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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>D&#233;lit de barbecue</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pour les postiers marseillais, les raisons de faire gr&#232;ve ne manquent pas : d&#233;gradation de leurs conditions de travail et m&#233;pris de leur hi&#233;rarchie. De barbecue en manif, ils tentent de mobiliser. R&#233;cit d'une histoire v&#233;cue. &#171; Les Dodgers pratiquent l'art de l'esquive, tu comprends &#187;, me dit un postier bien au fait des p&#233;rip&#233;ties de ce club de supporters, en retournant les merguez sur le brasero. Il est midi pile ce 17 avril 2018, au centre de courrier de Saint-Just (qui regroupe les 4e et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour les postiers marseillais, les raisons de faire gr&#232;ve ne manquent pas : d&#233;gradation de leurs conditions de travail et m&#233;pris de leur hi&#233;rarchie. De barbecue en manif, ils tentent de mobiliser. R&#233;cit d'une histoire v&#233;cue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2896 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH581/-1140-4eac0.jpg?1779602887' width='400' height='581' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les Dodgers pratiquent l'art de l'esquive, tu comprends&lt;/i&gt; &#187;, me dit un postier bien au fait des p&#233;rip&#233;ties de ce club de supporters, en retournant les merguez sur le brasero. Il est midi pile ce 17 avril 2018, au centre de courrier de Saint-Just (qui regroupe les 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements de Marseille). Et c'est la gr&#232;ve ! Cela n'emp&#234;che pas de parler foot, langage universel en terre phoc&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cinquantaine de postiers ont d&#233;barqu&#233; &#224; l'arri&#232;re du b&#226;timent, l&#224; o&#249; les facteurs prennent le courrier pour la tourn&#233;e quotidienne. En un tournemain sont apparus cubis de ros&#233; et de rouge, puis le barbecue. Ici la gr&#232;ve n'est pas que parlotte : partager un repas, c'est le b.a-ba.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La Poste, nid de gal&#232;res&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La direction de La Poste r&#233;organise le travail en catimini : les Hauts-de-Seine, l'Ille-et-Vilaine, la Gironde et les Bouches-du-Rh&#244;ne sont en gr&#232;ve en ce moment. Vent debout contre les suppressions de tourn&#233;es. &#171; &lt;i&gt;On est pass&#233; de 25 centres de courrier &#224; cinq sur toute la France, soit 200 personnes en moins, &lt;/i&gt;explique Lotfi. &lt;i&gt;M&#234;me si la quantit&#233; de courrier baisse, le travail devient intense. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sabrina raconte que les cadres qui les remplacent pendant les gr&#232;ves ont mal au dos : &#171; &lt;i&gt;En th&#233;orie, on ne doit pousser qu'un seul chariot. Mais si vous respectez cette consigne, on vous engueule parce que vous ne faites pas le chiffre annonc&#233;. Si bien que nous sommes nombreux &#224; souffrir d'hernies discales. &lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s 17 ann&#233;es &#224; la plateforme industrielle du courrier, sa sant&#233; a pris cher. Elle est d&#233;sormais cantonn&#233;e &#224; un poste assis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nico partage son amertume. Pour lui, le quotidien des facteurs s'est d&#233;grad&#233; avec l'informatisation des t&#226;ches et la multiplication des services : &#171; &lt;i&gt;Tu vois, on aimerait avoir du temps pour vivre aussi. Pas &#234;tre des machines aux ordres de machines. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le barbecue gr&#233;sille, entour&#233; d'une centaine de travailleurs, un postier arborant autocollant jaune sur pull bleu empoigne sa guitare et joue du Cabrel. L'atmosph&#232;re se r&#233;chauffe. C'est le moment que choisit Yann, un grand gaillard syndiqu&#233; &#224; Arles, pour monter sur un parapet. Il rugit comme un lion. On doit l'entendre jusqu'&#224; Aubagne. Le message est clair : renforcer la lutte et se r&#233;jouir d'&#234;tre ensemble. Puis Serge prend la parole, notant que la direction fait tout pour durcir le conflit. &#171; &lt;i&gt; &#199;a fait dix ans qu'on n'a pas &#233;t&#233; ensemble sur le d&#233;partement. Il faut en profiter ! &lt;/i&gt; &#187; Des acclamations r&#233;pondent &#224; la harangue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tape sur trois grosses caisses avec une furieuse &#233;nergie. Aux baguettes, Laurent, un Auvergnat au sang chaud, et un pote musicien, ancien salari&#233; en CDD de La Poste venu en soutien. Debout depuis 4 h du matin, ils d&#233;bordent d'&#233;nergie. Des guerriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yann rassemble les troupes pour envisager la suite. Les cadres attendent, eux, &#224; l'aff&#251;t devant les portes. Les deux camps se font face. Ils n'ont rien &#224; se dire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Barbecue vaincra&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 19 avril, sur La Canebi&#232;re, les postiers distribuent un tract invitant &#224; un autre barbecue. &#171; &lt;i&gt;Peut-&#234;tre une Sardinade ?&lt;/i&gt; &#187;, sugg&#232;re Laurent. Yann attrape le micro du camion Solidaires et lance des slogans. une fois le cort&#232;ge arriv&#233; &#224; Castellane, il scande un discours o&#249; il fustige Macron et la direction de La Poste. Derri&#232;re, on approuve, on se marre. Sur le camion, Coco annonce un drame : il n'y a plus de Ricard !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure plus tard, &#224; la r&#233;union interpro chez Solidaires, les postiers semblent un peu d&#233;courag&#233;s. Il est 14 h, la fatigue les plombe. Mais l'ambiance r&#233;conforte. Chaque secteur en lutte, le verre &#224; la main et la cacahu&#232;te haute, raconte sa mobilisation. Douce fin de journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes se retrouvent quelques jours plus tard pour un nouveau pique-nique. Sauf que cette fois, un huissier et quatre managers bloquent l'acc&#232;s au centre, les bras crois&#233;s, ne laissant entrer que les non-gr&#233;vistes. Mais ils font l'erreur d'ouvrir le portail : tout le monde se pr&#233;cipite et investit la plateforme. Il y a l&#224; une centaine de personnes, dont de nombreux soutiens : cheminots, profs, retrait&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yann s'accroche avec un chien de garde postal au vocabulaire limit&#233;. Avant de s'adresser aux gr&#233;vistes et &#224; leurs soutiens : &#171; &lt;i&gt;Ils veulent nous les foutre &#224; z&#233;ro et la paye &#224; z&#233;ro. Faire crever les gens !&lt;/i&gt; &#187; Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;Ils ont m&#234;me invent&#233; le d&#233;lit de barbecue !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chronique d'un piquet de gr&#232;ve SNCF</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;J'avais rien dit aux copains de Sud Rail. Pas os&#233; avouer que je voulais dormir ce 14 mai. Non, je ne viendrais pas &#224; trois plombes du mat' pour une action surprise ! Les surprises, je les connais, avec les postiers du D&#244;me, &#224; Saint-Just. &#192; chaque fois, c'est un blocage de PIC, de PPDC, des noms qu'on comprend rien, en pleine nuit, dans des bleds aussi folichons que Vitrolles. Apr&#232;s, tu continues &#224; te converger la lutte, &#224; te bloquer la plateforme, et tu glisses enfin crev&#233; jusqu'au soir avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais rien dit aux copains de Sud Rail. Pas os&#233; avouer que je voulais dormir ce 14 mai. Non, je ne viendrais pas &#224; trois plombes du mat' pour une action surprise ! Les surprises, je les connais, avec les postiers du D&#244;me, &#224; Saint-Just. &#192; chaque fois, c'est un blocage de PIC, de PPDC, des noms qu'on comprend rien, en pleine nuit, dans des bleds aussi folichons que Vitrolles. Apr&#232;s, tu continues &#224; te converger la lutte, &#224; te bloquer la plateforme, et tu glisses enfin crev&#233; jusqu'au soir avec un match OM-Atl&#233;tico &#224; 200 gugusses alcoolis&#233;s en ticheurte bleu ciel. Et tu te dis : mais macarelle ! Y peuvent pas descendre dans la rue, tous ces supporters, et foutre le feu un autre jour que les soirs de matchs, les djeun's en forme de sac &#224; pub pour les t&#233;l&#233;phones Lustucru des &#201;mirats Buitoni ? Hein, sans d&#233;c' ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In fine veritas&lt;/i&gt; &#8211; d'o&#249; me revient ce latin ? &#8211;, je me l&#232;ve tout seul, &#224; 3 h, sans mon radio-r&#233;veil. La conscience de classe ressemble &#224; la culpabilit&#233; freudienne. J'appelle mon contact pour situer le point de convergence des luttes, qui ressemble comme deux gouttes &#224; d'eau &#224; une barricade de chenapans. &#199;a tombe comme &#224; Gravelotte &#224; l'entr&#233;e du parking de la gare Saint-Charles. J'y retrouve une grappe de postiers mouill&#233;s, quelques endurcis qui ont fait toutes les gr&#232;ves depuis monseigneur Devaquet. Et puis aussi des cheminots, des FO et des Sud. Gilbert m'offre un parapluie FO, mon premier. &#199;a fait chaud au c&#339;ur. Je ne lui dis pas ce que je pense de son syndicat, vu que le ciel a d&#233;cid&#233; de nous rincer comme une cabine de douche &#224; la pointe du Raz. Les potes du rail apportent du caf&#233;, on chante &#171; &lt;i&gt; Singin' in the Rain&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;J'veux du soleil&lt;/i&gt; &#187;, mais &#231;a ne marche pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes postiers, on part boire un caf&#233; au bar d'en face, avec Christophe Barbier &#224; la t&#233;l&#233;. Une factrice le reconna&#238;t &#224; son &#233;charpe rouge. Va-t-il nous chier dessus ? Non, pour une fois, on &#233;chappe &#224; ses diatribes anti-fonctionnaires. L&#224;, il cause danger terroriste. D&#233;j&#224; &#231;a de gagn&#233;. La gr&#232;ve, sur le prompteur BFM, est un succ&#232;s. Mais on le savait d&#233;j&#224;. Parce qu'au bistrot, on a l'&#233;quipe de Canal+ avec nous. Et aussi Europe1 et BFM, qui font des allers-retours entre le barrage et le bar tout court. Car le bar rage, pr&#233;sentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On chante que BFM c'est tout pourri, pour les faire fuir. Mais, coriaces, ils tapent l'incruste malgr&#233; nos m&#233;chancet&#233;s. Vers 5 h 30, quelques cadres CGT arrivent en caisse et veulent passer. Eh non, les gars ! Sont surpris, les copains, qu'on soit d&#233;j&#224; l&#224; alors que c'est la C&#233;g&#232;te qui dirige la gr&#232;ve, bordel. Pas rancuniers, ils improvisent une descente sur les voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bizarre, plus le temps passe, plus je suis en forme. Je me sens gaillard comme un Christophe Barbier dans les gogues du Medef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les coups de 8 h, les &#233;tudiants pr&#233;sents partent sur La Canebi&#232;re pour bloquer les examens. Mal leur en prend. La police les gaze et du coup&#8230; bloque la fac. L&#224;, suivez bien, &#231;a va &#234;tre tr&#232;s compliqu&#233;. Quand j'arrive, les jeunes avec leur cartables Tann's pleurent en ch&#339;ur. Soit &#224; cause du gaz, soit parce qu'ils ont &#233;t&#233; violent&#233;s. C'est un sc&#233;nario nouveau pour beaucoup. D'autant que, pas de bol, ce sont ceux qui veulent passer les examens qui ont go&#251;t&#233; aux joies de la d&#233;mocratie polici&#232;re. Quentin et ses potes m'expliquent qu'ils sont venus au secours de leurs camarades bloqueurs alors qu'eux venaient travailler. Deux cent gamins filment et commentent quelque chose qu'ils ne connaissaient jusque-l&#224; que sur YouTube : la violence polici&#232;re. &#199;a s'agite. Un &#233;tudiant prend la parole et devient tout rouge, sans doute &#224; cause des gaz, quand soudain un contingent de syndicalistes arrive, le pas &#233;nergique. Une clameur soutient leur intervention. Je crois un instant que le service d'ordre de la CGT va d&#233;foncer la police. Non, faut pas r&#234;ver. Finalement, ils s'arr&#234;tent pile devant et parlementent. Enfin, ils leur donnent des ordres, tu vois. R&#233;sultat, un front social se stabilise devant les portes. Le face-&#224;-face emp&#234;chera les examens d'avoir lieu. Je sors ma flasque de rhum cubain. J'ai bien m&#233;rit&#233; d'avaler une bonne rasade de r&#233;alisme magique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi, j'irais aux imp&#244;ts soutenir les gr&#233;vistes. &#199;a sera s&#251;rement plus calme. Ouf.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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