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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Soiffards, les communards ?</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Mais</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Avec la l&#233;gende des p&#233;troleuses incendiaires, celle des communards alcoolos a &#233;t&#233; un grand standard de la propagande r&#233;actionnaire apr&#232;s la r&#233;volution de 1871. Comme le montre l'historien vigneron (et compagnon de route de CQFD) Mathieu L&#233;onard dans son dernier bouquin, L'Ivresse des communards (Lux, mars 2022), ce discours s'ancre dans un climat hygi&#233;niste qui d&#233;passe largement le contexte de la Commune. La lutte antialcoolique traverse ainsi toute l'histoire du mouvement ouvrier. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la l&#233;gende des p&#233;troleuses incendiaires, celle des communards alcoolos a &#233;t&#233; un grand standard de la propagande r&#233;actionnaire apr&#232;s la r&#233;volution de 1871. Comme le montre l'historien vigneron (et compagnon de route de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;) Mathieu L&#233;onard dans son dernier bouquin, &lt;i&gt;L'Ivresse des communards &lt;/i&gt;(Lux, mars 2022), ce discours s'ancre dans un climat hygi&#233;niste qui d&#233;passe largement le contexte de la Commune. La lutte antialcoolique traverse ainsi toute l'histoire du mouvement ouvrier. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4430 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200communards_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH713/1200communards_resultat-62a91.jpg?1782960056' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant et apr&#232;s la Commune, la propagande r&#233;actionnaire d&#233;crit les communards comme un ramassis de pochetrons. C'est une r&#233;alit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le photographe Nadar, t&#233;moin des &#233;v&#233;nements de 1871, qualifiait de &#8220;&lt;i&gt;l&#233;gende int&#233;ress&#233;e&lt;/i&gt;&#8221; le mythe d'une Commune sous l'emprise de l'alcool. Certes, on peut sans doute documenter les consommations de vin et d'eau-de-vie par les gardes nationaux d&#232;s le si&#232;ge de l'hiver 1870, les pillages de cave occasionnels ou encore les &#233;tats de &lt;i&gt;delirium tremens&lt;/i&gt; de certains f&#233;d&#233;r&#233;s lors de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871). Mais ces effets de loupe ne nous apprennent rien sur la Commune. Les poncifs qui pr&#233;sentent les communards &#8220;&lt;i&gt;ivres de vin et de sang&lt;/i&gt;&#8221; servent le discours versaillais et bourgeois et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le registre contre-r&#233;volutionnaire. Il s'agit d'avilir une population insurg&#233;e affam&#233;e, que d'odieux chefs r&#233;volutionnaires auraient maintenue dans une ivresse permanente pour prendre les r&#234;nes du pouvoir. 150 ans plus tard, personne ne d&#233;fend plus cette th&#232;se. J'ai voulu n&#233;anmoins remonter le fil de la l&#233;gende et saisir ses usages politiques et prophylactiques au-del&#224; de l'&#233;v&#233;nement m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu montres comment ce discours antialcoolique se greffe &#224; une id&#233;ologie hygi&#233;niste et se charge d'un discours politique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le discours hygi&#233;niste s'inscrit dans un si&#232;cle hant&#233; par les &#233;pid&#233;mies (variole, typhus, syphilis, chol&#233;ra) et par un mythe fondateur : celui de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, la somme des tares qui se transmettent et menacent toute l'esp&#232;ce. Les probl&#232;mes politiques et sociaux sont per&#231;us comme autant de menaces de contagion. Et &#231;a vaut pour l'alcoolisme comme pour les id&#233;es r&#233;volutionnaires, les &#8220;d&#233;viances sexuelles&#8221; ou les maladies mentales. Ainsi s'op&#232;re la tentation de passer de l'&#233;tiologie &lt;i&gt;[l'&#233;tude des causes des maladies]&lt;/i&gt; &#224; la biopolitique, autrement dit &#224; un pouvoir sanitaire au service du capitalisme lib&#233;ral. La prophylaxie antialcoolique qui suit la Commune imagine qu'on r&#233;soudra la question sociale par l'abstinence et l'&#233;pargne&#8230; sans bien s&#251;r toucher &#224; la propri&#233;t&#233; capitaliste ni &#224; l'exploitation. Avant tout, il s'agit de r&#233;g&#233;n&#233;rer la nation apr&#232;s une co&#251;teuse d&#233;faite contre la Prusse et une guerre civile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les caf&#233;s sont un important lieu de socialisation ouvri&#232;re. Quel r&#244;le jouent-ils pour le mouvement ouvrier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le lieu de sociabilisation par excellence, car avant la cr&#233;ation de lieux d'entre-soi ouvrier comme les bourses de travail, il n'en existe pas d'autres ! Il faut aussi garder en m&#233;moire que l'habitat ouvrier est souvent insalubre, exigu, surpeupl&#233;. Le cabaret offre &#224; l'ouvrier &#8211; masculin, faut-il le pr&#233;ciser &#8211;, une respiration et une distraction. Balzac en parlait d&#233;j&#224; comme le &#8220;&lt;i&gt;parlement du peuple&lt;/i&gt;&#8221;. Mais le discours hygi&#233;niste le d&#233;signe comme le lieu de tous les vices et toutes les contagions : &#8220;&lt;i&gt;La tuberculose s'attrape au comptoir&lt;/i&gt;&#8221;, dit-on. La III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique est l'&#226;ge d'or des caf&#233;s (on en compte 1 pour 80 habitants vers 1914). Certains discours r&#233;publicains m&#233;nagent la profession, non sans arri&#232;re-pens&#233;es &#233;lectoralistes : &#8220;&lt;i&gt;Lorsqu'on d&#233;crie cette profession, on fait le proc&#232;s m&#234;me de la d&#233;mocratie laborieuse&lt;/i&gt;&#8221;, s'exclame Gambetta, alors pr&#233;sident de la Chambre des d&#233;put&#233;s, dans un discours au banquet du syndicat des marchands de vin de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#8220;&lt;i&gt;La tuberculose s'attrape au comptoir&lt;/i&gt;&#8221;, dit-on. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais au sein du mouvement ouvrier, le r&#244;le du bistrot est peu &#224; peu d&#233;cri&#233;. La fr&#233;quentation des cabarets nuit non seulement au bien-&#234;tre ouvrier, mais aussi &#224; l'organisation de classe. Dans leur livre &lt;i&gt;Marchands de folie &lt;/i&gt;(1913), les fr&#232;res Bonneff d&#233;peignent ainsi la d&#233;pendance des ouvriers &#224; leur cr&#233;ancier-marchand de vin et d&#233;noncent l'hypocrisie des pouvoirs publics qui n'osent pas combattre l'industrie des alcooliers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des penseurs socialistes d&#233;noncent tr&#232;s t&#244;t l'effet anesth&#233;siant de l'alcool sur les ouvriers, qu'il emp&#234;cherait de s'engager dans les luttes. Pourtant, le mouvement socialiste peine longtemps &#224; s'emparer de cette question...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le discours socialiste a rarement fait l'apologie de l'alcoolisme, mais on y voit d'abord une compensation face &#224; la duret&#233; de la condition prol&#233;taire, notamment dans certains secteurs particuli&#232;rement p&#233;nibles (docks, b&#226;timent, m&#233;tallurgie) o&#249; les journ&#233;es d&#233;passent les 12 heures. Le petit blanc du matin n'a-t-il pas pour nom &#8220;&lt;i&gt;la consolante&lt;/i&gt;&#8221; ? Il faut croire que la croisade contre l'alcoolisme, ce &#8220;&lt;i&gt;mal qui ronge la nation&lt;/i&gt;&#8221;, est devenue tellement h&#233;g&#233;monique &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle que tous se rallient &#224; la raison hygi&#233;niste. Personne n'ose d&#233;fendre publiquement la dimension de plaisir de la boisson... exception faite du vin, v&#233;ritable f&#233;tiche national. C'est aussi l'&#232;re des produits falsifi&#233;s, &#224; commencer par les boissons servies au prolo : vin trafiqu&#233;, tord-boyau toxique et absinthe frelat&#233;e. un empoisonnement industriel qui indigne l'anarcho-syndicaliste &#201;mile Pouget dans&lt;i&gt; [son journal]&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Le P&#232;re peinard&lt;/i&gt; : &#8220;&lt;i&gt;Il faudrait, nom de dieu, de la bonne boustifaille, du bon picolo, pour nous refaire du sang. Mais pour bouffer quelque chose de naturel, il faut &#234;tre &#224; la campluche ; dans les villes y a plus moyen.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les syndicats et les partis socialistes n'ont pas vocation &#224; remplacer les ligues de temp&#233;rance. En attendant le Grand soir, l'objectif de la lutte des classes est de rogner l'emprise du capital sur le travail : par l'augmentation des salaires, la diminution du temps de travail et l'extension des services sociaux. Les luttes syndicales pour le repos hebdomadaire (1906) et pour la journ&#233;e de huit heures int&#232;grent le principe que les cadences infernales poussent &#224; l'alcoolisme et rendent la famille malheureuse. Mais ce n'est pas un objet de n&#233;gociation ou programmatique en soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;but XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, on voit appara&#238;tre un ouvri&#233;risme antialcoolique ainsi qu'une prise en compte du &#171; probl&#232;me &#187; chez les anarchistes, les individualistes en particulier. Quelle influence exerceront-ils sur le mouvement ouvrier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il existe des mouvements antialcooliques ouvriers, coopt&#233;s par des m&#233;decins bourgeois comme le docteur Paul-Maurice Legrain, figure majeure de la lutte pour l'abstinence, qui soutiendra toutes les initiatives ouvri&#232;res et anarchistes contre l'alcoolisme. Cet antialcoolisme ouvrier sp&#233;cifique se fait avaler dans une forme d'union nationale par la Ligue nationale contre l'alcoolisme au moment de la Premi&#232;re Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le purisme du discours anarchiste sur l'alcool, consid&#233;r&#233; comme un instrument de soumission, est quant &#224; lui un cas intriguant. Certes, &#224; la base, on comprend la logique de faire feu de tout bois contre cette soci&#233;t&#233; bourgeoise honnie, source des in&#233;galit&#233;s les plus ha&#239;ssables, et de voir derri&#232;re l'alcool &#8220;&lt;i&gt;la main du ma&#238;tre&lt;/i&gt;&#8221;. Chez les naturiens, le rejet de la soci&#233;t&#233; industrielle inclut l'alcool. Les anarchistes individualistes vomissent les deux mal&#233;dictions d'une classe ouvri&#232;re soumise : le vote et l'alcoolisme. Pour eux, &#8220;&lt;i&gt;le r&#232;gne de la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique, c'est le r&#232;gne du poivrot&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; Plut&#244;t que de r&#233;clamer des mesures sanitaires interventionnistes, ces milieux anarchistes pr&#244;nent l'&#233;ducation et la reconqu&#234;te de son propre corps par une forme d'autod&#233;fense hygi&#233;nique vitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incontestablement, le d&#233;sir de r&#233;g&#233;n&#233;ration emprunte au scientisme des th&#233;ories de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence, avec le cas troublant des n&#233;omalthusiens qui, en plus de d&#233;fendre la procr&#233;ation choisie et la contraception, vont aussi alimenter un certain eug&#233;nisme. Bien entendu, il ne s'agit pas de confondre les discours r&#233;actionnaires ou darwinistes sociaux, qui reposent sur la hi&#233;rarchie et la s&#233;lection sociale avec les id&#233;es anarchistes qui, &#224; l'inverse, recherchent l'horizontalit&#233; et l'entraide. Toutefois on peut s'interroger sur la porosit&#233; d'un certain d&#233;terminisme biologique sur les id&#233;es de cette &#233;poque. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/couv.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH869/couv-33ebe.jpg?1782960056' width='500' height='869' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des oubli&#233;s de la r&#233;sistance ouvri&#232;re au nazisme</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-oublies-de-la-resistance</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Oncle Charlie</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Loin de l'aveuglement de l'Internationale communiste &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler, le Jewish Labor Committee, syndicat juif am&#233;ricain, l'avait tr&#232;s vite compris : &#171; Lorsqu'un gouvernement commence &#224; pers&#233;cuter les juifs, il s'ensuit in&#233;vitablement qu'il pers&#233;cutera le mouvement ouvrier. &#187; Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nomm&#233; chancelier du Reich par le pr&#233;sident de la R&#233;publique, le mar&#233;chal Hindenburg &#8211; non parce qu'il a gagn&#233; des &#233;lections (aux pr&#233;sidentielles de 1932 le premier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no147-octobre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;147 (octobre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Loin de l'aveuglement de l'Internationale communiste &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler, le Jewish Labor Committee, syndicat juif am&#233;ricain, l'avait tr&#232;s vite compris : &lt;i&gt;&#171; Lorsqu'un gouvernement commence &#224; pers&#233;cuter les juifs, il s'ensuit in&#233;vitablement qu'il pers&#233;cutera le mouvement ouvrier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2907 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1151-e74c3.jpg?1782645828' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nomm&#233; chancelier du Reich par le pr&#233;sident de la R&#233;publique, le mar&#233;chal Hindenburg &#8211; non parce qu'il a gagn&#233; des &#233;lections (aux pr&#233;sidentielles de 1932 le premier avait &#224; peine atteint 30 % des suffrages exprim&#233;s), mais &#224; l'issue d'une longue crise &#233;conomique, politique et sociale qui voit la grande bourgeoisie se r&#233;soudre &#224; cette derni&#232;re solution pour conserver son h&#233;g&#233;monie face &#224; des partis ouvriers divis&#233;s mais redout&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Humanit&#233;, &lt;/i&gt;&#233;blouissante de lucidit&#233;, titre : &#171; &lt;i&gt;Le r&#233;sultat d'un moindre mal : Hitler chancelier&lt;/i&gt; &#187; tandis que l'Internationale communiste, inspir&#233;e par le g&#233;nial Joseph Staline, d&#233;clare en avril 1933 : &lt;i&gt;&#171; L'institution de la dictature fasciste manifeste, qui r&#233;duit &#224; n&#233;ant les illusions d&#233;mocratiques des masses et soustrait les masses &#224; l'influence de la social-d&#233;mocratie, acc&#233;l&#232;re la marche de l'Allemagne &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &lt;/i&gt;(sic) &lt;i&gt; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout le monde &#233;tait-il aussi aveugl&#233; ?&lt;/strong&gt; Eh bien non, car, aux &#201;tats-Unis, un personnage m&#233;connu, Abraham Plotkin, joua un r&#244;le d&#233;terminant pour alerter le mouvement syndical am&#233;ricain des dangers du nazisme. Ce dernier, d'origine juive russe, est un militant de l'International Ladies Garment Workers Union (ILGWU) &#8211; syndicat international des ouvriers de la confection f&#233;minine &#8211; affili&#233; &#224; l'American Federation of Labor (AFL). Il r&#233;side en Allemagne de novembre 1932 &#224; mai 1933 et assiste &#224; la d&#233;faite sans combat du mouvement ouvrier le plus puissant d'Europe et aux premi&#232;res mesures antis&#233;mites des nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son retour, il consacre un article &#224; la pers&#233;cution des dirigeants ouvriers qui contribue &#224; convaincre William Green, le pr&#233;sident de l'AFL, de lancer un boycott contre les biens et services allemands. Plotkin participe aussi &#224; la campagne pour sauver le secr&#233;taire des syndicats de la confection allemands, Martin Plettl, qui sera le premier militant ouvrier allemand accueilli aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En f&#233;vrier de l'ann&#233;e suivante&lt;/strong&gt;, le Jewish Labor Committee (JLC) est fond&#233; au cours d'un meeting &#224; New York qui r&#233;unit un millier de d&#233;l&#233;gu&#233;s du monde ouvrier juif &#8211; le secteur essentiellement new-yorkais des travailleurs de la confection. Ses animateurs sont d'anciens militants du Bund &#8211; abr&#233;g&#233; de l'&#171; Union G&#233;n&#233;rale des ouvriers juifs de Russie, de Pologne et de Lituanie &#187; cr&#233;&#233;e &#224; Vilnius en 1897&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire Henri Minczeles, Histoire g&#233;n&#233;rale du Bund &#8211; un mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Contraints &#224; l'exil apr&#232;s l'&#233;chec de la r&#233;volution de 1905, ils sont parvenus en deux d&#233;cennies &#224; la t&#234;te du mouvement syndical juif am&#233;ricain. La personnalit&#233; de son fondateur, Baruch Charney Vladeck (1886-1938), est embl&#233;matique de cette g&#233;n&#233;ration de bundistes &#233;migr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour ces syndicalistes, &lt;/strong&gt;socialistes et non communistes, juifs et non sionistes, &lt;i&gt;&#171; lorsqu'un gouvernement commence &#224; pers&#233;cuter les juifs, il s'ensuit in&#233;vitablement qu'il pers&#233;cutera le mouvement ouvrier &#187;&lt;/i&gt;. Le JLC s'emploie d&#232;s sa naissance &#224; construire des liens internationaux et &#224; constituer des r&#233;seaux d'information et de solidarit&#233; avec des fili&#232;res allemande, italienne et espagnole. Il d&#233;veloppe en m&#234;me temps une active politique antinazie, participant en particulier &#224; la campagne de boycott des produits allemands aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les Jeux olympiques de Berlin se profilent, le JLC figure parmi les partisans d'un refus am&#233;ricain d'y participer, puis il est la cheville ouvri&#232;re des contre-olympiades tenues les 15 et 16 ao&#251;t 1936, les derniers jours des Jeux de Berlin, au Randall's Island Stadium de New York. Il &#233;tablit &#233;galement des liens avec le groupe socialiste de gauche allemand Neu Beginnen (&#171; Nouveau D&#233;part &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avec le d&#233;but de la guerre&lt;/strong&gt;, ce sont les op&#233;rations de sauvetage qui dominent l'activit&#233; du JLC avec Frank Bohn et Varian Fry &#224; Marseille, dont l'action est d&#233;sormais reconnue, mais dont la dimension politique est largement sous-estim&#233;e. Depuis la Lituanie occup&#233;e par les Sovi&#233;tiques, le JLC organise miraculeusement durant quelques mois une fili&#232;re de sauvetage de militants bundistes polonais gr&#226;ce &#224; un consul japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ce sont la France et la Pologne occup&#233;es qui sont au centre de ses pr&#233;occupations. Pour la premi&#232;re, le JLC soutient l'unit&#233; syndicale et la r&#233;sistance socialiste fran&#231;aises. Pour la seconde, face au g&#233;nocide, le JLC fournit argent et armes aux r&#233;sistants du ghetto de Varsovie, tente d'engager une aide humanitaire aux juifs de Russie et essaie d'alerter l'opinion publique sur l'ampleur du massacre en cours. Il participe aussi &#224; la campagne en faveur de Wiktor Alter et Henryk Erlich, les deux dirigeants polonais du Bund ex&#233;cut&#233;s en URSS. Tout au long de son histoire, le JLC se heurtera au &#171; mur de papier &#187; mis en place par le D&#233;partement d'&#201;tat pour limiter drastiquement l'&#233;migration des juifs pers&#233;cut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, &lt;/strong&gt;l'action du JLC r&#233;sonne comme le chant du cygne de l'ancien mouvement ouvrier avec le triomphe du sionisme dans le monde juif et l'int&#233;gration du syndicalisme &#224; l'&#201;tat et son corollaire, l'abandon de l'internationalisme. C'est, en tout cas, une page m&#233;connue de la solidarit&#233; internationale ouvri&#232;re &#224; d&#233;couvrir &#224; l'heure o&#249; les nuages s'amoncellent sur la sc&#232;ne internationale, entre barbarie de Daech et cynisme des politiques imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oncle Charlie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire&lt;/strong&gt; : Catherine Collomp, &lt;i&gt;R&#233;sister au nazisme &#8211; Le Jewish Labor Committee, New York, 1934-1945&lt;/i&gt;, CNRS &#201;ditions, 2016.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire Henri Minczeles, &lt;i&gt;Histoire g&#233;n&#233;rale du Bund &#8211; un mouvement r&#233;volutionnaire juif, &lt;/i&gt;Deno&#235;l, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Morts aux Ritals !</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Entre 1890 et 1910, on comptabilise une soixantaine d'incidents x&#233;nophobes dans le monde ouvrier fran&#231;ais. Rixes entre ouvriers fran&#231;ais et belges dans le Nord, affrontements sanglants entre Italiens et locaux dans les carri&#232;res de Senlis, contre des Espagnols dans l'Aude, ces divers incidents expriment une m&#234;me protestation contre l'embauche d'une main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re. La revendication d'un protectionnisme du travail national n'est pas sans rapport avec la mont&#233;e en puissance des ligues (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre 1890 et 1910&lt;/strong&gt;, on comptabilise une soixantaine d'incidents x&#233;nophobes dans le monde ouvrier fran&#231;ais. Rixes entre ouvriers fran&#231;ais et belges dans le Nord, affrontements sanglants entre Italiens et locaux dans les carri&#232;res de Senlis, contre des Espagnols dans l'Aude, ces divers incidents expriment une m&#234;me protestation contre l'embauche d'une main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re. La revendication d'un protectionnisme du travail national n'est pas sans rapport avec la mont&#233;e en puissance des ligues nationalistes et antis&#233;mites, &#224; une &#233;poque o&#249; le mouvement ouvrier organis&#233; est encore en gestation &#8211; la CGT se constitue en 1895 &#8211; et l'id&#233;e internationaliste est quasimment oubli&#233;e depuis la scission de l'Association internationale des travailleurs en 1872. Le nationalisme sert d'ultime refuge aux ouvriers expos&#233;s au ch&#244;mage et priv&#233;s de formes de solidarit&#233;s sociales effectives. D&#232;s lors l'ouvrier nationaliste joue contre son camp en renfor&#231;ant la domination du patronat national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les &#233;trangers nous prennent nos places, nos emplois, nos fianc&#233;es &#187;&lt;/i&gt;, peut-on lire dans la lettre d'un ouvrier adress&#233;e &#224; un d&#233;put&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1880. Les griefs principaux sont que les immigr&#233;s p&#232;sent &#224; la baisse sur le salaire et d&#233;gradent les conditions de travail, ce qui est loin d'&#234;tre av&#233;r&#233; &#224; qualification &#233;gale. Par contre, il est &#233;vident &#8211; et c'est une constante toujours &#224; l'&#339;uvre &#8211; que les besognes les plus p&#233;nibles, les moins bien pay&#233;es, donc d&#233;laiss&#233;es par les ouvriers locaux, sont majoritairement d&#233;volues aux travailleurs immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Italiens constituent alors la main-d'&#339;uvre &#233;trang&#232;re la plus importante et&#8230; la population la plus expos&#233;e. En 1881, Marseille avait d'ailleurs connu une chasse &#224; l'homme contre les Italiens (15 % de la population urbaine) rest&#233;e dans l'histoire sous le nom de &#171; V&#234;pres marseillaises &#187;. Bilan : 3 morts et une vingtaine de bless&#233;s.
En ao&#251;t 1893, la compagnie des Salins du midi recrute 920 ouvriers pay&#233;s au rendement pour le battage et le levage du sel. La crise &#233;conomique rend plus &#226;pre encore la concurrence entre les travailleurs saisonniers qui se distinguent en trois cat&#233;gories : les &#171; Ard&#233;chois &#187;, les &#171; trimards &#187;, compos&#233;s de vagabonds, et les &#171; Pi&#233;montais &#187; au nombre de 410. Les &#233;quipes sont m&#233;lang&#233;es. Dans ce d&#233;sert sal&#233; et sans ombre, &#224; huit kilom&#232;tres d'Aigues-Mortes dans l'H&#233;raut, tout commence par une bagarre le 16 ao&#251;t. Les trimards, moins rod&#233;s &#224; la t&#226;che que les Italiens, reprochent &#224; ces derniers d'imposer des cadences trop intensives. Un Italien est accus&#233; d'avoir rinc&#233; sa chemise pleine de sel au-dessus du baquet d'eau potable des trimards. On en vient aux mains et au couteau. Par vengeance, les trimards colportent la rumeur jusqu'au bourg que des Italiens ont tu&#233; des Aigue-Mortais et appellent &#224; la&lt;i&gt; &#171; chasse &#224; l'ours &#187;&lt;/i&gt;. Lourdement avin&#233;s, les trimards s'arment de b&#226;tons, les Aigue-Mortais de fourches et de fusils. La population aux fen&#234;tres, se croyant aux courses camarguaises, encourage les f&#233;roces patriotes. Le drapeau fran&#231;ais est brandi pendant qu'on assomme et tue les ouvriers italiens jusqu'au lendemain, sous les yeux des gendarmes et des &#233;diles locaux. Durant la cur&#233;e, un drapeau rouge est aussi d&#233;ploy&#233;, ce qui n'est pas fait pour dissiper la confusion, et lorsque la troupe cherche &#224; intervenir, la meute s'y oppose aux cris de &#171; Fourmies &#187;, en r&#233;f&#233;rence &#224; la fusillade par l'arm&#233;e des mineurs deux ans auparavant dans le Nord. Le bilan est de 8 morts, enterr&#233;s en toute h&#226;te, et d'une vingtaine de bless&#233;s. Lors du proc&#232;s, l'accusation charge les Italiens et trouve un bouc &#233;missaire ; le jury acquitte les assassins en d&#233;pit de preuves &#233;videntes. La presse nationaliste applaudit. Le mythe des cadavres d'Italiens reposant au fond des marais demeurera longtemps. Cette tuerie entachera durablement les m&#233;moires locales et nationales du sceau de la honte. La production d'un discours x&#233;nophobe &#224; pr&#233;tention sociale, gommant la v&#233;ritable lutte des classes, ne peut vraisemblablement avoir que de funestes cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire : G&#233;rard Noirel, &lt;a href=&#034;http://www.editions-fayard.fr/livre/fayard-308070-Le-Massacre-des-Italiens-Gerard-Noiriel-hachette.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Massacre des Italiens &#8211; Aigues-Mortes, 17 ao&#251;t 1893&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Fayard, 2010.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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