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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'espoir, c'est de d&#233;manteler l'infrastructure de vid&#233;osurveillance &#187;</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;Au nom de 15 248 personnes, La Quadrature du Net vient de d&#233;poser trois plaintes contre le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur aupr&#232;s de la Cnil. L'audacieux objectif ? Obtenir le d&#233;montage des syst&#232;mes de vid&#233;osurveillance qui prosp&#232;rent aux quatre coins de la France et interdire &#224; la police de recourir &#224; la reconnaissance faciale. Entretien avec F&#233;lix Tr&#233;guer, membre de l'association. Le mail est parti samedi 24 septembre dans la soir&#233;e, de Marseille, en conclusion d'un festival de lutte contre la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no213-octobre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;213 (octobre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parti-samedi" rel="tag"&gt;parti samedi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au nom de 15 248 personnes, La Quadrature du Net vient de d&#233;poser trois plaintes contre le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur aupr&#232;s de la Cnil. L'audacieux objectif ? Obtenir le d&#233;montage des syst&#232;mes de vid&#233;osurveillance qui prosp&#232;rent aux quatre coins de la France et interdire &#224; la police de recourir &#224; la reconnaissance faciale. Entretien avec F&#233;lix Tr&#233;guer, membre de l'association.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/213_savoye.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH490/213_savoye-0c929.jpg?1779937750' width='500' height='490' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par &#201;tienne Savoye
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e mail est parti samedi 24 septembre dans la soir&#233;e, de Marseille, en conclusion d'un festival de lutte contre la &#171; technopolice &#187;. La destinataire : la Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s (Cnil)&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autorit&#233; administrative ind&#233;pendante cens&#233;e jouer les garde-fous en termes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'exp&#233;ditrice ? La principale association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques, La Quadrature du Net&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est elle qui, il y a trois ans, a lanc&#233; la campagne intitul&#233;e &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En pi&#232;ce jointe : les mandats de 15 248 personnes, missionnant ladite association pour agir en leur nom. L'objet du mail : trois plaintes visant le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition ? Obtenir de la Cnil qu'elle ordonne &#224; la place Beauvau de mettre un grand stop au d&#233;ploiement sans limite des technologies de surveillance num&#233;rique. Parmi les dispositifs vis&#233;s, on retrouve la reconnaissance faciale (d&#233;j&#224; largement utilis&#233;e au quotidien par les forces de l'ordre) et la vid&#233;osurveillance, qu'il s'agit tout bonnement de faire dispara&#238;tre &#8211; ou presque &#8211; des rues de l'Hexagone !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quinze ans qu'elle ferraille contre l'&#201;tat sur le plan juridique, La Quadrature du Net a connu trop de cuisantes d&#233;faites pour attendre de purs miracles du droit. Mais l'association a aussi remport&#233; plusieurs retentissantes victoires. Alors qui sait ? &#171; &lt;i&gt;Si on continue de jouer ce jeu-l&#224;, c'est parce qu'on pense qu'articul&#233; &#224; d'autres modes d'action, cet outil peut encore avoir son efficacit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, juge en tout cas F&#233;lix Tr&#233;guer, l'un des piliers de l'association. On en parle plus en d&#233;tail avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Quadrature du Net vient de d&#233;poser une s&#233;rie de plaintes collectives contre la &#171; technopolice &#187; aupr&#232;s de la Cnil, en ciblant en particulier la vid&#233;osurveillance. Politiquement, quel est votre objectif ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Ces derni&#232;res ann&#233;es, on a remport&#233; quelques combats sur le plan juridique. Il y a eu, par exemple, l'affaire de la reconnaissance faciale dans les lyc&#233;es &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2018, la r&#233;gion Paca a voulu lancer une exp&#233;rimentation de portiques &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, qu'on peut consid&#233;rer comme une r&#233;ussite de long terme. Mais le plus souvent, ce sont des victoires temporaires. &#199;a a &#233;t&#233; le cas, typiquement, pour l'usage des drones par la police. On a obtenu, &#224; l'arrach&#233;, plusieurs d&#233;cisions tr&#232;s favorables devant le Conseil d'&#201;tat, ce qui a fortement d&#233;rang&#233; le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &#8211; la police venait de commander des centaines de drones et de former des pilotes. Mais finalement, &#231;a n'a retard&#233; le processus que d'une douzaine de mois, le temps que le gouvernement fasse adopter par sa majorit&#233; parlementaire aux ordres une loi qui l&#233;galise cet usage technopolicier (bien que l'utilisation des drones par les polices municipales reste pour l'heure interdite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, on r&#233;ussit &#224; cr&#233;er un rapport de forces politique qui fait peur au gouvernement et il d&#233;cide en cons&#233;quence de ne pas tenter de faire adopter telle ou telle disposition, du moins pas dans l'imm&#233;diat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette plainte collective, il s'agit d'adopter une approche un peu plus offensive : l'espoir, c'est de d&#233;manteler l'infrastructure de vid&#233;osurveillance qui s'est d&#233;velopp&#233;e depuis quinze ans &#224; coups de centaines de millions d'euros d'argent public, si ce n'est de milliards (il n'existe pas de chiffrage global).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Aucune &#233;valuation officielle du rapport co&#251;t/efficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en France, ce qui est en soi scandaleux quand on voit le prix que &#231;a co&#251;te &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une sc&#232;ne m'a marqu&#233; lors de ma visite au salon Milipol &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salon professionnel de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, organis&#233; tous les deux ans &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; l'an dernier : l'un des commerciaux de Genetec, une entreprise canadienne qui vend des syst&#232;mes de visionnage des flux de vid&#233;osurveillance, a expliqu&#233; que la cam&#233;ra est le capteur n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;1 de la &#171; &lt;i&gt;smart city&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mod&#232;le cauchemardesque de la ville &#171; intelligente &#187; de demain, o&#249; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Et il est vrai qu'il y a plein d'applications qui se greffent &#224; la vid&#233;osurveillance. On le voit bien aujourd'hui avec le d&#233;veloppement de la vid&#233;osurveillance automatis&#233;e, et on le pressent pour demain avec la reconnaissance faciale en direct, coupl&#233;e &#224; des syst&#232;mes de gestion des foules. Tous ces dispositifs s'appuient sur les capteurs vid&#233;o. S'attaquer &#224; ces capteurs-l&#224;, c'est s'attaquer &#224; l'ensemble, ou presque, de la technopolice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La soci&#233;t&#233; se porterait mieux sans les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, parce qu'elles monopolisent beaucoup d'argent public qui pourrait aller &#224; la recherche de solutions alternatives pour g&#233;rer les probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; et les conflits qui traversent la soci&#233;t&#233; &#8211; on pourrait peut-&#234;tre commencer par se poser la question de comment les r&#233;gler sans la police ? Cet argent pourrait aussi &#234;tre consacr&#233; aux &#233;coles et &#224; plein d'autres choses importantes sous-financ&#233;es dans cette &#233;poque de n&#233;olib&#233;ralisme autoritaire d&#233;brid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la soci&#233;t&#233; n'irait pas plus mal : si on en croit les quelques rares &#233;tudes ind&#233;pendantes sur la question, la vid&#233;osurveillance ne joue un r&#244;le significatif que dans la r&#233;solution d'un tr&#232;s petit nombre d'affaires (1,2 % &#224; 3 % des affaires selon les &#233;tudes). Quant &#224; son r&#244;le pr&#233;ventif, il est &#224; peu pr&#232;s nul. Pourtant, comme l'a rappel&#233; la Cour des comptes en 2020, aucune &#233;valuation officielle du rapport co&#251;t/efficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance n'a jamais &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e en France, ce qui est en soi scandaleux quand on voit le prix que &#231;a co&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe, c'est que les policiers et les responsables politiques continuent de proclamer l'importance de cet outil dans la lutte contre la d&#233;linquance et la criminalit&#233;. Il y a un attachement visc&#233;ral &#224; cette technologie. Et ils trouvent plein d'anecdotes pour la justifier, des cas o&#249; elle a sauv&#233; des gens, o&#249; elle a permis d'&#233;lucider des crimes affreux, etc. Et ce, alors m&#234;me que les quelques rares donn&#233;es impartiales, ind&#233;pendantes, objectives qui ont &#233;t&#233; r&#233;unies sur le sujet am&#232;nent au plus grand scepticisme quant &#224; ces all&#233;gations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4747 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/zzz213_elias.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/zzz213_elias-647bb.jpg?1779937751' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par &#201;lias
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la premi&#232;re des trois plaintes d&#233;pos&#233;es le 24 septembre, La Quadrature du Net demande, en substance, le d&#233;mant&#232;lement de toutes les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance install&#233;es par les communes de France. Par quel truchement juridique comptez-vous obtenir gain de cause aupr&#232;s de la Cnil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; En droit, toute mesure de surveillance mise en place par les autorit&#233;s publiques doit &#234;tre proportionn&#233;e &#224; l'objectif qui lui est assign&#233; ; c'est-&#224;-dire qu'il ne doit pas exister une autre mesure qui permette d'atteindre le m&#234;me objectif tout en &#233;tant moins attentatoire aux libert&#233;s. Chaque mesure de surveillance doit donc &#234;tre clairement justifi&#233;e. Or, les autorisations pr&#233;fectorales d'installation de cam&#233;ras ne font jamais &#233;tat du lien pr&#233;cis entre les futures cam&#233;ras et la finalit&#233; qui justifie leur autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce titre qu'en 2018, la cour administrative d'appel de Nantes a jug&#233; disproportionn&#233; le dispositif de vid&#233;osurveillance mis en place &#224; Plo&#235;rmel (Morbihan) : la commune n'avait pas d&#233;montr&#233; en quoi les lieux o&#249; les cam&#233;ras &#233;taient implant&#233;es seraient &#8220;&lt;i&gt;particuli&#232;rement expos&#233;s &#224; des risques d'agression, de vol ou de trafic de stup&#233;fiants&lt;/i&gt;&#8221;, dixit la cour. Par extension, il y a dans cette jurisprudence le rappel fondamental qu'il revient &#224; l'&#201;tat de d&#233;montrer la pertinence et l'efficacit&#233; de la vid&#233;osurveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un raisonnement parfaitement logique sur le plan juridique, mais assez subversif du point de vue politique. Notre id&#233;e &#224; travers cette plainte, c'est donc d'essayer de g&#233;n&#233;raliser cette jurisprudence &#224; l'ensemble du territoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos deux autres plaintes concernent, plus ou moins directement, la reconnaissance faciale. Vous y contestez en particulier la l&#233;galit&#233; du fichier TAJ (Traitement d'ant&#233;c&#233;dents judiciaires) et du fichier TES (Titres &#233;lectroniques s&#233;curis&#233;s). En quoi sont-ils probl&#233;matiques ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le TAJ, c'est un fichier dont la police se sert pour tout et n'importe quoi. On y trouve non seulement des personnes suspect&#233;es puis condamn&#233;es, mais aussi des personnes innocent&#233;es, de simples t&#233;moins et des victimes. Ce qu'on attaque &#224; travers cette plainte, c'est &#224; la fois le caract&#232;re fourre-tout du fichier et le fait que la police s'en serve pour faire de la reconnaissance faciale de mani&#232;re massive, hors de tout cadre l&#233;gislatif. Il contient plus de 8 millions de photographies. La police peut donc y faire mouliner ses algorithmes, par exemple pour identifier des fiches en lien avec des personnes suspect&#233;es ou dont le visage est apparu sur des images de vid&#233;osurveillance.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il n'y avait aucun besoin de cr&#233;er une telle base de donn&#233;es centralis&#233;e avec les empreintes faciales, si ce n'&#233;tait pour faire, &#224; terme, de la reconnaissance faciale d'&#201;tat &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quant au fichier TES, cr&#233;&#233; en 2016, il consigne toutes les donn&#233;es, notamment biom&#233;triques, des demandeurs de cartes d'identit&#233; et de passeports. &#192; terme, il va donc contenir les empreintes faciales et digitales de l'ensemble de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plainte, on l'attaque en arguant qu'il n'y a plus besoin de centraliser toutes ces donn&#233;es parce qu'il y a maintenant des puces biom&#233;triques sur les cartes d'identit&#233;. Comme nous le disions d&#233;j&#224; au moment de la cr&#233;ation du TES, il n'y avait aucun besoin de cr&#233;er une telle base de donn&#233;es centralis&#233;e avec les empreintes faciales, si ce n'&#233;tait pour faire, &#224; terme, de la reconnaissance faciale d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La Quadrature, nous ne sommes pas pour autant favorables &#224; la carte d'identit&#233; biom&#233;trique, loin de l&#224;. On voit aussi tous les dangers qui d&#233;coulent du fait d'avoir notre empreinte faciale sur une carte d'identit&#233; pouvant &#234;tre utilis&#233;e pour nous identifier par authentification faciale &#8211; raison pour laquelle on a par exemple attaqu&#233; l'exp&#233;rimentation Alicem (le Conseil d'&#201;tat a rejet&#233; notre recours) &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alicem, acronyme de &#171; Authentification en ligne certifi&#233;e sur mobile &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Mais au moins, d'un point de vue juridique, l'existence de la carte d'identit&#233; biom&#233;trique nous permet de contester le fichier TES en pointant sa disproportion. En l'occurrence, il existe bien une mesure alternative au fichier TES &#8211; un syst&#232;me d&#233;centralis&#233; est moins attentatoire aux libert&#233;s qu'un fichier centralis&#233; &#8211; qui permet de remplir l'objectif de lutte contre la fraude &#224; l'identit&#233;, ce qui &#233;tait le grand argument ayant pr&#233;sid&#233; &#224; la cr&#233;ation du fichier TES en 2016. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Il y a des technologies de surveillance si dangereuses qu'une d&#233;mocratie qui se respecte doit simplement y renoncer, et se refuser &#224; les d&#233;ployer &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis un rapport s&#233;natorial publi&#233; en mai dernier, on sait qu'au cours de l'ann&#233;e 2021, la police et la gendarmerie ont utilis&#233; la reconnaissance faciale plus de 1 680 fois par jour en moyenne. &#192; La Quadrature du Net, vous demandez l'interdiction de cette technique&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, de fait. La reconnaissance faciale fait partie d'une myriade de technologies extr&#234;mement dangereuses et nous savons d'exp&#233;rience que le syst&#232;me juridique sera incapable d'en r&#233;guler v&#233;ritablement les usages. Ce qu'on dit depuis le d&#233;but avec cette campagne &#8220;Technopolice&#8221;, c'est qu'il y a des technologies de surveillance &#8211; et des technologies de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale &#8211; qui sont tellement dangereuses qu'une d&#233;mocratie qui se respecte doit simplement y renoncer, et se refuser &#224; les d&#233;ployer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autorit&#233; administrative ind&#233;pendante cens&#233;e jouer les garde-fous en termes de respect de la vie priv&#233;e et d'atteinte aux libert&#233;s dans le domaine num&#233;rique, elle fait g&#233;n&#233;ralement preuve d'attentisme quand il s'agit de s'opposer aux vell&#233;it&#233;s de surveillance de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est elle qui, il y a trois ans, a lanc&#233; la campagne intitul&#233;e &#171; Technopolice &#187; (dans laquelle s'inscrivait le festival marseillais), qui vise &#224; alerter sur le d&#233;veloppement tous azimuts des outils de surveillance technologique, notamment dans la gestion de l'environnement urbain. &#192; l'&#233;poque d&#233;j&#224;, nous avions interview&#233; F&#233;lix Tr&#233;guer &#224; ce sujet : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Felix-Treguer-La-technopolice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La technopolice progresse partout&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;183 (janvier 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2018, la r&#233;gion Paca a voulu lancer une exp&#233;rimentation de portiques &#224; reconnaissance faciale &#224; l'entr&#233;e de deux lyc&#233;es. La Cnil et le tribunal administratif de Marseille (saisi par La Quadrature du Net et plusieurs autres organisations) s'y sont finalement oppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Salon professionnel de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure, organis&#233; tous les deux ans &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mod&#232;le cauchemardesque de la ville &#171; intelligente &#187; de demain, o&#249; la multiplication de capteurs et autres outils technologiques est cens&#233;e faciliter la vie quotidienne (l'automobiliste sera inform&#233; &#224; l'avance de la localisation des places de stationnement libre)&#8230; mais aussi la surveillance et le contr&#244;le des foules.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alicem, acronyme de &#171; Authentification en ligne certifi&#233;e sur mobile &#187;, &#233;tait une application pour smartphone permettant &#224; l'utilisateur de prouver son identit&#233; en ligne par reconnaissance faciale. Apr&#232;s une phase d'exp&#233;rimentation, sa g&#233;n&#233;ralisation, annonc&#233;e pour fin 2020, a finalement &#233;t&#233; abandonn&#233;e. En mati&#232;re d'authentification de l'identit&#233; en ligne, les plans du gouvernement et des industriels se concentrent d&#233;sormais sur la carte d'identit&#233; &#233;lectronique, lanc&#233;e &#224; l'&#233;t&#233; 2021, en lien avec des initiatives en cours au niveau de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Serbie : les exil&#233;s au pied des murs</title>
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		<dc:date>2022-05-13T10:09:37Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rados-%C4%90urovic" rel="tag"&gt;Rado&#353; &#272;urovi&#263;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est l'assurance de violences accrues et de destins enlis&#233;s. Reportage au nord de la Serbie, aux confins de l'UE.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/1200serbie1_resultat-0efbc.jpg?1779635205' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;remi&#232;re vision du centre-ville de Sombor : quatre jeunes migrants prennent tranquillement le soleil sur un banc d'une art&#232;re commer&#231;ante. C'est le d&#233;but de l'apr&#232;s-midi, le dernier dimanche avant la P&#226;que orthodoxe, et les rues sont presque vides dans cette ville moyenne et proprette de la r&#233;gion de la Ba&#269;ka, au nord-ouest de la Serbie. Deux flics approchent : &#233;change de signes, contr&#244;le des papiers, fouille des sacs, c'est bon pour cette fois. Illico, les quatre jeunes d&#233;campent, message re&#231;u : ils ne sont pas bienvenus en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, sur la route qui m&#232;ne aux fronti&#232;res hongroise et croate (toutes deux &#224; environ 25 km de Sombor), on roule le long d'un faubourg r&#233;sidentiel. Sur le bas-c&#244;t&#233;, des silhouettes discr&#232;tes charg&#233;es de sacs de course. &#192; l'or&#233;e d'un petit bois, on d&#233;bouche sur une sorte de kermesse pas dr&#244;le. Une vingtaine de taxis attendent les clients potentiels, qui prennent le frais sous les ombrages en attendant la rupture du je&#251;ne du Ramadan. Derri&#232;re l'enseigne &#171; Night-Club Grizzly &#187;, des exil&#233;s se pressent dans une petite boutique ou papotent sur un vieux terrain de basket, assis en cercle sur des chaises en plastique. Dans une arri&#232;re-cour, de jeunes types du cru d'allure pas commode &#8211; surv&#234;t', bombers, cr&#226;ne ras&#233; &#8211; rigolent autour d'un barbecue. Une impression latente et d&#233;sagr&#233;able, confirm&#233;e plus tard par des connaisseurs du site : on est tomb&#233;s au c&#339;ur d'un business, o&#249; chauffeurs de taxis et jeunes du coin profitent de la d&#233;tresse des exil&#233;s pour arrondir les fins de mois. Pas vraiment le temps d'approfondir : le ma&#238;tre des lieux, un colosse patibulaire, nous prie virilement d'aller voir ailleurs&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailleurs &#187;, c'est le camp officiel, &#224; quelques centaines de m&#232;tres. Une all&#233;e d'arbres conduit &#224; une ancienne colonie de vacances, r&#233;affect&#233;e &#224; un Centre d'accueil du Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s et les migrations de la R&#233;publique de Serbie (KIRS). Le grillage est d&#233;fonc&#233; et le portail ouvert. Assis sur un banc, quatre jeunes Syriens d&#233;crivent &#224; gros traits le quotidien du camp de Sombor plein &#224; craquer, o&#249; tout est pourri. Ils sont l&#224; depuis huit mois dans le vide absolu &#8211; &#171; &lt;i&gt;No money, no work&lt;/i&gt; &#187;. Le dialogue est interrompu par l'irruption d'un employ&#233; tremblotant qui nous fait raccompagner par un vigile. Devant l'entr&#233;e, le mot a tourn&#233; : personne ne veut causer. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruxelles sous-traite&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Sombor est l'un des quatorze ouverts par la Serbie &#224; destination des migrants pr&#233;sents sur son sol. Frontali&#232;re de quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne (Croatie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie) dont un (la Hongrie) fait partie de l'espace Schengen, elle-m&#234;me candidate &#224; l'adh&#233;sion et d&#233;pendante des subsides europ&#233;ens, la Serbie ob&#233;it aux &lt;i&gt;desiderata&lt;/i&gt; de Bruxelles. Les proc&#233;dures d'adh&#233;sion pr&#233;voient un alignement progressif des candidats sur les politiques communautaires &#8211; y compris en mati&#232;re d'immigration. C'est la quadrature du cercle qui enserre la Serbie, la Bosnie-Herz&#233;govine ou encore l'Albanie dans ses rets : pays de transit, ils se voient n&#233;anmoins contraints de d&#233;fendre les murs d'une forteresse Europe dont ils ne font pas partie, et contribuent donc, bon gr&#233; mal gr&#233;, &#224; l'externalisation de la politique migratoire europ&#233;enne, en deuxi&#232;me ligne derri&#232;re la Turquie, la Libye ou le Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jeu ? L'exemption de visas pour leurs ressortissants dans l'espace Schengen (obtenue par la Serbie en 2009 seulement), et surtout le fonds, sonnant et tr&#233;buchant, de pr&#233;adh&#233;sion &#224; l'UE. Quand il s'agit de repousser les migrants aussi, l'Union crame la CB : 90 % du budget du KIRS en provient. Les camps ne s'en portent pas mieux pour autant. &#171; &lt;i&gt;On peut mettre tout l'argent qu'on veut, &#231;a ne change rien car personne ne prend soin des lieux&lt;/i&gt; &#187;, explique le juriste Rado&#353; &#272;urovi&#263;, directeur de l'association de soutien juridique Azylum Protection Center (APC), &#224; Belgrade. Son organisation, pourtant reconnue par l'&#201;tat serbe, jouit d'un acc&#232;s limit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des camps. C'est par des vid&#233;os fuit&#233;es qu'elle documente la v&#233;tust&#233; des lieux, l'absence d'hygi&#232;ne, les toilettes infectes, le surpeuplement et le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au camp de Subotica, la grande ville du nord de la Serbie, &#224; un jet de pierres de la fronti&#232;re hongroise, &#171; &lt;i&gt;la gale est end&#233;mique&lt;/i&gt; &#187;, affirme un membre de l'association de soutien aux exil&#233;s Collective Aid, qui remet une couche : &#171; &lt;i&gt;Nous avons vu des migrants porteurs de plaies ouvertes surinfect&#233;es par la gale.&lt;/i&gt; &#187; Quand on y passe au petit matin, des exil&#233;s dorment dans des duvets &#224; l'ext&#233;rieur, par un froid peu printanier. Selon l'APC, ils seraient 350 pour une capacit&#233; d'accueil de 200. Deux jours plus tard, un Marocain y sera retrouv&#233; mort : d'une overdose d'alcool et d'opio&#239;des, affirme le KIRS. Comment savoir ? Les m&#233;decins sont sp&#233;cialement appoint&#233;s par l'administration des camps, &#224; qui ils doivent leur gagne-pain, explique encore Rado&#353; &#272;urovi&#263; &#8211; difficile, d&#232;s lors, de d&#233;noncer la corruption, les trafics, les mauvais traitements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie de la Serbie dans la gestion des camps refl&#232;te son r&#244;le de petit rouage de la machine &#224; refouler europ&#233;enne. Les violences de la police serbe sont document&#233;es, mais sans commune mesure avec celles de ses homologues croate et hongroise. La Serbie prend tout de m&#234;me sa part du jeu sinistre des &#171; &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en cascade &#187;, d'un pays &#224; l'autre, d'Italie ou d'Autriche vers la Slov&#233;nie, puis la Croatie, puis la Serbie, le long de ce que le r&#233;seau Migreurop d&#233;nonce comme &#171; &lt;i&gt;une cha&#238;ne de violation de droits&lt;/i&gt; &#187;. Dans le sens retour aussi, la Serbie est un cul-de-sac : la Mac&#233;doine du Nord, pays de transit pr&#233;c&#233;dent sur la route de l'Europe, refuse syst&#233;matiquement les r&#233;admissions. Triste routine, les autorit&#233;s conduisent donc les &lt;i&gt;pushback&#233;s&lt;/i&gt; au camp serbe de Pre&#353;evo, aux confins de la Mac&#233;doine et du Kosovo. &#192; Pre&#353;evo, les exil&#233;s sont retenus quelques jours ill&#233;galement avant de reprendre, &#224; prix d'or, un taxi pour la capitale et le nord du pays. Man&#232;ge absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;gion qui a r&#233;cemment connu d'importants d&#233;placements de population, les habitants semblent globalement ne pas sombrer en masse dans la haine contre les migrants. Des milices d'extr&#234;me droite ont bien entrepris de les terroriser, mais le ph&#233;nom&#232;ne reste relativement marginal&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Politiquement, cependant, le sujet peut se montrer aussi porteur en Serbie qu'ailleurs : les tablo&#239;ds proches du r&#233;gime d'Aleksandar Vu&#269;i&#263; &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt; font &#224; l'occasion leur beurre d'un fait divers, et le ministre de l'Int&#233;rieur, l'aboyeur ultranationaliste Aleksandar Vulin, multiplie les d&#233;clarations tonitruantes. Mais en dehors de ces effets de manche x&#233;nophobes, la tendance est surtout &#224; l'occultation : la Serbie n'est pas concern&#233;e par la crise migratoire, d'ailleurs elle la g&#232;re &#224; merveille. Et les keufs d'assurer l'invisibilit&#233; des ind&#233;sirables en mettant des b&#226;tons dans les roues des collectifs d'aide&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, en d&#233;mantelant squats et campements informels et en faisant la chasse aux migrants dans les centres-villes, toujours direction Pre&#353;evo. &#171; &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;police communique toujours sur les m&#234;mes nombres de migrants, multiples du nombre de bus mobilis&#233;s dans l'op&#233;ration, lesquels peuvent accueillir 84 personnes. &#199;a n'a aucun sens&lt;/i&gt; &#187;, grincent &#224; Belgrade les militants d'une autre association de soutien aux exil&#233;s, Klikaktiv. Rien qu'en avril, deux grandes rafles ont &#233;t&#233; men&#233;es contre les exil&#233;s dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais squats et campements sont fatalement l'exutoire de l'insalubrit&#233; et de la saturation des camps. Employ&#233; &#224; la gare de Subotica, Marko nous raconte que certains jours, il a compt&#233; 100 &#224; 130 personnes migrantes sur les voies de fret, entre les squats et wagons mis&#233;rables qu'ils occupent de part et d'autre des rails. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me fait de la peine. Je suis orthodoxe, pour moi tous les hommes sont &#233;gaux.&lt;/i&gt; &#187; Il les a film&#233;s &#224; destination d'un copain journaliste, qui a prudemment refus&#233; de diffuser les images. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement raconte que les migrants envahissent les villes. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; qu'ils tra&#238;nent, sur les voies.&lt;/i&gt; &#187; Le milieu du rail bruisserait de rumeurs de migrants morts sous les roues de trains de marchandises. La ran&#231;on, peu surprenante, de l'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Murs et ch&#226;timents&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les personnes migrantes sont aussi nombreuses &#224; Sombor et Subotica, c'est &#233;videmment &#224; cause de la proximit&#233; de l'Union europ&#233;enne. D'un c&#244;t&#233;, la Croatie, dont la fronti&#232;re est principalement marqu&#233;e par le Danube, large &#224; cet endroit de plusieurs centaines de m&#232;tres. &#199;a se tente. Le journaliste Philippe Bertinchamps, correspondant du &lt;i&gt;Courrier des Balkans&lt;/i&gt; &#224; Belgrade, nous montre les images film&#233;es par ses soins d'un Zodiac se dirigeant vers la berge. Mais, depuis deux ans, la police croate s'est rendue tristement c&#233;l&#232;bre par les violences exerc&#233;es contre les exil&#233;s et le caract&#232;re syst&#233;matique de ses refoulements. Sur tout le territoire, f&#251;t-ce &#224; l'autre bout du pays, les personnes migrantes arr&#234;t&#233;es sont brutalis&#233;es et renvoy&#233;es en Serbie ou en Bosnie-Herz&#233;govine. C&#244;t&#233; hongrois, c'est pire : non seulement les violences et les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;, mais aussi le &#171; mur &#187; construit en 2015 sous les ordres du Premier ministre d'extr&#234;me droite Viktor Orb&#225;n, sur toute la fronti&#232;re sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur, le voil&#224;. Balafrant la plaine plate comme la main, immense et monotone, qui s'&#233;tend de Budapest &#224; Belgrade, coupant en deux une opulente r&#233;gion agricole dont les populations m&#234;l&#233;es ont toujours jou&#233; &#224; saute-fronti&#232;res. &#192; l'arri&#232;re des jardins du village de Rastina, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres au nord de Sombor, parmi les vergers et les cultures de colza, deux barri&#232;res m&#233;talliques, hautes de quatre et trois m&#232;tres, h&#233;riss&#233;es de barbel&#233;s concertina, encadrent une voie r&#233;serv&#233;e aux patrouilles des flics et des douaniers. Le dispositif s&#233;curitaire est agr&#233;ment&#233; d'un arsenal de gadgets dernier cri, comme le rappelle un r&#233;cent rapport du pr&#233;cieux r&#233;seau Migreurop : &#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; Le nec plus ultra.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour financer ces petits bijoux et encadrer le sale boulot des gardes-fronti&#232;res, on retrouve Frontex, l'agence de surveillance des fronti&#232;res ext&#233;rieures de l'Union europ&#233;enne, dot&#233;e de moyens colossaux&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce sujet, lire &#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;, article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. T&#233;moin voire complice quotidien des abus de la police hongroise, des chiens d'attaque lanc&#233;s sur les passe-fronti&#232;res ou des migrants enferm&#233;s dans des conteneurs avant d'&#234;tre refoul&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, Frontex a attendu f&#233;vrier 2021 pour quitter le pays d'Orb&#225;n, sous la pression m&#233;diatique et apr&#232;s que la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne a interdit (en vain) &#224; la Hongrie de proc&#233;der aux &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;. La duplicit&#233; europ&#233;enne &#8211; se dire &#233;tranger aux exactions tout en les supervisant &#8211; avait fini par se voir. Sur le terrain, il y a longtemps qu'elle ne faisait de doute pour personne. Apr&#232;s des ann&#233;es pass&#233;es en lien avec les institutions internationales, Rado&#353; &#272;urovi&#263; s'est fait une religion sur la question : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de politique migratoire europ&#233;enne commune. Dans la pratique, elle consiste tout simplement &#224; freiner voire arr&#234;ter les migrations.&lt;/i&gt; &#187; &#192; n'importe quel prix. &#171; &lt;i&gt;L'Europe sait parfaitement ce qui se passe ici. Toutes les associations ont des contacts avec les institutions europ&#233;ennes, &#224; qui elles font remonter les infos.&lt;/i&gt; &#187; Violences comprises ? Oui. &#171; &lt;i&gt;&#192; cette &#233;chelle, des violences aussi syst&#233;matiques ne peuvent &#234;tre orchestr&#233;es que d'en haut&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Frontex, des accords bilat&#233;raux entre &#201;tats permettent aussi d'organiser des op&#233;rations de police communes. Quand cette coop&#233;ration s'effectue au sein du tr&#232;s r&#233;ac' groupe de Visegr&#225;d&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; au nom de la &#171; &lt;i&gt;d&#233;fense collective des fronti&#232;res de l'Europe&lt;/i&gt; &#187; ch&#232;re &#224; Orb&#225;n, le pire est attendu : la police tch&#232;que pr&#234;terait la main aux brutalit&#233;s de la police hongroise. En revanche, la pr&#233;sence de la police allemande exercerait des vertus apaisantes, l'opinion du pays &#233;tant plus scrupuleuse en mati&#232;re de droits humains. Mis&#232;re des petits jeux diplomatiques...
Passer, &#224; tout prix&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteserbieok_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/1200carteserbieok_resultat-21e96.jpg?1779635205' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si m&#233;diatis&#233; soit-il, le mur hongrois fait p&#226;le figure &#224; c&#244;t&#233; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ou de la fronti&#232;re gr&#233;co-turque. Un jeune Marocain, rencontr&#233; &#224; Subotica, ne s'est m&#234;me pas pos&#233; la question : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re espagnole, c'est juste impossible. C'est grave ce qui se passe l&#224;-bas. La Hongrie, &#231;a va beaucoup plus vite.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mur n'a rien d'efficace,&lt;/i&gt; confirme Rado&#353; &#272;urovi&#263;. &lt;i&gt;Il alimente juste le trafic des passeurs.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de l'association Klikaktiv : &#171; &lt;i&gt;Les gens continuent &#224; tenter de passer par le mur parce que c'est la voie la plus rapide. Les barbel&#233;s et les chiens n'y changent rien.&lt;/i&gt; &#187; De temps &#224; autre, la police d&#233;couvre un tunnel creus&#233; sous le mur, au risque pour ceux qui l'empruntent de se faire cueillir &#224; la sortie, ou de mourir &#233;touff&#233;s sous les &#233;boulis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer, donc, &#231;a se fait. Le d&#233;sespoir donne des ailes et l'adr&#233;naline occulte momentan&#233;ment la douleur &lt;i&gt;(voir le t&#233;moignage de Zyed ci-contre)&lt;/i&gt;. Surtout, il n'est aucun probl&#232;me auquel le march&#233; ne propose sa solution frelat&#233;e, et le &#171; &lt;i&gt;game&lt;/i&gt; &#187; du passage nourrit une &#233;conomie florissante&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le rapport&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. De la course en taxi surtax&#233;e au &#171; &lt;i&gt;package&lt;/i&gt; &#187; migratoire complet, tout un catalogue de services est mis &#224; disposition &#8211; auxquels certains migrants pr&#234;tent parfois la main pour financer leur prochaine tentative. Aux plus offrants, les passeurs proposent un &#171; &lt;i&gt;guarantee game&lt;/i&gt; &#187;, un passage &#171; garanti &#187;, comme nous l'expliquent les membres de Klikaktiv : pendant qu'une premi&#232;re troupe est envoy&#233;e en diversion, les candidats plus fortun&#233;s tentent la travers&#233;e &#224; un autre endroit. C&#244;t&#233; hongrois, si tout va bien, un v&#233;hicule attend et les douaniers &#8211; dont la corruption est proverbiale en Hongrie &#8211; regardent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les personnes migrantes s'&#233;vanouissent dans la campagne hongroise. Lanc&#233; d&#233;but 2015, le groupe de solidarit&#233; MigSzolt, &#224; Szeged (&#224; 15 km au nord de la fronti&#232;re serbe), a ainsi ferm&#233; boutique d&#232;s novembre 2017. Parmi ses fondateurs, le chercheur Mark K&#233;kesi raconte : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avions plus d'activit&#233;. Les migrants avaient disparu de Hongrie. Il faut dire que les arrestations sont permanentes et que beaucoup d'exil&#233;s se retrouvent en prison ou expuls&#233;s, souvent apr&#232;s d&#233;nonciation des habitants. Ceux qui passent r&#233;&#233;mergent ensuite en Autriche ou en Allemagne, mais leur circulation sur le territoire est invisible, et sans doute li&#233;e au crime organis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux, nombreux, qui n'ont pas les moyens financiers n&#233;cessaires, les chances sont beaucoup plus minces. Dans un square proche de la gare routi&#232;re de Belgrade, Djelaluddin r&#233;sume la situation en quelques phrases d&#233;sabus&#233;es : &#171; &lt;i&gt;&#199;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fait quatre mois que je suis dans ce pays et j'ai d&#233;j&#224; tent&#233; plusieurs fois de passer. Et partout j'ai &#233;t&#233; brutalis&#233;. En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois. Ils m'ont aussi pris mon argent et mon t&#233;l&#233;phone. Je ne sais plus quoi faire.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, son histoire ne laisse aucun doute sur son droit &#224; l'asile politique : &#171; &lt;i&gt;Je suis parti d'Afghanistan quand les talibans sont revenus&lt;/i&gt; [en ao&#251;t 2021]&lt;i&gt;. &#192; cette &#233;poque, j'&#233;tais dans l'arm&#233;e. Nous n'&#233;tions m&#234;me pas au combat, seulement en exercice. &#199;a a suffi pour que les talibans me consid&#232;rent comme un ennemi&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il en montrant les stigmates des exactions subies : un doigt tordu dans le mauvais sens et une vilaine cicatrice au cou. Il retrace &#224; grands traits son p&#233;riple, l'Iran, la Turquie, la Gr&#232;ce, la Bulgarie, un trajet assez rapide, mais sem&#233; d'emb&#251;ches. &#171; &lt;i&gt;Je connais trois personnes qui ont &#233;t&#233; tu&#233;es par des chiens &#224; la fronti&#232;re bulgare. Partout, on nous traite comme des animaux.&lt;/i&gt; &#187; Ses yeux s'illuminent encore quand il raconte son r&#234;ve : le Canada. En attendant la rupture du je&#251;ne, Djelaluddin propose de nous payer un sandwich. Il peut se le permettre, dit-il : il lui reste 14 ou 15 euros. Quand on le quitte, il l&#232;ve le pouce, souriant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'autres n'ont plus cette &#233;nergie. Chez Klikaktiv, Vuk Vu&#269;kovi&#263; ne compte plus les personnes bless&#233;es en franchissant le mur, ou apr&#232;s avoir rencontr&#233; les matraques hongroises, qui reprennent la route sans attendre d'&#234;tre gu&#233;ries &#8211; et finissent invalides. Quand tous les horizons sont bouch&#233;s, &#171; &lt;i&gt;certains sombrent dans la drogue ou la folie&lt;/i&gt; &#187;, nous explique Rado&#353; &#272;urovi&#263;. Ils perdent alors de vue ce territoire r&#234;v&#233; qui se d&#233;m&#232;ne pour les refouler : l'Europe, juste de l'autre c&#244;t&#233; du mur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le triangle mord &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a une fin &#8211; les murs aussi. Depuis 2020, une nouvelle route s'est ouverte afin de contourner le mur hongrois par le Banat, r&#233;gion &#224; cheval sur la Serbie et la Roumanie&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Au niveau du poste-fronti&#232;re qui relie Rabe (Serbie) &#224; K&#252;bekh&#225;za (Hongrie), la cl&#244;ture aboutit &#224; un simple portail m&#233;tallique. De l'autre c&#244;t&#233; de la chauss&#233;e, une campagne ouverte, ponctu&#233;e de quelques bosquets : la fronti&#232;re serbo-roumaine, que rien n'indique sur le terrain, pas m&#234;me un bout de grillage. Un pick-up de la police roumaine se dirige vers nous avant de se garer pr&#232;s de la gu&#233;rite des douaniers. Quelques minutes plus t&#244;t, on l'avait rep&#233;r&#233;, arr&#234;t&#233; &#224; notre hauteur, tandis que nous approchions d'un squat de personnes migrantes, dans une usine abandonn&#233;e entre les hameaux de Majdan et Rabe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/1200serbie2_resultat-df34b.jpg?1779635206' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car, en d&#233;pit des apparences, la Roumanie n'est gu&#232;re plus accessible que la patrie d'Orb&#225;n. Cam&#233;ras &#224; vision thermique, chiens &#233;quip&#233;s de GPS, dispositifs de d&#233;tection des battements du c&#339;ur&#8230; Toute la quincaillerie de Frontex est mobilis&#233;e pour interdire le passage. Certains exil&#233;s s'y seraient repris des dizaines de fois. Pendant des semaines ou des mois d'attente, ils rasent alors les murs des villages sinistres, aux trois quarts vides et en ruines, que relient des routes en b&#233;ton d&#233;fonc&#233; le long de la fronti&#232;re. Les derniers mois, on a compt&#233; jusqu'&#224; 300 migrants squattant les maisons abandonn&#233;es de Majdan &#8211; soit davantage que la population officielle du village. Ils se font discrets, car les relations avec les habitants sont tendues ; quelques-unes des belles pintades qui errent au milieu des rues auraient assouvi la faim d'exil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une dizaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, par-del&#224; les champs, le village de &#272;ala s'&#233;tend mollement jusqu'&#224; la rivi&#232;re Tisza qui, sur quelques kilom&#232;tres, marque la fronti&#232;re entre Serbie et Hongrie. D&#233;but 2020, la Hongrie a d&#233;ploy&#233; des unit&#233;s maritimes arm&#233;es pour dissuader les migrants de tenter la travers&#233;e &#224; la nage. C&#244;t&#233; serbe, une grosse bagnole de police patrouille sur la berge, parmi les herbes hautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu en retrait, le bourg de Srpski Krstur semble presque vivant. C'est la sortie des classes, des enfants roms, nombreux dans la commune, gambadent sur les trottoirs. Un peu &#224; l'&#233;cart de la route principale, un faubourg d&#233;labr&#233; s'&#233;tire en direction de la rivi&#232;re. Devant une &#233;picerie, une dizaine d'exil&#233;s papotent ou boivent des coups. Un Marocain nous raconte qu'il prend la route pour la deuxi&#232;me fois. Apr&#232;s treize ans &#224; Bologne, malgr&#233; femme et enfant, il a &#233;t&#233; expuls&#233; au Maroc, d'o&#249; il est reparti pour rentrer chez lui. Son r&#233;cit est interrompu quand, branle-bas de combat, deux taxis d&#233;barquent coup sur coup, d&#233;chargeant des personnes migrantes en provenance de villes voisines. Deux autres voitures arrivent dans la foul&#233;e et font chacune monter un groupe. Le conducteur de la deuxi&#232;me, un jeune Serbe &#233;l&#233;gamment mis, nous jette un regard peu am&#232;ne. Derri&#232;re nous, la porte de l'&#233;picerie se ferme brusquement &#224; double tour, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;. En quelques minutes, les exil&#233;s s'&#233;vaporent dans la nature. L'un d'eux, avec qui nous venions d'&#233;changer quelques mots, se cache derri&#232;re l'angle du mur, son foulard remont&#233; sur son visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; Sombor, nous d&#233;rangeons. C'est toute une &#233;conomie locale dont les voyageurs de l'exil, pris au pi&#232;ge, sont la client&#232;le captive. Du petit taxi ind&#233;pendant au r&#233;seau transfrontalier arm&#233; de sa propre flotte de voitures, le trafic des passeurs aux fronti&#232;res nord de la Serbie aurait repr&#233;sent&#233; entre 8,5 et 10,5 millions d'euros en 2020, selon les chiffres de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime. Avec la complicit&#233; in&#233;vitable de la police, tr&#232;s pr&#233;sente au quotidien dans tous les pays de la r&#233;gion, et largement corrompue. Prises en &#233;tau entre l'Europe qui les rejette et les mafias qui leur font les poches, les flics qui les frappent et ceux qui les rackettent, les personnes exil&#233;es subissent un enfer humain. Attendant le moment o&#249; elles seront lib&#233;r&#233;es de ce bourbier de fronti&#232;res. Et o&#249;, &#224; l'instar de Zyed, jeune Tunisien arriv&#233; en Autriche apr&#232;s des ann&#233;es d'errance, elles pourront enfin dire : &#171; &lt;i&gt;C'est la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photos &#201;milien Bernard &amp; Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vu&#269;i&#263; : r&#233;&#233;lection d'un acrobate autoritaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 3 avril dernier, le pr&#233;sident serbe Aleksandar Vu&#269;i&#263; est r&#233;&#233;lu haut la main, avec 60 % des voix. Mais ce triomphe est en trompe-l'&#339;il : son parti n'a pas obtenu la majorit&#233; absolue aux l&#233;gislatives, et risque de perdre la mairie de Belgrade. Remotiv&#233;e l'hiver dernier par un soul&#232;vement populaire massif et (pour l'instant) victorieux contre un projet de mine de lithium du groupe Rio Tinto&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;, Le Courrier des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;, la gauche a massivement document&#233; les fraudes &#233;lectorales du r&#233;gime. Pendant ce temps, et malgr&#233; le corsetage des m&#233;dias, les liens du r&#233;gime avec le grand banditisme et les gros bras des supporters ultras, au c&#339;ur de tous les trafics, sont de plus en plus apparents. Le d&#233;but de la fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e du Parti progressiste serbe au pouvoir en 2012, la Serbie maintient un &#233;quilibre inconfortable entre l'Union europ&#233;enne &#8211; horizon d&#233;clar&#233; et financier indispensable &#8211;, le traditionnel alli&#233; russe, et une Chine toujours contente de pousser ses pions en Europe. Position d'autant plus acrobatique que le r&#233;gime et ses m&#233;dias encouragent presque ouvertement une nouvelle &#171; opposition pro-Poutine &#187;, pl&#233;biscit&#233;e par la jeunesse. Sur les murs de Belgrade, ces derniers mois, ont fleuri les portraits du g&#233;n&#233;ral g&#233;nocidaire Ratko Mladi&#263; ; jusque dans les campagnes les plus paum&#233;es, les tags &#171; &lt;i&gt;Ratko Mladi&#263;, h&#233;ros serbe&lt;/i&gt; &#187; sont omnipr&#233;sents. Vu&#269;i&#263; n'en reste pas moins l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; de l'Occident, au nom d'une &#171; stabilit&#233; &#187; synonyme pour la population de pauvret&#233;, de corruption et d'&#233;migration massive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zyed : &#171; Bienvenue chez Frontex ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand il raconte son p&#233;riple de la Tunisie &#224; l'Autriche o&#249; il vit actuellement, Zyed est intarissable. Lui qui pr&#233;pare un livre sur son exp&#233;rience a v&#233;cu de multiples enlisements, en Gr&#232;ce, en Bosnie, etc. Au final : trois ans et huit mois sur la route apr&#232;s son d&#233;part en octobre 2017. Plusieurs fois tabass&#233;, notamment par la police croate &#8211; &#171; &lt;i&gt;Je vois toujours leurs visages.&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, il revient ici sur la fin de son p&#233;riple, en Serbie et Roumanie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis rest&#233; quatre mois en Serbie. Et j'ai encore en t&#234;te ma premi&#232;re tentative de passer le mur. C'est un passeur de la mafia qui nous a amen&#233;s. On &#233;tait une trentaine.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Arriv&#233; au mur, il a sorti un grand couteau, l'a agit&#233; et nous a dit de foncer. Une fois en haut de l'&#233;chelle, il fallait se jeter de quatre m&#232;tres. J'ai tent&#233; d'atterrir en roul&#233;-boul&#233;, mais je me suis quand m&#234;me foul&#233; la cheville. Malgr&#233; tout, j'ai continu&#233; et grimp&#233; la deuxi&#232;me barri&#232;re. Il faut imaginer la sc&#232;ne : les barbel&#233;s, le courant &#233;lectrique, la douleur&#8230; C'est l'adr&#233;naline qui m'a fait passer. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#244;t&#233; hongrois, je me suis retrouv&#233; dans un mar&#233;cage. J'ai march&#233; dans la nuit, en essayant de m'&#233;loigner des cris que j'entendais. Puis un h&#233;licopt&#232;re est arriv&#233;, une mani&#232;re de nous dire : &#8220;Bienvenue dans l'Union europ&#233;enne, bienvenue chez Frontex.&#8221; Ils ont illumin&#233; les environs et utilis&#233; des cam&#233;ras thermiques. Forc&#233;ment, il m'ont attrap&#233; et refoul&#233; en Serbie. Il m'a fallu un moment pour soigner mon pied, dans le camp de Subotica, aux conditions d'hygi&#232;ne terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, j'ai voulu passer par la Roumanie, via le triangle. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; deux fois. Au final, j'ai r&#233;ussi &#224; traverser gr&#226;ce &#224; deux militantes. Elles m'ont indiqu&#233; o&#249; passer la fronti&#232;re Roumanie/Hongrie, un coin d&#233;sert, au milieu de nulle part. Apr&#232;s trois ans et huit mois je foulais le sol europ&#233;en sans policiers pour me refouler. Plus loin, mes amies m'attendaient. Elles m'ont amen&#233; &#224; Budapest, puis m'ont fait passer la fronti&#232;re autrichienne. Moi qui avait &#233;t&#233; foul&#233; et refoul&#233; tant de fois, j'&#233;tais de l'autre c&#244;t&#233; gr&#226;ce &#224; elles. C'&#233;tait la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par les autorit&#233;s pour &#171; fixer &#187; les exil&#233;s en p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base d'accords bilat&#233;raux plus ou moins officieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Serbie-entre-refugies-et-extreme-droite-le-desarroi-de-Sombor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (27/11/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; &#352;id (fronti&#232;re serbo-croate), ont &#233;t&#233; expuls&#233;s apr&#232;s une altercation avec de jeunes fascistes locaux. Tout r&#233;cemment, des membres d'un autre collectif auraient eu vent de directives d'expulsion non officielles vis-&#224;-vis des Occidentaux pr&#233;sents &#224; proximit&#233; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3069.html?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des Balkans &#187;&lt;/a&gt;(novembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A ce sujet, lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Frontex-une-machine-de-mort' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;&lt;/a&gt;, article d'Olivier Cyran publi&#233; dans ce m&#234;me dossier sur la forteresse Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Bless&#233;, la police hongroise m'a battu et m'a laiss&#233; plusieurs heures dans un conteneur avant de me refouler en Serbie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la Hongrie, qui s'opposent souvent collectivement aux politiques bruxelloises, notamment en termes d'accueil des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le rapport&lt;a href=&#034;https://globalinitiative.net/analysis/western-balkans-crime-hotspots-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in the Western Balkans &#187;&lt;/a&gt; de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Refugies-contourner-la-Croatie-par-le-triangle-Serbie-Roumanie-Hongrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (15/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/serbie-contre-rio-tinto-la-mobilisation-continue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans &lt;/i&gt;(29/12/2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Feu Le Caire</title>
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		<dc:creator>E. Minassian</dc:creator>


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&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises. Samedi Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caire" rel="tag"&gt;Caire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au printemps 2011, puis &#224; l'hiver 2012, j'&#233;tais venu au Caire. Il y avait une r&#233;volution. J'y suis revenu en novembre 2021 : j'en cherchais les cendres et imaginais des braises.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4445 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartecaire_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/1200cartecaire_resultat-c1baa.jpg?1779732403' width='500' height='354' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hier, le chauffeur du taxi que je prends &#224; l'a&#233;roport s'appelle Kamel. Il veut 300 livres. On n&#233;gocie &#224; 220. La situation d'interaction est floue : je baragouine un arabe de bric et de broc, je n'irai pas aux pyramides, je suis seul, je vais dans un h&#244;tel bas de gamme. Et puis Kamel finit par comprendre que ce que je veux, c'est la politique &#8211; le faire parler et me nourrir de ses paroles. Il se pr&#234;te au jeu : &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement vole l'argent des gens.&lt;/i&gt; &#187; Je suis content, mais il ne me donnera pas davantage. Il met la musique &#224; fond. Il chante, bien et fort, toujours en avance d'une demi-seconde sur le chanteur libanais dont j'ai oubli&#233; le nom. Il roule comme un fou. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Je suis fou, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes arriv&#233;s. Il dit : &#171; &lt;i&gt;Allez, tu es content, donne-moi 250.&lt;/i&gt; &#187; Je lui donne 240. Il prend sans compter. Il me demande une cigarette. Je lui en offre deux. Il refuse la seconde. J'oublie le paquet dans la voiture. Il me rattrape pour me le rendre. Il klaxonne. Il rit. Je ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution cherchait &#224; contourner l'argent pour jouir de la parole : j'aimerais, moi aussi, mais je ne peux pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tahrir n'est plus qu'un immense hub routier o&#249; personne ne s'attarde. Des policiers anti-&#233;meute arm&#233;s de fusils &#224; pompe y stationnent en permanence. La s&#233;curit&#233; d'&#201;tat, dit-on, surveille la place depuis les &#233;tages sup&#233;rieurs des immeubles environnants. Les caf&#233;s sont pleins d'indics. La menace, elle, ne donne aucun signe de vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mon amie Loubna m'a invit&#233; &#224; d&#238;ner chez elle, dans la banlieue sud. Elle a convi&#233; Youssef. Youssef est un universitaire francophone &#224; la carrure consid&#233;rable. Il est venu pour converser avec moi. Je suis intimid&#233; : j'ai peur des universitaires. Mais Youssef est int&#233;ress&#233; par le gratin de courgettes : me voil&#224; rassur&#233;. Il &#233;voque un nouveau travail, en sus de l'universit&#233;. Il est question d'un &#171; &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; &#187;, d'une &#171; &lt;i&gt;autorit&#233; de tutelle&lt;/i&gt; &#187;. Je finis par comprendre que Youssef travaille pour les &lt;i&gt;mukhabarat al-&#8216;am&lt;/i&gt;, les renseignements g&#233;n&#233;raux. Youssef &#233;voque des g&#233;n&#233;raux ploucs et pieux ; des coups de fil d'amis re&#231;us &#224; l'aube pour faire lib&#233;rer des gens ; le pr&#233;sident, fantomatique et lointain. Voil&#224; le grand th&#233;&#226;tre du pouvoir. Quelque part, en coulisse : le grondement de la population. Ce n'est pas le moment de desserrer la vis, dit Youssef : les prix ont plus que doubl&#233; en cinq ans, et partout les Fr&#232;res musulmans sont en embuscade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#238;ner, on rentre ensemble en Uber : c'est la premi&#232;re fois pour moi. En &#201;gypte, les Uber sont plus chers que les taxis mais Youssef les pr&#233;f&#232;re car, dit-il, leurs chauffeurs se comportent bien : gr&#226;ce &#224; l'appli, ils peuvent &#234;tre signal&#233;s. Ainsi ont-ils peur &#8211; et la vis tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la voiture, Youssef est perturb&#233; : au cours de la soir&#233;e, Loubna a dit que les gens &#233;taient terrifi&#233;s par la police. Il en est surpris : il ne pensait pas que c'&#233;tait &#224; ce point. Il semble malheureux, perdu, seul. Je suis pris d'une horrible envie de le rassurer, de lui dire de ne pas s'inqui&#233;ter, que la police, &#231;a va.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je marche vers le nord du centre-ville. &#192; Boulaq et Choubra, tout n'est que souks. Les marchandises sont innombrables, et class&#233;es par th&#232;me : ici on circule au milieu de pi&#232;ces de voiture ; l&#224; des v&#234;tements recycl&#233;s ou des pi&#232;ces d'&#233;lectrom&#233;nager. Pourquoi exposer de tels amoncellements ? Sans doute sont-ce l&#224; des stocks &#8211; et il n'y a pas d'entrep&#244;ts pour les y fourrer. Ahmad, &#224; la r&#233;ception de l'h&#244;tel : &#171; &lt;i&gt;Pendant la crise du corona, les marchandises chinoises n'arrivaient plus. La ville &#233;tait vide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires, les quartiers de Boulaq et Choubra &#233;taient descendus sur le centre-ville, c&#339;ur d&#233;cr&#233;pi de la boh&#232;me intellectuelle et r&#233;volutionnaire et l'un des centres du pouvoir. Les gens venus de Boulaq et Choubra cr&#233;aient, me dit-on, de l'ins&#233;curit&#233;. Il y avait les manifestants (bons), mais aussi les vendeurs &#224; la sauvette et les voyous (mauvais). Ce ne sont pas seulement des paroles de bourgeois : Boulaq et Choubra, en plus d'effrayer ceux-ci, harcelaient les femmes circulant seules. Les voyous ont depuis &#233;t&#233; repouss&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; par la police. Le centre-ville a &#233;t&#233; sauv&#233; de l'assaut des pauvres par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Canaliser la haine de classe sur les femmes ou d&#233;fendre les libert&#233;s des individus face &#224; l'islam des pauvres : la contre-r&#233;volution a toujours deux m&#226;choires. Y a-t-il eu autre chose ? J'ai le souvenir d'une femme en &lt;i&gt;niqab&lt;/i&gt;, seule, debout sur une caisse, haranguant la foule pour parler de justice sociale. Je ne comprenais que des bribes. C'&#233;tait en mars 2011 &#8211; ou peut-&#234;tre &#233;tait-ce en r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au sud-est du centre-ville est le Caire dit &#171; islamique &#187; : la vieille ville et ses quartiers informels (&lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;), certains b&#226;tis sur des cimeti&#232;res m&#233;di&#233;vaux. C'est le Caire bord&#233;lique. Je me perds dans le quartier qui domine la mosqu&#233;e Ibn Touloun. Les ruelles sont de terre battue. On circule en touk-touk ; il y a des moutons, des volailles, des chevaux. J'interroge un vieux dans son &#233;choppe. Il est avenant, il se nomme Magdi, il d&#233;clare son amour pour le pr&#233;sident Abdel Fattah al-Sissi. Il m'informe que nous sommes dans une des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt; du quartier Khalifa. Le vieux Magdi m'offre un jus de goyave. Je veux payer, il refuse : il affirme avec assurance que je ferais pareil si nous &#233;tions chez moi en France. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r&lt;/i&gt; &#187;, dis-je, et je l'invite chez moi en France. Pas plus que l'argent, la n&#233;gation de l'argent ne lie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai rejoint la place Sayyida-Zeinab. Dans un caf&#233;, le serveur me dit de rester un an en &#201;gypte, qu'alors je comprendrai le pays. Il s'appelle Hassan. Il me donne un surnom : Mouni. Vient la question &#171; &lt;i&gt;Tichrab moukhadarat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; bois-tu des drogues ? (ici, on dit qu'on boit les drogues). Je suis m&#233;fiant avec cette affaire : il y a dix ans, parti pour ce faire, je m'&#233;tais trouv&#233; chez d'habiles voleurs, face auxquels je ne savais pas quel bon droit faire valoir. &#171; &lt;i&gt;Bof&lt;/i&gt; &#187; dis-je &#224; Hassan,&lt;i&gt; j'ai arr&#234;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Mais Hassan insiste ; il guette le fond de mes yeux et scanne mon &#226;me : lui, c'est haschisch &#224; fond.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vendredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pouss&#233; plus loin au sud, en lisi&#232;re du cimeti&#232;re sud. Quand je quitte la place Sayyida-Nafissa, tout est silence. Je longe un quartier qui, sur la carte, s'appelle Masakin Zeinhum. Le bric et broc des &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat &lt;/i&gt;s'y transforme en d&#233;cr&#233;pitude urbaine : des barres grises qui imm&#233;diatement &#233;voquent l'&#201;tat. La mis&#232;re ici cesse d'&#234;tre active : les pauvres sont assis. De cette position ils me regardent, et ces yeux sont des miroirs plant&#233;s en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entame une descente vers Sayyida- Zeinab. Sur ma route, un monstre : un cube de b&#233;ton &#233;norme et tonitruant, prot&#233;g&#233; par tout un tas de fourgons-prisons. C'est le tribunal du district Sud du Caire. Voici la justice, la vraie, celle qui mange les pauvres &#8211; les mastique, les ingurgite, les chie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Khan-al-Khalil : le Caire touristique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis au nord, pr&#232;s de la mosqu&#233;e Al-Hakim, au pied des remparts. La zone &#224; babioles s'est effiloch&#233;e doucement et la guerre pour l'espace bat son plein. Les boutiquiers s'affairent pour vendre des marchandises aux touristes. De jeunes prol&#233;taires font vrombir leurs deux-roues &#8211; ils sont d&#233;f&#233;rents et agressifs ; parfois ils font montre d'une sonore religiosit&#233;. Les touristes tra&#238;nent et attendent qu'on s'occupe d'eux. Ils sont &#233;gyptiens, golfiens, turcs, indon&#233;siens : musulmans, ils ne me renvoient nul reflet&#8230; c'est confortable. Les agents de la s&#233;curit&#233; semblent vivre une relation importante avec leurs matraques molles. Certains les trimballent par brass&#233;es enti&#232;res ; d'autres, alanguis sur des barri&#232;res, triturent leur bidule. On distribue l'objet et on fait connaissance avec lui : sans doute la matraque molle est-elle une nouveaut&#233; dans l'&#233;quipement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un oiseau a chi&#233; sur mon &#233;paule. Je vais devoir retourner &#224; l'h&#244;tel pour me changer. Je n'en bougerai plus aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dimanche&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi m'a inform&#233; que le quartier o&#249; le vieux Magdi m'a offert un jus de goyave est vou&#233; &#224; une destruction prochaine. &#201;voquant le destin futur des expuls&#233;s, il m'a dit : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;gypte est grande.&lt;/i&gt; &#187; &#192; ce moment, je n'ai su comment interpr&#233;ter son regard. Je suis &#224; l'aff&#251;t des fr&#233;missements de la haine &#8211; j'aimerais imaginer un face-&#224;-face secret entre l'&#201;tat et les &lt;i&gt;&#8216;ashwaiyyat&lt;/i&gt;. Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police a, dans ces quartiers, &#233;t&#233; attaqu&#233;e partout. Les bulldozers sont-ils l'instrument d'une vengeance ? Je me raisonne : le capital court devant le temps, pas derri&#232;re. Le BTP, c'est les capitalistes militaires. Ils contractent avec l'&#201;tat, ils ravagent, ils se mettent le pognon dans les poches. Soixante pour cent du b&#226;ti au Caire n'est pas d&#233;clar&#233; &#8211; on peut d&#233;truire sans probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, quand je regagne le centre-ville en remontant la rue Talaat-Harb, la ville me semble sombre et vide. Je presse le pas. Je me rem&#233;more des slogans. &#171; &lt;i&gt;Thawra, thawra hatta an-nasr&lt;/i&gt; &#187; &#8211; R&#233;volution, r&#233;volution jusqu'&#224; la victoire ; &#171; &lt;i&gt;Yaskut, yaskut hakmat al-&#8216;askar&lt;/i&gt; &#187; &#8211; Que tombe, que tombe le gouvernement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'une &#233;meute du c&#244;t&#233; de la rue Mohamed-Mahmoud, fin 2012. Amar, supporter de l'&#233;quipe de foot d'Al-Ahly, m'avait abord&#233; : il &#233;tait anglophone. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des chiens, ils nous tuent, ils tuent mes fr&#232;res.&lt;/i&gt; &#187; Il parlait de la police &#8211; les ultras d'Al-Ahly &#233;taient alors omnipr&#233;sents dans les combats de rue. Avec Amar, nous sommes ensuite rest&#233;s en contact sur Facebook. Il a voulu fuir le pays, m'a demand&#233; des coups de main. Je n'avais pas grand-chose &#224; lui offrir. Sur sa page Facebook, il est d&#233;sormais mari&#233;. Je ne l'ai pas inform&#233; de mon retour au Caire. Le corona, dit-on, a tu&#233; l'activit&#233; des ultras.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233; au caf&#233; de Hassan &#224; Sayyida-Zeinab. Hassan m'a dit : &#171; &lt;i&gt;Ah, Mouni, si nous parlions la m&#234;me langue, je t'expliquerais tant de choses sur cette ville et ce quartier&lt;/i&gt;. &#187; &#192; plusieurs reprises, il s'est pinc&#233; la glotte en pronon&#231;ant un mot que je n'ai pas compris. Cela veut dire qu'il en a marre. Il veut rester &#224; la maison, &#224; fumer du haschisch. Il a 31 ans et n'est pas mari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un chauffeur de taxi barbu. Sa dentition est pleine de trous ; il louche et grimace comme s'il voulait d&#233;crocher le r&#244;le de l'ogre. Il me m&#232;ne au parc Al-Azhar en passant par un &lt;i&gt;no-man's land&lt;/i&gt; entre le cimeti&#232;re sud et Manshiyat Nasr. C'est vide, c'est cass&#233;, les ordures forment des collines. Sous ses grimaces, le chauffeur semble joyeux de me faire passer l&#224;. Il &#233;voque les beaut&#233;s de l'Am&#233;rique et du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision. L'existence du sexe &#224; la t&#233;l&#233;vision semble lui procurer une joie intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En haut de la quatre-voies de Salah-Salem, il faut faire demi-tour. On croise une immense mosqu&#233;e enguirland&#233;e : la Mosqu&#233;e de la police &#8211; l'entr&#233;e, m'explique le chauffeur, en est interdite &#224; tous les non-flics. Et voil&#224; que l'homme est pris d'un cri strident et se met &#224; causer en anglais : &#171; &lt;i&gt;Police very very bad&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Dans une phrase mal branl&#233;e, je marmonne le mot r&#233;volution (&lt;i&gt;thawra&lt;/i&gt;). Le chauffeur secoue la t&#234;te et il entrechoque le creux de ses poignets : il n'y aura pas de nouvelle r&#233;volution, seulement la prison, encore et encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 2011, au d&#233;tour d'un caf&#233;, un vieux. Il incarne la boh&#232;me intellectuelle du centre-ville : il est chevelu et sap&#233; comme en 1970. Je lui dis que je cherche la r&#233;volution. Il me r&#233;pond que je ne la trouverai pas car, dit-il, elle est cach&#233;e : elle se niche dans les mots secrets qu'en ce moment m&#234;me s'&#233;changent les travailleurs. Longtemps, loin du Caire, les paroles de ce vieux ont fa&#231;onn&#233; ma mythologie de la r&#233;volution : maintenant, tout &#231;a est caduc. Pour mes fantasmagories futures, je pense au cri strident sorti de la gorge du chauffeur de taxi orgiaque. Quelque chose y &#233;tait suspendu &#8211; mais on ne sait pas encore quoi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minassian&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;gypte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4446 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteegypte_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200carteegypte_resultat-52b59.jpg?1779732404' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#8226; 100 millions d'habitant&#183;es, dont 23 millions au Caire. &#8226; une &#233;conomie de rentes : transferts de la diaspora, tourisme, redevances d'utilisation du canal de Suez, ventes d'hydrocarbures. &#8226; un tiers de la population sous le seuil de pauvret&#233;. un secteur informel qui repr&#233;senterait la moiti&#233; de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dynamique r&#233;volutionnaire (2011-2013) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre le 25 et le 28 janvier 2011, la police, partout assaillie, est physiquement vaincue par des dizaines de milliers de manifestant&#183;es. Au cours des deux semaines suivantes, l'occupation de la place Tahrir entra&#238;ne la dislocation du bloc dirigeant. Les g&#233;n&#233;raux d&#233;mettent le pr&#233;sident Hosni Moubarak et prennent le pouvoir. Mais ils ne peuvent ni ne veulent gouverner seuls : ils s'allient avec les Fr&#232;res musulmans et jouent l'ouverture d&#233;mocratique. Il y a plusieurs &#233;lections ouvertes en 2011 et 2012 : les Fr&#232;res les remportent toutes. Mais l'&#201;tat ne parvient pas &#224; absorber une &#233;bullition sociale qui n'a pas de traduction politique ni d'unit&#233; organisationnelle. Les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187;, concentr&#233;&#183;es au Caire, maintiennent une pression constante sur le terrain de la d&#233;mocratisation : ils sont durement r&#233;prim&#233;&#183;es. un puissant mouvement d'insubordination traverse les lieux de travail, entra&#238;nant nombre de gr&#232;ves sauvages. Les &#233;meutes contre la police et les pouvoirs locaux sont r&#233;currentes : la jeunesse du salariat informel se r&#233;pand dans les rues &#8211; ultras, &#171; black blocs &#187;, &#171; salafistes r&#233;volutionnaires &#187;. Le pouvoir orchestre plusieurs massacres, qui entra&#238;nent chaque fois des recompositions des forces politico-sociales : les alliances de rue se font et se d&#233;font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamiste Mohamed Morsi est &#233;lu pr&#233;sident en juin 2012 face au r&#233;sidu d'ancien r&#233;gime &#8211;&lt;i&gt; fouloul&lt;/i&gt; &#8211; Ahmed Chafiq. En d&#233;cembre, le bloc Fr&#232;res musulmans-militaires se disloque : les Fr&#232;res veulent pousser leurs pions trop loin au sein de l'&#201;tat. Au printemps 2013, alors que l'agitation sociale se poursuit, les militaires manipulent prix et p&#233;nuries. Le 3 juillet 2013, s'appuyant sur des manifestations massives et un soutien de la quasi-totalit&#233; des forces politiques non-fr&#233;ristes (y compris les salafistes), ils renversent Morsi, se revendiquant d'une &#171; deuxi&#232;me r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les pelleteuses &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2016, suite &#224; un accord avec le Fonds mon&#233;taire international (FMI), la monnaie est d&#233;valu&#233;e et les subventions &#233;tatiques sur l'&#233;nergie et les produits alimentaires sont partiellement lev&#233;es : les prix s'envolent. L'&#233;conomie &#233;gyptienne tourne &#224; grands coups d'emprunts : les taux d'int&#233;r&#234;ts &#233;gyptiens sont parmi les plus attractifs sur le march&#233; mondial. L'afflux de capitaux finance de grands projets d'infrastructures : doublement du canal de Suez, construction de villes nouvelles dans le d&#233;sert. &#192; 40 km du Caire, une nouvelle capitale est en construction. Elle a pour nom &#171; Nouvelle capitale administrative &#187;. On attend d'ici peu le transfert en grande pompe de 50 000 fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les d&#233;penses publiques ont doubl&#233; en dix ans, le budget de l'&#201;tat ressemble &#224; une pyramide de Ponzi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau r&#233;gime&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau r&#233;gime, domin&#233; par le chef d'&#233;tat-major Abdel Fattah al-Sissi, s'inaugure par un massacre d'une ampleur in&#233;dite : sur la place Rabia, en ao&#251;t 2013, les forces de s&#233;curit&#233; tuent au moins 800 manifestant&#183;es pro-Morsi. Les lib&#233;raux d&#233;mocrates, socialistes et autres syndicalistes r&#233;volutionnaires, qui soutiennent le gouvernement de transition, n'y trouvent rien &#224; redire. Dans les mois qui suivent, des dizaines de milliers de pr&#233;sum&#233;s islamistes, accus&#233;s d'appartenance terroriste, sont jet&#233;s en prison. Progressivement, les idiots utiles lib&#233;raux et salafistes sont &#233;cart&#233;s ; les &#171; jeunes de la r&#233;volution &#187; qui maintiennent une activit&#233; publique sont &#224; leur tour durement r&#233;prim&#233;&#183;es. Enfin, au cours de l'hiver 2013-2014, la discipline au travail est restaur&#233;e : le mouvement r&#233;volutionnaire est vaincu. Sissi est &#233;lu pr&#233;sident en 2014 et r&#233;&#233;lu en 2018, dans des bureaux de vote d&#233;serts. La pression polici&#232;re atteint des niveaux jamais vus : elle continue aujourd'hui de se resserrer. Les prisons &#233;gyptiennes sont surpeupl&#233;es. La moiti&#233; des prisonniers seraient &#171; politiques &#187; : 60 000, disent les ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'arm&#233;e &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; d'autres secteurs capitalistes, l'arm&#233;e &#233;gyptienne est un &#171; capitaliste collectif &#187; fondu dans l'&#201;tat &#8211; un r&#233;sidu de socialisme des ann&#233;es 1960. La logique de rentabilit&#233; du capital est ici dissoute : dans les entreprises militaires, profits et subventions de l'&#201;tat sont confondus. L'arm&#233;e produit de l'agroalimentaire, du BTP, des m&#233;dicaments. Elle fait travailler gratuitement les bidasses ; elle emploie des salari&#233;s qui sont des militaires. Elle fournit &#224; ses employ&#233;s, s&#233;curit&#233; sociale, retraites, soins gratuits. L'arm&#233;e-entreprise est la grande orchestratrice des m&#233;gaprojets d'infrastructure : par ce biais, les capitaux achet&#233;s par la dette passent dans son budget. L'&#201;tat &#233;gyptien est ainsi tiraill&#233; entre la mainmise des militaires et les int&#233;r&#234;ts des capitalistes priv&#233;s : cette contradiction &#8211; parmi d'autres &#8211; menace de faire sauter le couvercle de la cocotte-minute sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Souheil, 19 ans, tu&#233; par un policier</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;Comment un simple contr&#244;le routier a-t-il pu s'achever par la mort de Souheil, 19 ans, d'une balle polici&#232;re en plein thorax ? Tandis que le parquet de Marseille parle de l&#233;gitime d&#233;fense, la famille demande une enqu&#234;te ind&#233;pendante. Souheil El Khalfaoui avait 19 ans, un b&#233;b&#233; de 14 mois et probablement quelques r&#234;ves dans la vie. Il est mort le 4 ao&#251;t dans le quartier marseillais de la Belle de Mai, d'une balle dans le thorax tir&#233;e par un policier. &#171; Comment ? Pourquoi ? &#187;, lisait-on une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jeune-homme" rel="tag"&gt;jeune homme&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment un simple contr&#244;le routier a-t-il pu s'achever par la mort de Souheil, 19 ans, d'une balle polici&#232;re en plein thorax ? Tandis que le parquet de Marseille parle de l&#233;gitime d&#233;fense, la famille demande une enqu&#234;te ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3724 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1858-13d44.jpg?1779732582' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;&#192; la Belle-de-Mai, l&#224; o&#249; est mort Souheil.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Clair Rivi&#232;re
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Souheil El Khalfaoui avait 19 ans, un b&#233;b&#233; de 14 mois et probablement quelques r&#234;ves dans la vie. Il est mort le 4 ao&#251;t dans le quartier marseillais de la Belle de Mai, d'une balle dans le thorax tir&#233;e par un policier. &#171; Comment ? Pourquoi ? &#187;, lisait-on une semaine plus tard sur une pancarte tendue par des proches au milieu du Vieux-Port, d'o&#249; une marche blanche s'appr&#234;tait &#224; partir. Devant quelques centaines de personnes venues honorer la m&#233;moire du jeune homme, son p&#232;re, Issam, prenait la parole : &#171; &lt;i&gt;Cette balle a &#233;t&#233; tir&#233;e lors d'un contr&#244;le routier. Le repr&#233;sentant du syndicat Alliance a affirm&#233; que le policier a fait usage de son arme en &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense, alors que l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la police nationale &#233;tait &#224; peine saisie du dossier.&lt;/i&gt; &#187; Probl&#232;me : &#171; &lt;i&gt;Les t&#233;moignages des riverains et des passants sont tr&#232;s troublants &#224; plus d'un titre et contredisent la version &#8220;officielle&#8221; des faits, rapport&#233;e par la presse dans les heures qui ont suivi l'&#233;v&#233;nement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que s'est-il donc pass&#233; ce soir-l&#224;, au croisement des rues Bonnardel et Fortun&#233;-Jourdan, dans le 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement ? Il est pr&#232;s de 19 heures et la voiture de Souheil est &#224; l'arr&#234;t. Le jeune homme est au volant. Sur le si&#232;ge passager, un de ses copains. Les deux comp&#232;res sont venus rendre visite &#224; un troisi&#232;me ami, en b&#233;quilles des suites d'un accident survenu quelques semaines plus t&#244;t. Un v&#233;hicule de police arrive. L'&#233;quipage reconna&#238;t la voiture de Souheil avec laquelle le jeune homme aurait, la veille, fui un premier contr&#244;le de police. Les agents sortent de l'habitacle pour proc&#233;der &#224; un nouveau contr&#244;le. Le jeune homme n'a, semble-t-il, ni permis de conduire ni certificat d'assurance. Il tente de fuir en marche arri&#232;re, heurtant un policier qui, selon certaines versions de l'histoire, chute au sol. Quoi qu'il en soit, juste apr&#232;s, un autre agent tire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La l&#233;gitime d&#233;fense mise en cause&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Question : &#224; l'instant pr&#233;cis o&#249; le coup est parti, l'un ou l'autre des policiers &#233;tait-il en danger ? &#171; &lt;i&gt;Tous les &#233;l&#233;ments actuels tendent &#224; d&#233;montrer un &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense du policier &#224; l'ouverture du feu pour assurer la protection physique d'un autre policier&lt;/i&gt; &#187;, affirme &#224; &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; Andr&#233; Ribes, le procureur en charge du dossier&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est ce magistrat qui se trouvait aux c&#244;t&#233;s des CRS le 1er d&#233;cembre 2018 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme l'&#233;crit le quotidien&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Contr&#244;le de police mortel &#224; Marseille : &#8220;Chez le jeune, on ne sentait pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, les r&#233;cits de plusieurs t&#233;moins &#171; &lt;i&gt;questionnent la proportionnalit&#233; et la simultan&#233;it&#233; cens&#233;es caract&#233;riser la l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/i&gt; &#187;. Bas&#233;e sur des t&#233;moignages de riverains recueillis au lendemain du drame, une enqu&#234;te publi&#233;e sur le site collaboratif de luttes &lt;i&gt;Marseille infos autonomes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Souhil tu&#233; par la police, une version du c&#244;t&#233; des habitant.es... &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en arrive m&#234;me &#224; la conclusion inverse : &#171; &lt;i&gt;aucun des policiers n'&#233;tait dans le champ&lt;/i&gt; &#187; de la voiture de Souheil au moment du tir fatal. &#192; en croire les habitants cit&#233;s dans l'article, le jeune homme craignait que les k&#233;pis embarquent son v&#233;hicule &#224; la fourri&#232;re. Et c'est lorsque le policier plac&#233; &#224; l'arri&#232;re du v&#233;hicule s'est d&#233;cal&#233; pour t&#233;l&#233;phoner &#224; l'&#233;cart que Souheil a tent&#233; de se d&#233;gager en marche arri&#232;re tout en braquant. Ce faisant, il aurait touch&#233; l'agent situ&#233; du c&#244;t&#233; conducteur de la voiture. C'est quelques instants plus tard que le policier plac&#233; &#224; l'arri&#232;re aurait fait feu, au moment o&#249; la voiture est pass&#233;e &#224; c&#244;t&#233; de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le journal local d'investigation &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Apr&#232;s la mort de Souheil, tu&#233; par un policier, la l&#233;gitime d&#233;fense en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, le tireur &#233;tait un policier stagiaire, &#171; &lt;i&gt;inexp&#233;riment&#233;&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait choqu&#233;&lt;/i&gt; &#187;, raconte &#224;&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; une riveraine sortie de chez elle juste apr&#232;s avoir entendu le coup de feu. Comme d'autres, elle rapporte que le passager du v&#233;hicule a &#233;t&#233; ensuite frapp&#233; avant d'&#234;tre menott&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les policiers, par contre, n'auraient pas cherch&#233; &#224; porter secours &#224; leur victime. Sur des vid&#233;os tourn&#233;es par des passants, on ne les voit effectivement pas au chevet du jeune homme. Comme le relate&lt;i&gt; Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, c'est finalement une infirmi&#232;re du quartier qui passait par l&#224; qui s'est occup&#233;e de Souheil : &#171; &lt;i&gt;J'ai d'abord vu le policier&lt;/i&gt; [qui avait &#233;t&#233; heurt&#233; par la voiture] &lt;i&gt;&#224; terre. Il avait juste mal au genou. On m'a ensuite dit qu'il y avait un jeune homme dans la voiture. J'ai d&#251; forcer un policier &#224; me laisser passer. Il ne voulait pas.&lt;/i&gt; &#187; Quand les pompiers ont fini par arriver, dit-elle &#224; l'instar d'autres t&#233;moins, ils sont d'abord all&#233;s voir le policier. Souheil &#233;tait probablement d&#233;j&#224; d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; M&#234;me s'il a fait quelque chose... &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La voiture du d&#233;funt a fini sa course sur un trottoir, &#224; quelques m&#232;tres d'un arr&#234;t de bus. Une semaine plus tard, une dame d'une soixantaine d'ann&#233;es y attend le 49, direction Vauban. Au sol, les d&#233;bris de verre sont toujours l&#224;. Sous un porche, des fleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mur, un collage rappelant que Souheil a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;tu&#233; par la police&lt;/i&gt; &#187;. Et une photo de lui avec son fils. La dame en a les larmes aux yeux : &#171; &lt;i&gt;Oh, c'est lui, le jeune homme qui est mort&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Un silence. Puis : &#171; &lt;i&gt;Ils font ce qu'ils veulent, ces cons de poulets.&lt;/i&gt; &#187; &#192; c&#244;t&#233;, une jeune fille s'indigne. Elle ne sait pas trop ce qui s'est pass&#233;, mais &#171; &lt;i&gt;m&#234;me s'il a fait quelque chose, c'&#233;tait pas une raison pour le tuer&lt;/i&gt; &#187;. Un jeune homme : &#171; &lt;i&gt;Nous si on tue un flic, on prend quinze ans de prison.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s la mort de Souheil, le parquet a expliqu&#233; que le jeune homme &#233;tait connu des services judiciaires. &#171; &lt;i&gt;Des bagarres et quelques barrettes de shit&lt;/i&gt; &#187;, relativisait la famille aupr&#232;s de l'AFP &#8211; selon nos informations, elle faisait r&#233;f&#233;rence &#224; de la simple consommation de cannabis, pas &#224; du deal. &#171; &lt;i&gt;Certes, mon fils avait d&#233;j&#224; eu affaire &#224; la police et &#224; la justice, dans ses errements d'adolescent en souffrance,&lt;/i&gt; dira son p&#232;re lors de la marche blanche. &lt;i&gt;Sa m&#232;re et moi avons eu avec lui notre lot d'inqui&#233;tudes et de mauvaises surprises. Rien de tout cela n'amoindrit le respect d&#251; &#224; sa vie.&lt;/i&gt; &#187; La famille demande l'ouverture d'une information judiciaire confi&#233;e &#224; un juge d'instruction ind&#233;pendant. Selon &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt;, son avocat a port&#233; plainte pour &#171; homicide volontaire par personne d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique et omission de porter secours &#187;.
Contrairement &#224; l'affaire de Stains (Seine-Saint-Denis), assez ressemblante (le 16 ao&#251;t, deux policiers en civil y ont arros&#233; de balles une voiture qu'ils contr&#244;laient), il n'existe &#224; notre connaissance pas d'images du tir ayant tu&#233; Souheil. Par contre, les minots du coin se montrent sur leur portable les vid&#233;os des instants d'apr&#232;s, o&#249; l'on peut l'apercevoir agoniser. Dans ce tr&#232;s populaire quartier de Marseille, les pouvoirs publics n'ont mis en place aucune cellule de soutien psychologique &#224; destination des riverains choqu&#233;s. Quand une prise en charge a fini par &#234;tre organis&#233;e, ce fut &#224; l'initiative de militants associatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lynda, la m&#232;re de l'ami en b&#233;quilles que Souheil &#233;tait venu voir ce soir-l&#224;, reste &#233;videmment pleine de chagrin : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait un ami tr&#232;s proche de mon fils. Il venait le voir tous les jours depuis son accident, lui tenir compagnie. Il avait fait la f&#234;te de l'A&#239;d avec nous. C'&#233;tait un gamin. Il est parti pour rien, pour une petite b&#234;tise. Aujourd'hui, mon fils fait semblant d'aller bien, mais au fond, il est d&#233;truit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est ce magistrat qui se trouvait aux c&#244;t&#233;s des CRS le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 2018 sur la Canebi&#232;re, lorsque Zineb Redouane a &#233;t&#233; mortellement atteinte par un tir de grenade lacrymog&#232;ne &#224; la fen&#234;tre de son appartement du 4e &#233;tage. C'est notamment cette pr&#233;sence, non r&#233;v&#233;l&#233;e au d&#233;but des investigations par le parquet de Marseille, qui a conduit au d&#233;paysement &#224; Lyon de l'enqu&#234;te sur le d&#233;c&#232;s de l'octog&#233;naire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Contr&#244;le de police mortel &#224; Marseille : &#8220;Chez le jeune, on ne sentait pas de r&#233;bellion&#8221; &#187; (16/08/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Souhil tu&#233; par la police, une version du c&#244;t&#233; des habitant.es... &#187; (06/08/2021). Dans plusieurs des premiers articles consacr&#233;s &#224; l'affaire tout comme sur le collage visible sur la photo ci-dessus, le pr&#233;nom &#171; Souheil &#187; est par erreur orthographi&#233; &#171; Souhil &#187; ou &#171; Souhail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Apr&#232;s la mort de Souheil, tu&#233; par un policier, la l&#233;gitime d&#233;fense en question &#187; (13/08/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les cond&#233;s de la Commune</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-condes-de-la-Commune</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Les-condes-de-la-Commune</guid>
		<dc:date>2021-03-10T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
		<dc:subject>Paris</dc:subject>
		<dc:subject>Maxime Jourdan</dc:subject>
		<dc:subject>police politique</dc:subject>
		<dc:subject>Commune</dc:subject>
		<dc:subject>Jourdan</dc:subject>
		<dc:subject>Rigault</dc:subject>
		<dc:subject>police municipale</dc:subject>
		<dc:subject>d'une police</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre La Proclamation de la Commune (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ? &#171; La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie &#187;, d&#233;clarait le blanquiste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible&lt;/i&gt; &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre &lt;i&gt;La Proclamation de la Commune&lt;/i&gt; (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait le blanquiste &#201;douard Vaillant le 19 avril au Conseil de la Commune.
Comment la Commune a-t-elle g&#233;r&#233; son &#171; volet s&#233;curitaire &#187; ? Explications avec les historiens Quentin Deluermoz&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et Maxime Jourdan&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3589 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L407xH720/-1732-96afc.jpg?1779602972' width='407' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la Commune, le sentiment d'hostilit&#233; des classes populaires vis-&#224;-vis de la police est manifeste &#8211; et ne se d&#233;mentira pas par la suite. &#171; &lt;i&gt;Le sergot est un trouble-f&#234;te&lt;/i&gt; &#187;, rapporte dans ses notes&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; le commissaire Adolphe Gronfier, en fonction &#224; la pr&#233;fecture de police de Paris de 1866 &#224; 1893 (sauf durant la Commune). Il y dresse, non sans ironie, le constat sans appel du foss&#233; entre les agents de la paix et le peuple parisien, peu sensible &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une force publique : &#171; &lt;i&gt;Cette haine du sergent de ville est particuli&#232;re &#224; la populace de Paris&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; celle-ci la pousse m&#234;me jusqu'&#224; un tel degr&#233; d'exag&#233;ration qu'elle ne perd pour ainsi dire pas une occasion de prendre parti pour le filou arr&#234;t&#233;, contre les agents qui l'arr&#234;tent. Cette mani&#232;re de voir et d'agir fait partie du cat&#233;chisme nouveau, et, dans peu d'ann&#233;es, nul ne sera certainement parfait citoyen, s'il ne r&#233;clame l'abolition de la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin Deluermoz, dont la th&#232;se de doctorat est consacr&#233;e aux &lt;i&gt;&#171; policiers en tenue dans l'espace parisien entre 1854 et 1913 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dit&#233;e sous le titre Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, explique que &lt;i&gt;&#171; le Second Empire avait mis en place une r&#233;forme de la police municipale, fond&#233;e sur l'exemple londonien (le fameux &#8220;Bobby&#8221;), qui visait &#224; faire davantage appr&#233;cier la police &#224; la population&lt;/i&gt; &#187;. Il ajoute que, si &lt;i&gt;&#171; les situations dans les quartiers sont tr&#232;s diverses, les tensions &#233;taient &#233;videmment plus dures dans les quartiers ouvriers. Mais la pr&#233;sence polici&#232;re finit par s'implanter peu &#224; peu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, pr&#233;cise-t-il, &#171; &lt;i&gt;l'image &#8220;noire&#8221; de la police parisienne (brutale, proche des malfaiteurs), n&#233;e de la figure de Vidocq, n'a jamais vraiment disparu. La r&#233;pression polici&#232;re lors des grandes manifestations de la fin des ann&#233;es 1860 a rallum&#233; la logique de confrontation. Et avec la Commune tout se pr&#233;cipite : les sergents de ville &#8211; renomm&#233;s &#8220;gardiens de la paix&#8221; depuis l'av&#232;nement de la R&#233;publique en septembre 1870 &#8211; deviennent les symboles du &#8220;monde d'avant&#8221;, du r&#233;gime imp&#233;rial despotique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La police politique imp&#233;riale concentre en effet toute la d&#233;testation de l'extr&#234;me gauche de l'&#233;poque qui d&#233;nonce ses mouchards, sa brigade des m&#339;urs, ses fameuses &#171; blouses blanches &#187; (provocateurs d&#233;guis&#233;s en ouvriers et infiltr&#233;s dans les manifestations &#8211; leur importance r&#233;elle est sujette &#224; caution), sa censure, les complots de son cabinet noir, etc. L'historien Maxime Jourdan souligne quant &#224; lui le &#171; &lt;i&gt;pouvoir consid&#233;rable&lt;/i&gt; &#187; dont elle dispose alors : &#171; &lt;i&gt;Sous la f&#233;rule du pr&#233;fet Joseph Pietri et &#224; l'instigation du &#8220;commissaire sp&#233;cial&#8221; Michel Lagrange, redoutable chef de la police politique, une pluie de condamnations s'abat sur les r&#233;publicains socialistes, au premier rang desquels se trouvent les pugnaces blanquistes. Aussi ces derniers adoptent-ils une attitude ambivalente &#224; l'endroit de l'institution polici&#232;re : s'ils font chorus avec les r&#233;publicains r&#233;clamant son abolition, ils identifient &#8211; &#224; raison &#8211; la pr&#233;fecture de police comme le centre n&#233;vralgique du pouvoir dont ils subissent les foudres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourchass&#233;s sous l'Empire, les blanquistes ne cachent pas leur volont&#233; de revanche, &#224; l'instar de Th&#233;ophile Ferr&#233; qui, jug&#233; &#224; Blois durant l'&#233;t&#233; 1870, invective la cour en des termes peu &#233;quivoques : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes aujourd'hui la force, usez-en ! Mais quand je l'aurai, gare &#224; vous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, il n'est pas &#233;tonnant que lorsque l'insurrection &#233;clate le 18 mars, la plupart des agents de police quittent Paris par crainte de repr&#233;sailles. Dans ce moment de vacance du pouvoir et de d&#233;sorganisation, les revendications communalistes s'expriment le 23 mars dans la bouche de l'internationaliste Eug&#232;ne Varlin au sein du Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements : &#171; &lt;i&gt;Nous voulons un conseil municipal &#233;lu. Nous voulons des franchises municipales s&#233;rieuses pour Paris, la suppression de la pr&#233;fecture de police, le droit pour la Garde nationale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;de nommer tous les officiers y compris le commandant en chef, la remise enti&#232;re des loyers &#233;chus au-dessous de 500 francs, une loi &#233;quitable sur les &#233;ch&#233;ances&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; enfin nous demandons que l'arm&#233;e se retire &#224; vingt lieues de Paris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre t&#233;moignage direct de la mentalit&#233; ouvri&#232;re, dans une lettre adress&#233;e &#224; sa s&#339;ur en province, D&#233;sir&#233; Lapie, menuisier insurg&#233; du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, explique : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons ni le pillage ni le vol, ni grandeurs. Voil&#224; ce que nous voulons, rien de plus : R&#233;publique une et indivisible ; s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; instruction gratuite et obligatoire pour les instituteurs la&#239;ques ; suppression enti&#232;re des arm&#233;es permanentes, que tout citoyen soit soldat, mais dans son pays, c'est-&#224;-dire garde national. Suppression des sergents de ville et tout argoussin&lt;/i&gt; [sic] &lt;i&gt;ainsi que des gendarmes.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Voil&#224; notre programme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une page de l'histoire du blanquisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais dans un contexte r&#233;volutionnaire, la police est d'&#233;vidence un enjeu politique majeur. Le 20 mars, un des chefs du courant blanquiste, Raoul Rigault, devient d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la S&#251;ret&#233; &#224; 25 ans seulement et prend le pouvoir de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#171; l'ex-pr&#233;fecture &#187;. Dans ses m&#233;moires, intitul&#233;es &lt;i&gt;La Commune v&#233;cue,&lt;/i&gt; son secr&#233;taire Gaston Da Costa affirme que la &#171; &lt;i&gt;faute irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#187; de Rigault a &#233;t&#233; de couler l'organisation polici&#232;re de la Commune dans le &#171; &lt;i&gt;moule malpropre&lt;/i&gt; &#187; de celle de l'Empire &#8211;, un moule qui, n&#233;anmoins, &#171; &lt;i&gt;avait l'avantage d'&#234;tre tout fait&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#201;crire l'histoire de la police sous la Commune revient peu ou prou &#224; &#233;crire une page de l'histoire du blanquisme &#187;, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Maxime Jourdan. Les blanquistes semblaient avoir quelque app&#233;tence pour ces fonctions. Pour l'historien, ils &#171; &lt;i&gt;sont &#233;pris d'ordre, imbus d'autorit&#233; et de centralisme ; ils ne ren&#226;clent pas devant la coercition et sont m&#234;me adeptes de la Terreur, de la dictature d'une minorit&#233; d'avant-garde. Tous ces traits ne les pr&#233;disposent pas &#224; la suppression de la pr&#233;fecture de police ni &#224; sa &#8220;d&#233;mocratisation&#8221;. D'autant que Raoul Rigault, dont Blanqui dit qu'il &#8220;est n&#233; pr&#233;fet de police&#8221;, s'est fait une sp&#233;cialit&#233; du contre-espionnage politique ; il conna&#238;t la rue de J&#233;rusalem (si&#232;ge de la pr&#233;fecture sur l'&#238;le de la Cit&#233;) comme sa poche. Il attend son heure&#8230; Au lendemain de l'insurrection communaliste, c'est tout naturellement qu'il s'installe &#224; la pr&#233;fecture de police. Ses camarades r&#233;tablissent les 80 commissariats de Paris qu'ils s'efforcent de confier &#224; des amis de leur sensibilit&#233; politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le volet s&#233;curitaire sous la Commune englobe plusieurs r&#233;alit&#233;s. Selon Maxime Jourdan, il va s'op&#233;rer &lt;i&gt;&#171; une dichotomie qui se voulait stricte &#8211; et qui fut moins nette et plus poreuse qu'envisag&#233; &#8211; entre maintien de l'ordre public (droit commun) et r&#233;pression des opposants au nouveau r&#233;gime (police politique)&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on voir s'esquisser dans la confusion l'&#233;mergence d'une &#171; police citoyenne &#187; ? Quentin Deluermoz dresse un tableau qui varie selon les quartiers : &#171; [Les postes de commissaires vacants] &lt;i&gt;sont occup&#233;s par des militants &#224; l'instigation de &#8220;l'ex-pr&#233;fecture de police&#8221; ou des municipalit&#233;s qui peuvent se trouver alors en conflit. D'autres le sont par des habitants ou des figures de confiance du quartier. Aussi y a-t-il beaucoup &#8220;d'ordres&#8221; en vigueur dans le Paris insurg&#233;. Dans le 17 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, le commissaire du quartier des &#201;pinettes applique le &#8220;bon droit&#8221; des ouvriers fond&#233; sur la n&#233;gociation et la conciliation. Celui du quartier de l'Od&#233;on&lt;/i&gt; [6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;] &lt;i&gt;en revanche peine &#224; faire respecter les r&#232;glements par les populations de la rue&#8230; Enfin il ne faut pas oublier que les gardes nationales sont un autre acteur de l'ordre essentiel, ni que, dans cette p&#233;riode qui affirme rendre le pouvoir aux citoyens, les interventions de ces derniers sont plus nombreuses et fr&#233;quentes. Le rapport &#224; l'ordre et &#224; la loi est ainsi compl&#232;tement chamboul&#233; pendant la Commune.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Maxime Jourdan d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Tel commissaire va se montrer humain, voire magnanime, dans l'application des ordres ; tel autre va abuser de son autorit&#233;, multipliant les perquisitions, les brimades, les arrestations, se comportant en v&#233;ritable terreur de quartier. La t&#226;che des commissaires est d'autant plus malais&#233;e que, g&#233;n&#233;ralement, la population regimbe &#224; collaborer avec la police, f&#251;t-elle r&#233;volutionnaire. Le peuple de Paris a conserv&#233; une m&#233;fiance instinctive envers les forces de l'ordre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En outre, les communards n'ont pas &#233;t&#233; laxistes avec les d&#233;linquants et se sont voulus vertueux sur le plan des m&#339;urs. Maxime Jourdan nous explique qu'ils &#171; &lt;i&gt;vont faire preuve d'un rigorisme, d'un moralisme et d'une pudibonderie r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ainsi s'expliquent le respect affich&#233;, proclam&#233;, assum&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#8211; on leur reprochera bien suffisamment, par la suite, de n'avoir pas fait main basse sur la &#8220;forteresse capitaliste&#8221; qu'&#233;tait la Banque de France &#8211;, et les d&#233;crets r&#233;primant les jeux de hasard, la mendicit&#233;, la prostitution, le vagabondage, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il faut rappeler qu'&#224; la fin de l'Empire, &#171; &lt;i&gt;les r&#233;volutionnaires toutes tendances confondues n'ont cess&#233; de vitup&#233;rer &#8220;la f&#234;te imp&#233;riale&#8221; &lt;/i&gt;[et] &lt;i&gt;la d&#233;cadence morale du r&#233;gime qui a transform&#233; Paris en un &#8220;vaste lupanar international&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Non sans une certaine hypocrisie d'ailleurs, car certains jeunes blanquistes, Rigault en t&#234;te, ont eux-m&#234;mes une r&#233;putation de noceurs et de &#171; coureurs de grisettes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, il n'y a pas de discontinuit&#233; majeure en ce qui concerne les missions de s&#233;curit&#233; publique. Dans ses m&#233;moires&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune, Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, Philippe Cattelain, chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune qui se voit charg&#233; des affaires de droit commun, rappelle que Th&#233;ophile Ferr&#233; estimait que &#171; &lt;i&gt;les lois r&#233;volutionnaires ne seront jamais trop dures pour les voleurs de profession&lt;/i&gt; &#187;. D'ailleurs, &lt;i&gt;&#171; les observateurs louent la s&#251;ret&#233; des rues de Paris, &lt;/i&gt;rappelle Maxime Jourdan&lt;i&gt;. &#201;lie Reclus, t&#233;moin critique envers la Commune&lt;/i&gt; [qui l'a nomm&#233; directeur de la Biblioth&#232;que nationale]&lt;i&gt;, note &#224; la date du dimanche 14 mai que &#8220;jamais ville ne fut plus rang&#233;e, plus paisible &#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commune de Paris au jour le jour, 1908.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une police politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cattelain, fonctionnaire atypique peu politis&#233; au c&#339;ur de la machine r&#233;pressive, souligne les contradictions du nouvel ordre r&#233;volutionnaire avec un peu d'amertume : &#171; &lt;i&gt;Il faut constater une chose, c'est que les gens au pouvoir, tout en critiquant ce qui a pu exister avant eux, finissent par trouver utile ce qu'ils ont mis tant d'acharnement &#224; d&#233;molir, et se contentent de mettre un nom d'ami &#224; la place d'un nom d'adversaire, pour continuer d'administrer avec les m&#234;mes habitudes, et souvent les m&#234;mes abus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une &#171; autre police &#187;, communale et d&#233;mocratique, se heurte &#224; la bri&#232;vet&#233; de l'&#233;v&#233;nement et au contexte de guerre civile, contamin&#233; par l'espionnite et la &#171; fi&#232;vre obsidionale &#187;. Toutefois des protestations ne manquent pas de s'&#233;lever au sein de la Commune face aux tendances dictatoriales de Rigault &#8211; quand on lui reprochait ses m&#233;thodes ill&#233;gales, il s'exclamait : &#171; &lt;i&gt;Nous ne faisons pas de la l&#233;galit&#233;, nous faisons la r&#233;volution.&lt;/i&gt; &#187; Par exemple, il pr&#233;pare, d&#232;s le lendemain de l'adoption du Comit&#233; de salut public&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, les mandats d'arr&#234;t destin&#233;s aux minoritaires qui avaient vot&#233; contre. Mais, dans les rangs des n&#233;o-jacobins et des blanquistes m&#234;me, on s'insurge contre cette &#171; folie &#187;. Pour contrebalancer certains effets de l'arbitraire en vigueur, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Justice Protot (un blanquiste) et des &#233;lus du Conseil communal (Arnould et Vermorel) tentent d'obtenir l'interdiction des perquisitions sans mandat, le droit de visite aux d&#233;tenus par les membres de la Commune et la lev&#233;e du secret auquel &#233;taient soumis les prisonniers jug&#233;s dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rigault, moins aust&#232;re que sa l&#233;gende noire le laisse entendre, est d&#233;crit par Cattelain comme &#171; &lt;i&gt;un r&#233;volutionnaire ardent, quelques fois brutal, mais toujours accessible aux sentiments d'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui mettait un point d'honneur &#224; offrir un bon traitement &#224; ses ennemis incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan avance quelques circonstances att&#233;nuantes : &#171; &lt;i&gt;S'ils &#233;taient nombreux &#224; r&#233;criminer contre Rigault, force est de constater que sa t&#226;che &#233;tait si rude, si complexe, si ingrate, qu'il y avait peu de candidats &#224; sa succession &#8211; et c'est un doux euph&#233;misme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien, &#171; &lt;i&gt;le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le nombre d'arrestations (entre 1 000 et 4 000, selon les sources), qui peuvent se justifier dans un &#233;tat de guerre, que dans leur nature, dans la qualit&#233; des personnes incarc&#233;r&#233;es. En la mati&#232;re, le manque de discernement fut patent : on frappait &#8220;&#224; tort et &#224; travers&#8221;, reconna&#238;t Da Costa. Cependant que les eccl&#233;siastiques et les policiers du r&#233;gime d&#233;chu polarisaient l'attention de Rigault et de Ferr&#233; et subissaient leur vindicte, des espions et des tra&#238;tres av&#233;r&#233;s s&#233;vissaient, sans qu'on les inqui&#233;t&#226;t, dans les minist&#232;res, les &#233;tats-majors et les bataillons de la Garde nationale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on alors parler d'une tentative de mise en place d'une police politique ? Maxime Jourdan r&#233;pond par l'affirmative tout en mettant en garde vis-&#224;-vis des comparaisons anachroniques avec les r&#233;gimes totalitaires et policiers du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; &lt;i&gt;En raison de la polycratie &#224; l'&#339;uvre sous la Commune, des nombreuses autorit&#233;s rivales ou concurrentes, du caract&#232;re &#8220;anarchique&#8221; du mouvement communaliste, il me semble excessif de parler de &#8220;pouvoir policier&#8221;. Cette police politique, redoutable en th&#233;orie, il ne faut en exag&#233;rer ni la capacit&#233; ni l'importance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lendemains qui saignent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai, en pleine Semaine sanglante, on pouvait lire dans le journal r&#233;publicain mod&#233;r&#233; &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;La terreur blanche succ&#232;de d&#233;j&#224; dans Paris &#224; la terreur rouge ; il n'y a l&#224; rien de surprenant.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La police des rues pacifi&#233;es est remise depuis hier aux agents de ville, lesquels sont charg&#233;s d'arr&#234;ter les gens suspects, pourvu qu'ils n'abusent pas de ce droit, comme au temps de l'Empire !&lt;/i&gt; &#187; Vaine pr&#233;caution de journaliste : les pav&#233;s sont tout sanglants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3590 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L499xH720/-1733-a4002.jpg?1779640830' width='499' height='720' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;&#201;change de plaisanteries devant le cadavre d'un communard&#034;, tableau anonyme, 1871
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t le sort de Rigault abattu sans jugement par les Versaillais le 24 mai aux abords du jardin du Luxembourg et celui de Th&#233;ophile Ferr&#233;, bravache devant la sentence du 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; conseil de guerre et fusill&#233; le 28 novembre. Cons&#233;quence des fusillades, des d&#233;nonciations massives (400 000 lettres de d&#233;lation), des emprisonnements, de l'exil et la proscription : &#224; l'automne 1871, l'industrie parisienne enregistre une perte de 100 000 ouvriers par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan souligne que Versailles, qui traitait les communards comme &#171; &lt;i&gt;un ramassis de voleurs et d'assassins&lt;/i&gt; &#187;, avait la volont&#233; &#171; &lt;i&gt;de d&#233;nier tout caract&#232;re politique aux actes de la Commune, en les criminalisant &#187;&lt;/i&gt;. Cela vaudra &#233;galement pour les fonctionnaires qui auront servi la Commune, m&#234;me en effectuant des t&#226;ches administratives subalternes : ils seront jug&#233;s pour usurpation de fonctions publiques. &lt;i&gt;&#171; Quant &#224; ceux qui auront montr&#233; dans l'exercice de leurs fonctions une adh&#233;sion politique au r&#233;gime nouveau, ils seront jug&#233;s par un conseil de guerre et encourront la d&#233;portation ou les travaux forc&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels changements s'op&#232;rent dans l'organisation de la police au lendemain de la Commune ? La cons&#233;quence imm&#233;diate est la dissolution de la Garde nationale afin d'&#233;viter un prochain &#233;pisode de peuple en armes. &lt;i&gt;&#171; Surtout, &lt;/i&gt;observe Quentin Deluermoz, &lt;i&gt;Thiers fait passer l'effectif de la police municipale de 5 700 &#224; 6 800 agents. Cette augmentation correspond &#224; une tentative de militarisation des forces de police. Cette orientation est cependant vite abandonn&#233;e. La presse r&#233;publicaine et lib&#233;rale a vivement r&#233;agi au nom de l'id&#233;e, croissante depuis les ann&#233;es 1860, d'une police proche du public. Surtout, le Conseil municipal de Paris, situ&#233; &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, a men&#233; au m&#234;me moment une tentative de municipalisation. L'opposition avec la pr&#233;fecture de police dure quatre ans, de 1874 &#224; 1878. La remise en cause de l'&#233;tatisation de la police municipale parisienne ne va pas plus loin : les pr&#233;fets de police et les gouvernements refusent de se priver du contr&#244;le d'une telle force de police dans la capitale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;fecture de police devenue le laboratoire du maintien de l'ordre en France et dont on conna&#238;t le r&#244;le lors de la rafle du V&#233;l'd'Hiv' et du 17 octobre 1961 &#8211; son pouvoir semble aujourd'hui intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (1848-1871),&lt;/i&gt; 2012 et de &lt;i&gt;Commune(s) 1870-1871. Une travers&#233;e des mondes au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de &lt;i&gt;Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de la Commune, de l'exil et du retour)&lt;/i&gt; de Lucien Descaves, La D&#233;couverte, 2019. Il est l'auteur des articles &#171; La police sous la Commune &#187; et &#171; Les blanquistes sous la Commune &#187; dans le dictionnaire coordonn&#233; par Michel Cordillot, &lt;i&gt;La Commune de Paris 1871 : Les Acteurs, l'&#233;v&#233;nement, les lieux,&lt;/i&gt; L'atelier, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre &lt;i&gt;Dictionnaire de la racaille. Manuscrit secret d'un commissaire de police parisien au XIX &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;dit&#233;e sous le titre &lt;i&gt;Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre public &#224; Paris (1854-1914),&lt;/i&gt; Publications de la Sorbonne, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une arm&#233;e de r&#233;serve de citoyens. La guerre contre la Prusse de 1870 a vu leurs rangs gonfler jusqu'&#224; 590 000 hommes. La F&#233;d&#233;ration de la Garde nationale parisienne a constitu&#233; le bras arm&#233; de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune,&lt;/i&gt; Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Commune de Paris au jour le jour,&lt;/i&gt; 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le Conseil de Commune vote les pleins pouvoirs &#224; un ex&#233;cutif restreint sur le mod&#232;le du Comit&#233; de salut public de 1793. Une minorit&#233;, compos&#233;e de socialistes anti-autoritaires, d&#233;plore que la Commune ait &lt;i&gt;&#171; abdiqu&#233; son pouvoir entre les mains d'une dictature&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'article 24 qui cache la for&#234;t autoritaire</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-article-24-qui-cache-la-foret</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/L-article-24-qui-cache-la-foret</guid>
		<dc:date>2020-12-05T02:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, &#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>policiers</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>loi</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;curit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>reconnaissance faciale</dc:subject>
		<dc:subject>reconnaissance</dc:subject>
		<dc:subject>l'article</dc:subject>
		<dc:subject>c'est l'article</dc:subject>
		<dc:subject>article</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La loi &#171; S&#233;curit&#233; globale &#187; va bien au-del&#224; de l'interdiction de diffuser des images &#171; malveillantes &#187; de policiers. Entre autres joyeuset&#233;s, elle autorise les pandores &#224; utiliser des drones. Un basculement d&#233;cisif vers la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le technologique r&#234;v&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur dans son tout r&#233;cent Livre blanc de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure. Dans les rues de Marseille et d'ailleurs, ce samedi 21 novembre, c'est manif contre la loi &#171; S&#233;curit&#233; globale &#187;. Et sur les banderoles, les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no193-decembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;193 (d&#233;cembre 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/policiers" rel="tag"&gt;policiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/loi" rel="tag"&gt;loi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Securite" rel="tag"&gt;S&#233;curit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/reconnaissance-faciale" rel="tag"&gt;reconnaissance faciale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/reconnaissance" rel="tag"&gt;reconnaissance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-article" rel="tag"&gt;l'article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-l-article" rel="tag"&gt;c'est l'article&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/article" rel="tag"&gt;article&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La loi &#171; S&#233;curit&#233; globale &#187; va bien au-del&#224; de l'interdiction de diffuser des images &#171; malveillantes &#187; de policiers. Entre autres joyeuset&#233;s, elle autorise les pandores &#224; utiliser des drones. Un basculement d&#233;cisif vers la soci&#233;t&#233; de contr&#244;le technologique r&#234;v&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur dans son tout r&#233;cent &lt;i&gt;Livre blanc de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3504 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;64&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1660.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH678/-1660-f6174.jpg?1780741814' width='500' height='678' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Paris, manifestation du 28 novembre 2020
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Serge d'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les rues de Marseille et d'ailleurs, ce samedi 21 novembre, c'est manif contre la loi &#171; S&#233;curit&#233; globale &#187;. Et sur les banderoles, les slogans se concentrent contre le fameux article 24 : &#171; &lt;i&gt;Votre loi c'est du floutage de gueule&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Police flout&#233;e justice aveugle&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Laisse-moi filmer la peau lisse de mes fesses&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Une semaine plus tard, rebelote, avec un cort&#232;ge beaucoup plus massif et agit&#233;. Cette fois-ci, la gla&#231;ante vid&#233;o du tabassage policier de Michel Zecler, producteur de musique parisien noir, est dans toutes les pens&#233;es. L'onde de choc a forc&#233; Emmanuel Macron &#224; exprimer fort hypocritement sa &#171; &lt;i&gt;honte&lt;/i&gt; &#187; sur Facebook, tandis qu'au micro de France Info, le d&#233;put&#233; LREM Jean-Michel Fauvergue &#233;voque les faits avec des tr&#233;molos dans la voix. Mais si l'ancien patron du Raid d&#233;nonce opportun&#233;ment &#171; &lt;i&gt;les barbares en uniforme&lt;/i&gt; &#187;, il n'envisage pas un instant de renoncer &#224; la &#171; &lt;i&gt;belle loi&lt;/i&gt; &#187; dont il est le co-rapporteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textuellement, dans sa version vot&#233;e en premi&#232;re lecture par l'Assembl&#233;e le 24 novembre, le fumeux article 24 consiste &#224; interdire la diffusion d'images de policiers, quand ceux-ci sont identifiables et que cette diffusion est effectu&#233;e &#171; &lt;i&gt;dans le but manifeste qu'il soit port&#233; atteinte&lt;/i&gt; &#187; &#224; l' &#187; &lt;i&gt;int&#233;grit&#233; physique ou psychique&lt;/i&gt; &#187; des agents. Dans les faits, cette disposition donnera aux flics un pr&#233;texte magnifique pour emp&#234;cher quiconque de filmer des violences polici&#232;res. Car en France, qui est charg&#233; de constater les infractions ? Les policiers. Qui peut interpeller et placer en garde &#224; vue ? Les policiers, qui seront donc juge et partie. S&#251;r, &#224; la fin de la proc&#233;dure, c'est bien un vrai magistrat qui d&#233;cidera de condamner ou non le vid&#233;aste &#8211; au maximum &#224; un an de prison et 45 000 &#8364; d'amende. Mais m&#234;me si l'affaire s'ach&#232;ve par une relaxe, le mal sera d&#233;j&#224; fait&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article 24 est aussi probl&#233;matique juridiquement, notamment &#224; cause du flou qui entoure les notions d'intentionnalit&#233; de nuire et d'int&#233;grit&#233; psychique. Nonobstant l'acharnement du ministre de l'Int&#233;rieur, rien n'assure qu'il survivra &#224; son passage au S&#233;nat (&lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; en janvier) puis &#224; son examen par le Conseil constitutionnel. C'est en tout cas l'intuition d'un membre actif de La Quadrature du Net, association de d&#233;fense des libert&#233;s &#224; la pointe de la lutte contre la surveillance de masse : &#171; &lt;i&gt;Pour moi, l'article 24 finira par &#234;tre retoqu&#233; &#224; un moment ou &#224; un autre. &#199;a me rappelle l'article le plus controvers&#233; de la loi anti-casseurs de 2019, celui par lequel le pr&#233;fet pouvait interdire &#224; certaines personnes de manifester, qui a finalement &#233;t&#233; cass&#233; par le Conseil constitutionnel. Cet article faisait office de chiffon rouge, et tous les autres sont pass&#233;s cr&#232;me. C'est pareil cette fois-ci. L'article 24 est un truc &#224; l&#226;cher s'il y a une forte mobilisation&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'heure o&#249; nous mettons sous presse, nous apprenons d'ailleurs que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, mais tout le reste sera valid&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des espions dans le ciel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le reste ? Citons d'abord l'article 25, qui autorise les policiers hors service &#224; p&#233;n&#233;trer avec leur arme dans les &#233;tablissements recevant du public, sans que le g&#233;rant puisse s'y opposer. Voir des flics bourr&#233;s sortir leur flingue dans les discoth&#232;ques et restaurants &#224; la moindre algarade, on a h&#226;te !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, revenons aux premiers articles de la loi, qui &#233;tendent les pr&#233;rogatives de la police municipale. D&#233;sormais, celle-ci pourra verbaliser la vente &#224; la sauvette, la conduite sans permis ou sans assurance, l'occupation de halls d'immeuble, l'usage de stup&#233;fiants, la r&#233;alisation de tags... Un outil de plus dans la main de maires r&#233;actionnaires d&#233;sireux d'imprimer une marque s&#233;curitaire &#8211; nul doute qu'Estrosi fr&#233;tille, &lt;i&gt;Nice job&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivent plusieurs articles encadrant et renfor&#231;ant le secteur de la s&#233;curit&#233; priv&#233;e, puis on en arrive aux outils de vid&#233;osurveillance. Une avalanche. D'abord, c'est l'article 20 &lt;i&gt;bis&lt;/i&gt; qui facilite &#224; la police l'acc&#232;s aux images des cam&#233;ras des halls d'immeubles. Jusqu'ici, ces vid&#233;os ne pouvaient &#234;tre transmises aux forces de l'ordre que &#171; &lt;i&gt;lors de circonstances faisant redouter la commission imminente d'une atteinte grave aux biens et aux personnes&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;sormais, ce sera notamment possible &#171; &lt;i&gt;en cas d'occupation par des personnes qui &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;nuisent &#224; la tranquillit&#233; des lieux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient ensuite l'article 21, qui se penche sur les cam&#233;ras-pi&#233;tons des policiers, autorisant la transmission de leurs images en temps r&#233;el au poste de commandement. D'ici quelques ann&#233;es, quand les technologies de reconnaissance faciale seront au point et que les fichiers biom&#233;triques auront fini de recenser les visages de la population tout enti&#232;re, n'importe quel pr&#233;fet de police pourra conna&#238;tre en direct le nom de chaque manifestant crois&#233; par un pandore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis c'est l'article 22 et la l&#233;galisation de l'usage des drones&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pr&#233;fecture de police de Paris a d&#233;j&#224; pris l'habitude de les utiliser, en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour la surveillance de l'espace public et la traque de suspects. Un vrai changement de paradigme, vu les prouesses techniques de ces engins, capables de filmer &#224; grande distance en toute discr&#233;tion. D&#233;sormais, plus un centim&#232;tre carr&#233; du territoire ne pourra &#233;chapper &#224; l'&#339;il inquisiteur de la police &#8211; sauf les espaces invisibles du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; la reconnaissance d'odeur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par tous ces am&#233;nagements juridico-technologiques, r&#233;sume La Quadrature du Net&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article publi&#233; sur son site : &#171; &#8220;S&#233;curit&#233; globale&#8221; : l'Assembl&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, la loi de &#171; S&#233;curit&#233; globale &#187; vise &#224; &#171; &lt;i&gt;faire entrer la surveillance dans une nouvelle &#232;re : celle de la multiplication des dispositifs de captation d'images (cam&#233;ras fixes, cam&#233;ras sur les uniformes, cam&#233;ras dans le ciel), de leur croisement afin de couvrir toutes nos villes (espaces publics ou priv&#233;s) et de leur analyse massive par des algorithmes, avec en t&#234;te la reconnaissance faciale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tape d'un futur dystopique d'ores et d&#233;j&#224; esquiss&#233; dans le &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.interieur.gouv.fr/Actualites/L-actu-du-Ministere/Livre-blanc-de-la-securite-interieure&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Livre blanc de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, publi&#233; le 16 novembre par la place Beauvau&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire l'analyse publi&#233;e par La Quadrature du Net sur son site : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui fantasme des milliards d'euros d'augmentation de budget d'ici 2030. Entre autres d&#233;lires technologiques, ce document programmatique r&#234;ve d'une analyse automatis&#233;e des r&#233;seaux sociaux &#8211; &#171; &lt;i&gt;La s&#233;curit&#233; civile et la gendarmerie nationale ont d&#233;j&#224; particip&#233; &#224; de premiers partenariats prometteurs avec des chercheurs sp&#233;cialis&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Il s'enjaille &#233;galement sur les lunettes et casques &#224; r&#233;alit&#233; augment&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Plusieurs cas d'usages en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; sont &#224; explorer&lt;/i&gt; &#187;, qu'il s'agisse de reconnaissance du visage ou de &#171; &lt;i&gt;lecture automatis&#233;e&lt;/i&gt; &#187; des plaques d'immatriculation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Long de 332 pages, le texte envisage aussi le d&#233;veloppement de lecteurs d'empreintes digitales sans contact &#8211; et l'utilisation de ces empreintes comme outil d'identification lors des contr&#244;les d'identit&#233;. Il propose de multiplier les recherches sur la reconnaissance vocale (en cr&#233;ant notamment une premi&#232;re base de donn&#233;es de voix) et m&#234;me sur&#8230; la reconnaissance d'odeur. &#171; &lt;i&gt;L'odorologie repose sur le principe scientifiquement valid&#233; de l'unicit&#233; et de la stabilit&#233; de l'odeur humaine&lt;/i&gt; &#187;, explique le document en un jargon fort po&#233;tique, nous apprenant aussi que &#171; &lt;i&gt;le contact direct avec un objet &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;n'est pas indispensable au d&#233;p&#244;t de l'odeur individuelle sur cet objet&lt;/i&gt; &#187;. En deux mots : &#231;a pue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ce &#171; livre blanc &#187;, qui entend notamment pr&#233;parer la s&#233;curisation des Jeux olympiques de Paris 2024, n'oublie pas de plaider pour des exp&#233;rimentations de reconnaissance faciale dans l'espace public, rappelant au passage que &#171; &lt;i&gt;les performances de&lt;/i&gt; [cette] &lt;i&gt;technologie progressent tr&#232;s vite&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;dacteurs de ce programme s&#233;curitaire en ont conscience : la mise en place de ces technologies de rupture soul&#232;ve d'importantes questions, juridiques comme &#233;thiques, et ne manquera pas de susciter &#171; &lt;i&gt;de r&#233;elles r&#233;sistances&lt;/i&gt; &#187;. Des oppositions qui &#171; &lt;i&gt;ne pourront &#234;tre r&#233;duites que par une p&#233;dagogie soutenue et une progressivit&#233; compatible avec l'&#233;laboration de compromis sociaux&lt;/i&gt; &#187; &#8211; autrement dit : la propagande et la technique de la grenouille dans la marmite d'eau. Nous voil&#224; pr&#233;venus.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re &amp; Emilien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; l'heure o&#249; nous mettons sous presse, nous apprenons d'ailleurs que le patron des d&#233;put&#233;s marcheurs, un certain Christophe Castaner, plaide pour une &#171; r&#233;&#233;criture compl&#232;te &#187; de l'article 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pr&#233;fecture de police de Paris a d&#233;j&#224; pris l'habitude de les utiliser, en l'absence de tout cadre r&#233;glementaire et en d&#233;pit de l'interdiction temporaire &#233;dict&#233;e par le Conseil d'&#201;tat en mai dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans un article publi&#233; sur son site : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.laquadrature.net/2020/11/24/securite-globale-lassemblee-nationale-vote-pour-la-technopolice/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;S&#233;curit&#233; globale&#8221; : l'Assembl&#233;e nationale vote pour la technopolice&lt;/a&gt; &#187;, 24/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire l'analyse publi&#233;e par La Quadrature du Net sur son site : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.laquadrature.net/2020/11/19/la-technopolice-moteur-de-la-securite-globale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La technopolice, moteur de la s&#233;curit&#233; globale&lt;/a&gt; &#187;, 19/11/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce que Maurice Rajsfus fut</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Rescap&#233; de la rafle du V&#233;l' d'Hiv', Maurice Rajsfus a document&#233; les abus de la police pendant des d&#233;cennies. Il est d&#233;c&#233;d&#233; le 13 juin, jour d'une immense manifestation parisienne contre les violences polici&#232;res. Hommage. Les policiers ? &#171; Si tu leur r&#233;ponds, il y a outrage. Si tu r&#233;sistes, il y a r&#233;bellion. Si tu prends la foule &#224; t&#233;moin, il y a incitation &#224; l'&#233;meute &#187;, commentait Maurice Rajsfus dans un entretien &#224; CQFD, o&#249; il constatait le comportement de plus en plus &#187; invraisemblable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rescap&#233; de la rafle du V&#233;l' d'Hiv', Maurice Rajsfus a document&#233; les abus de la police pendant des d&#233;cennies. Il est d&#233;c&#233;d&#233; le 13 juin, jour d'une immense manifestation parisienne contre les violences polici&#232;res. Hommage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les policiers ? &#171; &lt;i&gt;Si tu leur r&#233;ponds, il y a outrage. Si tu r&#233;sistes, il y a r&#233;bellion. Si tu prends la foule &#224; t&#233;moin, il y a incitation &#224; l'&#233;meute&lt;/i&gt; &#187;, commentait Maurice Rajsfus dans &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Que-fit-la-police' class=&#034;spip_in&#034;&gt;un entretien&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Que fit la police ? &#187;, CQFD n&#176; 54 (mars 2008), disponible en ligne.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, o&#249; il constatait le comportement de plus en plus &#187; &lt;i&gt;invraisemblable&lt;/i&gt; &#187; des policiers. C'&#233;tait en 2008, sous Sarkozy. Maurice nous a quitt&#233;s le 13 juin dernier &#224; l'&#226;ge de 92 ans. Le m&#234;me jour &#224; Paris, une manifestation contre les violences et l'impunit&#233; polici&#232;res convoqu&#233;e par le comit&#233; Adama remplissait la place de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rest&#233; jusqu'au bout un espi&#232;gle jeune homme, Maurice Rajsfus avait consacr&#233; une grande partie de sa vie &#224; documenter les abus policiers. De 1968 &#224; 2014, il avait accumul&#233; une immense masse d'archives d'articles de presse consacr&#233;s au sujet. Cofondateur de l'Observatoire des libert&#233;s publiques, il avait aussi &#233;crit une cinquantaine de livres, dont un tiers consacr&#233; &#224; la police fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet 1942, le petit Maurice &#233;tait rafl&#233; avec sa famille. Sa s&#339;ur et lui &#233;chapp&#232;rent &#224; la d&#233;portation &#8211; pas ses parents, juifs polonais. &#187; &lt;i&gt;D&#233;cor&#233; de l'&#233;toile jaune par la police fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;, il n'h&#233;sitait pas &#224; sortir ce bout de tissu de sa poche envelopp&#233; dans un plastique qu'il conservait toujours sur lui, pour le montrer &#224; ses interlocuteurs. En historien amateur, il a ouvert tout un champ d'&#233;tudes jusque-l&#224; in&#233;dit sur la p&#233;riode de Vichy : &#187; &lt;i&gt;Les historiens institutionnels m'en ont toujours voulu d'avoir mis les pieds dans leur pr&#233; carr&#233;,&lt;/i&gt; expliquait-il.&lt;i&gt; Ils ne m'ont jamais aid&#233; ni cit&#233;. Il faut dire aussi que&lt;/i&gt; [pendant longtemps] &lt;i&gt;sur la centaine de bouquins &#233;crits sur la R&#233;sistance, pas un seul n'&#233;tait consacr&#233; &#224; la police, pas un seul chapitre non plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soutien des Palestiniens, il avait commis le faux-pas de figurer sur la liste Euro-Palestine aux &#233;lections europ&#233;ennes de 2004 en compagnie de Dieudonn&#233;, avant de s'en retirer pour ne pas cr&#233;er de la division entre &#171; &lt;i&gt;les divers comit&#233;s qui luttent pour la reconnaissance des droits d'un peuple marginalis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Compagnon de route de Ras l'Front et des libertaires, il r&#233;pondait pr&#233;sent &#224; la plupart des manifs parisiennes, jusqu'&#224; ce que ses genoux vieillissants ne lui permettent plus de s'y rendre. Maurice, monsieur adorable et humble, est mort &#224; un moment o&#249; tout ce pour quoi il s'est battu retrouve son expression dans l'actuel mouvement contre les violences polici&#232;res. Grand respect &#224; ce pr&#233;curseur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Que-fit-la-police' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Que fit la police ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 54 (mars 2008), disponible en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Intimer une limite au pouvoir &#187;</title>
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		<dc:date>2020-07-13T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hard Crackers, Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Kristian Williams est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la police aux &#201;tats-Unis, dont Our Enemies in Blue : Police and Power in America (2004). Il commente ici la situation bouillonnante des villes am&#233;ricaines, l'apport des &#233;meutes au rapport de forces et diff&#233;rentes probl&#233;matiques militantes. *** Cet entretien est la traduction partielle d'une interview r&#233;alis&#233;e en anglais par le site radical Hard Crackers : &#171; &#8220;Preserving Our Capacity to Act&#8221; : An Interview with Kristian Williams &#187;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hard-Crackers-1792" rel="tag"&gt;Hard Crackers&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Kristian Williams est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la police aux &#201;tats-Unis, dont &lt;i&gt;Our Enemies in Blue : Police and Power in America&lt;/i&gt; (2004). Il commente ici la situation bouillonnante des villes am&#233;ricaines, l'apport des &#233;meutes au rapport de forces et diff&#233;rentes probl&#233;matiques militantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH630/-1577-db856.jpg?1779602742' width='400' height='630' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien est la traduction partielle d'une interview r&#233;alis&#233;e en anglais par le site radical Hard Crackers : &#171; &lt;a href=&#034;https://hardcrackers.com/preserving-capacity-act-interview-kristian-williams/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Preserving Our Capacity to Act&#8221; : An Interview with Kristian Williams&lt;/a&gt; &#187;, HardCrackers.com (16/06/2020).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur l'efficacit&#233; des &#233;meutes, tu affirmes qu'elles s'opposent bien plus s&#251;rement &#224; la brutalit&#233; polici&#232;re que les cadres l&#233;gaux...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui distingue ce moment de tous ceux que j'ai connus, c'est le peu de soutien du public &#8211; ou m&#234;me des institutions &#8211; sur lequel la police peut compter. Imm&#233;diatement apr&#232;s la mort de George Floyd, les politiciens se sont pr&#233;cipit&#233;s pour faire leurs sermons sur les in&#233;galit&#233;s raciales et les violences polici&#232;res. Un certain nombre d'&#233;coles et d'universit&#233;s ont rompu leurs accords avec la police. Des entreprises priv&#233;es ont cess&#233; de lui vendre du mat&#233;riel. Il y a m&#234;me quelques organisations polici&#232;res qui ont appel&#233; &#224; ce que la police rende des comptes, ce qui &#233;tait sans doute avant tout une tentative de garder la main sur le contenu des r&#233;formes actuelles et &#224; venir. La v&#233;rit&#233;, c'est qu'ils sont d&#233;sormais presque les seuls &#224; esp&#233;rer une simple r&#233;forme, parce que le mouvement &lt;i&gt;[de protestation]&lt;/i&gt; a fait un saut qualitatif pour envisager l'abolition &lt;i&gt;[de la police]&lt;/i&gt;. Et, chose int&#233;ressante, l'abolition est discut&#233;e en termes strat&#233;giques concrets li&#233;s &#224; la suppression du financement des services de police, &#224; leur d&#233;sarmement, &#224; la d&#233;p&#233;nalisation de certaines infractions et &#224; la recherche d'autres voies pour assurer la s&#233;curit&#233; publique. On n'est plus seulement dans l'utopie &#8220;post-r&#233;volution&#8221;. Il semble m&#234;me qu'&#224; Minneapolis, cela soit en train de devenir la politique officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien qui s'exprime encore pour les forces de l'ordre, et en particulier l'appel de Trump en faveur d'une violence accrue contre les manifestants, est choquant moralement mais s'explique intellectuellement. &#192; droite, beaucoup de gens sont persuad&#233;s que les hommes en uniforme ne peuvent pas causer de tort parce que tout ce qu'ils font est indispensable pour nous pr&#233;server de la sauvagerie type &lt;i&gt;Mad Max&lt;/i&gt;. Cette attitude s'accompagne g&#233;n&#233;ralement d'une parano&#239;a raciste &#224; l'&#233;gard des Noirs qui revendiquent leurs droits d'une mani&#232;re ou d'une autre. On se souvient de leur r&#233;action hyst&#233;rique quand des joueurs de football am&#233;ricain avaient mis un genou &#224; terre durant l'hymne national &lt;i&gt;[en 2016 pour protester contre les violences racistes]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;meutes sont-elles des r&#233;ponses ad&#233;quates aux violences polici&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;meutes ne se suffiront jamais &#224; elles-m&#234;mes. Elles peuvent n&#233;anmoins se r&#233;v&#233;ler n&#233;cessaires en mobilisant des personnes auparavant passives, en donnant &#224; des individus isol&#233;s un sentiment de puissance collective, en endommageant l'infrastructure r&#233;elle de l'oppression et, de fa&#231;on marginale, en permettant une redistribution des richesses. Mais ce que je soutiens, c'est que les &#233;meutes sont un outil de communication de la population &#224; l'&#233;gard du pouvoir. Elles lui intiment la limite &#224; ne pas franchir. La simple existence de l'&#233;meute montre que la l&#233;gitimit&#233; des dirigeants s'est effondr&#233;e, au point de mettre en p&#233;ril leur capacit&#233; &#224; gouverner &#8211; en tout cas temporairement. C'est une situation tr&#232;s d&#233;licate &#224; laquelle les gouvernements doivent faire face. Elle tend &#224; produire &lt;i&gt;[chez les gouvernants]&lt;/i&gt; une d&#233;pendance excessive &#224; la coercition &#8211; r&#233;pondre &#224; la violence par une violence plus grande encore. D'une certaine mani&#232;re, c'est logique : lorsque la l&#233;gitimit&#233; n'est plus l&#224;, la violence est tout ce qui reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour que les &#233;meutes puissent remplir leur r&#244;le singulier, elles doivent se conjuguer &#224; d'autres initiatives parall&#232;les afin de structurer les causes des troubles et consolider les acquis de la lutte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel parti tirer des &#233;meutes pour &#233;largir le champ d'un imaginaire politique &#233;mancipateur dans un avenir proche ? Que faire ensuite pour &#233;viter, par exemple, l'effondrement de la gauche radicale apr&#232;s 1968 ou les espoirs douch&#233;s du mouvement Occupy ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui se passera apr&#232;s les &#233;meutes sera crucial pour d&#233;terminer si ce moment marque un tournant dans l'histoire de la contestation du maintien de l'ordre, ou s'il est simplement cathartique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont nous aurons absolument besoin, c'est que les organisations de gauche se saisissent de cette occasion pour adopter un programme totalement abolitionniste, et se donnent les moyens de le mettre en &#339;uvre. Dans la gauche radicale, la non-col&#8202;labo&#8202;ration avec la police n'est plus &#224; n&#233;gocier depuis longtemps, m&#234;me quand il ne s'agit que d'une simple demande d'autorisation de manifester. Pour la gauche institutionnelle, les choses se r&#233;v&#232;lent plus d&#233;licates, et le changement ne se fera pas toujours sans douleur. Gr&#226;ce au boulot d'organisations comme Incite : des femmes de couleur contre la violence et &#224; des universitaires engag&#233;s comme Andrea Ritchie et Dean Spade, les mouvements f&#233;ministes et LGBTQ+ d&#233;battent depuis longtemps de la fa&#231;on de r&#233;pondre aux agressions sexuelles, &#224; la violence domestique et aux crimes haineux sans s'appuyer sur le syst&#232;me judiciaire p&#233;nal&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, m&#234;me si la position abolitionniste est loin d'&#234;tre dominante. Dans le mouvement ouvrier, il y a encore plus &#224; faire. Les flics ont beau avoir une longue histoire de briseurs de gr&#232;ve, les syndicats ne les consid&#232;rent toujours pas comme l'ennemi naturel des travailleurs (ce qui &#233;tait la position de George Orwell), mais continuent de les assimiler aux autres salari&#233;s n&#233;cessitant une protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, dans le syndicat de fonctionnaires &lt;i&gt;[American Federation of State, County and Municipal Employees]&lt;/i&gt; auquel j'appartiens, les flics, les commissaires et les gardiens de prison peuvent &#234;tre syndiqu&#233;s. En m&#234;me temps, mon syndicat c&#233;l&#232;bre la gr&#232;ve des &#233;boueurs &lt;i&gt;[de Memphis en 1968]&lt;/i&gt; et aspire &#224; devenir une organisation antiraciste. Je pense que nous arrivons &#224; un point o&#249; cette contradiction va devenir intenable. Alors que les personnes de couleur s'expriment pour r&#233;clamer la fin de la supr&#233;matie blanche &#8211; et portent cette revendication sur le lieu de travail &#8211; les syndicats devront se d&#233;faire de ces secteurs r&#233;pressifs. Il est temps d'organiser les prisonniers et de cesser de syndiquer les gardiens de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont l&#224; que quelques exemples sur la fa&#231;on dont la gauche doit changer selon moi. Mais la v&#233;rit&#233; est que ces moments d'insurrection font descendre dans la rue beaucoup de gens qui n'avaient jamais fait de politique auparavant. Certaines de ces personnes continueront la lutte apr&#232;s dissipation des gaz lacrymog&#232;nes. Et il ne fait aucun doute que ces nouvelles personnes apporteront des id&#233;es neuves et ouvriront des possibilit&#233;s que toi et moi n'aurions m&#234;me pas imagin&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beaucoup de rumeurs circulent sur la pr&#233;sence de flics en civil parmi les manifestants. Comment les rep&#233;rer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre capacit&#233; &#224; les reconna&#238;tre dans une manifestation de rue est h&#233;las tr&#232;s limit&#233;e, et les tentatives de le faire peuvent se r&#233;v&#233;ler contre-productives. D'une part, la suspicion peut devenir un moyen d'imposer une vision &#233;troite de qui peut faire partie ou non du mouvement, de ce &#224; quoi doit ressembler un manifestant, et elle peut &#233;galement s'appuyer sur des st&#233;r&#233;otypes pour d&#233;signer &#224; quoi ressemble un flic : il s'agit d'une sorte d'aveuglement que nos adversaires pourront exploiter. D'autre part, la tentative d'identifier les agents de police par leur comportement peut aussi d&#233;vier en une tendance &#224; &#233;tiqueter tous ceux avec qui on est en d&#233;saccord comme &#233;tant des infiltr&#233;s, ou &#224; affirmer qu'ils ne &#8220;valent pas mieux que les flics&#8221;, etc. Et c'est vrai dans tous les camps. Les partisans intransigeants de la non-violence d&#233;nonceront les &#233;meutiers comme des agents provocateurs, et les &#233;meutiers accuseront les manifestants pacifiques d'&#234;tre complices de la r&#233;pression. Ce genre de clivage est aussi destructeur que ce qu'il vise &#224; pr&#233;venir, et la traque des infiltr&#233;s d&#233;tourne du d&#233;bat essentiel sur les tactiques adapt&#233;es aux situations. En effet, ce genre d'arguments dispense chaque partie de justifier ses propres tactiques, et de les relier &#224; une strat&#233;gie plus large dans une perspective de changement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, nous devons nous rappeler que l'objectif d'une bonne s&#233;curit&#233; &lt;i&gt;[dans nos rangs]&lt;/i&gt; est de consolider notre capacit&#233; d'action. La s&#233;curit&#233; consiste donc &#224; g&#233;rer et &#224; att&#233;nuer les risques, et non &#224; les &#233;liminer. R&#233;sister au pouvoir est intrins&#232;quement risqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traduction : Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187 (mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Apr&#232;s George Floyd, l'id&#233;e d'abolir la police gagne du terrain</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Apres-George-Floyd-l-idee-d-abolir</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gwenola Ricordeau</dc:creator>


		<dc:subject>Gwenola Ricordeau</dc:subject>
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		<dc:subject>the police</dc:subject>
		<dc:subject>crimes policiers</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis le meurtre de George Floyd, la police &#233;tatsunienne est sur la sellette. Sous la pression de la rue, municipalit&#233;s et &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s multiplient les mesures de r&#233;forme. Insuffisant pour une importante partie des manifestants : ne croyant pas &#224; la possibilit&#233; d'une &#171; bonne police &#187;, ils demandent tout simplement son abolition. Professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University (site de Chico), Gwenola Ricordeau milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwenola-Ricordeau-368" rel="tag"&gt;Gwenola Ricordeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/policiers" rel="tag"&gt;policiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/notamment" rel="tag"&gt;notamment&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/George-Floyd" rel="tag"&gt;George Floyd&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/the-police" rel="tag"&gt;the police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crimes-policiers" rel="tag"&gt;crimes policiers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le meurtre de George Floyd, la police &#233;tatsunienne est sur la sellette. Sous la pression de la rue, municipalit&#233;s et &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s multiplient les mesures de r&#233;forme. Insuffisant pour une importante partie des manifestants : ne croyant pas &#224; la possibilit&#233; d'une &#171; bonne police &#187;, ils demandent tout simplement son abolition. Professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University (site de Chico), Gwenola Ricordeau milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal. Elle livre ici son analyse sur ce moment in&#233;dit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3395 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH506/-1580-9f8c2.jpg?1779604545' width='400' height='506' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Gwenola Ricordeau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vous arrivez encore &#224; dormir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, me demandait r&#233;cemment quelqu'un sur mon compte Twitter. Depuis le d&#233;but des mobilisations qui ont suivi la mort de George Floyd, je n'ai plus sommeil. Chercheuse&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gwenola Ricordeau est l'autrice de Pour elles toutes &#8211; Femmes contre la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et militante abolitionniste depuis vingt ans, je vis dans un pays o&#249; la question de l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal et en particulier de la police n'a jamais &#233;t&#233; aussi discut&#233;e qu'aujourd'hui &#8211; et o&#249; les mobilisations politiques allant dans ce sens pourraient bien &#234;tre en train de remporter quelques victoires.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Say their names !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, les m&#233;dias ont r&#233;guli&#232;rement couvert les mobilisations d'ampleur qui ont suivi des meurtres d'hommes noirs, parfois mineurs et souvent d&#233;sarm&#233;s, par des policiers et agents de s&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;ralement blancs. En 2012, il y a eu Trayvon Martin, 17 ans, tu&#233; par George Zimmerman, &#224; Sanford (Floride). En ao&#251;t 2014, Michael Brown, 18 ans, tu&#233; par Darren Wilson, &#224; Ferguson (Missouri). En novembre 2014, Tamir Rice, 12 ans, a &#233;t&#233; tu&#233; par Timothy Loehmann &#224; Cleveland (Ohio).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes les personnes tu&#233;es par la police ne se retrouvent pas &#224; la &#171; une &#187; des m&#233;dias nationaux. En 2017, &#224; Chico, la ville moyenne de Californie du Nord o&#249; je r&#233;side, la police a tu&#233; Desmond Phillips, un jeune Noir ayant des probl&#232;mes psychiques. Un drame qui n'a rien d'exceptionnel aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'un ph&#233;nom&#232;ne de plus vaste ampleur que dans n'importe quel autre pays occidental : chaque ann&#233;e, plus de mille personnes meurent sous les balles de la police &lt;i&gt;[voir encadr&#233; 1]&lt;/i&gt;. &#192; ce chiffre, il faudrait ajouter le nombre de personnes qui meurent dans les fourgons et les commissariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#202;tre victime d'un crime policier &#8211; comme &#234;tre incarc&#233;r&#233; &#8211; n'arrive pas &#224; &#171; n'importe qui &#187;. Les personnes souffrant de troubles de sant&#233; psychiques, celles qui sont en situation de handicap et celles qui sont usag&#232;res de produits psychoactifs sont surrepr&#233;sent&#233;es parmi les victimes. Certaines &#233;tudes indiquent m&#234;me que ces trois cat&#233;gories de personnes constitueraient la moiti&#233; des victimes. L'autre caract&#233;ristique des victimes des crimes policiers est raciale : les Noir&#183;es ont trois fois plus de risques d'&#234;tre tu&#233;&#183;es que les personnes blanches. Ce risque est tr&#232;s variable selon les &#201;tats et m&#234;me les comt&#233;s et, contrairement &#224; un pr&#233;jug&#233; r&#233;pandu, il n'y a pas de corr&#233;lation entre le niveau de criminalit&#233; et le nombre de personnes tu&#233;es par la police. Selon le site &lt;i&gt;Mapping Police Violence&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MappingPoliceViolence.org.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dans 99 % des cas, ces homicides n'ont aucune suite judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Black Lives Matter&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;George Floyd a &#233;t&#233; tu&#233; le 25 mai &#224; Minneapolis (Minnesota) et les protestations contre les violences polici&#232;res ont rapidement pris une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent. L'attention des m&#233;dias &#233;tatsuniens et du reste du monde s'est surtout port&#233;e sur le caract&#232;re violent et parfois spectaculaire des manifestations et sur les mesures de couvre-feu qui ont &#233;t&#233; prises. Mais il est &#233;galement remarquable que des manifestations aient eu lieu dans des villes petites et moyennes, peu habitu&#233;es aux mobilisations politiques, comme chez moi &#224; Chico o&#249; plusieurs rassemblements se sont tenus malgr&#233; les mesures de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements actuels en rappellent d'autres qui avaient &#233;galement pour ferment le racisme et les violences polici&#232;res, comme les &#233;meutes de Los Angeles en 1992 apr&#232;s l'acquittement des policiers qui avaient tabass&#233; Rodney King ou celles de Ferguson en ao&#251;t 2014 apr&#232;s la mort de Michael Brown et qui ont contribu&#233; &#224; populariser le mouvement Black Lives Matter, lanc&#233; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, par divers aspects, les mobilisations actuelles semblent se distinguer nettement des pr&#233;c&#233;dentes. Tout d'abord, beaucoup de personnes blanches semblent d&#233;couvrir le racisme &#8211; et incidemment le racisme de la police et l'ampleur des crimes policiers. Outre leur pr&#233;sence aux rassemblements, les initiatives auxquelles ils et elles prennent part sont multiples : conseils sur les r&#233;seaux sociaux pour &#234;tre de &#171; bons alli&#233;&#183;es &#187;, appels &#224; soutenir les commerces tenus par des Noir&#183;es et les organisations politiques noires, etc. Par ailleurs, ce mouvement contribue &#224; diffuser une analyse du racisme (notamment dans la police) qui se fait en termes &#171; syst&#233;miques &#187; et qui met aussi l'accent sur le supr&#233;matisme blanc. Il fait &#233;galement une large place &#224; l'abolition de la police.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Abolir la police&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations ont fait &#233;merger un large mouvement en faveur de la r&#233;duction des budgets et du champ d'action de la police. Dans de nombreuses villes, les manifestations ont pris pour mots d'ordre &#171; &lt;i&gt;Defund the police&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Couper les vivres &#224; la police &#187;) ou &#171; &lt;i&gt;Abolish the police&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Abolir la police &#187;). L'abolition de la police est devenue l'objet d'un d&#233;bat national, alors que cette revendication &#233;tait, il y a quelques semaines encore, cantonn&#233;e &#224; la gauche radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement a marqu&#233; un point important avec l'engagement pris par des membres du conseil municipal de Minneapolis le 8 juin de d&#233;manteler la police de la ville et d'instaurer un autre mod&#232;le de s&#233;curit&#233; publique. Par ailleurs, des dizaines d'autres villes ont d&#233;cid&#233; de diminuer les budgets allou&#233;s &#224; la police ou de r&#233;duire ses pr&#233;rogatives. Ainsi, la maire de Seattle (&#201;tat de Washington) a propos&#233; une coupe budg&#233;taire de 20 millions sur un total de pr&#232;s de 400 millions de dollars et le 15 juin, le conseil municipal de la ville a vot&#233; &#224; l'unanimit&#233; l'interdiction de l'utilisation des gaz lacrymog&#232;nes et des techniques d'&#233;tranglement par la police. Des universit&#233;s, comme celle du Minnesota, ont &#233;galement pris des mesures, comme la suppression de leur propre force de police ou la rupture de leurs conventions avec des forces de police locales. M&#234;me le conseil municipal de Chico, une ville o&#249; la sc&#232;ne radicale est somme toute tr&#232;s r&#233;duite, a &#233;t&#233; saisi de demandes de diminuer le budget de la police, voire de supprimer celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;cisions et revendications sont certes &#224; porter au cr&#233;dit de la puissante mobilisation populaire actuelle, mais aussi des mouvements abolitionnistes &lt;i&gt;[voir encadr&#233; 2]&lt;/i&gt;. Ainsi, &#224; Minneapolis, une campagne politique en faveur de l'abolition de la police a &#233;t&#233; notamment men&#233;e par la coalition MPD150, dont le nom fait r&#233;f&#233;rence &#224; son projet qui &#233;tait d'abolir la police de Minneapolis en 2017, soit 150 ans apr&#232;s sa fondation. Mais il existe beaucoup d'autres groupes qui travaillent &#224; l'abolition de la police, qu'ils soient nationaux (comme Critical Resistance) ou locaux. Il r&#233;sulte de cet important travail militant beaucoup de r&#233;flexions sur la strat&#233;gie abolitionniste et il y a une production importante de textes et de livres sur le sujet, comme &lt;i&gt;Our Enemies in Blue&lt;/i&gt; de Kristian Williams &lt;i&gt;[lire son interview en page 10]&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;The End of Policing&lt;/i&gt; d'Alex Vitale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;...ou seulement la r&#233;former ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En reprenant largement le mot d'ordre &#171; &lt;i&gt;Defund&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, les mobilisations actuelles ont effectu&#233; un glissement : davantage que &#171; contre les violences polici&#232;res &#187;, elles se positionnent d&#233;sormais plut&#244;t en faveur de l'abolition de la police. La revendication d'un arr&#234;t du financement de la police ne se r&#233;duit pas &#224; une attaque contre le co&#251;t excessif de la police &lt;i&gt;[voir encadr&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;3]&lt;/i&gt; et donc &#224; une revendication qui serait r&#233;cup&#233;rable par la gauche institutionnelle &#224; travers la r&#233;allocation des ressources (entre police et &#233;ducation, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revendication de la fin du financement de la police s'inscrit en fait dans une tactique engag&#233;e depuis quelques ann&#233;es par les mouvements pour l'abolition de la police et que r&#233;sume la formule &#171; &lt;i&gt;Disempower, disarm, disband&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Affaiblir, d&#233;sarmer, dissoudre &#187; les forces de l'ordre). Elle constitue l'une des huit revendications de la plateforme d'une campagne nationale, &lt;i&gt;#8ToAbolition&lt;/i&gt;, dont l'objectif est clairement l'abolition de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette abolition de la police ne fait pas l'unanimit&#233; au sein des mobilisations actuelles. Le courant r&#233;formiste est notamment repr&#233;sent&#233; par la plateforme &lt;i&gt;#8CantWait&lt;/i&gt;, centr&#233;e sur la r&#233;duction des violences polici&#232;res. Il appelle notamment &#224; l'am&#233;lioration du recrutement et de la formation des policiers et au contr&#244;le du travail policier par des institutions ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;saccords entre les courants abolitionnistes et r&#233;formistes sont nombreux et ils se cristallisent notamment sur la question des poursuites p&#233;nales pour les policiers auteurs de violences. La &#171; fin de l'impunit&#233; polici&#232;re &#187;, centrale pour le courant r&#233;formiste, soul&#232;ve de nombreuses objections d'un point de vue aboli&#8202;tion&#8202;niste. En effet, au-del&#224; m&#234;me de la capacit&#233; qu'aurait le mouvement &#224; renverser une arme du pouvoir (le droit) contre le pouvoir lui-m&#234;me, les mouvements abolitionnistes d&#233;noncent l'utilisation des proc&#233;dures judiciaires contre certains policiers comme un moyen de perp&#233;tuer l'illusion qu'une &#171; bonne police &#187; serait possible.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Faire mouvement&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La richesse du mouvement actuel tient &#224; la diversit&#233; de ses choix tactiques et de ses moyens d'action et au refus d'un leadership national. Comme le montrent les nombreuses actions de d&#233;boulonnage de statues de g&#233;n&#233;raux conf&#233;d&#233;r&#233;s, d'esclavagistes ou de colonisateurs, il articule les luttes noires et africaines-am&#233;ricaines&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Africain&#183;es-Am&#233;ricain&#183;es sont les descendant&#183;es des esclaves. Le terme &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et les luttes am&#233;rindiennes contre la colonisation de peuplement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement est &#233;galement remarquable par sa capacit&#233; &#224; mobiliser divers secteurs de la soci&#233;t&#233; &#8211; et notamment les organisations de travailleurs, au sein desquelles l'expulsion des syndicats de policiers des centrales syndicales est de plus en plus discut&#233;e. Par ailleurs, le 19 juin (journ&#233;e de c&#233;l&#233;bration de la fin de l'esclavage aux &#201;tats-Unis), l'ILWU, un syndicat de dockers, a appel&#233; &#224; la fermeture des ports de la c&#244;te Ouest et la manifestation qui a eu lieu &#224; cette occasion dans le port d'Oakland (Californie) a pu compter sur la pr&#233;sence remarqu&#233;e d'Angela Davis, importante figure des luttes de lib&#233;ration africaines-am&#233;ricaines et abolitionnistes notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, le mouvement a beaucoup pris la rue. Parfois, il a tent&#233; de s'y installer durablement avec l'&#233;tablissement de &#171; zones autonomes &#187;, des espaces dans lesquels la police n'est pas la bienvenue et o&#249; s'invente une autre soci&#233;t&#233;. &#192; Portland (Oregon), Asheville (Caroline du Nord) et Nashville (Tennessee), les tentatives ont &#233;t&#233; de courte dur&#233;e. L'exp&#233;rience de Camp Maroon &#224; Philadelphie (Pennsylvanie) et celle de la BHAZ (Black House Autonomous Zone) de Washington ont &#233;galement tourn&#233; court. &#192; Seattle en revanche, la CHAZ (Capitol Hill Autonomous Zone), rebaptis&#233;e ensuite CHOP (Capitol Hill Occupational Protest), existe toujours &#224; l'heure o&#249; sont &#233;crites ces lignes (le 25 juin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;&#233;e le 8 juin, elle a pour b&#226;timent embl&#233;matique le commissariat du quartier de Capitol Hill abandonn&#233; par la police le matin m&#234;me, au lendemain d'une &#233;ni&#232;me manifestation cons&#233;cutive &#224; la mort de George Floyd. L'occupation d'une vaste zone (six p&#226;t&#233;s de maisons et un parc) permet la tenue d'activit&#233;s politiques et d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, mais aussi des solidarit&#233;s mat&#233;rielles et &#233;motionnelles, comme j'ai pu le constater en me rendant sur place. Ces derniers jours, la CHAZ/CHOP a &#233;t&#233; mise &#224; rude &#233;preuve par des &#233;v&#233;nements tragiques (on parle d'un homicide et de l'enl&#232;vement d'une femme trans) qui s'y sont produits et sur lesquels il est encore difficile d'avoir des informations fiables. Mais m&#234;me si elle devait dispara&#238;tre prochainement, la CHAZ/CHOP aura contribu&#233; &#224; un rapport de force qui aura certainement des effets sur les politiques locales.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les yeux grands ouverts&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations actuelles constituent vraisemblablement, pour la gauche radicale, un nouvel essor. La pauvret&#233; et le ch&#244;mage de masse qui s'installent aux &#201;tats-Unis dans le sillage de la pand&#233;mie sont favorables au renouvellement de ses revendications et de ses tactiques, comme en t&#233;moigne par exemple la mont&#233;e en puissance des organisations de locataires et des gr&#232;ves de loyers, en particulier dans les grandes villes, comme &#224; Seattle, Los Angeles ou Oakland&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Tous ensemble, tous ensemble, gr&#232;ve des loyers ! &#187;, CQFD n&#176; 187 (mai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte de la campagne &#233;lectorale pour la pr&#233;sidence n'est sans doute pas &#233;tranger au dynamisme des mobilisations actuelles. Le Parti d&#233;mocrate est en perte de vitesse : son candidat, Joe Biden, suscite peu d'enthousiasme. Il recueillera quand m&#234;me le suffrage de ceux et celles qui voudront &#171; &lt;i&gt;faire barrage &#224; Donald&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Trump&lt;/i&gt; &#187;, mais tous les soutiens de Bernie Sanders ne se rallieront pas &#224; lui. Dans le m&#234;me temps, des personnalit&#233;s d&#233;mocrates plus &#224; gauche, comme Alexandria Ocasio-Cortez, connaissent une popularit&#233; croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, l'hostilit&#233; &#224; la gauche radicale est aussi bien palpable. Depuis le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juin, Donald Trump fait activement campagne pour que les &#171; antifas &#187; (qu'il d&#233;signe comme s'ils constituaient une organisation en soi) figurent sur la liste &#233;tatsunienne des organisations terroristes. En outre, un peu partout, on observe la vitalit&#233; des groupes d'extr&#234;me droite, comme les Boogaloo Boys, les Proud Boys, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur des mobilisations actuelles ne dit encore rien de la possibilit&#233; d'emporter quelques victoires dans un avenir proche. Mais la sensation de vivre un moment historique est d&#233;j&#224; l&#224;. Gardons les yeux grands ouverts. Un mois a d&#233;j&#224; pass&#233; depuis le meurtre de George Floyd et, non, je n'ai toujours pas sommeil &#8211; comme une bonne partie de ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte &amp; photo : Gwenola Ricordeau&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1 - Pourquoi y a-t-il plus de crimes policiers aux &#201;tats-Unis qu'en Europe et en France ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en le rapportant &#224; la population, le nombre de victimes de crimes policiers reste beaucoup plus important aux &#201;tats-Unis que dans les autres pays occidentaux. Outre-Atlantique, sur 10 millions d'habitant&#183;es, plus de 30 personnes sont tu&#233;es chaque ann&#233;e par la police. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Allemagne, le chiffre serait entre 0,5 et 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche, dont notamment les travaux du sociologue Paul Hirschfield, a d&#233;gag&#233; plusieurs facteurs expliquant ce ph&#233;nom&#232;ne. Tout d'abord, le nombre d'armes &#224; feu en circulation et les l&#233;gislations peu contraignantes sur le port d'arme incitent les policiers &#224; utiliser les leurs, qu'ils soient en pr&#233;sence d'une personne arm&#233;e ou seulement suspect&#233;e de l'&#234;tre (un t&#233;l&#233;phone portable, par exemple, peut &#234;tre confondu avec une arme). Par ailleurs, les r&#232;gles qui entourent l'usage des armes, qu'elles soient l&#233;tales ou dites &#171; non l&#233;tales &#187;, varient selon les forces de police &#8211; qui sont tr&#232;s nombreuses (environ 15 000 &#224; l'&#233;chelle du pays). Seuls huit &#201;tats pr&#233;voient la possibilit&#233; de sommations verbales ou de tirs de sommation avant l'usage d'armes l&#233;tales. De plus, la Cour supr&#234;me a reconnu en 1989 que l'usage des armes l&#233;tales par la police &#233;tait permis en cas de &#171; croyance raisonnable en un danger grave et imminent &#187;, alors qu'en Europe, il n'est g&#233;n&#233;ralement autoris&#233; que dans les situations d' &#187; absolue n&#233;cessit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2 - Abolitionnisme p&#233;nal et abolition de la police&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; abolitionnisme p&#233;nal &#187; d&#233;signe un ensemble de d&#233;veloppements th&#233;oriques et de mobilisations politiques en faveur de l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal et donc de ses institutions que sont les tribunaux, les prisons et la police. L'abolitionnisme p&#233;nal a pris naissance dans les ann&#233;es 1970 dans les pays occidentaux et, depuis, ses revendications, ses tactiques et ses r&#233;flexions critiques sur le syst&#232;me p&#233;nal ont &#233;t&#233; diverses. Aux &#201;tats-Unis, l'abolitionnisme p&#233;nal compte parmi ses militantes embl&#233;matiques Angela Davis, mais aussi Ruth Wilson Gilmore et Mariame Kaba. Le mouvement national le plus connu est Critical Resistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolitionnisme p&#233;nal a d'abord pris pour cible la prison (ce que d&#233;signe l'expression &#171; luttes anticarc&#233;rales &#187;), puis l'ensemble du syst&#232;me p&#233;nal. &#192; partir de 2014, dans le sillage de Black Lives Matter, les mobilisations pour l'abolition de la police se sont multipli&#233;es. Partant du constat de l'&#233;chec des approches r&#233;formistes, les mouvements pour l'abolition de la police reprennent des tactiques de lutte classiques de l'abolitionnisme : par exemple, les mobilisations contre la construction de nouveaux commissariats et pour arr&#234;ter les financements de la police sont le pendant des luttes anticarc&#233;rales contre la construction de nouvelles prisons et contre les soci&#233;tes qui construisent ou g&#232;rent des prisons. Ces mouvements reprennent &#233;galement certaines revendications comme la d&#233;criminalisation du travail du sexe ou de l'usage de produits stup&#233;fiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;3 - Le co&#251;t de la police&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; co&#251;t social &#187; de l'existence de la police est &#233;norme et difficile &#224; &#233;valuer. Quel est le &#171; co&#251;t &#187; pour les minorit&#233;s ethniques du harc&#232;lement policier dont elles sont l'objet ? Quel est le &#171; co&#251;t &#187; de la peur d'&#234;tre victime d'un crime policier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me en laissant de c&#244;t&#233; ces questions, co&#251;t financier de la police appara&#238;t exorbitant. Par exemple, le budget annuel de la police de New York s'&#233;l&#232;ve &#224; 5 milliards de dollars ; celui de Los Angeles s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 milliards (ce qui repr&#233;sente un tiers du budget de la ville). Les budgets allou&#233;s aux forces de police ont &#233;t&#233; multipli&#233;s par trois depuis la fin des ann&#233;es 1970 et ils n'ont pas baiss&#233; avec le recul du taux de criminalit&#233; depuis les ann&#233;es 1990. Cette augmentation des budgets de la police (et plus g&#233;n&#233;ralement de la sph&#232;re r&#233;pressive), qui est all&#233;e de pair avec la diminution du financement des secteurs de la sant&#233;, de l'&#233;ducation ou du social, se traduit notamment par l'utilisation de technologies de plus en plus sophistiqu&#233;es et l'&#233;quipement des policiers en armes tr&#232;s co&#251;teuses et auparavant r&#233;serv&#233;es &#224; un usage militaire. Mais les forces de police sont &#233;galement des sources de revenus pour certaines municipalit&#233;s dont les budgets r&#233;duits d&#233;pendent notamment du paiement des amendes et contraventions dress&#233;es par les policiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gwenola Ricordeau est l'autrice de &lt;i&gt;Pour elles toutes &#8211; Femmes contre la prison&lt;/i&gt;, Lux &#201;diteur (2019). Elle a r&#233;cemment &#233;t&#233; interview&#233;e dans ces colonnes &#224; ce sujet : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187 (mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://mappingpoliceviolence.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;MappingPoliceViolence.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Africain&#183;es-Am&#233;ricain&#183;es sont les descendant&#183;es des esclaves. Le terme &#171; Noir&#183;es &#187; inclut aussi les immigr&#233;&#183;es arriv&#233;&#183;es plus tard aux &#201;tats-Unis et leurs descendant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tous-ensemble-tous-ensemble-greve' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Tous ensemble, tous ensemble, gr&#232;ve des loyers !&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187 (mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Off the pig ! *</title>
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&lt;p&gt;Depuis le meurtre de George Floyd, la soci&#233;t&#233; &#233;tatsunienne se trouve &#224; un point de bascule historique. Soit elle conforte la pente fasciste du trumpisme, soit elle lui oppose l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal afin d'en finir avec les violences polici&#232;res racistes et l'incarc&#233;ration de masse. Dossier de six pages. &#171; Ce qui se passera apr&#232;s les &#233;meutes sera crucial pour d&#233;terminer si ce moment marque un tournant dans l'histoire de la contestation du maintien de l'ordre, ou s'il est simplement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwenola-Ricordeau-368" rel="tag"&gt;Gwenola Ricordeau&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le meurtre de George Floyd, la soci&#233;t&#233; &#233;tatsunienne se trouve &#224; un point de bascule historique. Soit elle conforte la pente fasciste du trumpisme, soit elle lui oppose l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal afin d'en finir avec les violences polici&#232;res racistes et l'incarc&#233;ration de masse. Dossier de six pages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3390 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH506/-1575-c8a99.jpg?1779603546' width='400' height='506' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Gwenola Ricordeau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui se passera apr&#232;s les &#233;meutes sera crucial pour d&#233;terminer si ce moment marque un tournant dans l'histoire de la contestation du maintien de l'ordre, ou s'il est simplement cathartique&lt;/i&gt; &#187;, explique l'abolitionniste Kristian Williams dans nos colonnes &lt;i&gt;[p. 10]&lt;/i&gt;. Depuis le meurtre de George Floyd, homme noir tu&#233; le 25 mai par un policier blanc &#224; Minneapolis, la soci&#233;t&#233; &#233;tatsunienne se trouve &#224; un point de bascule historique. Soit elle conforte la pente fasciste du trumpisme, soit elle lui oppose l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal &lt;i&gt;[p. &lt;/i&gt;&lt;i&gt;6 &amp; 7]&lt;/i&gt; afin d'en finir avec les violences polici&#232;res racistes et l'incarc&#233;ration de masse &lt;i&gt;[lire ci-contre]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est h&#233;las la seconde hypoth&#232;se qui para&#238;t la plus irr&#233;aliste. Pourtant, jamais la question de refondre le mod&#232;le de s&#233;curit&#233; publique ne s'est pos&#233;e avec autant d'intensit&#233;. Alors qu'une premi&#232;re r&#233;forme de la police propos&#233;e par les d&#233;mocrates est en passe d'&#234;tre bloqu&#233;e au S&#233;nat, plusieurs institutions et municipalit&#233;s ont d'ores et d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; suivre le mot d'ordre &#171; &lt;i&gt;Defund the police&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Couper les vivres &#224; la police &#187;) et r&#233;visent &#224; la baisse les budgets qu'elles attribuent aux forces de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien au c&#339;ur de la machine r&#233;pressive que se mesurent les discriminations structurelles d'une nation qui s'est trop vite imagin&#233;e &#171; post-raciale &#187;. Jamais depuis l'assassinat de Martin Luther King, le d&#233;bat sur le racisme n'a &#233;t&#233; aussi profond. Certes, bien des choses ont chang&#233; depuis le mouvement des droits civiques, mais l'int&#233;gration d'une &#233;lite noire n'a rien modifi&#233; aux profondes disparit&#233;s sociales. Apr&#232;s les faux espoirs des mandats Obama, un sentiment de d&#233;t&#233;rioration se ressent au sein de la population africaine-am&#233;ricaine, exacerb&#233; par le racisme plus ou moins larv&#233; de Trump. &#201;conomiquement, p&#233;nalement et sanitairement, elle est la plus touch&#233;e par les crises actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la crois&#233;e des chemins, la solidarit&#233; manifest&#233;e par une jeunesse multiethnique &#224; travers tout le pays redonne corps aux espoirs de changement d'un Fred Hampton&lt;i&gt; [p. 8 &amp; 9]&lt;/i&gt;, Black Panther assassin&#233; par la police en 1969, pour qui le combat en faveur de l'&#233;galit&#233; raciale et la lutte des classes devaient &#234;tre intimement li&#233;s. &lt;i&gt;Right on !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;quipe de &lt;i&gt;CQFD&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* &#171; Off the pig &#187; : slogan des Black Panthers qu'on pourrait traduire par &#171; Puissions-nous &#233;carter l'agent de police de notre chemin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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