onneuse, la cabane est d&#233;fonc&#233;e en moins de vingt minutes. Ils envoient un militant &#224; l'h&#244;pital en le blessant &#224; la hanche en le descendant d'un hamac. Et puis une semaine plus tard, c'est l'hallucination collective. Un mur&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, comme &#224; Berlin ou &#224; Alep, enfin, toutes proportions gard&#233;es&#8230; mais quand m&#234;me ! Personne ne veut y croire au d&#233;but, qu'ils aient os&#233; faire &#231;a pour &#171; prot&#233;ger &#187; leurs travaux. Suivent la marche fun&#232;bre pour la Plaine, les sabotages, les moments d'excitation o&#249; tombent des bouts de mur, qui se reconstituent le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis c'est l'effondrement rue d'Aubagne, le 5 novembre, de deux immeubles. &#192; Noailles, le quartier voisin de la Plaine. Drame, horreur, incompr&#233;hension... 8 morts. Le Collectif du 5 novembre se monte, tout le quartier et les environs y vont de leur solidarit&#233;. Le lien est recr&#233;&#233; sur la col&#232;re partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une col&#232;re, noire, face aux d&#233;clarations d'un maire qui a le culot d'invoquer la pluie quand on lui parle de ses responsabilit&#233;s. Un maire, Jean-Claude Gaudin (LR), qui ne s'excuse pas, qui a tellement l'air de s'en cogner que c'en est surr&#233;aliste. G&#233;rard Chenoz, son adjoint, pr&#233;sident de la Soleam (la soci&#233;t&#233; publique d'urbanisme de la m&#233;tropole marseillaise) aura le culot de condamner sur Twitter l'attaque de la vitrine de l'organisme le 8 d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;Tol&#233;rance z&#233;ro pour les casseurs&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit celui qui vient d'investir pr&#232;s de 400 000 balles dans un mur en b&#233;ton pour emp&#234;cher les &lt;i&gt;g&#244;chistes&lt;/i&gt; de s'en prendre &#224; sa belle gentrification de la Plaine alors qu'il &#233;tait de son devoir de pallier &#224; l'urgence pos&#233;e par ces immeubles de la rue d'Aubagne qu'on savait dangereux&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; &#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la marche blanche (10 novembre), la marche de la Col&#232;re (14 novembre) finira vite par un gazage en r&#232;gle, apr&#232;s qu'une barri&#232;re prot&#233;geant la mairie a &#233;t&#233; &#224; peine secou&#233;e par des personnes du cort&#232;ge de t&#234;te. C'est &#224; partir de l&#224; que la col&#232;re a pu &#234;tre distill&#233;e en tension, au point que flics et pouvoirs publics mouill&#233;s jusqu'&#224; l'os arrivent &#224; renverser la situation en pr&#233;sentant les militant.es comme sources de la violence.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Strat&#233;gie(s) de la tension&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais vu un tel niveau de violence &lt;/i&gt;[en France]&lt;i&gt;, &#231;a me rappelle d'ailleurs beaucoup mes reportages sur l'&#201;gypte, sauf qu'on y tirait sur les manifestants avec de vraies balles. C'est le degr&#233; d'intensit&#233; de la violence qui varie, mais l'objectif est le m&#234;me. &#187; &lt;/i&gt;Rabha Attaf, grand reporter, sp&#233;cialiste du Moyen-Orient et par ailleurs pr&#233;sidente de l'association de d&#233;fense des droits humains Confluences, a constat&#233;, &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, l'utilisation de certaines tactiques pour provoquer la col&#232;re des manifestants et ainsi, justifier leur r&#233;pression :&lt;i&gt; &#171; Ce type de dispositif a &#233;t&#233; test&#233; dans les banlieues lors des &#233;meutes de 2005 : on utilise des grenades dispersantes, qui gazent tous le monde. Il y avait peu de CRS, dont c'est pourtant la charge de g&#233;rer les foules. Les forces de l'ordre &#233;taient surtout compos&#233;es de policiers et de la Bac&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Brigade anti-criminalit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#233;quip&#233;s de protections et plus nerveux. Je ne suis pas une complotiste, mais je sais par exp&#233;rience que les manifestations sont infiltr&#233;es. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'ai vu un agent de la Bac provoquer un jeune manifestant avec un Taser, en face de la mairie, peu avant le lancer des gaz.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-942-88d52.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, j'&#233;tais aussi dans la manifestation, comme beaucoup d'amis, et nous avons tous vu la m&#234;me chose : deux ou trois fumig&#232;nes, trois p&#233;tards lanc&#233;s vers les flics, rien de plus. Ni cocktails Molotov, ni bouteilles, ni m&#234;me la moindre canette. Les flics se mettent imm&#233;diatement en tortue, et gazent, devant, mais aussi derri&#232;re, en lan&#231;ant des grenades dispersantes qui gravitent en cloche, puis se s&#233;parent en une multitude de disques, comme une bombe &#224; fragmentation. Rien de mieux pour faire d&#233;g&#233;n&#233;rer la situation : contrairement &#224; un gazage &#171; classique &#187; par l'avant qui cr&#233;e un mouvement de foule vers l'arri&#232;re, l&#224; les nuages sortant de partout, on ne sait pas o&#249; aller. Sans exactement savoir pourquoi, je me retrouve sur les rues adjacentes, puis vers le bas du Vieux-Port, en face de l'&#233;glise Saint-Ferr&#233;ol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois des flics qui tiennent la foule en joue au flash-ball, un flic communicant qui essaye de discuter, c'est le bordel. Des sapins de No&#235;l commencent &#224; br&#251;ler. Une femme en gilet jaune crie : &#171; &lt;i&gt;Mais je leur dis depuis tout &#224; l'heure d'arr&#234;ter les mecs qui mettent le feu au sapin, ils ne font rien.&lt;/i&gt; &#187; Effectivement, alors qu'&#224; ma droite un mec essaie p&#233;niblement d'allumer un sapin au briquet, les flics, distants de moins de dix m&#232;tres, se tournent beno&#238;tement de l'autre c&#244;t&#233;. Le feu, qui a eu d&#233;cid&#233;ment du mal &#224; prendre, sera ensuite &#233;teint par les pompiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis les charges polici&#232;res s'encha&#238;nent, semant le trouble absolu dans la manif. Un homme d'une quarantaine d'ann&#233;es rencontr&#233; furtivement dans les mouvements de foule affirme qu'il a d&#251; vider son stock de s&#233;rum physiologique pour aider une gamine de 6 ans. Comme l'observe Rabha Attaf : &#171; &lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, heureusement que les manifestants ne sont pas si mal intentionn&#233;s, car les flics sont entour&#233;s de chaque c&#244;t&#233; par des groupes de manifestants ; s'ils avaient voulu encercler et lyncher les flics, &#231;a aurait &#233;t&#233; facile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 20 heures, une pluie incroyable de lacrymos s'abat sur tout le monde. Elles sont lanc&#233;es en cloche, dans toutes les directions. &#192; cet instant, je suis de l'autre c&#244;t&#233; de l'ombri&#232;re du Vieux-Port, c&#244;t&#233; place D'Estienne d'Orves. Je vois distinctement les grenades parcourir pr&#232;s ou plus de 200 m&#232;tres, en passant au-dessus de l'ombri&#232;re pour se s&#233;parer en disques multiples qui tombent en &#233;toile, au-dessus de nous. Le gaz s'&#233;chappe de tous les c&#244;t&#233;s. Une femme panique, elle a perdu sa petite fille dans la cohue. On la lui ram&#232;ne, parcourue de quintes de toux. C'est vers ce moment que Zineb Redouane est touch&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, la version des flics est que les tirs de grenade ne se font qu'en cloche. Pourtant, le 8 d&#233;cembre, &#224; une autre manif rassemblant la Marche pour le climat, la marche contre l'habitat pr&#233;caire et les Gilets jaunes, dans laquelle je d&#233;couvre les blind&#233;s pour la premi&#232;re fois, je suis t&#233;moin direct de ce qu'ils disent impossible : alors que des jeunes commencent &#224; piller la boutique de l'OM sur la Canebi&#232;re, une bombe lacrymog&#232;ne en tir tendu rebondit sur la fen&#234;tre du premier &#233;tage, et les disques tombent directement sur les jeunes en train de d&#233;foncer la vitrine. L'effet est plut&#244;t radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organisation de la tension semble m&#233;thodique et ob&#233;it &#224; un protocole bien en place : un premier gazage en r&#232;gle et aveugle, puis on laisse br&#251;ler quelques poubelles, d&#233;truire un peu de mobilier urbain, probablement pour avoir de belles images, et on en finit avec les manifestants. C'est aussi ce qui s'est pass&#233; &#224; Toulouse &#224; la manif du 15 d&#233;cembre : du canon &#224; eau, des lacrymog&#232;nes et les grenades assourdissantes utilis&#233;es contre des Gilets jaunes qui attendaient simplement assis, nass&#233;s, de trouver une issue. Une demi-heure plus tard, quand tout le monde aura &#233;t&#233; rabattu vers les all&#233;es Jean-Jaur&#232;s, des dizaines de CRS assisteront tranquillement au d&#233;zinguage d'un chantier, &#224; la construction de barricades et &#224; leur mise en flammes avant de lancer la derni&#232;re charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute l'acharnement syst&#233;matique envers ceux qui filment les violences. G&#233;rard, vid&#233;aste bas&#233; &#224; Marseille, est pr&#233;sent &#224; la manif du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre et filme les violences. Ce sexag&#233;naire est un vieux routard des affaires marseillaises et un fin connaisseur des techniques de flics : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, mon p&#232;re &#233;tait au Sac&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. C'&#233;tait un militaire &#224; la retraite, il y &#233;tait rentr&#233; pour &#233;ponger ses dettes de jeu, j'ai pass&#233; mon enfance &#224; entendre des r&#233;unions parlant de ratonnades dans la cuisine.&lt;/i&gt; &#187; Il t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Le jour de la manif, j'&#233;tais sous un porche, il n'y avait que mon bras, avec la cam&#233;ra, qui d&#233;passait. Je voyais les flics en &#233;quipe de deux, avec un qui pointait du doigt, l'autre qui tirait au flash-ball &#224; hauteur de torse. Alors que je me tourne vers le c&#244;t&#233; oppos&#233; aux flics, je prends un tir de flash-ball, qui ne me cause pas beaucoup de d&#233;g&#226;ts car mon manteau est solide. Quand je viens leur demander pourquoi ils ont fait &#231;a, en les insultant un peu, je crois, un flic dont je me rappelle, avec son regard plein de haine sous ses lunettes, me vide int&#233;gralement une bombe lacrymog&#232;ne sur le visage, et son coll&#232;gue m'en vide une seconde. Apr&#232;s &#231;a, un autre flic me dit de d&#233;gager. Je lui dis que je ne peux pas, vu que je n'arrive m&#234;me pas ouvrir les yeux. Il revient &#224; moi avec du s&#233;rum phy' et me dit&lt;/i&gt; &#034;Ah, vous voyez, les flics ne sont pas si m&#233;chants !&#034; &lt;i&gt;Je lui ai r&#233;pondu que &#231;a n'allait pas vraiment rattraper les deux bombes que je venais de me faire vider dans la figure. Ensuite, j'ai eu du mal &#224; dormir pendant quinze jours, d'abord parce que mes yeux restaient br&#251;lants, ensuite parce que j'ai une fibromyalgie&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; et que l'apr&#232;s-midi de violences a d&#233;clench&#233; une nouvelle pouss&#233;e. La lacrymo' a tellement d&#233;cap&#233; mes lunettes qu'elles sont pass&#233;es du bleu turquoise au bleu marine.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-945-0246d.jpg?1783298723' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tomagn&#233;tik
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La technique du point&#233;-chop&#233;, quoiqu'on puisse dire de son efficacit&#233;, est aussi l'opportunit&#233;, pour les flics, de se l&#226;cher sur des personnes d&#233;sign&#233;es en toute tranquillit&#233;. Par exemple, Pascal, vid&#233;aste install&#233; de G&#234;nes, a &#233;t&#233; choqu&#233; par la g&#233;n&#233;ralisation de cette m&#233;thode dans la manif marseillaise du 15 d&#233;cembre : &#171; &lt;i&gt;La Bac se concentrait sur les jeunes, j'ai bien vu faire l'un des groupes en particulier. La cheffe du groupe pointait des petits groupes de jeunes et ses coll&#232;gues les chopaient. Ce qui m'a vraiment choqu&#233;, c'est quand je l'ai vue pointer un groupe de deux jeunes &#8211; je ne suis pas s&#251;r qu'ils n'avaient pas pr&#233;par&#233; des cailloux mais en tous cas je suis s&#251;r qu'ils n'&#233;taient pas en train de les lancer. Ses deux coll&#232;gues en ont plaqu&#233; un &#224; terre avec la chaussure dans le dos et elle lui a align&#233; quatre ou cinq coups de poings &#224; terre, de mani&#232;re compl&#232;tement gratuite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Punir les militants et leurs quartiers&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cette logique r&#233;pressive s'est instaur&#233;e dans un contexte local marseillais qui s'est combin&#233; avec la lutte nationale des Gilets jaunes. Elle ne peut pas ne pas avoir &#233;t&#233; organis&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat. Il y a un objectif &#233;vident de manipulation m&#233;diatique : il faut bien qu'il y ait de la violence pour pouvoir r&#233;primer aux blind&#233;s l&#233;gers et en m&#234;me temps, il faut la garder sous contr&#244;le. Mais au-del&#224; de &#231;a, il y a &#233;galement un objectif punitif pur, de d&#233;moralisation des militants, de d&#233;foulement pour les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du gazage de quartiers entiers ? Violaine a vu le bar dans lequel elle travaille se faire enti&#232;rement gazer. &#171; &lt;i&gt;Le soir de la marche de la Col&#232;re, je suis rentr&#233;e vers 18 heures pour ouvrir le bar. Il y avait de nombreuses &#233;chauffour&#233;es du c&#244;t&#233; de la Plaine et &#224; partir de 20 heures, des personnes sont arriv&#233;es au bar avec les yeux en pleurs, en toussant. Nous leur avons offert du soutien, des solidarit&#233;s se sont cr&#233;&#233;es entre employ&#233;s, clients et manifestants tout au long de la soir&#233;e. Autour de 23 heures 30, j'ai remarqu&#233; que le bar d'en face &#233;tait ferm&#233; et j'ai commenc&#233; &#224; vouloir fermer les volets mais &#224; ce moment les CRS chargeaient en pleine rue. Puis ils ont lanc&#233; des lacrymos en direction du bar. Tout l'int&#233;rieur du bistrot s'est trouv&#233; surcharg&#233; de gaz, les clients ont d'abord cherch&#233; refuge au fond du bar, sans succ&#232;s, puis j'ai r&#233;ussi &#224; les &#233;vacuer par la sortie de secours. Ensuite, quand ils sont sortis, une seconde charge a eu lieu et nous avons &#233;t&#233; re-gaz&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces charges en pleine rue passante et ne visant visiblement pas que les manifestants n'ont pas &#233;t&#233; faites au hasard. Elles visent &#224; punir l'ensemble d'un quartier pour sa solidarit&#233; envers le mouvement s'opposant au projet de la Plaine et &#224; celui r&#233;clamant la justice pour les victimes de Noailles. Certes, tout le monde &#224; la Plaine n'est pas contre le projet de requalification, mais la solidarit&#233; avec les sinistr&#233;s de Noailles fait quasiment l'unanimit&#233; et dans le quartier, plusieurs bars sont connus pour leur client&#232;le plut&#244;t militante. Par ailleurs, face &#224; la police, les habitants de la place Jean-Jaur&#232;s font souvent bloc tout en subissant eux aussi et de mani&#232;re indiscrimin&#233;e la r&#233;pression. Qa&#239;s, qui habite juste sur la place, d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;D&#232;s le d&#233;but et pendant une dizaine de jours, le gaz rentrait au minimum dans toute la cage d'escalier et se r&#233;pandait souvent jusque chez nous bien qu'on soit au quatri&#232;me &#233;tage. &#199;a passait par les fen&#234;tres. Les grenades balanc&#233;es en l'air atterrissent sur les toits, sur les balcons. Nos voisins ont eu les m&#234;mes probl&#232;mes. Qu'on soit pour ou contre le projet, tout le monde &#233;tait sur les balcons, la plupart du temps pour interpeller les policiers, et leur dire que ce n'&#233;tait pas normal ce qui se passait. Je n'ai vu qu'une personne qui &#233;tait contre les manifestants et qui avait balanc&#233; un seau d'eau sur eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette extension de la r&#233;pression au quartier entier, combin&#233;e avec l'ensemble de la mont&#233;e en tension calcul&#233;e sur des fronts multiples, montre qu'on a l&#226;ch&#233; la bride. On l'a l&#226;ch&#233;e au plus haut niveau de l'&#201;tat, et pas seulement en ce qui concerne la r&#233;pression polici&#232;re, mais aussi et surtout dans le discours id&#233;ologique.
Car en apparence, quel rapport entre Macron, les Gilets jaunes et les luttes locales marseillaise ? C'est l'expression lib&#233;r&#233;e du m&#233;pris des pauvres. Ce qui permet &#224; Gaudin et &#224; Chenoz d'afficher un tel cynisme tout en r&#233;primant &#224; toute berzingue, c'est un &#171; racisme de classe &#187; d&#233;complex&#233;, qui n'a plus &#224; se cacher le moins du monde, d&#233;j&#224; qu'il le faisait bien peu &#224; Marseille. C'est ce qui rend possible de r&#233;pondre &#171; &lt;i&gt;Tiens, prends ces lacrymos dans ta gueule&lt;/i&gt; &#187; quand les habitants de quartiers populaires demandent&#8230; &#224; ne pas craindre que leurs domiciles s'effondrent sur eux, ou d'&#234;tre relog&#233;s s'ils sont &#233;vacu&#233;s ! De tuer une innocente au passage. Et de s'en tirer tranquille. Cr&#232;me. Circulez, y a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On gaze les quartiers populaires, &#171; &lt;i&gt;mais ce n'est pas l&#233;tal, hein, faut pas exag&#233;rer&lt;/i&gt; &#187;, comme disait le m&#233;decin l&#233;giste &#224; G&#233;rard, le vid&#233;aste, alors qu'il faisait constater son &#233;tat pour appuyer sa plainte. Pas l&#233;tal, en g&#233;n&#233;ral. Sauf pour Zineb.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Kaba, anthropologue, habitu&#233; de la Plaine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Officiellement d&#233;nomm&#233;e &#171; place Jean-Jaur&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce mur compos&#233; de panneaux en b&#233;ton mesure 2,5 m&#232;tres de hauteur. Lire aussi &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-Plaine-emmuree' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La Plaine emmur&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170, novembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;171, d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Brigade anti-criminalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le t&#233;moignage de F. D., pr&#233;sent lors de la marche de la Col&#232;re, va dans le m&#234;me sens : &#171; &lt;i&gt;Au fur et &#224; mesure, les gens s'en vont. La Bac provoque sous les arcades, puis fait des raids pour extraire des manifestants, &#224; grand renfort de gazeuses et de matraques t&#233;lescopiques. Ils sortent de partout, et en particulier des rangs des manifestants. Sans brassard, les capuches rabattues sur des foulards qui cachent leur visage. On comprend alors que plusieurs d'entre eux se sont gliss&#233;s dans le cort&#232;ge...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Service d'action civique, &#171; service d'ordre &#187; mais surtout groupe de nervis proches du pouvoir gaulliste, actif dans les ann&#233;es 1960 et 1970, finalement dissous en 1982 apr&#232;s la &#171; tuerie d'Auriol &#187; (six morts).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Syndrome essentiellement caract&#233;ris&#233; par des douleurs diffuses et une fatigue chronique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un homme en col&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-homme-en-colere</link>
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		<dc:date>2014-05-28T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
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		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
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		<dc:subject>col&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Manuel</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;nerv&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Manuel est &#233;nerv&#233;. Il est toujours &#233;nerv&#233;. Pourtant, je viens d'apprendre qu'il est sous anxiolytique. Qui l'e&#251;t cru ? Ni moi ni ses autres coll&#232;gues, en tous cas. Parce qu'il faut bosser avec lui pour se rendre compte que les calmants ne brillent pas toujours par leur efficacit&#233; ! Il est en col&#232;re lorsqu'il a fallu se lever &#224; quatre heures du mat' pour bosser du matin, il est en col&#232;re parce qu'il est d'apr&#232;s-midi et que la journ&#233;e est fichue, il est en col&#232;re la nuit quand il faut (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no121-avril-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;121 (avril 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Manuel" rel="tag"&gt;Manuel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enerve" rel="tag"&gt;&#233;nerv&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Manuel est &#233;nerv&#233;. Il est toujours &#233;nerv&#233;. Pourtant, je viens d'apprendre qu'il est sous anxiolytique. Qui l'e&#251;t cru ? Ni moi ni ses autres coll&#232;gues, en tous cas. Parce qu'il faut bosser avec lui pour se rendre compte que les calmants ne brillent pas toujours par leur efficacit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH777/p13-cqfd50-efix-cd334.jpg?1782643754' width='400' height='777' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est en col&#232;re lorsqu'il a fallu se lever &#224; quatre heures du mat' pour bosser du matin, il est en col&#232;re parce qu'il est d'apr&#232;s-midi et que la journ&#233;e est fichue, il est en col&#232;re la nuit quand il faut s'emp&#234;cher de dormir devant les &#233;crans de contr&#244;le. Quand Manuel dirige sa col&#232;re sur le contrema&#238;tre ou les patrons, on est plut&#244;t de son c&#244;t&#233;. Mais il s'&#233;nerve aussi contre les coll&#232;gues, souvent pour des broutilles. D'autant qu'il n'y va pas avec le dos de la cuill&#232;re et se fait volontiers d&#233;lateur aux d&#233;pens de celui qu'il a dans le collimateur. Difficile de soutenir quelqu'un qui va jusqu'&#224; &#233;crire au directeur pour d&#233;noncer n'importe qui &#224; propos de n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne sait d'o&#249; lui vient cette col&#232;re permanente. De son p&#232;re ? Peut-&#234;tre, vu qu'il en parle tout le temps. C'&#233;tait un combattant contre le franquisme qui a d&#251; franchir les Pyr&#233;n&#233;es pour sauver sa vie. Il s'est install&#233; dans la r&#233;gion rouennaise, o&#249; on cherchait des ouvriers pour reconstruire apr&#232;s la guerre. Il s'est mari&#233; et a eu quatre enfants, dont Manuel. On imagine sans peine son p&#232;re, membre du PC et entour&#233; de vieux Espagnols en exil, s'&#233;nerver lors de r&#233;unions qui ne m&#232;nent &#224; rien &#171; &lt;i&gt;tant qu'on ne prend pas les armes&lt;/i&gt; &#187;, ou entrer en col&#232;re noire devant la t&#233;l&#233; aux heures des informations. Cela a pu d&#233;teindre sur le fils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pr&#232;s de 40 ans que Manuel bosse &#224; l'usine. Contrairement &#224; certains qui ont &#233;volu&#233; (ou pas) dans le m&#234;me atelier tout au long de leur carri&#232;re, Manuel, lui, a fait presque tous les ateliers de l'usine, du plus ancien au plus moderne. Il est pass&#233; partout. Il a chang&#233; de lieu de travail &#224; de nombreuses reprises parce que &#231;a n'allait pas avec ses coll&#232;gues ou avec le contrema&#238;tre ou avec le chef de service, ou les trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul atelier o&#249; il n'a pas travaill&#233; allait fermer sous peu et, sachant cela, Manuel l'a soigneusement &#233;vit&#233; afin de ne pas glisser vers la sortie lors d'un plan &#171; social &#187;. Aujourd'hui il regrette, parce que LE plan social ne vient toujours pas. Une attente insupportable qui le met encore plus en rogne. Dire qu'il en a marre de bosser ferait figure d'euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est pas possible que je vive moins bien que mon p&#232;re. Lui, il est parti en retraite &#224; 55 ans, et moi, faut que je parte &#224; 60. Normalement on vit toujours mieux que ses parents.&lt;/i&gt; &#187; Sauf que &#231;a a chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, suite aux coups re&#231;us et au manque de combativit&#233;, les enfants risquent de vivre moins bien que leurs parents. Mais dire cela, c'est d&#233;j&#224; prendre du recul, ce qui n'est pas le fort de Manuel : pass&#233; 55 ans, il s'est transform&#233; en boule de col&#232;re comme d'autres se sentent pousser une carapace. Il ne supporte plus du tout le travail et gare &#224; celui qui le croise alors. Pour lui comme pour les autres, c'est devenu impossible de continuer. D&#232;s lors, Il multiplie les d&#233;marches aupr&#232;s de la DRH, pour obtenir un plan social individuel, rien que &#231;a ! Il envoie des courriers au patron o&#249; il est question de son d&#233;sir de partir. Il demande &#224; des militants syndicaux de l'accompagner aupr&#232;s de sa hi&#233;rarchie pour demander &#224; partir. Rien n'y fait, et il n'est pas question de d&#233;mission. Du coup, une seule alternative : le renvoi ! Il monte des dossiers avec la m&#233;decine du travail, prescriptions m&#233;dicamenteuses et &#233;tat de ses lombaires &#224; l'appui. Toujours rien. La direction fait la sourde oreille en calculant le montant pharaonique de sa prime de d&#233;part lors d'une rupture conventionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc quelque chose de bizarre que l'on vit actuellement. Entre une direction qui semble faire le dos rond en attendant que &#231;a se passe et Manuel qui, toujours en col&#232;re, vient &#224; l'usine en maugr&#233;ant. Il ne met plus ses bleus, reste devant sa console en faisant le minimum. Et puis, souvent, il se met deux ou trois jours en arr&#234;t maladie (&#224; l'usine la bo&#238;te nous paie les jours de carence de la S&#233;cu), pour faire payer l'usine. Puis il revient comme s'il &#233;tait surpris de ne pas &#234;tre vir&#233;, et recommence. Il lui faut tenir encore trois ans. C'est loin d'&#234;tre gagn&#233;. Au moins lui a choisi la col&#232;re, m&#234;me individuelle, plut&#244;t que la soumission.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu&#233; fin du monde ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Que-fin-du-monde</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Que-fin-du-monde</guid>
		<dc:date>2011-05-18T07:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet</dc:creator>


		<dc:subject>Soulci&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>mars</dc:subject>
		<dc:subject>right</dc:subject>
		<dc:subject>avez</dc:subject>
		<dc:subject>col&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Fukushima</dc:subject>
		<dc:subject>avez ressenties</dc:subject>
		<dc:subject>compassion</dc:subject>
		<dc:subject>crainte</dc:subject>
		<dc:subject>croissance</dc:subject>
		<dc:subject>ressenties</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Suite au s&#233;isme, le Japon s'est d&#233;plac&#233; de deux m&#232;tres quarante. Nous aurions pu esp&#233;rer que cette catastrophe en am&#232;ne certains &#224; faire, eux aussi, un pas de c&#244;t&#233;. Mais un rapide tour d'horizon laisse &#224; penser que les fondations des boursicoteurs et thurif&#233;raires du nucl&#233;aire n'ont pas boug&#233; d'un pouce. Vous aussi, vous les avez ressenties ? Pas les secousses, &#233;videmment, mais la compassion, la crainte et la col&#232;re ? La compassion pour les 28 000 morts ou port&#233;s disparus suite au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/right" rel="tag"&gt;right&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colere" rel="tag"&gt;col&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Fukushima" rel="tag"&gt;Fukushima&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/avez-ressenties" rel="tag"&gt;avez ressenties&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ressenties" rel="tag"&gt;ressenties&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite au s&#233;isme, le Japon s'est d&#233;plac&#233; de deux m&#232;tres quarante. Nous aurions pu esp&#233;rer que cette catastrophe en am&#232;ne certains &#224; faire, eux aussi, un pas de c&#244;t&#233;. Mais un rapide tour d'horizon laisse &#224; penser que les fondations des boursicoteurs et thurif&#233;raires du nucl&#233;aire n'ont pas boug&#233; d'un pouce.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_127 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH252/Soulcie_cqfd88-235ac.png?1782647922' width='400' height='252' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Soulci&#233;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aussi&lt;/strong&gt;, vous les avez ressenties ? Pas les secousses, &#233;videmment, mais la compassion, la crainte et la col&#232;re ? La compassion pour les 28 000 morts ou port&#233;s disparus suite au tremblement de terre et au tsunami. La crainte pour les victimes potentielles de l'atome de Fukushima. Et la col&#232;re contre ces nucl&#233;ocrates constatant, le doigt sur la fuite, la t&#234;te dans le panache, que &#171; l'impossible &#187; est &#8211; ha ben oui, tiens&#8230; &#8211; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est point le cas de cet entrepreneur fran&#231;ais au Pays du Soleil levant interrog&#233; par la chambre de commerce et d'industrie (CCI) fran&#231;aise de Tokyo. Il se dit inquiet car &lt;i&gt;&#171; le Japon ne sera pas le m&#234;me apr&#232;s &#187;&lt;/i&gt;, et constate am&#232;rement que &lt;i&gt;&#171; ce sera long pour que l'environnement dans lequel nous op&#233;rons retrouve une activit&#233; normale. &#187;&lt;/i&gt; En esp&#233;rant que le milieu &#233;conomique s'en sorte mieux que l'aquatique, lequel a re&#231;u des milliers de m&#232;tres cubes d'eau radioactive le 4 avril dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, plus optimistes, sachant d'exp&#233;rience qu'&#224; l'&#233;conomie malheur est bon, estiment qu'il y a tout &#224; gagner dans ce &#171; changement &#187;. Un rapport de la Banque mondiale publi&#233; le lundi 21 mars soutient que &lt;i&gt;&#171; la croissance r&#233;elle du produit int&#233;rieur brut&lt;/i&gt; [japonais] &lt;i&gt;sera n&#233;gativement affect&#233;e jusqu'&#224; la mi-2011 &#187;&lt;/i&gt;, certes, mais &lt;i&gt;&#171; la croissance devrait s'acc&#233;l&#233;rer dans les trimestres suivants au fur et &#224; mesure de l'acc&#233;l&#233;ration des mesures de reconstruction. &#187;&lt;/i&gt; Nous disions : 28 000 morts et disparus ; des r&#233;fugi&#233;s contraints d'abandonner leur domicile contamin&#233; ; des irradi&#233;s qui, un jour, seront mang&#233;s par leur crabe ; des gamins qui na&#238;tront difformes&#8230; Tous seront heureux d'apprendre qu'ils ont particip&#233; &#224; la croissance &#233;conomique de leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureux comme un Warren Buffet, cet investisseur &#233;tats-unien, troisi&#232;me fortune mondiale, qui, selon &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; du 28 mars, p&#233;rorait r&#233;cemment : &lt;i&gt;&#171; Si j'avais des actions japonaises, il est certain que je ne les vendrais pas. &#187; &lt;/i&gt; Dans son monde &#8211; celui de la finance, et non celui de la compassion, de la crainte et de la col&#232;re &#8211; ce s&#233;isme est une chance : &lt;i&gt;&#171; Il est fr&#233;quent que quelque chose de subit comme ceci, un &#233;v&#233;nement exceptionnel, cr&#233;e r&#233;ellement une opportunit&#233; d'achat. &#187;&lt;/i&gt; Compris, les fervents d&#233;fenseurs de la bougie-&#224;-grand-mamie ? Au lieu d'ass&#233;ner que, tout de m&#234;me, ces centrales nucl&#233;aires, c'est un tantinet dangereux, d&#233;nouez les cordons de vos bourses pendant que celle de Tokyo d&#233;visse s&#233;v&#232;re. D'ici peu, une vague de pognon d&#233;ferlera &#224; vos pieds !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la pr&#233;sidente du groupe nucl&#233;aire fran&#231;ais Areva, Anne Lauvergeon, a priori la plus &#224; m&#234;me de la fermer en pareille occasion, elle d&#233;clarait le 16 mars dernier : &lt;i&gt;&#171; S'il y avait eu des EPR &#224; Fukushima, il n'y aurait pas eu de fuites dans l'environnement. &#187; &lt;/i&gt; L'EPR (European pressurized reactor) est ce r&#233;acteur nucl&#233;aire qu'Areva construit et compte refourguer &#224; la plan&#232;te enti&#232;re, vantant son &#171; niveau de s&#233;curit&#233; &#187; in&#233;galable. Et avec lequel elle esp&#232;re bien gaver de dividendes ses actionnaires. Car, hasard du calendrier, la bo&#238;te de Lauvergeon effectuait d&#233;but avril son passage en Bourse, histoire d&#233;sormais de vendre des titres estampill&#233;s radioactifs. &lt;i&gt;&#171; On se dirige vers un processus rampant de privatisation du groupe &#187;&lt;/i&gt;, rousp&#232;te dans &lt;i&gt;La Tribune&lt;/i&gt; du 28 mars un administrateur CGT de la bo&#238;te. Rien de bien &#233;tonnant&#8230; C'est la fin du monde dans la salle des commandes de Fukushima, mais non dans celle des march&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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